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Leçon 3 — Romains 4, 16-25 — La foi d'Abraham
SOMMAIRE : Les promesses faites à Abraham doivent s’accomplir non par la Loi, mais par la foi. Grandeur de cette foi dans Abraham, digne surtout de louanges parce que, contre toute espérance, il a cru aux promesses que Dieu lui a faites à plusieurs reprises.

[n° 359] 16 Aussi dépend-il de la foi, afin que ce soit selon la grâce que la promesse soit ferme pour toute la postérité, non seulement pour celui qui se réclame de la Loi, mais aussi pour celui qui se réclame de la foi d’Abraham, qui est notre père à tous.

[n° 363] 17 (Selon qu’il est écrit : "Je t’ai établi pour être le père d’une multitude de nations"), <il est notre père> devant Dieu à qui tu as cru, qui vivifie les morts, et appelle les choses qui ne sont pas, comme celles qui sont;

n° 3671 18 lui qui a cru, espérant contre l’espérance, en sorte qu’il devint le père d’une multitude de nations, selon ce qui lui fut dit "Telle sera ta postérité."

[n° 370] 19 Et il ne s’affaiblit pas dans la foi, ni ne considéra que son corps était mort, puisqu’il avait déjà près de cent ans, et que la matrice de Sara était morte.

[n° 374] 20 Il n’hésita point, par défiance, en face de la promesse de Dieu; mais il se fortifia par la foi, rendant gloire à Dieu.

[n° 376] 21 pleinement convaincu que, ce que <Dieu> a promis, il est aussi puissant pour le faire.

[n° 377] 22 Voilà pourquoi cela lui fut même imputé à justice.

[n° 378] 23 Or ce n’est pas pour lui seul qu’il est écrit que ce lui fut imputé à justice;

[n° 379] 24 mais pour nous aussi, à qui cela sera imputé, à nous qui croyons en Celui qui a ressuscité des morts Jésus-Christ Notre Seigneur,

[n° 380] 25 qui a été livré pour nos fautes et qui est ressuscité pour notre justification.

359. — Après avoir montré que la promesse faite à Abraham et à sa postérité ne doit pas s’accomplir par la Loi [n° 354], <l’Apôtre> montre ici qu’elle doit être accomplie par la foi.

Et à cette fin il fait trois choses

I) Il commence par montrer de quelle manière cette promesse doit être accomplie.

II) Puis, il montre en qui elle doit l’être [n° 361] pour toute la postérité, etc.

III) Enfin, par qui elle doit l’être [n° 364] : qui vivifie les morts, etc.

360. — I. <L’Apôtre> commence donc par conclure son propos par une sorte de dilemme. Il est en effet manifestement nécessaire que la promesse soit accomplie ou par la foi, ou par la Loi; or <elle ne l’est> pas par la Loi, parce qu’elle serait abolie, donc <l’Apôtre> conclut : 1 dépend-il de la foi, c’est-à-dire la raison pour laquelle nous obtenons la promesse <par la foi>, c’est afin que nous soyons héritiers du monde : "La victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi." <L’Apôtre> confirme cette déduction au moyen d’une raison opposée à celle qu’il avait prise en compte plus haut. Car il a été dit que si la justice venait de la Loi, la promesse serait abolie; mais si elle procède de la foi, elle demeure ferme à cause de l’efficacité de la grâce divine qui justifie l’homme par la foi. Et c’est bien ce que <l’Apôtre> dit : que la promesse <de Dieu> soit ferme, non par les œuvres de l’homme qui peuvent faillir, mais selon la grâce qui est infaillible "Ma grâce te suffit, car ma puissance se déploie dans la faiblesse 1. — "C’est en lui" à savoir, dans le Christ "que toutes les promesses de Dieu ont leur oui", c’est-à-dire ont leur vérité.

361. — II. Ensuite lorsqu’il dit : pour toute la postérité, etc., <l’Apôtre> montre en qui cette promesse s’est accomplie.

A. Il commence par exposer son intention, et il dit que cette promesse qui doit être ainsi accomplie par la foi est ferme par la grâce. Pour toute la postérité, c’est-à-dire pour tout homme qui sera, de quelque manière que ce soit, de la postérité d’Abraham : "Avec leur postérité demeurent toujours leurs biens; c’est un héritage saint que leurs neveux; et leur postérité s’est maintenue dans les alliances; et leurs fils à cause d’eux demeurent jusqu’à jamais; et leur postérité, ainsi que leur gloire, ne sera pas abandonnée."

