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CHAPITRE 4

Leçon 1 — Romains 4, 1-9 — La justification nouvelle
SOMMAIRE : La gloire que les Juifs tiraient de la circoncision, et qu’ils croyaient leur donner la prééminence sur les Gentils, est mise à néant. - L’Apôtre explique comment la récompense peut être accordée et par grâce et d’après les mérites.

[n° 322] 1 Que dirons-nous donc qu’a trouvé Abraham, notre père selon la chair ?

[n° 323] 2 Car si Abraham a été justifié par <les> œuvres <de la Loi>, il a sujet de se glorifier; mais pas devant Dieu.

[n° 326] 3 Or que dit l’Ecriture ? Abraham crut à Dieu, et ce lui fut imputé à justice."

[n° 328] 4 Or, à celui qui œuvre, le salaire n’est pas compté comme une grâce, mais comme un dû.

[n° 330] 5 Mais à celui qui n’œuvre pas, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi est imputée à justice, selon le décret de la grâce de Dieu.

[n° 332] 6 C’est ainsi que David proclame la béatitude de l’homme à qui Dieu attribue la justice sans les œuvres

[n° 334] 7 Bienheureux ceux dont les iniquités ont été remises et dont les péchés ont été couverts.

[n° 337] 8 Bienheureux l’homme à qui le Seigneur n’a pas imputé de péché."

[n° 339] 9 Cette béatitude est-elle donc seulement réservée à la circoncision, ou s’adresse-t-elle aussi à l’incirconcision ? Car nous disons que la foi d’Abraham <lui> fut imputée à justice.

[n° 340] 10 Comment donc lui a-t-elle été imputée ? Est-ce en l’état de circoncision, ou en l’état d’incirconcision ? Non en l’état de circoncision, mais en l’état d’incirconcision.

322. — Après avoir rejeté la gloire que les Juifs mettaient dans la Loi et par laquelle ils se préféraient aux nations païennes [n° 169 et 248], <l’Apôtre> rejette ici leur gloire touchant la circoncision. Et dans ce but il fait deux choses :

Il commence par reprendre la question qu’il avait posée plus haut [n° 247], en disant : "Quelle est l’utilité de la circoncision ?" Et parce qu’Abraham reçut le premier le précepte concernant la circoncision, comme on le rapporte dans la Genèse[344], il réitère sa question sur la personne même d’Abraham, en disant : S’il en est ainsi, si Dieu justifie l’incirconcis comme le circoncis, que dirons-nous donc de l’utilité qu’a trouvée Abraham, notre père selon la chair, c’est-à-dire selon la circoncision charnelle et selon les autres observances charnelles ? Il semble qu’il soit inconvenant de dire qu’Abraham n’y a trouvé aucune utilité, puisqu’il est écrit : "Moi le Seigneur ton Dieu, je t’enseigne des choses utiles."

323. — Puis, par ces paroles : 2 Car si Abraham a été justifié, etc., <l’Apôtre> répond à la question formulée. Et il fait deux choses

— Il commence par montrer que Abraham n’a point trouvé d’utilité par la circoncision et les autres œuvres de la Loi, qu’il n’était pas justifié par elles, mais plutôt par la foi.

— Puis, il exalte sa foi [n° 367] 18 Lui qui a cru[345], espérant contre l’espérance.

<L’Apôtre> développe son premier propos de deux manières :

— D’abord, par un raisonnement fondé sur l’acceptation divine.

Ensuite, par un raisonnement fondé sur la promesse divine [n° 351] 13. En effet, ce n'est point par la Loi, etc.

Au sujet de l’acceptation divine, <l’Apôtre> fait trois choses

I) Il commence par avancer une proposition conditionnelle.

II) Ensuite il la réfute par la preuve qui suit [n° 326] Or que dit l’Ecriture ?

III) Enfin, il prouve la proposition conditionnelle proprement dite [n° 332]

C’est ainsi que David, etc.

324. — I. Sur le premier point, voici l’argumentation de l’Apôtre : si Abraham avait été justifié par les œuvres de la Loi, il n’aurait pas sujet de se glorifier devant Dieu; donc il n’a pas été justifié par les œuvres.

Il avance donc une proposition conditionnelle en disant : On a demandé ce qu’Abraham a trouvé selon la circoncision charnelle. Il est manifeste qu’il n’a pas trouvé la justification par <les> œuvres <de la Loi>, en sorte que sa justice consistât dans ces œuvres, car, à la vérité, il aurait sujet de se glorifier, devant les hommes, qui voient les œuvres extérieures, mais pas devant Dieu, qui voit dans le secret, selon ce verset du premier livre des Rois[346].

