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Leçon 6 – Mt 5, 17‑19, n° 743

[5, 17]

743. NE PENSEZ PAS QUE JE SUIS VENU ABOLIR LA LOI. Voici la seconde partie depuis le début de ce chapitre, où il répond à une question tacite. Bède [dit] ainsi : « Parce qu’ils pouvaient penser qu’il voulait abolir les anciens commandements, il prévint les questions en disant : NE PENSEZ PAS, etc. » En cet endroit, [le Seigneur] fait trois choses : premièrement, il dit qu’il ne veut pas détruire la loi mais l’accomplir ; deuxièmement, il enseigne qu’elle va être accomplie, en cet endroit : AMEN, JE VOUS DIS, etc. ; troisièmement, il commence à inciter autrui à cet accomplissement, en cet endroit : QUI VIOLERA, etc.

744. Premièrement, il dit : NE PENSEZ PAS, c’est-à-dire ne croyez pas, QUE JE SUIS VENU, c’est-à-dire que je sois venu, ABOLIR LA LOI OU LES PROPHÈTES. Par ces deux [éléments], il englobe tout le contenu de l’ancienne loi, car la loi était surtout pour s’éloigner du mal, et la prophétie pour faire le bien, l’une pour les choses à faire et l’autre pour celles à croire. ABOLIR : d’une certaine façon, selon Bède, c’est ne pas faire ce que dit cette loi selon l’esprit. Ou bien ABOLIR, c’est ne pas comprendre ce qu’elle a exprimé, selon la Glose. Donc le Christ n’est pas venu abolir, car il a accompli selon l’esprit. Voilà pourquoi il dit : JE NE SUIS PAS VENU ABOLIR LA LOI, MAIS L’ACCOMPLIR, c’est-à-dire la remplir parfaitement.

745. Il a accompli premièrement les prescriptions morales, avec l’assaisonnement de la douceur de son amour, car la plénitude de la loi, c’est l’amour, Rm 13, 10 ; Jn 15, 11 : C’est mon commandement que vous vous aimiez mutuellement, comme je vous ai aimés. Deuxièmement les prescriptions rituelles, en enlevant le voile des figures, Mt 27, 51 : Le rideau du Temple se déchira ; Ap 5, 9 : L’agneau est digne d’ouvrir le livre et d’en briser les sceaux, c’est-à-dire l’observance des figures dans la loi. Troisièmement les prophéties, en montrant qu’elles s’accomplissent en lui, Lc 24, 25 : Il faut que s’accomplisse ce qui a été écrit de moi dans les prophètes. Quatrièmement les promesses, en les confirmant, Ga 3, 16 : Les promesses ont été faites à Abraham. Cinquièmement les préceptes juridiques, en les tempérant par la miséricorde, Jn 8, 11 : Moi non plus je ne te condamne pas, [dit-il] à la femme adultère. Sixièmement, en ajoutant des conseils, Mt 19, 21 : Va et vends tout, etc. Septièmement, en s’acquittant de toutes promesses à eux faites à propos de l’envoi du Saint-Esprit, de l’incarnation du Fils, etc., He 8, 8 : J’accomplirai une alliance nouvelle, etc. ; Jn 19, 30 : Tout est accompli.

[5, 18]

746. AMEN, JE VOUS DIS, etc. Voici le deuxième point, où il montre que [la loi] doit être accomplie en partie par lui ; c’est pourquoi il dit : AMEN, qui est une affirmation de la vérité. Selon Augustin, c’est un mot hébreu, qui se traduit par « c’est vrai » ou « vraiment ». Selon Jérôme, « vraiment », ou « c’est sûr », ou « ainsi soit-il ». JE VOUS DIS : JUSQU’À CE QUE (c’est-à-dire avant que) PASSENT CIEL ET TERRE. À l’encontre de cela, Qo 1, 4 : La terre tient pour toujours. Réponse : on ne dit pas que le ciel et la terre passent selon la substance, mais selon la forme, 2 P 3, 10 : Le jour du Seigneur viendra comme un voleur : en ce jour les cieux se dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront. Ainsi, JUSQU’À CE QUE PASSENT CIEL ET TERRE, c’est-à-dire jusqu’à ce que les éléments de cette forme sujette au changement accèdent à l’immuabilité, selon la Glose.

747. UN SEUL IOTA. Un iota, c’est la dixième [en fait, la neuvième] lettre grecque. « C’est la plus petite de toutes les lettres, comme dit Augustin, car on la trace avec un seul trait. » UN PETIT TRAIT est un signe, distinct de la lettre elle-même, une espèce de virgule qu’on met au-dessus. Les Hébreux représentent diverses lettres par le même signe, mais ils les distinguent par des points placés au-dessus ou au-dessous. Ces points sont appelés [en latin] apex. Selon Raban, IOTA représente le décalogue. Selon Jérôme, il représente ce qu’on peut imaginer de plus petit dans la loi, comme peut-être l’étaient certaines figures. L’ apex représente la plus petite particule de commandement, ou le plus petit signe de la loi, selon Raban. Il veut donc dire que PAS UN IOTA, c’est-à-dire un des dix commandements, PAS UN PETIT TRAIT, c’est-à-dire le plus petit signe dans la loi, NE DISPARAÎTRA DE LA LOI, QUE TOUT NE SE RÉALISE, c’est-à-dire ne subsistera sans être accompli et parachevé. La Glose [dit] : « Dans la tête ou dans le corps. » Is 28, 22 : Je l’ai entendu : c’est irrévocablement décidé par le Seigneur.

[5, 19]

748. DONC QUI VIOLERA, etc. Ici, [Le Seigneur] appelle à accomplir [la loi] en disant : DONC QUI VIOLERA (ou ABOLIRA) UN SEUL DE CES TRÈS PETITS COMMANDEMENTS. À l’encontre de cela, [on lit] en Jn 10, 35 : L’Écriture ne peut être abolie. Réponse : il ne s’agit pas d’abolition pure et simple, mais partielle. Raban [écrit] : « Il abolit les commandements en lui-même, et non en eux-mêmes. » Ils sont abolis de trois façons : en ne [les] observant pas, en n’y croyant pas, en induisant autrui en erreur.

