Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Leçon 1 – Mt 9, 1‑8 ; n° 1092

[9, 1]

1092. [Matthieu] a présenté plus haut des miracles contre les dangers corporels ; ici, il présente des miracles contre les dangers spirituels. À cette fin, il fait deux choses : premièrement, il montre comment [le Seigneur] intervint en faveur de ceux qui accouraient vers lui [9, 1s] ; deuxièmement, comment il cherche ceux qu’il peut sauver, en cet endroit : ET JÉSUS PARCOURAIT TOUTES LES VILLES ET LES VILLAGES [9, 35s].

1093. À propos du premier point, il présente le remède contre le péché [9, 1‑17] ; deuxièmement, contre la mort, en cet endroit : TANDIS QU’IL LEUR PARLAIT, etc. [9, 18s].

1094. À propos du premier point, [Matthieu] présente d’abord le remède contre le péché par la rémission [9, 1-9] ; deuxièmement, par le fait que [le Seigneur] attirait à lui les pécheurs, en cet endroit : COMME IL ÉTAIT À TABLE DANS LA MAISON, etc. [9, 10s].

1095. Et premièrement, [Matthieu] présente une sorte de préambule à la faveur [9, 1‑5] ; deuxièmement, il présente la faveur elle-même, en cet endroit : AFIN QUE VOUS SACHIEZ, etc. [9, 6s].

1096. Et, premièrement, le lieu est présenté [9, 1] ; deuxièmement, la dévotion de ceux qui apportaient [le malade], en cet endroit : ET VOICI QU’ON LUI APPORTAIT UN PARALYTIQUE [9, 2].

1097. [Matthieu] dit donc : ÉTANT MONTÉ DANS LA BARQUE, JÉSUS TRAVERSA. Cette partie est une suite, parce qu’on avait demandé [à Jésus] de s’éloigner. C’est pourquoi il monta dans une barque. Il fait donc comprendre que si certains disent : Éloigne-toi de nous, nous ne voulons pas suivre tes commandements, Jb 21, 14, il se retire aussitôt. Ainsi, IL MONTA DANS UNE BARQUE. Cette barque signifie la croix ou l’Église. ET IL VINT DANS SA VILLE, à savoir, la « ville des nations », qui lui ont été données. C’est pourquoi [on lit] en Ps 2, 8 : Demande-moi, et je te donnerai les nations en héritage.

1098. Mais une question se pose : pourquoi Marc et Luc disent-ils que cela arriva à Capharnaüm, et qu’ici on trouve que [cela est arrivé] à Nazareth, qui était sa ville ? Il faut dire que l’une était la ville du Christ en raison de sa naissance : c’était Bethléem ; l’autre, en raison de son éducation : c’était Nazareth ; et une autre, en raison de son séjour et de son action : c’était Capharnaüm. C’est donc à juste titre qu’il est dit : DANS SA VILLE. Ainsi, il est dit en Lc 4, 23 : Ce que nous avons entendu dire qu’il est arrivé à Capharnaüm, fais-le de même ici dans ta patrie. Augustin donne une autre solution : parmi les villes de Galilée, Capharnaüm était la plus célèbre. Elle était donc comme une métropole. Et de même que, si quelqu’un résidait dans un village près de Paris, on dirait qu’il est de Paris en raison de la célébrité de l’endroit, ainsi, parce que le Seigneur venait de Capharnaüm, disait-on qu’il en venait. Ou bien, autrement, parce que les évangélistes omettent quelque chose, à savoir que [Jésus] était passé par Nazareth et était venu à Capharnaüm.

[9, 2]

1099. Et ainsi, on lui présenta [un paralytique] : ET VOICI QU’ON LUI APPORTAIT UN PARALYTIQUE. On indique ici la dévotion de ceux qui apportent. C’est pourquoi, en Marc, il est indiqué que, comme on ne pouvait pas passer, on le posa sur les tuiles [Mc 2, 4 ; Lc 5, 19]. Ce paralytique signifie le pécheur qui gît dans son péché ; ainsi, comme le paralytique ne peut se mouvoir, celui-ci ne [le peut] pas non plus. Ceux qui le portent sont ceux qui, par leurs avertissements, le portent à Dieu.

1100. JÉSUS, VOYANT LEUR FOI, etc. [Matthieu] indique la faveur, dans laquelle nous pouvons considérer trois choses : premièrement, ce qui a ému Jésus ; deuxièmement, ce qui est exigé ; troisièmement, la controverse au sujet de la faveur.

1101. Le Seigneur guérit parfois quelqu’un en raison de sa foi, parfois en raison de ses prières et de celles des autres. VOYANT AINSI LEUR FOI : c’est pourquoi il est dit en Mc 11, 24 : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le recevrez et que cela vous sera accordé. AIE CONFIANCE, MON ENFANT. Qu’est-ce qui est exigé ? La foi, Ps 124[125], 1 : Ceux qui ont confiance dans le Seigneur comme dans le mont Sion ; celui qui habite à Jérusalem ne sera pas ébranlé pour l’éternité. Et Ac 15, 9 : Purifiant leurs cœurs par la foi. TES PÉCHÉS TE SONT REMIS. Ici est indiquée la faveur. Mais qu’est-ce que celui-ci demandait ? La santé du corps, et le Seigneur lui donne la santé de l’âme. La raison en est que le péché était la cause de la maladie, comme dans Ps 15[16], 4 : Leurs maladies se sont multipliées en raison de leurs iniquités. C’est pourquoi le Seigneur a agi comme un bon médecin qui guérit la cause.

[9, 3]

1102. Ensuite, [Matthieu] présente la controverse au sujet de la faveur, en cet endroit : ET COMME JÉSUS CONNAISSAIT LEURS PENSÉES, etc. [Mt 9, 4].

1103. [Matthieu] dit donc : VOICI QUE QUELQUES SCRIBES DISAIENT PAR-DEVERS EUX : « CELUI-CI BLASPHÈME. » Et pourquoi s’étonnaient-ils ? Parce qu’ils voyaient un homme et ne voyaient pas Dieu, car il appartient à Dieu seul de remettre les péchés. C’est pourquoi ils disaient que [Jésus] blasphémait, selon Jb 34, 18 : Celui qui dit au roi « apostat » et appelle les chefs « impies », etc.

