[n° 381] : 1 Étant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ,
[n° 383] 2 par qui aussi nous avons accès par la foi à cette grâce en laquelle nous sommes établis, [n° 384] et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu.
[n° 386] Et non seulement <cela>, mais nous nous glorifions même dans les tribulations, sachant que la tribulation opère la patience;
[n° 388] "la patience la mise à l’épreuve, et la mise à l’épreuve l’espérance;
[n° 390] or l’espérance ne confond point, parce que la charité de Dieu a été répandue en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné.
381. — Après avoir montré la nécessité de la grâce du Christ, parce que sans elle ni la connaissance de la vérité pour les Gentils, ni la circoncision et la Loi pour les Juifs n’ont été d’aucune utilité pour le salut [n° 109], l’Apôtre commence, à partir de ce chapitre, par exalter l’efficacité de la grâce. Dans ce dessein il montre deux choses
— Quels biens nous obtenons par la À grâce.
De quels maux nous sommes libérés par elle [n° 406] : 12 C’est pourquoi, de même que par un seul homme, etc.
Sur le premier point il exprime deux choses :
I) Il indique d’abord le moyen d’arriver, ou la voie par laquelle nous parvenons à la grâce.
II) Puis, il montre les biens que nous obtenons par la grâce [n° 384] : et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire, etc.
I. Sur le moyen de parvenir à la grâce :
A) Il exhorte à en user comme il convient.
B) Il nous en montre l’accès [n° 383][400] qui aussi nous avons accès, etc.
382. — A. <L’Apôtre> a donc commencé par dire que la foi sera imputée à justice à ceux qui croiront en la résurrection du Christ, laquelle est la cause de notre justification. Etant donc justifiés par la foi, à savoir, en tant que par la foi en la résurrection nous participons à son effet, ayons la paix avec Dieu, en nous soumettant à lui et en lui obéissant : "Soumets-toi donc à Dieu, et tu auras la paix." Et : "Qui lui a résisté et a eu la paix ?" Et cela par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a conduits à cette paix : "C’est lui qui est notre paix."
383. — B. C’est pourquoi <l’Apôtre> ajoute : 2 qui, c’est-à-dire le Christ, nous avons accès, à savoir, comme médiateur : "il n’y a qu’un Dieu et qu’un médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme, qui s’est livré lui-même pour la rédemption de tous, comme un témoignage en son temps." — "C’est par lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du Père, dans un seul Esprit" Accès, dis-je, à cette grâce, c’est-à-dire à cet état de grâce : "La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ." — En laquelle, c’est-à-dire par laquelle grâce, non seulement nous sommes ressuscités de nos péchés, mais nous sommes aussi établis, fixés et élevés par l’affection pour les réalités célestes : "Nos pieds se tenaient dans tes parvis, ô Jérusalem." Et encore : "Alors que nous, nous nous sommes relevés, et nous nous sommes dressés." Et cela par la foi, au moyen de laquelle nous obtenons la grâce; non point que la foi précède la grâce, puisque au contraire la foi est <infusée> par la grâce[401] — "C’est par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi, à savoir parce que le premier effet de la grâce en nous, c’est la foi.
384. — II. En disant ensuite : nous nous glorifions dans l’espérance, etc., <l’Apôtre> montre les biens qui nous arrivent par la grâce.
— Il commence donc par dire que par la grâce nous avons la gloire de l’espérance.
— Puis, la gloire de Dieu [n° 404] : 11 Et non seulement <cela>, etc.
Sur le premier de ces biens, il montre trois choses
A) D’abord, la grandeur de l’espérance, dans laquelle nous nous glorifions.
B) Puis, sa véhémence [n° 386] : 3 Et non seulement <cela>, etc.
C) Enfin, sa fermeté [n° 390] : 5 or l’espérance ne confond point, etc.
