961. [Le Seigneur] a accompli la loi pour ce qui était des commandements et des promesses ; maintenant, il l’accomplit pour ce qui est des jugements.
962. Premièrement, il ordonne donc qu’il n’y ait pas de jugement téméraire, et il dit : NE JUGEZ PAS, etc., à savoir, selon l’amertume de votre cœur, Am 4, 13 ; Tu as changé le jugement en amertume. Ou bien : NE [JUGEZ] PAS, pour ce qui est des choses qui ne sont pas soumises à notre jugement. Le jugement appartient au Seigneur ; à nous, il a confié de juger des réalités extérieures, mais Il s’est réservé les réalités intérieures. NE JUGEZ donc PAS de celles-ci, 1 Co 4, 5 : Ne jugez pas avant le temps ; Jr 17, 9 : Le cœur de l’homme est mauvais, mais qui le connaîtra ? En effet, personne ne doit juger qu’un homme est mauvais, car les choses douteuses doivent être interprétées de la manière la plus favorable. De même, le jugement doit s’accorder à la personne de celui qui juge. Ainsi, si tu te trouves dans le même péché ou dans un plus grand, tu ne dois pas juger, Rm 2, 1 : Par le fait que tu en juges un autre, tu te condamnes toi-même. De même, [le jugement] n’est pas interdit aux prélats, mais aux sujets. [Les prélats] ne doivent donc juger que leurs sujets. Mais Chrysostome [écrit] : « NE JUGEZ PAS, etc., c’est-à-dire ne jugez pas vous-mêmes en vous vengeant. Si vous pardonnez, vous ne serez pas jugés pour cette raison ; bien plutôt, vous obtiendrez miséricorde en raison de cette miséricorde. »
963. Vient ensuite la raison : DU JUGEMENT QUE VOUS PORTEREZ, VOUS SEREZ JUGÉS, c’est-à-dire vous serez jugés de la manière dont vous aurez jugé, Ps 7, 17 : Sa peine se retournera contre lui, etc. Et plus loin, 26, 52 : Celui qui aura frappé par le glaive, périra par le glaive. Ou encore : ceux qui jugent doivent craindre que le Seigneur ne permette qu’ils soient punis par le même jugement, comme en Is 33, 1 : Prends garde, toi qui détruis, de n’être pas détruit !
964. DE LA MESURE, etc. Ici, [le Seigneur] donne la raison sous la forme de l’exemple d’un jugement. En effet, le juge est comme une règle vivante. Lorsque tu veux établir l’égalité entre deux choses, tu t’en rapportes à une règle, et tu enlèves ce qui est en excédent chez l’une. Ainsi, si quelqu’un veut obtenir d’un autre plus qu’il ne doit avoir, [le juge] supprime cela et rend à chacun ce qui lui appartient. C’est [ce que veut dire] : IL NOUS SERA RENDU SELON CETTE MESURE.
965. Mais on soulève une objection : quelqu’un pèche de manière temporaire, et il est puni éternellement. Il semble que le jugement ne soit pas équitable. Je dis que, dans le péché, deux choses doivent être prises en considération : la durée et l’offense. Dans l’offense, deux choses [doivent être considérées], à savoir, l’aversion et la conversion. Du point de vue de la conversion, la faute est finie ; mais du point de vue de l’aversion, elle est infinie, car on se détourne de Dieu qui est infini. Lorsque quelqu’un se détourne de l’infini, il doit être puni de manière infinie. De même, du point de vue de la durée, il faut considérer deux choses, à savoir, l’acte et la souillure. L’acte est momentané, mais la souillure est infinie, c’est-à-dire éternelle. Ainsi, il doit être puni de manière infinie, c’est-à-dire éternelle. De sorte que si la souillure pouvait être effacée chez les démons, ils pourraient être libérés et de la peine et de la souillure. De même, du point de vue de la peine, il y a une âpreté, et celle-ci est finie. Il y a aussi une durée, et celle-ci est infinie.
966. QU’AS-TU À REGARDER LA PAILLE QUI EST DANS L’ŒIL DE TON FRÈRE, ET À NE PAS VOIR LA POUTRE QUI EST DANS TON ŒIL ? Ici, [le Seigneur] dit qu’il ne faut pas poser de jugement désordonné. En effet, [un jugement] est désordonné lorsqu’il est lancé sans que la cause ou la gravité du délit ait été pleinement examinée. Car, dans le jugement, deux choses sont nécessaires : la connaissance de la cause et le jugement. C’est de la première que parle Job, 29, 16 : La cause que je ne connaissais pas, je l’examinais très attentivement, etc.
967. QU’AS-TU À REGARDER LA PAILLE, une faute légère, DANS L’ŒIL, c’est-à-dire dans la conscience [de ton] frère, ET À NE PAS VOIR LA POUTRE, c’est-à-dire le péché grave, DANS TON ŒIL ? Par la paille et la poutre, [le Seigneur] enseigne à prendre en considération l’importance des péchés. En effet, souvent ceux qui commettent des péchés graves reprennent ceux qui [en commettent] de légers, comme il arrive lorsqu’on juge les religieux : certains, qui commettent [des péchés] graves, jugent graves [les péchés] légers qu’ils aperçoivent chez les religieux, alors que [ces péchés] sont comme une goutte d’eau dans une grande quantité de vin. De même, il arrive que quelqu’un, par faiblesse, pèche légèrement et qu’un juge mauvais et mal disposé, qui cherche à le punir par haine, regarde la paille dans l’œil de celui-ci, [sans apercevoir] la poutre dans son œil.
968. COMMENT donc, c’est-à-dire de quel front peux-tu dire : « FRÈRE, LAISSE-MOI ENLEVER LA PAILLE DE TON ŒIL » ? Tu dois avoir honte. Chrysostome [écrit] : « Comment un homme en aime-t-il un autre plus que lui-même ? En effet, si tu en corriges un autre dans un esprit de correction, tu te corrigeras d’abord toi-même ; mais [si] tu fais cela par haine ou par vaine gloire, etc. »
969. Mais on se demande si celui qui est dans le péché mortel peut en corriger un autre. Je dis que soit il a déjà été dans le péché, soit il ne l’a pas été. S’il n’a jamais été dans le péché, il doit craindre d’y tomber ; il doit donc corriger à contrecœur. S’il a déjà été dans le péché, il doit corriger avec mansuétude. Et c’est pourquoi peut-être le Seigneur a-t-il permis que Pierre tombe, lui qui devait être le pasteur de l’Église, afin qu’il se comporte avec plus de douceur avec les pécheurs. Et Paul dit du Christ, en He 4, 15 : Nous n’avons pas un grand-prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, puisqu’il a été éprouvé en tout d’une manière semblable, sauf le péché. Si [quelqu’un] est soumis au péché, celui-ci est soit public, soit occulte. S’il est occulte, il peut venir de la faiblesse ; il déplaît donc à celui qui pèche, et alors [celui qui est soumis au péché] peut corriger, car ce qu’il corrige chez un autre, il le corrige chez lui-même ; ou bien [le péché] peut venir de la malice, [et alors celui qui est soumis au péché] ne doit jamais corriger. Mais si [le péché] est public, [celui qui est soumis au péché] ne doit pas reprendre avec sévérité, mais se joindre [au pécheur] avec mansuétude. Ainsi, il ne faut pas blâmer les pécheurs avec dureté.