1104. ET COMME JÉSUS CONNAISSAIT LEURS PENSÉES, IL LEUR DIT : « POURQUOI CES PENSÉES MAUVAISES DANS VOS CŒURS ? » Ici, [Jésus] les réfute de trois façons : par la pensée, par la parole et par le geste. Par la pensée, parce que, de même qu’il appartient à Dieu seul de remettre les péchés, de même [en est-il] pour les secrets du cœur, Ps 7, 10 : Dieu qui scrute les reins et les cœurs. COMME IL CONNAISSAIT, car seul Il connaît les pensées des hommes. Et d’abord, il leur reproche la méchanceté de leurs cœurs : « POURQUOI CES PENSÉES MAUVAISES DANS VOS CŒURS ? » Car ils disaient qu’il blasphémait, Is 1, 16 : Écartez le mal de vos pensées.

[9, 5]

1105. QUEL EST LE PLUS FACILE, etc. ? Ici, [Matthieu] présente la réfutation. Mais le Seigneur semble mal raisonner, car il raisonne a minori en affirmant : « Il paraît plus facile de guérir le corps que de guérir l’âme. » Mais Jérôme donne cette interprétation : « Il est plus facile de dire que de faire ; il est vrai que, pour ce qui est du geste posé, une plus grande force [est requise] pour guérir l’âme que le corps ; mais, pour ce qui est de la puissance, la même puissance [est à l’œuvre] dans les deux cas. »

[9, 6]

1106. Mais, si on se reporte à ce qui est dit, on voit que les menteurs mentent dès qu’ils ne peuvent pas être découverts. En effet, ils peuvent être pris en faute dans les choses qui sont apparentes, mais non dans celles qui sont cachées. Ainsi, ils parlent avec audace des choses sur lesquelles ils ne peuvent pas être pris en faute. Il [leur] est donc plus facile de parler si vous ne pouvez pas savoir.

1107. C’est pourquoi, POUR QUE VOUS SACHIEZ QUE LE FILS DE L’HOMME A LE POUVOIR SUR LA TERRE DE REMETTRE LES PÉCHÉS. [Jésus le] montre par un geste. Premièrement, [Matthieu] présente la fin de l’opération ; deuxièmement, le mode ; troisièmement, l’efficacité.

1108. [Jésus] dit donc : POUR QUE VOUS SACHIEZ QUE LE FILS DE L’HOMME A LE POUVOIR SUR LA TERRE DE REMETTRE LES PÉCHÉS, IL DIT AU PARALYTIQUE : « LÈVE-TOI, PRENDS TON GRABAT ET VA-T’EN CHEZ TOI. » Par cela, il montre qu’il est Dieu, plus haut, 1, 21 : C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Il dit : LE FILS DE L’HOMME, et il dit : SUR LA TERRE. Il rejette ainsi une double erreur, à savoir, celle de Nestorius et de Photin. Nestorius disait que le Fils de l’homme et le Fils de Dieu étaient deux personnes, et qu’on ne pouvait dire de l’une ce qu’on disait de l’autre. Ainsi, on ne pouvait dire : « Cet enfant a créé les étoiles. » C’est pourquoi [Jésus] dit : DE L’HOMME, car il appartient à Dieu de remettre les péchés. De même, contre Photin, qui disait que le Christ avait pris origine de la Vierge Marie et avait acquis la divinité par son [propre] mérite ; et il se fondait sur ce qui est dit plus loin, 28, 18 : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. C’est pourquoi Jésus dit : SUR LA TERRE. De là vient qu’il est dit en Ba 3, 38 : Après cela, il apparut sur terre et il vivait au milieu des hommes. A LE POUVOIR : il semble que cela ne soit pas une preuve, car même les apôtres avaient ce pouvoir. Mais il faut dire que ceux-ci l’avaient par voie d’administration, et non d’autorité. Ce qui est dit : AFIN QUE VOUS SACHIEZ, etc., peut se lire de deux manières : ou bien il s’agit des paroles de l’évangéliste, et cela avait donc un caractère narratif ; ou bien il s’agit de paroles du Christ, disant : AFIN QUE VOUS SACHIEZ, etc., et c’est une manière imparfaite de s’exprimer, car ceux-là doutaient. C’est pourquoi, AFIN QUE VOUS SACHIEZ QUE MOI, J’AI LE POUVOIR DE REMETTRE LES PÉCHÉS, IL DIT AU PARALYTIQUE : « LÈVE-TOI, etc. ». Ainsi, il a guéri par la parole, ce qui est propre à Dieu, conformément au Ps 32[33], 9 : Il dit, et cela arriva. Le malade avait trois traits : il gisait sur son grabat ; il était porté par d’autres ; il ne pouvait se déplacer. Ainsi donc, parce qu’il gisait, [Jésus] dit : LÈVE-TOI ; parce qu’il était porté, il lui ordonna de porter son grabat : PRENDS TON GRABAT ; parce qu’il ne pouvait se déplacer, il dit : MARCHE. En effet, les œuvres de Dieu sont parfaites, Dt 32, 4. De même, au pécheur gisant dans le péché, il est dit : LÈVE-TOI du péché par la contrition ; PRENDS TON GRABAT, par la satisfaction, Mi 8, 9 : Je porterai la colère du Seigneur, car j’ai péché contre lui ; ET VA-T’EN CHEZ TOI, dans la demeure de l’éternité ou dans ta propre conscience, Sg 8, 16 : Entrant dans ma maison, je m’y reposerai.

[9, 7]

1109. Vient ensuite la réalisation : ET, SE LEVANT, IL PARTIT.

[9, 8]

1110. À CETTE VUE, LES FOULES, non les scribes, parce que ceux-ci méprisaient [Jésus], FURENT SAISIES DE CRAINTE, Ha 3, 2 : Seigneur, j’ai entendu ce qu’on disait de toi, et j’ai craint. Mais de quelle crainte ? ELLES GLORIFIAIENT DIEU, car elles rapportaient tout à Dieu, Ps 113[114], 1 : Non pas à nous, Seigneur, mais à ton nom donne gloire. QUI AVAIT DONNÉ UN TEL POUVOIR AUX HOMMES. Ainsi, ceux-ci ne sont pas méprisants comme les scribes. Mais parce qu’il est dit : AUX HOMMES, Hilaire donne cette interprétation : « Qui a donné aux hommes le pouvoir de devenir fils de Dieu », comme en Jn 1, 12 : Il leur a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu.

Leçon 2 – Mt 9, 9‑13 ; n° 1111

[9, 9]

1111. Premièrement, la conversion des pécheurs est ici présentée [9, 9‑10] ; deuxièmement, la controverse avec les Pharisiens, en cet endroit : CE QU’AYANT VU, LES PHARISIENS DISAIENT À SES DISCIPLES [9, 11].

