3, 1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.
3, 2 Songez aux choses d'en haut, non à celles de la terre.
3, 3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :
3, 4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.
3, 5 Mortifiez donc vos membres terrestres : fornication, impureté, passion coupable, mauvais désirs, et la cupidité qui est une idolâtrie;
3, 6 voilà ce qui attire la colère divine sur ceux qui résistent.
3, 7 Vous-mêmes, vous vous conduisiez naguère de la sorte, quand vous viviez parmi eux.
Dans le chapitre précédent l’Apôtre a prémuni les fidèles contre ceux qui pouvaient les séduire ; il va maintenant les mettre en garde contre la perversité des moeurs, en leur donnant d’abord un enseignement général sur les vertus chrétiennes, en entrant dans le détail ensuite : Femmes, soyez soumises. Sur le premier point, il les instruit d’abord sur la doite intention que doivent avoir leurs buts, ensuite sur la rectitude de l’agir humain : Mortifiez donc. La première partie est à nouveau divisée en deux : il expose le mode de son enseignement, puis il en donne la justification : car vous êtes morts. Il rappelle donc d’abord le bienfait que nous avons reçu, puis il en tire une conclusion de son enseignement : songez aux choses d’en haut.
Le bienfait que nous avons reçu, c’est que nous nous sommes levés pour ressusciter avec le Christ. Double bienfait : nous avons d’abord l’espoir de la résurrection corporelle; "On vous prêché que Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts : comment donc quelques-uns parmi vous disent-ils qu’il n’y a point de résurrection des morts ?" (I Corinthiens XV, 12). Et puis, par notre union à Jésus ressuscité, nous sommes guéris et rendus à la vie de justice "Il a été livré pour nos offenses et il est ressuscité par notre justification" (Rom., IV, 25). Autant dire : Si le Christ est ressuscité, vous l’êtes aussi avec lui, car "Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera aussi avec Jésus" (II Corinthiens IV, 14).
Ensuite, en disant Songez aux choses d’en haut, etc... , saint Paul tire la conclusion qui se rapporte à la fin; et d’abord, ar comparaison avec la fin, que nous devons chercher principalement cette fin et ensuite qu’il faut juger tout le reste par rapport à elle. Donc, dit-il, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut. "Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, etc..." (Matth. VI, 33); telle est notre fin en effet. "Je ne demande qu’une chose au Seigneur, etc..." (Ps. XXVI, 4). Ne cherchez donc, dit l’Apôtre, [que les choses d’en haut] où le Christ siège à la droite de Dieu : "Après leur avoir parlé, le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel où il est assis à la droite de Dieu" (Marc, XVI, 5) ; "Asseyez-vous à ma droite" (Ps., CIX, 1). Par droite, il ne faut évidemment pas entendre quelque partie corporelle, mais une similitude de puissance. Dans l’homme, la droite est le meilleur côté ; quand on dit que Jésus est à la droite de Dieu, il faut entendre qu’il a reçu, en tant qu’homme, communication du meilleur des biens de son Père, mais qu’en tant que Dieu, il est avec Dieu sur un pied d’égalité.
Pour vous, l’ordre, c’est que, comme Jésus est mort, est ressuscité et est monté à la droite du Père, ainsi vous mouriez au péché, vous ressuscitiez ensuite à la vie de justice et, ainsi justifiés, vous puissiez entrer dans la gloire. Ou bien nous sommes ressuscités par le Christ, or là où est Jésus, là doit tendre notre désir, car "où que soit le corps, là se rassembleront les aigles, etc..." (Matth., XXIV, 28), et "où es votre trésor, là aussi doit être votre coeur" (Matth. VI, 21). Jugeons de toutes choses par rapport à cette fin : Appliquez votre coeur aux choses d’en haut, etc... ; Paul sublime les choses d’en haut et refuse celles de la terre. Avoir du goût pour les choses d’en haut, c’est ordonner sa vie d’après des motifs surnaturels et tout juger par rapport au ciel. "C’est là la sagesse qui vient d’en haut" (Jacques III, 15). Au contraire, ils montrent du goût pour les choses de la terre, ceux qui règlent et estiment tout d’après les biens matériels, regardés comme biens suprêmes : "ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, n’ayant de goût que pour les choses de la terre" (Phil., III, 19).
L’Apôtre continue : Car vous êtes morts, en nous donnant la raison de son avertissement : il rappelle qu’[au baptême nous avons été frappés d’]une certaine mort, il indique que l’action de notre vraie vie est cachée, mais qu’elle doit être manifestée : Quand le Christ sera manifesté.
Paul en effet rejette l’amour des choses de la terre et exalte l’amour des choses d’en haut ; il revient maintenant sur sa pensée précédente : N’ayez pas de goût pour les choses de la terre puisque vous êtes morts à la vie terrestre. Quand on est mort à la vie d’ici-bas, on n’a plus le goût du monde ; ainsi vous aussi, si vous êtes morts avec le Christ, détachez-vous donc des éléments de ce monde. "Regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu." (Rom VI, 11). "Les morts ne vivront plus, les ombres ne ressusciteront pas, etc..." (Is., XXVI, 14).
