1055. ET LORSQUE JÉSUS FUT ARRIVÉ DANS LA MAISON DE SIMON PIERRE, etc. La puissance du Christ a été mise en évidence par la guérison du lépreux ; elle a aussi été mise en évidence par la guérison du serviteur du centurion. Ici, elle est mise en évidence par une guérison totale. [Matthieu] décrit donc, en premier lieu, le lieu de la guérison [8, 14] ; en deuxième lieu, le genre d’infirmité ; en troisième lieu, il déclare l’aide apportée par le Christ ; en quatrième lieu, l’effet de la guérison.
1056. [Matthieu] dit donc : ET LORSQU’IL FUT ARRIVÉ, etc. L’évangéliste ne précise pas quand cela se produisit ; même Luc et Marc passent à autre chose. Mais il faut savoir que, là où les évangélistes indiquent un état ou quelque chose se rapportant à l’ordre, c’est un signe qui se rapporte à la continuation de l’histoire ; là où [ils n’en indiquent pas], c’est un signe qui se rapporte à la continuation de la mémoire. Ainsi, ils écrivaient comme ils se rappelaient.
1057. [Jésus] vient DANS LA MAISON DE PIERRE. Et nous pouvons considérer trois choses : l’honneur qu’il fait à ses disciples, car il n’a pas voulu aller à la maison du centurion, mais il se rendit à la maison d’un pauvre pêcheur, selon Ps 138[139], 17 : Dieu, tes amis ont été par trop honorés. De même, il enseigne l’humilité, car rien ne plaît davantage au Seigneur, Jc 1, 21 : Recevez la parole qui peut sauver vos âmes avec douceur, etc. Troisièmement, par là est montré le respect que le Seigneur avait pour Pierre, car il prit l’initiative, même si Pierre ne l’avait pas demandé. IL VIT SA BELLE-MÈRE. Il vit par l’œil de l’esprit, Ex 3, 7 : J’ai vu l’affliction de mon peuple en Égypte. LA BELLE-MÈRE DE PIERRE. On peut entendre par cela la synagogue : [Celui qui a agi] en Pierre pour en faire l’apôtre de la circoncision, à savoir, des Juifs, a également agi en moi en faveur des nations, Ga 2, 8. Celle-ci, c’est-à-dire la synagogue, AVAIT LA FIÈVRE, à savoir, la fièvre de l’envie. Ou bien par cette belle-mère, on entend l’âme qui brûle du feu de la concupiscence.
1058. IL LUI TOUCHA LA MAIN. Ici, [Matthieu] aborde la guérison. Chrysostome se demande pourquoi [Jésus] guérit le serviteur du centurion par la seule parole, et celle-ci en la touchant. Et il répond que c’est en raison de la familiarité. Par là, [Jésus] montrait aussi son humilité. Ainsi, il apporta son aide en touchant, Ps 72[73], 23 : Tu as tenu ma main droite. Vient ensuite : ELLE SE LEVA. D’habitude, ceux qui ont de la fièvre, lorsqu’ils commencent à être guéris, sont plus faibles que durant leur maladie. Mais telle ne fut pas la guérison par le Seigneur ; bien plus, il rendit la pleine santé, car les œuvres de Dieu sont parfaites, Dt 32, 4. En effet, le Seigneur guérit d’une façon, la nature d’une autre. On poursuit donc : ET ELLE SERVAIT.
1059. LE SOIR VENU. Ici, la puissance de Dieu est confirmée par la multitude de ceux qui sont guéris. En premier lieu, l’évangéliste aborde donc la multitude [8, 16] ; en second lieu, il ajoute l’autorité de l’Écriture, en cet endroit : AFIN QUE S’ACCOMPLÎT CE QUI A ÉTÉ DIT PAR LE PROPHÈTE ISAÏE [8, 17].
1060. [Matthieu] dit donc que [Jésus] guérit des démoniaques et des malades. On peut entendre par les démoniaques ceux qui pèchent par malice, et par les malades ceux qui pèchent par ignorance. Ainsi, [Matthieu] dit : LE SOIR VENU : c’est la raison pour laquelle ceci ne s’est pas produit le jour du sabbat, où [les Juifs] estimaient inconvenant de guérir, mais plutôt une fois que le sabbat fut terminé, ON LUI APPORTA DE NOMBREUX DÉMONIAQUES. Ou bien on parle du soir parce que notre Sauveur est venu le soir : Le soleil se lève et se couche, c’est-à-dire le Christ, Qo 1, 5. IL LES CHASSA par le seul commandement ; ainsi, les démons s’enfuyaient par le seul fait d’entendre sa voix. Et aussi, LES MALADES, afin que lui convienne ce qui est dit en Ac 10, 38 : Il a libéré tous ceux qui étaient opprimés par le Diable. Il faut ainsi remarquer que les évangélistes n’ont pas indiqué tous les miracles du Christ, mais les plus connus.