970. Vient ensuite : HYPOCRITE, ENLÈVE D’ABORD LA POUTRE QUI EST DANS TON ŒIL. Le Seigneur commence à dénoncer, comme il le fait plus loin, le mauvais serviteur, etc. Augustin [écrit] : « Il montre qu’il a l’intention de réprimander celui qui se donne une autorité qui ne lui appartient pas », Ps 49[50], 16 : Mais Dieu a dit au pécheur : « Pourquoi racontes-tu ma justice et as-tu mon alliance à la bouche ? Tu as détesté mon enseignement, etc. » ENLÈVE D’ABORD, en jeûnant et en priant, LA POUTRE QUI EST DANS TON ŒIL, et alors tu pourras voir la paille qui est dans l’œil de ton frère.
971. Vient ensuite : NE JETEZ PAS AUX CHIENS CE QUI EST SACRÉ. Par quoi [le Seigneur] montre que le jugement doit être pondéré. Il faut donc remarquer ce que veulent dire SACRÉ et PERLES. Augustin [écrit] : « Les choses saintes doivent être préservées inviolées et immaculées ; et les perles ne doivent pas être méprisées. » Par les CHIENS, qui déchirent de leurs dents, sont signifiés les hérétiques ; par les PORCS, qui foulent de leurs pieds, les gens impurs. DONNER AUX CHIENS LES CHOSES SAINTES, c’est donc administrer les choses saintes aux hérétiques. De même, si quelque chose de spirituel est exprimé et que cela est méprisé, cela est donné aux porcs. Ou bien par les choses saintes, [sont signifiés] les sacrements de l’Église ; par les perles, les mystères de la vérité. Le chien est un animal totalement impur ; le porc est en partie impur, et en partie il ne l’est pas. Par les chiens, [sont signifiés] les infidèles ; par les porcs, les mauvais fidèles.
972. NE JETEZ DONC PAS AUX CHIENS CE QUI EST SACRÉ, c’est-à-dire ne donnez pas les sacrements aux infidèles. Les PERLES, c’est-à-dire les sens spirituels, ne doivent pas être donnés aux porcs, 1 Co 2, 14 : L’homme [sous son aspect] animal ne perçoit pas les choses de Dieu, de crainte qu’il ne les méprise. Pr 27, 7 : L’âme rassasiée foule aux pieds le rayon de miel. C’est pourquoi les convertis s’en prennent aux péchés ou lancent des calomnies. Mais pourquoi ? Le Christ n’a-t-il pas dit beaucoup de bonnes choses aux infidèles et ceux-ci ne s’en prenaient-ils pas à ses paroles ? Je dis qu’il a fait cela pour les bons qui se trouvaient parmi les méchants, et qui ainsi progressaient.
973. DEMANDEZ ET L’ON VOUS DONNERA. [Le Seigneur] a livré son enseignement, qui est complet et parfait ; ici, il enseigne comment [cet enseignement] peut être observé. Or, pour cela, la prière est nécessaire ainsi qu’une attention diligente. Il enseigne donc d’abord à demander [7, 7] ; ensuite, il donne l’assurance d’être exaucé, en cet endroit : LEQUEL D’ENTRE VOUS, etc. [7, 9].
974. Et par ceci, vois comment deux fausses opinions sont écartées. La première est celle des orgueilleux, qui pensent accomplir les commandements par leurs propres forces. Mais [le Seigneur] dit qu’il est nécessaire de [le] demander à Dieu : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? 1 Co 4, 7. De même, [le Seigneur] écarte l’opinion de plusieurs qui disent que Dieu ne tient pas compte des prières et qu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils demandent. C’est pourquoi il ajoute : ET VOUS RECEVREZ. Et ceci s’interprète, premièrement, de façon que rien ne soit ajouté à ces deux choses, mais que seule la manière soit exprimée. En effet, pour demander, il faut une attention concentrée, de même qu’une dévotion fervente. Et [le Seigneur] indique ces deux choses lorsqu’il dit : CHERCHEZ, c’est-à-dire priez. Ou bien : DEMANDEZ, comme ceux qui cherchent quelque chose lui accordent toute leur attention. C’est de celui-là que parle l’épouse dans le Cantique, 3, 1 : J’ai cherché celui qu’aime mon âme. ET VOUS TROUVEREZ, Ps 26[27], 4 : J’ai demandé une seule chose au Seigneur, c’est celle-là que je chercherai. De même : CHERCHEZ à la façon de celui qui frappe à la porte, car celui qui frappe à la porte, s’il n’est pas entendu, frappe fort, Ct 7, 12 : Viens, mon bien-aimé, sortons au champ, demeurons dans les villages.
975. Deuxièmement, ceci s’interprète, selon Augustin, par rapport à ce que le Christ dit de lui-même : « Je suis la voie, la vérité et la vie » [Jn 14, 6]. Si tu veux suivre cette voie, demande-lui d’orienter tes voies, en disant avec le psalmiste, 24[25], 4 : Seigneur, montre-moi tes voies et enseigne-moi tes sentiers. Si tu veux connaître la vérité, cherche et tu trouveras. Mais il ne suffit pas de connaître la voie et de chercher la vérité si tu ne parviens pas à la vie. Pour y entrer, frappe, comme le dit Ex 15, 17 : Il les fera entrer et les plantera sur la montagne de ton héritage. Mais, encore selon [Augustin] et beaucoup mieux, tout ceci se rapporte à une demande très insistante. On l’interprète aussi autrement en le mettant en rapport avec divers actes : DEMANDEZ, en priant ; CHERCHEZ, en étudiant ; FRAPPEZ, en agissant.
976. CAR QUICONQUE DEMANDE REÇOIT, etc. Quelqu’un dira : « Tu nous dis de demander. Je crois que cela est dit aux saints, mais je n’en fais pas partie. » C’est pourquoi [le Seigneur] dit : QUICONQUE DEMANDE REÇOIT, etc. Mais il semble que ce soit faux, car il est écrit, Jn 9, 31 : Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs. Augustin donne la solution : si Dieu n’écoute pas les pécheurs, comment a-t-on rapporté, à propos du publicain, qu’il disait : « Seigneur, aie pitié du pécheur que je suis », [Lc 18, 13] ? [Augustin] ajoute donc : « [Dieu] n’écoute pas les pécheurs, à savoir, ceux qui veulent demeurer dans leurs péchés. » Mais il faut savoir que la prière est méritoire et impétratoire, et qu’elle peut être méritoire même si elle n’est pas impétratoire.