Mais remarquez que s’il dit regardez-vous comme morts, il ajoute et comme vivants. Il est une vie cachée, ce qui lui fait dire et votre vie, etc.., et c’est cette vie que nous acquérons par le Christ : "Le Christ a souffert la mort pour nos péchés, lui juste pour des injustes, etc..." (I Pierre, III, 18). Et comme le Christ est la source de cette vie, et qu’il est caché à nos regards dans la gloire du Père, de même cette vie qui nous est donnée par lui, est cachée là où le Christ trône dans la gloire de son Père. "Dans sa droite est une longue vie; dans sa gauche, la richesse et la gloire" (Prov., III, 16) ; " Qu’elle est abondante, Seigneur, la douceur que tu tiens en réserve pour ceux qui te craignent, etc... ! " (Ps.XXX, 20); "A celui qui vaincra, je donnerai une manne cachée, etc...." (Apoc. II, 17)
Quand il dit Quand le Christ sera manifesté, Paul montre comment cette vie sera manifestée comme le Christ lui-même. "Il viendra, notre Dieu, et il ne se taira pas" (Ps. XLIX, 3) : Quand sera manifesté le Christ, qui est votre vie parce que c’est lui qui est l’auteur de votre vie et que votre vie consiste en son amour et sa connaissance : "Si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi." (Gal., II, 20). Alors vous aussi, vous serez manifestés ; "au temps de sa manifestation, nous lui serons semblables" (I Jean III, 2), c'est-à-dire dans la gloire. "Dieu viendra de Théman, et le Saint de la montagne de Pharan" (Habac., III, 3).
Saint Paul dit ensuite : Mortifiez donc ; il donne la règle des actions humaines : d’abord s’abstenir du péché (5-11), puis suivre les bonnes moeurs (V, 12) : Revêtez donc.
Sur le premier point, il fait deux choses : il donne d’abord son avertissement, ensuite il en expose les motifs : Vous vous êtes dépouillés. La première partie se subdivise encore en deux : il réprouve les vices de la chair, puis il en donne la raison : voilà ce qui… Tout d’abord une interdiction générale, puis il l’explique dans le détail : qui sont…
Vous ne devez donc point, dit-il, montrer de goût pour les choses de la terre, mais mortifier en vous ce qui est terrestre et spécialement "les membres qui sont terrestres, etc...".
On peut expliquer ces paroles par une comparaison : de même que le corps a des membres divers, notre vie comprend des actes nombreux : ainsi dans une vie réglée, la prudence est comme l’oeil qui dirige, la force comme le pied qui porte; tandis que dans une vie mauvaise, l’astuce est comme l’oeil, l’opiniâtreté comme le pied. Ces membres-là, il faut les faire mourir.
Autre explication. A propos des membres du corps qui sont charnels, Vous êtes morts, dit l’Apôtre, à la vie terrestre. Mais comment ? - Parce que, ajoute-t-il, vous avez fait mourir ces membres, etc... Nous mourons donc au péché dans la mesure où la grâce nous vivifie; car la vie de la grâce opère notre renouvellement quant à l’âme, mais non pas totalement quant au corps, à cause du foyer [de la concupiscence] : "Par l’esprit, je suis l’esclave de la loi de Dieu, et par la chair l’esclave de la loi du péché" (Romains VII, 5, 23). Et un peu plus haut : "Je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de ma raison, etc..." Vous donc qui êtes morts quant à l’esprit, faites mourir la concupiscence en vos membres terrestres, en tant qu’ils sont charnels, et vos corps terrestres. Pour moi, "je traite rudement mon corps et je le tiens en servitude, etc..." (I Corinthiens IX, 27), c'est-à-dire que je ne lui permets point de se traîner aux choses de la chair.
L’Apôtre nomme en détail ces péchés. D’abord les péchés entièrement charnels, ensuite ceux qui le sont à moitié. Parmi les péchés charnels, la concupiscence nous pousse vers les actes honteux de la luxure; actes qui parfois respectent, je ne dis pas l’ordre de la raison, car tout péché est contraire à la raison, mais l’ordre de la nature animale : c’est alors la fornication : "Garde-toi de toute impureté, etc... " (Tob. IV, 13); ou bien actes qui sont même contre nature : c’est l’impureté; actes qui entraînent une délectation immonde, c’est la passion coupable; ou bien la concupiscence dépravée : les mauvais désirs.
Maintenant les vices moitié de la chair, moitié de l’esprit. L’avarice d’abord, dont l’objet est matériel, l’argent, mais qui s’achève dans la délectation que l’âme prend à le posséder. C’est par ce côté qu’elle tient aux péchés de la chair. Paul ajoute : Elle est une idolâtrie : "L’avare est un idolâtre." (Ephésiens V, 5). Mais vraiment l’avarice est-elle, dans son genre, une forme de l’idolâtrie, et l’avare commet-il le même péché que l’idolâtre ? - Absolument non, [idolâtrie et avarice n’appartiennent pas] à la même espèce de péché, mais il y a une ressemblance du fait que l’avare met sa vie en son argent. Il y a idolâtrie quand quelqu’un rend à une image l’honneur dû à Dieu. L’honneur dû à Dieu, l’avare le donne à l’argent, en ce sens que toute sa vie est là. Toutefois, comme l’avare n’entend pas considérer que son argent est Dieu ainsi que l’idolâtre le dit [de son image], son péché est moindre.
