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Leçon 2 — Romains 3, 9-20 — Les gentils et les Juifs
SOMMAIRE : Que les Gentils et les Juifs ne diffèrent en rien quant à l’état du péché- Explication admirable d’un passage de David - Comment parle la Loi à ceux qui sont sous la Loi.

[n° 272] Quoi donc ? L’emportons-nous donc sur eux ? Nullement. Car nous avons déjà prouvé que les Juifs et les Grecs sont tous sous le péché,

[n° 276] ‘° selon qu’il est écrit : "Il n’y a point de juste, pas même un seul;

[n° 278] 11 "il n’est personne d’intelligent ou qui cherche Dieu.

[n° 280] 12 Tous se sont détournés, ensemble ils sont devenus inutiles, il n’en est pas un qui fasse le bien, il n’en est pas un seul.

[n° 2821 13 Leur gosier est un sépulcre ouvert, de leurs langues ils agissaient avec tromperie, le venin des aspics sous leurs lèvres.

[n° 286] 14 Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume,

[n° 287] 15 leurs pieds sont prompts à verser le sang,

[n° 288] 1f, l’affliction et le malheur sont dans leurs voies,

[n° 289] 17 et ils n’ont pas connu la voie de la paix; 18 la crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux. S

[n° 290] 19 Or nous savons que tout ce que dit la Loi, elle le dit à ceux qui sont sous la Loi, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde devienne soumis à Dieu,

[n° 295] 20 parce que nulle chair ne sera justifiée devant lui par les œuvres de la Loi; car par la loi <vient> la connaissance du péché.

271. — Après avoir montré la prérogative des Juifs sur les Gentils quant aux bienfaits divins [n° 248], <l’Apôtre> rejette ici leur vaine gloire par laquelle ils se préféraient aux nations converties à la foi. Et

I) Il commence par énoncer ce qu’il se propose.

II) Puis, il le prouve [n° 274] : Car nous avons déjà prouvé.

272. — I. Il commence donc par dire :

On a demandé "ce que le Juif a de plus ? […] Tout d’abord en ce que les jugements de Dieu leur ont été confiés." Quoi donc, que dirons-nous, nous Juifs convertis à la foi ? L’emportons-nous sur eux, c’est-à-dire sur les Gentils convertis à la foi ? Tel était le sujet de leur dispute : il s’éleva entre les disciples de Jésus une dispute pour savoir lequel était le plus grand. Et répondant <l’Apôtre> ajoute : Nullement.

273. — Cette réponse semble contredire ce qui précède [n° 248], et où il est dit que la prérogative du Juif est grande de toute manière. Mais dans la Glose[303] on répond à cette objection <en disant> que cette parole <de l’Apôtre> s’applique à l’état où se trouvaient les Juifs au temps de la Loi, tandis qu’ici il parle selon l’état de la grâce, car selon ses propres paroles aux Colossiens : Dans le Christ "il n’y a ni Gentil ni Juif, ni circoncision ni incirconcision ", parce qu’il n’y a plus de différence quand il s’agit de l’état de grâce. Cependant cette réponse ne semble pas être tout à fait conforme à l’intention de l’Apôtre, puisqu’il montrera plus loin qu’alors même qu’ils étaient sous la Loi, ils étaient esclaves du péché, tout comme les Gentils, et davantage encore : "C’est là Jérusalem : je l’ai placée au milieu des nations et <j’ai mis> autour d’elle des terres. Et elle a méprisé mes ordonnances jusqu’à se rendre plus impie que les nations, et mes préceptes plus que les nations qui sont autour d’elle; car ils ont rejeté mes ordonnances, et dans mes préceptes ils n’ont pas marché." Il faut donc dire que <l’Apôtre> a montré plus haut la prérogative des bienfaits divins, aussi n’a-t-il point dit que le Juif était plus éminent, mais qu’il avait été gratifié de quelque chose de plus. Ici en revanche, il rejette la supériorité des personnes, parce que ceux qui ont reçu ces bienfaits divins n’en ont pas fait l’usage qu’ils devaient.