L’homme voit ce qui paraît, mais Dieu regarde le cœur." <Et l’Apôtre dit dans sa première lettre aux Corinthiens> : "Que personne ne se glorifie dans les hommes. Car tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir. Tout est à vous; mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu." Aussi est-il dit à l’encontre de certains : "Ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu."

325. — [347]On peut objecter contre ce raisonnement que de l’habitude des œuvres extérieures naît l’habitude intérieure, qui a aussi pour effet de disposer favorablement le cœur de l’homme à faire le bien avec promptitude, et à trouver son plaisir dans les bonnes œuvres, comme l’enseigne le Philosophe[348].

Il faut répondre que cette objection est valable pour ce qui regarde la justice humaine, qui dispose l’homme au bien humain. Car l’habitude de cette justice peut être acquise par les œuvres humaines, mais la justice qui a sujet de se glorifier devant Dieu est ordonnée au bien divin, c’est-à-dire à la gloire future, qui dépasse la capacité humaine, selon ce verset de la première épître aux Corinthiens : "Ce que l’œil n’a point vu, ce que l’oreille n’a point entendu, ce qui n’est point monté dans le cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment." Et voilà pourquoi les œuvres de l’homme ne sont pas en mesure de causer l’habitude (habitus) de cette justice[349], mais il est nécessaire que le cœur de l’homme soit intérieurement justifié pour accomplir des œuvres proportionnées à la gloire divine.

326. — II. En disant ensuite 3 — Or que dit l’Ecriture ?, etc., <l’Apôtre> détruit cette logique qui fut négative, en prouvant l’affirmation opposée, à savoir qu’Abraham avait sujet de se glorifier devant Dieu. Et il prouve cela en recourant à l’autorité de l’Ecriture, qu’il commence par exposer, et qu’il explique ensuite [n° 328] : 4 Or, à celui qui œuvre, etc.

327. — Il dit donc d’abord : J’affirme qu’Abraham a été justifié de telle sorte qu’il a sujet de se glorifier devant Dieu. Or que dit l’Ecriture ? Abraham crut à Dieu, lui promettant de multiplier sa postérité.

— "Crois à Dieu et il te viendra en aide "

— Et ce lui fut imputé, par Dieu, à justice.

"Abraham n’a-t-il pas été trouvé fidèle dans la tentation, et cela ne lui a-t-il pas été imputé à justice." Ainsi il est évident que devant Dieu, qui lui a imputé à justice d’avoir cru, Abraham a sujet de se glorifier. Or il faut considérer que cette justice que Dieu lui impute, <Abraham> l’a montrée écrite non dans quelque œuvre extérieure, mais dans la foi intérieure du cœur, que Dieu seul considère. Puisqu’on dit que triple est l’acte de foi, lequel consiste à "croire Dieu (credere Deum) ", "croire à Dieu (credere Deo)", et "croire en Dieu (credere in Deum)" ", <Abraham> a posé celui de ces actes de foi qui consiste à croire à Dieu, ce qui est le propre de l’acte de foi; il en manifeste le <caractère> spécifique. Car croire en Dieu manifeste l’ordre de la foi vers sa fin, qui s’obtient par la charité; car croire en Dieu, c’est aller vers Dieu en croyant, ce que réalise la charité. Et ainsi <croire en Dieu> suit le caractère spécifique de la foi. Croire Dieu manifeste <l’objet> matériel de la foi, en tant qu’elle est une vertu théologale, ayant Dieu pour objet. Et cet acte n’atteint pas le caractère spécifique de la foi, parce que celui qui croit que Dieu est par des raisons humaines et des signes naturels n’est point regardé encore comme ayant la foi dont nous parlons; mais il la possède lorsqu’il croit uniquement pour cette raison que Dieu a dit telle chose, ce qui est désigné par l’expression croire à Dieu. Et ainsi la foi se spécifie, comme tout habitus de la connaissance tire sa spécification de la raison pour laquelle elle donne son assentiment à une vérité[350]. Car autre est la raison qui détermine l’assentiment de celui qui a l’habitus de la science, à savoir la démonstration, et autre est la raison <de celui> qui a l’habitus de l’opinion, à savoir le syllogisme dialectique."

328. — En disant : "Or, à celui qui œuvre, etc., <l’Apôtre> explique <le sens de> l’autorité citée : ce lui fut imputé à justice.