749. Les TRÈS PETITS COMMANDEMENTS sont les prescriptions morales, ou certaines prescriptions légales qui ont une signification peu importante. Ou bien TRÈS PETITS en ce qui concerne la récompense, en comparaison avec les [commandements] que le Christ a donnés. Chrysostome [écrit] : « Les commandements de Moïse sont faciles en acte (exemple : ne pas tuer) ; et ils sont donc petits en récompense et grands en péché. Mais les commandements du Christ (exemple : ne pas se mettre en colère) sont difficiles en acte ; c’est pourquoi ils sont grands en récompense et très petits en péché. »

750. SERA APPELÉ LE PLUS PETIT DANS LE ROYAUME DES CIEUX. À l’encontre de cela, Cassiodore [dit] : « Celui qui aura la présomption d’enseigner en négligeant les choses plus importantes, il est logique qu’il ne soit plus considéré comme LE PLUS PETIT DANS LE CIEL, mais comme le plus grand dans le supplice de la géhenne. » Réponse : il ne sera pas « considéré » (comme dit Cassiodore), mais il SERA APPELÉ, parce qu’il en sera indigne, comme dit Augustin. D’où SERA APPELÉ LE PLUS PETIT DANS LE ROYAUME DES CIEUX, c’est-à-dire égal à zéro, car il n’y sera pas ! Ou bien n’étant pas dans le royaume, il SERA APPELÉ LE PLUS PETIT, le plus méprisé, le plus vil, par ceux qui sont dans le royaume. Ou bien, selon la Glose, LE PLUS PETIT, c’est le plus méprisé dans l’Église.

751. Objection : non, LE PLUS PETIT est celui qui fait le mal et enseigne le mal. Réponse : qui fait le mal et enseigne le mal n’est pas dans l’Église, en raison de cette œuvre, et c’est pourquoi, dans le royaume des cieux, il n’est appelé ni grand ni petit. Mais qui fait le mal et enseigne le bien est dans l’Église en raison d’une œuvre, mais il y [est] le plus petit.

752. QUI FERA (c’est-à-dire observera) ET ENSEIGNERA qu’il faut agir ainsi, SERA APPELÉ GRAND, grand par le mérite dans l’Église militante, et grand par la récompense DANS LE ROYAUME DES CIEUX, c’est-à-dire dans l’Église triomphante. Augustin [écrit] : « Il ne dit pas d’une manière déterminée “qui fera les plus petites choses”, mais [il parle] d’une manière indéterminée, pour montrer que celui qui veut être grand dans le royaume des cieux doit faire les grandes et les petites choses. »

 

Leçon 7 – Mt 5, 23‑26, n° 753

[5, 23-24]

753. DONC SI TU PRÉSENTES. Ici, [le Seigneur] interdit la colère enracinée, d’où naît la haine, et il conclut du plus [au moins], selon Raban : « S’il ne t’est pas permis de te mettre en colère contre ton frère, il t’est encore moins permis de garder une colère d’où peut naître une haine. »

754. DONC SI TU PRÉSENTES (c’est-à-dire te proposes de présenter) À L’AUTEL.

Cela s’explique de plusieurs façons, selon que l’autel est entendu tantôt comme le temple matériel, comme en Ps 25, 6 : Je laverai mes mains parmi les innocents, et je ferai le tour de ton autel, Seigneur ; tantôt comme le Christ, Lm 2, 7 : Le Seigneur a repoussé son autel, c’est-à-dire le Christ, dans sa Passion ; tantôt comme la dévotion du cœur, et c’est le temple intérieur, selon Augustin.

755. Pour la première [interprétation], SI TU PRÉSENTES TON OFFRANDE, en oblation, À L’AUTEL matériel, littéralement. Ou bien l’offrande d’une bonne œuvre, selon la Glose, À L’AUTEL, c’est-à-dire au Christ. Ou bien, selon Augustin, TON OFFRANDE, prières, psaumes, hymnes et choses de ce genre, À L’AUTEL, c’est-à-dire dans ton cœur, qui est le temple où tu vas faire ton offrande.

756. ET LÀ, dans l’église ou dans ton cœur, SI TU TE SOUVIENS QUE TON FRÈRE A QUELQUE CHOSE CONTRE TOI. Cela peut se comprendre de deux points de vue : celui de l’offenseur et celui de l’offensé. Du point de vue de l’offenseur, selon Augustin : SI TU TE SOUVIENS, c’est-à-dire s’il te vient à la pensée, à la conscience, que TON FRÈRE que tu as offensé A QUELQUE CHOSE CONTRE TOI, sentiment d’outrage, blessure physique, vol de biens matériels, atteinte à sa réputation, LAISSE LÀ  (devant l’autel ou devant Dieu) TON OFFRANDE ET VA : s’il est absent, n’[y va] pas avec les pieds du corps, comme dit Augustin, mais, d’un cœur humble, prosterne-toi sous le regard de Celui à qui tu vas faire une offrande ; s’il est présent, il faut le rappeler à l’amitié, en lui demandant pardon.

757. Ou bien SI TON FRÈRE qui t’a offensé A QUELQUE CHOSE CONTRE TOI, une raison pour laquelle il t’en veut, VA TE RÉCONCILIER AVEC TON FRÈRE, pour qu’il renonce à sa rancune. Car en disant : SI TON FRÈRE A QUELQUE CHOSE CONTRE TOI, il n’ajoute pas « à juste titre », il donne à comprendre que même celui à qui une injure a été faite doit chercher l’amitié. Chrysostome [dit] : « Si pour la gloire de ton salut le Seigneur t’ordonne de faire amitié, tu dois bien davantage solliciter [ton ami], de façon à obtenir une double gloire, l’une parce que tu es innocent, l’autre parce que tu as fait le premier pas. »

758. ET ENSUITE VIENS : en quelque sorte fais plaisir au Seigneur, toi qui auparavant ne lui faisais pas plaisir, ET TU PRÉSENTERAS TON OFFRANDE. Chrysostome [écrit] : « Si tu as offensé en pensée, fais la réconciliation en pensée ; en parole, [fais-la] en parole ; en actes, [fais-la] en actes. » Et encore : « Si tu n’apaises pas par des actes celui que tu as offensé en actes, c’est sans motif que tu adresses des prières au Seigneur, sans motif que tu fais des aumônes avec les biens dont tu as dépouillé autrui. Quel intérêt que l’un prie le Seigneur pour toi et qu’un autre interpelle le Seigneur contre toi ? » Si 34, 23 : Le Très-Haut n’agrée pas les cadeaux des méchants.