1112. Premièrement, [Matthieu] dit comment [Jésus] appela quelqu’un à devenir [son] disciple [9, 9] ; deuxièmement, comment il en appela plusieurs à devenir ses familiers, en cet endroit : COMME IL ÉTAIT À TABLE DANS LA MAISON, etc. [9, 10].

1113. [Matthieu] dit donc : ÉTANT SORTI, JÉSUS. Pourquoi [Jésus] s’en alla-t-il ? Parce qu’on intriguait contre lui. C’est pourquoi il fuyait les foules, comme il est dit en Si 8, 13[10] : Ne mets pas le feu aux charbons du pécheur. IL VIT UN HOMME, un homme, à coup sûr, car il était pécheur, Ps 81[82], 7 : Vous, vous mourrez comme des hommes et vous tomberez comme l’un des princes. ASSIS AU BUREAU DE LA DOUANE, au bureau des impôts. C’était donc un endroit où on acquittait ses impôts. Il était donc dans un état où un homme peut difficilement être sans péché. PORTANT LE NOM DE MATTHIEU. D’autres l’appelaient Lévi, pour préserver son honneur, afin qu’on ne sache pas qu’il était un pécheur ; mais lui-même se désigne sous le nom de Matthieu, car le juste commence par s’accuser. Il donnait ainsi à entendre que le Seigneur ne fait pas acception de personnes. ET [JÉSUS] LUI DIT : « VIENS, SUIS-MOI. » Et cela est grand que le Seigneur invite à le suivre. SE LEVANT, IL LE SUIVIT. Ainsi, il pouvait dire ce que [dit] Jb 23, 11 : Mon pied a suivi ses pas, j’ai suivi son chemin et ne m’en suis pas écarté.

1114. Mais on objecte que cela n’a pas pu se produire que, sur une seule parole, celui-ci ait suivi [Jésus]. Il faut dire que la renommée de Jésus s’était tellement répandue que déjà celui qui le suivait s’estimait heureux. C’est pourquoi, sur une seule parole, celui-ci le suivit. Ainsi est montrée l’obéissance, car il le suivit aussitôt. Mais pourquoi [Jésus] ne l’a-t-il pas appelé dès le début ? Il faut dire que celui-ci était sage de la sagesse du siècle [1 Co 1, 20]. Le Seigneur tarda donc à l’appeler jusqu’à ce que les miracles l’interpellent. Ou bien il faut dire que cela est dit par mode de rappel, car celui-ci était présent lors de la prédication du Seigneur sur la montagne. Mais pourquoi Matthieu [le] présente-t-il ainsi ? Je dis que c’est en raison de [son] humilité. En effet, il considérait son appel comme un miracle. C’est pourquoi il le raconta parmi les miracles. Mais pourquoi est-il fait davantage mention de l’appel de Pierre, d’André et de Matthieu que des autres ? Il faut dire qu’ils étaient des pêcheurs, parmi les hommes les plus méprisables. De même comptaient parmi les pécheurs ceux qui percevaient l’impôt. C’est pourquoi il en est fait spécialement mention afin qu’il soit connu que Dieu ne fait pas acception de personnes [2 Ch 19, 7 ; Rm 2, 11 ; Ep 6, 9 ; Col 3, 25 ; 1 P 1, 17].

[9, 10]

1115. Vient ensuite : IL ARRIVA, COMME IL ÉTAIT À TABLE DANS LA MAISON, QUE BEAUCOUP DE PUBLICAINS ET DE PÉCHEURS VINRENT SE METTRE À TABLE AVEC JÉSUS ET SES DISCIPLES. Ici est abordée la manière dont [Jésus] en a appelé plusieurs à être ses familiers. Ainsi, [Matthieu] dit : IL ARRIVA, etc. D’autres disent que [Matthieu] fit un festin pour [Jésus] ; mais [l’évangéliste Matthieu] n’en parle pas. Et il est vrai que [Matthieu] le fit et en invita plusieurs afin qu’il soient attirés à Dieu, car la tenture attire la tenture, Ex 36. Ainsi, c’est un signe que quelqu’un est fermement converti au Seigneur qu’il en attire d’autres qu’il aime davantage. [Matthieu] dit donc QUE BEAUCOUP DE PUBLICAINS ET DE PÉCHEURS VINRENT SE METTRE À TABLE AVEC JÉSUS, car, si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai et je mangerai avec lui et lui avec moi, Ap 3, 20.

[9, 11]

1116. CE QUE VOYANT, LES PHARISIENS, etc. On a dit comment le Seigneur invite les pécheurs à le suivre et [comment] il les a accueillis à un festin. Ici est présentée la controverse : premièrement, au sujet de [ses] fréquentations [9, 11‑13] ; deuxièmement, au sujet du festin, en cet endroit : ALORS DES DISCIPLES DE JEAN S’APPROCHÈRENT DE LUI [9, 14].

1117. À propos du premier point, une question est d’abord posée [9, 11] ; en second lieu, une réponse [est donnée], en cet endroit : JÉSUS DIT, etc. [9, 12‑13].

1118. [Matthieu] dit donc : CE QUE VOYANT, LES PHARISIENS DISAIENT À SES DISCIPLES. Il faut remarquer que ces pharisiens étaient malicieux. C’est pourquoi ils voulaient provoquer un schisme entre les disciples et Jésus. Ainsi, ils accusaient Jésus auprès des disciples, et les disciples auprès de Jésus. Cherchant donc à accuser Jésus auprès des disciples, ils disent : POURQUOI VOTRE MAÎTRE MANGE-T-IL AVEC LES PUBLICAINS ET LES PÉCHEURS ? Ceux-ci sont au nombre de ceux dont il est dit en Pr 6, 16 : Il y a six choses que déteste le Seigneur, et mon âme en déteste une septième, à savoir, celui qui sème la discorde entre des frères.

