9. C’est pourquoi Dieu l’a choisi, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom
10. Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers,
11. Et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père.
12. Ainsi, mes chers frères, comme vous avez toujours été obéissants, ayez soin, non seulement lorsque je suis présent parmi vous, mais encore plus lorsque je suis absent, d’opérer voire salut arec crainte et tremblement.
13. Car c'est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire, selon qu’il lui plait.
I° L’Apôtre a relevé l’humilité de Jésus-Christ, il relève ici sa récompense, qui est l’exaltation et la gloire ; (Luc, XIV, 11 et XVIII, 14). "Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé" ; (Job, XXII, 29) : "Celui qui aura été humilié, sera dans la gloire". Remarquez ici une triple exaltation du Christ : d’abord par la gloire de sa résurrection (verset 9) : C’est pourquoi Dieu l’a élevé, etc... ; ensuite par la manifestation de sa divinité (verset 9) : et il lui a donné un nom, etc... ; enfin par l’hommage respectueux de toutes les créatures (verset 10) : afin qu’au nom de Jésus, etc...
I. L’Apôtre dit donc (verset 9) : C’est pourquoi Dieu l’a élevé, c'est-à-dire en le ressuscitant d’entre les morts ; de plus en le faisant passer de la condition mortelle à l’immortalité ; (Rm VI, 9) : "Le Christ, ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus; la mort n’aura plus d’empire sur lui" ; (Psaume CXVII, 16) : "La droite du Seigneur m’a élevé; je ne mourrai point, mais je vivrai." Dieu l’a élevé encore en le plaçant à sa droite ; (Ephés., 1, 20) : "En le faisant asseoir à sa droite dans le ciel, au-dessus de toutes les Principautés, et de toutes les Puissances, de toutes les Vertus, et de toutes les Dominations, et de tous les noms, etc..."
II. Il est vrai toutefois que d’autres sont aussi exaltés dans la gloire et dans l’immortalité. Mais le Christ l’a été davantage, car (verset 9) il lui a donné un nom, etc... Or le nom est imposé pour signifier la chose, et plus la chose marquée par le nom est relevée, plus aussi le nom est grand. Voilà pourquoi le nom de la divinité est plus élevé ; (Psaume VIII, 2) : "Seigneur, vous qui êtes notre Seigneur, que votre nom est admirable dans toute la terre, etc..." Ce nom donc, qui l’a fait appeler Dieu, et qui l’a fait tel, il le lui a donné; c'est-à-dire que le Père l’a donné au Christ, comme à un Dieu véritable. Photin a prétendu que ce nom est ici indiqué comme récompense de l’humilité du Christ et soutient qu’il n’est pas vrai Dieu, mais que ce nom lui a été donné comme une sorte de prééminence sur les créatures, et de ressemblance avec la divinité. C’est une erreur, puisque nous avons lu plus haut (verset 6) : qui ayant la forme de Dieu, etc... Il faut donc reconnaître qu’il y a en Jésus-Christ deux natures et une seule personnalité. Cette personne est Dieu et homme, et par suite ce passage peut être expliqué de deux manières. D’abord en ce sens que Dieu le Père lui aurait donné ce nom en tant qu’il est Fils de Dieu, et cela de toute éternité par sa génération éternelle. Cette donation n’est autre que sa génération éternelle ; (Jean, V, 26) : "Car comme mon Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d’avoir la vie en lui-même, etc..." Ensuite en s’entendant du Christ fait homme; et dans ce sens le Père lui a donné, en tant qu’homme, ce nom, en sorte qu’il fût Dieu, non point par nature, car autre est la nature divine, autre la nature humaine, mais afin qu’il fût Dieu, par la grâce non d’adoption, mais d’union, par laquelle il devait être à la fois Dieu et homme ; (Rm I, 4) : "Il a été prédestiné Fils de Dieu en puissance," lui qui est né, selon la chair, du sang de David. Telle est l’explication de saint Augustin qui est entré dans la pensée de l’Apôtre. On trouve quelque chose de semblable aux Actes (II, 36) : "Que toute la maison d’Israël sache très certainement, etc..." La première explication est de saint Ambroise.