759. Et note ici les quatre choses requises pour un don ou une offrande. Premièrement, la bonne humeur, c’est pourquoi il dit : SI TU PRÉSENTES, Si 35, 8 : Chaque fois que tu fais une offrande, montre un visage joyeux ; deuxièmement, être propriétaire de l’objet, c’est pourquoi il dit : TON OFFRANDE, Pr 3, 9 : Honore Dieu de tes biens ; troisièmement, un lieu convenable : À L’AUTEL ; quatrièmement, l’amour du prochain, c’est pourquoi il dit : ET SI TU TE SOUVIENS, 1 Co 13, 3 : Si je distribue tous mes biens pour nourrir les pauvres mais que je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien. Il faut être stupide pour gaspiller une abondance de nourriture à la place d’un sou de sel, c’est-à-dire d’amour, qui donne à toutes choses saveur et beauté, comme l’or aux autres métaux.

 

[5, 25]

760. ACCORDE-TOI AVEC TON ADVERSAIRE. Plus haut, [le Seigneur] a interdit d’avoir de la colère, ou de la discorde avec ses frères ; ici, il déconseille d’avoir de la discorde avec un adversaire, quand il dit : ACCORDE-TOI (c’est-à-dire « sois bienveillant ou bon, d’après le sens du [terme employé dans le texte] grec [eunoôn] », comme dit Jérôme) AVEC TON ADVERSAIRE. Objection : l’adversaire, c’est le diable. C’est donc avec lui qu’il faut s’accorder. Réponse : [le Seigneur] parle de celui qui est avec nous en chemin, mais le diable n’est pas sur le chemin, il ne peut y être, il est éternellement hors du droit chemin. Donc, AVEC TON ADVERSAIRE, selon Chrysostome, c’est avec l’homme qui n’est pas d’accord avec nous, ou bien avec un ennemi au sens propre, Rm 12, 18 : S’il se peut, étant en paix avec tout le monde.

761. TANT QUE, c’est-à-dire aussi longtemps que, TU ES AVEC LUI EN CHEMIN, c’est-à-dire en situation de gagner, Jn 9, 4 : Vient le temps où on ne peut travailler. Ou bien notre adversaire est Dieu, comme dit Ex 23, 7 : Moi, le Seigneur, qui suis opposé à l’impie. Ou bien la parole divine, qui s’oppose à ceux qui veulent pécher, 2 Tm 3, 16 : Toute Écriture divinement inspirée est utile pour enseigner, pour réfuter. Ou bien le remords de conscience dont parle Ps 49, 21 : Je te dénonce et m’explique devant toi.

762. Et ainsi à nouveau cela s’explique de toutes ces façons. D’où ACCORDE-TOI AVEC TON ADVERSAIRE, c’est-à-dire Dieu et la parole divine (selon Augustin et Bède), avec lesquels il faut s’accorder dans l’espérance de ce qui est promis, dans la crainte du supplice, dans la mise en œuvre de ce qui est prescrit, dans l’éloignement de ce qui est interdit.

763. VITE, c’est-à-dire sans retard, Si 5, 8 : Ne tarde pas à te tourner vers le Seigneur. TANT QUE TU ES AVEC LUI, celui avec qui tu marches tout droit, EN CHEMIN, celui du Christ, ou de la pénitence, ou du monde, Ps 118[119], 32 : J’ai couru sur le chemin de tes commandements, car tu as dilaté mon cœur.

DE PEUR QUE PAR HASARD IL TE LIVRE.  Selon Augustin, DE PEUR QUE PAR HASARD, d’aventure, ce soit la cause que tu sois livré. [Le Seigneur] dit PAR HASARD, selon la Glose, de peur que l’occasion de te repentir [te] soit ôtée, car si un adversaire était mort avant de s’accorder ou d’être bien disposé, il semble qu’il serait damné, si on disait simplement : DE PEUR QUE L’ADVERSAIRE – la parole divine, ou Dieu, ou le remords de conscience – TE LIVRE AU JUGE. La Glose [dit] : « Aux mains du Christ », Jn 5, 22 : Il a donné tout jugement au Fils.

QUE LE JUGE - c’est-à-dire le Christ, Jr 29, 23 : Moi je suis le juge et le témoin - TE LIVRE AU GARDE. La Glose [dit] : « À l’ange qui ramasse les mauvaises herbes pour les emporter » (Mt, chapitre 13,[30]). Ps 103, 4 : Qui a fait des vents ses anges. Ou bien AU GARDE, c’est-à-dire à l’exécuteur du diable, Is 14, 4 : Comment a fini l’exacteur ? ET QU’ON TE METTE EN PRISON, c’est-à-dire dans les abîmes de l’enfer, Is 24, 22 : Ils seront enfermés en prison ; Ap 20, 3 : Il l’a jeté dans l’abîme et il l’a enfermé.

[5, 26]

764. AMEN, JE TE DIS, c’est-à-dire sache avec certitude, que TU NE SORTIRAS PAS DE LÀ JUSQU’À CE QUE (Glose : « C’est-à-dire jamais »). Augustin [écrit] : « JUSQU’À CE QUE ne signifie pas ici la fin de la peine mais la continuation du malheur. » Comme s’il disait : « Toujours tu paieras et jamais tu n’auras fini de payer », comme dans Ps 109[110], 1 : Siège à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis comme un petit banc pour tes pieds, c’est-à-dire tu siégeras toujours.

TU RENDES LE DERNIER QUART D’AS, c’est-à-dire les plus petits péchés, selon Bède et Raban, car rien ne restera impuni. Le quart d’as est une monnaie qui vaut deux petites pièces. Ou bien, selon Augustin et Jérôme, par le QUART D’AS, il faut comprendre les péchés terrestres, car LE DERNIER QUART D’AS est la terre, qui est l’un des quatre éléments de ce monde, et ce dernier [quart] vient du feu, comme s’il disait : « Puisque tu n’as pas voulu être feu par la charité, aérien par l’empressement aux bonnes œuvres, aquatique par la sanctification du baptême, mais que tu as été terrestre en t’attachant aux choses terrestres, TU NE SORTIRAS PAS DE LÀ, parce que jamais tu n’auras fini de payer les péchés que tu as tirés de la terre. »

 

Leçon 8 – Mt 5, 27‑37, n° 765

[5, 27]

765. VOUS AVEZ ENTENDU QU’IL A ÉTÉ DIT AUX ANCIENS : « TU NE COMMETTRAS PAS D’ADULTÈRE, etc. » Plus haut, [le Seigneur] a ordonné l’irascible en considération de sa passion ; ici, il ordonne le concupiscible en considération de la passion qui est dans la racine, c’est-à-dire dans la puissance générative.

