[n° 1115] 13b mais jugez plutôt qu’il ne faut pas mettre devant votre frère un obstacle ou <lui donner une occasion de> scandale.
[n° 1117] 14 sais et j’ai la certitude dans le Seigneur Jésus que rien n’est profane en soi, excepté pour celui qui estime une chose profane; pour lui elle est profane.
[n° 1122] 15 En effet, si ton frère est contristé pour un aliment, tu ne marches plus selon la charité. Pour ton aliment veuille ne pas causer la perte de celui pour lequel le Christ est mort.
[n° 1125] 16 Que notre bien ne soit donc pas une occasion de blasphème.
[n° 1127] 16 Car le Règne de Dieu n’est pas nourriture et boisson, mais il est justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint.
[n° 1129] 18 Or celui qui par là sert le Christ est agréable à Dieu et approuvé des hommes.
[n° 1130] 19 Poursuivons donc ce qui contribue à la paix et observons mutuellement ce qui contribue à l’édification.
[n° 1131] : 20a Ne va pas pour un aliment détruire l’œuvre de Dieu.
1115. — Après avoir interdit les jugements humains [n° 1081], l’Apôtre interdit ici de scandaliser Je prochain, et à cet égard il fait deux choses
I) Il expose d’abord son intention.
II) Puis, il prouve sa proposition [n° 1122] : 15 En effet, si ton frère est contristé, etc.
1116. — I. <L’Apôtre> enseigne[1046] d’abord que l’on doit éviter les scandales, en disant : J’ai dit que vous ne devez pas vous juger les uns les autres, mais que chacun doit juger ses propres actes, pour qu’ils ne tournent pas au scandale des autres. Et c’est ce que dit <l’Apôtre> : 13 Mais jugez plutôt qu’il ne faut pas mettre devant votre frère un obstacle ou <lui donner une occasion de> scandale. Or le mot "scandale", comme le dit Jérôme dans son Commentaire sur Matthieu, désigne un obstacle ou une chute, que nous pourrions traduire par "heurt du pied" (impactionem pedis)[1047]. Voilà pourquoi le scandale est une action ou une parole d’une moindre rectitude, fournissant à autrui une occasion de chute, semblable à une pierre placée sur le chemin, contre laquelle l’homme se heurte et tombe. Toutefois le scandale semble quelque chose de plus important qu’un obstacle. Car l’obstacle peut être quelque chose qui retient ou retarde le mouvement de celui qui marche; tandis que le scandale, c’est-à-dire le heurt, semble se produire lorsque quelqu’un est amené à tomber. Nous ne devons donc pas mettre d’obstacle devant notre frère, pour que notre entrave ne détourne pas le prochain de la voie de la justice "Otez <l’obstacle> de la voie de mon peuple[1048]."
Nous ne devons pas non plus donner <une occasion de> scandale à notre frère en faisant quelque chose qui l’incline au péché : "Malheur à l’homme par qui le scandale arrive[1049]."