977. Mais que veut dire ce qu’il dit : QUICONQUE DEMANDE REÇOIT ? Il semble que ce soit faux, car on ne reçoit pas toujours ce qu’on demande. Je dis que l’homme demande et ne reçoit pas dans quatre cas. Ou il demande ce qui ne convient pas, plus loin, 20, 22 : Vous ne savez pas ce que vous demandez ; il faut donc demander ce qui est nécessaire au salut. En deuxième lieu, parce qu’il ne demande pas bien, Jc 4, 3 : Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous ne demandez pas bien ; il faut donc demander pieusement, c’est-à-dire avec foi. De même, [il faut demander] humblement, selon Lc 1, 48 : Il a regardé l’humilité de sa servante, et de même, pieusement, c’est-à-dire avec dévotion. De plus, [l’homme] n’est pas écouté parce qu’il demande pour un autre dont les mérites vont en sens contraire, Jr 15, 1 : Même si Moïse et Samuel se tenaient devant moi, mon cœur ne serait pas avec ce peuple. Et encore, [l’homme] n’est pas écouté parce qu’il ne persévère pas, Lc 18, 1 : Car il faut toujours prier, avec persévérance ; en effet, le Seigneur veut que s’accroisse le désir. De même, il arrive que le Seigneur exauce, mais sans le paraître, parce que le Seigneur donne eu égard à l’utilité, et non à la volonté, comme cela est arrivé à Paul. Augustin [écrit] : « Le Seigneur est bon, lui qui n’accorde pas souvent ce que nous demandons, pour accorder ce que nous ne voulons pas ; et parce que nous l’appelons Père, Il nous accorde ce qu’un père accorde à son fils. »
978. QUEL EST D’ENTRE VOUS L’HOMME, À QUI SON FILS DEMANDE DU PAIN, ET QUI LUI REMETTRA UNE PIERRE ? Par le pain, on entend le Christ, Jn 6, 51 : Je suis le pain vivant descendu du ciel, etc. De même, le pain est l’enseignement sacré, Si 15, 3 : Je le nourrirai du pain de vie et d’intelligence. De même, [on entend] la charité, Is 30, 23 : Le pain de la terre sera abondant et riche. Au contraire, la pierre est le Diable, Jb 41, 15 : Son cœur s’endurcira comme la pierre. De même, [la pierre] signifie l’endurcissement, selon Ez 36, 26 : J’enlèverai votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. De même, elle signifie la fausse doctrine, Jb 28, 3 : Le torrent écarte la pierre cachée et l’ombre de la mort, etc. [On peut aussi comprendre] : si quelqu’un demande à Dieu du pain comme à un père, c’est-à-dire le Christ, [Dieu] ne lui donnera pas le Diable.
979. De même, [S’IL LUI DEMANDE] UN POISSON. Le poisson vit dans l’eau et il [représente] l’intelligence au sein des dogmes, Jn 4, 13 : Celui qui boira de cette eau n’aura plus jamais soif. Et, au même endroit : Il y aura une source d’eau vive jaillissant en vie éternelle. De même, par les eaux, sont signifiées les tribulations. Ainsi, par les poissons, [sont signifiés] ceux qui vivent au milieu des tribulations. Ou bien le poisson veut dire la foi, qui se cache sous l’eau, à savoir par la garde de l’esprit. Mais par le serpent [est signifiée] la fausse doctrine des hérétiques.
980. [Le Seigneur] dit donc : S’IL LUI DEMANDE UN POISSON, LUI DONNERA-T-IL UNE PIERRE ? Un autre évangéliste ajoute une troisième chose : un œuf. De sorte que, par le pain [est indiquée] la charité, par le poisson, la foi, et par l’œuf, l’espérance.
981. [Le Seigneur] conclut : SI DONC VOUS, ALORS QUE VOUS ÊTES MAUVAIS, SAVEZ DONNER DE BONNES CHOSES À VOS FILS, COMBIEN PLUS VOTRE PÈRE QUI EST DANS LES CIEUX EN DONNERA-T-IL À CEUX QUI L’EN PRIENT ? Mais quelqu’un dira : « Il a dit cela aux apôtres, qui n’étaient pas mauvais. » Et Chrysostome donne la solution : [le Seigneur fait] une comparaison avec la bonté divine, Is 64, 6 : Toutes nos bonnes actions sont comme du linge souillé. Jérôme dit : « Et si tous n’étaient pas mauvais par leurs actes, ils étaient cependant tous mauvais par leur tendance au mal. » Ainsi, on lit en Gn 6, 5 : Parce que toutes les pensées du cœur de l’homme sont toujours tournées vers le mal. Et Jr 16, 12 : Voici en effet que chacun suivait la méchanceté de son cœur. Augustin [écrit] : « Si donc, alors que vous êtes mauvais. Il n’est pas dit : “Vous êtes mauvais”, mais alors que vous êtes mauvais, donnez à vos fils temporels des biens temporels que vous estimez bons, combien plus votre Père qui est parfaitement bon ! » Et c’est ce qui suit : COMBIEN PLUS VOTRE PÈRE QUI EST AUX CIEUX EN DONNERA-T-IL À CEUX QUI L’EN PRIENT, si vous voulez les recevoir !
982. TOUT CE QUE VOUS VOULEZ QUE LES HOMMES VOUS FASSENT, FAITES-LE POUR EUX, c’est-à-dire pardonnez, si vous voulez qu’il vous soit pardonné. Certains ont ajouté : TOUS LES BIENS, mais cela n’est pas nécessaire, car [le Seigneur] dit : [CE QUE] VOUS VOULEZ. Or, la volonté est le désir de biens, et la cupidité celui de maux. Il n’est donc pas nécessaire d’ajouter : LES BIENS. Ainsi, ce que tu veux qu’on te fasse, fais-le aux autres. VOILÀ LA LOI ET LES PROPHÈTES, et [le Seigneur] ne dit pas : toute la loi et les prophètes, comme lorsqu’il s’agit des préceptes premiers : Toute la loi et les prophètes tiennent en ces deux choses [Mt 22, 40].
983. ENTREZ PAR LA PORTE ÉTROITE. Afin qu’on ne croie pas que, parce qu’il avait dit : DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ, l’homme recevrait tout de Dieu sans de bonnes œuvres, [le Seigneur] enseigne donc que cela se fait aussi par les bonnes œuvres. Il donne donc en premier lieu un avertissement ; en second lieu, la raison.
984. [Le Seigneur] dit donc : ENTREZ, c’est-à-dire : efforcez-vous d’entrer. Augustin interprète cela de deux façons. Le Christ est la porte, Jn 10, 9 : Je suis la porte, parce que sans lui on n’accède pas au royaume. Cette porte est ÉTROITE en raison de l’humilité, car il s’est humilié jusqu’à la mort [Ph 2, 8]. Car, le Seigneur donnera une parole diminuée à la terre [Is 10, 22‑23 ; Rm 9, 28]. Ainsi, ENTREZ PAR LA PORTE ÉTROITE, c’est-à-dire par l’humilité du Christ, Lc [24, 26] : Il fallait que le Christ souffre pour entrer dans sa gloire ; de même en est-il pour nous. Ainsi, il nous faut passer par de multiples tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu. De même, cette porte signifie la charité, Ps 117[118], 20 : Voici la porte du Seigneur, les justes y entreront. Celle-ci est resserrée par la loi divine, et nous devons entrer par cette porte en observant la loi et les prophètes.