274. — II. En disant : Car nous avons déjà prouvé, <l’Apôtre> montre son propos :

D’abord, que les Juifs ne l’emportent pas sur les Gentils sous le rapport de l’état de péché.

Puis, qu’ils ne l’emportent pas sous le rapport de l’état de justice [n° 299] "21 Mais, maintenant sans la Loi."

Il montre le premier point de deux manières :

A) Par ce qui précède.

B) Par l’autorité <scripturaire> [n° 276] : 10 selon qu’il est écrit.

275. — A. <L’Apôtre> dit donc : Car nous avons déjà prouvé, c’est-à-dire en prouvant par des raisonnements nous avons montré que les Juifs et les Grecs, c’est-à-dire les Gentils, sont tous sous le péché. <Il est écrit dans le livre d’> Isaïe : "De la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, rien en lui de sain; c’est blessure, meurtrissure, plaie enflammée, qui n’a été ni bandée, ni pansée, ni adoucie par l’huile" Car <l’Apôtre> a montré en premier lieu que les Gentils retenaient dans l’impiété et dans l’injustice la vérité de Dieu qu’ils avaient connue; ensuite, que les Juifs, après avoir reçu la Loi, déshonoraient Dieu par la prévarication de la Loi.

276. — B. En ajoutant : 10 selon qu’il est écrit, <l’Apôtre> montre son propos par l’autorité du psalmiste, et :

1) Il commence par citer l’autorité.

2) Puis, il l’explique [n° 290] : 19 Or nous savons.

1. En citant l’autorité il expose deux choses :

a) D’abord, les péchés d’omission.

b) Puis, les péchés de commission[304] [n° 282] : 13 Leur gosier est un sépulcre ouvert.

a. Il traite des péchés d’omission de deux manières :

En écartant d’abord les principes <qui constituent> les bonnes œuvres.

Puis, les bonnes œuvres elles-mêmes [n° 280] : 12 Tous se sont détournés.

277. — [305]Or les principes des bonnes œuvres sont au nombre de trois : Le premier d’entre eux concerne la rectitude de l’œuvre elle-même, et c’est la justice. Il en montre l’absence en disant : selon qu’il est écrit, c’est-à-dire au psaume 13[306] — "Il n’est pas de juste, pas même un seul" — <Et au livre de> Michée : "Le saint a disparu de la terre, et il n’est pas de juste parmi les hommes."

Ce passage <du psaume> peut s’en tendre de deux manières :

D’abord en ce sens que nul n’est juste de soi et en soi, mais que de soi tout homme est pécheur, et que de Dieu seul vient la justice "Dominateur, Seigneur Dieu, miséricordieux et clément, patient et d’une abondante miséricorde, et très véritable, qui garde ta miséricorde pour des milliers <de créatures>; qui efface l’iniquité, les crimes et les péchés, et nul auprès de toi n’est innocent par lui-même; qui rend l’iniquité des pères aux fils et aux petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération."

Ensuite <ce passage peut s’en tendre> en ce sens que nul n’est juste en toutes choses, au point d’être exempt de tout péché, selon ce verset des Proverbes "Qui peut dire Mon cœur est pur, je suis pur du péché ?" — Et de l’Ecclésiaste : "Il n’est pas d’homme juste sur la terre qui fasse le bien et ne pèche pas."

Enfin, on peut aussi comprendre <ce passage> en l’appliquant à la multitude des méchants, parmi lesquels il n’est aucun juste. Car il est d’usage dans l’Ecriture de parler du peuple tout entier, parfois pour <désigner> les méchants, parfois pour <désigner> les bons, comme on le voit dans Jérémie, où l’on rapporte que "lorsque Jérémie eut achevé de dire tout ce que le Seigneur lui avait ordonné de dire à tout le peuple, les prêtres et les prophètes et tout le peuple le saisirent, disant Qu’il meure de mort." Et <quelques versets plus loin> : "Les princes et tout le peuple dirent aux prêtres et aux prophètes : Un jugement de mort n’est pas dû à cet homme, parce que c’est au nom du Seigneur, notre Dieu, qu’il nous a parlé."