1117. — Puis <l’Apôtre> enseigne ce qui faisait regarder le scandale comme licite de par sa nature ou en soi. Sur ce point, comme on l’a dit plus haut [n° 1082], il faut savoir qu’il se trouvait parmi les Romains quelques Juifs convertis à la foi du Christ, qui discernaient les aliments selon la Loi; quant aux autres, ayant une foi parfaite, ils usaient indifféremment de tous les aliments, ce qui en soi était licite. C’est ce qui fait dire <à l’Apôtre> : 14 Je sais et j’ai la certitude dans le Seigneur Jésus que rien n’est profane en soi. A ce propos il faut noter que, selon ce que dit Jérôme dans son Commentaire sur Matthieu[1050], le peuple juif se vantant d’être l’héritage de Dieu, appelle aliments profanes ceux dont usent tous les hommes, par exemple la chair de porc, de lièvre et autres chairs semblables; et parce que les autres nations, qui usaient de tels aliments ne faisaient pas partie de l’héritage de Dieu, ces aliments étaient appelés impurs. Donc ces mots <de l’Apôtre> rien n’est profane, équivalent à : rien n’est impur. L’Apôtre dit d’abord qu’il le sait, parce qu’il en est ainsi selon la nature des choses, selon ce passage : "Toute créature de Dieu est bonne et on ne doit rien rejeter de ce qui se prend avec action de grâces." Il dit ensuite qu’il a la certitude dans le Christ Jésus que rien n’est commun en soi, car les aliments selon leur propre nature n’ont jamais été impurs. Durant un certain temps, cependant, on les avait évités comme impurs, suivant ce que prescrivait la Loi à cause de ce qu’ils figurent; mais le Christ a supprimé ce précepte en accomplissant toutes les figures[1051]. Voilà pourquoi l’Apôtre, par la confiance qu’il a dans le Seigneur Jésus, affirme qu’il n’y a rien de commun ou d’impur en soi, c’est-à-dire que <Dieu> aurait fait lui-même ainsi : "Ce que Dieu a purifié, toi, ne l’appelle pas commun."
1118. — Enfin <l’Apôtre> montre comment cela pourrait être illicite par accident, à savoir en tant que cela s’oppose à la conscience de celui qui mange. Aussi <l’Apôtre> dit-il : On a dit qu’il n’y a rien de commun, mais il faut entendre : excepté pour celui qui, par une conscience erronée, estime une chose, c’est-à-dire quelques aliments, profane, c’est-à-dire impure; pour lui elle est profane, c’est-à-dire illicite pour lui, comme si elle était impure en soi : "Tout est pur pour ceux qui sont purs; mais, pour les impurs et les infidèles, rien n’est pur; leur esprit même et leur conscience sont souillés."
1119. — On[1052] voit ainsi qu’une chose, licite en elle-même, devient illicite pour celui qui agit contre sa conscience, bien que cette dernière soit erronée : ce qui a lieu accidentellement selon la raison; car les actes sont jugés d’après la volonté de ceux qui les commettent, et la volonté est mue par l’objet appréhendé. C’est ainsi qu’elle tend vers ce que la puissance d’appréhension lui représente, et c’est selon cette règle qu’un acte est qualifié ou spécifié. Par conséquent, si la raison juge qu’un acte est peccamineux et que la volonté se détermine à le commettre, il est manifeste que l’homme a la volonté de commettre le péché, et qu’ainsi l’acte extérieur, qui est informé par la volonté, est un péché. Pour la même raison si l’on estime qu’un acte, qui est un péché véniel, est un péché mortel, et que l’on commette cet acte avec cette conscience, il est manifeste que l’on a choisi de pécher mortellement et qu’en conséquence, en raison de son propre choix, cet acte est un péché mortel. Si en revanche, une fois l’acte accompli, quelqu’un s’imagine, par une conscience erronée, avoir commis un péché en faisant quelque chose de licite, ou que ce qui est véniel fut mortel, une telle croyance ne saurait faire que l’acte auparavant accompli soit un péché, ni un péché mortel, car ce qui donne leur forme à la volonté et à l’action ce n’est pas d’appréhender ce qui les suit mais ce qui les précède.
1120. — Sur ce qui précède il n’y a aucune difficulté, mais il peut s’en présenter une si la conscience est erronée au point de croire nécessaire au salut ce qui est péché mortel, par exemple en estimant pécher mortellement si l’on ne commet pas de vol ou si l’on ne fornique pas. Une telle conscience oblige-t-elle, en ce sens qu’en agissant contre elle on pèche mortellement ?
Il semble que non. Tout d’abord, parce que la Loi de Dieu, qui interdit la fornication et le vol, oblige plus fortement que la conscience. Puis, parce que cela étant établi, l’homme serait perplexe et pécherait en commettant ou en ne commettant pas la fornication.