Quand il dit Voilà ce qui attire la colère divine, l’Apôtre donne deux raisons d’éviter ce genre de péchés : la première qui concerne tout le monde, la seconde qui regarde spécialement les Colossiens. La première est la vengeance de Dieu : c’est à cause des péchés charnels que la colère, c’est-à-dire la vengeance de Dieu s’appesantit sur ceux qui résistent, c'est-à-dire les pécheurs qui n’espèrent plus en Dieu; car la luxure est fille du désespoir : beaucoup se jettent totalement dans les désordres de la chair parce qu’ils n’osent plus compter sur les biens spirituels. Enfants de l’incrédulité aussi parce que, autant qu’il est en leur pouvoir, il n’y a guère d’espoir qu’ils se corrigent et que la colère divine descendra [sur eux], comme il arriva lors du Déluge (Gen., VI, 17 et VII) et du châtiment de Sodome (Gen XVIII, 26 et XIX, 24).
Une autre raison invoquée par l’Apôtre [pour que les Colossiens fuient les péchés de la chair], c’est qu’autrefois ils commirent ce genre de péchés. Vous marchiez quelquefois avec ces pécheurs, leur dit-il, vous alliez de mal en pis. Et il développe ce point pour les deux raisons que saint Pierre évoque dans sa première épître : "C’est bien assez d’avoir fait autrefois la volonté des païens, en vivant dans l’impudicité, etc..." (I Pierre, IV, 3). Et parce que vous avez fait l’expérience qu’il n’y a aucun bien à retirer de ces désordres, seulement la confusion. "Quel fruit aviez-vous alors des choses dont vous rougissez aujourd’hui ?" (Romains VI, 21)
3, 8 Et bien ! A présent, vous aussi, rejetez tout cela: colère, emportement, malice, outrage, vilains propos, doivent quitter vos lèvres;
3, 9 ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,
3, 10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s'achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l'image de son Créateur.
3, 11 Là, il n'est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d'incirconcision, de Barbare, de Scythe, d'esclave, d'homme libre; il n'y a que le Christ qui est tout et en tout.
3, 12 Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience;
3, 13 supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l'un a contre l'autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonnés, faites de même à votre tour.
L’Apôtre, plus haut, a mis en garde les fidèles contre les vices de la chair ; il les avertit maintenant contre les péchés spirituels : avertissement général d’abord, subdivisions ensuite. Il dit donc : Vous marchiez autrefois dans ces désordres; à présent, bannissez, vous aussi, tout cela, non seulement les vices charnels, mais tout ce qui est mal. "Ayant dépouillé toute malice et toute fausseté, la dissimulation et toutes sortes de médisances, etc..." (I Pierre II, 1). Saint Paul distingue deux sortes de péchés spirituels : ceux qui viennent du coeur, ceux qui procèdent des lèvres : outrage, etc... D’abord, la colère : "La colère de l’homme n’opère point la justice de Dieu." (Jacques I, 20). Il faut la rejeter. L’emportement, qui naît de la colère et consiste à regarder quelqu’un comme indigne de ce dont il dispose, ou à se comparer aux autres. La méchanceté, fille des précédentes, qui cherche à faire du mal au prochain : "Rejetant toute souillure et toute excroissance de méchanceté, recevez avec douceur." (Jacques I, 21)
Paul parle ensuite des péchés de la langue ; ils sont de trois sortes ; on comprend parmi ces péchés en effet un désordre de l’esprit à l’égard de Dieu ; c’est le blasphème, si sévèrement puni par l’ancienne loi: "Fais sortir du camp le blasphémateur : que tous ceux qui l’ont entendu posent leurs mains sur sa tête et que toute l’assemblée le lapide" (Lévitique XXIV, 14).
Tout blasphème est donc un péché mortel. - Mais s’il est irréfléchi ? – Je répondrais que s’il est vraiment tel, c’est-à-dire si le blasphémateur ne s’aperçoit point qu’il blasphème, il n’y a pas péché mortel. Mais je crois que quelque irréfléchi que soit le blasphème, du moment qu’on s’aperçoit qu’on profère des paroles blasphématoires, on pèche mortellement.
- [Autre péché de la langue] qui vient d’un désordre de l’esprit par rapport à la concupiscence : les paroles déshonnêtes doivent quitter vos lèvres; « que toute parole mauvaise soit absolument bannie de votre bouche » (Eph., IV, 29). - Enfin, le mensonge qui procède d’un désordre par rapport au prochain : "Celui qui dit des mensonges n’échappera pas" (Prov., XIX, 5).
Vous avez dépouillé, etc... C’est dire pourquoi il faut éviter les vices dont on vient de parler : après avoir dépouillé la vie ancienne, il faut adopter une vie nouvelle. "Personne, disait Jésus, ne met une pièce d’étoffe neuve à un vieux vêtement, etc..." (Matth., IX, 16). Paul explique d’abord ce que signifie « se dépouiller du vieil homme », puis « adopter une vie nouvelle » : vous avez revêtu. Il dit donc : rejetez, vous dépouillant de cela, etc...