Mais les deux premiers sens s’accordent davantage avec l’intention de l’Apôtre. Et on fera la même considération pour les versets qui suivent.

278. — Le deuxième principe des bonnes œuvres est le discernement de la raison. <L’Apôtre> en montre l’absence en ajoutant. Il n’est personne d’intelligent. <Il est écrit dans un autre> psaume : "Ils n’ont ni savoir ni intelligence, ils marchent dans les ténèbres" Et ailleurs <encore> "Il n’a pas voulu <acquérir> l’intelligence pour qu’il fit bien."

279. — Le troisième principe est la rectitude de l’intention, dont <l’Apôtre> montre l’absence en ajoutant : ou qui cherche Dieu, c’est-à-dire en dirigeant son intention vers lui : "Il sera temps de rechercher le Seigneur, lorsque sera venu celui qui vous enseignera la justice."

280. — Puis <l’Apôtre> écarte les bonnes œuvres elles-mêmes.

Et d’abord quant à l’offense à la Loi divine, lorsqu’il dit : 12 Tous se sont détournés, c’est-à-dire de la règle de la Loi divine : "Tous se sont détournés vers leur voie, chacun vers son avarice, depuis le plus grand jusqu’au plus petit."

Ensuite, quant à la manifestation de leur fin; aussi ajoute-t-il ensemble ils sont devenus inutiles. Car nous qualifions d’inutile ce qui n’atteint pas sa fin. Et c’est pourquoi, lorsque les hommes se détournent de Dieu, pour lequel ils ont été créés, ils se rendent inutiles[307] — "La multitude variée des impies ne sera pas utile."

Enfin, il écarte les bonnes œuvres elles-mêmes, lorsqu’il ajoute : il n’en est pas un qui fasse le bien. <Il est écrit dans le livre de> Jérémie : "Ils sont habiles pour faire le mal, mais faire le bien, ils ne le savent pas."

281. — Il ajoute : il n'en est pas un seul, ce qui peut s’entendre soit exclusivement[308] comme s’il disait : à l’exception d’un seul, c’est-à-dire <de celui> qui seul a fait le bien en rachetant le genre humain : "J’ai trouvé un homme entre mille; une femme entre toutes, je ne l’ai pas trouvée"; soit inclussivement, comme s’il disait : il n’y en a même pas un qui, homme comme tel, fasse le bien, à savoir <le bien> parfait : "Cherchez dans ses places publiques, si vous trouvez un homme faisant la justice et recherchant la vérité."

282. — b. En disant ensuite : 13 un sépulcre ouvert, <l’Apôtre> expose les péchés de commission, et :

En premier lieu les péchés de la bouche"

Puis[309], les péchés par action [n° 287] leurs pieds sont prompts. Quant aux péchés de pensée, ils se reconnaissent par <la manifestation de> ces péchés.

283. — À propos des péchés de la bouche <l’Apôtre> expose quatre choses :

D’abord, leur promptitude ou leur turpitude, lorsqu’il dit : Leur gosier est un sépulcre ouvert. En effet, un sépulcre ouvert est susceptible de deux choses : il est en effet disposé à recevoir un mort, et en ce sens le gosier de l’homme est qualifié de sépulcre ouvert, lorsqu’il est disposé à proférer des paroles qui apportent la mort. C’est ainsi qu’il est dit dans Jérémie : "Son carquois est comme un sépulcre ouvert" Ensuite <un sépulcre> exhale la puanteur : "Ils ressemblent à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux aux hommes, mais au dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute sorte de pourriture." Leur gosier est donc un sépulcre ouvert, lorsque de leur bouche se répand la puanteur du langage obscène "De leur bouche sortait du feu, de la fumée et du soufre."