985. Ensuite, il donne la raison : CAR LARGE OUVERTE EST LA PORTE ET SPACIEUX LE CHEMIN QUI CONDUIT À LA PERDITION. Et il décrit deux portes : l’une large ouverte, l’autre étroite. Celle qui est large ouverte est le Diable, la présomption de l’orgueil, [Mt] 16, 18 : Les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle. Cette PORTE est LARGE OUVERTE parce qu’elle accueille tous : en effet, personne ne peut la combler. De même, cette porte signifie l’iniquité ou le vice ; et celle-ci est large ouverte parce que [le vice] existe sous plusieurs formes. En effet, la vertu n’a qu’une forme, mais le vice en a plusieurs. Os 4, 2 : La malédiction, le mensonge, l’homicide, le vol et l’adultère ont abondé, et le sang a rejoint le sang, etc. De même, existe-t-il un CHEMIN LARGE OUVERT, et c’est l’œuvre du péché, Jr 2, 18 : Pourquoi veux-tu aller en Égypte ? De même, il existe UN CHEMIN SPACIEUX, parce qu’au début, il semble large ouvert, mais par la suite il se rétrécit, car son issue est LA PERDITION. En effet, le salaire du péché, c’est la mort [Rm 6, 23]. ET NOMBREUX SONT CEUX QUI L’EMPRUNTENT. Ici, il indique le nombre, car, selon la lettre, le nombre des fous est infini [Qo 1, 15].
986. ÉTROIT EST LE CHEMIN ET RESSERRÉ LE SENTIER QUI CONDUIT À LA VIE. Voilà le contraire de ce qui précède. Et ce [chemin] est étroit, car il se rétrécit par la règle de la loi, et il s’agit d’un choix entre deux voies, Pr 4, 27 : Le chemin qui est à droite, le Seigneur le connaît ; mais mauvais sont les chemins qui mènent à gauche, etc.
987. Mais on peut se demander pourquoi le chemin de la charité est étroit, car il semble qu’il est large, Pr 4, 11 : Je te mènerai par les sentiers de la justice ; lorsque tu y seras entré, tes pas ne seront pas limités. Or, le chemin des pécheurs est un chemin étroit ; c’est pourquoi Sg 5, 7 [dit] : Nous avons emprunté des chemins difficiles. Il faut dire qu’il existe un chemin de la chair et [un chemin] de la raison. Le chemin de la charité sur la voie de la chair est un chemin étroit ; [mais c’est] le contraire sur la voie de la raison. Il en existe un exemple chez le pédagogue, car plus [celui-ci] aime l’enfant, plus il restreint ses pas. Ainsi, les chemins de la charité sur la voie de la chair sont étroits, [mais c’est] le contraire sur la voie de la raison, Ps 118[119], 120 : Transperce ma chair de ta crainte.
988. ET IL EN EST PEU QUI LE TROUVENT. [Le Seigneur] fait ici mention de la découverte rare et difficile sur la voie de l’esprit, alors qu’elle ne l’est pas sur la voie de la chair. Et la raison [en est la suivante] : la voie de la chair est le plaisir, et celui-ci se présente facilement, mais la voie de l’esprit est cachée ; c’est pourquoi Ps 30[31], 20 [dit] : Comme est grande ta douceur, Seigneur, que tu as cachée pour ceux qui te craignent ! En effet, parce qu’elle est cachée, peu la trouvent. Mais certains la trouvent, et reviennent cependant sur leurs pas ; il est dit d’eux en Lc 9, 62 : Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au royaume de Dieu.
989. [Le Seigneur] enseigne de prendre garde à ce qui doit être évité. Or, cela est décrit par la profession, puisqu’il s’agit des prophètes. Mais on peut se demander de quels prophètes, car la loi et les prophètes [ont duré] jusqu’à Jean. Ainsi, en ce temps-là, il n’y avait pas de prophètes qui parlaient du Christ, parce qu’ils s’achevaient en lui. C’est pourquoi il faut dire que les prophètes sont les docteurs et les prélats dans l’Église.
990. Mais que veut-il dire par FAUX ? Sont appelés faux ceux qui ne sont pas envoyés. C’est d’eux que parle Jr 23, 21 : Je ne les envoyais pas, et ils couraient. De même, sont appelés FAUX ceux qui disent un mensonge ; ainsi, Jr 2, 8 : Ses prophètes ont prophétisé au nom de Baal. Ainsi y eut-il beaucoup de pseudo-prophètes parmi le peuple, comme il y aura parmi nous des maîtres menteurs.
991. MÉFIEZ-VOUS, c’est-à-dire évitez avec soin, car ils sont cachés, et il faut éviter les pièges cachés. Ainsi, leur malice se cache à l’intérieur. [Le Seigneur] dit donc : ILS VIENNENT À VOUS DÉGUISÉS EN BREBIS, etc. Les brebis sont les fidèles : Nous sommes son peuple et les brebis qu’il fait paître, Ps 109[110], 3. Leurs vêtements sont le jeûne et les aumônes dont ils se couvrent, 2 Tm 3, 5 : Ils ont l’apparence de la piété, mais ils en récusent la puissance. Mais il faut savoir que, si les loups se couvrent de peaux de brebis, la brebis n’en perd pas pour autant sa peau. Ainsi, bien que ces méchants se couvrent de bonnes œuvres, les bons progressent pourtant beaucoup. MAIS AU-DEDANS, ILS SONT DES LOUPS RAPACES. Ceci s’entend principalement des hérétiques et ensuite des mauvais prélats. Ainsi, on trouve à ce sujet en Jn 10, 11 : Je suis le bon pasteur. On appelle pasteur celui qui gouverne et régit, loup, celui recherche la perdition, et mercenaire, celui qui recherche son propre avantage. Ainsi, il faut aimer le pasteur, fuir le loup et supporter le mercenaire. De sorte que ce qui est dit : AU-DEDANS, ILS SONT DES LOUPS RAPACES, s’entend de ceux qui ont l’intention de pervertir le peuple, et ils doivent être appelés des loups. De même, les mercenaires, à savoir, les mauvais chrétiens qui propagent le mauvais exemple et qui ont une mauvaise vie, ressemblent au loup par l’effet [qu’ils produisent], Ac 20, 29 : Car des loups rapaces viendront après mon départ, qui n’épargneront pas le troupeau, etc. Et [le Seigneur] dit : AU-DEDANS, parce qu’ils ont la mauvaise intention de tuer le peuple.