On fait une objection contre ces deux explications, et l’on demande pourquoi l’Apôtre, après avoir dit (verset 8) : Il s’est humilié lui-même, etc..., ajoute à la suite : C’est pourquoi Dieu l’a élevé, etc..., puisque la récompense ne saurait précéder le mérite. La génération éternelle, ni l’incarnation ne sont donc pas la récompense de la passion de Jésus Christ, puisqu’elles la précèdent. Il faut répondre, que dans la Sainte Ecriture, on dit qu’une chose se fait, quand elle est manifestée. Dieu lui a donc donné un nom, c'est-à-dire, il a fait connaître au monde que ce nom lui appartenait; or cette manifestation s’est faite dans sa résurrection, car auparavant la divinité de Jésus-Christ n’était pas ainsi connue.
III. Cette explication s’accorde avec le texte qui suit, dans lequel il semble qu’on lui donne, non parce qu’il n’avait pas déjà ce qu’on lui donne, mais afin que tous le vénèrent. Or l’Apôtre distingue ici deux sortes de vénération, d’abord par la dépendance des oeuvres et ensuite par la confession orale ; (verset 11) : et que toute langue, etc…
1° Il dit donc (verset 9) : et il lui a donné un nom, qui est au-dessus de tous les noms, même en tant qu’il est homme. C’est pour quoi l’Apôtre ajoute (verset 10) : afin qu’au nom de Jésus, qui est son nom comme homme, tout genou fléchisse ; (Philipp., II, 10) et (Isaïe, XLV, 24) : "Tout genou fléchira devant moi, etc..." Il y a, à l’occasion de ce passage, une erreur d’Origène, qui lisant : « afin que tout genou fléchisse », ce qui n’est autre chose que témoigner de la vénération, y trouva qu’un jour, toute créature raisonnable, anges, hommes, ou démons seraient soumis au Christ par la charité. Mais cette opinion est contredite par ce qu’on lit en saint Matthieu (XXV, 41) : "Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel, etc..." Cependant, il faut dire qu’il y a deux sortes de soumission : l’une volontaire, l’autre involontaire. Il arrivera un jour, que tous les saints anges seront soumis au Christ d’une soumission volontaire; et c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 10) : afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, expression où il met le signe pour la chose signifiée ; (Psaume XCVI, 7) : "Adorez-le, vous tous qui êtes ses anges. " Les bienheureux, les saints et les justes lui seront également soumis et de la même manière ; (Psaume LXXXV, 9) : "Toutes les nations que vous avez créées viendront se prosterner devant vous, Seigneur, et vous adorer; elles rendront gloire à votre nom." Mais des démons et des réprouvés, il n’en est pas ainsi : ils sont soumis malgré leur volonté ; (Jacques II, 19) : "Les démons croient, et ils tremblent, etc..."
2° Quand saint Paul dit ensuite (verset 11) : et que toute langue confesse, etc...", il indique le témoignage du respect par la confession des lèvres. Que toute langue, à savoir des êtres qui sont dans le ciel, sur la terre, et dans les enfers. Par rapport aux enfers, l’Apôtre ne dit point ceci de la confession de louange, mais de la confession forcée qu’on rend par la connaissance qu’on y a de Dieu ; (Isaïe, XL, 5) : "Toute chair verra en même temps que c'est la bouche du Seigneur qui a parlé, etc..." ; (Psaume XCVIII, 3) : "Qu’ils rendent gloire à votre grand nom, parce qu’il est terrible et saint, etc..." Et cela, parce que le Seigneur Jésus-Christ, etc...., c'est-à-dire ce Jésus fait homme est dans la gloire de Dieu, etc... Il ne dit point dans une gloire semblable, parce que c'est la même gloire ; (Jean, V, 23) : "afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père." Remarquez que de même qu’il a dit d’abord (verset 7) qui ayant la forme de Dieu, etc..., il dit maintenant dans la gloire, parce qu’il devait arriver que ce qu’il possédait de toute éternité, serait manifesté à tous, ainsi qu’il est dit (Jean, XVII, 5) : "Maintenant donc, mon Père, glorifiez-moi en vous-même de cette gloire que j’ai eue en vous, avant que le monde fût."
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 13) : C’est pourquoi, mes bien-aimés, etc..., il conclut son exhortation, en trois points. Premièrement il engage à pratiquer le bien; secondement il montre comment ils doivent agir ; (verset 14) : Faites donc toutes choses, etc... ; troisièmement il dit avec quel fruit ils le feront (verset 15) : afin que vous soyez irrépréhensibles, etc... La première partie se subdivise en trois. L’apôtre I. rappelle leur obéissance passée II. il explique ce qu’ils doivent faire (verset 12) : non seulement lorsque je suis présent, etc... ; III. il excite leur confiance pour l’accomplir (verset 15) : car c'est Dieu qui opère, etc...