C’est le péché qui fait "le vieil homme" : "ce qui est devenu ancien, ce qui est vieilli, est près de disparaître" (Hébr., VIII, 13). Cette vieillesse par conséquent est proche de la corruption, car le péché est la voie de la corruption ; et c’est aussi le péché qui nous fait perdre la vertu et la beauté spirituelle ; cette"vétusté" a été introduite par le péché de notre premier parent : "Par le fait d’un seul homme le péché est entré dans le monde, et à la suite du péché, la mort; la mort a donc atteint tous les hommes qui ont tous péché" (Romains V, 12). Et donc, dit l’Apôtre, dépouillez ce vieil homme, guérissez-vous de cette vétusté du péché; "notre vieil homme a été crucifié avec le Christ afin que le corps du péché fût détruit et que nous ne soyons plus les esclaves du péché, etc..." (Rom. VI, 6). Dépouillez-le avec ses pratiques; "vous avez été instruits à vous dépouiller, en ce qui concerne votre vie passée, du vieil homme corrompu par les convoitises trompeuses, etc..." (Éph., IV, 22). L’homme nouveau, c’est l’âme intérieurement renouvelée et délivrée du joug du péché auquel elle était pliée avant d’avoir reçu la grâce ; sa restauration par la grâce est un renouvellement : "Il renouvellera, votre jeunesse comme celle de l’aigle." (Ps. CII, 5). "En Jésus-Christ, la circoncision n’est rien, l’incirconcision n’est rien; ce qui est tout, c’est d’être une nouvelle créature" (Gal., VI. 15). Cette créature nouvelle, c’est la grâce qui renouvelle. Mais la vétusté demeure encore dans la chair; en suivant le jugement de l’homme nouveau, on revêt l’homme nouveau ; suivre les désirs de cette chair, c’est revêtir le vieil homme. "Revêtez l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables" (Eph. IV, 24). En disant vous avez revêtu, etc..., cet homme nouveau, l’Apôtre le décrit; il nous montre d’abord le mode de ce renouvellement, ensuite où il se produit, enfin selon quelles modalités ; il nous montre donc que le vieil homme intérieur, enfoncé dans l’ignorance de la Divinité, est renouvelé par la foi et la connaissance de Dieu. "Pour nous , nous sommes transformés en la même image, de plus en plus resplendissante, par l’action de l’Esprit du Seigneur" (II Cor., III, 18).
- Où s’opère ce renouvellement ? Là où est l’image de Dieu : non point dans les puissances sensibles mais dans l’esprit. A l’image de son Créateur, dit Paul : l’image même de Dieu, qui est restaurée en nous, à son image, c'est-à-dire à l’image de Dieu, son Créateur. Or on dit qu’il y a nouvelle création quand l’âme rationnelle est créée par Dieu sans intermédiaire.
Là il n’est plus, etc... : l’Apôtre ajoute que ce renouveau est commun à tous ; d’ailleurs ce renouvellement ne pourrait concerner l’homme en tant qu’homme, car il s’agit d’une réalité qui est commune à tous. Or il y a une quintuple distinction entre les humains : l’une en fonction du sexe ; Paul la rejette. "Il n’y a plus ni homme ni femme" (Gal., III, 28), car ils ont une âme pareille et ne diffèrent que par le sexe. Pas de distinction de nationalité : Paul la rejette : il n’y a plus ni Grec, ni Juif, car si les uns sortent d’entre les infidèles et les autres d’entre les fidèles, tous ont une âme raisonnable. "Dieu ne serait-il que le Dieu des Juifs ? Et Dieu des Gentils ?" (Rom., III, 29). Plus de distinction par des rites propres et déterminés, bien que les uns fassent profession de la Loi et d’autres n’observent pas les mêmes rites. "Le même Christ est le Seigneur de tous, etc... " (Rom., X, 12). - Pas de distinction de langue : il n’y a plus ni barbare, ni Scythe. La Scythie est au septentrion. Barbarie signifie terre et moeurs étrangères. Le barbare est étranger. Est absolument barbare celui qui est étranger à l’homme en tant qu’homme et ne suit pas la raison. Barbares, ceux qui ne vivent pas selon la raison, ni selon les lois. En ce sens, les esclaves sont par nature barbares, et donc ils ne sont pas différents dans le Christ, parce qu’ils n’ont point de droit civil, mais ont cependant la loi du Christ. - Enfin pas de distinction de condition : ni esclave, ni homme libre, dans le Christ tous sont pareils. "Là les petits et les grands se rencontrent, etc..." (Job, III, 19).
Donc, dans le Christ plus aucune de ces distinctions, mais le Christ est tout en tous. Il n’y a point de circoncision, sinon par le Christ; la liberté vient par le Christ; si vous n’êtes pas libre, le Christ est votre liberté; et si vous n’êtes pas circoncis, votre circoncision, c’est le Christ, et ainsi de suite. Et cela, en tous, car c’est tous les hommes qu’il comble de ses dons.
3, 14 Et puis, par dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection.
3, 15 Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos coeurs: tel est bien le terme de l'appel qui vous a rassemblés en un même Corps. Enfin, vivez dans l'action de grâces !
3, 16 Que la Parole du Christ réside chez vous en abondance: instruisez-vous en toute sagesse par des admonitions réciproques. Chantez à Dieu de tout votre coeur avec reconnaissance, par des Psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés.
3, 17 Et quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père !
