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Leçon 1 – Mt 8, 1‑4, n° 1019

1019. Il pourrait sembler que le Seigneur parlait par vantardise. C’est pourquoi il confirme son autorité par des signes.

1020. En premier lieu, sont donc présentés des signes par lesquels les hommes sont libérés de dangers corporels ; en deuxième lieu, de dangers spirituels, chapitre IX.

1021. À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il présente des signes par lesquels les hommes sont libérés de dangers provenant de causes intérieures [8, 1s] ; en deuxième lieu, de causes extérieures, comme la tempête, en cet endroit : ET MONTANT DANS LA BARQUE [8, 23].

1022. [Le Seigneur] confirme son autorité par le caractère subit, par [son] absence, par le caractère total et par le nombre. Par le caractère subit, dans le cas du lépreux ; par son absence, dans celui du serviteur du centurion ; par le caractère total, dans celui de la belle-mère de Pierre ; par le nombre, dans de nombreux autres [cas].

1023. À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses. Premièrement, les témoins des miracles sont présentés [8, 1] ; deuxièmement, le malade est présenté, en cet endroit : OR, VOICI QU’UN LÉPREUX [8, 2] ; troisièmement, l’aide est apportée, en cet endroit : ET JÉSUS, ÉTENDANT LA MAIN, LE TOUCHA ET LUI DIT : « JE LE VEUX, SOIS PURIFIÉ » [8, 3].

[8, 1]

1024. [Matthieu] dit donc : QUAND JÉSUS FUT DESCENDU DE LA MONTAGNE, etc. Cette montagne est le ciel, Ps 67[68], 17 : La montagne où Dieu s’est plu à habiter. Ainsi, lorsqu’il fut descendu du ciel, LES FOULES LE SUIVIRENT, Ph 2, 7 : Il se dépouilla en prenant la forme de l’esclave, et il fut reconnu à son aspect comme un homme, etc. Ou bien[est signifiée] par la montagne l’élévation de [sa] doctrine, Ps 35[36], 7 : Ta justice est comme les montagnes de Dieu. Lorsqu’il était sur la montagne, c’est-à-dire lorsqu’il menait une vie élevée, ses disciples l’ont suivi. ET LORSQU’IL FUT DESCENDU, LES FOULES LE SUIVIRENT, 1 Co 3, 1 : Je ne pouvais vous parler comme à des spirituels.

 

[8, 2]

1025. Deuxièmement, la personne du malade est présentée, et deux choses sont exposées : premièrement, la maladie est montrée ; deuxièmement, l’empressement est exprimé. La maladie, car [le malade] était lépreux ; et ceci signifie les maladies spirituelles. En effet, certaines maladies sont cachées au-dedans, comme les fièvres ; mais certaines, même si elles viennent de l’intérieur, montrent leurs effets à l’extérieur, comme la lèpre. Celui-là est donc lépreux dont la volonté mauvaise est manifestée par un acte mauvais, Is 53, 4 : Et nous, nous l’avons considéré comme un lépreux. Mais une question se pose, car, dans Luc, on trouve que, lorsqu’il vint à Capharnaüm, il purifia un lépreux. Il faut dire que Matthieu suit l’histoire, car, alors que [Jésus] se rendait à Capharnaüm, un lépreux se présenta en chemin.

