[n° 247] 1 Qu’est-ce donc que le Juif a de plus ? ou quelle est l’utilité de la circoncision ?
[n° 2481 2 Considérable de toute manière. Tout d’abord en ce que les jugements de Dieu leur ont été confiés.
[n° 251] Car qu’importe si quelques-uns d’entre eux n’ont pas cru ? Leur incrédulité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu ? [n° 254] Non, certes.
[n° 255] "Au contraire Dieu est véridique, tandis que tout homme est menteur, selon qu’il est écrit : "De sorte que tu sois reconnu juste dans tes paroles et que tu sois victorieux lorsque tu es jugé."
[n° 262] Mais si notre iniquité met en valeur la justice de Dieu, que dirons-nous ? Dieu n’est-il pas inique, lui qui donne libre cours à sa colère ?
[n° 265] 6 Je parle selon l’homme. Point du tout! Autrement, comment Dieu jugera-t-il ce monde ?
[n° 267] Mais si par mon mensonge la vérité de Dieu a abondé pour sa gloire, pourquoi suis-je moi-même encore jugé comme pécheur ?
[n° 269] 8 Et pourquoi, comme certains blasphémateurs nous le font dire, ne ferions-nous pas le mal pour qu’en vienne le bien ? Pour ceux-là, leur condamnation est juste.
246. — Après avoir montré que le judaïsme, auquel se rapportent la réception de la Loi et la circoncision, est insuffisant pour le salut sans l’observance de la Loi, et que le Gentil, sans judaïsme extérieur et sans circoncision, obtient le fruit de l’un et de l’autre [n° 163 et 210], en observant la Loi, l’Apôtre formule ici une objection contre ce qu’il vient de dire et :
— Il commence par présenter son objection.
— Puis, il la résout [n° 248] : 2 Considérable de toute manière.
247. — Il formule donc d’abord son objection de la manière suivante : si, comme on l’a dit, la chose était telle que le Juif véritable et la vraie circoncision ne sont pas à l’extérieur mais dans le secret du cœur, qu’est-ce donc que le Juif a de plus ? c’est-à-dire : que lui a-t-il été donné de plus qu’aux autres ? Rien, semble-t-il. Ce qui est injustifié, puisque le Seigneur a dit dans le Deutéronome : "C’est toi qu’a choisi le Seigneur ton Dieu, afin que tu sois son peuple particulier entre tous les peuples qui sont sur la terre. — Ou quelle est l’utilité de la circoncision extérieure ? Il semble qu’il n’y en ait aucune d’après ce qui précède, ce qui est injustifié, puisque <la circoncision> a été donnée par Dieu, lui qui a dit : "Moi, le Seigneur ton Dieu, je t’enseigne des choses utiles."
248. — En disant[285] : Considérable de toute manière, il résout l’objection qu’il vient de formuler. Et
— D’abord quant à la prérogative du judaïsme.
— Puis quant à l’utilité de la circoncision, au chapitre 4, [n° 322] Que dirons-nous donc ?
À propos de la prérogative du judaïsme :
— Il commence par montrer la prérogative des Juifs.
Puis, il rejette leur gloire avec laquelle ils se préféraient aux nations païennes [n° 271] : "Quoi donc ? L’emportons-nous sur eux ?"
En montrant la prérogative des Juifs :
I) Il commence par énoncer son propos.
II) Puis, il en montre l’évidence [n° 250] : Tout d’abord en ce que les jugements de Dieu, etc.
III) Il écarte une objection [n° 251] Car qu’importe si quelques-uns, etc.
249. — I. Il dit donc d’abord : On a demandé ce que le Juif a de plus ? <Ses avantages> sont supérieurs en quantité, ce qui est signifié lorsque <l’Apôtre> dit Considérable, et en nombre, ce qui est signifié quand il dit : de toute manière.
En effet, les Juifs ont un privilège et dans la contemplation des choses divines : "Dieu est connu en Judée, en Israël son nom est grand ", et dans le partage des biens temporels : "Il n’a pas fait ainsi pour toute nation." Ils ont aussi un privilège dans leurs pères, dans les promesses et dans leur descendance : "qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption des fils, et la gloire, et l’alliance, et la législation, et le culte et les promesses; à qui appartiennent les pères, et de qui est issu le Christ selon la chair, lui qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni dans les siècles. Amen." Et dans chacune de ces prérogatives, leur supériorité n’est pas petite, mais grande et principale. C’est ce à quoi <l’Apôtre> fait allusion quand il dit : Considérable. Car le souverain bien de l’homme réside dans la connaissance de Dieu[286], en ce qu’il adhère à lui et est instruit par lui : "Bienheureux l’homme que toi, tu auras instruit, Seigneur, et à qui tu auras enseigné ta Loi, afin que tu lui accordes quelque douceur dans les jours mauvais, jusqu’à ce qu’au pécheur soit creusée une fosse."