766. Il aborde ici eux choses : premièrement, l’ordonnancement du concupiscible par rapport à son mouvement ; deuxièmement, la confirmation du mariage lui-même, qui lui est donné comme remède, en cet endroit : IL A ÉTÉ DIT : « QUI RENVERRA SON ÉPOUSE [Mt 5, 32].

767. De plus, dans la première [partie], il rappelle d’abord le mouvement désordonné de la concupiscence ; deuxièmement, il supprime l’occasion ou ce qui encourage ce [mouvement], en cet endroit : SI TON ŒIL DROIT EST UNE OCCASION DE CHUTE POUR TOI [Mt 5, 29].

768. La première partie contient deux choses : d’abord la justice de l’ancienne loi, qui consistait seulement en œuvre extérieure ; ensuite l’explication de la nouvelle, qui consiste aussi en [œuvre] intérieure, en cet endroit : MAIS MOI JE VOUS DIS, etc.

769. [Le Seigneur] dit donc : VOUS AVEZ ENTENDU QU’IL A ÉTÉ DIT AUX ANCIENS, c’est-à-dire aux Juifs qui vivaient sous les préceptes de la loi il y a très longtemps. Chrysostome [écrit] : « En disant : AUX ANCIENS, il montre le long temps écoulé depuis qu’ils ont reçu ce commandement : TU NE FERAS PAS D’ADULTÈRE, c’est-à-dire tu ne t’uniras pas illégitimement à une femme. Car l’adultère, au sens propre, est l’union illégitime d’un homme et d’une femme. »

770. Chrysostome soulève ici une question : pourquoi ne parle-t-il pas du premier commandement ? Réponse : parce qu’il commence par les passions les plus générales, comme il a été dit plus haut.

[5, 28]

771. MAIS MOI JE VOUS DIS, c’est-à-dire j’ajoute à ce commandement, qui, croyez-vous, doit être observé seulement en acte, et j’explique qu’il faut l’observer dans la volonté, selon Augustin.

PARCE QUE CELUI QUI REGARDE UNE FEMME, c’est-à-dire qui fixe son regard sur une femme.

772. Ici se pose aussi une question : pourquoi parmi tous les sens nomme-t-il seulement la vue ? Réponse : parce que la vue est [le sens] le plus utilisé. Ou bien, selon Bède, dans la vue il comprend tout ce qui meut l’âme au plaisir.

773. Encore une autre question : pourquoi ne dit-il pas : « Celui qui désire », mais CELUI QUI REGARDE ? Réponse : parce que désirer est quelquefois subit et involontaire, et ainsi c’est véniel, c’est un début de passion selon Jérôme. Mais regarder pour désirer, c’est volontaire, donc mortel et, selon Jérôme, c’est une passion.

774. Encore une question sur ce sujet : pourquoi ne dit-il pas « pour commettre l’adultère », mais seulement POUR DÉSIRER ? Réponse : pour faire comprendre que ce qui est condamnable, ce n’est pas seulement l’action ou le consentement à l’action, mais aussi l’intention ou le consentement au plaisir.

775. POUR LA DÉSIRER, c’est-à-dire, selon Augustin et Jérôme, la regarder afin de la désirer intérieurement, afin de passer à l’action si la possibilité s’offrait.

776. IL EST DÉJÀ ADULTÈRE DANS SON CŒUR, c’est-à-dire qu’il est coupable d’adultère, car il est déjà passé à la passion du cœur, selon Raban. Grégoire [écrit] : « Il n’est pas permis de regarder ce qu’il n’est pas permis de désirer. » Lm 3, 51 : Mon œil a pillé mon âme, [pour toutes les filles de ma cité]. Selon Augustin, sous le nom d’ADULTÈRE il comprend toute espèce de plaisir charnel, et quand il dit : QUI REGARDE, la vue est citée pour tout mouvement qui mène au plaisir, [la vue] non seulement physique mais aussi intérieure, qui est dans la concupiscence, comme dit Bède.

[5, 29]

777. SI TON ŒIL, etc. [Le Seigneur] écarte ici ce qui incite à ce mouvement lui-même, et ce sont principalement deux choses : la vue et le toucher.

778. Il écarte la première quand il dit : SI TON ŒIL DROIT EST POUR TOI UNE OCCASION DE CHUTE ; puis le second, en cet endroit : ET SI TA MAIN DROITE EST POUR TOI UNE OCCASION DE CHUTE.

779. Il dit donc : SI TON ŒIL DROIT EST POUR TOI UNE OCCASION DE CHUTE, comme s’il disait : « Plus haut, je vous ai interdit l’adultère en acte et en volonté ; mais j’interdis aussi davantage, à savoir toute occasion incitant à l’adultère. C’est pourquoi je dis : SI TON ŒIL DROIT, etc. » Cela est expliqué de plusieurs façons par les saints. Selon Jérôme, Bède et Hilaire, il appelle ŒIL la vue et l’affect mental, d’où [ce qu’écrit] Jérôme : « Parce que plus haut il avait parlé du désir de femme, à bon droit maintenant il appelle ŒIL la pensée qui tourne aussi sa perception dans tous les sens. » Hilaire [dit] : « Par l’ŒIL (et le DROIT) on entend un affect de n’importe quels sentiments. » Selon Augustin, Raban et Chrysostome, l’ŒIL DROIT peut ici être compris comme les amis et conseillers, qui, en quelque sorte, nous montrent le chemin dans les choses à faire. Chrysostome [écrit] : « Il a ajouté DROIT pour que tu apprennes que ce propos ne concerne pas les membres mais les personnes que nous rencontrons dans la vie ordinaire. » De plus, selon Augustin, Bède et Jérôme, l’ŒIL DROIT peut être interprété comme les parents et les proches. Ou bien, selon la Glose, comme la vie contemplative.

780. Il faut donc comprendre ainsi : SI TON ŒIL, c’est-à-dire tes sens et ta pensée, DROIT, c’est-à-dire sous l’apparence d’une bonne intention, EST POUR TOI UNE OCCASION DE CHUTE en désirant des choses illicites, ARRACHE-LE, à savoir en brisant son mauvais usage, ET JETTE-LE LOIN DE TOI, en l’anéantissant entièrement.