284. — Puis, parmi les péchés de la bouche, il traite de la fraude, lorsqu’il dit : de leurs langues ils agissaient avec tromperie, c’est-à-dire en ayant une chose dans le cœur et une autre dans leur bouche : "C’est une flèche blessante que leur langue, elle ne parle que pour la ruse."

285. — En troisième lieu, il expose le dommage <causé par> ces paroles, quand il dit : le venin des aspics sous leurs lèvres, c’est-à-dire parce que l’effet de ces paroles est tel qu’il tue d’une manière irrémédiable le prochain, soit spirituellement, soit corporellement : "C’est un fiel de dragons que leur vin, et un venin d’aspics incurable."

286. — En quatrième lieu, il montre l’abondance de ces péchés, lorsqu’il dit : Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume, c’est-à-dire que la malédiction abonde toujours dans de tels discours, parce que <les méchants> médisent du prochain par détraction[310], contrairement aux paroles que l’Apôtre dit plus loin : "Bénissez et ne maudissez point." — Et d’amertume, dans la mesure où ils ne craignent pas de proférer des paroles injurieuses à la face du prochain, qui provoquent en eux l’amertume, contrairement à cette <exhortation que l’Apôtre adresse> aux Ephésiens : "Que toute amertume, toute colère, tout emportement, toute clameur et toute diffamation soit bannie de vous, avec toute malice."

287. — En disant ensuite : 15 leurs pieds sont prompts, <l’Apôtre> traite de leurs péchés d’action, à propos desquels il relève trois choses.

Premièrement leur promptitude à faire le mal. Aussi dit-il : leurs pieds sont prompts, c’est-à-dire leurs passions, à verser le sang, c’est-à-dire à commettre tous les péchés graves, parce que parmi tous les péchés que nous commettons contre le prochain, l’homicide est le plus grave[311] "Leurs pieds courent et ils se hâtent afin de verser le sang."

288. — Puis il fait allusion à la multiplicité des dommages qu’ils causent aux autres, quand il ajoute : 16 dans leurs voies, c’est-à-dire dans leurs œuvres, sont l’affliction, parce qu’ils affligent les autres en les opprimant "Son cœur <ne songe> qu’à détruire ", et le malheur, en tant qu’ils dépouillent les hommes de leurs biens pour les conduire à la misère : "Ils renvoient les hommes nus, enlevant les vêtements à ceux qui n’ont pas de quoi se couvrir pendant le froid." Toutefois on peut comprendre que ces deux mots ont été mis pour désigner la peine plutôt que la faute, en sorte que leur sens serait : dans leurs voies sont l’affliction et le malheur, c’est-à-dire leurs œuvres, qui sont désignées par les voies, les conduisent à l’affliction et au malheur. De sorte que <le mot> "affliction" se réfère à l’oppression de la peine, par laquelle ils seront punis pour leurs péchés : "Elle sera mise en pièces, comme on brise d’un brisement très fort un vase de potier ", quant au <mot> "malheur", il doit être référé à la peine du dam[312], parce qu’ils seront privés de la félicité éternelle : "Ils sont malheureux, et leur espérance est parmi les morts."

289. — Enfin, <l’Apôtre> montre leur obstination dans le mal. Quelques-uns s’en détournent cependant pour deux raisons :

Soit parce qu’ils veulent avoir la paix avec les hommes. Mais il est dit en sens contraire : 17 et ils n’ont pas connu la voie de la paix, c’est-à-dire ils ne l’ont point acceptée : "Avec ceux qui haïssent la paix, j’étais pacifique; lorsque je leur parlais, ils m’attaquaient gratuitement."