362. — B. <En disant> ensuite : non seulement pour celui, <l’Apôtre> explique ce qu’il avait dit : pour toute la postérité. En effet, il y a une postérité charnelle, selon ce passage de l’évangile de Jean : "Nous sommes la postérité d’Abraham. Et il y a une postérité spirituelle, selon ce passage de Matthieu : "Dieu peut, de ces pierres mêmes", c’est-à-dire d’entre les nations, "susciter des enfants à Abraham." Mais la postérité d’Abraham selon la chair a observé seulement la Loi, tandis que sa postérité spirituelle imite aussi sa foi. Si donc la promesse ne demeurait que par la Loi, elle ne serait pas accomplie pour toute la postérité, mais seulement dans sa postérité charnelle. Or du fait qu’elle est accomplie par la foi, qui est commune à tous, il est évident qu’elle est accomplie pour toute la postérité.

363. — C. Enfin <en disant :> : qui est notre père à tous, etc., <l’Apôtre> prouve par l’autorité de l’Ecriture ce qu’il avait supposé, à savoir que la postérité d’Abraham n’est pas seulement celle qui est par la Loi, mais aussi celle qui est par la foi.

1. Et il en expose d’abord le sens en disant : qui, à savoir, Abraham, est notre père à tous, c’est-à-dire de tous les croyants, soit des Juifs, soit des païens, comme il l’a dit plus haut < être le père de tous les croyants " — <Et il est écrit dans le livre d’Isaïe> : "Portez votre attention sur Abraham votre père."

2. Puis il cite l’autorité <scripturaire> en disant : 17 Selon qu’il est écrit "Je t’ai établi pour être le père d’une multitude de nations." Une autre version lit : "Je t’ai constitué[382]", ce qui ne fait pas varier le sens. <Et il est écrit dans le livre de> l’Ecclésias tique : "Abraham fut l’illustre père d’une multitude de nations."

3. Enfin <en disant :> : 17 devant Dieu, il explique ce qu’il avait dit. Car il a été dit Je t’ai établi, comme si ce qui devait s’accomplir longtemps après avait été déjà accompli. Mais ce qui en soi n’est que dans l’avenir est présent dans la providence[383] de Dieu, selon ce passage de l’Ecclésiastique : "Car du Seigneur" Notre "Dieu, avant qu’elles fussent créées, toutes les choses étaient connues, de même qu’après leur achèvement il les considère toutes." Et c’est pourquoi l’Apôtre dit que ces mots : Je t’ai établi, doivent être entendus devant Dieu, c’est-à-dire en présence de Celui à qui tu as cru[384]. Car Abraham avait cru à Dieu, qui lui révélait les choses à venir, comme s’il les eut vues présentes, selon qu’il est écrit : "La foi est la substance des réalités qu’on doit espérer, la preuve des réalités qu’on ne voit pas."

364. — III. En disant[385] qui vivifie les morts, etc., <l’Apôtre> montre par qui doit être accomplie la promesse. Il dit : qui, à savoir, Dieu, vivifie les morts, c’est-à-dire les Juifs qui étaient morts dans leurs péchés, en agissant contre la Loi. Il les vivifie par la foi et par la grâce, afin qu’ils obtiennent <l’accomplissement de> la promesse faite à Abraham : "Comme le Père relève les morts et les vivifie, ainsi le Fils vivifie qui il veut."

Et il appelle les choses qui ne sont pas, c’est-à-dire les Gentils à la grâce, comme celles qui sont, c’est-à-dire comme les Juifs : "Qui n’est pas mon peuple, je l’appellerai mon peuple et bien-aimée qui n’est pas la bien-aimée; et celle qui n’a pas obtenu miséricorde, <je l’appellerai> objet de miséricorde."

<L’Apôtre> désigne les Gentils par les choses qui ne sont pas, parce qu’ils étaient tout à fait étrangers à Dieu, comme il est dit : "Si je n’ai pas la charité, je ne suis rien." Et c’est par cette vocation que la promesse faite à Abraham s’accomplira, même à l’égard des Gentils.

365. — Ou bien ce qu’il dit : Et il appelle les choses qui ne sont pas, ne s’entend pas de la vocation selon le temps, mais de la vocation selon la prédestination éternelle[386], par laquelle sont appelés et choisis, même ceux qui ne sont pas, comme s’ils étaient "Il nous a élus en lui avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans la charité." Et à propos de cette vocation il est dit : "non à cause de leurs œuvres, mais à cause de l’appel, il lui fut dit : L’aîné servira le plus jeune."