781. Chrysostome [écrit] : « Il y avait une religieuse, je l’ai regardée et j’ai dit : “Je dois lui faire des visites régulières pour l’instruire et la confirmer dans le bien.” C’est un bon regard, un œil droit. Mais, au cours de mes visites assidues, je suis tombé dans le piège du désir d’elle. Voici que le bon regard, l’œil droit, est devenu pour moi une occasion de chute. J’arracherai donc ce bon regard qui est sur le point d’engendrer le mal. » Et plus loin, il conclut : « Donc tout bien qui est occasion de chute pour nous ou pour autrui, nous devons le séparer de nous. »

782. De plus, SI TON ŒIL DROIT, c’est-à-dire ton ami, ton conseiller spirituel, EST UNE OCCASION DE CHUTE, en t’entraînant à l’hérésie, un tel [œil] doit être arraché en le réprouvant, jeté en le contredisant ouvertement. De plus, si les parents sont occasion de chute, empêchant la sainteté de vie, un tel œil doit être arraché en résistant, jeté en le séparant de soi. Et encore, si la vie contemplative est occasion de chute, menant à l’ennui ou à l’arrogance, il faut quelquefois l’arracher en la diminuant, la jeter en passant à la vie active.

783. CAR IL VAUT MIEUX POUR TOI, c’est-à-dire il est plus nécessaire et plus utile pour toi de PERDRE UN DE TES MEMBRES, tel sens, tel conseiller, tel proche, ou la contemplation. Ainsi la Glose [dit] : « Celui que tu considères comme un membre. » PLUTÔT QUE TON CORPS ENTIER AILLE DANS LA GÉHENNE, c’est-à-dire que tu sois envoyé en enfer en totalité, âme et corps. La Glose [dit] : « Il vaut mieux être amputé de celui-ci et sauvé, que damné avec lui. »

784. Objection : selon les canons, quiconque en une telle occasion se sera coupé un membre est irrégulier. En outre, une autre glose de Chrysostome et Augustin : « Il n’est pas recommandé d’arracher un membre littéralement. » Mais, à l’encontre, dans les Vies des Pères, on lit que cela a été fait. Réponse à la première objection : l’intention [du Seigneur] n’est pas qu’un membre doive être coupé à cause de cela, mais il appelle à couper ou arracher, à éloigner de soi cette sorte d’usage ou d’acte par le zèle d’un pieux labeur, comme il a été dit plus haut. Réponse à la deuxième objection sur les Vies des Pères : cela est excusé par l’Esprit Saint, sous l’inspiration de qui on croit que ce fut fait, comme dit Augustin à propos de Samson, dans son livre La cité de Dieu : « Ce qui ne s’excuse que par le fait que l’ordre en a été donné en secret par l’Esprit Saint, qui faisait des miracles par son intermédiaire. »

[5, 30]

785. ET SI TA MAIN DROITE, c’est-à-dire le travail, ou le contact extérieur avec bonne intention, ou l’ami qui t’aide à faire le bien ; ou bien, selon Chrysostome, la MAIN DROITE [est] la volonté de l’âme, la main gauche la volonté du corps. Or, cette [main] corporelle, selon le même auteur, est l’instrument de cette main-là.

786. Question : pourquoi n’a-t-il pas mentionné l’œil gauche ni la main gauche, alors qu’il arrive que ceux-ci aussi soient occasion de chute ? Réponse : en ôtant une chose qui paraissait fournir une occasion plus petite, il ôte aussi celle qui donne une occasion plus grande. Ou bien, selon Chrysostome, pour que tu comprennes qu’il ne s’agit pas de membres corporels mais des relations familiales ou amicales, comme il a été dit plus haut.

787. EST POUR TOI UNE OCCASION DE CHUTE, c’est-à-dire de ruine ou de scandale, COUPE-LA, en la quittant ou en fuyant. Chrysostome [écrit] : « Il n’est recommandé de couper aucun membre humain au sens littéral, mais avec le zèle d’un travail de piété, s’il est nuisible, il faut l’écarter, l’éloigner, et aussi le tenir loin de soi pour ne pas l’avoir en mémoire. C’est pourquoi il ajoute : ET JETTE-LE LOIN DE TOI, en le quittant totalement. »

788. Car il vaut mieux pour toi perdre un de tes membres plutÔt que ton corps entier aille Dans la GÉHENNE. La Glose [dit] : « Il est meilleur pour toi d’être sauvé en étant amputé de celui-ci, que d’être damné avec lui. »

[5, 31]

789. IL A ÉTÉ DIT, etc. Ici est abordé le deuxième point, la confirmation du mariage donné comme remède à la concupiscence. Alors que plus haut il a écarté l’union illégitime contraire à la loi du mariage, ici il écarte la séparation illicite de ceux qui sont unis, et par cela c’est une confirmation du mariage contre les hérétiques.

790. Deux choses sont dites ici : d’abord la permission [accordée] par la loi de Moïse ; ensuite la justice et l’interdiction de la nouvelle loi, en cet endroit : MAIS MOI JE VOUS DIS.

791. [Le Seigneur] dit donc : IL A ÉTÉ DIT.  Il ne précise pas l’auteur ou les auteurs de cette parole, signifiant par là qu’ils sont en quelque sorte étrangers à Dieu, ceux-là même par qui cela a été dit, Dt 24, 1, où Moïse a écrit que si l’épouse déplaisait au mari à cause d’une laideur repoussante, il pourrait la renvoyer.

QUI RENVERRA SON ÉPOUSE, c’est-à-dire voudra la renvoyer. De la part de Moïse, c’était une permission, non un commandement, d’où Mc 10, 4 : Moïse a permis d’écrire un acte de divorce, et de répudier.

QU’IL LUI DONNE UN ACTE DE DIVORCE. Ce fut un commandement sous cette condition s’il la renvoyait. Et dans l’acte de divorce, comme on l’appelle, étaient écrites la cause du divorce, la dot qu’il lui donnait, et la permission qu’elle avait de se marier avec un autre. Ainsi, selon Chrysostome, il renonçait à elle, de sorte qu’il n’était plus en son pouvoir de retourner à elle.