250. — II. En ajoutant : Tout d’abord, etc., il montre l’évidence de ce qu’il avait dit. Tout d’abord, c’est-à-dire les Juifs sont principalement avantagés, en ce que les jugements de Dieu leur ont été confiés, comme à des amis : "Je vous ai appelés mes amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître." Et cela est considérable, parce que les jugements de Dieu sont honorables : "Les jugements du Seigneur sont vrais, équitables par eux-mêmes
Ils sont délectables : "Que tes jugements sont doux à mon palais." Ils sont aussi utiles pour ne pas pécher : "J’ai caché dans mon cœur tes jugements, afin de ne pas pécher contre toi."
251. — III. En disant ensuite : Car qu’importe si quelques-uns, <l’Apôtre> écarte une objection. Et :
A) Il commence par la formuler.
B) Puis, il l’écarte en faisant voir qu’elle mène à un non-sens [n° 253] : Leur incrédulité, etc.
C) Enfin, il montre que la conclusion à laquelle elle mène est <véritablement> un non-sens [n° 254] : Non, certes. Au contraire Dieu est véridique.
252. — A. On pourrait critiquer la prérogative des Juifs en y opposant leur ingratitude, qui semblait leur avoir fait perdre la dignité <de dépositaires> des jugements de Dieu. Aussi <l’Apôtre> dit-il : Car qu’importe si quelques-uns d’entre eux n'ont pas cru, cela ôte-t-il toute prérogative au Juif ? Selon ce verset de la seconde épître de Pierre : "Il eût mieux valu pour eux de ne pas connaître la voie de la justice, que de l’avoir connue et de revenir ensuite en arrière, s’éloignant du saint commandement qui leur avait été donné."
Or ils n’ont point cru, tout d’abord, au législateur : "Ils ne crurent point à sa parole." Ensuite, ils n’ont point cru aux prophètes : "Pour toi, fils d’homme, ne les crains point, n’appréhende pas leurs discours, parce que des incrédules et des destructeurs sont avec toi, et que tu habites avec des scorpions; ne crains pas leurs paroles, parce que c’est une maison qui m’exaspère." Enfin, ils n’ont pas cru au Fils lui-même : "Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez vous pas ?"
253. — B. En disant : Leur incrédulité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu ?, <l’Apôtre> écarte l’objection susdite en faisant voir qu’elle mène à un non-sens; parce que, si à cause de l’incrédulité de quelques-uns la prérogative des Juifs était abolie, il s’ensuivrait que l’incrédulité d’un homme anéantirait la fidélité de Dieu, ce qui est un non-sens. Et tel est bien ce que <l’Apôtre> dit : Leur incrédulité, c’est-à-dire <l’incrédulité> de ceux qui n’ont pas cru, anéantira-t-elle la fidélité de Dieu ? Ce qui peut s’entendre de deux manières[287] — d’abord de la foi par laquelle on croit en Dieu. En effet, l’incrédulité de certains n’entraîne pas l’anéantissement de la foi de ceux qui ont cru. Car le mal de certains d’entre ceux qui vivent dans la société n’anéantit pas le bien des autres : "Parmi eux il en a béni et exalté; et parmi eux il en a sanctifié et attaché à lui; et parmi eux il en a maudit et humilié, il les a chassés du pays où ils s’étaient retirés." C’est à leur encontre qu’Augustin faisait ce reproche en s’adressant au peuple chrétien d’Hippone : "Pourquoi se rassemblent-ils, et quel est le sujet de leur entretien ? Si un évêque ou un clerc, un moine ou une vierge, vient à tomber, ils croient que tous sont pareils, bien qu’ils n’aient pas tous la possibilité de se révéler tels[288]."