1026. Ensuite, vient l’empressement [du lépreux], car d’abord, il vint, et, en second lieu, il adora. [Matthieu] dit donc : VOICI QU’UN LÉPREUX. Le pécheur s’approche ainsi par la foi, mais il adore par l’humilité, Ps 33[34], 19 : Dieu sauvera les humbles d’esprit. De même, il confesse la puissance du Christ, lorsqu’il dit : SEIGNEUR, SI TU LE VEUX, TU PEUX ME PURIFIER. Aussi l’appelle-t-il : SEIGNEUR. S’il est le Seigneur, il peut sauver, selon Ps 99[100], 3 : Sachez que le Seigneur est Dieu. De même, il eut confiance dans la miséricorde de Dieu. Il n’est pas nécessaire de demander à celui qui est miséricordieux, mais seulement de lui montrer son indigence. Ainsi, [le lépreux dit] : SEIGNEUR, SI TU LE VEUX, TU PEUX ME PURIFIER. C’est pourquoi Ps 37[38], 10 [dit] : Seigneur, à tes yeux s’exprime tout mon désir et mon gémissement ne t’est pas caché. De même, il montre la sagesse du Christ, puisqu’il ne demande que sa volonté, car [le Christ] sait mieux que toi-même ce dont tu as besoin. C’est pourquoi [le lépreux] s’en remet à la sagesse du Christ.

[8, 3]

1027. Ensuite, [le Seigneur] apporte une aide. Premièrement, il guérit [8, 3] ; deuxièmement, il instruit [8, 4].

1028. Premièrement, l’action est abordée [8, 3] ; deuxièmement, l’effet [de l’action], en cet endroit : ET AUSSITÔT SA LÈPRE FUT GUÉRIE [8, 3].

1029. Le Christ fait trois choses pour guérir. Il étend la main lorsqu’il vient au secours, Ps 143[144], 7 : Tends ta main depuis les hauteurs et enlève-moi. Parfois, il étend la main mais ne touche pas, Is 65, 2 : J’ai étendu mes mains tout le jour vers un peuple incrédule, etc. Parfois, il touche, et c’est là qu’il provoque un changement, comme dans Ps 143[144], 5 : Touche les montagnes (c’est-à-dire les orgueilleux) et elles donneront de la fumée, par la componction.

1030. Mais pourquoi [Jésus] a-t-il touché, alors que cela est interdit par la loi ? Il a fait cela pour montrer qu’il est au-dessus de la loi. On lit à propos d’Élisée qu’il ne toucha pas Naaman [2 Sm 5, 1s], mais qu’il l’envoya au Jourdain. Ainsi, celui qui a touché semble avoir aboli la loi. Mais, à vrai dire, il ne l’a pas abolie, car cela avait été interdit en raison de la contagion. Ainsi donc, parce qu’il ne pouvait être infecté, il pouvait toucher. De même a-t-il touché afin de montrer son humanité ; car il ne suffit pas que le pécheur se soumette à Dieu pour ce qui est de sa divinité, mais aussi pour ce qui est de son humanité.

1031. JE LE VEUX, SOIS PURIFIÉ [mundare]. Jérôme dit que certains interprètent [cela] mal. En effet, ils veulent que SOIS PURIFIÉ soit au mode infinitif [mundare], mais cela n’est pas vrai. Au contraire, [à] celui qui avait dit : SI TU LE VEUX, [Jésus] répond : JE LE VEUX, et SOIS PURIFIÉ est au mode impératif [mundare]. Ainsi, celui qui a parlé a ordonné, et cela s’est réalisé. De même, il a touché afin d’enseigner la puissance qui se trouve dans les sacrements, car ce n’est pas seulement le contact qui est nécessaire, mais les paroles. En effet, lorsque la parole est jointe à l’élément, le sacrement est réalisé. Et [Jésus] a écarté trois erreurs lorsqu’il a touché. En effet, il a montré, à l’encontre des manichéens, qu’il avait un vrai corps. Lorsqu’il dit : JE LE VEUX, il le dit contre Apollinaire. Par le fait qu’il dit : SOIS PURIFIÉ, il montre qu’il est véritablement Dieu à l’encontre de Photin.

1032. Puis, suit l’effet : ET AUSSITÔT SA LÈPRE FUT PURIFIÉE, et il fut guéri. Chrysostome dit que [cela se produisit] aussitôt qu’il put dire cette parole : SOIS PURIFIÉ, car [cette parole] prend un certain temps, mais [la guérison] se réalise dans l’instant.