792. Question : pourquoi Moïse a-t-il permis cela, qui ne lui avait pas été indiqué par le Seigneur ?  Réponse, selon Ambroise et Chrysostome : il l’a permis pour éviter que, par haine ou autre motif que [le mari] pouvait avoir contre l’épouse, il n’arrive un mal plus grand, à savoir qu’il la tue. Ambroise [dit] : « En effet, mieux vaut une séparation qu’une effusion de sang causée par la haine. »

793. Mais il faut noter qu’il y a plusieurs sortes de permissions. Premièrement, la concession licite, quand le prieur t’accorde d’aller voir tes parents. Deuxièmement, la dispense, quand il te permet de manger ce qui ne t’est pas autorisé, par exemple, manger de la viande. Troisièmement, la tolérance, comme lorsque, entre deux maux, on permet le moindre mal, pour éviter qu’il n’en arrive un plus grand, et telle fut la permission donnée par Moïse. Car on dit qu’il a permis, parce qu’il a toléré afin qu’ils ne fassent un mal plus grand comme l’homicide, comme il a été dit plus haut. Et c’est pourquoi le Seigneur dit que Moïse a prescrit cela en raison de la dureté de leur cœur, Mt 19, 8. Et une telle permission n’est pas pour autoriser le péché, car elle agit ainsi pour éviter un plus grand mal. Quatrièmement, l’indulgence, quand quelque chose est permis, dont le contraire serait meilleur : ainsi les apôtres ont permis le remariage, 1 Co 7, 39, alors que pourtant la continence des veuves aurait été meilleure. Cinquièmement, la patience à supporter, ainsi Dieu permet le mal pour en faire sortir le bien.

[5, 32]

794. MAIS MOI JE VOUS DIS, etc., en déterminant qu’il ne faut renvoyer son épouse pour aucune sorte de raison. [Cela avait été] toléré par Moïse pour éviter un mal plus grand, l’homicide. C’est ainsi que je résume, et je développe : PARCE QUE QUI RÉPUDIE SA FEMME, SAUF POUR CAUSE DE DÉBAUCHE (corporelle, de l’homme ou de la femme), L’EXPOSE À L’ADULTÈRE, car elle se marie avec un autre, et ce n’est pas un mariage mais un adultère. C’est pourquoi il ajoute : ET CELUI QUI ÉPOUSE UNE RÉPUDIÉE COMMET L’ADULTÈRE, parce qu’elle doit rester non mariée ou se réconcilier avec son mari, comme dit la Glose. S’il la répudie POUR CAUSE DE DÉBAUCHE, comme dit Augustin, ce n’est pas lui qui la rend adultère, car c’est sa faute à elle. En la renvoyant ainsi, il ne peut pas, elle vivante, en épouser une autre, comme nous voyons en 1 Co 7, 39.

795. Note que celui qui renvoie ou répudie fait quatre mauvaises actions, comme dit Chrysostome : premièrement, quant à Dieu, il se montre homicide ; deuxièmement, il renvoie une épouse non débauchée ; troisièmement, il la rend adultère ; et quatrièmement, il rend adultère celui qui se marie avec elle.

796. De plus, la femme adultère commet quatre péchés : elle prive ses enfants d’héritage, viole la fidélité, renvoie son mari, et l’adultère la mène à la débauche. C’est pourquoi il est dit en Is 50, 1 : Quel est ce papier de divorce de votre mère, par lequel je l’ai renvoyée ? Si 23, 32 : Toute femme qui quittera son mari péchera.

797. Note aussi, sur ce sujet : SAUF POUR CAUSE DE DÉBAUCHE, etc., la glose d’Augustin et de Chrysostome : c’est une CAUSE DE DÉBAUCHE si l’épouse l’oblige à l’idolâtrie, à l’avarice, ou à d’autres concupiscences illicites, car la débauche n’est pas seulement sexuelle, mais, d’une façon générale, ce qui conduit à s’égarer loin de la loi de Dieu. Donc la débauche spirituelle dissout le mariage.

798. Objection de Jérôme : « Si la femme pèche contre sa propre âme, elle n’est pas impure pour son mari. » Autrement dit : puisqu’elle pèche seulement contre son âme, elle n’a pas péché contre son mari. Et ainsi le mariage ne doit pas être dissout pour cela. Réponse : le lien du mariage est considéré de trois façons : quant à la mutuelle continence, quant au devoir charnel qui est à rendre, quant à la cohabitation de service mutuel. Le premier lien n’est rompu que par la mort de l’un ou l’autre, car le mariage une fois consommé, l’un ne peut s’engager [ailleurs] tant que l’autre est vivant. Le deuxième lien est rompu dans la débauche charnelle, avec une distinction cependant : il y a une débauche spirituelle qui corrompt seulement celui qui la fait, par exemple l’orgueil, la colère et les choses semblables ; une autre sorte corrompt le conjoint, par exemple l’hérésie, le vol et les choses semblables. Donc, dans le premier cas, le lien de la cohabitation ne doit pas être rompu. Dans le second, il doit être rompu si cette débauche spirituelle demeure, par exemple si la femme disait qu’elle ne veut pas habiter avec son mari à moins qu’il ne commette un vol ou des choses de ce genre.

799. Il y a six [en fait, sept] cas qui sont contenus dans ces vers :

Semblable, prostituant, violence, mort, erreur sur la personne,

Si conversion, après avoir  su : il ne peut renvoyer.

Dans ces cas il n’est pas permis de renvoyer l’épouse qui a forniqué.

800. Le premier est la similitude, à savoir si le mari lui-même est convaincu de fornication. Le deuxième la prostitution, si le mari lui-même la prostitue. Le troisième est la violence, quand l’une est opprimée par la violence de l’autre, et il s’agit de violence absolue, et non de celle qui vient de la peur. Le quatrième est l’erreur sur la personne, quand elle est connue par un autre qui a l’apparence de son mari et qu’elle croit être son mari.

801. Le cinquième est la mort, quand elle croit probable que son mari est mort et qu’elle se marie avec un autre ; si soudain son mari revient, elle se sépare du précédent. Le sixième est la conversion, quand le fidèle est renvoyé par l’infidèle selon le rite de sa secte ; ensuite, si l’un et l’autre sont convertis à la foi, il est obligé par l’Église de la reprendre. Le septième est la réconciliation, quand il s’est réconcilié avec elle après qu’elle a commis l’adultère, ou quand il l’a gardée alors qu’elle était publiquement adultère.

802. Dans ces cas, le mari ne peut répudier, c’est-à-dire renvoyer son épouse qui a forniqué. C’est ainsi que se comprend la glose d’Augustin et de Chrysostome.