On peut aussi entendre <ces mots> de la fidélité avec laquelle un Dieu fidèle accomplit ses promesses : "Car il est fidèle celui qui a promis " Mais cette fidélité serait anéantie si, à cause de l’incrédulité de quelques-uns, il arrivait que le Juif n’ait plus aucune prérogative. Car Dieu a promis de multiplier et d’exalter ce peuple, comme on le voit dans la Genèse : "Je te bénirai, et je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer; ta postérité possédera les portes de ses ennemis, et seront bénies en ta postérité toutes les nations de la terre, parce que tu as obéi à ma voix."
254. — C. En disant : Non certes. Au contraire, <l’Apôtre> montre que c’est un non-sens <de dire> que la fidélité de Dieu serait anéantie à cause de l’incrédulité des hommes. Et :
1) Il le prouve d’abord par un raisonnement.
2) Ensuite, par <un argument d’>autorité [n° 256] selon qu’il est écrit.
3) Enfin, il rejette le sens erroné de l’autorité [n° 262] Mais si.
255. — 1. Son raisonnement se base sur le fait que "Dieu en soi est véridique. <Il est écrit dans le livre de> Jérémie : "Mais le Seigneur est le vrai Dieu; lui-même est le Dieu vivant et le roi éternel." Et dans la première épître de Jean : "Nous savons encore que le Fils de Dieu est venu et nous a donné l’intelligence, pour que nous connaissions le vrai Dieu et que nous soyons en son vrai Fils. C’est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle." Et cependant tout homme est menteur. — "J’ai dit dans mon abattement : Tout homme est menteur" Il est donc évident que le mensonge de l’homme ou l’infidélité qui n’adhère pas à la vérité n’anéantit pas la vérité de Dieu ou sa fidélité. Pour s’en convaincre, il faut savoir que la vérité implique l’adéquation de la chose à l’intelligence[289]. Mais différente est l’adéquation de la chose à notre intelligence, et l’adéquation de la chose à l’intelligence divine. Car notre intelligence reçoit sa connaissance des choses; et par conséquent la cause, et la mesure de la vérité elle-même, est l’existence de la chose : car, selon que la chose est ou n’est pas, son expression est qualifiée de vraie ou de fausse, selon le Philosophe[290]. Aussi notre intelligence peut-elle être vraie ou fausse, selon qu’elle peut se conformer ou non. Or ce qui peut être ou n’être pas a besoin d’un agent pour être, sans quoi il demeure dans l’état de non-être. De même que l’air, sans l’action de la lumière, demeure à l’état ténébreux, ainsi en est-il de notre intelligence : si elle n’est illuminée par la vérité première, d’elle-même elle demeure dans le mensonge. Par conséquent, de lui-même, tout homme est menteur selon son intelligence, et il n’est vrai que dans la mesure où il participe à la vérité divine : "Envoie ta lumière et ta vérité." L’intelligence divine, au contraire, est la cause et la mesure des choses, et voilà pourquoi, selon sa nature propre, elle est indéfectiblement vraie, et chaque chose est vraie selon qu’elle se conforme à elle[291]. Semblablement, si l’on prend la vérité du côté de la chose, l’homme, de lui-même, n’a pas la vérité, parce que sa propre nature changeante tend vers le néant. Au contraire, seule la nature divine, qui n’est point sortie du néant, et qui n’y tend point par le changement, a par elle-même la vérité[292].
256. — 2. En ajoutant selon qu’il est écrit, <l’Apôtre> prouve <son raisonnement> par <un argument d’>autorité, c’est-à-dire par l’autorité du psaume 50, dans lequel on lit : "de sorte que tu sois reconnu juste dans tes paroles, et que tu sois victorieux lorsque tu es jugé[293]." On peut voir comment <l’Apôtre> en fait ici l’application si l’on considère les versets précédents du psaume. En effet, il est dit auparavant : "Contre toi seul j’ai péché", et puis la suite : "de sorte que tu sois reconnu juste dans tes paroles et que tu sois victorieux lorsque tu es jugé." En effet, Dieu avait promis par le prophète Nathan à David que son royaume durerait pour toujours dans sa postérité, comme on le rapporte au deuxième livre des Rois. Mais par la suite, alors qu’il était tombé dans un péché grave, à savoir dans l’adultère et l’homicide, comme on le lit dans ce même livre, à cause de ce péché certains disaient que Dieu n’observerait pas la promesse qu’il lui avait faite.