1120. Mais on se demande pourquoi Luc dit que cela a été dit des disciples. Augustin répond que « l’opinion est la même aux deux endroits, bien que les mots diffèrent, parce que les enseignements du maître faisaient entrer l’ensemble en ligne de compte ». Luc rapporte donc les paroles, mais Matthieu [s’en tient] à l’opinion. Mais il semble que ceux-ci dénonçaient à juste titre, car il faut éviter la compagnie des pécheurs. Il faut remarquer que, parfois, il faut éviter la compagnie des pécheurs en raison de l’orgueil et du mépris, comme c’est le cas de ceux dont il est question en Is 65, 5 : Tu ne t’approcheras pas de moi, car tu es impur. D’autres doivent être évités pour le bien des pécheurs afin qu’ils aient honte et se convertissent ; c’est le cas dont Paul parle en 1 Co 6, 5 : Je le dis pour votre honte : il n’y a pas de sage parmi vous. De même, quelqu’un peut éviter [le pécheur] par précaution pour lui-même, de crainte d’être perverti, Si 13, 1 : Qui touche à la poix s’englue ; et en Ps 17, 27 : Tu seras perverti par le pervers. En sens contraire, certains vivent avec les pécheurs pour se mettre à l’épreuve : la tentation est ainsi leur mise à l’épreuve, comme on le trouve en Si 27, 6 et 2 P 2, 8 : En voyant et en entendant, le juste demeurait au milieu d’eux ; et Ct 2, 2 : Comme un lis au milieu des épines, telle est mon amie parmi les filles. Et la Glose dit en cet endroit : « Celui-là n’était pas bon qui n’a pas pu tolérer les méchants. » De même, certains vivent au milieu des méchants pour les convertir, comme le dit Paul, 1 Co 9, 19 : Je me suis fait tout à tous pour les gagner tous. Mais il y a une différence, car il ne faut pas entretenir de rapports avec les pécheurs qui persévèrent [dans leurs péchés] et ne veulent pas s’en repentir ; mais, dans le cas de ceux dont on espère [qu’ils se repentiront], il faut faire une distinction chez celui qui demeure [parmi eux], car soit il est solide, soit il est faible : s’il est faible, il ne doit pas habiter avec eux ; s’il est solide, il est convenable qu’il habite avec eux afin de les convertir à Dieu. De même, Jésus était assurément un médecin ; c’est pourquoi, lorsqu’il était avec eux, il ne craignait pas le danger ; ainsi, etc.

 

[9, 12]

1121. Mais la réponse de Jésus vient ensuite. Et il donne trois raisons. Premièrement, à partir d’une comparaison : MAIS JÉSUS, ENTENDANT CELA, DIT : « LES BIEN PORTANTS N’ONT PAS BESOIN DE MÉDECIN. » Et le Seigneur se dit médecin, et à juste titre, Ps 102[103], 3 : Lui qui guérit toutes nos maladies, à savoir, celles de l’âme comme celles du corps. C’est pourquoi il aborde les maladies de l’âme comme celles du corps. C’est la raison pour laquelle il dit : « LES BIEN PORTANTS N’ONT PAS BESOIN DE MÉDECIN, etc. » Les bien portants sont ceux qui pensent bien se porter par orgueil ; d’eux il est dit dans Ap 3, 17 : Tu dis : « Je suis riche et bien pourvu et n’ai besoin de rien » ; et tu ne sais pas que tu es malade et misérable, pauvre, aveugle et nu. Et ceux-ci n’ont pas besoin de médecin, MAIS CEUX QUI NE SE PORTENT PAS BIEN, c’est-à-dire, qui reconnaissent leur péché, comme le disait David, Ps 1, 5 : Je connais ma faute, etc.

[9, 13]

1122. Deuxièmement, [Jésus] allègue une autorité, en disant : ALLEZ DONC APPRENDRE CE QUE SIGNIFIE, comme s’il disait : « Vous ne comprenez pas les Écritures, mais allez apprendre ce que signifie : C’EST LA MISÉRICORDE QUE JE VEUX, ET NON LE SACRIFICE. » Ceci est écrit dans Os 6, 6. Et on l’interprète de deux façons. Premièrement, de sorte qu’une chose soit préférée à l’autre, car « je veux plutôt la miséricorde que le jugement ». Ainsi le sacrifice est préféré au sacrifice. Le sacrifice est l’agneau. De même en est-il de la miséricorde : Dieu est apaisé par de telle victimes. Qu’y a-t-il de mieux qu’elles ? Pr 21, 3 : Faire miséricorde et justice plaît davantage à Dieu que les victimes. Ou bien [on l’interprète] de sorte que l’un soit accepté, l’autre refusé : « Je veux la miséricorde, mais non le sacrifice que vous accomplissez. » Ainsi, Is 1, 15 : Je n’ai pas d’holocaustes, parce que vos mains sont couvertes de sang. Ou bien, autre [interprétation] : Je veux la miséricorde, et non le sacrifice. En effet, on dit que quelqu’un veut quelque chose lorsqu’il le veut en soi, et non en vue d’autre chose, comme si le médecin disait : « Je veux la santé. » Et ainsi, dans les œuvres que nous offrons à Dieu, nous en offrons certaines pour elles-mêmes, comme aimer Dieu et le prochain ; mais d’autres, en vue de ces dernières, Mi 6, 8 : Je t’indiquerai, ô homme, ce qui est bien et ce que le Seigneur te demande : rien d’autre que d’accomplir la justice et d’aimer la miséricorde.

1123. Troisièmement, le Seigneur donne une autre raison à partir de sa fonction : ainsi, si un légat était envoyé et faisait appel à sa fonction, s’il était empêché par un autre, il dirait : « Tu es insensé d’empêcher ce qui relève de moi. » Le Seigneur était venu pour sauver les pécheurs. C’est pourquoi il est dit : Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés [Mt 1, 21]. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : JE NE SUIS PAS VENU APPELER LES JUSTES, MAIS LES PÉCHEURS. Luc ajoute : À LA PÉNITENCE. Et cet ajout est correct, car il n’est pas venu appeler les pécheurs pour qu’ils demeurent dans leurs péchés, mais pour qu’ils se soustraient à eux.

1124. Mais on peut se poser une question à propos des justes, car personne n’est juste sinon Dieu. En effet, nous sommes tous pécheurs. De même, il semble que ce qui est dit est faux, car Jean était juste, Siméon était juste, Zacharie était juste ; et cependant, il les a appelés. Il faut dire qu’une distinction doit être faite à propos de la justice : on peut dire de quelqu’un qu’il est juste lorsqu’il n’est pas enchaîné au péché, et ainsi personne n’est juste, car tous sont enchaînés [au péché] mortel, véniel ou originel, à tout le moins pour ce qui est de la faute ; et [le Seigneur] a entièrement détruit celui-ci, Jn 5, 40 : Il est venu pour que vous ayez la vie. Ainsi, il n’est pas venu appeler les justes pour autant qu’ils sont justes, mais pour autant qu’ils sont pécheurs. De même, on appelle juste celui qui n’est pas enchaîné au péché mortel. Ainsi, JE NE SUIS PAS VENU APPELER LES JUSTES à la pénitence, mais à une plus grande justice. Ou bien, [selon l’interprétation suivante] : JE NE SUIS PAS VENU APPELER LES JUSTES, à savoir, ceux qui ont confiance dans leur propre justice, MAIS LES PÉCHEURS, qui se repentent en ignorant leur propre justice.