Mais il faut répondre que, même à l’égard des choses qui sont mauvaises en soi, la conscience erronée oblige. Car, ainsi qu’on l’a dit, la conscience oblige dans l’exacte mesure où, si l’on agit contre sa conscience, c’est qu’on a la volonté de pécher. Et donc si l’on croit que ne pas forniquer est un péché mortel, choisir de ne pas forniquer c’est choisir de pécher mortellement, et de fait l’on pèche mortellement. Et de plus on pratique aussi ce que l’Apôtre dit ici. Car il est manifeste qu’opérer un discernement entre les aliments comme une chose nécessaire au salut était illicite puisque, même pour les Juifs convertis avant la diffusion de l’Evangile, il n’était pas permis d’observer les prescriptions légales, en mettant en elles son espérance, comme si elles étaient nécessaires au salut, ainsi que le dit Augustin[1053] [n° 1087]. Et cependant l’Apôtre dit que si quelqu’un force sa conscience à opérer une distinction entre les aliments, c’est-à-dire en estimant que tel aliment est commun, et qu’il ne fait pas la distinction entre eux, à savoir en s’en abstenant, il pèche comme s’il mangeait quelque chose d’impur.
Donc, même pour les choses qui sont en soi illicites, la conscience erronée oblige. On ne peut opposer la première objection tirée de la Loi de Dieu, parce que l’obligation de la conscience, même erronée, et celle de la Loi divine, sont la même obligation. En effet, si la conscience prescrit de faire une chose ou de l’éviter, c’est qu’elle croit que cet acte s’oppose ou est conforme à la Loi de Dieu. Car la Loi n’est appliquée à nos actes que par l’intermédiaire de notre conscience[1054], On ne peut pas davantage opposer la seconde objection. En effet, rien n’interdit la perplexité dans une supposition, bien que personne ne soit perplexe absolument parlant : par exemple un prêtre fornicateur, soit qu’il célèbre la messe ou qu’il ne la célèbre pas, quand il y est tenu par son ministère, pèche mortellement; il n’est cependant pas perplexe absolument parlant, étant donné qu’il peut abandonner son péché et célébrer[1055]. Pareillement, on peut abandonner une conscience erronée et s’abstenir du péché[1056].
1121. — Voici encore une autre difficulté : de celui qui accomplit une œuvre honnête, on ne dit pas qu’il scandalise, quoique le prochain prenne de cette action matière à scandale. On lit en effet dans <l’évangile de> Matthieu que les pharisiens, ayant entendu la parole du Christ, se sont scandalisés. Or ne pas opérer de discernement entre les aliments est une œuvre honnête; il ne faut donc pas y renoncer à cause du scandale de celui qui a une conscience perverse et qui s’égare dans la foi. Car suivant ce principe, les catholiques devraient s’abstenir de viande et du mariage, de crainte que les hérétiques, dont la conscience est erronée, n’en soient scandalisés.
Il faut répondre qu’on peut scandaliser autrui non seulement en faisant quelque mal, mais même en faisant quelque chose qui en a l’apparence, selon cette parole <de l’Apôtre> dans sa première épître aux Thessaloniciens : "Abstenez-vous de toute apparence du mal." Or une chose peut avoir l’apparence du mal de deux manières : d’abord, selon l’opinion de ceux qui sont séparés de l'Eglise; ensuite, selon l’opinion de ceux qui sont encore tolérés par l’Eglise. Mais les faibles dans la foi, estimant que les prescriptions légales devaient être, observées, étaient encore tolérés par l’Eglise avant la diffusion de l’Evangile. Et c’est pourquoi on ne devait pas, en les scandalisant, manger des aliments interdits par la Loi. Quant aux hérétiques, ils ne sont pas tolérés par l’Eglise, et la même raison n’existe donc pas à leur égard.