Ou bien, il appelle ici vocation la simple notion ou connaissance de Dieu, par laquelle il voit les choses futures, celles qui ne sont pas en acte, comme si elles étaient présentes[387]. C’est en ce sens que la vocation est prise au psaume 146, où il est dit : "Qui compte la multitude des étoiles, et à elles toutes donne des noms." Et suivant ce sens, ce qui est dit ici est cité à cause de ce qui a été dit plus haut : devant Dieu à qui tu as cru.

366. — Deux choses, en effet, semblaient s’opposer à ce qui a été dit Je t’ai établi pour être le père d’une multitude de nations. La première d’entre elles était que ce même Abraham était comme mort à cause de sa vieillesse, comme on le dira plus loin. Mais <l’Apôtre> contredit cela en disant : qui vivifie les morts. Le second obstacle était que cette multitude de nations n’existait point encore.

Ce que l’Apôtre contredit en ajoutant : et appelle les choses qui ne sont pas, comme celles qui sont[388].

367. — Lorsque <l’Apôtre> dit : 18 lui qui a cru, espérant contre l’espérance, il exalte la foi d’Abraham [n° 323].

A) Et il montre d’abord la grandeur de sa foi.

B) Puis, il en montre l’efficacité ou le fruit [n° 377] : 22 Voilà pourquoi cela lui fut même imputé à justice.

A. Il montre la grandeur de la foi d’Abraham quant à deux choses

1) quant à la promesse de la multiplication de sa postérité.

2) quant à la promesse de l’exaltation de sa postérité [n° 374] : 20 en face de la promesse de Dieu, etc.

1. Sur le premier point <l’Apôtre> montre deux choses :

a) D’abord, que sa foi fut grande.

b) Puis, qu’elle a été ferme [n° 370] Et il ne s’affaiblit pas dans la foi, etc.

368. — a. <L’Apôtre> expose la grandeur de la foi d’Abraham en disant deux choses :

— En disant d’abord : lui qui, à savoir, Abraham, a cru jusqu’à cette espérance en sorte qu’il devint le père d’une multitude de nations, et cela contre toute espérance. A ce propos il faut considérer que l’espérance suppose une attente certaine d’un bien futur[389] certitude qui résulte quelquefois d’une cause humaine ou naturelle, selon ce passage <de la première épître de l’Apôtre> aux Corinthiens : "Celui qui laboure doit labourer dans l’espérance." Mais parfois la certitude de celui qui attend se fonde sur un motif divin, selon ce verset du psaume "En toi, Seigneur, j’ai espéré, je ne serai pas confondu à jamais." Ce bien donc, qui faisait d’Abraham le père d’une multitude de nations, avait sa certitude du côté de Dieu qui promettait, mais du côté de la cause humaine ou naturelle on en voyait le contraire. C’est pourquoi <l’Apôtre> dit : espérant contre l’espérance, du côté de la cause naturelle ou humaine, il a cru en cette espérance, à savoir, celle de la promesse divine.

369. — Ensuite <l’Apôtre> expose <la grandeur de la foi d’Abraham> en disant : Selon ce qui lui fut dit, c’est-à-dire au livre de la Genèse : "Ainsi ta postérité sera-t-elle comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer[390]." Il cite les étoiles et le sable à cause de leur similitude avec la multitude innombrable <de la postérité d’Abraham>. En effet, à propos des étoiles il est dit : "Le Seigneur votre Dieu vous a multipliés, et vous êtes aujourd’hui comme les étoiles du ciel, en très grand nombre." Et à propos du sable : "Juda et Israël étaient innombrables comme le sable de la mer par leur multitude." Toutefois, on peut remarquer quelque différence entre ces deux termes, en ce sens que les justes, qui furent de la postérité d’Abraham, sont comparés aux étoiles : "Ceux qui enseignent la justice à un grand nombre seront comme les étoiles dans les perpétuelles éternités." Mais les pécheurs sont comparés au sable, parce qu’ils sont comprimés par les flots du monde comme il en est du sable de la mer : "Moi qui ai donné le sable pour borne à la mer, précepte éternel, qu’elle ne transgressera pas; ses flots s’agiteront et ils ne prévaudront pas; ils se soulèveront et ils ne la dépasseront pas."

370. — b. En disant Et il ne s’affaiblit pas, <l’Apôtre> montre la fermeté d’Abraham. Il commence par l’indiquer par ces mots : Et il ne s'affaiblit pas dans la foi. Car de même que la tempérance, qui ne se laisse pas vaincre par les grandes convoitises, ne s’affaiblit manifestement pas, ainsi la foi, qui n’est pas dominée par les grandes difficultés, ne s’affaiblit manifestement pas <non plus>, mais est forte : "Résistez au diable, fermes dans la foi, sachant que la même souffrance est imposée à votre fraternité qui est dans le monde."