[8, 4]

1033. ET [JÉSUS] LUI DIT. Ici, [Jésus] instruit [le lépreux]. En effet, ce serait peu de chose de [le] guérir s’il ne l’instruisait pas, Ps 31[32], 8 : Je te donnerai de comprendre et je t’instruirai. Premièrement, il lui enjoint de se taire : N’EN PARLE À PERSONNE. Chrysostome [écrit] : « Parce qu’il savait que les Juifs le calomniaient pour ce qu’il faisait, il lui dit donc : “N’en parle à personne.” » Ou bien, autre interprétation : parce qu’il dit cela en exemple. En effet, parce qu’il avait enseigné plus haut qu’il fallait cacher ses bonnes œuvres, il donne l’exemple que personne ne doit se glorifier de ses bonnes œuvres.

1034. Vient ensuite : VA ET MONTRE-TOI AUX PRÊTRES. Et pourquoi [Jésus] dit-il cela ? Parce qu’il avait touché un lépreux, de sorte qu’il ne parût pas avoir désobéi aux lois. [Le lépreux] est envoyé aux prêtres, comme on le trouve en Lv 14, 2 : Et offre ton présent, etc. Pourquoi ? Parce que cela était un précepte de la loi que celui qui était guéri de la lèpre offre deux petits de tourterelles. Mais, d’après cela, il semble que, puisque le Seigneur l’a ordonné, il fallait continuer à le faire. Il faut dire que les figures ne devaient pas cesser avant que la vérité ne soit entièrement manifestée. Mais ceci ne se réalisa qu’après la résurrection.

1035. ET CE SERA UN TÉMOIGNAGE À LEURS YEUX. Et par ceci, [le Seigneur] enseigne que les préceptes de Moïse étaient un témoignage en faveur du Christ, comme on le trouve en Jn 5, 46 : Si vous croyez à Moïse, peut-être croirez-vous en moi. Ou bien autre interprétation : UN TÉMOIGNAGE À LEURS YEUX, c’est-à-dire du fait que tu es guéri. Parce qu’ils auront reçu ton offrande, ils ne pourront nier.

1036. De même, selon le sens mystique, trois choses sont ordonnées par le Christ. [D’abord], qu’il ait honte de son péché, contre ceux dont il est dit en Is 3, 9 : Ils ont annoncé son péché comme s’il s’agissait de Sodome, et ils ne se sont pas cachés. Ainsi, Si 4, 25[21] [dit] : Car il y a une honte qui conduit au péché, et il y a une honte qui conduit à la gloire et à la grâce. De même, il doit SE MONTRER AU PRÊTRE, Jc 5, 16 : Confessez-vous les uns aux autres vos péchés. Et ici, le Seigneur semble enjoindre la confession. Et aussitôt IL FUT GUÉRI, car, par la contrition même, lorsqu’il se repent et se propose de se confesser et de s’abstenir, le péché est remis, selon Ps 31[32], 5 : J’ai dit : « Je confesserai contre moi-même mon injustice, et tu m’as remis l’injustice de mon péché. » De même, est ordonnée la satisfaction, lorsque [Jésus] dit : OFFRE TON PRÉSENT. De même, il enseigne d’observer les commandements, lorsqu’il dit : COMME MOÏSE L’A ORDONNÉ.

 

Leçon 2 – Mt 8, 5‑13 ; n° 1037

[8, 5]

1037. COMME IL ÉTAIT ENTRÉ DANS CAPHARNAÜM. Ici est montrée la puissance du Christ, même en son absence. Premièrement, est indiquée la piété du centurion associée à la foi [8, 5s] ; deuxièmement, son humilité, en cet endroit : LE CENTURION RÉPONDIT, etc. [8, 8].

1038. À propos du premier point, il y a deux choses, car, en premier lieu, la piété du centurion est signalée [8, 5] ; en second lieu, la bonté du Christ est montrée [8, 10].