992. À LEURS FRUITS VOUS LES RECONNAÎTREZ, etc. À LEUR FRUITS, c’est-à-dire à leurs œuvres. Mais il semble que ce soit le contraire, car ils sont habillés comme des brebis, et les habits sont les œuvres. Ils seront donc reconnus par celles-ci. Chrysostome [écrit] : « Le fruit est la confession de la foi. S’il confesse la foi, il n’est donc pas hérétique, Ep 5, 9 : En effet, les fruits de la lumière sont la bonté, la justice et la vérité en toutes choses, etc. » Mais si on l’interprète des gens fourbes, on l’interprète alors ainsi : par les vêtements [sont désignées] les œuvres extérieures. Ainsi, en Ga 5, 22 : Le fruit de l’Esprit est la charité, la joie et la paix, etc. Mais tu te demanderas comment ils peuvent être reconnus. Il faut dire qu’un hypocrite peut difficilement se présenter sans qu’apparaisse quelque chose de mauvais soit dans ses paroles, soit dans ses actes, Pr 27, 19 : Comme sont réfléchis dans l’eau les visages de ceux qui regardent, ainsi les cœurs des hommes seront révélés aux sages. Et Sénèque [écrit] : « Personne ne peut longtemps jouer un personnage. » Ils se révèlent surtout par deux choses : dans ce qui doit être fait soudainement, parce que dans les choses que quelqu’un fait de manière délibérée, il prend garde à lui-même ; de même, dans les tribulations, Si 6, 8 : Il est un ami lorsque cela lui plaît, mais il ne sera pas là au jour de la tribulation. De même, ils se révèlent lorsqu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent ou lorsqu’ils l’ont déjà obtenu. C’est ainsi que l’exercice du pouvoir manifeste ce qu’est un homme.
993. CUEILLE-T-ON DES RAISINS SUR DES ÉPINES ? Par les RAISINS, dont est fait le vin, on entend la joie spirituelle, car le vin réjouit le cœur de l’homme, Ps 103[104], 15. Par les FIGUES, [s’entend] la douceur de la paix de l’Église, qui est la charité. Celles-ci ne peuvent apparaître dans les CHARDONS, c’est-à-dire chez les pécheurs, car il produira sur toi des épines et des chardons, Gn 3, 18.
994. Et [le Seigneur] démontre cela par un exemple : TOUT ARBRE BON PRODUIT DE BONS FRUITS, ET L’ARBRE MAUVAIS PRODUIT DE MAUVAIS FRUITS. En se fondant sur cela, les manichéens ont supposé qu’il existait deux natures, la bonne et la mauvaise. Mais cela n’est pas vrai, car nous voyons chez une mauvaise créature de bons fruits, et l’inverse [existe aussi]. Ainsi, tu dois comprendre que l’arbre est le principe du fruit. Mais le principe est double : le principe de la nature et le principe du comportement. Le principe de la nature est l’âme ; et ainsi, tout ce qui est produit naturellement est entièrement bon. Mais le principe du comportement est la volonté ; c’est pourquoi, si la volonté est bonne, l’action sera bonne puisqu’elle sera issue d’une volonté bonne ayant une intention bonne, car si on voulait voler pour faire l’aumône, même si la volonté est bonne, l’intention n’est cependant pas droite.
995. Mais qu’adviendra-t-il de l’arbre mauvais ? TOUT ARBRE QUI NE PORTE PAS DE FRUITS SERA COUPÉ, car s’il n’en produit pas ou s’il omet d’en produire alors qu’il le peut, il sera coupé. C’est [ce que dit] Jn 15, 6 : Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme des branches, il se desséchera et on le ramassera pour l’envoyer au feu, et il brûlera. C’est pourquoi, en Lc 13, 7, il est dit du figuier que le maître a ordonné de couper et d’arracher : Que l’impie soit enlevé afin qu’il ne voie pas la gloire de Dieu !
996. [Le Seigneur] conclut : AINSI DONC, C’EST À LEUR FRUITS QUE VOUS LES RECONNAÎTREZ.
997. CE NE SONT PAS TOUS CEUX QUI ME DISENT : « SEIGNEUR, SEIGNEUR ! », etc. Une fois présentée la doctrine, [le Seigneur] montre qu’il faut l’observer, car rien d’autre ne suffit au salut. En ce qui concerne le commandement ou la doctrine de Dieu, quatre choses sont nécessaires ou louables : que nous confessions de bouche, qu’elle soit confirmée par des miracles, que soit écoutée la parole de Dieu et qu’elle soit mise en pratique.
998. À propos du premier point, Rm 10, 10 [dit] : C’est par le cœur qu’on croit en vue de la justice et par la bouche que l’on confesse en vue du salut. À propos du deuxième, Mc [16, 20] [dit] : Le Seigneur aidant et confirmant la parole par les signes suivants. Il faut aussi qu’elle soit écoutée, Jn 8, 47 : Celui qui est de Dieu écoute la parole de Dieu. De même, quatrièmement, il est nécessaire qu’on la mette en pratique, Jc 1, 22 : Mettez en pratique la parole de Dieu et ne vous contentez pas de l’entendre. [Le Seigneur] veut donc montrer que les trois [premières] choses ne sont pas utiles sans la quatrième. C’est pourquoi il dit : CE NE SONT PAS TOUS CEUX QUI ME DISENT : « SEIGNEUR, SEIGNEUR ! » etc.
999. Mais cela semble contredire ce que dit l’Apôtre : Personne ne peut dire « Seigneur Jésus », si ce n’est dans l’Esprit Saint [1 Co 12, 3], Mais celui qui possède l’Esprit Saint entre dans le royaume des cieux. Augustin donne la solution. On peut employer « dire » de plusieurs façons : en un sens général, et en un sens rigoureux propre. En un sens rigoureux, ce n’est rien d’autre que de manifester son sentiment et sa volonté ; c’est ainsi qu’il est dit de l’Apôtre : Personne ne peut dire : « Seigneur Jésus », si ce n’est dans l’Esprit Saint, etc. Et cela n’est rien d’autre que de croire le Seigneur et de lui obéir. De même, [on peut l’employer] en un sens général, c’est-à-dire exprimer de n’importe quelle façon par la bouche : c’est de cela que parle Jr 26, 13 : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est très éloigné de moi. Ou bien ceci : CE NE SONT PAS TOUS CEUX QUI ME DISENT : « SEIGNEUR, SEIGNEUR ! », etc.
1000. [Le Seigneur] répète le mot : SEIGNEUR, SEIGNEUR, afin d’indiquer qu’il existe une double confession, à savoir, par la voix et par la louange, dont aucune n’est suffisante. C’est pourquoi Is 26, 13 [dit] : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est très éloigné de moi.