1122. — II. Quand <l’Apôtre> dit : 15 En effet, si pour un aliment, etc., il prouve ce qu’il avait dit. Et
— D’abord, la première proposition, c’est-à-dire qu’il ne faut pas donner d’occasion de scandale à ses frères.
Puis, la deuxième et la troisième proposition, c’est-à-dire dans quel sens une chose est commune [n° 1132] : 20b "Assurément, toutes les choses sont pures, etc."
1123. — Sur le premier point, <l’Apôtre> expose quatre raisons :
A. La première se fonde sur la charité : En effet, si ton frère est contristé, en pensant que toi tu pèches, pour un aliment que toi tu manges et que lui regarde comme impur, tu ne marches plus selon la charité, charité par laquelle on aime son prochain comme soi-même. Et ainsi il évite de contrister son frère et préfère son repos à un aliment, puisque, selon ces paroles de l’Apôtre aux Corinthiens : "La charité ne cherche pas son propre intérêt."
1124. — B. Il expose[1057] la deuxième raison à ces mots : Pour ton aliment veuille ne pas causer, etc., raison qui se fonde sur la mort du Christ. Il semble, en effet, qu’il fasse peu de cas de la mort du Christ, celui qui se refuse d’en regarder le fruit. D’où ces paroles <de l’Apôtre> : Pour ton aliment, c’est-à-dire pour l’aliment que toi tu manges indifféremment, sans opérer de discernement entre les aliments, veuille ne pas causer la perte, c’est-à-dire scandaliser, de celui pour lequel, à savoir pour le salut duquel, le Christ est mort. — "Le Christ lui-même est mort une fois pour nos péchés, juste pour des injustes, afin de nous offrir à Dieu, ayant été mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’Esprit." Or l’Apôtre appelle perdu celui qui est scandalisé, parce que le scandale passif ne peut être sans péché du côté de celui qui est scandalisé; car celui-là est scandalisé qui prend occasion de chute : "Par ta science le faible périra, ce frère pour qui le Christ est mort."
1125. — C. Il expose la troisième raison à ces mots : 16 Que notre bien ne soit donc pas une occasion de blasphème. Cette raison se fonde sur les dons de la grâce spirituelle. Et :
1) Il montre en premier lieu l’inconvénient qui résulte pour ces dons de ce que nous scandalisons les autres.
2) Puis, il explique ce qu’il a dit [n° 1127] : 17 Car le Règne de Dieu, etc.
3) Enfin, il déduit la conclusion qu’il s’est proposée [n° 1130] : 19 Poursuivons donc ce qui contribue à la paix, etc.
1126. — 1. Sur le premier point, il faut considérer que dans l’Eglise primitive certains usant indifféremment des aliments au scandale des faibles, il en résultait cet inconvénient que les faibles blasphémaient la foi du Christ, en disant : que cette foi favorisait la gloutonnerie contre le commandement de la Loi. Et c’est pourquoi l’Apôtre dit : Puisque depuis l’avènement du Seigneur Jésus rien n’est commun, que notre bien, c’est-à-dire la foi ou la grâce du Christ, par laquelle vous avez obtenu d’être libérés des cérémonies légales, ne soit donc pas une occasion de blasphème pour les faibles, qui prétendent qu’elle favorise la gourmandise des hommes : "N’est-ce pas eux qui blasphèment le beau (bonum) Nom qui a été invoqué sur vous ?" A propos de ce bien il est dit au psaume 72. — "Pour moi, mon bien est d’adhérer à Dieu."