L’Apôtre invite maintenant les Colossiens à fuir le mal et il les pousse à pratiquer les vertus, quelques-unes d’abord, en particulier, puis les vertus principales qui élèvent l’âme : par-dessus tout. Il rappelle d’abord leur conduite, puis il énumère les vertus : Revêtez des sentiments de tendre compassion. Il dit donc : puisque vous avez revêtu l’homme nouveau, il faut en revêtir les devoirs, c'est-à-dire les vertus. "Dépouillons-nous des oeuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière" (Rom., XIII, 12); revêtus de ces vertus, que notre conduite extérieure soit ornée des vertus.
- Mais de quelles vertus ? Autre est le vêtement militaire, autre le vêtement sacerdotal. Revêtez ce que réclame votre condition, ce qui sied à des élus de Dieu, saints et bien-aimés. Il dit : élus, pour indiquer l’éloignement du mal; saints, pour rappeler le don de la grâce; "vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés" (I Cor., VI, 11) ; "vousserez saints, car je suis Yahweh votre Dieu" (Lév., XI, 44 et XIX, 2) ; enfin, en disant bien-aimés, ce qui a trait à la préparation à la gloire future. "il les aima jusqu’à la fin", c'est-à-dire jusqu’à la vie éternelle.
Et il décrit ces vêtements qui nous protègent dans l’adversité et dans la prospérité : ou "ces armes offensives et défensives que fournit la justice" (II Cor., VI, 7). D’abord les armes qu’il faut avoir dans la prospérité, ensuite celles qu’il faut avoir dans l’adversité : la patience. Dans la prospérité, il faut donner d’abord au prochain la miséricorde : Revêtez-vous, dit l’Apôtre, d’entrailles de miséricorde : "Par l’effet de la tendre miséricorde de notre Dieu, etc..." (Luc I, 78) ; "s’il est quelque tendresse, etc..." (Ph. II, 1), c'est-à-dire une miséricorde qui procède d’un sentiment profond. A tous il faut donner la bénignité qui est comme une bonne flamme[2]. Le feu liquéfie et fait sortir tout ce qui est humide. Si cette bonne flamme est en votre coeur, elle dissout toute l’humidité qui peut être en vous et la fait disparaître. C’est là l’œuvre de l’Esprit Saint, "qui est un esprit de bonté" (Sag., I, 6). "Soyez donc bons les uns pour les autres et pleins de miséricorde, etc..." (Eph. IV, 32). Dans le coeur, soyez humbles; "plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier" (Ecclés., III, 20). A l’extérieur, observez la modestie qui vous préviendra de tout excès dans la prospérité ; "réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous ; que votre modestie soit connue de tous" (Ph., IV, 4). Dans l’adversité, nous avons besoin de trois sortes d’armes : de la patience d’abord, qui empêche l’âme, dans l’épreuve, de s’éloigner de l’amour de Dieu et de la justice : "Par votre patience vous posséderez vos âmes" (Luc, XXI, 19). Mais parfois, sans manquer à la justice pour soutenir une épreuve personnelle, nous avons de la peine à supporter le caractère du prochain; c’est pourquoi l’Apôtre ajoute : Supportez-vous mutuellement. "Nous devons, nous qui sommes forts, supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas" (Rom., XV, 1), [à l’exemple de Lot qui] "demeurait parmi les habitants de Sodome et qui avait chaque jour son âme vertueuse tourmentée de leurs oeuvres iniques" (II Pierre, II, 8). Nous avons aussi besoin de pardonner, ajoute saint Paul : pardonnez-vous, etc...; c'est-à-dire épargnez-vous : "car, pour moi, si j’ai pardonné, si tant est que je pardonne quelque chose, c’est à cause de vous et à la face du Christ (II Cor., II, 10). Quelqu’un pardonne une injustice quand il n’a pas de rancune contre celui qui l’a commise et quand il ne désire pas de mal contre lui. Cependant il faut punir quand il y a nécessité de le faire. Le motif, l’Apôtre l’indique : Pardonnez-vous, comme le Christ lui-même vous a pardonné. "L’homme conserve de la colère contre un autre homme; et il ose demander à Dieu son pardon, etc...!" (Ecclés., XXVIII, 3). "Serviteur méchant, je t’avais remis toute ta dette, etc... Ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon comme, etc...?" (Matth., XVIII, 32).
Quand il dit ensuite : Par-dessus tout, etc..., l’Apôtre exhorte à la pratique des vertus principales qui perfectionnent les autres. La première des vertus est la charité, qui donne à toutes leur forme, comme le premier des dons est la sagesse qui les dirige toutes : il va parler de l’une et de l’autre : que la parole du Christ. Paul commence par exhorter à pratiquer la charité, ensuite il exalte les effets de cette charité : que la paix…
- D’abord la charité : Par-dessus tout, revêtez-vous de la charité, qui dépasse tout ce dont nous avons parlé (I Corinthiens XIII) : Par-dessus tout, c’est-à-dire plus que les autres, car la charité est la fin de toutes les vertus. "Cette règle a pour but la charité, etc..." (I Tim., I, 5). Nous devons pratiquer la charité par-dessus tout, parce que c’est une vertu qui est au-dessus de toutes. "Je vais vous montrer une voie excellente entre toutes, etc...". Sans elle, tout le reste ne vaut rien. Elle est figurée par la tunique sans couture dont parle saint Jean (XIX, 23). L’Apôtre nous dit pourquoi s’en revêtir : elle est le lien de la perfection. C’est que, dit la Glose, l’homme acquiert la perfection par toutes les vertus, mais la charité les unit entre elles et les fait durer; ainsi est-elle le lien ; ne l’est-elle d’ailleurs pas par nature puis qu’elle est l’amour qui unit l’aimant à l’aimé ? "Je les ai menés avec des cordeaux d’humanité, avec des liens d’amour" (Osée, XI, 4). Ajoutons que la charité n’est pas un lien quelconque, mais que c'est le lien de la perfection, parce que la perfection est d’adhérer à la fin dernière, Dieu. C’est ce que réalise la charité.