1061. Et parce qu’il paraissait étonnant que [Jésus] en guérît un si grand nombre, [Matthieu] apporte la confirmation qui se trouve en Is 53, 4 : Il a pris sur lui nos infirmités et il s’est chargé de nos maladies. Et bien que cela ne se trouve pas dans la suite du texte, exposons-le tel que cela se présente : IL A PRIS NOS INFIRMITÉS, c’est-à-dire qu’il les a effacées, de sorte que par les infirmités soient compris les péchés légers. Et IL A PORTÉ, c’est-à-dire qu’il a enlevé, NOS MALADIES, à savoir, les péchés plus importants. Ou bien puisqu’il est lui-même la puissance et la sagesse de Dieu, [il a enlevé] NOS INFIRMITÉS, à savoir, celles de la souffrance et de la mort. Ainsi, il a pris [notre] vulnérabilité afin d’enlever notre infirmité et notre maladie, etc., 1 P 2, 24 : Lui qui a porté nos péchés dans son corps, afin que, morts à nos péchés, nous vivions par la justice. Mais, puisque Isaïe avait parlé des péchés, on se demande pourquoi on parle [ici] des infirmités corporelles. La raison en est que souvent, par les péchés spirituels, sont causées des maladies corporelles.
1062. MAIS JÉSUS, VOYANT LES FOULES. Parce qu’ont été abordés les miracles contre les péchés intérieurs, ici [Matthieu] aborde les miracles contre les péchés extérieurs, à savoir, la tempête. Et [Matthieu] présente d’abord un préambule au miracle : la montée à bord du bateau [8, 23] ; ensuite, le miracle, en cet endroit : S’ÉTANT LEVÉ, IL COMMANDA AUX VENTS ET À LA MER [8, 26] ; troisièmement, il présente l’effet, en cet endroit : ET IL SE FIT UN GRAND CALME [8, 26].
1063. À propos du premier point, [Matthieu] présente l’ordre ; en second lieu, l’accomplissement de l’ordre.
1064. À propos du premier point, [il fait] trois choses. Premièrement, il ordonne d’accomplir ; deuxièmement, il repousse quelqu’un qui se met de l’avant ; troisièmement, il répond à un autre disciple.
1065. [Matthieu] dit donc : JÉSUS, VOYANT LES FOULES, etc. Mais pourquoi [Jésus] monta-t-il dans la barque ? Il fit cela pour deux raisons : premièrement, afin de montrer la faiblesse de la nature humaine ; deuxièmement, pour faire plaisir aux disciples. Ainsi, parfois, il monte sur une montagne avec les disciples, parfois, il [va] au désert, parfois, [il monte] dans une barque. De même, [il est monté] pour nous donner un exemple, afin que nous ne cherchions pas la faveur des hommes. De même, afin d’écarter l’envie des Juifs, Is 42, 3 : Il n’éteindra pas la mèche qui fume.