1001. Qui donc entrera ? Non pas celui qui dit : « SEIGNEUR, SEIGNEUR ! », MAIS CELUI QUI AURA FAIT LA VOLONTÉ DE MON PÈRE, etc., Jn 3, 13 : Personne ne monte au ciel que celui qui est descendu du ciel, etc. Ainsi, personne ne peut monter à moins qu’il ne descende comme le Christ, dont il est dit en Jn 6, 38 : Je suis descendu du ciel, non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Il faut donc faire la volonté de Dieu, 1 Th 4, 3 : La volonté de Dieu, c’est votre sanctification. C’est ainsi que David disait, Ps 142[143], 10 : Enseigne-moi à faire ta volonté. Et aussi, le Seigneur a enseigné à prier : Que ta volonté soit faite [Mt 6, 10].
1002. Mais il faut remarquer que, par le fait qu’il dit : ROYAUME, la récompense céleste est abordée. C’est pourquoi il dit : ENTRERA. En effet, ce royaume consiste dans les biens spirituels, et non dans les biens extérieurs. Il dit donc : ENTRERA. C’est pourquoi Ct 1, 4 [dit] : Le roi m’a introduite dans sa chambre. Il dit aussi : DES CIEUX, car, même si quelqu’un possède ici-bas des richesses ou des honneurs, ils sont entièrement ordonnés à cela. Ainsi, la récompense se trouve dans les réalités élevées.
1003. Mais quelqu’un pourrait dire que faire des miracles est suffisant pour le salut. [Le Seigneur] écarte cela, car BEAUCOUP ME DIRONT CE JOUR-LÀ : « SEIGNEUR, N’AI-JE PAS PROPHÉTISÉ EN TON NOM », etc. ? Et il dit : BEAUCOUP, pour indiquer ceux qui s’écartent de l’unité, car ils sont une multitude : Le nombre des fous est infini, Qo 1, 15. De même, il introduit cela pour éclairer ce qu’il avait dit : TOUT ARBRE QUI NE PORTE PAS DE FRUITS SERA COUPÉ. Mais il n’avait pas dit par qui. C’est pourquoi il dit : ME, comme à un juge établi, car le Père a donné au Fils de tout juger, Jn 5, 22. Il dit aussi : CE JOUR-LÀ. [Le mot] indique un terme, mais non selon la qualité du temps, car le jour du jugement est parfois appelé nuit. En effet, il est parfois appelé jour, et parfois, nuit, car le moment de sa venue est incertain. Ainsi [est-il dit] plus loin, 25, 6 : Au milieu de la nuit, un cri s’est élevé : « Voici que vient l’époux, sortez à sa rencontre ! ». L’Apôtre parle de jour, 1 Co 4, 3, et [il est dit] dans Ps 36, 6 : Et une lumière éclairera ma justice et mon jugement sera comme le midi.
1004. SEIGNEUR, SEIGNEUR ! Il répète pour indiquer une grande confusion et la crainte, Sg 5, 2 : Ils seront troublés par une horrible crainte. N’AVONS-NOUS PAS CHASSÉ LES DÉMONS EN TON NOM ? C’est là un pouvoir surnaturel, Jb 41, 24 : En effet, il n’existe pas de pouvoir sur terre qui puisse se comparer à lui, à savoir, au pouvoir du Diable.
1005. Mais on se demande alors comment ceux qui chassent les démons deviennent réprouvés. Chrysostome répond qu’ils mentent. Une autre réponse est qu’à un certain moment ils étaient bons et ont fait des miracles ; par la suite, ils sont devenus mauvais. Mais ceci ne peut pas être exact, car le Seigneur dit : JE NE VOUS AI JAMAIS CONNUS. D’une autre façon, on doit dire qu’ils disent : EN TON NOM, et non au nom de l’Esprit Saint. En effet, certains [agissent] au nom de l’Esprit Saint, d’autres non. Ainsi, on lit, en Jr 2, 8, que certains ont prophétisé au nom de Baal. De même, certains [agissent] en recourant aux arts de la magie. Mais on se demande comment les démons font des miracles. Je dis qu’ils ne le peuvent pas, mais qu’ils font certaines choses qui semblent être des miracles, mais ne sont cependant pas des miracles. On dit qu’il y a miracle lorsque les effets sont manifestes, alors que les causes sont cachées. Ainsi, il se peut que quelque chose soit étonnant pour ceux qui sont moins instruits, mais ne le soit pas pour les sages. De sorte que, puisque les démons connaissent les choses naturelles d’une manière plus vraie, ils peuvent accomplir ce qui nous semble être des miracles. Autre [interprétation], selon Jérôme : comme il le dit, parmi les dons de l’Esprit Saint, certains sont des charismes ; seule la charité réalise une distinction entre les fils de Dieu et les fils du Diable, 1 Co 12, 7 : À chacun est donnée la manifestation [de l’Esprit] en vue du bien, soit pour l’accroissement de son bien propre, soit de celui de l’Église, afin que la foi qu’il prêche soit manifestée. Et ainsi, parfois même un prélat qui a une mauvaise vie peut faire des miracles.
1006. ALORS JE LEUR DIRAI EN FACE : « JE NE VOUS AI JAMAIS CONNUS », c’est-à-dire : « Je ne vous ai pas approuvés, même lorsque vous faisiez des miracles », 2 Tm 2, 19 : Le Seigneur connaît les siens. Il dit : « JE NE VOUS AI PAS CONNUS », puisqu’il dit : ÉCARTEZ-VOUS DE MOI, car vous n’avez jamais été approuvés.
1007. QUICONQUE ÉCOUTE, etc. [Le Seigneur] montre que, sans les œuvres, rien ne suffit, pas même l’écoute de la parole de Dieu, car l’écoute est ordonnée à la foi, Rm 10, 17 : La foi vient de l’écoute. En effet, l’écoute ne suffit pas. Et il monte cela de deux façons, car il présente sous forme de comparaison la situation de celui qui écoute et accomplit, et [celle de] celui qui écoute et n’accomplit pas. À propos du premier, il fait trois choses. Premièrement, il présente la construction [7, 24] ; deuxièmement, l’assaut, en cet endroit : ET LA PLUIE VIENT, etc. [7, 25] ; troisièmement, l’immuabilité, en cet endroit : ET [LA MAISON] NE S’EST PAS ÉCROULÉE [7, 25].
1008. [Le Seigneur] dit donc que l’écoute ne suffit pas. En effet, l’écoute est nécessaire, Jn 8, 47 : Car celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu, mais elle ne suffit pas, Rm 2, 13 : En effet, ce ne sont pas ceux qui écoutent la parole de Dieu qui seront justifiés, mais ceux qui l’accomplissent. De même, il dit à juste titre : CES PAROLES, car tout ce qui concerne le salut y est contenu. Ainsi, CELUI QUI ÉCOUTE CES PAROLES ET LES MET EN PRATIQUE SERA COMPARÉ À UN HOMME SAGE. Et il ne dit pas qu’il est un homme sage, mais qu’il SERA COMPARÉ [à un homme sage]. Et cette comparaison peut s’entendre d’un constructeur corporel, et ainsi la lettre est claire. Ou bien on peut l’entendre spirituellement, et ainsi cet homme est le Christ, Qo 7, 29 : J’ai trouvé un homme entre mille. La maison du Christ est l’Église : en effet, il sait comment il faut la construire. À ce sujet, Pr 9, 1 [dit] : La sagesse s’est édifié une maison. Et Pr 14, 1 : La femme sage construit sa maison sur le roc. 1 Co 10, 1 : La pierre était le Christ. Ainsi, le Christ construit sur lui-même. En effet, lui-même est le fondement ; pour cette raison, 1 Co 3, 11 [dit] : Personne ne peut établir un autre fondement en-dehors de celui qui a été établi, qui est le Christ Jésus. En effet, tel est le fondement de la vérité éternelle. [Ce fondement] est tout à fait immuable, Ps 124[125], 4 : Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur comme dans le mont Sion.