Dans la Glose, on donne deux explications à ces mots :

A. Dans la première, on réfère ces mots au salaire final, à propos duquel on montre :

1) Premièrement, comment il est en rapport avec les œuvres.

2) Ensuite, comment il est en rapport avec la foi [n° 330] : 5 Mais à celui qui n'œuvre pas, etc.

329. — 1. Il dit[351] donc d’abord qu’à celui qui œuvre, c’est-à-dire <qui accomplit> les œuvres de la justice, le salaire de l’éternelle rétribution, dont il est dit : "Voici que son salaire est avec lui et que son œuvre est devant lui ", n’est pas compté comme une grâce seulement, mais comme un dû, selon cette parole de Matthieu : "N’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ?"

Mais il est dit en sens contraire : "la grâce de Dieu est la vie éternelle" Et encore : "Les souffrances de cette vie sont sans proportion avec la gloire future qui sera révélée en nous" Ainsi donc cette rétribution ne se fait pas selon un dû, mais selon la grâce.

Il faut répondre que les œuvres humaines peuvent être considérées de deux manières :

d’abord selon leur substance, et sous ce rapport elles n’ont aucun mérite de stricte justice pour que le salaire de la gloire éternelle leur soit attribué. Ensuite elles peuvent être considérées selon leur principe, à savoir en tant qu’elles sont faites sous l’impulsion de Dieu, selon son décret de prédestination; et sous ce rapport le salaire dont il est question leur est destiné comme un dû, ainsi qu’il est dit plus loin : "Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu." Et encore : "Fils, donc héritiers; et même héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être aussi glorifiés avec lui."

330. — 2. En ajoutant[352] : 5 Mais à celui, etc., <l’Apôtre> montre comment le salaire éternel est en rapport avec la foi. Il dit <donc> : Mais à celui qui n'œuvre pas, c’est-à-dire <qui ne fait pas> les œuvres extérieures, par exemple parce qu’il n’a pas le temps d’œuvrer, comme on le voit chez celui qui meurt aussitôt après son baptême, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, c’est-à-dire en Dieu, dont il est dit : "C’est Dieu qui justifie ", sa foi est imputée, entendez sa foi seule sans les œuvres extérieures, à justice, c’est-à-dire pour que par sa foi il soit appelé juste et reçoive le salaire de la justice, comme s’il eût accompli les œuvres de la justice, selon ces paroles : "On croit de cœur pour la justice." et cette imputation se fait selon le décret de la grâce de Dieu, c’est-à-dire en tant que Dieu se propose de sauver les hommes par sa grâce : "Nous savons que tout coopère au bien pour ceux qui aiment Dieu, pour ceux qui, selon son propos, sont appelés saints." Et encore : "Ayant été prédestinés selon le décret de celui qui fait toutes choses suivant le conseil de sa volonté."

331. — B. L’autre explication[353] consiste à référer ce passage à la justification de l’homme. <L’Apôtre> dit donc : Or, à celui qui œuvre, c’est-à-dire si quelqu’un était justifié par les œuvres, la justice elle-même lui serait imputée comme un salaire, non comme une grâce, mais comme un dû "Mais si c’est par grâce, ce n’est plus en raison des œuvres; autrement la grâce n’est plus grâce." Mais à celui qui n'œuvre pas, à savoir afin d’être justifié par ses propres œuvres, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, cette foi lui sera imputée à justice, selon le décret de la grâce de Dieu, non cependant de telle manière qu’il mérite la justice par la foi, mais parce que le fait même de croire est le premier acte de cette justice que Dieu opère en lui[354]. Car du fait qu’il croit en Dieu qui justifie, il se soumet à sa justification et en reçoit ainsi l’effet. Cette explication est littérale et exprime l’intention de l’Apôtre, qui conforte ce qui est dit dans la Genèse : "Ce lui fut imputé à justice." On se sert habituellement de cette expression lorsqu’on impute gratuitement à quelqu’un la totalité d’un acte qu’il n’a accompli qu’en partie. Voilà pourquoi l’Apôtre dit que cette imputation n’aurait pas lieu si la justice était par les œuvres, mais qu’elle a lieu seulement en tant qu’elle procède de la foi[355].

332. — III.     Lorsque <l’Apôtre> dit :

6 C’est ainsi que David, il prouve sa proposition conditionnelle par l’autorité du psaume.

A) Il en donne d’abord le sens.

B) Puis, il cite le passage concerné [n° 334] : "Bienheureux ceux.