1127. — 2. Quand il ajoute : 17 Car le Règne de Dieu, etc., il explique ce qu’il a dit, à savoir en quoi consiste notre bien.
a. Et pour commencer[1058], il montre en quoi il ne consiste pas, en disant : Car le Règne de Dieu n'est pas nourriture et boisson. On appelle ici Règne de Dieu ce par quoi Dieu règne en nous et ce par quoi nous parvenons à son Règne, dont il est dit "Que ton Règne arrive." Et "Le Seigneur régnera sur <tous> à la montagne de Sion[1059]." Or nous sommes unis et soumis à Dieu par l’intelligence intérieure et par l’affection, ainsi qu’il est dit dans <l’évangile de> Jean : "Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité." De là vient que le Règne de Dieu consiste principalement dans les actes intérieurs de l’homme et non dans des actes extérieurs. Aussi est-il dit "Le Royaume (regnum) de Dieu est au-dedans de vous." Mais quant aux actes extérieurs relatifs au corps, ils n’appartiennent au Règne de Dieu que dans la mesure où par eux l’affection intérieure se règle ou se dérègle à l’égard de ce qui constitue principalement le Règne de Dieu. Donc le boire et le manger appartenant au corps, ils n’appartiennent pas en tant que tel au Règne de Dieu, sinon en tant que nous en usons ou que nous nous en abstenons. D’où ces paroles <de l’Apôtre> dans sa première épître aux Corinthiens "Ce n’est pas la nourriture qui nous recommande devant Dieu. Si nous n’en mangeons pas, nous n’avons rien de moins; et si nous en mangeons, nous n’avons rien de plus." Toutefois l’usage ou l’abstinence de la nourriture et de la boisson appartiennent au Règne de Dieu, en tant que l’affection de l’homme est ordonnée ou désordonnée sur ce point. Aussi Augustin dit-il dans son livre Des questions évangéliques[1060], et la Glose cite ce passage en cet endroit[1061]. — < La sagesse est justifiée par ses fils, qui comprennent que la justice ne consiste ni dans l’abstinence ni dans le manger, mais dans l’égalité d’âme avec laquelle on supporte la privation, et dans la tempérance qui fait qu’on ne se laisse pas corrompre par l’abondance ou par l’inopportunité de prendre la nourriture." En effet, comme le dit la Glose[1062], <à la suite d’Augustin, > "peu importe la manière dont on use de la nature ou de la quantité des aliments, pourvu qu’on le fasse à la convenance des hommes avec qui l’on vit, et à sa convenance personnelle, et selon la nécessité de sa santé; mais ce qui importe, c’est la facilité et l’égalité d’âme dont on est capable, lorsque la nécessité s’impose de s’en abstenir."
1128. — b. Puis, <l’Apôtre> montre en quoi consiste notre bien, qu’il appelle Règne de Dieu, en disant : mais le Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint. — La justice se rapporte aux œuvres extérieures, par lesquelles l’homme rend à chacun ce qui lui appartient, avec la volonté d’accomplir ces œuvres, selon ces paroles de Matthieu : "Avant tout, cherchez le Royaume (regnum) de Dieu et sa justice[1063]." Quant à la paix, elle se rapporte à l’effet de la justice car la paix est troublée surtout quand un homme ne rend pas à autrui ce qu’il lui doit. D’où ces paroles d’Isaïe : "La paix sera l’œuvre de la justice[1064]. La joie, elle, il faut la rapporter à la manière avec laquelle les œuvres doivent être accomplies; car, le Philosophe dit dans l’Ethique à Nicomaque[1065] : "Il n’est pas juste celui qui n’éprouve pas de joie à pratiquer la justice. " Et d’où ces paroles du Psalmiste : "Servez le Seigneur avec joie."