Leçon 3 – Mt 9, 14‑17 ; n° 1125

[9, 14]

1125. Ici est posée une question au sujet du festin [9, 14] ; et la réponse suit, en cet endroit : ET JÉSUS DIT [9, 15].

1126. Mais alors se pose une question sur la lettre : pourquoi, en Mc 2, 18 et Lc 5, 29, semble-t-il que la question ait été posée par d’autres, là où il est dit, Mc 2, 18 : Pourquoi les disciples de Jean et les Pharisiens jeûnent-ils, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? Ce ne sont donc pas les disciples [de Jean] qui ont parlé. La solution d’Augustin est que la situation était telle que les Pharisiens tendaient une embûche au Christ. Ainsi, ils entraînaient parfois des hérodiens avec eux, mais, cette fois, ils avaient fait appel à des disciples de Jean. La demande pouvait ainsi être venue à la fois d’autres et des disciples. Mais d’où vient qu’ils jeûnaient ? La réponse est [la suivante] : de leurs traditions ou de la loi, comme on lit que, le jour de la propitiation, ils étaient tenus de jeûner. Za 8, 19 : Le jeûne du quatrième [mois], le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième [mois] seront pour la maison de Juda joie et allégresse, et fêtes magnifiques. De même, les disciples de Jean jeûnaient à l’exemple de leur maître, qui était d’une grande austérité, mais les disciples du Christ ne jeûnaient pas.

[9, 15]

1127. ET JÉSUS LEUR DIT. Ici, Jésus répond, et de manière subtile. Premièrement, il donne la cause de son point de vue ; ensuite, du point de vue des apôtres.

1128. À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il précise le moment de manger [9, 15] ; deuxièmement, le moment de jeûner, en cet endroit : VIENDRONT DES JOURS OÙ L’ÉPOUX LEUR SERA ENLEVÉ, ET ALORS ILS JEÛNERONT [9, 15].

1129. [Jésus] dit donc : LES COMPAGNONS DE L’ÉPOUX PEUVENT-ILS PLEURER LORSQUE L’ÉPOUX EST AVEC EUX ? Alors que [Matthieu] dit : PLEURER, un autre dit : JEÛNER. Bien que le jeûne comporte une certaine joie spirituelle, toutefois, comme on le lit dans He 12, 11 : Toute correction, sur le moment, ne paraît pas être un sujet de joie, mais de tristesse. Ainsi, il s’agit d’un jeûne [qui entraîne] une joie spirituelle, comme on lit dans Dn 9, 3 : J’ai décidé de tourner mon visage vers mon Dieu pour le prier, pour le supplier par le jeûne, le sac et la cendre. De même, s’agit-il [d’un jeûne] de deuil et d’affliction, parfois en raison des douleurs. Le Seigneur répond sur les deux points. En effet, l’époux est le Christ : celui qui a l’épouse est l’époux. Lui-même, en effet, est l’époux de l’Église entière, et [aussi] son origine. La loi ancienne et la loi nouvelle ont eu une origine différente, car la loi ancienne a pris origine de la crainte, et la loi nouvelle, de l’amour. Ainsi, en Rm 8 15 : En effet, vous n’avez pas reçu de nouveau un Esprit d’esclavage dans la crainte, mais vous avez reçu l’Esprit d’adoption des fils de Dieu. He 12, 22 : Vous êtes parvenus au mont Sion et à la cité du Dieu vivant, Jérusalem. Ainsi donc, parce que l’origine de la loi nouvelle se trouve dans l’amour, [Jésus] devait nourrir ses disciples d’un certain amour. C’est pourquoi il s’appelle l’époux, et [appelle] ses disciples, les compagnons de l’époux, car ce sont là des noms d’amour. Ainsi, « il est bon que je les garde ; je ne veux donc pas leur imposer quelque chose de lourd, de crainte qu’ils n’aient de l’aversion et ne s’éloignent à cause de cela ». Et semblablement, ceux qui sont nouveaux dans les ordres religieux ne doivent pas être écrasés. C’est pourquoi Ambroise, dans le Livre sur les similitudes, reprend ceux qui chargent lourdement les novices. Et c’est cela que dit le Christ : LES COMPAGNONS DE L’ÉPOUX PEUVENT-ILS PLEURER, etc. ? comme s’il disait : « Il ne faut pas qu’ils jeûnent, mais qu’ils vivent plutôt dans une certaine douceur et dans l’amour, afin qu’ils accueillent ainsi ma loi dans l’amour », comme on lit en Rm 6, 4 : Comme le Christ est ressuscité des morts pour la gloire du Père, de même devons-nous avancer dans une vie nouvelle. C’est pourquoi de Pâques à la Pentecôte on ne jeûne pas, car l’Église célèbre alors la nouveauté de la loi.

1130. VIENDRONT LES JOURS, etc. Et cela, à la lettre. VIENDRONT LES JOURS, lorsque, par vos soins, L’ÉPOUX LEUR SERA ENLEVÉ, ET ALORS ILS JEÛNERONT. Et [Jésus] leur prédit cela lorsqu’il dit, Jn 16, 20 : Vous pleurerez, mais le monde se réjouira. En effet, ceux qui ont vécu avant le Christ ont désiré la présence du Christ, tels Abraham, Isaïe et les autres prophètes. De même, après sa mort, [sa présence] fut désirée par les apôtres. C’est pourquoi Pierre fut comme continuellement attristé de l’absence du Christ ; et Paul disait : Je désire disparaître et être avec le Christ [Ph 1, 23]. Ainsi, c’était alors le temps de jeûner. Une autre raison pour laquelle ils ne sont pas tenus de jeûner en la présence [du Christ] est qu’il faut choisir de jeûner parce que [le jeûne] châtie la chair pour qu’elle ne s’élève pas contre l’esprit. Mais, alors que [Jésus] était présent, il les gardait de l’excès. C’est pourquoi il n’était pas nécessaire qu’ils jeûnent, selon Jn 17, 12 : Père, alors que j’étais avec eux, je les protégeais. Mais Jean Baptiste n’avait pas cette puissance. C’est pourquoi ses disciples devaient jeûner. Mais lorsque le Christ fut enlevé, il devint nécessaire que [les disciples] jeûnent, selon ce que dit Paul, 1 Co 9, 7 : Je châtie mon corps et le soumets à la servitude, etc.