C) Enfin, il rejette sa fausse interprétation [n° 339] : Cette béatitude, etc.

333. — A. Il dit donc : C’est ainsi que David proclame, c’est-à-dire affirme que la béatitude de l’homme appartient à celui à qui Dieu attribue, c’est-à-dire donne, la justice indépendamment, c’est-à-dire gratuitement, des œuvres, c’est-à-dire sans les œuvres antécédentes : "Ce n’est point par les œuvres de justice que nous avons faites qu’il nous a sauvés." Or la béatitude de l’homme vient de Dieu, selon ces paroles du psaume : "Bienheureux l’homme dont le Seigneur Dieu est l’espérance[356]." Il est donc manifeste que celui qui a sujet de se glorifier devant Dieu, c’est celui qui n’est pas justifié par les œuvres de la Loi, ainsi qu’on l’a dit.

334. — B. Quand il ajoute : 7 Bienheureux ceux, etc., <l’Apôtre> cite les paroles de David renfermant la pensée exprimée, et il dit que ceux-là sont bienheureux dont les péchés sont remis. Il est donc évident qu’ils n’eurent point auparavant les bonnes œuvres, pour acquérir par elles la justice ou la béatitude.

335. — Il y a trois sortes de péché : le péché originel[357], le péché actuel mortel[358] et le péché actuel véniel.

1. À propos du péché originel, <l’Apôtre> dit : Bienheureux ceux dont les iniquités ont été remises. Il faut remarquer ici que le péché originel est appelé iniquité, parce qu’il est la privation de la justice originelle, par laquelle selon l’équité la raison de l’homme était soumise à Dieu, les puissances inférieures à la raison, et le corps à l’âme. Or, par le péché originel, cette équité a été détruite, car à partir du moment où la raison cesse d’être soumise à Dieu les puissances inférieures se rebellent contre la raison, et le corps, par la corruption et par la mort, se soustrait à l’obéissance <qu’il doit rendre> à l’âme

Voilà pourquoi il est écrit au psaume 50 "Car dans les iniquités j’ai été conçu[359]." Le péché originel est indiqué au pluriel dans deux circonstances : soit à cause de la pluralité des hommes, dans lesquels le péché originel se multiplie, soit plutôt parce qu’il contient en quelque sorte en puissance tous les autres péchés. Et on dit que ce péché est remis, parce que sa tache disparaît avec la venue soudaine de la grâce; mais il demeure en acte, car son foyer, ou concupiscence, n’est pas totalement détruit en cette vie, mais "ce péché" est remis et adouci.

336. — 2. Ensuite, quant au péché actuel mortel, <l’Apôtre> dit : et dont les péchés ont été couverts. On dit que les péchés sont couverts devant le regard divin, selon que Dieu ne les examine pas pour les punir : "Tu as couvert tous leurs péchés."

337. — 3. Enfin, quant au péché véniel[360], <l’Apôtre> dit : 8 Bienheureux l’homme à qui le Seigneur n’a pas imputé de péché; en sorte que par <ce mot> "péché" on comprenne les péchés véniels qui, bien qu’ils soient légers, séparent et éloignent cependant l’homme de Dieu par leur nombre 7 — "Le Seigneur, qui est bon, sera propice envers tous ceux qui cherchent de tout leur cœur le Seigneur, le Dieu de leurs pères, et il ne leur imputera point ce défaut de sanctification."

338. — On peut encore établir une triple distinction à propos de ces passages[361].

Il y a en effet trois choses <principales à relever> dans le péché : l’offense faite à Dieu[362], et à ce propos <l’Apôtre> dit : Bienheureux ceux dont les iniquités ont été remises, dans le sens où l’on dit que l’homme remet l’offense qui lui a été faite : "Son iniquité a été remise "Ensuite, l’acte même désordonné de la faute, qui ne peut pas ne pas avoir été fait dès lors qu’il a été commis, mais qui est couvert par la main de la miséricorde divine, en sorte qu’il est regardé comme s’il n’avait pas été fait. Enfin, l’obligation à la peine[363], et à ce propos <l’Apôtre> dit : Bienheureux l’homme à qui le Seigneur n’a pas imputé de péché, c’est-à-dire en vue de la peine.

339. C. En ajoutant : 9 Cette béatitude est-elle donc, etc., <l’Apôtre> rejette la fausse interprétation de l’autorité citée. Car un Juif pourrait entendre que la grâce précitée de la rémission des péchés n’était donnée qu’aux circoncis.