803. Question : y a-t-il une cause semblable pour les hommes, s’ils sont renvoyés par leurs épouses pour cause de fornication ? Réponse de Jérôme : « Tout ce qui est dit aux hommes est valable aussi pour les femmes. Il n’est pas question que la femme adultère soit répudiée et que l’homme adultère soit gardé. Autres sont les lois de César, autres les lois du Christ. Dans les premières, pour les hommes les freins de la pudeur sont lâchés ; mais, dans le Christ, ce qui n’est pas permis aux femmes n’est pas permis non plus aux hommes, parce que la même servitude est prescrite dans une égalité de condition. »

804. De plus, [se pose] une question sur IL L’EXPOSE À L’ADULTÈRE : pourquoi ne dit-il pas : « Et si la femme se marie avec un autre, elle est adultère » ? Réponse : la femme, comme dit Chrysostome, est en position de faiblesse. Donc par les menaces que [le Seigneur] fait au mari qui la renvoie, il veut corriger la stupidité de celui-ci. De même celui qui a un fils dépensier l’invective en renvoyant ceux qui le rendent tel, et en les empêchant de se réunir avec lui et de le rencontrer.

 

805. VOUS AVEZ ENCORE ENTENDU QU’IL A ÉTÉ DIT AUX ANCIENS [Mt 5, 33]. Plus haut, il a ordonné l’irascible et le concupiscible quant à leurs passions ; ici, il ordonne le raisonnable à l’égard de la vérité.

806. Il y a deux sortes de vérité, la créée et l’incréée. Il ordonne la vertu raisonnable premièrement à la vérité incréée, par le respect et l’honneur qui lui sont dus ; deuxièmement, à la vérité créée, par l’interprétation droite, en cet endroit : QUE VOTRE PAROLE SOIT : OUI ? OUI. NON ? NON [Mt 5, 37].

807. Dans le premier point, deux choses sont dites. D’abord, il présente la justice de la loi, qui consiste en deux choses : éviter le parjure, s’acquitter du serment prêté, en cet endroit : TU T’ACQUITTERAS ENVERS LE SEIGNEUR DE TES SERMENTS [Mt 5, 33]. Ensuite il montre la justice de l’évangile, qui consiste en deux choses : l’interdiction de jurer continuellement, quand il dit : MAIS MOI JE VOUS DIS DE NE PAS JURER DU TOUT [Mt 5, 34] ; et l’interdiction de développer, quand il dit : NI PAR LE CIEL…NI PAR LA TERRE, etc. [Mt 5, 34‑35].

[5, 33]

808. [Le Seigneur] dit donc : VOUS AVEZ ENCORE ENTENDU QU’IL A ÉTÉ DIT AUX ANCIENS : « TU NE FERAS PAS DE FAUX SERMENTS », c’est-à-dire tu ne commettras pas de parjure, Lv 19, 12 : Tu ne te parjureras pas, pour ne pas souiller le nom de ton Dieu.

809. Question de Chrysostome : pourquoi, négligeant le vol, passe-t-il au faux témoignage ? Réponse : parce que le voleur est parfois menteur, mais pas l’inverse. En effet, celui qui ne veut ni mentir ni jurer ne choisira jamais de voler, et c’est pourquoi il y porte attention. Ou bien il faut dire que le vol était puni par la loi, mais pas le mensonge. Donc, pour qu’on ne s’imagine pas que [le mensonge] est permis, il l’interdit ici.

810. TU T’ACQUITTERAS ENVERS LE SEIGNEUR DE TES SERMENTS. Jérôme [dit] : « C’est-à-dire que, s’il t’arrive de jurer, tu jureras par la création, non par la créature. » C’est pourquoi il dit : ENVERS LE SEIGNEUR, non envers une idole ou une créature, parce que, comme dit Chrysostome, « celui qui ne s’acquitte pas de ses serments envers le Seigneur mais envers les éléments pèche doublement : premièrement, parce qu’il ne rend pas à Dieu son droit ; deuxièmement, parce qu’il déifie ce par quoi il jure, et ainsi il commet une idolâtrie. » Glose de Jérôme : de même qu’il a ordonné d’immoler des victimes à Dieu pour ne pas les immoler aux idoles, de même jurer par Dieu est une concession faite aux plus petits. Donc, si c’est pour les plus petits, cela n’est pas permis aux parfaits.

811. Objection : l’Apôtre a juré, Rm 1, 9 : Dieu m’est témoin, etc., et l’ange en Ap 10, 6 [L’Ange jura par Celui qui vit dans les siècles des siècles, qui créa le ciel, etc.] Réponse : il appelle tout-petits ceux qui disent la vérité, ou les humbles qui craignent Dieu. Ou bien il s’agit des toutes petites choses, c’est-à-dire des choses temporelles.

[5, 34]

812. MAIS MOI JE VOUS DIS, c’est-à-dire : « J’interdis même les serments, occasions de parjures, je vous ordonne DE NE PAS JURER DU TOUT, pour quelque raison que ce soit, ou sans raison légitime », parce que quand on jure sans raison, l’attestation de la vérité première est méprisée parce qu’elle est prise en vain, ce qui est interdit, Ex 20, 7 : Tu ne prendras pas en vain le nom de ton Dieu.

813. Objection : Ps 109, 4 : Le Seigneur a juré et ne se repentira pas ; He 6, 16 : La garantie du serment met un terme à toute contestation. Réponse : [le Seigneur] ordonne DE NE PAS JURER DU TOUT, continuellement. Ou bien DU TOUT au sens composé, c’est-à-dire dans tous les cas. Dans le serment, il doit y avoir trois choses : la matière due, c’est-à-dire la vérité ; la forme due, c’est-à-dire la justice ; et la fin droite. Selon Augustin, Grégoire et Origène, il n’a pas interdit le serment d’une façon absolue, mais il a enseigné ce qui est plus parfait qu’une occasion de parjure. Selon Alexandre, cette prescription est seulement pour les apôtres de la primitive Église, pour qu’ils ne soient pas tenus pour imparfaits. Ou bien quand il dit DE NE PAS JURER DU TOUT, est interdite la passion de jurer, non l’effet, comme en Jc 5, 12 : Avant tout, frères, ne jurez [ni par le ciel ni par la terre], c’est-à-dire ne convoitez pas. Jérôme [écrit] : « Le Christ interdit tout à fait de jurer, pour éviter qu’on ne désire le serment comme un bien, et qu’avec l’habitude de jurer on tombe dans le parjure. » De plus, Augustin dit, dans son livre sur Le mensonge : « NE PAS JURER DU TOUT : c’est-à-dire, autant que cela dépend de toi, n’aime pas cela, ne le désire pas avec quelque délectation. » Et aussi, encore Augustin : « Le serment n’est pas bon, mais pas mauvais non plus quand il est nécessaire. »

814. Objection : Augustin [dit], dans le Sermon sur le danger : « Le faux serment est pernicieux, vraiment dangereux, nullement sûr. S’[il est] dangereux, [il est] donc mauvais. » Réponse : il est dit dangereux si on considère celui qui jure, non que [le serment soit] mauvais, mais parce qu’une condition du serment peut facilement être oubliée, et elles sont trois, selon Jr 4, 2 : Tu jureras par le Seigneur vivant, en vérité, droiture et justice. Jurer en vérité, c’est [jurer] selon la vérité du fait et de sa conscience ; en justice, [jurer] licitement ; en droiture, [jurer] pour une cause suffisante.