1066. ET S’APPROCHANT, UN SCRIBE. Il semble que celui-ci s’approcha avec une grande dévotion. Et pourquoi [Jésus] le repousse-t-il ? Jérôme [écrit] : « Parce qu’il n’était pas de bonne foi. » Et cela est clair, car non seulement appelle-t-il [Jésus] Maître, mais les vrais disciples l’appelaient Seigneur. Ainsi, en Jn 13, 13 : Vous m’appelez Maître et Seigneur. De même, [le scribe] voulait le suivre avec une mauvaise intention, car il avait entendu dire qu’un signe avait été fait ; il voulait [le] suivre afin de faire des signes, comme on le rapporte de Simon le magicien [Ac 8, 9s]. De même, Chrysostome dit qu’il a péché sur un autre point, l’orgueil, car il s’est mis de l’avant. Il se croyait donc plus digne que les autres. Hilaire lit [cela] sous une forme interrogative : « Maître, est-ce que je te suivrai ? [Sa] faute est d’avoir interrogé sur ce qui était certain et d’avoir douté de ce qu’il devait faire. »
1067. Vient ensuite : LES LOUPS ONT DES TANIÈRES. Jérôme interprète littéralement que « Dieu répond à ce dont on a l’intention, comme Il le fait souvent ». [Le scribe] voulait suivre, mais il voulait en tirer un gain, et le Seigneur allègue contre ceci sa [propre] pauvreté. C’est pourquoi il dit : LES LOUPS ONT DES TANIÈRES ET LES OISEAUX DU CIEL DES NIDS ; MAIS LE FILS DE L’HOMME N’A PAS OÙ POSER SA TÊTE, comme on trouve en 2 Co 8, 9 : Lui qui s’est fait pauvre alors qu’il était riche, etc. Selon Augustin, [le Seigneur] lui impute trois vices : le vice de fourberie, car il parlait avec douceur, mais son cœur était plein de venin, Ps 13[14], 3 ; de même, il lui a attribué de l’orgueil, lorsqu’il dit : LES OISEAUX DU CIEL, par lesquels est signifié l’orgueil. Ou bien LES OISEAUX : les démons, comme on le lit plus loin, 13, 4, où il est dit : Et les oiseaux vinrent, et ils les mangèrent. De même, [le Seigneur lui imputa] de l’infidélité, car il n’était pas dans la charité qui habite en nous par la foi.
1068. Vient ensuite : UN AUTRE DES DISCIPLES LUI DIT. Le premier s’était mis de l’avant, mais l’autre s’était excusé. Et le rejet de celui qui s’excusait est présenté en cet endroit : MAIS JÉSUS LUI DIT, etc. [8, 22].
1069. SEIGNEUR, PERMETS-MOI D’ABORD D’ALLER ENTERRER MON PÈRE. Il y a une grande différence entre celui-ci et le précédent. Le dernier appelle [Jésus] Seigneur ; [le précédent] l’avait appelé Maître. De même, celui-ci avait mis de l’avant une ruse, mais celui-là mettait de l’avant la piété, car c’était un précepte que l’honneur dû à son père. C’est la raison pour laquelle il demanda un sursis. On trouve la même chose en 2 R [2 S] 19, 20, à propos d’Élisée.
1070. Vient ensuite le reproche qui lui est adressé : SUIS-MOI, car celui qui veut suivre le Christ ne doit pas tarder à le suivre en raison d’une affaire temporelle. Ainsi, en Ps 44[45], 11, il est dit : Oublie ton peuple et la maison de ton père. De même, [Jésus] lui ordonna cela parce qu’il y en avait d’autres qui pouvaient enterrer. C’est pourquoi il dit : LAISSE LES MORTS ENSEVELIR LES MORTS. De même, parce qu’il arrive souvent que celui qui est empêché de faire une chose parce qu’une autre l’attire se précipite dans autre chose. Ainsi, s’il était allé ensevelir son père, il aurait peut-être par la suite pensé au testament de son père, et ainsi il se serait peut-être totalement retiré, Is 5, 18 : Malheur à vous qui tirez l’iniquité des fils de la vanité. Ainsi, ce ne fut pas par cruauté [que le Seigneur s’y opposa], mais comme si, voyant que quelqu’un est trop bouleversé par la mort de son père, on lui interdit de participer aux funérailles en raison du danger, comme on le lit en Si 30, 25 : La tristesse en fait périr plusieurs. Mais [Jésus] dit MORTS au pluriel, parce qu’il était mort d’une double mort : la mort de l’infidélité et la mort du corps. Il était donc mort dans son corps et dans son âme.
1071. [Jésus] donne ainsi quatre enseignements. Le premier est que celui qui est appelé à l’état de perfection n’accorde pas à son père charnel une affection désordonnée, plus loin, 23, 9 : Il n’y a qu’un seul Père qui est dans les cieux. Le deuxième est que le sentiment fraternel soit écarté [des rapports] entre les fidèles et les infidèles, ainsi, Lc 14, 26 : Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, son épouse et ses fils, ses frères et ses sœurs, et même sa propre âme, il ne peut être mon disciple. Et cela est vrai là où le père et la mère s’écartent de Dieu. Le troisième [enseignement] est qu’il ne faut pas faire mémoire des infidèles défunts chez les saints. Le quatrième, que « tous ceux qui vivent en-dehors du Christ sont morts, car il est lui-même la vie », selon Grégoire.