1. L’Apôtre, donc, afin de rejeter cette interprétation <possible>, commence par poser une question en disant : Cette béatitude, par laquelle Dieu donne la justice sans les œuvres, est-elle seulement réservée à la circoncision, c’est-à-dire n’a-t-elle lieu que chez les circoncis, ou s’adresse-t-elle aussi à l’incirconcision, c’est-à-dire aux nations païennes ? Il est manifeste qu’elle a lieu à l’égard des uns et des autres, selon ce qui est dit plus bas : "Il n’y a pas en effet de distinction de Juif et de Grec, parce que c’est le même Seigneur de tous, riche pour tous ceux qui l’invoquent."

2. Ensuite <en ajoutant ces mots> Car nous disons <l’Apôtre> a recours à l’autorité de l’Ecriture pour prouver ce qu’il vient d’avancer, autrement dit : Je pose cette question parce que nous disons que la foi d’Abraham <lui> fut imputée à justice.

3. Enfin il conclut par cette autorité <scripturaire> en donnant la solution à la question posée, sous une forme interrogative cependant : 10 Comment donc lui a-t-elle été imputée, à savoir, comment la foi d’Abraham a-t-elle été imputée à justice ? Est—ce en l’état de circoncision, c’est-à-dire après qu’il eut été circoncis, ou en l’état d ‘incirconcision, c’est-à-dire lorsqu’il était <encore> incirconcis ?

340. — Et il répond : Non en l’état de circoncision, mais en l’état d’incirconcision. En effet, la suite du récit de l’Ecriture en montre l’évidence. Car on lit au chapitre 15 de la Genèse que la foi a été imputée à justice à Abraham, et au chapitre 17 qu’il reçut <le précepte de> la circoncision. Si donc Abraham, étant encore incirconcis, a été justifié par la foi, il est évident que la justice de la foi, par laquelle sont remis gratuitement les péchés, se trouve non seulement en l’état de circoncision, mais aussi en l’état d’incirconcision, c’est-à-dire chez les nations païennes.


Leçon 2 — Romains 4, 11-15 — La circoncision, signe de la justification à venir
SOMMAIRE. -L’Apôtre établit que la circoncision n’est que le signe et non la cause effective de la justification. Il fait comprendre la nature de ce signe, et comment non seulement la loi de nature, mais celle de Moïse même, ne peuvent que provoquer la colère.

[n° 341] "Et il a reçu le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi qu’il eut dans l’état d’incirconcision, pour être le père de tous les croyants, à travers l’incirconcision, de sorte que <leur foi> leur soit aussi imputée à justice,

[n° 344] 12 et pour être père de la circoncision, de ceux qui non seulement appartiennent à la circoncision, mais aussi de ceux qui suivent les traces de la foi d’Abraham notre père dans l’état d’incirconcision.

[n° 351] : 13 En effet, ce n’est point par la Loi que la promesse a été faite à Abraham ou à sa postérité d’avoir le monde en héritage, mais c’est par la justice de la foi.

[n° 354] ‘ Car si ceux qui se réclament de la Loi sont héritiers, réduite à néant est la foi et abolie la promesse.

[n° 356] : 15 Car la Loi opère la colère; tandis que là où il n’y a pas de Loi, il n’y a pas non plus de prévarication.

341. — Après avoir montré par l’exemple d’Abraham, qui fut justifié alors qu’il était incirconcis, que la béatitude consistant en la rémission des péchés est donnée non seulement en l’état de circoncision, mais aussi en l’état d’incirconcision [n° 339], <l’Apôtre> répond ici à une objection.

En effet, on pourrait dire : Si Abraham a été justifié avant la circoncision, c’est donc en vain et sans cause qu’il a été circoncis.

Pour rejeter cette objection :

I) <L’Apôtre> attire d’abord l’attention sur le fait que la circoncision n’était pas la cause de la justice, mais qu’elle en était le signe.

II) Il montre ensuite quelle en était la conséquence [n° 344] : 12 pour être le père, etc.

III) Enfin, comment cela s’est accompli [n° 345] : de ceux qui non seulement, etc.

342. — I. Sur le premier point il indique deux choses :

A. Il commence par attirer l’attention sur le fait que la circoncision est un signe "Vous circoncirez la chair de votre prépuce, afin que ce soit là un signe d’alliance entre moi et vous."

B. Puis il montre de quoi la circoncision est le signe, en disant : qu’elle est le sceau de la justice de la foi, c’est-à-dire de la justice qui est par la foi, laquelle foi est dans l’état d’incirconcision, c’est-à-dire qu’Abraham l’eut alors qu’il était encore incirconcis.