[9, 16]

1131. PERSONNE NE RAJOUTE UNE PIÈCE DE DRAP NOUVEAU À UN VIEUX VÊTEMENT. Ici, [Jésus] donne une autre raison du point de vue des disciples, et il donne deux exemples : l’un, selon Augustin, l’autre, selon Jérôme.

1132. Ainsi, selon Augustin, [Jésus] veut dire : il a été dit qu’en présence du Christ, les disciples ne devaient pas jeûner, et pas davantage en raison de leur condition, car on ne doit pas imposer de fardeaux aux imparfaits. Comme [les disciples] sont imparfaits, on ne doit donc pas leur imposer de jeûne. Pour indiquer cela, [Jésus] l’aborde sous la métaphore du vêtement et du vin. Parce que la justice consiste dans des œuvres extérieures et dans le renouvellement intérieur, [Jésus] donne donc deux exemples. Il dit ainsi : PERSONNE NE RAJOUTE, etc., comme si on voulait ajouter une nouvelle pièce, on ne ferait pas UNE REPRISE. UNE PIÈCE DE DRAP NOUVEAU, à savoir, [d’une étoffe] nouvelle et du vieux vêtement, parce que cela en enlèverait la beauté. Ainsi, si quelqu’un d’imparfait a une certaine habitude de vie, si tu veux lui imposer un autre joug, il s’éloigne de ce qu’il avait coutume [de faire], ET LA DÉCHIRURE S’AGGRAVE, comme il est dit plus loin [9, 16]. ET ON NE MET PAS DE VIN NOUVEAU DANS DE VIEILLES OUTRES. [Jésus] donne ici un autre exemple, celui du vin, comme s’il disait : « Mes disciples sont comme de vieilles outres. Le vin nouveau est la loi nouvelle en raison de sa nouveauté. » Ainsi, lorsqu’ils reçurent l’Esprit Saint, on dit qu’ils étaient pleins de vin doux, Ac 2, 13. ON NE VERSE DONC PAS LE VIN NOUVEAU DANS DE VIEILLES OUTRES, AUTREMENT, LES OUTRES ÉCLATENT. Ainsi, si tu imposes une nouvelle façon de vivre à un homme âgé, qui parfois a une autre habitude, il a le cœur brisé par l’intolérance. De même, LE VIN SE RÉPAND, c’est-à-dire qu’il n’est pas conservé, ET LES OUTRES SONT PERDUES, parce qu’on a foulé aux pieds les commandements de Dieu, et c’est pourquoi ELLES SONT PERDUES. MAIS ON VERSE LE VIN NOUVEAU DANS DES OUTRES NEUVES, en renouvelant la doctrine spirituelle dans son cœur, comme le dit l’Apôtre, 1 Co 2, 13 : Exprimant des choses spirituelles en termes spirituels ; Pr 2, 10 : Si la sagesse entre dans ton cœur et si la science fait les délices de ton âme, elle te gardera, et la sagesse sera à ton service pour t’écarter du mauvais chemin et de l’homme qui raconte des choses perverses, etc.

1133. Jérôme donne une autre interprétation, car, par le vieux vêtement, [Jésus] désigne les usages des Pharisiens, et par le nouveau, la doctrine évangélique. Comme s’il disait : « Il n’est pas bon qu’ils suivent vos enseignements parce qu’alors ils feraient des déchirures anciennes, et ainsi ne pourraient accueillir la doctrine nouvelle, comme nous constatons que celui qui n’est pas imbu de la doctrine contraire accueille plus facilement une nouvelle doctrine, que celui qui en est imbu. Et ainsi, il n’est pas bon qu’ils soient imbus de votre doctrine. »

 
Leçon 4 – Mt 9, 18‑26 ; n° 1134

[9, 18]

1134. [Matthieu] a présenté les miracles par lesquels sont apportés des remèdes aux dangers du péché ; ici, il présente [les miracles] par lesquels sont apportés des remèdes aux dangers de mort. Et cela est divisé en deux parties : en premier lieu, il raconte comment [Jésus] a redonné la vie [9, 19-26] ; en second lieu, comment [il a redonné] les fonctions de la vie, en cet endroit : COMME JÉSUS S’EN ALLAIT DE LÀ [9, 27s].

1135. À propos du premier point, l’invitation à faire un miracle est d’abord présentée ; deuxièmement, [est présentée] une indication, en cet endroit : VOICI QU’UNE FEMME, etc. [9, 20] ; troisièmement, [est présentée] la préparation du miracle, en cet endroit : MAIS QUAND ON EUT CHASSÉ LA FOULE [9, 25].

1136. À propos du premier point, [Matthieu] fait quatre choses. En premier lieu, le moment de l’invitation est décrit ; deuxièmement, la personne qui invite ; troisièmement, l’invitation ; quatrièmement, l’acceptation de l’invitation.

1137. [Matthieu] dit donc : TANDIS QU’IL PARLAIT, c’est-à-dire, dans la maison de Matthieu. Mais il y a une objection, car Marc et Luc présentent [les choses] dans un autre ordre, à savoir que [le chef de la synagogue] s’approcha de Jésus après qu’il eut traversé. Augustin donne la solution : lorsque, chez les évangélistes, est mentionné quelque chose qui se rapporte au moment, s’il est indiqué que cela [se passait] immédiatement, cela indique l’ordre de l’histoire. Ainsi, lorsqu’on dit ici : TANDIS QU’IL PARLAIT, l’ordre de l’histoire est indiqué. Mais, chez Marc et chez Luc, on s’en rapporte à l’ordre dans lequel ils se sont souvenus. Ou bien on peut dire qu’il y eut un endroit intermédiaire où ceci se produisit. En effet, parfois [les évangélistes] ne disent pas si une chose s’est passée aussitôt après ou quand [elle s’est passée].