Soit par la considération de la crainte divine. Mais ceux <dont parle l’Apôtre> ne craignent pas Dieu, et ne se soucient pas de l’homme, comme on le rapporte dans <l’évangile de> Luc. Aussi <l’Apôtre> ajoute-t-il : 18 la crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux, c’est-à-dire <qu’elle n’entre pas> dans leur considération "La crainte du Seigneur chasse le péché; car celui qui est sans crainte ne pourra être justifié." On peut aussi appliquer cela spécialement aux Juifs, qui ne croient pas au Christ, du fait qu’ils n’ont pas connu la voie de la paix, c’est-à-dire le Christ, dont il est dit "C’est lui qui est notre paix."

290. — 2. Lorsque <l’Apôtre> dit : 19 Or nous savons que tout ce que dit la Loi, il explique l’autorité citée de trois manières

a) D’abord, en exposant son sens.

b) Puis, en expliquant son intention [n° 294] afin que toute bouche.

c) Enfin, en donnant la raison de ce qu’elle exprime [n° 295] : 20 que [...] par les œuvres de la Loi.

291. — a. Sur le sens de l’autorité citée, il faut considérer que les Juifs, contre lesquels l’Apôtre parlait ici, pouvaient, pour se disculper, le détourner en disant : que ces paroles doivent s’entendre des nations et non des Juifs. Mais l’Apôtre rejette cette interprétation en disant : nous savons que tout ce que dit la Loi, elle le dit à ceux qui sont sous la Loi, c’est-à-dire à ceux à qui la Loi a été donnée et qui font profession de la Loi : "Moïse nous a prescrit une loi." Or les Gentils n’étaient pas sous la Loi, et en conséquence ces paroles s’appliquent aux Juifs.

292. — Ici se présente une double objection.

La première, c’est que ces paroles citées plus haut ne sont point tirées de la Loi, mais d’un psaume.

Il faut répondre[313] que parfois le nom de loi est pris pour tout l’Ancien Testament et non point pour les cinq livres de Moïse seulement, selon <ce qui est dit dans l’évangile de> Jean : "C’est afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï gratuitement." <Ce passage> figure dans l’Ancien Testament et non point dans les cinq livres de Moïse, qu’on appelle en particulier la Loi. Et c’est dans ce sens que <le mot> "Loi" est pris ici. Mais parfois tout l’Ancien Testament est divisé en trois parties la Loi, les Psaumes et les Prophètes, selon ce verset de Luc "Il fallait que fût accompli tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, dans les psaumes et dans les prophètes." Parfois enfin, tout l’Ancien Testament est divisé en deux parties : la Loi et les Prophètes, selon ce verset <de l’évangile> de Matthieu : "A ces deux commandements se rattachent toute la Loi et les Prophètes." Et suivant ce mode de répartition <des livres de l’Ancien Testament>[314]", le Psautier est contenu dans les Prophètes[315].

293. — La seconde objection, c’est que dans la Loi, c’est-à-dire dans l’Ancien Testament, beaucoup de choses appartiennent aux autres nations, comme on le voit en plusieurs endroits d’Isaïe et de Jérémie, où l’on rapporte qu’un grand nombre <de menaces> sont proférées contre Babylone, et pareillement contre d’autres nations. Donc tout ce que dit la Loi, elle ne le dit pas à ceux et de ceux qui sont sous la Loi.

Il faut répondre que tout ce qui est dit d’une manière indéterminée paraît s’adresser à ceux à qui la Loi est donnée; mais quand l’Ecriture parle des autres, elle les désigne sous un titre particulier, par exemple lorsqu’il est dit "Oracle menaçant sur Babylone" et : "Oracle menaçant sur Tyr", etc. Ce qui dans l’Ancien Testament est dit contre les autres nations appartenait dans un certain sens aux Juifs, en tant que les malheurs de ces nations étaient annoncés soit pour leur propre consolation, soit pour leur propre terreur. De la même manière, un prédicateur ne doit dire <à son assistance> que ce qui la concerne, et non point ce qui regarde les autres : "Annonce à mon peuple ses péchés", autrement dit : non ceux des autres.