3858. — A. La[402] grandeur de l’espérance se mesure d’après la grandeur de la chose espérée. Ce que <l’Apôtre> indique en disant : et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu, c’est-à-dire du fait que nous espérons acquérir la gloire des fils de Dieu. Car par la grâce du Christ nous avons acquis "l’esprit d’adoption des fils " de Dieu, comme <l’Apôtre> le dira plus loin. Et <il est écrit> dans la Sagesse " Voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu." Or l’héritage d’un père revient de droit à ses fils : "nous sommes fils de Dieu. Fils, donc héritiers; et même héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être aussi glorifiés avec lui." Cet héritage, c’est la gloire que Dieu a en lui-même : "As-tu un bras comme Dieu, et tonnes-tu d’une voix semblable ?" Et telle est cette espérance qui nous est apportée par le Christ : "Il nous a régénérés pour une vive espérance, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, qui n’est pas souillé, qui ne peut se flétrir, réservé dans les cieux pour vous, qui par la vertu de Dieu êtes gardés au moyen de la foi pour le salut qui doit être révélé à la fin des temps " Et cette gloire, qui sera parfaite en nous dans la vie future, est, en attendant, commencée en nous dans l’état actuel par l’espérance : "c’est en espérance que nous avons été sauvés." — "Ils se glorifieront en toi, tous ceux qui aiment ton Nom "
386. — B. Lorsque <l’Apôtre> dit Et non seulement <cela>, etc., il montre la véhémence de cette espérance. Car celui qui espère avec véhémence une chose supporte volontiers en vue de l’obtenir des épreuves même difficiles et amères, comme un malade, s’il espère avec véhémence la santé, boit sans répugnance une potion amère en vue de recouvrer la santé par elle. Le signe, donc, de l’espérance véhémente que nous avons à cause du Christ, est que non seulement nous nous glorifions de l’espérance de la gloire future, mais aussi des maux que nous endurons pour elle. Aussi <l’Apôtre> dit-il : Et non seulement <cela>, à savoir nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire, mais nous nous glorifions même dans les tribulations, par lesquelles nous parvenons à la gloire." C’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le Royaume des cieux." — "Tenez pour une joie suprême, mes frères, d’être en butte à toutes sortes de tentations."
387. — <L’Apôtre> en montre ensuite la cause en disant : sachant que la tribulation opère la patience, etc.
Il expose ici successivement quatre choses[403] —
1. La tribulation, dont il est dit qu’elle opère la patience; non que la tribulation en soit la cause effective, mais parce que la tribulation est la matière et l’occasion d’exercer l’acte de patience "Soyez patients dans la tribulation."
388. — 2. <L’Apôtre>[404] expose ensuite l’effet de la patience, lorsqu’il dit : 4 la patience <produit> la mise à l’épreuve. — <Il est écrit au livre de l’Ecclésiastique> : "Par le feu s’éprouvent l’or et l’argent; mais les hommes agréables <à Dieu s’éprouvent> dans la fournaise de l’humiliation." Il est en effet manifeste que nous supportons facilement la perte d’une chose pour une autre que nous aimons davantage. Si donc quelqu’un, dans les choses matérielles et temporelles, souffre patiemment pour acquérir les biens éternels, il est suffisamment prouvé par là qu’il aime plus les biens éternels que les temporels.
Mais en sens contraire il est dit : "Sachant que l’épreuve de votre foi opère la patience."
Il faut dire que le mot "épreuve" peut être entendu de deux manières :
a. Ou bien, en tant qu’elle est dans celui qui est éprouvé. Et dans ce sens l’épreuve est la tribulation même, par laquelle l’homme est éprouvé. C’est pourquoi dire que la tribulation opère la patience ou que la tribulation éprouve la patience, cela revient au même.
b. Ou bien le mot "épreuve" est pris au sens de ce qui est éprouvé. Ainsi la patience opère-t-elle l’épreuve, parce que l’homme qui supporte patiemment la tribulation est rendu par là même éprouvé.