257. — L’intention du psalmiste est donc de dire deux choses :
a. D’abord, qu’en raison de son péché la justice de Dieu n’est pas changée, <justice> à laquelle il appartient d’accomplir ses paroles. Et à ce propos il dit : que tu sois reconnu juste dans tes paroles, c’est-à-dire afin que par cet aveu tu apparaisses juste dans tes paroles, puisque en raison de mes péchés tu ne les laisses pas sans effet : "Toutes mes paroles sont droites, il n’y a rien en elles de dépravé ou de pervers. "<Et encore> : "Le Seigneur est fidèle dans toutes ses paroles et saint dans toutes ses œuvres."
b. Ensuite, que la promesse divine ressemble au jugement humain. Et tel est ce que <l’Apôtre> dit : que tu sois victorieux, en tenant ta promesse, lorsque tu es jugé, par les hommes disant que tu n’accompliras pas cette promesse à cause de mes péchés : "Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien." Ces paroles dites à l’adresse de l’homme s’appliquent davantage encore à Dieu.
258. — Il faut remarquer ici que la promesse faite par Dieu à David devait s’accomplir par l’Incarnation du Christ. Elle appartenait donc à la prophétie de prédestination, selon laquelle ce qui est promis doit de toutes manières s’accomplir; tandis que ce qui est promis ou annoncé selon une prophétie de menace[294], n’est pas prédit comme devant s’accomplir quoi qu’il arrive, mais selon que l’exigent les mérites humains qui peuvent être modifiés. Par conséquent, si la promesse faite à David n’avait pas été accomplie, cela aurait été au préjudice de la justice divine. Mais si ce qui est promis par la prophétie de menace ne se réalise pas, cela ne porte point préjudice à la justice divine, au contraire cela signifie un changement des mérites humains. C’est ce qui fait dire <au prophète> Jérémie : "Soudain je parlerai contre une nation, et contre un royaume, afin de l’extirper et de le détruire, et de le perdre entièrement. Si cette nation se repent du mal que je lui ai reproché, je me repentirai moi aussi du mal que j’ai résolu de faire. Soudain aussi je parlerai d’une nation et d’un royaume, afin de l’édifier et de l’affermir." Dans ce sens, il est donc évident que le péché de l’homme n’anéantit pas la fidélité divine.
259. — D’autres sens de cette autorité <scripturaire> sont exposés dans la Glose[295], mais ils ne concordent pas si bien avec l’intention de l’Apôtre, <voulant> en tout premier lieu que les paroles qu’il rapporte ici fassent suite avec celles que le psalmiste a mises auparavant : "Lave-moi complètement de mon iniquité ", et cela de sorte que tu sois reconnu juste, c’est-à-dire que tu apparaisses juste dans tes paroles, par lesquelles tu as promis le pardon aux pécheurs, non seulement dans <le livre d’> Ezéchiel[296], — car ces paroles du psaume <50> ont été dites auparavant —, mais aussi dans le Lévitique "Alors ils prieront pour leurs impiétés. Et je me souviendrai de mon alliance, que j’ai faite avec Jacob, Isaac et Abraham "; et dans le Deutéronome : "Lors donc que sont venues sur toi toutes ces paroles, la bénédiction ou la malédiction que j’ai exposées en ta présence, et que, conduit par le repentir de ton cœur, parmi les nations chez lesquelles t’aura dispersé le Seigneur ton Dieu, tu seras revenu à lui avec tes enfants, et que tu obéiras à ses ordres de tout ton cœur et de toute ton âme, comme moi je te prescris aujourd’hui, le Seigneur ton Dieu ramènera tes captifs, il aura pitié de toi, et il te rassemblera encore du milieu de tous les peuples, chez lesquels il t’avait auparavant dispersé." Et ainsi que tu sois victorieux lorsque tu es jugé, par les hommes <qui croient> que tu ne dois plus m’accorder ton pardon.
260. — Ensuite, <selon la Glose>, ces paroles qui suivent sont à mettre en lien avec ce qui a été dit : "Contre toi seul j’ai péché ", c’est-à-dire par comparaison avec toi seul qui es juste. Et c’est ce qui fait dire <au psalmiste> : de sorte que tu sois reconnu juste, c’est-à-dire que par comparaison avec moi et avec les autres pécheurs tu apparaisses juste : "Le Seigneur est juste et il aime la justice ", et cela non seulement dans les actes, mais aussi en paroles, ce qui est la perfection par excellence, selon ce verset de Jacques : "Si quelqu’un ne pèche pas en paroles, c’est un homme parfait, et il peut conduire même tout son corps avec le frein." — Et que tu sois victorieux lorsque tu es jugé, c’est-à-dire lorsque tu es comparé à n’importe quel autre homme dans le jugement : "Jugez entre moi et ma vigne."