1039. Et, à propos du premier point, il y a trois choses. Premièrement, le lieu est indiqué [8, 5] ; deuxièmement, la prière est décrite, en cet endroit : SEIGNEUR, MON ENFANT GÎT PARALYSÉ À LA MAISON [8, 6] ; troisièmement, l’exaucement [de la prière] est indiqué, en cet endroit : ET JÉSUS LUI DIT [8, 7].

1040. Premièrement, le lieu : COMME IL ÉTAIT ENTRÉ À CAPHARNAÜM, qui veut dire « maison de la moelle », c’est-à-dire maison des nations, qui déborde de la moelle de la dévotion, Ps 62[63], 6 : Mon âme est remplie de graisse et de moelle.

1041. Ensuite, IL S’APPROCHA. Mais ici on peut se poser une question, car Luc indiquait que [le centurion] avait envoyé des prêtres [Lc 7, 3]. Augustin dit que [le centurion] n’était pas venu personnellement, mais que, lorsqu’on dit qu’il est venu, on parle de son intention, car celui-là accomplit une chose par l’autorité de qui elle est accomplie. Chrysostome [interprète] autrement, car il dit que ce [centurion] avait autorité sur cent soldats ; il était donc un dirigeant. De sorte que les Juifs, afin d’être flattés en retour de leur bienveillance, lui dirent : « Seigneur, nous irons et nous implorerons pour vous. » Alors, pour leur donner satisfaction, il leur permit de faire la démarche. Mais, par la suite, il les suivit.

1042. Ce miracle diffère du premier sur trois points. En effet, le premier fut fait en faveur d’un Juif, le second en faveur d’un Gentil ; par quoi il faut comprendre que le Christ est venu, non seulement pour les Juifs, mais aussi pour les nations. De même, dans le premier, le Juif s’approche par lui-même, mais non ce [Gentil]. Et cela, parce que le Seigneur a pitié de certains en raison de leur propre dévotion, et de certains en raison de l’intercession des autres. De même, ce centurion peut signifier un ange qui préside au salut des nations ou les prémices des nations. De même, celui-là était un lépreux, chez qui l’impureté était au repos : en effet, sont paralytiques ceux qui ne peuvent pas bouger leurs membres. Les lépreux sont les intempérants et les paralytiques sont les incontinents. Et sont paralytiques ceux qui pèchent par faiblesse, mais lépreux [ceux qui pèchent] par une malice certaine. Par le centurion, on peut entendre le jugement, Ep 4, 23 : Soyez renouvelés en esprit dans votre jugement.

[8, 6]

1043. Et ce [centurion] dit : SEIGNEUR, MON ENFANT, c’est-à-dire mon serviteur. Et par cela est montrée la bonté du centurion, car il prie pour un serviteur ; il accomplit donc ce qui est dit en Si 33, 31 : Si tu possèdes un serviteur fidèle, il sera comme ton âme. Et ce serviteur signifie la partie inférieure de l’âme. [Le centurion] dit donc qu’il gît et souffre atrocement, et il parle par affection, car lorsque quelqu’un en aime un autre, il pense qu’une maladie bénigne est très grave. La partie inférieure de l’âme gît donc lorsqu’elle ne peut se lever, Ga 5, 17 : La chair désire à l’encontre de l’esprit, et souffre. Les hommes lascifs se réjouissent : En effet, ils se réjouissent lorsqu’ils ont fait le mal et ils exultent des choses les plus mauvaises, [Pr 2, 14]. Mais ceux-ci souffrent atrocement parce que, péchant par faiblesse, lorsqu’ils tombent, ils sont affligés. Et ainsi, ils souffrent atrocement d’une douleur.