1072. ET MONTANT DANS UNE BARQUE. Le commandement donné par le Seigneur de traverser a été indiqué ; ici est indiqué l’accomplissement du commandement. En effet, les miracles [faits] sur la terre avaient été montrés ; [Jésus] veut maintenant montrer [des miracles] sur les eaux, afin d’indiquer qu’il est le maître de la terre et de la mer. Par cette barque, l’Église est signifiée, ou la croix du Christ. Ainsi, on peut dire d’elle ce qui est dit en Sg 14, 5 : Ils confient leurs âmes à un bois fragile. Les disciples du Seigneur le suivent dans l’Église par l’observance de ses commandements. De même, ils le suivent en montant sur la croix, Ga 6, 14 : Par qui le monde a été crucifié pour moi, et moi pour le monde.
1073. Ensuite, le miracle est ajouté. Premièrement, le danger imminent est présenté [8, 24] ; deuxièmement, l’interpellation par les disciples, en cet endroit : ET ILS S’APPROCHÈRENT [8, 25] ; troisièmement, l’exaucement qui leur [est accordé], en cet endroit : ET JÉSUS LEUR DIT [8, 26].
1074. Le danger est signalé par la tempête et par le sommeil du Christ : ET VOICI QU’UNE GRANDE AGITATION SE PRODUISIT. Comme le disent les saints, la tempête ne fut pas soulevée par la bourrasque de l’air, mais elle était apparue sur un ordre de Dieu. Et ceci se produisit pour plusieurs raisons. Premièrement, afin que les disciples, qui avaient été particulièrement aimés et appelés, apprécient l’humilité et ne s’enorgueillissent pas ; et cela signifiait le danger à venir, qui devait se présenter au moment de la passion et par la suite, comme le dit l’apôtre Paul, 2 Co 1, 8 : Nous sommes écrasés au-delà de nos forces, de sorte que la vie même nous rebute. De même, [cela se produisit] pour une autre cause : afin que [les disciples] sachent vivre au milieu des dangers et l’emporter, comme on le lit en Rm 8, 37 : Dans tout cela, nous l’emportons à cause de Celui qui nous a aimés. De même, Chrysostome explique que ceux-là devaient prêcher ce qu’ils avaient vu chez le Christ. Ainsi, afin qu’ils connaissent mieux les miracles et soient plus assurés, le Seigneur a voulu qu’ils en fassent l’expérience. Ps 65[66], 16 : Venez, et je vous raconterai les œuvres du Seigneur. En effet, ils pouvaient ainsi garder un souvenir plus vif de ce qui leur était arrivé.
1075. LUI CEPENDANT DORMAIT. Et cela, afin de montrer qu’il était vraiment homme. En effet, [Jésus] s’est comporté en tout de manière à ce que, là où il voulait montrer sa divinité, il montrât toujours quelque chose de son humanité. Il dormait, parce qu’il a été reconnu à son aspect comme un homme, Ph 2, 7. En effet, selon la divinité, il ne dormait pas. Ps 120[121], 4 : Il ne dort pas et il ne dormira pas Celui qui garde Israël. De même, il dormait afin que [les disciples] soient partagés entre la crainte et l’espoir. De même, afin de montrer son caractère singulier, car, au milieu d’une telle tempête, il restait sans inquiétude. Pr 8, 28 : Quand il condensait les sources d’eau, quand il fixait une limite à la mer et imposait une loi aux eaux.
1076. Vient ensuite l’interpellation par les disciples : LES DISCIPLES S’APPROCHÈRENT, etc. En effet, le vent était si fort qu’il fallut réveiller [le Seigneur]. Et tout cela a été dit en figure à propos de Jonas, car Jonas dormait dans la barque et les matelots l’éveillèrent pour l’interpeller [Jon 1, 5], mais [les disciples] pour qu’il [les] sauve. C’est pourquoi [les disciples] disent : SEIGNEUR, SAUVE-NOUS, NOUS PÉRISSONS. Et d’abord, ils confessent sa puissance, lorsqu’ils disent : SEIGNEUR, Ps 88[89], 10 : Tu en imposes à la puissance de la mer et tu changes le mouvement de ses vagues. De même, ils demandent de l’aide, parce qu’ils savaient qu’il était le Sauveur, Is 35, 4 : Lui-même viendra, et il nous sauvera. De même, ils expriment le danger dans lequel se trouvent [les hommes] sur la terre. Et ici, par le sommeil, est indiquée la mort du Christ, dont il fut réveillé par la résurrection. Ou bien on dit qu’il dort en raison des tribulations et des tentations des saints, et ainsi il s’éveille à la prière des saints. C’est pourquoi il est dit, Ps 43[44], 23 : Réveille-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur ? De même, il dort chez les paresseux. C’est pourquoi [celui-ci] doit être réveillé, comme en avertit Paul, Ep 5, 14 : Réveille-toi, toi qui dors, réveille-toi d’entre les morts, et le Christ l’illuminera.