343. Le mot "sceau" est employé dans deux sens : ou bien, en tant qu’il exprime et porte la similitude de ce qu’il désigne, selon ce passage d’Ezéchiel : "Toile sceau de la ressemblance." Or la circoncision a une similitude expresse avec la foi d’Abraham, tout d’abord quant à l’objet de la foi; car Abraham crut à la multiplication de sa postérité, et c’est pourquoi il était convenable qu’il reçût ce signe dans l’organe de la génération. Puis quant à l’effet de cette foi, qui consiste en l’éloignement de la faute, ce qui est désigné par le retranchement d’une membrane superflue.

Ou bien, on appelle sceau un signe qui cache une chose qu’on ne révèle qu’à des amis. Il en est ainsi d’un cachet; et c’est dans ce sens qu’il est dit dans l’Apocalypse : "Tu es digne, Seigneur, de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux, parce que tu as été mis à mort, que tu nous as rachetés pour Dieu par ton sang, de toute tribu, de toute langue et de toute nation" Le secret de l’Incarnation du Christ, de la race d’Abraham, était donc caché sous le sceau de la circoncision.

344. — II. Puis <l’Apôtre> montre la conséquence de ce qui vient d’être dit. Car il résulte de ce qu’Abraham en l’état d’incirconcision a été justifié par la foi et a reçu ensuite la circoncision, qu’il est le père non seulement de ceux qui ont été circoncis, mais aussi des croyants en l’état d’incirconcision. Et tel est ce que dit <l’Apôtre> : 12 être le père, c’est-à-dire qu’il résulte de ce qui précède qu’Abraham est le père de tous les croyants, à travers l’incirconcision, c’est-à-dire qui sont en l’état d’incirconcision. Ou bien qu’Abraham est le père en l’état d’incirconcision, c’est-à-dire par les dispositions qu’il a eues en l’état d’incirconcision, afin que cela leur soit aussi imputé à justice, à savoir, qu’ils croient, comme cela fut imputé à Abraham. Et c’est de cette paternité dont il est dit <dans l’évangile de> Matthieu : "Dieu peut, de ces pierres mêmes, susciter des enfants à Abraham " — Et pour être père de la circoncision, c’est-à-dire des circoncis, qui tirent de lui leur origine. D’où <ces paroles des Juifs> dans <l’évangile de> Jean : "Notre père, c’est Abraham."

345. — III. Enfin, il montre de quelle manière il est aussi le père des incirconcis, à savoir, par imitation. D’où ces paroles de <l’Apôtre> : pour être, dis-je, le père [de ceux qui non seulement appartiennent à la circoncision, c’est-à-dire de ceux qui sont circoncis, mais aussi de ceux qui suivent les traces de la foi d’Abraham notre père dans l’état d’incirconcision, c’est-à-dire de la foi qu’Abraham eut alors qu’il était encore incirconcis : "Si vous êtes les fils d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham."

346. — Étant donné que <l’Apôtre> fait ici mention de la circoncision, il convient de faire trois considérations sur cette dernière

A) Pourquoi elle a été instituée [n° 347].

B) Quelle a été son efficacité [n° 349].

C) Et pourquoi elle a été changée [n° 350].

347. — A. À propos de la première question, il faut considérer que la circoncision, tout comme les autres cérémonies de la Loi, a été instituée pour deux raisons

1. En raison du culte divin, auquel les hommes étaient portés par ces sortes de cérémonies. A ce point de vue, la circoncision a un triple motif d’institution[365].

a. Le premier d’entre eux est de signifier la foi et l’obéissance par lesquels Abraham s’est soumis à Dieu, afin que ceux qui recevraient la circoncision transmise par Abraham pratiquent sa foi et son obéissance. Car il est dit dans l’épître aux Hébreux : "Par la foi Abraham" fut circoncis [366]; et c’est ainsi que la circoncision est pratiquée dans l’organe de la génération, pour signifier sa foi à la multiplication de sa postérité, comme on l’a dit.

b. Le deuxième <motif> est d’exprimer par un signe corporel ce qui devait se faire spirituellement. De même qu’on excise de l’organe de la génération, qui est principalement l’esclave de la concupiscence, la petite peau superflue, ainsi enlève-t-on également du cœur de l’homme tout désir excessif, selon ce passage de Jérémie : "Soyez circoncis au Seigneur, et ôtez les prépuces de vos cœurs, hommes de Juda, et habitants de Jérusalem; de peur que mon indignation ne sorte comme le feu, et qu’elle ne s’embrase, et qu’il n’y ait personne qui l’éteigne, à cause de la malice de vos pensées."

c. Le troisième <motif> est que par ce signe le peuple <juif>, qui adorait <le vrai> Dieu, se distingue des autres peuples. Et de là vient qu’au livre de Josué le Seigneur prescrivit aux enfants d’Israël de se faire circoncire, eux qui devaient habiter parmi d’autres nations, et qui auparavant n’avaient pas été circoncis tandis qu’ils demeuraient à l’écart dans le désert.