I. Il dit donc : Puisque le Christ s’est humilié à ce point, et que pour s’être humilié il a été ainsi élevé, vous devez savoir que si vous vous humiliez, vous aussi vous serez élevés. Et vous devez le faire, parce que (verset 12) toujours vous avez été obéissants. Saint Paul fait mention ici leur obéissance, en relevant le bien qu’ils ont fait, car par l’obéissance on entend toutes les vertus. En effet, ce qui rend l’homme juste, c'est qu’il garde les commandements de Dieu ; (Rm VI, 16) : "Vous demeurez esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l’obéissance pour la justice, etc...". De plus ce qui est bien, quel qu’il soit et quelque bon qu’il soit par lui-même, devient meilleur par l’obéissance ; (Proverbes XXII, 28) : "Celui qui obéit sera victorieux dans ses paroles." Enfin, parmi les vertus, l'obéissance est la plus grande. En effet, offrir des biens extérieurs, est grand; il est plus grand, d’offrir ce qui appartient au corps; mais il est très grand d’offrir ce qui tient à l’âme, et à la volonté; or ceci se fait par l’obéissance ; (I Rois, XV, 22) : "L’obéissance est meilleure que les victimes, et il vaut mieux obéir au Seigneur que de lui offrir la graisse des béliers, etc... Si donc vous avez toujours agi ainsi, je vous engage à ce qu’il en soit de même à l’avenir.
II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 12) : non seulement lorsque je suis présent parmi vous, etc..., il explique ce qu’ils doivent faire.
1° Il leur recommande d’agir avec fidélité, car le serviteur infidèle ne sert que quand son maître le voit, parce qu’il ne cherche qu’à se rendre agréable, mais le serviteur fidèle fait le bien en toute circonstance ; c'est ce qui fait dire à l’Apôtre : non seulement lorsque je suis présent parmi vous, parce qu’alors il semblerait que vous ne le feriez point par l’inspiration de votre bonne volonté ; (Ephes., VI, 6) : "Ne servez pas vos maîtres seulement lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux hommes, mais comme serviteurs de Jésus-Christ, faisant de bon cœur la volonté de Dieu. Servez-les donc avec affection, regardant en eux le Seigneur, et non les hommes."
2° Avec humilité (verset 12) : avec crainte et tremblement, etc... car ce n’est pas l’orgueilleux qui craint, c'est celui qui est humble ; (1 Co X, 12) : "Que celui donc qui croit être ferme, prenne bien garde de pas tomber" ; (Prov., XXVIII, 14) : "Heureux l’homme qui est toujours dans la crainte" ; (Psaume II, 11) : "Servez le Seigneur dans la crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement."
3° Enfin, dans le désir d’opérer leur salut (verset 12) : opérez votre salut ; (Mt XXIV, 13) : "Celui-là sera sauvé, qui persévérera jusqu’à la fin."
III. En disant (verset 15) : Car c'est Dieu qui, etc..., saint Paul excite leur confiance, et renverse en même temps quatre fausses présomptions. La première est celle de ceux qui s’imaginent que l’homme peut se sauver, sans le secours divin, par le libre arbitre. Contre cette présomption, l’Apôtre dit (verset 15) : Car c'est Dieu, etc... ; (Jean, XIV, 10) : "Mon Père qui demeure en moi, fait lui-même les oeuvres que je fais" ; et (XV, 5) : "Vous ne pouvez rien faire sans moi." D’autres nient absolument le libre arbitre, et prétendent que l’homme est conduit soit par le destin, soit par la providence divine. Saint Paul repousse cette erreur, quand il dit (verset 15) : en vous, parce que Dieu détermine intérieurement, au moyen de l’inspiration, la volonté à faire le bien ; (Isaïe, XXVI, 12) : "C’est vous qui avez fait en nous, toutes nos oeuvres." La troisième espèce de présomption est celle des Pélagiens, qui disent, comme ceux de la première espèce, qu’il y a en nous l’élection, mais que l’exécution de l’oeuvre vient de Dieu, en sorte que le vouloir vient de nous et le faire de Dieu. L’Apôtre les condamne, quand il dit (verset 12) : le vouloir et le faire ; (Rm IX, 16) : "Ainsi cela ne dépend ni de celui qui veut, à savoir de vouloir, sans le secours de Dieu, ni de celui qui court, à savoir de courir, mais de Dieu qui fait miséricorde." La quatrième est celle de ceux qui disent que Dieu fait tout le bien qui est en nous, et cela par nos mérites. L’Apôtre repousse cette erreur, quand il dit (verset 15) : selon qu’il lui plait, c'est-à-dire selon sa volonté, et non pas suivant nos mérites, car avant la grâce de Dieu, il n’y a en nous aucune espèce de mérite ; (Psaume L, 20) : "Seigneur, traitez favorablement Sion; faites-lui sentir les effets de votre bonne volonté."