371. — Ensuite, <en disant :> : ni ne considéra, <l’Apôtre> expose les difficultés qui ont révélé la fermeté de la foi <d’Abraham>.

Et premièrement du côté d’Abraham lui-même, lorsqu’il dit : ni ne considéra, à savoir, pour mettre en cause la promesse, que son corps était mort, c’est-à-dire que la puissance génératrice était déjà éteinte en lui à cause de sa vieillesse. C’est pourquoi <l’Apôtre> dit : puisqu’il avait déjà près de cent ans. Abraham, en effet, était centenaire quand naquit Isaac, ainsi qu’on le rapporte dans la Genèse. Néanmoins un fils lui avait été promis une année auparavant, selon ce passage : "En retournant, je viendrai vers toi en ce temps-ci, toi vivant encore, et Sara ton épouse aura un fils."

372. — Mais on voit que son corps ne fut point mort quant à la puissance génératrice, parce que, même après la mort de Sara, il prit pour épouse Qetoura, qui lui engendra des enfants, ainsi qu’on le rapporte dans la Genèse.

Certains <commentateurs> disent que la puissance génératrice était éteinte en lui pour engendrer d’une femme âgée, mais non pour lui engendrer un enfant d’une jeune fille. En effet, on voit souvent des vieillards engendrer une descendance de femmes jeunes, et non de femmes âgées, qui sont moins aptes à concevoir. Mais il vaut mieux dire, semble-t-il, qu’Abraham avait miraculeusement recouvré la puissance d’engendrer à l’égard de Sara et de toutes ses autres femmes[391].

373. — Puis, <l’Apôtre> expose la difficulté du côté de l’épouse <d’Abraham> en disant : et que la matrice de Sara était morte, c’est-à-dire qu’il ne considéra point <qu’elle était morte> pour <ne pas> manquer de foi. Mais <l’Apôtre> dit que la matrice de Sara était morte quant à l’acte d’engendrer, tant à cause de sa stérilité que de sa vieillesse. Car ainsi qu’il est dit dans la Genèse : "Sara avait" déjà "cessé d’avoir ce qu’ont les femmes." Et c’est pourquoi il est écrit dans Isaïe : "Portez votre attention sur Abraham votre père, et sur Sara qui vous a enfantés." Afin de montrer leur état de mort et de frigidité, <le prophète> commence par dire : "Portez votre attention sur la pierre dont vous avez été taillés, et sur la cavité de la citerne dont vous avez été arrachés."

374. — 2. En ajoutant : 20 en face de la promesse de Dieu, etc., <l’Apôtre> exalte la foi d’Abraham quant à la promesse réitérée de l’exaltation de sa postérité.

a) Et il expose d’abord la fermeté de sa foi.

b) Puis, la cause de sa fermeté [n° 376] rendant gloire à Dieu.

375. — a. 1l dit donc premièrement : en f ace de la promesse de Dieu, c’est-à-dire de sa promesse réitérée, ou de la multiplication de sa postérité que Dieu lui avait promise, tout d’abord en disant : "Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu peux. Et il ajoute : Ainsi sera ta postérité " Et plus loin encore : "Tu seras le père de beaucoup de nations." Et de nouveau : "Je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel." Ou bien : en face de la promesse de Dieu, c’est-à-dire en face de la promesse réitérée de l’exaltation de sa postérité, car après avoir dit : "Je multiplierai ta postérité", il ajoute aussitôt : "Ta postérité possédera les portes de tes ennemis, et seront bénies en ta postérité toutes les nations de la terre." En face de cette promesse de Dieu <Abraham> n’hésita point, c’est-à-dire ne douta point par défiance, à savoir ne se défia pas de la vérité de la promesse divine : "Celui qui hésite est semblable au flot de la mer, qui est agité et poussé çà et là par le vent." — Mais il se fortifia par la foi, c’est-à-dire adhéra fortement à la foi : < Résistez au diable, fermes dans la foi."

376. — b. Lorsqu’il dit ensuite rendant gloire à Dieu, <l’Apôtre> donne la raison de la fermeté de la foi <d’Abraham>. Il se fortifia, dis-je, par la foi, rendant gloire à Dieu, à savoir en considérant sa toute-puissance : "Grand est Notre Seigneur et grande est sa puissance." Aussi <l’Apôtre> ajoute-t-il convaincu que, ce que <Dieu> a promis, il est aussi puissant pour le faire. — <Il est écrit au livre de> la Sagesse : "Il dépend de toi, lorsque tu veux, de pouvoir." Il est donc évident que celui qui n’est pas ferme dans la foi divine détracte la gloire divine, soit quant à elle-même, soit quant à sa vérité, soit quant à sa puissance.