1077. Vient ensuite la manière dont [Jésus les] secourt : POURQUOI AVEZ-VOUS PEUR, HOMMES DE PEU DE FOI ? Il semble qu’ils n’aient pas été de peu de foi, puisqu’ils disaient : SAUVE-NOUS. Mais ils étaient vraiment de peu de foi, parce qu’ils ne croyaient pas que, même endormi, [le Seigneur] pouvait [les] sauver. Ou bien : PEU DE FOI, parce que, s’ils avaient eu une grande foi, ils auraient pu eux-mêmes commander à la mer.
1078. ALORS IL SE LEVA ET COMMANDA AUX VENTS. En effet, la tempête naît des vents comme d’une cause efficiente, et des eaux comme d’une cause matérielle, et il commanda aux deux. Ainsi, Ps 106[107], 25 : Il parla, et le souffle de la tempête s’apaisa. Et c’est cela qui est dit : ET IL SE FIT UN GRAND CALME. Mais d’habitude, lorsqu’il y a une tempête, la mer n’est pas totalement calme pendant deux jours. Ainsi, pour qu’apparaisse un miracle parfait, il se fit aussitôt un grand calme, car les œuvres de Dieu sont parfaites, Dt 32, 4.
1079. ALORS, SAISIS D’ÉTONNEMENT, etc. Ici est indiqué l’effet, à savoir, l’étonnement des foules. Lorsque [Matthieu] dit : LES HOMMES, il ne faut pas comprendre les apôtres, car jamais les apôtres ne sont ainsi désignés ; mais, par hommes, il faut entendre les matelots. Ou bien, selon Jérôme, « même si tu entends par hommes les apôtres, il se peut que ce soit parce qu’ils pouvaient douter en tant qu’hommes, en disant : QUEL EST CELUI-CI ? » Ici, Chrysostome ajoute « homme ». En effet, parce qu’ils le voyaient endormi, ils l’appelaient homme ; parce qu’ils avaient vu un signe de la divinité, ils doutaient donc. QUE MÊME LES VENTS ET LA MER LUI OBÉISSENT, parce que toute créature obéit à son créateur, Ps 148[149], 8 : Le feu, la grêle, la neige, la glace, le souffle des tempêtes qui obéissent à sa parole, etc. Non pas parce que [ces créatures] ont une âme raisonnable, mais parce qu’elles se comportent à la manière de celui qui obéit : comme les mains et les membres obéissent à l’âme, parce qu’ils se meuvent selon sa volonté, ainsi tout obéit à Dieu.
1080. Vient ensuite : LORSQUE JÉSUS EUT ATTEINT L’AUTRE RIVE. Parce qu’ont été présentés les miracles par lesquels le Seigneur en a libéré plusieurs de dangers extérieurs, ici sont présentés des miracles par lesquels se réalise la libération de dangers intérieurs, c’est-à-dire spirituels. Premièrement, le miracle est présenté [8, 28] ; deuxièmement, son effet, en cet endroit : SORTANT ALORS, ILS S’EN ALLÈRENT DANS LES PORCS [8, 32].
1081. À propos du premier point, la malice des démons est d’abord montrée par les sévices qu’ils infligent aux hommes [8, 28] ; deuxièmement, par [leur] impatience, en cet endroit : ET VOICI QU’ILS SE MIRENT À CRIER, etc. [8, 29] ; troisièmement, par leur méchanceté, parce qu’ils causèrent du tort à des animaux sans raison, en cet endroit : ET LES DÉMONS DEMANDAIENT À JÉSUS, etc. [8, 31].
1082. À propos du premier point, l’endroit est d’abord décrit ; en second lieu, les sévices des démons sont indiqués.