389. — 3. <L’Apôtre> ajoute en troisième lieu et la mise à l’épreuve l’espérance, sous-entendu : opère <l’espérance>, parce que celui qui a déjà été éprouvé peut avoir par lui-même, et par les autres, l’espérance qu’il sera admis à l’héritage de Dieu "Dieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui." Ainsi donc, il est évident que du premier au dernier degré la tribulation prépare une voie à l’espérance. C’est pourquoi si l’on se glorifie avec véhémence de l’espérance, il s’ensuit qu’on se glorifie <aussi> de ces mêmes tribulations.
390. — C. En disant : 5 or l’espérance ne confond point, <l’Apôtre> montre la fermeté de cette espérance. Et il l’expose d’abord en disant : or l’espérance, à savoir cette espérance par laquelle nous espérons la gloire des fils de Dieu, ne confond point, c’est-à-dire ne fait pas défaut, à moins que l’homme ne lui fasse défaut. Car on dit que celui-là est confondu dans son espérance, qui ne peut <obtenir> ce qu’il espère : "En toi, Seigneur, j’ai espéré, je ne serai pas confondu à jamais." — "Nul n’a espéré dans le Seigneur et n’a été confondu."
391. — Puis, en disant : parce que la charité, etc., <l’Apôtre> donne une double preuve de la certitude de l’espérance :
— La première s’appuie sur le don de l’Esprit-Saint.
La seconde sur la mort du Christ [n° 394] : En effet, pourquoi, etc.
392. — Il dit[405] donc d’abord : Nous pouvons savoir que l’espérance ne confond point, en ce que la charité de Dieu a été répandue en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné. Or la charité de Dieu peut se prendre en deux sens[406] — soit de la charité par laquelle Dieu nous aime : "Je t’ai aimée d’un amour de charité éternel "; soit de la charité de Dieu par laquelle nous l’aimons : "je suis certain que ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni puissances, ni le présent, ni l’avenir, ni force, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature, ne pourra nous séparer de la charité de Dieu, qui est dans le Christ Jésus Notre Seigneur." Or l’une et l’autre de ces charités sont répandues dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné. Car le fait que le Saint-Esprit, qui est l’amour du Père et du Fils[407], nous soit donné, consiste en ce que nous sommes amenés à la participation de l’amour, qui est l’Esprit-Saint C’est en vérité par cette participation que nous sommes faits amants de Dieu (efficimur Dei amatores)[408]. Et le fait que nous l’aimons lui-même, c’est le signe que lui-même nous aime. <Il est écrit dans les Proverbes> : "Moi, j’aime ceux qui m’aiment." Et dans la première épître de Jean : "Cette charité <de Dieu> consiste en ce que ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés le premier " Or il est dit de la charité, par laquelle Dieu nous aime, qu’elle a été répandue en nos cœurs, parce qu’elle a été montrée ostensiblement dans nos cœurs par le don du Saint-Esprit imprimé en nous : "Nous savons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné." La charité, par laquelle nous aimons Dieu, est dite être répandue dans nos cœurs, en ce sens qu’elle s’étend à toutes les habitudes et à tous les actes de l’âme pour les parfaire; car il est dit : "La charité est patiente, elle est douce; la charité n’est pas envieuse; elle n’agit pas insolemment; elle ne s’enfle pas; elle n’est pas ambitieuse, elle ne cherche pas son propre intérêt; elle ne s’irrite pas; elle ne pense pas le mal; elle ne se réjouit pas de l’iniquité, mais elle met sa joie dans la vérité; elle souffre tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout."
393. Ainsi, de l’un et l’autre sens donné à ces paroles on conclut que l’espérance ne confond point. En effet, si la charité de Dieu est prise dans le sens où Dieu nous aime, il est manifeste qu’il ne se refusera pas à ceux qu’il aime : "Il a aimé des peuples; tous les saints sont dans sa main." De même si la charité de Dieu est prise dans le sens où nous aimons Dieu, il est manifeste qu’il a préparé les biens éternels pour ceux qui l’aiment — "Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et moi je l’aimerai et je me manifesterai à lui."