348. — 2. La seconde raison <de l’institution> de la circoncision et de toutes les cérémonies est à mettre en parallèle avec le Christ, auquel la circoncision se rapporte, comme la figure à la vérité et les membres au corps, selon ce passage de l’épître aux Colossiens : "Tout cela n’est que l’ombre des choses à venir, mais la réalité, c’est le corps du Christ." La circoncision corporelle signifie donc la circoncision spirituelle, qui devait avoir lieu par le Christ. D’abord dans l’âme, en tant que par lui la tache des péchés et de la concupiscence a été ôtée. — "C’est en lui [dans le Christ] que vous avez été circoncis d’une circoncision non faite de main d’homme par le dépouillement de votre corps de chair, mais de la circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ." Ensuite dans le corps, c’est-à-dire qu’au jour même de la résurrection toute passibilité et mortalité seront enlevées du corps des élus; et la circoncision se pratiquait le huitième jour, parce qu’elle signifie le huitième âge de ceux qui sont ressuscités; car le septième âge est l’âge de ceux qui se reposent dans le Christ. Quant aux six autres âges[367], ils forment le cours des siècles[368]. Et comme on le lit aux livres de Josué et de l’Exode, la circoncision était pratiquée "avec des couteaux de pierre", afin de signifier que la circoncision spirituelle devait se faire avec la "pierre, qui est le Christ", comme <l’Apôtre> le dit dans sa première épître aux Corinthiens[369]. Cependant en général, on ne regardait pas la pratique de la circoncision avec une pierre comme étant de rigueur.

349. — B. À propos[370] de la deuxième considération sur la circoncision, il faut savoir que, comme le dit ici la Glose[371] selon Bède, "la circoncision sous la Loi fournissait contre la blessure du péché originel le même secours salutaire de guérison que le baptême depuis le temps où la grâce s’est révélée[372]." Par là on voit que l’efficacité de la circoncision s’étendait à la destruction du péché originel.

Cependant, certains[373] prétendent que la grâce n’était pas conférée dans la circoncision, car la grâce de Dieu ne peut être sans la justice. <L’Apôtre> quant à lui, en donne l’argumentation suivante dans son épître aux Galates : "Si c’est par la Loi qu’est la justice, c’est donc en vain que le Christ est mort ", c’est-à-dire sans raison. Nous pouvons aussi raisonner de la même manière : si la grâce justifiante vient de la circoncision, le Christ est mort pour rien; mais il ne peut en être ainsi, car la rémission du péché n’a jamais lieu sans la grâce : "Afin que, justifiés par sa grâce, nous soyons héritiers selon notre espérance de la vie éternelle " Et c’est pourquoi d’autres[374] prétendent que dans la circoncision la grâce était donnée quant à ses effets privatifs, c’est-à-dire quant à l’éloignement de la faute, mais non quant à ses effets positifs, comme l’opération de la justice. Mais ce raisonnement ne semble pas convenir non plus : car les effets positifs d’une forme quelconque précèdent dans l’ordre naturel ses effets privatifs. Ainsi la lumière ne chasse les ténèbres que parce qu’elle éclaire. Et de même, la grâce ne chasse la faute que parce qu’elle justifie. En supprimant l’antécédent, on supprime le conséquent[375]. Et c’est pourquoi il vaut mieux dire que la circoncision n’avait de vertu efficace par l’œuvre elle-même accomplie[376] (ex opere operato), ni quant à l’éloignement de la faute, ni quant à l’opération de la justice, mais qu’elle était seulement le signe de la justice, comme le dit ici l’Apôtre, que c’était par la foi du Christ, dont la circoncision était le signe, que le péché originel était remis et que le secours de la grâce était conféré pour agir avec rectitude.

