1154. On a montré plus haut comment [le Seigneur] a redonné la vie ; ici, on indique comment il a donné les fonctions de la vie. Premièrement, on indique comment il a redonné la vue [9, 27s] ; deuxièmement, comment [il a redonné] la parole, en cet endroit : MAIS EUX, ÉTANT SORTIS, etc. [9, 31].
1155. Et, en premier lieu, [Matthieu] fait quatre choses. Premièrement, la demande des aveugles est présentée [9, 27] ; deuxièmement, l’examen des croyants, en cet endroit : ET [JÉSUS] LEUR DIT, etc. [9, 28] ; troisièmement, l’exaucement, en cet endroit : ALORS, IL LEUR TOUCHA LES YEUX [9, 29] ; quatrièmement, l’enseignement à ceux qui voyaient, en cet endroit : ET [JÉSUS] S’ADRESSA À EUX SÉVÈREMENT [9, 30].
1156. À propos de la demande de ces [aveugles], nous pouvons relever cinq choses, qui rendent la demande susceptible d’être exaucée. Premièrement, [les aveugles] choisirent un moment propice pour demander : ALORS QUE JÉSUS S’EN ALLAIT DE LÀ. Et, par cela, est signifié le temps de l’incarnation, qui est le temps de la miséricorde. Ainsi, en Ps 101[102] 14 : Car le temps de faire miséricorde est venu. Et ainsi, ils furent mieux écoutés, comme on lit dans He 5, 7 : Il a été entendu en raison du respect qu’il a montré. De même, afin d’obtenir, ILS LE SUIVIRENT. En effet, ceux qui ne suivent pas Dieu dans l’obéissance n’obtiennent pas. DEUX AVEUGLES. Ces deux aveugles sont deux peuples, celui des Juifs et celui des Gentils. Sont en effet aveugles ceux qui n’ont pas la foi. À leur sujet, il est dit dans Is 59, 10 : Nous avons tâté le mur comme des aveugles. De même, la ferveur de la dévotion est nécessaire. On dit ainsi qu’ils CRIAIENT, comme on lit dans Ps 119, 1 : J’ai crié vers le Seigneur dans mes tribulations, et il m’a écouté. [Est aussi requise] l’humilité de ceux qui demandent, lorsqu’on dit : ILS DISAIENT : « FILS DE DAVID, AIE PITIÉ DE NOUS. » Dn 9, 17 : Ô notre Dieu, écoute la prière de ton serviteur. De même, est indiquée leur foi, parce qu’ils l’appellent fils de David, et celle-ci est nécessaire, comme on lit dans Jc 1, 6 : Qu’il demande avec foi et sans hésitation.
1157. Ensuite, [Jésus] examine les demandeurs. Premièrement par un geste : en reportant leur exaucement. En effet, c’est lorsqu’elle n’est pas immédiatement exaucée qu’une foi solide est manifestée. Ha 2, 3 : S’il tarde, attends-le, car il viendra.
1158. Ainsi, il les conduisit jusqu’à la maison : LORSQUE JÉSUS FUT ARRIVÉ À LA MAISON, etc. Par cette maison, est signifiée l’Église, car celle-ci est la maison de Dieu ou le ciel. Ps 113, 16 : Les cieux pour le Seigneur.
1159. De même, [Jésus] les examine par la parole : CROYEZ-VOUS QUE JE PEUX FAIRE CELA POUR VOUS ? Et il ne demande pas cela comme s’il l’ignorait, mais afin que leur mérite soit accru. Rm 10, 10 : Car la foi du cœur obtient la justice et la confession des lèvres, le salut. De même, [Jésus] leur pose la question afin que [leur] foi soit montrée aux autres et que ceux-ci sachent qu’il les a éclairés. De même, il leur pose la question pour les conduire à des choses plus grandes. En effet, ils avaient confessé une grande chose, qu’il était le fils de David. Mais cela ne suffisait pas. C’est pourquoi il leur demande davantage : CROYEZ-VOUS QUE JE PEUX FAIRE CELA ? à savoir, par mon propre pouvoir, qui appartient à Dieu seul. ILS LUI DIRENT : « OUI, SEIGNEUR. » Ainsi, ils l’appellent seulement Seigneur, ce qui est propre à Dieu seul.
1160. Vient ensuite l’exaucement : premièrement, la guérison est indiquée [9, 29] ; deuxièmement, l’effet de la guérison, en cet endroit : ET LEURS YEUX S’OUVRIRENT [9, 30].
1161. La guérison est présentée : IL TOUCHA LEURS YEUX EN DISANT. Ainsi, il toucha et il parla. Les deux choses suffisaient par elles-mêmes ; toutefois, il fit les deux afin qu’il soit indiqué que la cécité était éclairée par le Verbe incarné, Jn 1, 14 : Le Verbe est devenu chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire. Ainsi, [Jésus] dit : QU’IL VOUS ADVIENNE SELON VOTRE FOI, car sont à juste titre éclairés ceux qui étaient aveugles sans la foi.
1162. Vient ensuite l’effet : ET LEURS YEUX S’OUVRIRENT. Premièrement, [Jésus] donne donc la lumière ; et ainsi, la vie était la lumière des hommes [Jn 1, 4]. Is 35, 4 : Lui-même viendra et nous sauvera.
1163. Vient ensuite l’enseignement. C’est pourquoi [Matthieu] dit : ET IL S’ADRESSA À EUX SÉVÈREMENT. Et pourquoi cela ? En effet, ailleurs, il est dit : Va vers les tiens et annonce le royaume de Dieu. Chrysostome [écrit] : « Dans ce que nous faisons de bien, nous pouvons considérer deux choses : ce qui est de Dieu et ce qui est de nous. Ce qui est de nous, nous devons le cacher ; ce qui est de Dieu, nous devons le révéler », comme Paul, Ph 2, [4] ; plus haut, [Mt] 5, 16 : Afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. [Jésus] leur dit donc : PRENEZ GARDE QUE PERSONNE NE SACHE, afin d’enseigner à éviter la vaine gloire.
1164. Mais ceux-ci, se rappelant le bienfait reçu, RÉPANDIRENT SA RENOMMÉE, comme on le lit dans Is 63, 7 : Je rappelle les bienfaits du Seigneur. Mais est-ce que ceux-ci n’ont pas péché en agissant contre le commandement du Seigneur ? Je dis que non, car ils ont agi de bonne foi et pour montrer combien la sainteté du Seigneur était grande.
1165. COMME ILS SORTAIENT, VOILÀ QU’ON LEUR PRÉSENTA UN MUET. Plus haut, le Seigneur a rendu la vue à un aveugle ; maintenant, il rend la parole à un muet. Et cela est suffisamment relié, car la parole est le signe de la vision intérieure. Is 35, 4 : Il viendra et il nous sauvera. Et alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds entendront. Et sur ce point, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, le malade est décrit [9, 32] ; deuxièmement, la guérison est indiquée, en cet endroit : ET LE DÉMON UNE FOIS EXPULSÉ, LE MUET PARLA [9, 33] ; troisièmement, [est décrit] l’effet de la guérison, en cet endroit : ET LES FOULES ÉTAIENT DANS L’ADMIRATION [9, 33].