14. Faites donc toutes choses sans murmurer et sans disputer,
15. Afin que vous soyez irrépréhensibles et sincères, et qu’étant enfants de Dieu, vous soyez sans tache au milieu d’une nation dépravée et corrompue, parmi laquelle vous brillez comme des astres dans le monde,
16. Portant en vous la parole de vie, pour m’être un sujet de gloire au jour du Christ, comme n’ayant pas couru en vain, ni travaillé en vain
17. Mais lors même que mon sang serait répandu comme une aspersion sur le sacrifice et le culte de votre foi, je m’en réjouirais pour vous et vous en féliciterais tous;
18. Et vous devriez alors vous en réjouir vous-mêmes et m’en féliciter.
19. Or, j’espère qu’avec la grâce du Seigneur Jésus, je vous enverrai bientôt Timothée, afin que je sois aussi consolé, apprenant de vos nouvelles.
20. Car je n’ai personne qui soit autant que lui uni avec moi d’esprit et de coeur, ni qui se porte plus sincèrement à prendre soin de ce qui vous touche;
21. Parce que tous cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ.
22. Or vous savez déjà l’épreuve que j’ai faite de lui, puisqu’il a servi avec moi dans la prédication de l’Evangile comme un fils sert à son père.
23. J’espère donc vous l’envoyer aussitôt que j’aurai mis ordre à ce qui me regarde,
24. Et je me promets aussi de la bonté du Seigneur, que j’irai moi même vous voir bientôt.
25. Cependant j’ai cru qu’il était nécessaire de vous envoyer mon frère Epaphrodite, qui est mon aide dans mon ministère et mon compagnon dans mes combats, qui est votre Apôtre et qui m’a servi dans mes besoins,
26. Parce qu’il désirait vous voir tous; et il était fort en peine de ce que vous aviez su sa maladie.
27. Car il a été en effet malade jusqu’à la mort; mais Dieu a eu pitié de lui, et non seulement de lui, mais aussi de moi, afin que je n’eusse pas affliction sur affliction.
28. C’est pourquoi je me suis hâté de le renvoyer, pour vous donner la joie de le revoir, et pour me tirer moi-même de peine.
29. Recevez-le donc avec toute sorte de joie en Notre Seigneur, et honorez de telles personnes
30. Car il s’est vu tout proche de la mort pour avoir voulu servir à l’œuvre du Christ, exposant sa vie, afin de suppléer par son assistance à celle que vous ne pouviez me rendre vous-mêmes.
I° L’Apôtre, dans ce qui précède, a engagé les Philippiens à opérer les oeuvres du salut; il leur apprend ici la manière de le faire. Et d’abord il leur donne cet enseignement; ensuite il en assigne la raison (verset 15) : afin que vous soyez irréprochables, etc...
I. Il indique donc une double disposition pour opérer ces oeuvres; c'est de le faire (verset 14) sans murmures et sans hésitation. Les oeuvres des vertus sont en effet très difficiles, et on y trouve l’occasion de murmurer ; (1 Co X, 10) : "Ne murmurez point, comme le firent quelques-uns de nos pères, qui furent frappés de mort par l’ange exterminateur." Et n’hésitez pas dans leur accomplissement ; (Jacques 1, 6) : "Celui qui est dans la défiance ressemble au flot de la mer, qui est agité et emporté ça et là par la violence du vent, etc..."
II. L’Apôtre en donne la raison, 1° par ce qui leur est personnel; 2° par ce qui le concerne lui-même (verset 16) : pour m’être un sujet de gloire, etc...