1138. Vient ensuite : VOICI QU’UN CHEF. Ici est présentée la personne qui invite, à savoir, le chef de la synagogue, et Jaïre veut dire « éclairant » ou « illuminé », Gn 23, 6 : Le prince de Dieu est parmi nous. Vient ensuite l’invitation, et [le chef] fit deux choses : premièrement, il manifesta du respect, car il S’APPROCHA en personne ; de plus, IL SE PROSTERNA. De même, il confesse le pouvoir [de Jésus], car il dit : SEIGNEUR. Ce chef signifie les pères anciens, car ceux-ci se sont approchés par le désir et se sont prosternés en croyant que le Christ allait venir, Ps 131[132], 7 : Nous nous prosternerons à l’endroit où ses pieds se sont posés. De même, ils confessaient : Sachez que le Seigneur lui-même est Dieu ; Ps 99[100], 3.

1139. Vient ensuite le danger : MA FILLE VIENT DE MOURIR. On trouve le contraire en Lc 8, 41 et en Mc 5, 22, car il est dit en cet endroit : Ma fille se meurt. Et alors qu’ils faisaient route, des serviteurs vinrent à leur rencontre, etc. Augustin donne la solution : lorsque ce Jaïre était parti, elle était déjà à la dernière extrémité et il croyait qu’il ne la retrouverait pas vivante ; c’est pourquoi il demanda plutôt [à Jésus] de venir pour la ressusciter que pour la guérir. Ainsi, [le chef] dit : MA FILLE VIENT DE MOURIR, etc., comme s’il disait : « Je crois qu’elle est déjà morte. » Les autres [Marc et Luc] ont raconté ce qui est arrivé, mais Mathieu s’en rapporte à l’intention. Ainsi, Augustin donne le bon enseignement qu’ » il n’est pas nécessaire que les mêmes paroles soient rapportées, mais qu’il suffit que seule l’intention soit formulée ».

1140. Mais pourquoi les serviteurs dirent-ils : NE DÉRANGE PAS LE MAÎTRE ? Il semble que ceci ait été un manque de foi. Il faut dire que cela serait vrai s’ils avaient exprimé l’intention du maître ; mais ils ne connaissaient pas son intention. Chrysostome l’interprète ainsi : « Certains ont coutume d’exagérer le mal, lorsqu’ils veulent susciter la compassion. » Ainsi, afin d’émouvoir [Jésus] davantage, [le chef] dit : ELLE EST MORTE. Cette fille est la synagogue, qui est la fille du chef, à savoir, Moïse, qui est morte à cause de son infidélité, Lc 19, 42 : Maintenant est cachée à tes yeux, etc. Mais il semble y avoir de la foi mêlée à l’infidélité, car le fait qu’il croyait qu’elle ressusciterait relevait de la foi, mais le fait qu’il croyait que [Jésus] ne pourrait pas [la ressusciter], s’il était absent, relevait de l’infidélité. Ainsi, ce [chef] paraît ressembler à Naaman, qui disait : Je pensais qu’il viendrait vers moi et que, debout, il invoquerait le nom de son Dieu, et qu’il toucherait de sa main l’endroit couvert de lèpre et me guérirait, etc., 4 R [2 R] 5, 11. MAIS VIENS, IMPOSE-LUI TA MAIN, ET ELLE VIVRA. Au sens mystique, ceci indique le désir qu’avaient les pères de la venue du Christ ; ainsi, ils disaient : VIENS, IMPOSE TA MAIN. Il s’agit du Christ, comme dans Ps 143[144], 7 : Étends ta main d’en haut.

[9, 19]

1141. ET JÉSUS, SE LEVANT, LE SUIVIT. SE LEVANT, à savoir, du repas. Ici, on a un enseignement sur la miséricorde de Dieu, car, à la demande [du chef], il se leva aussitôt, comme il est dit dans Is 30, 19 : Dès qu’il entend, le Seigneur te répond. De même, [Jésus] donne un exemple de sollicitude aux prélats, afin qu’ils viennent au secours des péchés dès qu’ils sont sollicités. De même, il donne un enseignement sur l’obéissance, car il amena ses disciples avec lui, comme il est dit en He 13, 7 : Obéissez à vos supérieurs. Mais il n’amena pas Matthieu, parce qu’il était encore faible.

[9, 20]

1142. ET VOICI QU’UNE FEMME. [Jésus] donne un exemple de puissance, et il fait trois choses : premièrement, la maladie [de la femme] est décrite [9, 20] ; deuxièmement, la louange de la femme, en cet endroit : ELLE SE DISAIT, etc. [9, 21] ; troisièmement, la bonté du Christ qui guérit, en cet endroit : ET JÉSUS, S’ÉTANT RETOURNÉ, etc. [9, 22]

1143. [Matthieu] dit donc : ET VOICI QU’UNE FEMME. Comme on le lit en Lv 12, la femme qui souffrait d’hémorragie était impure et n’habitait pas avec les hommes. C’est pourquoi elle ne s’approcha pas de la maison, mais sur la route. Et elle signifie les Gentils, qui sont entrés dans la plénitude des Juifs, comme on le trouve en Rm 11, 25 : L’aveuglement est survenu pour une partie d’Israël jusqu’à ce que la plénitude des Gentils entre. Celle-ci, à savoir, la synagogue, a une hémorragie, à savoir, l’erreur du sang des [animaux] immolés. Ou bien on pourrait mettre cela en rapport avec les péchés de la chair. Ainsi la chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu, 1 Co 15, 50.Cette femme SOUFFRAIT DEPUIS DOUZE ANS, et la fille du chef [de synagogue] avait douze ans. Elle avait ainsi commencé à souffrir lorsque la fille du chef était née.

1144. ELLE APPROCHA PAR DERRIÈRE ET TOUCHA LA FRANGE DE SON VÊTEMENT. Ici est indiqué l’éloge de la femme en raison de son humilité et de la foi qui est la plus importante pour être exaucé. ELLE S’APPROCHA ET TOUCHA LA FRANGE PAR DERRIÈRE. Pourquoi par derrière ? Parce qu’elle était considérée comme impure. Ainsi, tout ce qu’elle touchait étant impur selon la loi, elle craignait que [Jésus] ne la repousse. De même, elle n’osa toucher que la frange. Dans la loi, il était prescrit de porter des franges aux quatre coins du vêtement, et on y mettait une clochette pour se rappeler les commandements de Dieu et pour que ceux-ci soient reconnus par les autres ; et le Christ portait ce vêtement. Au sens mystique, cela signifie les Gentils, qui ont eu accès à la foi. Mais, PAR DERRIÈRE, parce que [cela ne se produisit pas] du vivant [de Jésus]. De même, [les Gentils] touchèrent le vêtement, c’est-à-dire l’humanité, et seulement la frange, car [ils n’y eurent accès] qu’à travers les apôtres.