1166. [Matthieu] dit donc : COMME ILS SORTAIENT, etc. La foi n’est pas exigée de ce [malade], comme pour les précédents, parce qu’il était possédé du Démon ; il n’était donc pas maître de lui-même. C’est pourquoi [Jésus] ne s’enquit pas de sa foi. Ce [malade] signifie le peuple des Gentils, qui était muet pour la louange. Ps 78[79], 6 : Répands ta colère sur les nations qui ne t’ont pas reconnu. De même, ceux-ci ont un démon, parce qu’ils immolent aux démons, Ps 95[96], 5 : Tous les dieux des nations sont des démons. Ainsi donc, comme un bon médecin, [Jésus] guérit d’abord la cause, et ensuite la maladie, car il chasse d’abord le démon, et ainsi, LE DÉMON UNE FOIS CHASSÉ, LE MUET PARLA. Ainsi, le Gentil, libéré de l’esclavage des idoles, parla comme le muet, à savoir [qu’il proclama] la gloire de Dieu : Afin que toute langue confesse que le Seigneur Jésus, le Christ, est dans la gloire du Père, etc., Ph 2, 11.
1167. ET LES FOULES ÉTAIENT DANS L’ADMIRATION. Ainsi, elles s’émerveillaient de ce qu’elles voyaient. Et parce qu’elles s’émerveillaient, elles disaient : « Y A-T-IL JAMAIS EU QUELQUE CHOSE DE SEMBLABLE EN ISRAËL ! » Il est vrai que Moïse a fait des miracles, et aussi d’autres ; mais il n’y en eut pas de tels, à savoir, qui en firent autant. De même, [il n’y eut personne qui fit de tels miracles] seulement en touchant ou de manière immédiate, de telle sorte que ceci convienne [au Seigneur] : Qui est semblable à toi parmi les puissants, Seigneur, qui est semblable à toi ? comme on le lit dans Ex 15, 11 et Jn 10, 25 : Les œuvres que je fais témoignent en ma faveur. De même, [le Seigneur] guérit par la foi, ce que la loi ne peut pas faire, comme on le lit dans Rm 8, 2 : La loi est l’Esprit de vie qui m’a libéré dans le Christ Jésus de la loi du péché, ce qui est impossible pour la loi.
1168. MAIS LES PHARISIENS DISAIENT. Les Pharisiens, mot qui signifie « séparés », parce qu’ils interprétaient de manière perverse, comme dans Si 11, 33 : Ils transforment le bien en mal. C’est pourquoi ils disaient : « C’EST PAR LE PRINCE DES DÉMONS QU’IL CHASSE LES DÉMONS. » Ici, Augustin dit qu’il faut remarquer que le Christ a fait le même miracle deux fois. Et cela est clair, car les évangélistes s’expriment de manière différente. Ainsi, lorsque nous trouvons que certaines choses se contredisent presque, nous pouvons les rapporter à l’un ou à l’autre [miracle], en disant qu’il s’agit d’un autre miracle.
1169. On a montré comment [Jésus] était venu au secours de ceux qui accouraient ; ici, [Matthieu] montre qu’il allait vers eux, et il fait ici deux choses. Premièrement, [il montre] comment il accordait à certains un résultat [9, 35] ; deuxièmement, comment [il exprimait] son affection, en cet endroit : À LA VUE DES FOULES, IL EN EUT PITIÉ [9, 36].
1170. À propos du premier point, [Matthieu] montre premièrement l’endroit où [Jésus] a apporté une aide ; deuxièmement, ce que [Jésus] enseigna ; troisièmement, ce qu’il fit.
1171. [Matthieu] dit donc : JÉSUS PARCOURAIT TOUTES LES VILLES ET LES VILLAGES. En cela, un exemple est donné aux prédicateurs, de sorte qu’ils ne se satisfassent pas de prêcher en un seul endroit. Jn 15, 16 : Je vous ai établis afin que vous alliez et portiez du fruit, etc. TOUTES LES VILLES ET LES VILLAGES. Cela est cohérent par rapport à ce qui précède. Parce que [les Pharisiens] disaient qu’il chassait les démons par le prince des démons, [Jésus] montre donc qu’il n’a pas de démon qui lui soit rattaché. Ps 119[110], 7 : Avec ceux qui haïssaient la paix, j’étais pacifique ; lorsque je leur parlais, ils s’en prenaient à moi sans raison.
1172. Vient ensuite ce que [Jésus] annonçait. En effet, il faisait deux choses : IL ENSEIGNAIT ET PRÊCHAIT DANS LEURS SYNAGOGUES. IL ENSEIGNAIT, pour ce qui se rapportait à la foi ; IL PRÊCHAIT, pour ce qui se rapportait aux mœurs. De même, [il agissait] ainsi devant un grand nombre, car [il le faisait] DANS LEURS SYNAGOGUES. Ps 39[40], 10 : J’ai annoncé ta justice dans une grande assemblée. En quoi il se distingue de l’enseignement des hérétiques, qui se fait de manière occulte. Il en est autrement de l’enseignement du Christ, Jn 18, 0 : Je ne vous ai pas parlé en secret. De même, [Matthieu] aborde ce que [Jésus] enseigne : LA BONNE NOUVELLE DU ROYAUME. Jn 18, 37 : Je suis né et je suis venu dans le monde afin de porter témoignage à la vérité, etc. [Jésus] enseignait donc des réalités célestes. Is 48, 17 : Moi, le Seigneur, qui t’enseigne des choses utiles.
1173. Ensuite, on montre par un geste ce que [Jésus] faisait : GUÉRISSANT TOUTE MALADIE ET TOUTE INFIRMITÉ. MALADIES, pour ce qui est des infirmités sérieuses ; INFIRMITÉS, pour les légères. Ps 102[103], 3 : Lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités. Et pourquoi cela ? Afin de confirmer par un miracle ce qu’il disait en parole, comme en Mc [16], 20 : Le Seigneur agissant avec eux et confirmant la parole par les signes qui l’accompagnaient. Afin aussi de donner aux prédicateurs l’exemple pour qu’ils agissent et enseignent. Ac 1, 1 : Jésus se mit à faire et à enseigner.
1174. Ici, [Matthieu] montre comment le Seigneur a manifesté son affection à certains, et cela, à l’encontre d’autres : on pensait en effet qu’aucun sentiment ne suffisait, mais qu’un résultat était nécessaire. Mais ici, [Matthieu] dit : À LA VUE DES FOULES, JÉSUS EUT PITIÉ D’ELLES. Et, en premier lieu, il aborde la manière dont [Jésus] avait pitié ; deuxièmement, il donne un exemple.