1° De leur côté, l’Apôtre donne une triple raison. A) La première tirée de leurs rapports avec les fidèles, lorsqu’il dit (verset 15) : afin que vous soyez irrépréhensibles ; (Luc, I, 6) : "Ils marchaient dans l’observance de tous les commandements et de toutes les ordonnances du Seigneur, d’une manière irrépréhensible." Nul ne saurait être sans péché, mais on peut n’être pas sujet à répréhension. L’Apôtre les avertit donc d’être tels. - B) La seconde est tirée de leurs rapports avec Dieu (verset 15) : sincères, etc... Le fils, en effet, est semblable au père; or Dieu est sincère; il faut donc que nous le soyons aussi, comme étant ses enfants. On est tel quand l’intention se dirige vers une fin unique ; (Jacques I, 8) : "L’homme qui a l’esprit partagé est inconstant dans toutes ses voies" ; (Mt X, 16) : "Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes. - C) La troisième se tire de leurs rapports avec les infidèles (verset 15) : vous gardant sans tache, etc... c'est-à-dire : conduisez-vous au milieu des infidèles, de telle sorte que vous vous conserviez sans tache parmi cette nation dépravée, quant aux oeuvres mauvaises, et corrompue, quant à l’infidélité, ce qui aura lieu, si vous ne pouvez être attaqués en quoi que ce soit par ces infidèles ; (Tim., V, 14) : "Qu’elles ne donnent (les veuves) aucun sujet aux ennemis de notre religion de nous faire des reproches." Saint Paul en donne la raison, lorsqu’il ajoute (verset 15) : parmi laquelle, etc... De quelque manière, en effet, que varie la face du monde, les astres du ciel conservent leur éclat ; (Mt V, 14) : "Vous êtes la lumière du monde," resplendissante, non par son essence, car Dieu seul est lumière, dans ce sens (Jean, I, 4) : "Et la vie était la lumière des hommes, etc..." Les saints ne resplendissent pas ainsi ; (Jean, I, 8) : "Il n’était pas lui-même la lumière, etc..." mais ils sont lumière, en tant qu’ils participent en quelque chose à cette lumière qui était la lumière des hommes, c'est-à-dire au Verbe de Dieu, qui rayonne sur nous. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 16) : portant en vous la parole de vie, c'est-à-dire le verbe du Christ ; (Jean, VI, 68) : "A qui irons nous, Seigneur? Vous avez les paroles de la vie éternelle" ; (Psaume CXVII, 405) : "Votre parole est une lampe qui éclaire mes pieds, etc..."
2° L’Apôtre ensuite donne la raison prise de son côté, lorsqu’il dit (verset 16) : pour m’être un sujet de gloire ; et ensuite il explique cette raison, pour laquelle les inférieurs doivent bien agir, à savoir, afin que leur conduite contribue à la gloire de leurs supérieurs. Car c'est pour ceux-ci un sujet de gloire, quand l’inférieur se montre bien instruit ; (Proverbes X, 1) : "Le fils qui est sage est la gloire de son père" ; (I Thess., II, 20) : "Car vous êtes notre gloire, etc..." Et cela (verset 16) : pour le jour de Jésus-Christ, c'est-à-dire quand il amènera avec lui les fidèles. Ce jour deviendra pour Paul un jour de gloire, pour deux raisons : à cause des labeurs de la prédication et des souffrances de la mort qu’il a endurées. C’est aussi ce qui lui fait dire (verset 16) : car je n’ai pas couru ni travaillé en vain. L’Apôtre appelle sa prédication du nom de « course », à cause de la rapidité avec laquelle elle s’était étendue de Jérusalem en Espagne. Il lui donne aussi le nom de labeur, à cause des contradictions et des persécutions qu’il eut à souffrir, non pas en vain, mais avec de grands fruits ; (1 Co XV, 10) : "Sa grâce n’a pas été stérile en moi" ; à cause aussi de sa mort (verset 17) : Mais même si mon sang devait servir de libation dans le sacrifice, etc... Celui, en effet, qui convertit les âmes prend, pour ainsi parler, ceux qu’il a convertis pour en offrir un sacrifice à Dieu, or tels tyrans ont quelquefois égorgé, au milieu du sacrifice, ceux qui l’offraient, ainsi qu’il est dit (Luc, XIII, 1). Voilà pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 17) : Je vous offre à Dieu en sacrifice; mais si mon sang devait servir de libation dans le sacrifice, c'est-à-dire si à l’occasion du sacrifice de votre conversion, je venais à être mis à mort, je m’en réjouirais avec vous tous ; (Jacques I, 2) : "Mes frères, considérez comme le sujet d’une extrême joie les diverses afflictions qui vous arrivent, etc..." - Et je me réjouirais avec vous, parce que vous aurez la foi, même au péril de ma personne. Vous devez donc aussi m’en féliciter. C’est ce qui lui fait dire (verset 18) : Et vous devriez aussi vous en réjouir et vous en réjouir avec moi ; (Rm XII, 15) : "Soyez dans la joie avec ceux qui sont dans la joie."