[n° 394] 6 En effet, pourquoi le Christ, lorsque nous étions encore infirmes, est-il mort au temps voulu, pour des impies ?
[n° 396] 7 Car à peine quelqu’un mourrait-il pour un juste; peut-être cependant quelqu’un aurait-il l’audace de mourir pour un homme de bien.
[n° 398] 8 Ainsi Dieu prouve sa charité pour nous en ce que, alors que nous étions encore pécheurs, au temps voulu
[n° 399] 9 le Christ est mort pour nous. A plus forte raison donc, maintenant que nous avons été justifiés dans son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère.
[n° 401] 10 Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie.
[n° 404] Et non seulement <cela>, mais encore nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation.
394. — Après avoir montré la fermeté de l’espérance par le don de l’Esprit-Saint [n° 391], l’Apôtre la montre maintenant par la mort du Christ. Et :
I) Il commence par poser une question.
II) Puis, il montre une difficulté [n° 396] : 7 Car à peine quelqu’un mourrait-il pour un juste, etc.
III) Enfin, il précise la vérité de sa question [n° 398] : 8 Ainsi Dieu prouve sa charité, etc.
395. — I. <L’Apôtre> dit donc : On a avancé que l’espérance ne confond point; l’évidence de cette assertion apparaît à qui considère ceci : 6 En effet, pourquoi le Christ <est-il mort>, lorsque nous étions encore infirmes, à savoir de l’infirmité du péché "Aie pitié de moi, Seigneur, parce que je suis infirme." Car de même que par l’infirmité corporelle est rompu l’équilibre nécessaire des humeurs, ainsi par le péché se brise l’ordre légitime des affections. Ainsi lorsque nous étions encore infirmes, le Christ est mort […] pour des impies. <Et Pierre écrit> : "Le Christ lui-même est mort une fois pour nos péchés, juste pour des injustes." Et cela au temps voulu, c’est-à-dire qu’il est demeuré dans la mort pendant un temps fixé, à savoir pour ne ressusciter que le troisième jour : "Comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits." C’est quelque chose de grand, si nous considérons quel est Celui qui est mort. Or quelque chose de si grand n’a pu se faire que pour un fruit certain, selon ce passage du psaume : "De quelle utilité <sera> mon sang, lorsque je descendrai dans la corruption." Autrement dit : aucune, s’il n’en résulte pas le salut du genre humain.
396. — II. En disant ensuite : 7 Car à peine quelqu’un mourrait-il pour un juste, etc., <l’Apôtre> montre la difficulté de la question posée, du côté de ceux pour lesquels le Christ est mort, à savoir pour les impies, en disant : Car à peine quelqu‘un mourrait-il pour libérer un homme juste; qui plus est, comme il est dit dans Isaïe : "Le juste périt, et il n’est personne qui y pense en son cœur; les hommes de miséricorde sont enlevés <du monde>, parce qu’il n’est personne qui ait de l’intelligence; car c’est à cause de ta malice qu’a été enlevé le juste." C’est pourquoi je dis : Car à peine quelqu‘un mourrait-il [...] peut-être cependant quelqu’un, c’est-à-dire quelqu’un de rare par zèle de la vertu, aurait-il l’audace de mourir pour un homme de bien. En effet, cela est rare, parce que c’est l’acte <d’amour> le plus grand : "Personne n’a de plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis." Cet acte par lequel le Christ meurt pour les impies et les injustes n’a pas son pareil.