1083. Il y avait donc une région dite des Géraséniens. Gérasa veut dire « chassant le fermier » ou « étranger qui approche », parce qu’elle est proche des Gentils. DEUX DÉMONIAQUES S’APPROCHÈRENT. Les sévices sont indiqués, d’abord par le fait que [les démons] les opprimaient ; deuxièmement, parce qu’ils tentaient de tromper les hommes. Mais on se demande pourquoi les autres évangélistes n’en mentionnent qu’un seul, et [Matthieu], deux. Il faut dire qu’il y en avait sans aucun doute deux, mais que l’un était plus connu. Et [les démons] étaient violents, car ils affectaient non seulement le corps, mais aussi l’esprit. Ainsi, ils demeuraient dans des tombeaux afin d’infliger de la terreur aux hommes. De là vient l’erreur, formulée par certains, que les démons ramenaient une âme dans le corps des morts, comme on lit à propos de Simon le magicien [Ac 8, 9s]. Mais cela n’était rien, car les démons faisaient semblant afin de tromper les hommes. Ainsi, Porphyre dit que l’engeance des démons est trompeuse. De sorte que ces magiciens utilisent surtout les corps des morts, car les démons habitaient dans les sépulcres, Is 65, 4 : Ceux qui habitent dans les sépulcres et dorment dans les sanctuaires des idoles. En effet, ils étaient si violents, QUE PERSONNE NE POUVAIT PASSER PAR CETTE ROUTE, car sur la route où je marchais les orgueilleux, c’est-à-dire les démons, ont caché un piège, Ps 141[142], 4.
1084. Mais on montre leur impatience, parce qu’ils ne supportaient pas la présence du Christ. C’est pourquoi il est dit : ILS SE MIRENT À CRIER. Par là est montrée leur impatience, Is 65, 14 : Vous crierez à cause de la douleur de votre cœur et vous hurlerez à cause de la contrition de votre esprit. De même, ils affirment la puissance de Dieu, en disant : QUE NOUS VEUX-TU, JÉSUS, FILS DE DIEU ? Rien, à la vérité, car il n’y a aucun rapport entre le Christ et Bélial. Mais pourquoi disaient-ils cela ? Parce qu’ils punissaient gravement les hommes et avaient entendu dire que le Christ devait leur enlever leur pouvoir. Ainsi, ils voulaient dire : « Même si nous nuisons à d’autres, nous ne te nuisons pas. Pourquoi dois-tu nous accabler ? » De même, [les démons] confessent le Fils de Dieu. Et, par cela, les ariens sont confondus, car s’ils ne croient pas les saints, qu’ils croient au moins les démons. Mais, en sens contraire, il semble qu’ils n’ont pas reconnu [le Fils de Dieu], car [on lit] en 1 Co 2, 8 : S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le roi de gloire, etc. Mais il faut dire que, lorsque le Seigneur le voulait, il montrait son humanité, de sorte qu’il demeurait caché pour eux.
1085. ES-TU VENU NOUS TOURMENTER AVANT LE TEMPS ? Les démons savent qu’au jour du jugement, les démons doivent subir un tourment plus grand, alors qu’on leur dira : Allez, maudits, au feu éternel [25, 41]. De même, certains croient que, jusqu’au jour du jugement, les démons ne souffrent pas de la peine du sens, mais de la peine du dam, et cela, en raison de cette parole : TU ES VENU AVANT LE TEMPS. Mais à cela s’oppose ce que dit [Jean] Damascène : « Ce qui est pour les anges une chute est la mort pour les hommes. » Mais les hommes, lorsqu’ils meurent, reçoivent aussitôt la peine du sens ; de même, les anges qui ont chuté. Certains disent que [les anges] portent toujours avec eux leur propre feu. Mais comment cela peut-il se faire, car le feu est corporel ? Il faut dire que, bien que ce feu soit corporel, il comporte cependant quelque chose de spirituel. Ainsi, il cause la souffrance par une sorte d’association. En effet, l’esprit déborde la nature du corps, mais Dieu associe les esprits aux corps ; comme lorsque l’âme est liée au corps, elle fait que le corps se meut selon la volonté de l’âme, comme lorsqu’une prélature est donnée à quelqu’un dans une église, alors qu’il n’y réside pas. De même, bien que le feu soit corporel, il peut agir en raison d’un certain caractère spirituel. NOUS TOURMENTER, etc. [Les démons] estiment que c’est un grand tourment qu’ils ne puissent pas nuire aux hommes. Mais, s’ils étaient en enfer, ils ne pourraient nuire ainsi ; et ainsi, c’est pour eux un grand tourment que d’entrer dans l’enfer.