II° Quand l’Apôtre dit (verset 19) : Or, j’espère, etc..., il propose en exemple ses propres disciples. D’abord Timothée; ensuite Epaphrodite ; (verset 25) : Cependant j’ai cru qu’il était nécessaire, etc...
I. A l'égard du premier, 1° il annonce la mission; 2° il en fait l’éloge (verset 20) : Car je n’ai personne, etc...; 3° il indique le temps où il accomplira cette mission (verset 25) : J’espère donc vous l’envoyer, etc…
1° Observez que telle était la confiance de l’Apôtre en Dieu, qu’il lui attribuait même les choses de moindre importance ; (2 Co III, 5) : "Car pour nous, nous ne sommes pas capables de former de nous-mêmes aucune pensée, comme de nous-mêmes, mais c'est Dieu qui nous en rend capables." La lettre n’a aucune difficulté. –
2° Il fait l’éloge de Timothée d’abord à cause de la charité pour eux, ensuite pour son dévouement à l’égard de l’Apôtre lui-même (verset 22) : Or vous savez l’épreuve, etc... Timothée est dons un bon médiateur, car il aime les Philippiens et vénère Paul. Il le recommande donc d’abord; puis il explique sa recommandation (verset 21) : Tous cherchent, etc... Il dit donc : J’espère envoyer, etc..., car (verset 20) : je n’ai personne, etc..., c'est-à-dire sur votre avancement spirituel (Psaume LXVI, 7) : "Il fait habiter ensemble ceux qui sont semblables de moeurs" ; - soit autant que lui uni avec moi de sollicitude ; (Rm XII, 8) : "Que celui qui est chargé de la conduite de ses frères, le fasse en toute sollicitude;" - et d’amour sincère, car il n’a en vue que Dieu ; (2 Co II, 17) : "Nous prêchons la parole de Dieu avec une entière sincérité, comme de la part de Dieu, en la présence de Dieu et en Jésus-Christ." Et la raison pour laquelle l’Apôtre n’a personne, etc... (verset 21), c'est que tous cherchent [leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ], c'est-à-dire cherchant non ce qui intéresse le salut du prochain et la gloire de Dieu, mais ce qui contribue à leur avantage, à leur réputation, à leurs propres intérêts.
Mais est-ce que Luc, Epaphrodite et les autres qui étaient avec saint Paul, cherchaient leurs intérêts particuliers ? Il faut répondre que parmi ceux qui étaient dans la compagnie de saint Paul, il y en avait plusieurs qui se conduisaient ainsi et qui l'abandonnèrent ; (2 Tm IV, 10) : "Démas m’a abandonné s’étant laissé emporté à l’amour de ce siècle, et il s’en est allé à Thessalonique, Crescent en Galatie, Tite en Dalmatie; Luc est seul avec moi." Mais il est assez d’usage, dans le style de l’Ecriture, de parler de quelques-uns, comme on ferait de tous ; (Jérémie VI, 13) : "Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, tous s’efforcent de satisfaire leur avarice, et depuis le prophète jusqu’au prêtre tous ne pensent qu’à tromper avec adresse, etc..." Le sens distributif est donc ici convenable. Que si vous voulez savoir comment il se conduit envers moi, voici ma réponse (verset 22) : Vous savez déjà l’épreuve, etc..., c'est-à-dire il se conduit comme s’il était mon propre fils ; (1 Co IV, 17) : "C’est pour cette raison que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon fils très cher et fidèle en notre Seigneur, etc..."