[8, 7]

1044. ET JÉSUS LUI DIT : « JE VAIS ALLER LE GUÉRIR », c’est-à-dire : « Je ne parlerai pas. » Ainsi, il faut remarquer que personne n’oserait demander autant que le Seigneur donne. [Jésus] dit : « JE VAIS ALLER LE GUÉRIR », car la présence du Christ est la cause du salut. Mais il faut remarquer qu’il n’a pas voulu se rendre auprès du fils du fonctionnaire [Jn 4, 46s], et il s’est pourtant rendu auprès du serviteur, ce qui s’opposerait à ceux qui ne veulent visiter que les grands, à l’encontre de Si 4, 7 : Gagne la sympathie de l’assemblée des pauvres.

[8, 8]

1045. Vient ensuite : LE CENTURION RÉPONDIT. La bonté du centurion associée à la foi avait été présentée ; maintenant, est abordée l’humilité associée à la foi. Premièrement, [Matthieu] présente donc l’humilité et la foi [8, 8‑9] ; deuxièmement, la bonté du Christ, en cet endroit : ENTENDANT CELA, JÉSUS FUT DANS L’ADMIRATION [8, 10].

1046. À propos du premier point, [le centurion] fait trois choses : premièrement, il confesse son indignité, en cet endroit : MAIS DIS SEULEMENT UNE PAROLE [8, 8] ; deuxièmement, [il confesse] la puissance du Christ [8, 9] ; ensuite, il apporte une comparaison, en cet endroit : CAR MOI QUI NE SUIS QU’UN SUBALTERNE [8, 9].

1047. Le Seigneur s’était montré bienveillant. Mais parce que [le centurion] était un Gentil, il s’estimait indigne, disant : SEIGNEUR, JE NE MÉRITE PAS, etc. Pierre aussi avait dit, Lc 5, 8 : Éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur. Et Augustin dit qu’ » en se reconnaissant indigne, il s’est rendu digne. » Et ce qu’a dit celui-là, nous aussi nous devons le dire : « Je ne suis pas digne que tu entres dans mon corps. »

1048. Ensuite, est abordée la foi du centurion qui confesse la puissance du Christ : DIS SEULEMENT UNE PAROLE ET MON ENFANT SERA GUÉRI, car, comme le dit Sg 16, 12 : Ce n’est ni une herbe ni un émollient qui leur a rendu la santé, mais ta parole, Seigneur. Et en Ps 106[107], 20 : Il a envoyé sa parole et il les a guéris.

[8, 9]

1049. Ensuite, [le centurion] apporte une comparaison, et il démontre a minori. Et, en premier lieu, il décrit l’ordre ; en second lieu, la puissance, lorsqu’il dit : CAR MOI JE NE SUIS QU’UN SUBALTERNE, etc. [8, 9]. L’ordre est abordé, car certains sont supérieurs au point de ne pas avoir de supérieur par rapport à eux ; certains sont supérieurs, en ayant toutefois un supérieur ; certains sont inférieurs, qui n’ont pas d’inférieurs par rapport à eux. Certains ont donc une position intermédiaire, et ce [centurion] faisait partie de ceux-là, car il était subordonné à un tribun, mais il avait sous lui des soldats. En effet, il avait sous lui des gens dont il était le dirigeant, et ceux-ci étaient des soldats. C’est pourquoi il dit : JE DIS À L’UN : « VA ! », ET IL VA ; ET À UN AUTRE : « VIENS ! », ET IL VIENT, ce par quoi il fait pour nous l’éloge de l’obéissance, He 13, 17 : Obéissez à vos supérieurs et soyez-leur soumis. De même, il avait des serviteurs auxquels il fournissait la nourriture, Si 33, 25 : La nourriture, le bâton et la charge pour l’âne ; le pain, la correction et le travail pour le serviteur. ET [JE DIS] À MON SERVITEUR : « FAIS CECI », ET IL LE FAIT. Ainsi donc, il veut raisonner a minori, car « si moi, qui possède un pouvoir, je peux faire ces choses, combien plus le Seigneur des puissances, etc. ! » [Dt 10, 17].