1175. En premier lieu, [Matthieu] présente la miséricorde du Christ ; en second lieu, [sa] cause.
1176. [Matthieu] dit donc : À LA VUE, etc., c’est-à-dire en les considérant avec compassion, IL EUT PITIÉ D’ELLES, car il lui est propre d’être miséricordieux, Ps 144[145], 9 : Sa miséricorde dépasse toutes ses œuvres. David désirait ce regard, lorsqu’il dit dans Ps 24[25], 16 : Regarde-moi et aie pitié de moi. Et de qui eut-il pitié ? De ceux qui étaient LAS des démons, et qui GISAIENT, c’est-à-dire, qui étaient PROSTRÉS par leurs infirmités. Ou bien encore, LAS de [leurs] erreurs, et PROSTRÉS à cause de leurs péchés, COMME DES BREBIS QUI N’ONT PAS DE BERGER. Ainsi, Pr 11, 14 : Là où il n’y a pas de chef, le peuple s’effondrera, etc. Et Ez 34, 5 : Les brebis ont été dispersées parce qu’elles n’avaient pas de pasteur ; et, chez le même, [34, 2] : Malheur aux pasteurs d’Israël qui se paissent eux-mêmes. Et Za 11, 17 : Malheur au pasteur et à l’idole qui délaisse son troupeau.
1177. [JÉSUS] DIT ALORS À SES DISCIPLES. Ici, [Jésus] en incite certains à prendre pitié, et il précise en premier lieu la cause [9, 37], puis, en second lieu, l’effet, en cet endroit : DEMANDEZ AU MAÎTRE DE LA MOISSON D’ENVOYER DES OUVRIERS POUR SA MOISSON [9, 38].
1178. Et [Jésus] donne deux causes : premièrement, la multitude de ceux qui cherchent le bien [9, 37] ; deuxièmement, le petit nombre de docteurs, en cet endroit : LES OUVRIERS SONT PEU NOMBREUX [9, 37].
1179. Nombreux étaient ceux qui s’étaient rassemblés. C’est pourquoi [Jésus] dit : LA MOISSON EST ABONDANTE. On ne parle pas de moisson lorsque le blé fleurit ou lorsqu’il est sur l’épi, mais lorsqu’il est déjà prêt à être cueilli. Ainsi les hommes étaient-ils déjà prêts à croire par l’œuvre des prédicateurs. On lit quelque chose de semblable en Jn 4, 35 : Levez les yeux et voyez le pays : comme la moisson est déjà blanche ! LES OUVRIERS SONT PEU NOMBREUX, c’est-à-dire les bons. C’est pourquoi l’Apôtre [dit], 1 Co 3, 9 : Nous sommes les collaborateurs de Dieu, accomplissant ce qui vous concerne.
1180. Et quoi ? DEMANDEZ AU MAÎTRE DE LA MOISSON D’ENVOYER DES OUVRIERS POUR SA MOISSON. Lorsque nous ne suffisons pas, nous devons recourir à Dieu, puisque la fonction de la prédication n’est pas efficace sans la prière. En effet, celui qui envoie des ouvriers, c’est le Seigneur. Ainsi, il est dit : Je vous ai envoyés [Lc 10, 3]. Et il demande qu’on le prie afin que notre mérite s’accroisse lorsque nous prions pour le salut des autres. De même, [le Seigneur] a fait en sorte que la sainteté des uns soit utile aux autres, 1 P 4, 10 : Chacun, selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants de la grâce multiforme de Dieu, etc. Ainsi, [le Seigneur] veut que tout ce qu’ils ont reçu en fait de grâce et de sainteté, ils le dispensent aux autres, et lui, à qui on demande, exauce. Il demande en effet qu’on lui demande de les envoyer. Rm 10, 15 : Comment prêcheront-ils s’ils ne sont pas envoyés ? L’autorité est obtenue ; de même en est-il de la grâce : La charité du Christ nous pousse [2 Co 5, 14]. De même, DEMANDEZ AU MAÎTRE DE LA MOISSON D’ENVOYER DES OUVRIERS, non pas des profiteurs qui corrompent par le mauvais exemple, POUR SA MOISSON, à savoir, la moisson de Dieu. Les profiteurs ne sont pas envoyés pour la moisson de Dieu, mais pour leur propre moisson, parce qu’ils ne cherchent pas la gloire de Dieu, mais leur propre profit.
Leçon 1 [Matthieu 10, 1‑15] 10, 1 Ayant appelé à lui ses douze disciples, Jésus leur donna pouvoir de chasser les ennemis impurs, de façon à les expulser et de guérir toute maladie et toute langueur. 10, 2 Les noms des douze apôtres sont les suivants : le premier, Simon appelé Pierre, et André son frère ; puis Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ; 10, 3 Philippe et Bartholomée ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ; 10, 4 Simon le Cananéen et Judas l’Iscariote, celui-là même qui l’a livré.
10 5 Ces douze, Jésus les envoya en mission et il leur donna les prescriptions suivantes et leur dit : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains, 10, 6 Mais allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. 10, 7 Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est proche. 10, 8 Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. 10, 9 Ne possédez pas d’or, d’argent, ni de menue monnaie pour vos ceintures, 10, 10 n’apportez pas de besace pour la route, ne portez pas deux tuniques, ni sandales, ni bâton : car l’ouvrier mérite sa nourriture.
10, 11 « En quelque ville ou bourg que vous entriez, faites-vous indiquer qui en est digne et demeurez-y jusqu’à ce que vous partiez. 10, 12 En entrant dans la maison, saluez-la : 10, 13 si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle ; si elle n’est pas digne, votre paix vous reviendra. 10, 14 Et si quelqu’un ne vous accueille pas et n’écoute pas vos paroles, sortez de cette maison et de cette ville, secouez la poussière de vos pieds. 10, 15 En vérité, je vous le dis : le sort de Sodome et de Gomorrhe sera plus supportable au jour du jugement que celui de cette ville-là.
Leçon 2 [Matthieu 10, 16‑37] 10, 16 « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes. 10, 17 Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront à leurs conseils [sanhédrins] et ils vous flagelleront dans leurs synagogues ; 10, 18 et vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, et cela leur sera un témoignage contre ceux-là et contre les païens. 10, 19 Mais, lorsqu’ils vous livreront, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou quoi dire : ce que vous devrez dire vous sera donné sur le moment, 10, 20 car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père qui parle en vous.
10, 21 « Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir. 10, 22 Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. 10, 23 Si vous êtes pourchassés dans une ville, fuyez dans une autre, et si l’on vous pourchasse dans celle-là, fuyez dans une troisième. En vérité, je vous le dis : vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël avant que ne vienne le Fils de l’homme. 10, 24 « Le disciple n’est pas plus grand que le maître, ni le serviteur plus grand que son patron. 10, 25 Il suffit pour le disciple de ressembler à son maître, et le serviteur à son patron. S’ils ont appelé Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée !
10, 26 « Ne les craignez donc pas ! Il n’y a rien, en effet, de caché qui ne sera révélé, ni rien de secret qui ne sera connu. 10, 27 Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour ; et ce que vous entendez à votre oreille, annoncez-le sur les toits. 10, 28 Je vous dis qu’il ne faut pas craindre ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt qui peut perdre et le corps et l’âme dans la géhenne. 10, 29 Ne vend-on pas deux passereaux pour un as ? Et pas un d’entre eux ne tombera au sol à l’insu de votre Père ! 10, 30 Et vous donc ! Les cheveux de votre tête sont tous comptés ! 10, 31 Ne craignez donc pas ; vous valez plus qu’un grand nombre de passereaux.