3° Ce fils, si plein de sollicitude pour vous, et qui m’est si cher à moi-même (verset 23) : j’espère, etc... Pourquoi donc pas immédiatement ? Il faut se souvenir qu’il y a une différence entre Jésus-Christ et les saints. En Jésus-Christ il y a la plénitude des grâces; il a donc eu toujours le discernement de toutes choses. Mais il n’en est pas de même des saints. L’Apôtre prévoyait quelque chose de ce qui devait lui arriver dans la suite; mais il ignorait le reste. Ainsi il ne lui avait pas été révélé s’il serait délivré de ses chaînes. C’est ce qui lui fait dire (verset 25) : [J’espère donc vous l’envoyer] aussitôt, etc... Car si j’en ai la liberté. j’irai en personne (verset 24) : Et j’espère aussi, etc... Cependant il ne fut pas délivré de sa captivité ; (Psaume XVII, 29) : "Puisque c'est vous, Seigneur, qui allumez ma lampe, éclairez, mon Dieu, mes ténèbres," car il est toujours, même à l’égard des saints, quelques ténèbres.
II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 25) : Cependant, j’ai cru qu’il était nécessaire, etc..., il propose l’exemple d’un autre de ses disciples, Epaphrodite. Et d’abord il le fait connaître; ensuite il explique comment ils doivent le recevoir (verset 29) : Recevez-le donc, etc... Il le fait connaître 1° en faisant son éloge; 2° en indiquant le motif de sa mission (verset 26) : parce qu’il désirait vous voir tous, etc... ; 3° il explique ce motif (verset 27) : Car il a été en effet malade, etc...
1° II dit donc (verset 25) : Cependant j’ai cru qu’il était nécessaire, etc... Il l’appelle son frère, parce qu’ils ont une foi commune ; (Mt XXIII, 8) : "Vous êtes tous frères, etc..." ; son coopérateur, à savoir, dans les labeurs de la prédication ; (Proverbes XVIII, 19) : "Le frère qui est aidé par son frère, est comme une ville forte" ; et son compagnon, etc..., parce qu’ils ont souffert ensemble la tribulation ; (2 Tm II, 3) : "Travaillez comme un bon soldat de Jésus-Christ, etc..." Il ajoute (verset 25) : qui est votre apôtre, c'est-à-dire votre docteur. Epaphrodite fut évêque des Philippiens, et envoyé par eux, afin de pourvoir aux besoins de saint Paul. C’est ce qui lui fait dire (verset 25) : et qui m’a servi dans mes besoins, (ci-après, IV, 18) : Je suis comblé de vos biens que j’ai reçu d’Epaphrodite, comme une oblation d’excellente odeur, une hostie que Dieu accepte volontiers, ce qui lui est agréable."
2° Mais pourquoi l’envoyait-il ? Pour (verset 26) satisfaire le désir qu’il avait de vous voir ; (Rm I, 11) : "J’ai grand désir de vous voir, etc..." ; pour le consoler aussi dans la tristesse qu’il ressentait, car il était triste de la tristesse que vous aviez conçue en apprenant qu’il avait été malade.
3° Saint Paul expose ce motif, quand il dit (verset 27) : car il a été en effet malade jusqu’à la mort, à savoir au jugement des médecins, et non pas selon les décrets de la providence de Dieu, mais pour rendre gloire à Dieu lui-même ; (Jean, XI, 4) : "Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu." aussi l’Apôtre ajoute (verset 7) : mais Dieu a eu pitié de lui ; (Psaume VI, 3) : "Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis faible, etc..." - (verset 27) : et non seulement de lui, etc... Car saint Paul a éprouvé momentanément de la tristesse naturelle à cause de ses afflictions, comme nous lisons que Jésus-Christ en ressentit aussi quelquefois.
III° L’Apôtre termine en expliquant la mission d’Epaphrodite. Le sens littéral ne présente pas de difficulté. Il dit comment on doit recevoir son disciple, et en donne la raison.
I. Il doit donc être reçu avec honneur, dans le Seigneur, dont il est le ministre (Galates IV, 14) : "Vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ même" ; (1 Tm V, 17) : "Les prêtres qui gouvernent bien doivent être doublement honorés : principalement ceux qui travaillent à la prédication de la parole et à l’instruction, etc…"
II. Et cela (verset 30) : parce que, pour, etc…, c'est-à-dire pour Dieu et le salut des fidèles, il s'est vu tout proche de la mort. (Jean, XV, 13) : "Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, etc…" ; (verset 30) et il a abandonné sa vie ; (Jean, X, 11) : "Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis" ; (verset 30) : afin de suppléer par son assistance, etc…, aux services que personnellement vous ne pouviez pas me rendre.