397. — On peut encore donner une autre interprétation[409], et entendre par le mot "juste è celui qui est exercé dans la vertu; et par l’expression "homme de bien" celui qui est innocent. Et bien que dans ce sens le juste l’emporte sur l’homme de bien, cependant à peine quelqu’un mourrait-il pour un juste. La raison en est que l’innocent, qui est désigné sous le nom d’homme de bien, semble plus digne de commisération, soit à cause de la faiblesse de l’âge, soit pour quelque autre motif. Mais le juste, parce qu’il est parfait et sans défaut, n’est pas objet de miséricorde. Donc si l’on meurt pour un innocent, ce peut être par une compassion miséricordieuse; mais si l’on meurt pour un juste, c’est un acte de zèle vertueux, ce qui se rencontre moins communément que la miséricorde <en tant que> passion.
398. — III. En disant : 8 Dieu prouve, etc., <l’Apôtre> répond à la question posée. Et :
A) Il expose en premier lieu sa réponse.
B) Puis, il l’argumente pour <appuyer> sa proposition [n° 400] : A plus forte raison donc, etc.
C) Enfin, il montre la nécessité qui en découle [n° 401] : ‘° Car si, lorsque nous étions ennemis, etc.
399. — A. Il commence donc par dire : On a demandé pourquoi le Christ est mort pour les impies. La réponse à cette question, c’est que par là Dieu prouve sa charité pour nous, c’est-à-dire qu’il nous montre par le don de sa vie qu’il nous aime jusqu’à l’extrême, en ce que, alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous, et cela au temps voulu, comme on l’a expliqué plus haut. Mais la mort même du Christ pour nous montre la charité de Dieu, puisque Dieu a donné son Fils, afin de satisfaire pour nous en mourant : "Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle." Et de même que la charité de Dieu le Père pour nous s’est manifestée en ce qu’il nous a donné son Esprit, comme on l’a dit plus haut, ainsi la manifeste-t-il encore en ce qu’il nous a donné son Fils, comme on le dit ici. Mais en disant : prouve, <l’Apôtre> explique cette sorte d’immensité de la charité divine, qui se manifeste d’une part par le fait lui même, à savoir en ce qu’il a donné son Fils afin qu’il mourût pour nous, d’autre part à raison de notre condition, puisqu’il a agi ainsi sans être provoqué par nos mérites, alors que nous étions encore pécheurs.
— "Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour de charité dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos péchés, nous a vivifiés dans le Christ, — c’est par grâce que vous êtes sauvés — avec lui il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus."
400. — B. En conséquence lorsqu’il dit : A plus forte raison donc, etc., <l’Apôtre> tire des prémisses la conclusion qu’il se proposait <d’établir> : Si le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs, à plus forte raison donc, main tenant que nous avons été justifiés dans son sang, comme on l’a dit plus haut : "C’est lui que Dieu a établi comme victime propitiatoire par la foi <en> son sang " - serons-nous sauvés par lui de la colère, c’est-à-dire de la vengeance de la damnation éternelle que les hommes encourent pour leurs péchés 3 — "Race de vipères, qui vous a suggéré de vous sous traire à la colère prochaine ?"
401. — C. Enfin, lorsque <l’Apôtre> dit : 10 Car si, lorsque nous étions ennemis, etc., il montre la nécessité de ladite conséquence, laquelle procède par affirmation du moins au plus. Et il faut ici remarquer qu’il y a une double comparaison du moins au plus : l’une de notre côté, l’autre du côté du Christ. De notre côté, <l’Apôtre> compare les ennemis aux réconciliés. Car il est moins fréquent de voir quelqu’un faire du bien à ses ennemis qu’envers ceux qui sont déjà réconciliés. Du côté du Christ, il compare la mort à la vie. Car il est évident que sa vie est plus puissante que sa mort, selon qu’il est dit : Il est mort "selon la faiblesse", de notre chair, "mais il vit par la puissance de Dieu." Et c’est pourquoi il dit en conclusion logique : A plus forte raison, ayant été vivifiés, serons-nous sauvés par lui [...]. Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu, et cela par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant déjà réconciliés, serons-nous sauvés, et cela par sa vie.