815. NI PAR LE CIEL. Chrysostome [dit] : « Celui qui jure PAR LE CIEL déifie le ciel, et on entend par LE CIEL toute créature naturelle d’en haut. » La Glose [dit] : « Ne jurons pas par les créatures. »

816. Objection : Joseph a juré par le salut de Pharaon, Gn 2, 15. Réponse : il a juré en sachant que la puissance et le salut de Pharaon venaient de Dieu. Donc, ce ne fut pas jurer par une créature mais jurer par Dieu, dans la main de qui est le salut de tous.

PARCE QUE C’EST LE TRÔNE DE DIEU, Is 66, 1 : Le ciel est mon trône.

[5, 35]

817. NI PAR LA TERRE, par laquelle on entend toute créature naturelle d’en bas, PARCE QUE C’EST L’ESCABEAU DE SES PIEDS, Isaïe, au même endroit [66, 1] : La terre est l’escabeau de mes pieds. Et comme dit Augustin, « on dit que Dieu est assis dans le ciel et qu’il marche sur la terre, non qu’il ait des membres ainsi localisés, mais parce que, dans le corps du monde, c’est le ciel qui a la plus grande allure et la terre le moins ; c’est pourquoi on dit qu’il est assis dans le ciel parce qu’il resplendit dans sa grande puissance. »

818. Ensuite, il prend la créature artificielle, en disant : NI PAR JÉRUSALEM. L’habitude des Juifs était de jurer par Jérusalem, par le Temple et les choses de ce genre.

PARCE QUE C’EST LA CITÉ DU GRAND ROI, Ps 76, 14 : Quel Dieu est grand comme notre Dieu ?

[5, 36]

819. TU NE JURERAS PAS NON PLUS PAR TA TÊTE. Par là on entend toute créature qui est comme nous. Augustin [écrit] : « Quand quelqu’un jure par mon salut, il rattache son salut à Dieu. Quand [il jure] par mes enfants, il les donne en gage à Dieu, de sorte qu’arrive sur leur tête ce qui sort de sa bouche. »

CAR TU NE PEUX RENDRE UN SEUL CHEVEU BLANC OU NOIR, du moins naturellement. Comme s’il disait : « Ce n’est pas ton affaire mais celle de Dieu. » Augustin [écrit] : « Jurer par des créatures quelconques, c’est traiter le Créateur en témoin de celles-ci. »

820. C’est pour toutes ces raisons qu’il est dit en Si 23, 9 : N’accoutume pas ta bouche à faire des serments. Chrysostome [écrit] : « Personne ne peut jurer fréquemment sans se parjurer parfois. »

[5, 37]

821. QUE VOTRE PAROLE SOIT : OUI ? OUI. NON ? NON. Voici la seconde partie, où il ordonne la vérité raisonnable créée par une interprétation droite, à savoir quand la vérité est exprimée par la parole, selon ce qui est conçu dans l’esprit. C’est pourquoi il dit : « Ainsi j’ai interdit de jurer, même quand il faut parler. » MAIS QUE VOTRE PAROLE SOIT : OUI ? OUI. NON ? NON, c’est-à-dire votre parole ayant une existence réelle, QU’ELLE SOIT : OUI ? OUI, c’est-à-dire qu’elle soit proférée selon la vérité de la conscience. NON ? NON : d’une chose qui n’est pas, qu’on dise qu’elle n’est pas. Raban [écrit] : « OUI ? OUI, NON ? NON : il le dit deux fois, pour que ce que tu dis avec la bouche, tu l’approuves par tes œuvres, et que ce que tu nies en paroles, tu ne le confirmes pas dans les faits. »

822. TOUT CE QU’ON DIT DE PLUS, c’est-à-dire ce qui est affirmé ou nié au-delà de la simple vérité de la chose, par exemple par le serment, VIENT DU MAUVAIS. Il ne dit pas que « c’est mauvais », comme dit Augustin, mais que cela VIENT DU MAUVAIS, c’est-à-dire non de toi, mais de ceux qui par faiblesse ou par incrédulité te poussent à jurer.

823. Note qu’il est permis de jurer pour beaucoup de raisons. Premièrement, pour confirmer la vérité aux incrédules, 2 Co 1, 18 : Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas « oui et non » ; deuxièmement pour rétablir la paix, comme Jacob a juré à Laban, Gn 31, 53 ; troisièmement, pour resserrer une amitié, Gn 26, 28 : Les hommes de Gérar dirent à Isaac : » Qu’il y ait un serment entre nous » ; quatrièmement, pour faire éclater la vérité, Dt 19, 15 : Dans la bouche de deux ou trois témoins se tient toute parole ; cinquièmement, pour garder la fidélité, 2 R [2 S]  5, 3 : Les anciens d’Israël vinrent auprès du roi et il conclut un pacte avec eux ; sixièmement, pour l’obéissance et la reconnaissance de sujétion, ainsi les hommes de Galaad à Jephté ; septièmement, pour observer la coutume de l’Église, par exemple [dans le cas] des chanoines. De même les fils d’Israël jurèrent qu’ils serviraient le Seigneur. Et ces sept motifs sont en vue d’amener le bien.

824. De plus, deux autres motifs sont en vue d’éloigner le mal, à savoir les témoins qui prêtent serment dans un procès pour faire taire une calomnie, He 6, 16 : La garantie du serment met un terme à toute contestation. Et un autre motif : pour se justifier d’une mauvaise réputation, Dt 21, 1[‑8] : Quand on découvrira le cadavre d’un homme assassiné et qu’on ignorera qui est coupable du meurtre, les anciens et les juges sortiront (…) et diront : « Nos mains n’ont pas versé ce sang et nos yeux n’ont rien vu. Pardonne à ton peuple Israël que tu as racheté, Seigneur. »

 

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