261. — Enfin, ces paroles se réfèrent au Christ, qui seul est sans péché, selon ce verset de la première épître de Pierre : "Lui qui n’a pas commis de péché, et en la bouche de qui n’a pas été trouvée la tromperie "; et il est ainsi justifié dans ses paroles en comparaison avec tous les autres hommes. Et que tu sois victorieux, du péché, de la mort et du diable : "Voici le lion de la tribu de Juda, la racine de David, qui a obtenu par sa victoire d’ouvrir le livre et d’en délier les sept sceaux." Et cela lorsque tu es jugé injustement par Pilate : "Ta cause a été jugée comme celle d’un impie; tu recevras selon la cause et le jugement."
262. — 3. En disant ensuite : 5 Mais si notre iniquité, <l’Apôtre> rejette le sens erroné de l’autorité citée. On pourrait en effet comprendre les paroles citées dans le sens suivant : cette conjonction ut étant mise pour signifier la cause et non point seulement la conséquence[297]. Il s’ensuivrait ainsi que le péché de l’homme serait directement ordonné à l’exaltation de la justice de Dieu. Mais l’Apôtre montre que c’est faux, et donne ainsi à entendre que cette <conjonction> ut est mise <pour signifier> une conséquence, parce que du péché de David résulte la manifestation de la justice divine; et non point <pour signifier> un lien causal, comme si le péché de l’homme exaltait la justice de Dieu[298], L’Apôtre prouve que <cela est erroné> en montrant le non-sens.
Et cela de deux manières
a) Premièrement, du côté du jugement divin.
b) Deuxièmement, du côté du jugement humain [n° 267].
a. Du côté du jugement divin :
— Il commence par exposer le sens erroné.
Puis, il montre le non-sens qui en résulte [n° 264] : que dirons-nous ? Dieu n'est-il pas inique ?
— Enfin, il montre que cela est <effectivement> un non-sens [n° 265] : Point du tout.
263. — Il faut considérer le fait que plus haut [n° 255-256] l’Apôtre avait fait deux comparaisons : l’une entre la vérité divine et le mensonge humain, en disant : Au contraire Dieu est véridique, tandis que tout homme est menteur. L’autre entre la justice de Dieu et le péché humain, selon les paroles du psaume cité : "Contre toi seul j’ai péché, de sorte que tu sois reconnu juste."
Quant à la première comparaison <l’Apôtre> dit : Si l’on doit entendre ces paroles dans le sens où notre iniquité exalte directement la justice de Dieu, que dirons-nous ? c’est-à-dire nous ne pourrons soutenir les non-sens qui en résultent. Car le péché n’est pas nécessaire à Dieu pour exalter sa justice : "Il ne désire pas une multitude de fils infidèles et inutiles."
264. — Mais il montre le non-sens qui en résulte en disant : Dieu qui donne libre cours à sa colère, c’est-à-dire à sa vengeance à cause du péché, n'est-il pas inique ? Car c’est la conséquence de ce qu’on a dit. Si, en effet, le péché était ordonné directement à l’exaltation de la justice, il ne serait pas digne de peine mais de récompense. Et ainsi Dieu, en punissant les hommes pour le péché, serait inique, ce qui contredit ce verset du Deutéronome : "Dieu est fidèle et sans aucune iniquité; il est juste et droit."
265. — Il rejette ensuite ce non-sens, lorsqu’il ajoute : Point du tout! à savoir que Dieu soit inique. Je parle selon l’homme, c’est-à-dire que j’ai proféré ces paroles, non selon ma pensée, mais selon la pensée de l’homme qui s’égare : "Puisqu’il y a parmi vous jalousie et esprit de contention, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ?"