1050. Mais il faut voir que les créatures raisonnables sont libres et ressemblent à des soldats, Jb 25, 3 : Peut-on dénombrer ses soldats ? C’est pourquoi il est appelé le Seigneur des armées [1 Sm 15, 2 ; Is 2, 12 ; 6, 3 ; Jr 7, 3 ; 10, 16…]. Mais la créature non raisonnable a une soumission servile parce qu’elle n’a pas la faculté du libre arbitre. [Le centurion] veut donc dire : « Puisque la nature t’obéit, parle à la nature et elle t’obéira, parce que ton discours est plein de jugement. » Il faut voir que ce double pouvoir se trouve dans l’âme. En effet, l’âme préside au corps, et la raison à l’irascible et au concupiscible. La première est une puissance souveraine, car le corps se meut sur l’ordre de l’âme. La seconde préside aux autres choses par une certaine puissance souveraine ou royale de commandement ; [ces autres] gardent ainsi quelque chose du mouvement [que la nature imprime]. Et elles ressemblent ainsi à des soldats, Jc 4, 1 : D’où viennent les batailles et les conflits en vous ? N’est-ce pas des désirs qui combattent dans vos membres ? 1 P 2, 11 : Je vous exhorte à vous abstenir des désirs charnels qui combattent l’âme. Nous devons donc dire : « VA », [en nous adressant] aux mauvaises mœurs ; et : « VIENS », [en nous adressant] aux bonnes mœurs, et à ce SERVITEUR : « FAIS CELA. » Nous devons donc appliquer le corps au travail, de sorte que, de même que nous avons laissé nos membres servir l’impureté en toute iniquité, de même maintenant nous laissions nos membres servir la justice en vue de la sainteté, comme on le lit en Rm 6, 19.

[8, 10]

1051. ENTENDANT CELA, JÉSUS FUT DANS L’ADMIRATION, etc. Ici est abordée la bonté du Christ. Mais que veut dire : IL FUT DANS L’ADMIRATION ? Car l’admiration n’a pas sa place en Dieu. En effet, celle-ci n’existe qu’en raison de l’ignorance de la cause, ce qui ne peut exister en Dieu. De même, [l’admiration] est la perception de la grandeur d’un effet, ce qui se fait par l’imagination et la représentation d’un grand effet, et ainsi elle peut exister aussi dans le Christ. Ainsi, IL FUT DANS L’ADMIRATION, c’est-à-dire qu’il estima [cela] grand et le montra aux foules qui suivaient. Et il louangea [le centurion] ; ainsi, il dit à ceux qui le suivaient : JE N’AI PAS TROUVÉ UNE TELLE FOI EN ISRAËL. Mais qu’est-ce que cela [veut dire] ? Est-ce qu’il n’y eut pas une plus grande foi chez Abraham, Isaac et Jacob ? Ce fut certainement le cas ; mais ce qui est dit ici doit être entendu de l’époque. Mais alors, on pose la [même] question pour les apôtres, Marthe et Marie. Et il faut dire que [le centurion] eut une plus grande foi parce qu’il n’avait eu aucune préparation, comme ceux qui avaient vu les miracles. De même, Pierre vint à l’appel d’André, et André à l’appel de Jean. De même, il y eut un peu de doute dans la parole de Marthe, car elle dit : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort [Jn 11, 21], comme si [Jésus] ne pouvait pas [agir] en étant absent. Mais, dans la parole de celui-ci, il n’y eut aucun doute. Chrysostome l’interprète autrement, car « grand » et « petit » s’emploient parfois de manière non pas absolue, mais comparative, comme on dit qu’il y a beaucoup de gens dans la maison et peu de gens au théâtre. Ainsi, JE N’AI PAS TROUVÉ UNE TELLE FOI EN ISRAËL, à savoir, par comparaison avec la foi des Gentils, Dt 28, 43 : L’étranger qui demeurera dans ta terre s’élèvera au-dessus de toi et te sera supérieur.