Voici maintenant les deux effets de la charité : la paix, l’action de grâce et Paul en ajoute un troisième : la joie. Que la paix du Christ, etc... De la charité naît bientôt la paix, définie par saint Augustin : la tranquillité dans l’ordre établi par Dieu, ordre auquel conduit la charité. En effet, celui qui aime quelqu’un s’accorde à vouloir comme celui qu’il aime. "Ceux qui aiment la loi du Seigneur jouissent d’une paix profonde" (Ps., CXV, 165). Que cette paix exulte dans vos cœurs : l’un des fruits de la charité, c’est la joie qui vient de la paix ; "Ceux qui n’ont que des conseils de paix sont dans la joie" (Prov., XIX, 20).
Remarquez que l’Apôtre ne dit pas simplement : la paix, car il y a une paix mondaine que Dieu ne veut pas, mais : la paix du Christ, celle que Jésus est venu établir entre Dieu et l’homme ; "soyez en paix entre vous" (Marc IX, 49) ; "Jésus se tint au milieu d’eux et leur dit: La paix soit avec vous" (Luc, XXIV, 36); nous devons avoir la paix, car c’est en elle que nous avons été appelés, etc... "Dieu nous a appelés dans la paix" (I Cor., VII, 15). Et c’est la raison pour laquelle Paul ajoute en un même corps, c'est-à-dire pour que vous formiez un corps unique.
Autre fruit de la charité : la reconnaissance : Vivez dans l’action de grâces, car "pour l’ingrat, son espérance fondra comme la glace et s’écoulera comme une eau inutile" (Sag., XVI, 29).
Que la parole du Christ habite, etc... L’Apôtre parle maintenant de la sagesse, de son origine et de son exercice : instruisez-vous. Pour distinguer qui possède la vraie sagesse, regardez d’où elle vient. Il dit donc : Que la parole du Christ habite. "La source de la sagesse, c’est le Verbe de Dieu au plus haut des cieux" (Ecclés., I, 5). Puisez-la donc dans la parole du Christ, "car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, etc... " (Deut., IV, 6), le Christ "qui, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, etc..." (I Corinthiens I, 30). Mais il en est qui ne connaissent pas cette parole de Jésus et n’ont point la sagesse : saint Paul souhaite que la parole du Christ habite en eux. "Attache-les à ton cou, grave-les sur la table de ton cœur, etc..." (Prov., III, 3). Certains se contentent d’ "un petit quelque chose" de la parole du Christ, mais l’Apôtre veut que nous la possédions en abondance. Il dit donc abondamment. "Dieu est puissant pour vous combler de toutes sortes de grâces afin que, ayant toujours en toutes choses de quoi satisfaire à tous vos besoins, il vous en reste encore abondamment pour toute espèce de bonnes œuvres." (II Corinthiens IX, 8). "Si tu la creuses comme pour découvrir un trésor, etc..." (Prov., II, 4)
Paul ajoute en toute sagesse, ce qui signifie : vous devez vous efforcer d’atteindre la connaissance dans tout ce qui touche à la sagesse du Christ. "Je n’ai pas omis de vous annoncer tout le dessein de Dieu" (Actes XX, 27) ; « l’intérieur de l’insensé est comme un vase fêlé, il ne retiendra aucune connaissance, etc..." (Ecclés.XXI, 14). Triple est l’exercice de la sagesse : elle se se manifestera par l’enseignement, la dévotion et la direction.
Enseignez sur deux plans : d’abord la vérité : instruisez-vous; que la parole du Christ habite en vous avec une telle abondance que vous sachiez par lui toutes choses. "L’Écriture divinement inspirée est utile pour enseigner, pour convaincre, etc..." (II Timothée III, 16). Enseignez le bien : par des admonitions réciproques, c’est-à-dire exhortez-vous aux bonnes oeuvres. "[J’ai à coeur de] vous rappeler constamment les choses de Dieu, etc..." (II Pierre, I, 12).
La sagesse se manifestera aussi par la dévotion : chantez à Dieu par des psaumes qui expriment la joie d’une bonne œuvre ; "Louez le Seigneur dans l’exultation" (Ps.CXLVIII), et par des hymnes, qui sont une louange célébrée avec chant ; "[l’hymne] est un sujet de louanges pour tous ses fidèles, etc..." (Ps.CXLVIII, 14), et par des cantiques spirituels, etc... car tout ce que nous faisons, nous devons le rapporter aux biens spirituels, aux promesses éternelles et à la gloire de Dieu. Aussi l'Apôtre ajoute-t-il Chantez dans votre coeur, et non seulement des lèvres ; "Je prierai avec l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence" (I Cor., XIV, 15). "Ce peuple m’honore des lèvres tandis qu’il tient son coeur éloigné de moi." (Isaïe XXIX. 13). Chantez dans l’action de grâces, en reconnaissant la grâce du Christ et les bienfaits de Dieu. Les cantiques de l’Eglise se chantent surtout de coeur, mais des lèvres aussi afin de provoquer la ferveur intérieure et en faveur de gens simples et peu instruits.