1086. OR, IL Y AVAIT NON LOIN D’EUX UN GROS TROUPEAU DE PORCS EN TRAIN DE PAÎTRE. Ici est abordée la malice, car [les démons] nuisent non seulement aux hommes, mais aussi aux bêtes. UN TROUPEAU DE PORCS : il est donc clair par ceci qu’ils n’étaient pas en Judée, car les Juifs ne font pas usage des porcs.
1087. « SI TU NOUS CHASSES, ENVOIE-NOUS DANS LES PORCS. » Mais pourquoi n’ont-ils pas demandé d’être envoyés dans les hommes ? Parce qu’ils voyaient que [le Seigneur] se préoccupait du sort des hommes. Mais pourquoi dans un troupeau de porcs ? Parce qu’ils étaient plus proches. Et aussi parce que c’est un animal très impur. Ainsi, pour indiquer l’impureté, [Jésus] permit que [les démons] entrent dans les porcs. Et cela semble être le sens de Jb 40, 22 : Ne multipliera-t-il pas les prières à ton endroit ou ne t’adressera-t-il pas des paroles émouvantes ?
1088. « ALLEZ », LEUR DIT-IL, etc. Mais le Seigneur semble avoir écouté les démons. Il faut dire qu’il ne les a pas écoutés, mais, dans sa sagesse, il a permis et ordonné que cela arrive afin que soit montrée la malice des démons, car, si le Seigneur ne les en avait pas empêchés, ils se seraient précipités sur les hommes comme ils l’ont fait sur les porcs. Mais lorsque le Seigneur permet quelque chose aux démons, il ne le leur permet pas totalement, mais il leur impose un frein, comme en Jb 2, 6. Ainsi, c’est pour indiquer cela que [le Seigneur] leur a permis de se précipiter sur les porcs. [C’était] aussi pour montrer que [les démons] ne peuvent rien sans la permission de Dieu. [C’était] pour que l’homme reconnaisse sa dignité, puisque, pour le salut d’un seul homme, [Jésus] permit que tant de milliers de porcs fussent tués.
1089. Vient ensuite : ET VOILÀ QUE, DANS UNE GRANDE RUÉE, TOUT LE TROUPEAU SE PRÉCIPITA DU HAUT DE L’ESCARPEMENT DANS LA MER, par quoi est signalé que personne ne peut être entièrement éliminé à moins qu’il ne soit comme un porc, c’est-à-dire entièrement impur. On lit ainsi en Ap 18, 21 : Babylone, la grande cité, sera emportée dans un grand souffle ; 2 P 2, 13 : Ceux-là périront comme des animaux sans raison et recevront le salaire de l’injustice, etc.
1090. Vient ensuite : LES GARDIENS PRIRENT LA FUITE ET ANNONCÈRENT TOUT CELA. Ainsi, eux qui s’en étaient allés annoncèrent quelque chose de triste et quelque chose de joyeux : de triste, au sujet des porcs, mais de joyeux, au sujet du démoniaque guéri. Par ces gardiens, sont désignés les dirigeants de la synagogue qui, pour des fins temporelles, contredisent le Christ autant qu’ils le peuvent.
1091. En conséquence, vient l’étonnement de tout le peuple : ET VOILÀ QUE TOUTE LA VILLE SORTAIT AU-DEVANT DE JÉSUS ET, L’AYANT APERÇU, ILS LUI DEMANDÈRENT DE QUITTER LEUR TERRITOIRE. Et pourquoi ? Parce qu’il leur avait causé de grands dommages, ils craignaient que, s’il restait plus longtemps, il leur fasse encore plus de dommages. Certains craignent ainsi d’être avec le Christ par crainte de dommages temporels, comme on le trouve en Is 30, 11 : Écarte-toi de mon chemin ; que le Saint d’Israël s’éloigne de notre visage. Ou bien, autre [interprétation] : [ils ne le firent pas] par malice, mais par dévotion, car ils se jugeaient indignes. Pierre dit quelque chose de semblable : Éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur [Lc 5, 8].