1009. Suit l’assaut contre cette maison : ET LA PLUIE VIENT. Par la PLUIE, on entend la doctrine, et il y a une bonne et une mauvaise pluie. Ainsi donc, celle qui se jette [contre la maison] est la mauvaise doctrine, Gn 19, 24 : Le Seigneur a fait pleuvoir sur Sodome du soufre et du feu. De même, il existe des TORRENTS bons et [d’autres] qui ne sont pas bons, Is 18, 2 : Les torrents ont envahi sa terre. Et par cela sont signifiés les sages qui s’estiment être sages. Ces torrents sont engendrés par les pluies. Par les VENTS sont signifiés les démons. Ainsi, dans la [lettre] canonique de Jude 12 : Des nuées sans eau, que le vent fait circuler, etc. ET ILS SE SONT DÉCHAÎNÉS CONTRE CETTE MAISON, c’est-à-dire contre l’Église, ET ELLE NE S’EST PAS ÉCROULÉE. En effet, ses cordes ne seront jamais rompues, Is 33, 20. Et pourquoi ? PARCE QU’ELLE AVAIT ÉTÉ FONDÉE SUR LE ROC, c’est-à-dire le Christ.
1010. Ensuite, il présente la comparaison de celui qui écoute et n’accomplit pas. Et, à ce sujet, il présente en premier lieu la construction [7, 26] ; en second lieu, l’assaut, en cet endroit : ET VIENT LA PLUIE, etc. [7, 27] ; en troisième lieu, la ruine, en cet endroit : ET ELLE S’EST ÉCROULÉE, etc. [7, 27].
1011. [Le Seigneur] dit : QUICONQUE ÉCOUTE MES PAROLES ET NE LES MET PAS EN PRATIQUE SERA SEMBLABLE À UN SOT, qui est tombé du haut de la lumière de la sagesse. Ainsi, Qo 4, 13 [dit] : Mieux vaut un serviteur sage qu’un vieillard infatué. De même, le sot est le Diable. La maison qu’il édifie est le rassemblement des fidèles. Ainsi, Ps 73[74], 30 [dit] : La terre est remplie de maisons d’iniquité. Et celui-ci [la construit] SUR LE SABLE. Par le SABLE, on entend les fidèles qui ne portent pas de fruits. De même, en raison du nombre : Le nombre des fous est infini, Qo 1, 15. De même, le sable ne colle pas : ainsi, ceux-ci sont toujours à contester. Il la fonde donc sur le sable, c’est-à-dire qu’il fixe sa fin, qui est le fondement, à savoir son intention, sur un bien temporel. LA PLUIE VIENT, c’est-à-dire la bonne doctrine, LES TORRENTS, c’est-à-dire les saints docteurs, LES VENTS SOUFFLENT, c’est-à-dire les anges, Ps 103, 4 : Qui fait des vents ses anges. ET ILS ASSAILLENT CETTE MAISON, ET ELLE S’EST ÉCROULÉE, Ap 14, 8 : Elle s’est écroulée, elle s’est écroulée, Babylone, à savoir, par la prédication. ET GRANDE FUT SA RUINE.
1012. Si l’on veut adapter la comparaison, il faut dire ceci : que l’homme doit construire comme le Christ. Et c’est cela qu’enseigne l’Apôtre, 1 Co 3, 10 : Que chacun voit comment il construit. En effet, l’un construit la résidence de Dieu ; un autre [fait] le contraire, comme [il est dit] plus loin ; et comme on le trouve en 1 Co 3, 12, certains construisent sur la paille. En effet, le fondement est ce sur quoi quelqu’un fixe son intention. Or, certains écoutent afin de savoir, et ceux-ci construisent sur l’intelligence, et c’est là une construction sur le sable, comme [le dit] Jc 1, 23 : Celui qui écoute, et ne met pas en pratique, est semblable à l’homme qui regarde son visage dans un miroir. Ainsi, ils construisent sur ce qui peut changer : ceux-là construisent sur le sable. Mais un autre écoute afin de mettre en pratique et d’aimer ; et celui-ci construit sur le roc, car [il construit] sur ce qui est solide et stable, Pr 22, 6 : L’adolescent qui suit son chemin, même lorsqu’il vieillira, ne s’en écartera pas. En effet, ce fondement repose sur la charité, selon l’Apôtre, Rm 8, 35 : Qui nous séparera de la charité du Christ ?
1013. Mais ici on peut se demander pourquoi le fondement qui repose sur l’intelligence est instable, et non pas solide, alors que [celui qui repose sur] l’amour l’est. La raison en est que l’intelligence porte sur ce qui est universel. En effet, elle ne peut pas savoir beaucoup de choses en dehors de l’universel. C’est pourquoi on ne trouve pas la stabilité en évoluant autour de l’universel. Mais les actions et les sentiments se rapportent à des choses particulières et à une bonne habitude, de sorte que si la tentation vient, on adhère à ce dont on avait l’habitude, à savoir la bonne action, et c’est pourquoi on résiste.
1014. Mais alors on se demande ce qu’on entend par la PLUIE. Il faut donc dire que le Diable, pour commencer, ne tente jamais dans les choses plus importantes, mais d’abord dans les choses moins importantes, puis il progresse vers les plus importantes. Ainsi, par la PLUIE, on comprend une pensée mauvaise. [Le Diable] tente donc par une pensée mauvaise. Puis, si [celui qui est tenté] consent, [le Diable] tente ensuite par une chose plus importante, et il intensifie ainsi par après. Et, à partir de là, des TORRENTS apparaissent, et ils L’ASSAILLENT DE TOUTES LEURS FORCES, et il S’ÉCROULE nécessairement. Si 19, 1 : Celui qui néglige les petites choses tombe peu à peu. Ou bien, autre interprétation : la PLUIE est la tentation de la chair ; les TORRENTS sont la tentation du monde ; les VENTS sont la tentation du Diable. Ou bien, selon Augustin, « la pluie est la doctrine superstitieuse ; celui qui y adhère tombe très lourdement, et cela devient une grande ruine ; mais celle-ci n’est pas grande lorsqu’il vacille mais ne tombe pas, parce que, lorsque se présente la tentation, il craint et se repent. » Mais certains [s’écroulent] totalement, Ps 136[137], 7 : À bas ! À bas ! Rasez-la jusqu’aux assises. Ou bien on parle de GRANDE RUINE parce que le cœur est impénitent, Jb 21, 13 : Leur vie s’achève dans le bonheur et ils descendent tout à coup en enfer.