294. — b. Lorsque <l’Apôtre> dit : afin que toute bouche, etc., il explique l’intention de l’autorité citée. Car l’Ecriture sainte convainc tous les hommes d’injustice pour deux raisons/

D’abord pour réprimer leur jactance[316], par laquelle ils se regardaient comme justes, selon ce verset de Luc : "Je jeûne deux fois la semaine; je paie la dîme de mût ce que je possède." Et c’est pour cela que <l’Apôtre> dit : afin que toute bouche soit fermée, c’est-à-dire <toute bouche> qui s’attribuerait présomptueusement la justice : "La bouche de ceux qui disaient des choses iniques a été fermée."

"Ne multipliez point des paroles hautaines en vous glorifiant."

Ensuite, pour qu’en reconnaissant leur faute ils se soumettent à Dieu, comme un malade au médecin. Aussi <l’Apôtre> ajoute-t-il : et que tout le monde devienne soumis à Dieu, c’est-à-dire non seulement le Gentil, mais aussi le Juif, en reconnaissant <chacun> sa faute : "Est-ce que mon âme ne sera pas soumise à Dieu ?"

295. — c. Enfin, lorsque <l’Apôtre> dit : 20 parce que [...] par les œuvres de la Loi, il explique la raison des paroles citées. Et :

Il commence par exposer la raison.

Puis, il en montre l’évidence [n° 298] : Car par la Loi.

296. — Il dit donc d’abord : S’il n’est aucun juste, c’est que nulle chair, c’est-à-dire aucun homme, ne sera justifiée devant lui, c’est-à-dire selon son jugement, par les œuvres de la Loi, parce que, comme le dit <l’Apôtre> aux Galates, "Si c’est par la Loi qu’est la justice, c’est donc en vain que le Christ est mort "; et à Tite : < Ce n’est point par les œuvres de justice que nous avons faites qu’il nous a sauvés, mais selon sa miséricorde."

297. — Or il y a deux sortes d’œuvres de la Loi : les unes appartenant à la Loi de Moïse, comme l’observance des préceptes cérémoniels[317]; les autres appartenant à la loi de la nature, parce qu’ils se rapportent à la loi naturelle[318], comme : "Tu ne tueras point "; "tu ne feras point de vol ", etc. Selon l’interprétation de certains, ces préceptes se rapportent aux premières œuvres de la Loi, c’est-à-dire aux préceptes cérémoniels qui ne conféraient pas la grâce sanctifiante. Mais cette interprétation ne semble pas conforme à l’intention de l’Apôtre; on le voit d’après ce qu’il ajoute aussitôt : car par la Loi <vient> la connaissance du péché. Or il est manifeste que les péchés se reconnaissent par les préceptes moraux négatifs. L’intention de l’Apôtre est donc <de dire> que les œuvres de la Loi, quelles qu’elles soient, même celles qui sont commandées par les préceptes moraux, ne justifient pas l’homme, en ce sens qu’elles ne produisent pas la justification en lui, car selon ce que <l’Apôtre> dit plus loin : "Mais si c’est par grâce, ce n’est plus en raison des œuvres; autrement la grâce n’est plus grâce."

298. — En disant ensuite : par la Loi, <l’Apôtre> prouve ce qu’il avait dit, à savoir que les œuvres de la Loi ne justifient pas. Car la Loi est donnée pour que l’homme connaisse ce qu’il doit faire, ce qu’il doit éviter : "Il n’a pas fait ainsi pour toute nation, et il ne leur a pas manifesté ses jugements " — "Le commandement est une lampe, la loi une lumière, et la réprimande de la discipline la voie de la vie." Mais de ce que l’homme a la connaissance du péché, qu’il doit éviter en tant que défendu, il ne s’ensuit pas aussitôt qu’il l’évite — ce qui appartient à la fonction de la justice — parce que la concupiscence pervertit le jugement de la raison dans chaque œuvre à accomplir. Et c’est pourquoi la Loi ne suffit pas pour la justification, mais un autre remède est nécessaire pour réprimer la concupiscence[319].

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