[8, 11]

1052. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS. En cette occasion, [le Seigneur] parle de la comparaison entre les Juifs et les Gentils : en premier lieu, [il parle] de la vocation des Gentils ; en second lieu, de la réprobation des Juifs. JE VOUS LE DIS : BEAUCOUP VIENDRONT DE L’ORIENT ET DE L’OCCIDENT, etc. Cela est dit par comparaison, car nombreux sont les appelés, mais peu nombreux les élus, plus loin, 20, 16. DE L’ORIENT ET DE L’OCCIDENT, de sorte qu’on entende par cela l’ensemble du monde. Ou bien : DE L’ORIENT, au temps de la prospérité ; ET DE L’OCCIDENT, à savoir, au temps de l’adversité. Ou bien : DE L’ORIENT, au temps de la jeunesse ; ET DE L’OCCIDENT, au temps de la vieillesse. ET ILS S’ÉTENDRONT. Le fait de se coucher ainsi indique l’abondance des choses spirituelles, à savoir, dans la contemplation, Lc 22, 29 : Voici que je vous prépare un royaume pour que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume. Et Is 65, 13 : Voici que mes serviteurs mangeront et que vous aurez faim ; voici que mes serviteurs boiront, et que vous aurez soif, etc. Mais pourquoi : AVEC ABRAHAM, ISAAC ET JACOB ? Parce que les Gentils sont justifiés par la foi, comme les Juifs, comme on le lit en Rm 4, 12 et Gn 12. De même, c’est à ceux-ci que la promesse a été faite, car en ta descendance seront bénies toutes les nations, Gn 15, 18. Ainsi, ceux-ci s’étendront avec leurs pères.

[8, 12]

1053. Vient ensuite : LES FILS DU ROYAUME SERONT JETÉS DANS LES TÉNÈBRES EXTÉRIEURES. Ici, [Jésus] montre la réprobation des Juifs et il décrit la peine du dam, car ils perdront les biens et encourront les maux. Il dit : LES FILS DU ROYAUME, car Dieu régnait chez eux, Ps 75[76], 2 : Dieu est connu en Judée, son nom est grand en Israël. De même, étaient-ils esclaves des figures de la loi. De même, c’est à eux que la promesse a été faite, comme on le lit en Rm 4, 13. SERONT JETÉS DANS LES TÉNÈBRES EXTÉRIEURES. Voilà la peine du dam. En conséquence, il énumère les maux qu’ils encourront, car ceux qui auront d’abord encouru les ténèbres intérieures pour ce qui est de l’intelligence seront par la suite jetés dans les ténèbres extérieures, car ils seront alors devenus totalement étrangers à Dieu, qui est la lumière véritable. Et c’est cela qui est dit en Tb 4, 11 : L’aumône libère de tout péché et de la mort, et elle ne souffrira pas que les âmes s’en aillent dans les ténèbres. De même, pour ce qui est de la volonté, LÀ SERONT LES PLEURS. Les pleurs expriment la douleur, Is 65, 14 : Voici que mes serviteurs se réjouiront et que vous serez confondus. De même, est montrée la souffrance du corps, car il y aura des GRINCEMENTS DE DENTS. En effet, ils auront un corps lors de la résurrection. Pr 19, 29 : Un jugement est préparé aux railleurs, le marteau et le fer : ces jugements se rapportent au concupiscible, les grincements [se rapportent] à l’irascible. Ou bien, selon Jérôme, les deux se rapportent à la peine corporelle, puisque la résurrection n’affectera pas seulement l’âme, mais aussi le corps, car il fera très chaud et très froid, Jb 24, 19 : Ils passeront de l’eau glacée à une chaleur excessive.

[8, 13]

1054. La bonté de Dieu est montrée lorsque [Matthieu] dit : ET JÉSUS DIT : « VA ET QU’IL T’ADVIENNE SELON TA FOI. » Mais suit l’effet : ET L’ENFANT FUT GUÉRI, car la parole [de Dieu] est pleine de puissance, Qo 8, 4.

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