[9, 21]

1145. ELLE SE DISAIT EN ELLE-MÊME : « SI SEULEMENT JE TOUCHE SON MANTEAU, JE SERAI SAUVÉE. » Hilaire dit : « Grande est la puissance du Christ, car elle n’existe pas seulement dans l’âme, mais à partir de l’âme dans le corps, et à partir du corps elle se répand dans les vêtements. » Ainsi, nous devons avoir du respect pour tout ce qui a touché le corps du Christ, Ps 132[133], 2 : Comme l’huile qui coule sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, qui coule sur le bord de son vêtement, etc. Qui coule sur la barbe, à savoir, la divinité sur la chair ; et sur le bord du vêtement, à savoir, sur les apôtres. Si nous agissons ainsi et nous attachons à lui, nous serons sauvés : Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés [Jl 2, 32].

[9, 22]

1146. MAIS JÉSUS, SE TOURNANT VERS ELLE, LA VIT ET LUI DIT : « AIE CONFIANCE… ». Ici est présentée la bonté du Christ. En premier lieu, elle est montrée par un geste, car SE TOURNANT VERS ELLE. Et pourquoi ? Afin qu’elle ne se méfie pas. En effet, comme elle s’était approchée en cachette, elle ne pensait pas qu’il se retournerait vers elle. De même, afin que soit donnée comme exemple la foi de celle-ci. Aussi, pour montrer qu’il était Dieu. Ainsi, il se tourna, comme celui qui se tourne par miséricorde, et la regarda d’un œil plein de bonté, Za 1, 3 : Tournez-vous vers moi, et je me tournerai vers vous. De même, sa bonté est montrée par la parole, lorsqu’il dit : AIE CONFIANCE. Comme elle s’était approchée dans la crainte, il lui parle donc avec délicatesse, Is 30, 15 : Si vous revenez et vous reposez, vous serez sauvés. Aussi, [Jésus] l’appelle FILLE, afin qu’elle ne se méfie pas, Jn 1, 12 : Il leur a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu. De même, [Jésus] lui donne espoir : TA FOI T’A SAUVÉE. Ainsi, notre salut vient de la foi, comme on le trouve en Rm 3, [22].

1147. Vient ensuite l’effet : ET LA FEMME FUT SAUVÉE À PARTIR DE CE MOMENT, non pas à partir du moment où le Christ a parlé, mais à partir du moment où elle a touché.

[9, 23]

1148. ARRIVÉ À LA MAISON DU CHEF ET VOYANT LES JOUEURS DE FLÛTE, etc. Ici est présenté le rappel à la vie, et [Jésus] fait quatre choses : premièrement, les symptômes de la mort sont décrits [9, 23] ; deuxièmement, l’espoir est donné, en cet endroit : RETIREZ-VOUS, etc. [9, 24] ; troisièmement, le rappel à la vie est présenté ; quatrièmement, l’effet est présenté.

1149. [Matthieu] dit donc : ARRIVÉ À LA MAISON ET VOYANT, etc. Et pourquoi les joueurs de flûte étaient-ils venus ? Une foule était venue, comme c’est parfois la coutume lorsqu’il y a des morts, mais des joueurs de flûte, parce que c’était la coutume que viennent des joueurs de flûte, qui chantaient aussi des chants de deuil pour inciter les autres à pleurer, comme on le voit dans Jr 9, 17 : Regardez et appelez les pleureuses, et qu’elles viennent. Ces joueurs de flûte sont les faux docteurs : En effet, leur langue et leurs inventions sont opposées au Seigneur et elles provoquent le regard de sa majesté. La foule est le peuple juif : Ex 33, 2 : Ne suis pas la foule en faisant le mal.

1150. Le Seigneur a rappelé cette [jeune fille] à la vie dans la maison. En effet, le Seigneur a rappelé trois [personnes] à la vie : une jeune fille à la maison, un jeune homme près d’une porte et Lazare au sépulcre. Car certains meurent par le péché, mais ne sont pas portés dehors : cela se produit lorsqu’ils consentent au péché, mais ne sortent pas à l’extérieur par des œuvres. Un autre est porté à l’extérieur par l’acte : et celui-ci est indiqué par celui qu’il rappelle à la vie près de la porte. Mais un autre repose au sépulcre par l’habitude : il est signifié par Lazare. Cette jeune fille signifie donc le pécheur dont le péché est occulte, c’est-à-dire dans l’esprit. Les joueurs de flûte sont ceux qui l’incitent au péché, Ps 10, 3 : Le pécheur est loué pour les désirs de son âme. La foule, ce sont les pensées.

[9, 24]

1161. Le Seigneur guérit cette [jeune fille]. Il dit donc : RETIREZ-VOUS, CAR ELLE N’EST PAS MORTE. Ici, il donne l’espoir : ELLE N’EST PAS MORTE, à savoir, pour lui, MAIS ELLE DORT, parce qu’il lui est aussi facile de la rappeler à la vie que de tirer quelqu’un du sommeil. On a quelque chose de semblable dans Jn 11, 11 : Notre ami Lazare dort, etc. ELLE N’EST PAS MORTE. Et pourquoi [Jésus] parle-t-il de cette façon ? Parce qu’ILS SE MOQUAIENT DE LUI. Mais pourquoi voulut-il qu’on se moquât de lui ? Cela arriva afin qu’ils ne puissent parler contre le miracle. C’est pourquoi il fit d’abord en sorte que les adversaires confessent, afin qu’ils ne puissent s’opposer par la suite.

[9, 25]

1152. MAIS, QUAND ON EUT MIS LA FOULE DEHORS, IL ENTRA. Et pourquoi la foule fut-elle écartée ? Parce qu’elle n’était pas digne de voir. La foule, ce sont les Juifs qui ne se convertissent pas. Au sens moral, pour que l’âme soit rappelée à la vie, il faut qu’elle écarte la foule des pensées, et alors entre le Seigneur. IL ENTRA ET LUI PRIT LA MAIN, etc. Ps 117[118], 16 : La droite du Seigneur a déployé sa force. [Le Seigneur] tient la main du pécheur lorsqu’il lui apporte [son] aide. ET LA JEUNE FILLE SE LEVA, à savoir, pour vivre. De même [nous relevons-nous] du péché avec l’aide de Dieu.

[9, 26]

1153. Vient ensuite la divulgation dans toute la région.

 

suivant