377. — B. En disant : 22 Voilà pourquoi cela lui fut même imputé à justice, <l’Apôtre> exalte la foi d’Abraham quant à son effet.

1. Il expose l’effet qu’elle a dans Abraham lui-même, en disant : Voilà pourquoi, c’est-à-dire parce que Abraham a cru si parfaitement à cette promesse, cela lui fut même imputé à justice. <Et à son endroit il est aussi écrit au> premier livre des Maccabées : "Abraham n’a-t-il pas été trouvé fidèle dans la tentation, et cela ne lui a-t-il pas été imputé à justice ?"

378. — 2. Il montre ensuite l’effet que sa foi a aussi dans les autres. Et dans ce but il exprime trois choses :

a. 1l exprime premièrement la similitude d’effet, en disant : 23 Or ce n’est pas pour lui seul qu’il est écrit que ce lui fut imputé à justice, c’est-à-dire ne pensez pas que la foi d’Abraham a été imputée à justice à lui seul, mais cela a été écrit pour nous aussi, à qui cette foi sera imputée à justice. <L’Apôtre explicite cela lorsqu’il écrit> plus loin : "tout ce qui a été écrit a été écrit pour notre instruction, afin que par la patience et la consolation des Ecritures nous ayons l’espérance." Cela a donc été écrit pour lui, afin qu’il nous soit un exemple, mais aussi pour nous, afin que nous en tirions l’espérance de notre justification.

379. — b. En disant : 24 à nous qui croyons en Celui, <l’Apôtre> montre en second lieu la similitude de la foi. En effet, la foi a été imputée à justice à Abraham, parce qu’il a cru que son corps déjà mort et la matrice de Sara devenue stérile pouvaient être vivifiés pour procréer des enfants. <Or cette foi> nous sera aussi imputée, à nous qui croyons en Celui qui a ressuscité des morts Jésus-Christ Notre Seigneur, et en Dieu le Père, auquel le Christ dit lui-même : "Mais toi, Seigneur, aie pitié de moi et ressuscite-moi." Et parce que la puissance du Père et celle du Fils sont la même, le Fils lui-même ressuscita par sa propre puissance[392]. Or, le fait que cette foi justifie, on le voit plus loin <dans cette même épître> "si tu confesses de ta bouche que Jésus-Christ est Seigneur, et si en ton cœur tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé."

380. — c. En disant en troisième lieu : 25 qui a été livré, etc., <l’Apôtre> donne la raison pour laquelle la foi en la Résurrection du Christ justifie. Lui qui, dit-il, a été livré, à savoir à la mort par Dieu le Père : "Lui qui n’a pas épargné même son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous "; et de lui-même : "Le Christ s’est livré lui-même pour nous "; et par Judas : "Celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché et par les Juifs — "Ils le livreront aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix; et le troisième jour, il ressuscitera "

Et qui est ressuscité pour notre justification, c’est-à-dire pour nous justifier en ressuscitant : "Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême en <sa> mort, afin que, comme le Christ est ressuscité d’entre les morts […] de même nous aussi, nous marchions dans une nouveauté de vie." Qu’il ait été livré à la mort pour nos péchés, cela semble évident, du fait que par sa mort il nous a mérité la destruction des péchés[393], mais en ressuscitant il ne l’a point méritée, parce que en l’état de résurrection il n’était plus voyageur (viator), mais compréhenseur (comprehensor)[394], Voilà pourquoi il faut dire que la mort du Christ nous fut salutaire, non seulement par mode de mérite[395], mais aussi par mode d’efficience[396]. En effet, comme l’humanité du Christ était en quelque sorte l’instrument de sa divinité, ainsi que le dit Jean Damascène[397], toutes les souffrances et les actions de l’humanité du Christ nous furent salutaires, en tant qu’elles procédaient de la vertu de sa divinité[398]. Mais parce que l’effet a également une similitude de cause, <l’Apôtre> dit que la mort du Christ, par laquelle a été éteinte en lui la vie mortelle, est la cause de l’extinction de nos péchés, et que sa résurrection par laquelle il est revenu à la vie nouvelle est la cause de notre justification, par laquelle nous revenons au renouvellement de la justice[399].

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