266. — Mais il montre qu’il ne faut point parler ainsi, en ajoutant : Autrement, c’est-à-dire si Dieu est inique, comment jugera-t-il ce monde, c’est-à-dire comment lui siéra-t-il d’être le juge universel et suprême du monde ? Car il est nécessaire à ce qui est premier et supérieur en n’importe quel genre d’être infaillible[299] — par exemple le moteur premier est immobile. De là ces paroles <du psalmiste> : "Il jugera le monde avec équité.">
Et on trouve dans le livre de Job un argument semblable : "En vérité Dieu ne condamne pas en vain et le Tout-Puissant ne fait pas fléchir le jugement; quel autre <que lui> a-t-il constitué sur la terre ? Ou qui a-t-il établi sur l’univers, qu’il a formé ?" C’est-à-dire que, si lui-même ne jugeait pas justement, il faudrait dire qu’un autre est juge du monde.
267. — b. En disant ensuite : 7 si par mon mensonge la vérité, etc., <l’Apôtre> montre la même chose par le jugement humain. Et à ce propos il fait également trois choses :
— Il commence par exposer l’interprétation erronée des paroles citées.
— Puis, le non-sens qui en résulte [n°269] : pourquoi suis-je moi-même encore jugé comme pécheur ?
— Enfin, il montre que cela est <effectivement> un non-sens [n° 270] : leur condamnation est juste.
268. — Il exprime le sens erroné <des paroles citées> en comparant la vérité divine au mensonge humain : Mais si par mon mensonge, c’est-à-dire à cause de mon mensonge, la vérité de Dieu, a été manifestée, c’est-à-dire a abondé pour sa gloire, de telle sorte que le mensonge humain tend à l’augmentation de la gloire <divine>, contrairement à ce que dit Job : "Est-ce que Dieu a besoin de votre mensonge[300] ?"
269. — <L’Apôtre> ajoute aussitôt les deux non-sens qui en résultent. Le premier de ces non-sens, c’est que l’homme ne devrait pas être réputé pécheur à cause de son mensonge, dès lors qu’il est directement ordonné à la gloire de Dieu. Et tel est ce que dit <l’Apôtre> : Pourquoi encore, c’est-à-dire pourquoi même à présent, suis-je moi-même jugé, c’est-à-dire par les hommes, comme pécheur, à cause d’un mensonge ? — "Comme la méchanceté est timide, elle est livrée à la condamnation de tous"[301], c’est-à-dire parce qu’au jugement les pécheurs sont condamnés par tous. L’autre non-sens entraîne une fausse interprétation, qui était attribuée aux Apôtres. Car du fait qu’ils prêchaient que la surabondance de la grâce du Christ effaçait une abondance de péchés, selon ce verset <de l’épître aux Romains> : "où la faute a abondé, la grâce a surabondé ", on blasphémait contre eux, comme s’ils disaient que les hommes devaient faire le mal pour obtenir le bien. Telle en serait la conséquence si le mensonge de l’homme exaltait directement la grâce et la vérité de Dieu. C’est bien ce que <l’Apôtre> dit ne ferions-nous pas le mal, en péchant et en enseignant le mensonge, pour qu’en vienne le bien, c’est-à-dire afin que la vérité et la justice de Dieu soient exaltées; comme certains blasphémateurs nous le font dire, c’est-à-dire comme certains nous l’attribuent en blasphémant. — "On nous blasphème, et nous faisons des obsécrations " — comme certains blasphémateurs nous le font dire, en faussant nos paroles." Dans <ses lettres Paul> a quelques endroits difficiles à entendre, que des hommes sans instruction et sans fermeté détournent de leur sens — comme d’ailleurs les autres Ecritures — pour leur propre perdition."
270. — Enfin <l’Apôtre> rejette ces accusations en ajoutant : Pour ceux-là, leur condamnation est juste, c’est-à-dire la condamnation de ceux qui font le mal pour en faire sortir du bien. Car de même qu’on ne doit pas bâtir un véritable syllogisme sur de fausses <prémisses>[302], ainsi on ne doit pas tendre à une fin qui est bonne par le mal "Pourquoi la voie des impies est-elle prospère, et le bonheur est-il pour tous ceux qui prévariquent et qui agissent iniquement ?, > Paroles qui s’appliquent à la personne des impies. Ou bien : Pour ceux-là, c’est-à-dire pour ceux qui nous attribuent faussement ces erreurs, leur condamnation est juste. Car il est juste que soient condamnés les corrupteurs de la doctrine sacrée : "Je proteste à tous ceux qui entendent les paroles de la prophétie de ce livre, que si quelqu’un y ajoute, Dieu accumulera sur lui les fléaux décrits dans ce livre."