<L’Apôtre> exprime la cause de cette joie, en disant : dans l’Esprit-Saint. Car l’Esprit-Saint est celui par qui "la charité a été répandue" en nous, comme on l’a dit plus haut. Telle est, en effet, la joie dans l’Esprit-Saint, que la charité produit[1066], par exemple lorsqu’on se réjouit du bien de Dieu et du prochain. Aussi <l’Apôtre> dit-il dans la première épître aux Corinthiens que "la charité ne se réjouit pas de l’iniquité, mais [qu']elle met sa joie dans la vérité." Et dans l’épître aux Galates que "les fruits de l’Esprit sont : la charité, la joie, la paix." Or ces trois fruits indiqués ici ne se trouvent que d’une manière imparfaite en cette vie, mais ils se trouveront parfaitement quand les saints posséderont le Règne de Dieu préparé pour eux, comme le dit Matthieu[1067]. Là se trouvera la justice parfaite exempte de tout péché : "Quant à ton peuple, tous seront justes." Là se trouvera la paix exempte de tout trouble dû à la crainte : "Mon peuple se reposera dans la beauté de la paix, dans des tentes de confiance, et dans un repos opulent." Là se trouvera la joie : "Ils obtiendront la joie et l’allégresse, et la douleur fuira ainsi que le gémissement."
1129. — c. Enfin, <l’Apôtre> prouve ce qu’il avait dit, à savoir que le Règne de Dieu consiste dans ces fruits. Car celui-là semble faire partie du Règne de Dieu, qui plaît à Dieu et reçoit l’approbation des saints; or cela se réalise dans celui en qui se trouvent la justice, la paix et la joie; donc le Règne de Dieu consiste dans ces fruits. <L’Apôtre> dit donc : On a établi que le Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint, donc celui qui par là sert k Christ, qui est le roi de ce Règne, selon cette parole de Paul aux Colossiens : "<Dieu> nous a transférés dans le Royaume du Fils de sa dilection ", c’est-à-dire afin de vivre dans la justice, la paix et la joie spirituelles, est agréable à Dieu, qui est l’auteur de ce Règne — "Plaisant à Dieu, il est devenu <son> bien-aimé " — et est approuvé des hommes, c’est-à-dire ceux qui font partie de son Règne reçoivent leur approbation : <)Celui qui a été éprouvé par l’or et trouvé parfait, à celui-là sera une gloire éternelle."
1130. — 3. Lorsque <l’Apôtre> ajoute 19 Poursuivons donc ce qui contribue, etc., il déduit par cette exhortation la conclusion qu’il s’est proposée. Puisque, dit-il, le Règne de Dieu consiste dans la justice, dans la paix et dans la joie spirituelles, donc, pour que nous puissions parvenir au Règne de Dieu, poursuivons ce qui contribue à la paix, c’est-à-dire appliquons-nous à accomplir ce qui nous <permettra> de conserver la paix chrétienne : "Recherchez la paix avec tous, et la sainteté sans laquelle nul ne verra Dieu." — Et observons mutuellement ce qui contribue à l’édification, c’est-à-dire ce par quoi nous pouvons nous édifier mutuellement; en d’autres termes, conservons le bien et excitons-nous <à faire> mieux "Puisque vous désirez si ardemment les dons, spirituels, faites que pour l’édification de l’Eglise vous en abondiez." Or cela se réalisera si nous vivons dans la justice et dans la joie spirituelles.
1131. — D. <L’Apôtre> expose la quatrième raison, en disant : 20 Ne va pas pour un aliment, etc. Cette raison se fonde sur le respect des œuvres divines; nous devons à Dieu cette déférence de ne pas détruire, pour quelque avantage corporel, ce qu’il a fait. C’est bien ce que <l’Apôtre> dit Ne va pas pour un aliment, qui profite au corps, détruire l’œuvre de Dieu. Ce qu’il ne faut pas entendre de toute œuvre de Dieu, car tout ce qui sert à la nourriture de l’homme, comme les plantes de la terre et la chair des animaux que Dieu donne à l’homme pour nourriture, comme on le voit dans la Genèse est l’œuvre de Dieu; mais il faut l’entendre de l’œuvre de la grâce qu’il opère spécialement en nous-mêmes : "C’est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire, selon sa bonne volonté." Nous ne devons donc pas détruire cette œuvre de Dieu dans le prochain à cause de notre nourriture, comme semblaient le faire ceux qui, en en usant indifféremment, le troublaient et le scandalisaient.