402. — Il faut considérer que l’homme peut être appelé ennemi de Dieu de deux manières :
1. Soit, parce qu’il montre de l’inimitié contre Dieu quand il s’oppose à ses commandements : "Il a couru contre Dieu, la tête levée, et il s’est armé d’un cou inflexible. "
2. Soit, parce que Dieu prend l’homme en haine, non point en tant qu’il l’a fait, car il est dit à ce propos : "Tu aimes tout ce qui est et tu ne hais rien de ce que tu as fait; car ce n’est pas inspiré par la haine que tu as établi quelque chose, ou que tu l’as fait "; mais en raison de ce que l’homme ennemi, c’est-à-dire le diable[410], a fait dans l’homme, à savoir en raison du péché : "Dieu a également en haine l’impie et son impiété." Et encore "Le Très-Haut a les pécheurs en haine et sur les impies il exercera sa vengeance."
403. — La cause[411] de l’inimitié, c’est-à-dire le péché, ayant été ôtée par le Christ, il s’ensuit que la réconciliation s’opère par lui "Car c’était Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde, n’imputant point aux hommes leurs fautes, et qui a mis en nous la parole de réconciliation." Notre péché a été ôté par la mort de son Fils. A cet égard il faut remarquer que la mort du Christ peut être envisagée selon trois points de vue :
a. D’abord, selon le point de vue de la raison même de la mort. Ainsi il est écrit dans la Sagesse : "Dieu n’a pas fait la mort ", c’est-à-dire dans la nature humaine, mais elle a été introduite par le péché. Et c’est pourquoi la mort du Christ, envisagée selon le point de vue de la raison commune, n’a pas été acceptée de Dieu dans le dessein de réconcilier, parce que Dieu "ne se réjouit pas de la perdition des vivants."
b. Ensuite, la mort du Christ peut être envisagée selon l’acte de ceux qui le tuent, ce qui déplaît souverainement à Dieu. C’est pourquoi Pierre dit à leur encontre : "C’est vous qui avez renié le Saint et le Juste, et qui avez demandé qu’on vous remette un meurtrier." La mort du Christ, ainsi considérée, n’a donc pu être une cause de réconciliation, mais bien plutôt une cause d’indignation.
c. Enfin, elle peut être envisagée selon qu’elle procède de la volonté du Christ souffrant, volonté qui fut disposée à endurer la mort par son obéissance au Père : "Il s’est humilié lui-même, s’étant fait obéissant[412]" au Père "jusqu’à la mort, et la mort de la croix ", et puis aussi par sa charité envers les hommes : "Le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous en oblation à Dieu et en hostie de suave odeur " Et ainsi la mort du Christ fut méritoire et satisfactoire pour nos péchés, et elle fut acceptée par Dieu à tel point qu’elle a suffi à la réconciliation de tous les hommes, même de ceux qui ont tué le Christ[413], certains d’entre eux ayant été sauvés par sa prière, quand il a dit : "Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font "
404. — En disant : 11 Et non seulement <cela>, etc., <l’Apôtre> montre quels biens nous obtenons déjà en réalité par la grâce. "Et [seulement] nous nous glorifions", dans l’espérance de la gloire que nous attendons dans la vie future mais en Dieu, c’est-à-dire en ce que maintenant même nous sommes unis à Dieu par la foi et la charité "Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur." Et <nous nous glorifions> [par Notre Seigneur Jésus-Christ, par qui, même maintenant dans le temps présent, nous avons obtenu la réconciliation, afin que d’ennemis nous devenions amis : "Dieu s’est plu â faire habiter en lui toute la plénitude; et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, pacifiant par le sang de sa croix, soit ce qui est sur la terre, soit ce qui est dans les cieux."
405. — On pourrait continuer ce commentaire en établissant encore un lien avec ce qui précède : nous serons sauvés par sa vie du péché et de la peine du péché, et non seulement nous serons sauvés des maux, mais nous serons aussi glorifiés en Dieu, c’est-à-dire par le fait que nous serons pareillement avec lui dans la vie future : "Qu’ils soient un" en nous, "comme nous aussi nous sommes un."