1015. ET IL ADVINT, COMME JÉSUS ACHEVAIT CES PAROLES, QUE LA FOULE ÉTAIT FRAPPÉE D’ÉTONNEMENT. [Matthieu] présente l’effet. En effet, il y avait trois sortes de gens qui suivaient le Seigneur Jésus. Certains s’étonnaient et étaient scandalisés, comme les pharisiens, dont il est question plus loin, [Mt] 15. Certains s’étonnaient, mais n’étaient pas scandalisés, comme la foule. Mais certains, comme les parfaits, ne s’étonnaient pas.
1016. Mais il faut se demander pourquoi [Matthieu] dit : LA FOULE, car il n’y avait pas là de foule. Et l’on peut dire que le discours a été fait à la foule et aux disciples, mais que, sur la montagne, au pied du sommet, se trouvait un terrain plat. Les disciples étaient donc sur le sommet avec le Christ, mais la foule [occupait] le terrain plat. Ou bien on peut dire que [Jésus parla] d’abord aux disciples, et après, à la foule. Ou bien on peut dire qu’une foule de disciples l’avait suivi.
1017. Mais quelle était la raison de l’étonnement ? Parce que [Jésus] ENSEIGNAIT COMME UN HOMME QUI A AUTORITÉ. De sorte que s’accomplit en lui ce qui est dit en Qo 8, 4 : Sa parole est remplie de puissance. Ainsi, QUI A AUTORITÉ, parce qu’il parlait comme le Seigneur ou comme le législateur. Ou bien : COMME UN HOMME QUI A AUTORITÉ, par la capacité de pénétrer le cœur. Ainsi, il est dit, Ps 67[68], 34 : Il fera de sa voix une voix puissante. Ou bien [parce qu’il parlait] avec la puissance de faire des miracles, car ce qu’il disait, il le confirmait par des miracles.
1018. Augustin dit que tout ce qui est dit dans ce discours doit être ramené aux sept dons et aux béatitudes, car ce qui est d’abord dit : « Tu ne tueras pas », se rapporte au don de crainte et à la béatitude de la pauvreté. Et ce qui suit : « Sois conciliant envers ton ennemi », se rapporte au don de piété, par lequel se réalise la douceur. Et ceci : « Tu ne commettras pas l’adultère, etc. », se rapporte au don de science, par lequel se réalise la béatitude des pleurs. Et lorsqu’on [dit] de supporter, [cela se rapporte] au don de force, par lequel cela se réalise, et à la béatitude : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, etc. » Et ceci : « Aimez vos ennemis », au don de conseil, par lequel se réalise la béatitude sur la miséricorde. Mais par ce qui suit au chapitre VI : ne pas avoir d’inquiétude [6, 25s], jusqu’à : ENTREZ PAR LA PORTE ÉTROITE [7, 13], [le Seigneur] cherche à purifier le cœur. Cela se rapporte donc au don d’intelligence et à la béatitude qui porte sur la pureté de cœur : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » [5, 8]. Tout ce qui suit [se rapporte] au don de sagesse.
Leçon 1 [Matthieu 8, 1-4] 8, 1 Quand il fut descendu de la montagne, des foules le suivirent. 8, 2 Voici qu’un lépreux s’approcha et se prosterna devant lui en disant : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » 8, 3 Jésus, étendant la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » Et aussitôt sa lèpre fut purifiée. 8, 4 Et [Jésus] lui dit : « N’en parle à personne. Va, montre-toi aux prêtres et offre ton présent comme Moïse l’a ordonné et ce sera un témoignage à leurs yeux. »
Leçon 2 [Matthieu 8, 5-13] 8, 5 Comme il était entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui en le suppliant : 8, 6 « Seigneur, dit-il, mon enfant gît paralysé à la maison, et souffrant atrocement. » 8, 7 Et Jésus lui dit : « Je vais aller le guérir » 8, 8 Le centurion répondit : « Seigneur, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole et mon enfant sera guéri. 8, 9 Car moi, qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : “Va !” et il va, et à un autre : “Viens !” et il vient, et [je dis] à mon serviteur : “Fais ceci !” et il le fait. » 8, 10 Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « En vérité, je vous le dis, je n’ai pas trouvé une telle foi en Israël. 8, 11 Je vous dis que beaucoup viendront de l’orient et de l’occident, et ils s’étendront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, 8, 12 Les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents. » 8, 13 Et Jésus dit [au centurion] : « “Va ! Qu’il t’advienne selon ta foi !” Et l’enfant fut guéri. »
Leçon 3 [Matthieu 8, 14-27] 8, 14 Et lorsque Jésus fut arrivé dans la maison de Simon Pierre, il vit sa belle-mère alitée, avec la fièvre. 8, 15 Il lui toucha la main, la fièvre la quitta, elle se leva et elle le servait.
8, 16 Le soir venu, on lui apporta de nombreux démoniaques ; il chassa les esprits d’un mot, et il guérit tous les malades, 8, 17 afin que s’accomplît ce qui a été dit par le prophète Isaïe : Il a pris nos infirmités, il a porté nos maladies.
8, 18 Mais, voyant les foules, Jésus donna l’ordre de s’en aller sur l’autre rive. 8, 19 Et s’approchant, un scribe lui dit : « Maître, je te suivrai où que tu ailles. » 8, 20 Jésus lui dit : « Les loups ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête. » 8, 21 Un autre des disciples lui dit : « Seigneur, permets-moi d’abord d’aller enterrer mon père. » 8, 22 Mais Jésus lui dit : « Suis-moi, et laisse les morts ensevelir les morts. »
8, 23 Et, montant dans la barque, Jésus partit suivi de ses disciples. 8, 24 Et voici qu’une grande agitation se produisit dans la mer, au point que la barque était couverte par les vagues. Lui cependant dormait. 8, 25 Les disciples s’approchèrent, ils le réveillèrent en disant : « Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! » 8, 26 Et Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? » Alors il se leva et commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. 8, 27 Alors, saisis d’étonnement, les hommes se dirent alors : « Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? »
Leçon 4 [Matthieu 8, 28-34] 8, 28 Lorsque Jésus eut atteint l’autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que personne ne pouvait passer par cette route. 8, 29 Ils se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » 8, 30 Or, il y avait non loin d’eux un gros troupeau de porcs en train de paître. 8, 31 Et les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. » 8, 32 « Allez », leur dit-il. Sortant alors, ils s’en allèrent dans les porcs, et voilà que, dans une grande ruée, tout le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans la mer et périt dans les eaux. 8, 33 Les gardiens prirent la fuite et s’en furent à la ville tout rapporter, avec l’affaire des démoniaques. 8, 34 Et voilà que toute la ville sortait au-devant de Jésus ; et l’ayant aperçu, ils lui demandèrent de quitter leur territoire.