Enfin la sagesse se manifestera par des actes : Quoi que vous puissiez dire ou faire, etc..., car la parole aussi est une oeuvre. "Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu, etc..." (1 Corinthiens X, 31). - On peut faire cette objection : Ceci est un précepte ou un conseil; si c’est un précepte, celui qui le viole commet un péché; cependant ne pas l’observer n’est qu’une faute vénielle; il s’ensuivrait donc qu’on fait à la fois un péché mortel et un péché véniel. - Voici la réponse : Certains ne voient là qu’un conseil, mais ce n’est pas vrai. Toutefois il faut affirmer qu’il n’est pas nécessaire que tous nos actes soient rapportés à Dieu par une intention actuelle, l’union habituelle suffit. En effet celui qui agit à l’encontre de la gloire de Dieu et ses commandements, agit contre ce précepte. Celui qui commet un péché véniel ne viole pas ce précepte d’une manière absolue, car si actuellement son intention ne va pas vers Dieu, habituellement il rapporte tout à Dieu.
[2] Voici le texte latin qui renferme une sorte de jeu de mots difficile à traduire en français: "Benignitas quae est quasi bona igneitas. "
3, 18 Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur.
3, 19 Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur.
3, 20 Enfants, obéissez en tout à vos parents, c’est cela qui est beau dans le Seigneur.
3, 21 Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.
3, 22 Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas, non d’une obéissance toute extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais en simplicité de coeur, dans la crainte du Maître.
3, 23 Quel que soit votre travail, faites le avec âme, comme pour le Seigneur et non pour des hommes,
3, 24 sachant que le Seigneur vous récompensera en vous faisant ses héritiers. C’est le Seigneur Christ que vous servez :
3, 25 qui se montre injuste sera certes payé de son injustice, sans qu’il soit fait acception des personnes.
Après avoir instruit les fidèles des devoirs communs à tous, l’Apôtre entre dans le détail et donne d’abord les règles spéciales qui règlent les différents états dans l’Église, ensuite certains principes communs à tous les états dans le respect des différentes conduites : soyez assidus à la prière (ch.IV). Les premiers de ces principes se divisent en trois suivant les trois liens sociaux qui, d’après le Philosophe, constituent la famille : lien de l’époux et de l’épouse, des parents et des enfants : vous, enfants ; du serviteur et du maître : vous, serviteurs. Pour chacune de ces catégories, l’Apôtre va recommander aux inférieurs d’obéir et aux supérieurs de commander avec modération.
Ainsi donc, l’Apôtre dit : Femmes, etc... et comme il se doit parce que cette soumission est de précepte divin : "Tu seras sous la puissance de ton mari, et il dominera sur toi." (Gen., III, 16). "Que vos femmes se taisent dans les assemblées, car elles n’ont pas mission de parler, mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la Loi." (I Cor., XIV, 34). Le motif de cette défense, c’est qu’il appartient à la raison de régir et que l’homme a plus de raison et qu’il doit présider. L’Apôtre ajoute: dans le Seigneur, car quelques buts particuliers que vous poursuiviez dans vos ordres, en fin de compte il faut tout ramener à Dieu.
Aux maris, saint Paul recommande d’aimer leurs femmes, disant : Maris, aimez vos femmes, ce qui est tout naturel puisque l’époux et l’épouse, d’une certaine manière, ne font plus qu’un. "Vous, maris, aimez vos femmes, etc..." (Eph., V, 25). Il leur défend d’être amers : "Pourrait-elle espérer le bonheur, celle qui demeure dans l’amertume ? (Mich., I, 12) ; "Que toute aigreur, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute médisance, soient bannies du milieu de vous, ainsi que toute méchanceté" (Ephésiens IV, 31).
L’Apôtre traite ensuite le second point quand il dit : enfants, obéissez en tout à vos parents en tout ce qui n’est pas contre Dieu; "Puisque nos pères selon la chair nous ont châtiés et que nous les avons respectés, etc... (Hébr., XII, 9). Mais s’ils venaient à recevoir un ordre contre la loi divine, ils auraient à se souvenir de la parole de Jésus rapportée par saint Luc (XIV, 26) : "Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, etc..." [Les enfants doivent obéir], car cela plaît au Seigneur, sa loi l’ordonne. Car la loi de la charité, loin de détruire la loi de la nature, la perfectionne; or la loi naturelle veut que le fils soit soumis à la sollicitude de son père : "Honore ton père et ta mère, etc..." (Exode, XX, 12). Ensuite Paul continue, adressant ses recommandations aux pères : Et vous, pères, n’irritez point, etc.. et deviennent pusillanimes. Le motif de ce conseil, c’est que l’homme retient l’impression reçue dans l’enfance. Il est naturel à ceux qui sont nourris dans la servitude de toujours demeurer pusillanimes : quelqu’un en a tiré le motif pour lequel les Israélites ne furent pas immédiatement conduits vers la Terre promise, parce que, nourris dans l’esclavage, ils n’auraient pas eu l’audace d’attaquer l’ennemi ? "Dites à ceux qui ont le cœur craintif, etc... (Isaïe, XXXV, 4).