Leçon 1 [Matthieu 9, 1-8] 9, 1 Étant monté sur la barque, Jésus traversa et il vint dans la ville. 9, 2 Et voici qu’on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : « Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. » 9, 3 Voici donc que quelques scribes disaient par-devers eux : « Celui-là blasphème. » 9, 4 Et comme Jésus connaissait leurs pensées, il leur dit : « Pourquoi ces pensées mauvaises dans vos cœurs ? 9, 5 Quel est le plus facile, de dire : “Tes péchés sont remis”, ou de dire : “Lève-toi et marche” ? 9, 6 Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi (dit-il au paralytique), prends ton grabat et va-t-en chez toi . » 9, 7 Et se levant, il partit. 9 8 À cette vue, les foules furent saisies de crainte. Elles glorifiaient Dieu qui avait donné un tel pouvoir aux hommes.
Leçon 2 [Matthieu 9, 9-13] 9, 9 Étant sorti, il vit un homme assis au bureau de la douane, portant le nom de Matthieu, et [Jésus] lui dit : « Viens, suis-moi. » Se levant, il le suivit.
9, 10 Comme il était à table dans la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent se mettre à table avec Jésus et ses disciples. 9, 11 Ce que voyant, les Pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » 9, 12 Mais Jésus, ayant entendu cela, dit : « Les bien-portants n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui ne se portent pas bien. 9, 13 Allez donc apprendre ce que signifie : “C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice.” Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »
Leçon 3 [Matthieu 9, 14-17] 9, 14 Alors les disciples de Jean s’approchent de lui en disant : « Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » 9, 15 Et Jésus leur dit : « Les compagnons de l’époux peuvent-ils pleurer lorsque l’époux est avec eux ? Viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront. 9, 16 Personne ne rajoute une pièce de drap nouveau à un vieux vêtement ; car le morceau rapporté tire sur le vêtement et la déchirure s’aggrave. 9, 17 Et on ne met pas de vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand et [les outres] sont perdues. Mais on verse le vin nouveau dans des outres neuves, et l’un et l’autre se conservent. »
Leçon 4 [Matthieu 9, 18-26] 9, 18 Tandis qu’il leur parlait, voici qu’un chef s’approche, et il se prosterne en disant : « Seigneur, ma fille se meurt ; mais impose-lui ta main, et elle vivra. » 9, 19 Et Jésus se levant, le suivit ainsi que ses disciples. 9, 20 Et voici qu’une femme, qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans, s’approcha et toucha par-derrière la frange de son manteau. 9, 21 Elle se disait en elle-même : « Si seulement je touche son manteau, je serai sauvée. » 9, 22 Mais Jésus se tournant vers elle la vit et lui dit : « Aie confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée. » Et la femme fut sauvée à partir de ce moment. 9, 23 Arrivé à la maison du chef et voyant les joueurs de flûte et la foule en tumulte, Jésus dit : 9, 24 « Retirez-vous ; car elle n’est pas morte, la jeune fille, mais elle dort. » Et ils se moquaient de lui. 9, 25 Mais, quand on eut mis la foule dehors, il entra, il lui prit la main et la jeune fille se leva. 9, 26 Le bruit s’en répandit dans toute cette contrée.
Leçon 5 [Matthieu 9, 27‑34] 9, 27 Alors que Jésus s’en allait de là, deux aveugles le suivirent. Ils criaient et disaient : « Fils de David, aie pitié de nous ! » 9, 28 Lorsque Jésus fut arrivé à la maison, les aveugles s’approchèrent de lui et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je puis faire cela pour vous ? » – « Oui, Seigneur », lui disent-ils. 9, 29 Alors il leur toucha les yeux en disant : « Qu’il vous advienne selon votre foi. » 9, 30 Et leurs yeux s’ouvrirent. Jésus s’adressa alors à eux sévèrement : « Prenez garde que personne ne le sache ! » 9, 31 Mais eux, étant sortis, répandirent sa renommée dans toute cette contrée.
9, 32 Comme ils sortaient, voilà qu’on lui présenta un muet. 9, 33 Et le démon une fois expulsé, le muet parla et les foules furent dans l’admiration : « Y a-t-il jamais eu quelque chose de semblable en Israël ! » 9, 34 Mais les Pharisiens disaient : « C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ! »
Leçon 6 [Matthieu 9, 35-38] 9, 35 Jésus parcourait toutes les villes et les villages. Il enseignait et prêchait dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissant toute maladie et toute infirmité. 9, 36 À la vue des foules, Jésus eut pitié d’elles, car ces gens gisaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger. 9, 37 [Jésus] dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux ; 9, 38 Demandez au maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »