25. Il prit de même le calice après avoir soupé, en disant : "Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang. Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le boirez."
26. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
Saint Paul, après avoir rappelé l’institution du sacrement de l’Eucharistie quant à la consécration du corps de Jésus-Christ, traite ici de cette institution quant à la consécration du sang. Il expose I° l’ordre de cette institution ; II° les paroles (verset 25) : Ce calice, etc.
I° Or l’ordre peut être considéré à deux points de vue.
I. Au point de vue de la concomitance de l’une et l’autre espèce (verset 25) : Il prit de même le calice. L’état parfait du sacrement exige l’un et l’autre, à la fois pour la perfection de la réfection spirituelle, à la fois comme mémorial de la passion, et pour opérer efficacement le salut de l’âme et du corps, comme il a été dit plus haut. Mais, si dans ce sacrement on consacre d’abord le corps de Jésus-Christ et ensuite le sang, il semble en découler qu’avant la consécration du sang le corps de Jésus-Christ est privé de sang. Quelques auteurs, regardant cette séparation comme inconvenante, ont dit que les deux formes s’attendent réciproquement pour opérer, en sorte que la première, qui est celle de la consécration du corps, n’obtient son effet qu’après que la forme de la consécration du sang a été prononcée ; de même que, avons-nous dit, les paroles prononcées pour la consécration du corps n’obtiennent leur effet qu’après que toutes celles de la forme sacramentelle ont été prononcées. Il n’y a pas parité. Car la signification des paroles par lesquelles est consacré le corps de Jésus-Christ n’est complète qu’après qu’elles ont été entièrement prononcées ; et, parce que les paroles sacramentelles opèrent ce qu’elles signifient, elles ne peuvent obtenir leur effet avant qu’elles ne soient entièrement prononcées. Mais alors elles ont leur pleine signification, même avant que soient proférées les paroles de la consécration du sang, et, par conséquent, il est nécessaire qu’elles aient dès ce moment leur effet. S’il en était autrement, le prêtre pécherait quand, aussitôt après les paroles de la consécration, il expose à l’adoration du peuple une hostie, non consacrée, puisque le corps du Christ n’y serait pas encore ; autrement le prêtre porterait le peuple à l’idolâtrie. Disons donc qu’avant la consécration du sang, le corps de Jésus-Christ est dans le Sacrement, et qu’il n’y est pas sans le sang. En effet, il ne faut pas oublier que ce qui est contenu dans ce sacrement y est de deux manières : d’abord par la vertu de la consécration, à savoir ce à quoi se termine le changement du pain et du vin, comme le désigne la forme de la consécration. C’est de cette manière que le corps de Jésus-Christ est sous l’espèce du pain. D’autre part, il y a encore dans ce sacrement autre chose par une concomitance réelle : ainsi la divinité du Verbe s’y trouve par suite de l’union indissoluble entre le Verbe et le corps de Jésus-Christ, bien que la substance du pain ne soit changée d’aucune manière en la divinité. De même encore, l’âme de Jésus-Christ y est présente, parce qu’elle est réellement unie à son corps. Néanmoins, si, pendant les trois jours qui suivirent la mort de Jésus-Christ, son corps avait été consacré par un apôtre, l’âme n’y aurait pas été présente, parce qu’alors elle était en réalité séparée du corps. Il faut en dire autant du sang, car sous les espèces du pain, par la vertu de la consécration, se trouve présent le corps de Jésus-Christ, auquel est changée la substance du pain. Mais le sang s’y trouve aussi, par une concomitance réelle, parce qu’à ce moment le sang n’est pas en réalité séparé de son corps. Par la même raison, sous l’espèce du vin, en vertu de la consécration, se trouve le sang de Jésus-Christ, et par une concomitance réelle le corps, en sorte que sous chaque espèce se trouve Jésus-Christ tout entier. Si, au temps de la passion, quand le sang de Jésus-Christ était répandu hors de son corps, un apôtre eût consacré l’Eucharistie sous l’espèce du pain, il n’y aurait eu que le corps de Jésus-Christ, sans son sang, et sous l’espèce du vin il n’y aurait eu que son sang.
II. En second lieu, l’ordre peut être considéré par comparaison avec la nourriture matérielle que Jésus et les apôtres avaient prise immédiatement auparavant (verset 25) : Après qu’il eut soupé.. Paul paraît noter cette circonstance à dessein. Jésus-Christ, en effet, donna son corps pendant la Cène ; saint Matthieu (XXVI, 26) le dit : "Pendant qu’ils soupaient, Jésus prit du pain, etc." Mais le Seigneur donna son sang certainement après le souper ; (Luc, XXII, 20) : "Il prit de même le calice après qu’il eut soupé, disant, etc."
La raison en est que le corps de Jésus-Christ représente le mystère de l’Incarnation, qui fut opéré pendant que les observances légales étaient encore en vigueur ; or, parmi les observances, la principale était le repas avec l’agneau pascal. Mais le sang de Jésus-Christ, dans le Sacrement, représente directement la passion dans laquelle il a été répandu, et par laquelle ont pris fin toutes les observances légales. C’est de là que dans l’épître aux Hébreux (IX, 12) il est dit que "C’est avec son propre sang qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, ayant acquis une rédemption éternelle."
II° L’Apôtre expose ensuite les paroles, en disant (verset 25) : Ce calice, etc. I. Il démontre la vérité de ce sacrement ; II. il en prescrit l’usage (verset 25) : Faites ceci, etc. Quant à la première partie, il dit donc (verset 25) : Ce calice, etc., paroles qu’on peut entendre de deux manières :
1° par métonymie, c’est-à-dire en mettant le contenant pour le contenu, comme si Jésus-Christ disait : « ce qui est contenu dans ce calice ». Cette façon de parler est plus correctement employée dans la consécration du vin, qui en raison de sa nature humide a besoin d’être renfermé dans un corps étranger, tandis que le pain, à raison de sa nature solide, peut se soutenir de lui-même. 2° On peut entendre ces paroles métaphoriquement ; tel serait le sens : de même que la coupe produit l’enivrement et le trouble, ainsi en est-il de la passion. C'est de là qu’il est dit en saint Matthieu (XX, 22) : "Pouvez-vous boire le calice que je boirai ?" et (Matthieu XXVI, 39) : "Que ce calice s’éloigne de moi." Le sens est donc : Ce calice, c’est-à-dire ce qui est contenu dans ce calice ; ou encore, cette passion que je vais subir, est la nouvelle alliance en mon sang.
Remarquez que ce mot "Testament," dans la sainte Ecriture, s’entend de deux manières :
A) d’abord communément pour n’importe quel pacte confirmé par des témoignages. A ce point de vue, il faut considérer que Dieu a fait de deux manières un pacte avec le genre humain : a) d’abord en promettant des biens en cette vie, et en délivrant des maux du temps : on appelle cette alliance l’Ancien pacte ou Testament ; b) ensuite en promettant des biens spirituels et en délivrant des maux opposés : cette alliance s’appelle le Nouveau Testament. C’est de là qu’il est dit (Jér., XXXI, 31) : "J’établirai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une nouvelle alliance, non pas selon l’alliance que j’ai formée avec leurs pères, pour les tirer de la terre d’Egypte. Voici quelle sera cette alliance : je graverai ma loi jusque dans leurs entrailles, et je serai leur Dieu." Il faut aussi considérer que c’était chez les peuples anciens une coutume de répandre le sang de quelque victime pour confirmer les alliances ; aussi lit-on (Gen., XXXI, 54) que, lorsque Laban et Jacob eurent fait alliance,"après avoir immolé des victimes sur la montagne, Jacob appela ses frères." C’est ainsi encore qu’il est rapporté (Exode, XXIV, 8) que "Moïse, ayant pris du sang, le répandit sur le peuple et dit : Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a faite avec vous." De même donc que le pacte ou l’Ancien Testament fut confirmé par le sang figuratif des taureaux, ainsi le Testament ou le pacte Nouveau a été confirmé par le sang de Jésus-Christ qui a été répandu dans sa passion. C’est ainsi que le Sacrement est contenu dans ce calice. B) Le mot "Testament" peut, en second lieu, se prendre, dans un sens plus rigoureux, pour la disposition d’un héritage à recevoir, qu’il est nécessaire, d’après la loi, de faire confirmer par un certain nombre de témoins. Le testament, ainsi entendu, ne devient stable que par la mort, car, comme dit l’Apôtre (Hébr., IX, 47) : "Le testament n’est effectif qu’en cas de mort, et il n’a pas de force tant que le testateur est encore vivant." Or Dieu, d’abord, avait fait une disposition de l’héritage éternel à recevoir, mais sous la figure des biens temporels : c’est le Testament Ancien ; mais dans la suite il fit un Nouveau Testament, promettant expressément cet héritage éternel : ce testament fut confirmé par le sang et la mort de Jésus-Christ. Et le Seigneur, pour l’exprimer, dit : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang ; en d’autres termes : par ce qui est contenu dans ce calice, il y a commémoration du Testament Nouveau, confirmé par le sang de Jésus-Christ. Il faut remarquer que ces mêmes paroles rappelées ici par l’Apôtre se trouvent en Luc (XXII, 20), qui ajoute seulement : "qui sera répandu pour vous." Luc fut disciple de saint Paul et l’a suivi pour la rédaction de son évangile. Mais en saint Matthieu (XXVI, 28) il est dit : "Car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs, afin que leurs péchés soient remis." On trouve aussi les mêmes paroles en saint Marc (XIV, 24). Quelques auteurs ont dit que, quelle que soit la forme de ces paroles sacramentelles, dès lors qu’elles sont dans les Ecritures canoniques elles suffisent pour la consécration. Mais il semble qu’on doive dire avec plus de probabilité, que la consécration n’est opérée que par les seules paroles dont l’Eglise se sert d’après la tradition qui nous vient des apôtres. Car les évangélistes ont eu l’intention de rapporter les paroles du Seigneur en tant que c’ était nécessaire pour l’histoire, et non en tant qu’elles ont rapport à la consécration des sacrements, dont les formes étaient tenues secrètes dans la primitive Eglise, à cause des infidèles. C’est pour cette raison que saint Denis (dernier chapitre de la Divine Hiérarchie) dit : « Il n’est pas permis d’exposer par écrit les invocations de la consécration, ni de faire passer du secret à la publicité le mystère qu’elles renferment et les prodiges que Dieu y opère. » Sur les paroles dont l’Eglise se sert pour la consécration du sang, on a pensé que toutes ne sont pas essentielles à la forme, mais seulement celles-ci : Ceci est le calice de mon sang, et non ce qui suit : du nouveau et de l’éternel Testament, mystère de foi, qui sera répandu pour vous et pour plusieurs en rémission des péchés.
Toutefois cette opinion ne paraît pas admissible, car toutes les paroles qui viennent à la suite déterminent en quelque sorte ce qui a été dit d’abord, et appartiennent par conséquent au sens ou à la signification de la phrase. D’ailleurs, nous avons dit souvent que les formes des sacrements opèrent ce qu’elles signifient : donc toute la phrase appartient à la puissance effective de la forme. La raison qu’on apporte en faveur du sentiment contraire, à savoir que, dans la consécration du corps, il suffit de dire : Ceci est mon corps, n’a aucune valeur. En effet, le sang, consacré à part, représente spécialement la passion de Jésus-Christ, par laquelle le sang a été séparé du corps ; donc, pour consacrer le sang, il faut exprimer la vertu de la passion de Jésus-Christ, qui est l’objet qu’on a en vue, d’abord par rapport à notre faute, que cette passion efface, suivant cette parole de l’Apocalypse (I, 5) : "il nous a lavés de nos péchés en son sang." Quant à cet effet, il dit : qui sera répandu pour vous et pour plusieurs en rémission des péchés. En effet, ce sang a été versé pour la rémission des péchés, non seulement pour plusieurs, mais pour tous (1 Jean II, 2) : "Il est lui-même la victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde." Mais, comme quelques personnes se rendent indignes de profiter d’un semblable effet, c’est pour affirmer son efficacité qu’il est dit : répandu pour plusieurs, en qui la passion de Jésus-Christ produit son effet. L’Apôtre dit cependant à dessein, en termes exprès : pour vous et pour plusieurs, parce que ce sacrement opère pour la rémission des péchés dans ceux qui le reçoivent, en tant que sacrement, effet exprimé spécialement par ces mots : pour vous, à savoir pour ceux auxquels le Seigneur avait dit auparavant : Recevez. Il opère aussi, en tant que sacrifice, pour plusieurs qui ne le reçoivent pas, mais pour qui il est offert, ce qui est exprimé par ces mots : et pour plusieurs. Secondement, on considère dans ces paroles la vertu de la passion de Jésus-Christ par rapport à la vie de justice qu’elle produit par la foi ; (Rom., III, 24) : "Ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui vient de Jésus-Christ, que Dieu a offert pour être la victime de propitiation par la foi en son sang." On marque cet effet par ces mots : mystère, c’est-à-dire chose cachée, de foi, car la foi de la passion de Jésus-Christ était cachée dans tous les sacrifices de l’Ancien Testament, comme la vérité sous le signe. Or ce mystère, l’Eglise l’a reçu de la tradition des apôtres, puisqu’il n’est pas exprimé dans le canon des Ecritures. Troisièmement, on considère cette vertu par rapport à la vie de la gloire, dans laquelle les élus sont introduits par la passion de Jésus-Christ, suivant cette parole (Hébr., X, 19) : "Ayant donc, par le sang de Jésus-Christ, la liberté d’entrer dans le sanctuaire céleste avec une pleine confiance." On indique cet effet par ces mots : du nouveau et éternel Testament ; éternel, d’abord, car c’est la disposition de l’héritage éternel ; et nouveau, à la différence de l’ancien Testament, qui promettait les biens temporels. C’est pourquoi il est dit (Hébr., IX, 15) : "Par là il est devenu le médiateur du Testament nouveau, afin que par la mort qu’il a soufferte, ceux qui sont appelés reçoivent l’héritage de la promesse éternelle."
II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 25) : Faites ceci..., il prescrit l’usage de ce sacrement, en disant : Faites ceci, toutes les fois que vous boirez ce calice, en mémoire de moi, c’est-à-dire en mémoire de ma passion. Le Prophète dit dans ce sens (Lament., III, 20) : "Je repasserai ces choses dans ma mémoire, et mon âme se brisera en moi" et (Isaïe, XLIII, 7) : "Je me souviendrai des miséricordes du Seigneur."
Il faut remarquer ici que, pour les raisons ci-dessus apportées, on doit mettre du vin dans le calice, principalement en tout cas. On doit aussi y ajouter de l’eau, car il est probable que Jésus-Christ, à la Cène, donna à ses apôtres du vin trempé, suivant la coutume du pays, où, pour modérer la force du vin, tout le monde boit le vin coupé d’eau. La Sagesse dit (Prov., IX, 5) : "Buvez le vin que j’ai mélangé pour vous." Néanmoins, l’eau mêlée au vin marque le peuple chrétien qui est uni à Jésus-Christ par sa passion, selon cette parole (Apoc., XVII, 15) : "Les eaux sont les peuples et les nations." Quant à la participation par les fidèles au sang de Jésus-Christ, elle appartient à l’usage du sacrement, mais n’est pas de nécessité pour ce sacrement. Cependant la consécration du vin sans eau est valide, bien qu’il y ait faute de la part de celui qui consacre à ne pas suivre le rite de l’Eglise. Voilà pourquoi, si le prêtre, avant la consécration du vin, s’aperçoit qu’il n’a pas mêlé d’eau dans le calice, il doit en mettre. Que s’il ne s’en aperçoit qu’après la consécration, il ne doit pas en mettre, mais achever le sacrement ; car, après la consécration, on ne doit rien mêler au sang de Jésus-Christ, attendu que cette admixtion ne pourrait se faire sans quelque altération du vin consacré, ce qui serait un sacrilège. Quelques auteurs prétendent que, comme il a coulé de l’eau et du sang du côté de Jésus-Christ quand il était sur la croix, ainsi qu’il est rapporté (Jean XIX, 34), l’eau est changée en eau, comme le vin est changé en sang. Mais cette explication n’est pas admissible, car cette eau est la figure de l’ablution du baptême. D’autres disent qu’après que le vin est changé en sang, l’eau demeure dans sa propre substance et se trouve enveloppée par les accidents du vin. Mais ce sentiment n’est pas non plus admissible, car l’eau est mêlée au vin avant la consécration, à un moment où ce vin trempé ne diffère point d’un autre vin ; l’eau ne reste donc point à part, mais se mêle au vin. Il faut donc répondre que l’eau est changée en vin, et que le tout est changé au sang de Jésus-Christ. De là est venue la coutume de ne verser l’eau qu'en légère quantité, surtout si le vin est tellement faible qu’il ne puisse changer en sa substance que très peu d’eau.
III° Enfin, quand l’Apôtre dit (verset 26) : Car toutes les fois que, etc. il explique les paroles du Seigneur, qui avait dit : "Faites ceci en mémoire de moi." Il dit (verset 26) : Car toutes les fois que vous mangerez de ce pain, etc. ; et par ces mots de ce pain, il indique que les espèces demeurent. Il dit ce, parce que c’est numériquement le même corps qui est marqué et contenu sous le signe ; et de ce calice, c’est-à-dire toutes les fois que vous boirez de ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, à savoir en la représentant par ce sacrement, et cela jusqu’à ce qu’il vienne, c’est-à-dire jusqu’à son dernier avènement ; parole qui donne à entendre que ce rite de l’Eglise ne cessera pas jusqu’à la fin du monde, suivant cette parole (Matthieu XXVIII, 20) : "Je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle" ; et (Luc, XXI, 32) : "Cette génération," c’est-à-dire l’Eglise, "ne passera pas que tout cela n’arrive."
27. C’est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement sera coupable du corps et du sang du Seigneur.
28. Que l’homme donc réprouve lui-même, et qu’il mange ainsi de ce pain, et qu'il boive de ce calice ;
29. Car quiconque en mange et en boit indignement mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur.
30. C'est pour cette raison qu’il y a parmi vous beaucoup de malades et de languissants, et que plusieurs s'endorment.
31. Que si nous nous examinions nous-mêmes, nous ne serions pas ainsi jugés.
32. Mais lorsque nous sommes jugés de la sorte, c’est le Seigneur qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas jugés avec le monde.
33. C'est pourquoi, mes frères, lorsque vous vous assemblez pour ces repas, attendez-vous les uns les autres.
34. Si quelqu’un est pressé de manger, qu'il mange chez lui, afin que vous ne vous assembliez pas à votre condamnation. Je réglerai les autres choses lorsque je serai venu.
Après avoir relevé la dignité du sacrement de l’Eucharistie, saint Paul exhorte les fidèles à le recevoir avec respect. I° il montre le danger auquel s’exposent ceux qui le reçoivent mal ; II° il indique un remède salutaire (verset 28) : Que l’homme donc s’éprouve lui-même, etc.
I° Il dit donc d’abord (verset 27) : Ainsi donc, du moment que ce pain sacramentel donné comme nourriture, est le corps de Jésus-Christ, et que ce breuvage est le sang de Jésus-Christ (verset 27) : quiconque mangera ce pain ou boira la coupe du Seigneur indignement sera coupable du corps et du sang du Seigneur."
I. Il faut, dans ces paroles, remarquer comment on boit et on mange indignement. Suivant la Glose, cela arrive de trois manières :
1° quant à la célébration même de ce sacrement, à savoir quand on célèbre le sacrement eucharistique autrement que Jésus-Christ ne l’a enseigné, par exemple si l’on y offrait d’autre pain que celui de froment, ou une autre liqueur que le vin de la vigne. C’est pour cette raison qu’au chapitre X, 1 du Lévitique, on rapporte que Nadab et Abiu, fils d’Aaron, ayant offert devant le Seigneur "un feu étranger, contrairement aux ordres reçus, un feu sorti de devant le Seigneur les dévora."
2° Quand on s’approche de l’Eucharistie sans dévotion. Cette absence de dévotion toutefois peut n’être que vénielle, par exemple si quelqu’un y vient l’esprit préoccupé des choses du siècle, mais conservant pourtant habituellement le respect dû à ce sacrement. Et cette absence de dévotion, bien qu’elle empêche le fruit qu’on retirerait de ce sacrement, à savoir la réfection spirituelle, ne rend pas coupable du corps et du sang du Seigneur, comme le dit ici l’Apôtre. Mais il est manque de dévotion qui est péché mortel : c’est celle qui est jointe au mépris du sacrement ; (Malachie 1, 12) : "Et vous avez déshonoré mon nom parce que vous dites : La table du Seigneur est souillée, et les offrandes qu’on y dépose sont méprisables." La Glose parle de ce manque de dévotion, péché mortel[6].
3° Enfin on appelle indigne celui qui s’approche de l’Eucharistie avec la volonté de pécher mortellement. En effet, on lit au Lévitique (XXI, 23) : "Que celui qui a une tache ne s’approche point de l’autel du Seigneur." Or on regarde comme ayant la tache du péché, quiconque a la volonté de pécher, volonté que la pénitence enlève, par la contrition d’abord, qui efface la volonté de pécher, si elle est accompagnée du bon propos de se confesser et de satisfaire : car la contrition remet la faute et la peine éternelle ; par la confession ensuite, et par la satisfaction, qui procurent la rémission totale de la peine et la réconciliation au corps de l’Eglise. Par conséquent, dans un cas de nécessité, quand, par exemple, on n’a pas la possibilité de se confesser, la contrition suffit pour la réception de ce sacrement ; mais régulièrement, la confession accompagnée de quelque satisfaction doit précéder. Aussi (livre des Dogmes ecclésiastiques, chap. I), il est dit : "Que celui qui doit communier satisfasse par ses larmes et la prière, et, plein de confiance dans le Seigneur, après s’être ainsi purifié, qu’il s’approche de la sainte Eucharistie sans crainte ni frayeur. Toutefois je ne parle que de celui qui n’est pas chargé de fautes capitales et mortelles ; car pour celui qui est souillé de fautes mortelles commises depuis son baptême, je l’exhorte à satisfaire d’abord par la pénitence publique, et à ne s’approcher de la communion qu’après s’être réconcilié par le jugement du prêtre ; s’il ne veut recevoir l’Eucharistie pour sa condamnation." Cependant il semble qu’on puisse dire que les pécheurs ne s’approchent pas indignement de ce sacrement. Car on y reçoit Jésus-Christ, qui est le médecin spirituel, comme il l’a dit en parlant de lui-même (Matthieu IX, 12) : "Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades." Il faut répondre que ce sacrement est un aliment spirituel, de même que le baptême est une naissance spirituelle. Or on naît pour vivre, mais on ne reçoit pas de nourriture si l’on n’est vivant. Voilà pourquoi ce sacrement ne peut convenir aux pécheurs, qui ne vivent pas encore par la grâce, bien que le baptême leur convienne. De plus, l’Eucharistie est le sacrement de la charité et de l’unité de l’Eglise, comme saint Augustin le dit (Sur Jean, ch. X). Du moment donc que le pécheur manque de la charité, et qu’il est, à juste titre, séparé de l’unité de l’Eglise, s’il s’approche de ce sacrement, il fait un acte qui manque de vérité, donnant à entendre qu’il a la charité, tandis qu’il ne l’a pas. Cependant, parce que le pécheur conserve quelquefois la foi de ce sacrement, il lui est permis de le voir, ce qui est absolument refusé aux infidèles, comme saint Denis l’a dit (livre de la Divine Hiérarchie, chap. III).
II. Il faut ensuite considérer comment celui qui reçoit indignement ce sacrement est coupable du corps et du sang de Jésus-Christ. La Glose l’explique de trois manières :
1° il est coupable matériellement. En effet, il devient coupable du péché commis à l’égard du corps et du sang de Jésus-Christ, en tant que Notre Seigneur est contenu dans ce sacrement reçu indignement, et ainsi la faute n’en est que plus grande, car elle l’est d’autant plus que celui contre lequel on pèche est lui-même plus élevé ; (Hébr., X, 29) : "Songez combien mérite de plus grands supplices celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu et aura profané le sang de l’alliance."
2° La Glose l’explique par similitude, et donne ce sens : "Il sera coupable du corps et du sang du Seigneur," et portera le châtiment de la mort du Seigneur, c’est-à-dire il sera puni comme s’il avait mis à mort Jésus-Christ, selon cette parole (Hébr., VI, 6) : "Ils crucifient de nouveau Jésus-Christ, et l’exposent à l’ignominie."
Selon cette explication, le péché de ceux qui reçoivent indignement le corps de Jésus-Christ ne parait-il pas le plus grave qui se puisse commettre ? Il faut dire que le péché peut acquérir de la gravité de deux manières : d’abord, par l’espèce même du péché, qui se caractérise du côté de son objet ; dans ce sens, le péché commis contre la divinité, par exemple l’infidélité, le blasphème ou quelque autre de ce genre, est plus grave que le péché commis contre l’humanité de Jésus-Christ. Aussi le Seigneur dit-il lui-même (Matthieu XII, 32) : "Quiconque parle contre le Fils de l’homme, il lui sera remis ; mais si quelqu’un parle contre le Saint Esprit, il ne lui sera pas remis. " De plus, le péché est plus grave quand il est commis contre l’humanité de Jésus-Christ dans sa forme propre que dans la forme sacramentelle. En second lieu, la gravité d’un péché se mesure du côté du pécheur. Or celui-là qui pèche par haine, par jalousie ou par quelque autre malignité, comme les gens qui crucifièrent Jésus-Christ, pèche plus grièvement que celui qui succombe par faiblesse, comme il arrive quelquefois pour ceux qui s’approchent indignement de ce sacrement. Il ne faut donc pas comprendre, de ce qui précède, que le péché de ceux qui reçoivent indignement l’Eucharistie soit semblable au crime de ceux qui ont mis à mort Jésus-Christ, sous le rapport de l’égalité, mais sous le rapport de l’espèce, car l’un et l’autre attaquent ce même Jésus-Christ.
3° On donne à ces paroles : "Il sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ," ce sens : le corps et le sang de Jésus-Christ font de lui un coupable. En effet, le bien, quand on le prend mal, est nuisible, comme le mal, quand on en a fait bon usage, est profitable, par exemple l’aiguillon de Satan pour saint Paul. Par ces paroles donc, se trouve réfutée l’erreur de ceux qui disent qu’aussitôt que ce sacrement est touché par les lèvres du pécheur, le corps de Jésus-Christ cesse d’y être présent. L’apôtre les contredit en disant (verset 27) : Quiconque donc mangera ce pain ou boira ce calice du Seigneur indignement. Car d’après le sentiment erroné que nous réfutons, aucun pécheur indigne ne mangerait ni ne boirait. Cette opinion est opposée à la vérité du sacrement, d’après laquelle le corps et le sang de Jésus-Christ résident dans l’Eucharistie aussi longtemps que subsistent les espèces, en quelque lieu qu’elles soient.
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 28) : Que l’homme donc s’éprouve lui-même, etc., il indique le remède qui préviendra le danger dont il vient de parler. I. Il indique ce remède ; II. il en donne la raison (verset 29) : Car celui qui mange, etc. ; III. il explique cette raison par une preuve (verset 30) : C’est pourquoi parmi vous, etc.
I. Il dit donc : Puisque celui qui reçoit indignement ce sacrement se rend coupable d’un si grand crime, il est donc nécessaire d’abord (verset 28) que l’homme s’éprouve lui-même, c’est-à-dire examine avec soin sa conscience, de peur qu’il n’y ait en lui la volonté de pécher mortellement, ou quelque autre péché ancien dont il ne se serait pas suffisamment repenti. Et alors, après cet examen fait avec attention, désormais en sûreté, qu’il mange de ce pain et boive de ce calice ; car pour ceux qui le reçoivent dignement ce n’est plus un aliment dangereux, mais un remède ; (Gal., VI, 4) : "Que chacun examine bien ses propres actions" ; et (I1 Cor., XIII, 5) : "Si vous êtes dans la foi au Christ, éprouvez-vous vous-mêmes."
II. Lorsqu’il dit (verset 29) : Car celui qui mange et boit indignement, etc., saint Paul assigne la raison du remède qu’il a indiqué, en disant : Si la préparation est d’abord exigée, c’est que (verset 29) : celui qui mange et qui boit indignement, mange et boit son propre jugement, c’est-à-dire sa condamnation, dans le sens de ces paroles (Jean V, 29) : "Ceux qui auront mal agi ressusciteront pour la résurrection du jugement" ; (verset 29) : ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur, c’est-à-dire parce qu’il ne discerne pas des autres aliments le corps du Seigneur, le prenant indifféremment, comme on prend un aliment ordinaire ; (Lévit., XXII, 3) : "Tout homme de votre race qui, étant devenu impur, s’approche des choses qui auront été consacrées, périra devant le Seigneur."
On objecte ces paroles de saint Jean (VI, 58) : "Celui qui me mange vivra aussi par moi." Il faut répondre qu’il y a deux manières de manger ce sacrement, l’une spirituelle, l’autre sacramentelle. Quelques-uns donc mangent ce sacrement tout à la fois sacramentellement et spirituellement; ce sont ceux qui le reçoivent avec de telles dispositions, qu’ils participent aussi à ce que contient ce sacrement, à savoir la charité qui constitue l’unité de l’Eglise. C’est à ceux-là que s’applique la parole du Seigneur citée plus haut : "Celui qui me mange vivra aussi par moi." D’autres mangent l’Eucharistie mais seulement sacramentellement ; ce sont ceux qui considèrent ce sacrement de telle sorte, lorsqu’ils le reçoivent, qu’ils n’ont pas ce que contient ce sacrement, à savoir la charité. A ceux-là on applique les paroles de Paul : Celui qui mange et qui boit indignement mange son jugement et boit sa condamnation. Outre ces deux manières de recevoir ce sacrement, il en est une troisième, qui consiste à le manger accidentellement, à savoir lorsqu’on le reçoit, mais pas comme un sacrement, ce qui peut arriver de trois manières. Premièrement, quand un fidèle reçoit une hostie qu'il ne croit pas consacrée, bien qu’elle le soit, ce fidèle, en effet, a l’habitude d’user du sacrement, n’en use pas « en acte » comme d’un sacrement. Secondement, quand un infidèle qui ne croit pas à ce sacrement, reçoit une hostie consacrée ; car cet infidèle n’a pas l’habitude d’user de ce sacrement, et n’en a que la puissance. Troisièmement, quand une souris ou un autre animal sauvage ronge une hostie consacrée, car cet animal ne saurait avoir la puissance d’en user. Donc, puisque ceux qui reçoivent spirituellement ce sacrement acquièrent la vie, il y a des fidèles qui sentent le besoin de s’en approcher fréquemment. Egalement, de ce que ceux qui le reçoivent indignement se préparent leur jugement, d’autres s’effrayent et ne le prennent que rarement : l’une et l’autre conduite paraissent dignes d’éloges. Car nous lisons en Luc (XIX, 6) que Zachée reçut chez lui le Sauveur avec joie, et en cela sa charité est louée. Nous lisons aussi dans le même évangéliste (VII, 6) que le Centurion dit au Seigneur : "Je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison" et en cela paraissent avec éclat l’honneur et le respect qu’il porte au Christ. Mais parce que, à considérer la chose en soi, l’amour est préférable à la crainte, il paraît meilleur de s’approcher plutôt plus fréquemment que plus rarement de l’Eucharistie. Cependant, comme ce qui est préférable en soi peut l’être moins relativement à tel ou tel, chacun doit examiner en soi-même quels fruits il retire de la réception fréquente de ce sacrement. Si l’on reconnaît que l’on fait des progrès dans la ferveur de la dévotion pour Jésus-Christ, que l’on a plus de force pour résister aux péchés (qui triomphent plus ordinairement des hommes), on doit s’approcher fréquemment. Si, au contraire, à cause de sa réception fréquente, on éprouve moins de respect jour ce sacrement, c’est un avertissement qu’on doit s’en approcher plus rarement. C’est pourquoi l’auteur du livre des Dogmes ecclésiastiques dit : "De recevoir la sainte Eucharistie tous les jours, je ne le loue ni je ne le blâme."
III. A ces paroles (verset 30) : C’est pourquoi il y en a beaucoup parmi vous, etc…, l’Apôtre développe, par une preuve, la raison qu’il a donnée. 1° Il indique cette preuve ; 2° il en assigne la cause (verset 31) : Que si nous nous jugions nous-mêmes, etc…
1° Sur le premier de ces points, il faut remarquer que, comme le dit saint Augustin (Cité de Dieu, liv. 1, ch. VIII) : "Si tout péché était manifestement puni de Dieu en ce monde, on croirait que rien n’est réservé au dernier jugement. D’autre part, s’il ne punissait maintenant aucun péché, on croirait que la divine Providence n’existe pas. Donc, en signe du jugement à venir, Dieu, même en ce monde, châtie temporellement quelques individus pour leur péché. Nous le voyons agir ainsi, surtout après la promulgation de la Loi soit nouvelle, soit ancienne ; car nous lisons dans l’Exode (XXXII, 28) que plusieurs milliers d’hommes furent mis à mort après le crime de l’adoration du veau d’or. On lit aussi aux Actes (V, 1 à 11) qu’Ananie et Saphire furent frappés de mort pour leur péché de mensonge et de vol. C’est pour cette raison encore que le péché commis par l’indigne réception de l’Eucharistie était puni de Dieu dans la personne de certains au temps de la primitive Eglise, soit par une infirmité corporelle, soit même par la mort. Aussi saint Paul dit-il (verset 30) : C’est pourquoi, c’est-à-dire en preuve du jugement futur, il y en a parmi vous beaucoup qui, ayant reçu indignement le corps de Jésus-Christ, sont châtiés par des infirmités corporelles ; (Psaume XV, 4) : "Ils ont multiplié leurs infirmités" – et sont faibles, c’est-à-dire travaillés par une longue indisposition, et beaucoup sont endormis, à savoir de la mort corporelle, dans le sens où l’on prend le mot sommeil (I Thess., IV, 13) : "Nous ne voulons pas que vous soyez dans l’ignorance pour ce qui regarde ceux qui dorment."
2° En ajoutant (verset 31) : Que si nous nous jugions nous-mêmes, etc. saint Paul donne une double raison de la preuve qu’il a indiquée : la première est prise de notre côté ; la seconde, du côté de Dieu (verset 32) : mais lorsque nous sommes jugés, etc.
A) Or, de notre côté, la cause du châtiment divin est notre négligence, parce que nous négligeons de punir, sur nos propres personnes, les péchés que nous avons commis. C’est de là que saint Paul dit (verset 34) : que si nous nous jugions nous-mêmes, en réprimant et en punissant nos péchés, nous ne serions pas jugés, c’est-à-dire nous ne serions pas punis par Dieu, ni dans le temps à venir, ni même dans le temps présent.On objecte ce passage expliqué plus haut (IV, 3) : Je ne me juge pas moi-même ; et (Rom., XIV, 22) : "Heureux celui que sa conscience ne condamne pas !" Il faut répondre qu’on peut se juger soi-même de trois manières : d’abord par voie de discussion : dans ce sens, on doit se juger soi-même et quant aux oeuvres accomplies, et quant aux oeuvres à accomplir, selon cette parole (Gal., VI, 4) : "Que chacun examine bien ses propres actions." Ensuite par voie de sentence, en s’absolvant soi-même, comme si l’on se jugeait innocent quant au passé : dans ce sens, personne ne doit se juger soi-même et se regarder innocent, suivant cette parole (Job, IX, 20) : "Si j’entreprends de me justifier, ma propre bouche me condamnera. Si je veux montrer que je suis innocent, elle me convaincra d’être coupable." Enfin par voie de condamnation, comme si l’on faisait une chose qu’on juge soi-même être mauvaise ; c’est dans ce sens qu’on entend le passage cité : "Heureux celui que sa conscience ne condamne pas en ce qu’il approuve !" Mais quant aux oeuvres déjà faites, chacun doit se juger soi-même en se reprenant et en se punissant pour ce qu’il a fait de mal. C’est dans ce sens qu’il est dit (Job XIII, 15) : "J’exposerai mes voies en sa présence" ; et (Job, XXIII, 4) : "Je proposerai ma cause devant lui, je remplirai ma bouche de preuves." De ce jugement, saint Augustin dit (De la Pénitence), et la Glose cite ici ce passage : Que l’image du jugement à venir soit devant nos yeux ; que l’homme s’élève devant ses propres yeux contre lui-même ; et, après avoir établi ainsi un tribunal dans son propre coeur, que la pensée remplisse la fonction d’accusateur, la conscience celle de témoin, et le coeur l’office de bourreau ; ensuite que le sang de l’âme pénitente coule dans ses larmes, et que l’homme enfin prononce lui-même la sentence, de sorte que l’homme se regarde comme indigne de participer au corps et au sang du Seigneur.
B) En ajoutant (verset 32) : Mais lorsque nous sommes jugés, etc. , l'Apôtre indique la cause, en la prenant du côté de Dieu. Il dit : Mais lorsque nous sommes jugés, c’est par le Seigneur, à savoir que nous sommes punis dans ce monde, que nous sommes repris, c'est-à-dire que Dieu nous reprend pour nous corriger ; en d’autres termes, afin que chacun, par suite de la peine qu’il ressent, s’écarte du péché. De là ces paroles de Job (V, 17) : "Heureux l’homme que Dieu corrige lui-même !" et (Prov., III, 12) : "Le Seigneur châtie celui qu’il aime." Ou bien encore, le châtiment de l’un empêche l’autre de pêcher : (Prov., XIX, 25) : "Quand l’homme corrompu est châtié, l’insensé devient plus sage" ; et cela se fait (verset 32) : afin que nous ne soyons pas condamnés, de la condamnation éternelle par le jugement à venir, avec le monde, c’est-à-dire avec les hommes qui aiment le monde.
III° Enfin, lorsque l’Apôtre dit (verset 33) : C’est pourquoi, mes frères, etc., il ramène les Corinthiens à la pratique convenable de ce sacrement. I. Il indique ce qu’il règle pour le moment même ; II. il promet de régler le reste plus tard (verset 34) : Je réglerai le reste.
I. Sur la première partie,
1° il définit ce qu’il règle, en disant (verset 33) : C’est pourquoi, mes frères, etc., pour que personne ne se hâte de prendre son repas avant ses frères, lorsque vous vous assemblez, à savoir dans l’église, pour manger le corps de Jésus-Christ, attendez-vous les uns les autres, en sorte que vous preniez tous votre repas en commun. C’est ainsi qu’il est dit (Exode XII, 6) : "Toute la multitude des enfants d’Israël immolera un chevreau."
2° Il répond à une excuse, en disant (verset 34) : Que si quelqu’un a faim, et ne peut pas attendre aussi longtemps, qu’il mange chez lui, à savoir des aliments ordinaires, et qu’alors il ne reçoive pas l’Eucharistie ; (Ecclésiastique XXXVI, 20) : "L’estomac reçoit toute espèce de nourriture."
3° Il en assigne la raison, en disant (verset 34) : afin que vous ne vous assembliez pas, à savoir dans le dessein de recevoir le corps de Jésus-Christ pour votre jugement, c’est-à-dire pour votre condamnation.
II. Il exprime sa promesse, en disant (verset 34) : Quant au reste, c’est-à-dire quant à ce qui n’expose pas à un danger aussi grand, lorsque je serai venu, en d’autres termes présent parmi vous, je le réglerai, à savoir comment vous devez observer toutes ces choses. On voit par là que l’Eglise tient des apôtres un grand nombre de règlements qui ne sont pas renfermés dans l’Ecriture ; (Ecclésiastique X, 3) : "Les cités se peupleront par le bon sens des gens prudents," en d’autres termes, les églises seront réglées par la sagesse des Apôtres.
[6] Le péché véniel n’est pas un obstacle à la communion ; il ne la rend point indigne. Mais celui qui communie en conservant de l’affection pour le péché véniel est privé en partie des fruits du sacrement.