Serviteurs, obéissez : L’Apôtre traite le troisième point et adresse d’abord aux serviteurs sa recommandation, puis il en donne la raison : sachant que ; enfin il exclt toute hésitation : qui se montre. Sur le premier point, il déclare d’abord aux serviteurs qu’ils doivent obéir, ensuite il précise la manière dont ils doivent obéir : non d’une obéissance toute extérieure. [Vous qui êtes] serviteurs, dans cette condition qui est selon la chair, obéissez à tout ordre qui n’est point contre Dieu, "non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont difficiles, etc.." (I Pierre, II, 18). "Que tous ceux qui sont sous le joug comme esclaves, estiment leurs maître dignes d’honneur" (I Timothée VI, 1).
Voici maintenant la manière d’obéir : pas à l’œil et Paul distingue deux manières d’obéir : avec simplicité et sans ruse ; volontairement. Il dit donc non pas à l’œil, c'est-à-dire seulement autant que le maître peut voir; même idée dans Eph., VI, 6. Non point comme s’ils voulaient plaire aux hommes, car telle n’est pas leur manière de servir, sauf pour plaire aux hommes. "Si j’en étais encore à plaire aux hommes, je ne serais pas un serviteur du Christ" (Gal., I, 10), mais dans la simplicité du cœur, etc... , c'est-à-dire sans ruse et dans la crainte du Seigneur, comme Job, "homme simple, droit et craignant Dieu" (Job, I, 1); car "la simplicité des hommes droits les conduit heureusement, etc..." (Prov., XI, 3) - Que l’obéissance soit volontaire : Quoique vous fassiez, faites-le de bon coeur, avec empressement, et ce comme pour le Seigneur, car si vous servez vos maîtres pour vous conformer à votre juste condition, votre service est pour Dieu, auteur de cette condition. "Celui qui résiste à l’autorité, résiste à l'ordre que Dieu a établi" (Rom., XIII, 2) ; "en serviteurs du Christ, qui font de bon cœur la volonté de Dieu" (Eph., VI, 6).
D’ailleurs, poursuit l’Apôtre, sachant que… vous avez un double motif d’obéir : d’un côté, la récompense éternelle, de l’autre l’amour que vous témoignez à Dieu. Il dit donc : Obéissez avec empressement parce que vous recevrez du Seigneur pour récompense l’héritage éternel. "Le cordeau a mesuré pour moi une portion délicieuse, oui, un splendide héritage m’est échu" (Ps. XV, 6). "Soyez assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur de ce qu’il aura fait de bien" (Ephésiens VI, 8). On a prétendu que l’acte de justice n’est pas méritoire parce qu’il n’est que l’acquittement d’une dette et qu’il n’y a pas de mérite à payer ses dettes. Mais il faut se rappeler que par le seul fait d’agir volontairement vous y mettez quelque chose du vôtre, car il dépend de vous de vouloir ou de ne pas vouloir; et par là votre acte devient méritoire. D’ailleurs, les serviteurs servent leur maître par devoir et ils le font volontairement, de manière à obtenir une récompense. Toutefois, servez vos maîtres de telle sorte que vous ne vous écartiez pas de ce que vous devez à Dieu. D’ailleurs, autre raison, de cette manière, vous servez le Seigneur Jésus-Christ. "Demeurez dans la ferveur de l’esprit, c’est le Seigneur [que vous servez]" (Romains XII, 11).
Puis l’Apôtre, en disant : qui se montre, vient au devant d’une difficulté; un esclave pourrait lui dire : Comment servirai je celui qui est injuste envers moi ? - Saint Paul lui dit : Ce n’est pas à vous de tirer vengeance et de soustraire à votre maître ce qui est sien, attendez justice du Tout-puissant, car celui qui commet l’injustice, etc... "Nous tous, il nous faudra comparaître devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qu’il a mérité étant dans son corps, selon ses œuvres, soit bien, soit mal" (II Corinthiens V, 10). Car "Dieu n’a pas d’égard à la condition des personnes" (Eph., VI, 10). "Dieu ne fait pas acception de personnes" (Actes X, 34). Quant aux maîtres, l’Apôtre leur montre comment ils peuvent se conduire vis-à-vis de leurs serviteurs ; il le fait de deux façons : il donne d’abord le principe, ensuite la justification : sachant que. Le maître peut être dur avec ses serviteurs de deux matières : en faisant contre eux ce qu’une juste loi interdit, puisque, en vertu des lois, il n’est pas permis au maître d’infliger des sévices aux serviteurs : ce qui est juste, ou en exigeant absolument tout leur dû contre la mansuétude chrétienne qui adoucit la condition des esclaves : ce qui est équitable. "Si j’ai méconnu le droit, etc... (Job, XXXI, 13). Ensuite, en disant sachant que, etc..., Paul explique le motif : comme vous vous serez conduits envers vos serviteurs, ainsi le Seigneur se conduira envers vous : "assurés que, etc... (Eph., VI, 8)