10, 32 « Quiconque témoignera pour moi devant les hommes, moi aussi je témoignerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ; 10, 33 mais celui qui m’aura renié devant les hommes, à mon tour je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux.
10, 34 « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. 10, 35 Car je suis venu opposer l’homme à son père, et la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : 10, 36 et on aura pour ennemis les gens de sa famille. 10, 37 Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.
Leçon 3, [Matthieu 10, 38‑42] 10, 38 « Qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. 10, 39 Qui a trouvé son âme la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera.
10, 40 « Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. 10, 41 Qui accueillera un prophète en tant que prophète recevra une récompense de prophète. Qui accueille un juste au nom d’un juste recevra une récompense de juste. 10, 42 Et quiconque donnera à boire à l’un des plus petits, une coupe d’eau fraîche, en tant qu’il est un disciple, en vérité je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. »
1181. [Le Seigneur] avait proposé plus haut son enseignement ; ici, il établit [ses] ministres. Et ceux-ci sont décrits par leur nombre, par leur puissance et par l’ordre de leurs noms. Par leur nombre ; il dit ainsi : En AYANT APPELÉ DOUZE [10, 1]. Et pourquoi dit-il DOUZE ? Afin que soit montrée la conformité entre l’Ancien et le Nouveau Testament, car, dans l’Ancien, il y eut douze patriarches ; de même, [les ministres] sont-ils douze. Seconde raison : afin que soit montrée leur puissance et leurs réalisations à venir. En effet, ce nombre est composé de la multiplication de quatre et de trois, quatre fois trois ou trois fois quatre. Par le nombre trois, la Trinité est désignée ; par le nombre quatre, le monde [est désigné]. Ainsi, il est indiqué que leur prédication devait s’étendre dans le monde entier. C’est pourquoi le Seigneur [dit], Mc 16, 15 : Allez dans le monde entier, prêchez l’évangile à toute créature, etc. C’était aussi pour indiquer la perfection, car le nombre douze est composé de deux fois six. En effet, le nombre six est un nombre parfait, puisqu’il est composé de toutes [ses] parties, car il vient d’un, de deux ou de trois, et ces parties, jointes les unes aux autres, donnent six. Ainsi, [le Seigneur] a appelé ce nombre [de disciples] pour indiquer la perfection, ci-haut, 5, 48 : Soyez parfaits comme votre Père est parfait.
1182. Il est ensuite question de leur puissance, car IL LEUR DONNA POUVOIR, etc. [10,1], afin qu’ils fassent ou puissent faire comme lui avait fait. Et non seulement ce qu’il avait fait, mais des choses encore plus grandes, Jn 14, 12. En effet, il n’est pas écrit que des malades étaient guéris par l’ombre du Christ, comme il est écrit que, par l’ombre de Pierre, nombreux étaient ceux qui étaient guéris, Ac 5, 15. DE CHASSER LES ENNEMIS IMPURS [10, 1]. [Le Seigneur] n’a donc pas voulu que ceux-ci [les chassent] comme lui, car lui [les] chassait en son propre [nom], et eux au nom du Christ. Ainsi [est-il écrit] en Mc 16, 17 : En mon nom ils chasseront les démons, etc. Et [il leur donna le pouvoir], non seulement de chasser les démons, mais aussi DE GUÉRIR TOUTE MALADIE [10, 1], comme on le lit en Mc 16, 18 : Ils imposeront les mains aux malades, et ceux-ci se trouveront bien. Mais si tu demandes pourquoi une telle puissance n’a pas été donnée aux prédicateurs, Augustin répond que le plus grand miracle a été manifesté, à savoir que le monde entier a été converti. Ainsi donc, ou bien des miracles se sont produits, et alors j’obtiens ce qui a été dit ; sinon, c’est le plus grand [miracle] que, par douze pêcheurs de la plus basse condition, le monde entier ait été converti.
1183. Vient ensuite l’ordre des noms. Et pourquoi ? Afin que, s’il se trouvait un pseudo-prophète qui se dirait apôtre, on ne le croie pas. C’est pour cette raison que la Lettre sur le fondement de Manès a été rejetée. Et il faut remarquer que [le Seigneur] les associe toujours par deux. Et pourquoi ? Parce que le nombre deux est le nombre de la charité. Aussi, partout où [le Seigneur] indique quelqu’un qui porte deux noms, il indique quelque chose qui le différencie. De même, il faut savoir que [le Seigneur] ne respecte pas l’ordre de dignité ; cependant, Pierre est toujours placé en premier, lui qui se nomme aussi SIMON [Mt 10, 2], c’est-à-dire « celui qui obéit » – c’est pourquoi il est dit en Pr 21, 28 : L’homme obéissant l’emportera. PIERRE vient de « pierre », en raison de sa faiblesse, et Céphas est un nom syriaque, et non hébreu. ANDRÉ [signifie] « ce qui est viril ». Ainsi, il est dit en Ps 6[27], 14 : Agis avec force et ton cœur sera réconforté. PHILIPPE veut dire « ouverture de la lampe », et tel doit être le prédicateur, Ps 118[119], 140 : Ta parole est puissamment enflammée. BARTHOLOMÉE [signifie] « fils de celui qui retient les eaux », et c’est ainsi que s’appelle le Christ, dont [il est dit] en Jb 26, 8 : Lui qui retient les eaux dans ses nuées. JACQUES, FILS DE ZÉBÉDÉE, qui fut tué par Hérode, et qui signifie « celui qui supplante ». JEAN, qui signifie « grâce », 1 Co 15, 10 : C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. [Matthieu] ne suit pas l’ordre de dignité, comme Marc.
1184. De même, THOMAS ET MATTHIEU. Les autres [évangélistes] ne précisent pas « le publicain », mais [Matthieu] le précise par humilité. De même, les autres placent Matthieu avant Thomas ; [Matthieu] fait le contraire. THOMAS signifie « abîme », en raison de la profondeur de sa foi. MATTHIEU [signifie] « donné », comme on lit en Ep 4, 32 : Donnez-vous les uns aux autres comme le Christ vous a donné. JACQUES, FILS D’ALPHÉE, pour le distinguer de l’autre. Celui-ci est appelé le frère du Seigneur parce qu’il était son cousin germain. Et THADDÉE, le frère de Jacques. Et on l’appelle Jude, l’auteur de la lettre, et on lui donne le sens de « cœur ». Pr 4, 23 : Mets tout ton soin à garder ton cœur.
1185. SIMON LE CANANÉEN, du village de Cana. Et JUDAS L’ISCARIOTE, pour le distinguer de l’autre Judas [Jude], et son nom vient soit d’un village, soit d’une famille de la tribu d’Issachar, et il signifie « mort ». CELUI QUI L’A LIVRÉ. Et pourquoi [Matthieu] précise-t-il ? Afin d’enseigner que l’état conféré par une dignité ne sanctifie pas un homme. Il y a aussi une autre raison : afin de signaler qu’il ne se trouve guère de groupe sans méchant. Cette précision est donnée pour montrer que parfois il n’y a pas de bons sans méchants. Ct 2, 2 : Comme le lis parmi les épines, telle est mon amie parmi les filles. Et Augustin [écrit] : « Ma maison n’est pas meilleure que celle du Seigneur. »
1186. Dieu choisit CES DOUZE et les établit comme dispensateurs de la Sainte Écriture. IL LEUR DONNA LES PRESCRIPTIONS SUIVANTES ET LEUR DIT, etc. Ici, [le Seigneur] présente l’enseignement qu’il leur donne. Et d’abord, il les instruit par la parole [10, 5s] ; en second lieu, par l’exemple, en cet endroit : ET IL ADVINT, QUAND JÉSUS EUT TERMINÉ, etc. [11, 1].
1187. [Il les instruit] par la parole de trois façons : premièrement, au sujet de leur fonction ; deuxièmement, au sujet de [leurs] frais ; troisièmement, au sujet des dangers. Le second point [se trouve] en cet endroit : NE VOUS PROCUREZ NI OR, NI ARGENT [10, 9] ; le troisième, en cet endroit : VOICI QUE JE VOUS ENVOIE COMME DES BREBIS AU MILIEU DES LOUPS [10, 16].
1188. Au sujet de [leur] fonction, [le Seigneur] ordonne quatre choses. Premièrement, l’endroit où ils doivent aller [10, 5-6] ; deuxièmement, ce qu’ils doivent dire, en cet endroit : ALLEZ DONC PRÊCHER, etc. [10, 7] ; troisièmement, ce qu’ils doivent faire, en cet endroit : GUÉRISSEZ LES MALADES, etc. [10, 8] ; quatrièmement, dans quel but, en cet endroit : VOUS AVEZ REÇU GRATUITEMENT, DONNEZ GRATUITEMENT [10, 8].
1189. Et il dit d’abord où ils ne doivent pas aller [10, 5] ; deuxièmement, où ils doivent aller, en cet endroit : ALLEZ PLUTÔT VERS LES BREBIS PERDUES DE LA MAISON D’ISRAËL [10, 6].
1190. À propos du premier point, il dit deux choses. Premièrement, NE PRENEZ PAS LE CHEMIN DES PAÏENS ET N’ENTREZ PAS DANS UNE VILLE DE SAMARITAINS [10, 5]. Ceux-ci étaient à mi-chemin entre les Gentils et les Juifs. Il en est question dans 4 R [2 R], 17, 24s : ils avaient conservé en partie les rites des Juifs, en partie ceux des Gentils, et ils étaient très opposés aux Juifs. Ainsi, [le Seigneur] défend [aux apôtres] de se rendre chez ceux qui sont entièrement gentils, et chez eux qui le sont à moitié. Mais cela semble contraire à ce qu’il leur a dit : Allez, enseignez toutes les nations [Mt 8, 19], et Is 40, 5 : Et toute chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. Que veut-il donc dire par : NE PRENEZ PAS LE CHEMIN DES PAÏENS ?
1191. Il faut dire qu’ils ont été envoyés aux deux, mais un ordre devait être respecté. Car [ils furent envoyés] d’abord aux Juifs. Une raison en est qu’il faut d’abord faire ce que la justice exige plutôt que ce qui vient de la miséricorde. Or, il était juste qu’ils prêchent d’abord aux Juifs, car cela revenait [à ceux-ci] en vertu d’une promesse, comme on le lit en Rm 15, 8 : Je dis donc que le Christ a été le ministre de la circoncision en vertu de la véracité de Dieu en vue de confirmer les promesses faites aux pères. Ainsi, [le Christ] n’était redevable aux Gentils qu’en vertu de la miséricorde, comme on lit en effet dans Rm 11, 17 ; les Gentils étaient un rejeton d’olivier issu d’un olivier, à savoir, de la foi des pères anciens. C’est pourquoi il est dit en cet endroit : Tandis que toi, rejeton d’olivier, greffé sur [les branches], tu es joint aux racines pour bénéficier avec elles de la sève de l’olivier. L’olivier devait donc d’abord être alimenté pour qu’il en sorte quelque chose, et ensuite le rejeton d’olivier devait être greffé, Rm 11, 17. De même, comme il voulait que les croyants entrent dans la foi des pères, [le Christ] voulut d’abord que la foi soit prêchée aux Juifs.
1192. Une seconde raison était que le Seigneur déverse sur tous ce à quoi ils sont disposés. Mais beaucoup de Juifs étaient déjà disposés par la foi. Et comme le feu agit d’abord sur ce qui est proche, de même le Seigneur voulut par charité [s’adresser] d’abord à ceux qui étaient proches. C’est ainsi qu’il est dit en Is 57, 19 : Ils viendront annoncer la paix à ceux qui sont proches, et la paix à ceux qui sont éloignés. De même, s’il était d’abord allé vers les Gentils, les Juifs, qui haïssaient beaucoup les Gentils, le lui auraient reproché avec indignation. C’est pourquoi, [il est dit] dans Ac 13, 46 : C’est à vous que le royaume de Dieu devait d’abord être annoncé. Ainsi, [le Seigneur] dit : NE PRENEZ PAS LE CHEMIN DES PAÏENS, c’est-à-dire, ne vous approchez pas de la route qui mène aux païens, afin qu’on ne parle pas de vous. Mais il ne dit pas : [NE PRENEZ PAS] LE CHEMIN DES SAMARITAINS.
1193. Au sens mystique, ceux qui sont disciples de Dieu ne doivent pas prendre le chemin des païens, ni celui des hérétiques. Ainsi, Jr 2, 18 : Pourquoi empruntes-tu la route de l’Égypte, pour boire une eau trouble ?
1194. MAIS ALLEZ PLUTÔT VERS LES BREBIS PERDUES DE LA MAISON D’ISRAËL. Pourquoi les brebis ? Parce qu’elles ont péri plutôt par la faute des Pharisiens que par leur propre faute. Ainsi, Ps 99[100], 3 : Nous sommes son peuple et les brebis de son bercail. Et 1 P 2, 25 : Vous étiez comme des brebis errantes ; mais vous êtes revenus vers le pasteur et le gardien de vos âmes. Mais que feront-ils sur la route ? ALLEZ DONC PRÊCHER. Jn 15, 16 : Je vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit, et que votre fruit demeure, etc. Et il les envoya comme lui-même avait été envoyé, à savoir, pour prêcher.
1195. Ainsi, REPENTEZ-VOUS, etc. Comme Jésus avait commencé en disant : Repentez-vous, il leur prescrivit la même chose. Il avait commencé [en disant] : Repentez-vous, le royaume des cieux est proche [Mt 4, 17] ; Ps 118[119], 155 : Le salut est loin pour les pécheurs ; mais désormais il est proche par la passion du Christ. He 9, 12 : Par son propre sang, il est entré une seule fois dans le saint des saints, après avoir obtenu la rédemption éternelle.
1197. C’est ainsi qu’il dit : [LE ROYAUME DES CIEUX] EST PROCHE, à savoir, par ma passion. C’est pourquoi il est établi en eux par participation à la grâce : Le royaume de Dieu est en vous [Lc 17, 21].
1198. Mais ils auraient pu dire : « Comment confirmerons-nous ce que nous disons ? » Assurément par des miracles, comme il le fit lui-même. [Le Seigneur] dit donc : GUÉRISSEZ LES MALADES, etc.
1199. Mais si quelqu’un disait : « Pourquoi l’Église ne fait-elle pas maintenant des miracles ? » Il faut dire que les miracles ont été faits pour confirmer la foi. Or, la foi a déjà été confirmée. C’est pourquoi, comme une autre preuve ne serait pas nécessaire de la part de celui qui aurait fait une démonstration pour prouver une conclusion, il en est de même ici. Ainsi, le plus grand miracle est la conversion du monde en sa totalité. Il n’est donc pas nécessaire qu’il y ait des miracles. Et, de même que furent accomplis certains miracles corporels, des miracles spirituels sont accomplis tous les jours, car les malades sont guéris spirituellement. En effet, les malades sont ceux qui sont tourmentés par le péché, qui sont portés au péché. Rm 14, 1 : Soutenez celui est faible dans la foi. Ceux-ci sont guéris par le Seigneur. Ceux qui consentent sont morts, parce qu’ils sont séparés de Dieu ; et ceux-ci sont ressuscités par le Seigneur, comme [il est dit] en Ep 5, 14 : Debout, toi qui dors, et lève-toi d’entre les morts. De même, LES LÉPREUX SONT GUÉRIS : en effet, on appelle lépreux ceux qui peuvent en infecter d’autres, car la lèpre est une maladie contagieuse, et ceux-ci sont parfois guéris. En 4 R [2 R] 5, 27, il est dit que la lèpre de Naam se transmit à Giézi. De même, LES DÉMONS SONT CHASSÉS : en effet, les démons sont ceux dont le péché a déjà produit son effet, dont il est dit en Pr 2, 14 : Ils se réjouissent, alors qu’ils ont fait le mal, et ils exultent dans leurs pires agissements. Et comme on le trouve à propos de Judas en Jn 13, 27 : Satan entra en eux, etc. Et parfois ceux-ci sont guéris. Et parce que les apôtres pourraient dire : « Maintenant, nous serons riches ; si nous faisons des miracles, nous posséderons beaucoup de choses » – pour cette raison, Simon le magicien voulut faire des miracles –, le Seigneur écarte cette idée en disant : VOUS AVEZ REÇU GRATUITEMENT ; DONNEZ GRATUITEMENT. C’est une grande chose de faire des miracles, mais c’en est une plus grande de bien vivre. Il écarte donc d’eux l’orgueil, car l’orgueil peut survenir de deux manières : soit de la cupidité, soit du mérite. En effet, c’est un très grand orgueil pour un homme de s’attribuer un bien qu’il a reçu. C’est pourquoi [le Seigneur] écarte [cela] en disant : VOUS AVEZ REÇU. 1 Co 4, 7 : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? De même, vous ne devez pas vous enorgueillir, car vous ne l’avez pas mérité, mais [reçu] GRATUITEMENT. En effet, celui qui a reçu en raison de ses mérites n’a pas reçu gratuitement. Il écarte aussi la cupidité : DONNEZ GRATUITEMENT, à savoir, non pas pour un [profit] temporel. En effet, le prix d’une chose est soit plus grand, soit égal. Ce que tu cèdes pour un certain montant n’est pas davantage ancré dans ton cœur que le montant que tu reçois. Or, rien n’égale le don de Dieu ou n’est plus grand que lui. Sg 7, 9 : Je lui ai comparé une pierre précieuse, car tout l’or est négligeable en regard d’elle.
1200. Parce qu’ils pourraient dire : « De quoi allons-nous vivre ? », [le Christ] leur donne donc son enseignement sur leurs frais. En premier lieu, il leur interdit d’apporter des fonds [10, 9] ; en second lieu, il leur enseigne de qui ils doivent recevoir, en cet endroit : EN QUELQUE VILLE OU VILLAGE QUE VOUS ENTRIEZ, etc. [10, 11].
1201. Il dit donc : NE POSSÉDEZ PAS D’OR. Il faut noter les paroles qui suivent, car il dit : NI DE CHAUSSURES. Mais Marc dit : [Ne portez que] des sandales. Il dit aussi : NI BÂTON. Mais Marc dit : [Ne portez qu’]un bâton. Ainsi, ces paroles sont douteuses et difficiles. En effet, ce qu’il dit : NE… PAS, etc. est soit un précepte, soit un conseil. Or, il est certain que cela est un précepte, car il est dit : JÉSUS LEUR DONNA CES PRESCRIPTIONS, etc. Mais les apôtres furent à la fois des apôtres et des fidèles. Ainsi donc, ou bien cela leur fut prescrit en tant que fidèles, ou en tant qu’apôtres. Si ce fut en tant qu’ils étaient des fidèles, tous y sont donc obligés ; ce fut là une hérésie, comme le dit Augustin, laquelle disait que personne ne pouvait être sauvé à moins de ne rien posséder. Ce fut là l’hérésie des « apostoliques ». Il y eut de même une autre hérésie, [à savoir] que personne ne serait sauvé à moins qu’il ne se promène en sandales. Et ce furent des hérésies, non pas parce qu’elles prescrivaient quelque chose de mal, mais parce qu’elles écartaient de la voie du salut ceux qui ne les pratiquaient pas.
1202. Mais si cela leur était prescrit en tant qu’apôtres, alors tous les prélats, qui sont les successeurs des apôtres, y sont tenus. Mais à supposer que ceux-ci n’agirent pas mal, est-ce que Paul n’a pas mal agi, lui qui portait et recevait [ce qui venait] de certaines personnes pour le donner aux autres ? Ces paroles comportent donc une difficulté. C’est pourquoi il faut dire qu’il y a une issue, d’après Jérôme, dans son explication du texte, selon laquelle [le Christ] prescrivit quelque chose en raison de la fonction de l’apostolat, et non parce que cela était nécessaire purement et simplement, mais compte tenu de l’époque. Ainsi, [le Christ] prescrivit de ne rien porter avant la passion. Mais, durant la passion, [il dit], Lc 22, 35 : Lorsque je vous ai envoyés sans bâton ni bourse, est-ce que vous avez manqué de quelque chose ? Et la suite [du texte] dit : Mais maintenant, que celui qui a une bourse achète aussi une besace. Et celui qui n’en a pas, qu’il vende son manteau et achète un glaive. Ainsi, avant la passion, ils furent envoyés vers les Juifs. Or, c’était la coutume chez les Juifs qu’ils prennent soin de leurs maîtres. De sorte qu’il leur prescrivit de ne rien emporter puisqu’il les envoyait vers les Juifs. Mais telle n’était pas la coutume chez les païens. Ainsi, lorsqu’ils furent envoyés vers les païens, il leur fut permis d’apporter des fonds. Ils les apportaient donc lorsqu’ils prêchaient à d’autres qu’aux Juifs.
1203. Et parce que certains [fonds] sont nécessaires et d’autres servent à acheter le nécessaire, il dit que certaines richesses sont le résultat de l’art, tels les vêtements et les chaussures. C’est pourquoi il interdit les deux. [Le Seigneur] dit donc : NE [POSSÉDEZ] PAS, etc. Car toute monnaie est soit d’or, soit d’argent, soit de cuivre. Il interdit donc qu’ils possèdent de l’or ou de l’argent. C’est ainsi que Pierre disait : Je n’ai ni or, ni argent ; ce que je possède, je te le donne [Ac 3, 6]. Et pourquoi Dieu a-t-il ordonné cela ? La raison était que le Seigneur envoyait des pauvres prêcher. Ainsi, on aurait pu penser qu’ils ne prêcheraient qu’en vue d’un gain. Pour écarter ce soupçon, il leur prescrit donc de ne rien emporter. De même, [c’était] afin d’écarter les soucis, car s’ils étaient trop préoccupés à ce sujet, la parole de Dieu serait entravée.
1204. Il interdit de même les richesses qui pourvoient à ce qui est nécessaire. Et parce qu’ils pourraient dire : « Nous n’apportons pas d’or, ni d’argent, mais ne pouvons-nous pas [apporter] une besace, dans laquelle nous apporterons des œufs et du pain, qui sont nécessaires pour se nourrir ? » Et il interdit cela : [N’APPORTEZ PAS] DE BESACE POUR LA ROUTE. Et pourquoi a-t-il interdit cela ? Chrysostome dit que c’est afin qu’il leur montre sa puissance, car il pouvait les envoyer sans ces choses. Ainsi, en Lc 22, 35 : Lorsque je vous ai envoyés sans bâton ni besace, est-ce que vous avez manqué de quelque chose ? Il agit donc ainsi afin de montrer sa puissance. De même, pour le vêtement, [NE PORTEZ PAS] DEUX TUNIQUES : non pas qu’ils ne dussent posséder qu’une seule tunique, mais ils ne devaient pas avoir deux ensembles de vêtements, de sorte qu’ils en cachent un et portent l’autre. Ainsi, par l’expression UNE SEULE TUNIQUE, il entend un seul vêtement, Lc 3, 11 : Celui qui a deux tuniques, qu’il en donne une à celui qui n’en a pas. NI DE SANDALES. Et pourquoi l’a t-il interdit ? Il y a une double cause, pour la même raison que pour l’or et l’argent. Le Seigneur les envoyait pour qu’ils soient reconnus pauvres auprès de tous. Ainsi, l’Apôtre [écrit], 1 Co 1, 26 : Dieu a choisi ceux qui n’étaient pas très puissants. C’est pourquoi il a voulu qu’ils soient méprisés. En effet, en Orient, les pauvres vont nu-pieds. Cependant, certains utilisaient ce qu’on appelle des sandales, puisqu’elles sont faites de paille. Ainsi, il voulait qu’ils se déplacent comme les pauvres de leur pays. Une autre raison est que, comme Platon avait enseigné que les hommes ne devaient pas se couvrir beaucoup les pieds ni la tête afin de les renforcer pour qu’il soient plus robustes et plus résistants, [le Seigneur] leur a prescrit d’aller déchaussés. NI UN BÂTON. Et pour quelle raison ? En effet, certains utilisent des chevaux, d’autres s’appuient sur un bâton. C’est pourquoi il leur interdit même ce qui est infime, afin qu’ils mettent entièrement en lui leur confiance, selon Ps 22[23], 4 : Ton bâton et ta houlette sont là qui me consolent. Ainsi, le fait qu’il leur dise ailleurs de porter un bâton n’était pas un précepte, si ce n’est pour qu’il fût observé en un certain endroit et à un certain moment.
1205. Augustin emprunte une autre voie en disant qu’il ne s’agit pas de préceptes, ni de conseils, mais de permissions, de sorte que s’en abstenir relève plus du conseil que les accomplir. Ainsi, le sens est : NE [POSSÉDEZ] PAS, etc., c’est-à-dire qu’il n’est pas question que vous possédiez d’autres chaussures que celles dont vous êtes chaussés. NI DE BÂTON, c’est-à-dire, [que vous possédiez] rien de ce qui est dit, pas même un fétu de paille. Et pourquoi ? CAR L’OUVRIER MÉRITE SON SALAIRE, etc. Car il vous est possible de recevoir des autres. Il ne vous est donc pas nécessaire d’apporter [des fonds]. De sorte, lorsque quelque chose est permis, ce n’est pas un péché de ne pas le faire ; tout ce qui est fait en plus est facultatif. Ainsi, Paul, bien qu’il ait pu recevoir des autres, n’acceptait rien, et cela était facultatif, comme le dit Augustin, car « ne pas utiliser ce qui est permis est facultatif ». Ainsi, Paul [écrit] en 1 Co 9, 15 : Plutôt mourir que perdre mon titre de gloire. Et pourquoi ? Parce qu’il n’avait pas recours à ce qui était permis : L’OUVRIER MÉRITE SON SALAIRE, etc.
1206. Mais que signifie qu’il leur dise ailleurs de porter un bâton ? Augustin dit qu’il n’est pas incohérent que certaines choses soient parfois exprimées de manière mystique, et parfois de manière littérale. Ainsi, ce que Matthieu dit ici, il le dit selon la lettre, [à savoir] qu’ils ne doivent pas porter de bâton ; mais ce que dit Marc s’entend au sens mystique, à savoir qu’ils n’apportent pas de [biens] temporels, mais aient le pouvoir d’en recevoir des autres. CAR L’OUVRIER MÉRITE SA NOURRITURE. En effet, cela n’est pas dit là par hasard. Ces ouvriers sont ceux dont il est question plus haut : Priez le Seigneur d’envoyer des ouvriers pour sa moisson [9, 38].
1207. Une troisième interprétation est : NE POSSÉDEZ PAS D’OR, c’est-à-dire la sagesse du siècle, D’ARGENT, l’éloquence du siècle, DE BESACE, c’est-à-dire de préoccupation, NI DEUX TUNIQUES, c’est-à-dire de duplicité, NI DE CHAUSSURES, c’est-à-dire d’attachement aux choses terrestres. En effet, les chaussures sont faites avec des peaux d’animaux morts.
1208. EN QUELQUE VILLE OU VILLAGE QUE VOUS ENTRIEZ, etc. Plus haut, le Seigneur a ordonné que les apôtres n’apportent pas de vivres avec eux, et il l’a justifié par le motif que L’OUVRIER MÉRITE SON SALAIRE. Maintenant, il précise la manière dont ils doivent recevoir. En premier lieu, il indique la manière, car ils doivent recevoir de ceux qui veulent donner ; en second lieu, [il indique] ce qui doit être fait pour ceux qui [le] veulent.
1209. À propos du premier point, [le Seigneur] fait trois choses. Premièrement, il enseigne à choisir ses hôtes ; deuxièmement, il interdit de changer de lieu d’accueil ; troisièmement, il ordonne que l’hôte soit salué.
1210. [Le Seigneur] dit donc : « Il a été dit plus haut : L’OUVRIER MÉRITE SON SALAIRE, afin que vous sachiez de qui vous devez recevoir, de sorte que vous ne croyiez pas que n’importe quelle demeure vous est permise. C’est pourquoi, EN QUELQUE VILLE OU BOURG OÙ VOUS ENTRIEZ, FAITES-VOUS INDIQUER QUI EN EST DIGNE. » Et cela, afin que la prédication ne soit pas méprisée en raison de la mauvaise réputation de l’hôte, comme on le trouve en 1 Tm 3, 7 : Car il faut que vous receviez un témoignage favorable de la part de ceux du dehors.
1211. La seconde raison est que, s’il existe quelqu’un de bon, il vous distribuera plus facilement le nécessaire. Et par cela, [le Seigneur] prend soin d’eux.
1212. La troisième raison est d’écarter le soupçon de la recherche d’un profit, car lorsque les gens voyaient que ces hommes pauvres ne recevaient que d’hommes bons, c’était pour eux un signe qu’ils ne prêchaient pas pour un profit.
1213. Chrysostome présente ces deux dernières interprétations ; Jérôme [présente] la première. Et c’est cela que dit l’Apôtre, 1 Th 2, 5 : Jamais nous n’avons eu un mot de flatterie et une arrière-pensée de cupidité. Il dit de même : QUI EN EST DIGNE. Et cela, parce que c’est une grande chose pour quelqu’un d’accueillir de tels hôtes. C’est ainsi qu’Abraham fut loué d’avoir accueilli ses hôtes, comme on le lit en He 13, 2 : N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est par elle que certains ont [à leur insu] accueilli des anges.
1214. Ici, il enseigne la stabilité de l’hospitalité. DEMEUREZ-Y, c’est-à-dire, n’allez pas d’une maison à l’autre. Et pourquoi ? Afin qu’il n’y ait pas de tristesse pour celui qui accueille. S’il est digne, il vous accueillera volontiers et il vous laissera partir avec tristesse. Jr 18, 20 : Rend-on le mal pour le bien ? La seconde raison est qu’ils ne doivent pas encourir une réputation de légèreté, qui ne convient pas au prédicateur. Je te louerai au milieu d’un peuple sérieux, Ps 34[35], 15. De même, afin qu’ils évitent une réputation de gloutonnerie, car, s’ils abandonnaient une maison peu accueillante pour une [maison] accueillante, cela serait attribué à la gloutonnerie.
1215. C’est pourquoi le Seigneur dit qu’avant d’entrer, ils doivent demander qui est digne chez elle : EN ENTRANT DANS LA MAISON, SALUEZ-LA. Ici est signalée la salutation de l’hôte. D’abord, [Le Seigneur] indique la salutation [10, 12] ; en second lieu, l’effet, en cet endroit : ET SI CETTE MAISON EST DIGNE, VOTRE PAIX VIENDRA SUR ELLE [10, 13]. En effet, il fallait qu’ils distribuent des [biens] spirituels à ceux qui distribuaient des [biens] temporels, et non seulement des biens spirituels, mais ce qui est nécessaire au salut, en disant : PAIX À CETTE MAISON, etc. C’était là une manière appropriée de saluer, car le monde était en guerre. Or, le monde est réconcilié dans le Christ. En effet, ceux-ci étaient des envoyés du Christ, et pour quelle raison ? Assurément en vue de la paix. Ainsi, cette salutation était appropriée.
1216. Vient ensuite l’effet pour les bons et pour les méchants : SI CETTE MAISON EST DIGNE, VOTRE PAIX VIENDRA SUR ELLE, etc. Nous pouvons dire que cette maison possédera en elle une force de bénédiction. C’est pourquoi les apôtres et les évêques, lorsqu’ils se tournent pour la première fois vers le peuple, disent : LA PAIX SOIT AVEC VOUS. Ainsi, il est dit en Nb 6, 27 : Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et je les bénirai, etc. SI [CETTE MAISON] N’EST PAS DIGNE, VOTRE PAIX VOUS REVIENDRA. Mais que dit-il là ? N’avait-il pas d’abord dit qu’ils devaient d’abord s’enquérir ? Il montre ainsi que, dans de telles enquêtes, les hommes se trompent : En effet, l’homme voit ce qui est apparent, mais le Seigneur regardera à l’intérieur du cœur, 1 R [1 S]16, 7. En effet, ils n’étaient pas encore assez parfaits pour pouvoir savoir qui était digne. VOTRE PAIX VOUS REVIENDRA. Cela montre que parfois quelqu’un prie et travaille au salut d’un autre, sans cependant l’obtenir ; toutefois, ce qu’il fait, il ne le perd pas, mais cela lui revient. D’où, [VOTRE PAIX] REVIENDRA VERS VOUS, à savoir que le fruit vous en reviendra.
1217. ET SI QUELQU’UN NE VOUS ACCUEILLE PAS. Ici, il est question de ceux qui n’accueillent pas. D’abord, [le Seigneur] enseigne [aux apôtres] ce qu’ils doivent faire [10, 14] ; en second lieu, ce qu’ils recevront de Dieu [10, 15].
1219. Mais qu’est-ce que cela ? N’auront-ils pas un sort pire ? Effectivement : JE VOUS LE DIS : LE SORT DE SODOME ET DE GOMORRHE SERA PLUS SUPPORTABLE AU JOUR DU JUGEMENT QUE CELUI DE CETTE VILLE. Car, comme on le lit en Jn 15, 22 : Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, il n’y aurait pas de péché en eux. En effet, ceux qui entendent et n’accomplissent pas pèchent davantage que ceux qui n’ont jamais entendu. Ainsi, peut-être parce que les gens de Sodome n’avaient pas entendu, leur sort sera-t-il plus supportable. De même, ceux-ci, bien qu’impurs, avaient cependant pratiqué l’hospitalité. Pour cette raison, leur sort sera plus tolérable. Mais on trouve le contraire dans Gn 19, à savoir que, parmi les péchés de la chair, celui-ci était le plus grave. Mais [le péché] qui est directement contre Dieu, comme l’idolâtrie, est plus grave que ce dernier. Ou bien il faut dire qu’il ne compare pas un péché à l’autre, mais au contexte ; car ceux-ci, à qui la prédication avait été adressée, avaient péché, ce qui n’était pas le cas des autres. De même, il réfute certains hérétiques qui disaient que tous les péchés étaient égaux, ainsi que toutes les peines, tous les mérites et toutes les récompenses. Il écarte donc cela lorsqu’il dit : SERA PLUS SUPPORTABLE, etc., car [le sort] de certains pécheurs sera pire.