350. — [377]C. Quant à la nécessité de changer la circoncision, ce qui précède montre déjà pourquoi il le fallait. Car la circoncision était le signe de ce qui devait s’accomplir. Or le même signe ne convient pas à une chose présente, passée ou future :

aussi le baptême est-il le signe de la grâce présente qui produit un effet plus abondant et plus efficace, parce qu’un agent opère d’autant plus efficacement qu’il est plus proche et plus présent.

351. — En disant [n° 323] : 13 En effet, ce n’est point par la Loi, etc., <l’Apôtre> développe son propos, à savoir que la circoncision ou toute autre œuvre de la Loi ne justifie pas en raison de la promesse divine.

1) Il expose premièrement ce qu’il veut établir.

2) Puis, il le prouve [n° 354] : 14 Car si ceux qui se réclament de la Loi, etc.

352. — 1. L’Apôtre, en s’appuyant sur l’autorité de la Genèse, suppose donc d’abord la promesse faite à Abraham et à sa postérité, à savoir d’avoir le monde en héritage, c’est-à-dire que toutes les nations du monde seraient bénies en lui, selon ce passage : "En toi seront bénies toutes les nations de la terre." Et il dit : ou à sa postérité, car, bien que cette promesse n’ait point été accomplie en la personne d’Abraham, elle devait l’être cependant dans sa postérité. En effet il est dit : "Seront bénies en ta postérité toutes les nations de la terre, parce que tu as obéi à ma voix." Or par ce mot "postérité" on entend principalement le Christ, selon ce passage <de l’épître> aux Galates : < à Abraham que les promesses ont été faites et à sa postérité. <L’Ecriture> ne dit pas à ses postérités, comme s’il s’agissait de plusieurs, mais à sa postérité, comme s’il s’agissait d’un seul, c’est-à-dire le Christ ", parce qu’à l’égard d’un seul en qui la promesse s’est accomplie, on montre qu’il eut le monde en héritage, selon cette parole du psalmiste : "Demande-moi, et je te donnerai les nations en héritage, et pour ta possession les extrémités de la terre " Secondairement, cette promesse est aussi accomplie dans ceux qui, par la grâce du Christ, sont spirituellement la postérité d’Abraham "Ce sont les fils de la promesse qui sont comptés pour semence." Par le Christ, ils ont aussi le monde en héritage, en tant que toutes choses sont données pour la gloire des élus : "Tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir."

353. — À l’égard de cette promesse, <l’Apôtre> nie une chose et en affirme une autre. Il nie qu’elle ait été faite par la Loi. Ce qui ne s’entend pas de la promesse elle-même, puisque au temps <où elle a été faite> la Loi n’était pas encore donnée, mais <cela s’entend> de l’accomplissement de la promesse, en sorte que le sens est : que cette promesse a été faite à Abraham non comme devant être accomplie par la Loi, parce que, selon l’épître aux Hébreux, il est dit : "La Loi n’a rien amené à la perfection." Mais il affirme une autre chose, à savoir que cette même promesse devait être accomplie par la justice de la foi, parce que "c’est par la foi que" les saints "ont vaincu des royaumes."

354. — 2. En disant : 14 Car si ceux qui se réclament, etc., <l’Apôtre> développe son propos :

— En disant premièrement que la promesse ne devait pas être accomplie par la Loi.

— Ensuite, qu’elle devait l’être par la justice de la foi [n° 359] : 16 dépend-il de la foi, etc.

Sur le premier point, il fait ce raisonnement : Si la promesse faite à Abraham devait être accomplie par la Loi, la foi d’Abraham, qui crut à la promesse, serait vaine, parce que la promesse qui lui a été faite serait abolie; mais cela ne convient pas, donc la première partie du raisonnement l’est aussi.

Sur ce point, <l’Apôtre> fait deux choses :

a) Il commence par avancer une proposition conditionnelle.

b) Puis, il la prouve [n° 356] Car la Loi opère la colère, etc.

Et le rejet de la conclusion <de ce raisonnement> est manifeste.

355. — a. <L’Apôtre> dit donc d’abord que la promesse n’a pas été faite par la Loi. Car si ceux qui se réclament de la Loi sont héritiers, c’est-à-dire si, pour participer à l’héritage promis, il est requis de l’obtenir par l’observance de la Loi, réduite à néant est la foi, c’est-à-dire qu’est vaine la foi par laquelle Abraham a cru à la promesse de Dieu, comme on le dit dans la Genèse. Ce raisonnement ne convient pas, selon ce qui est dit dans la première épître aux Corinthiens : "Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et vaine est aussi votre foi."

Et la raison pour laquelle la foi est vaine, <l’Apôtre> la montre en ajoutant : abolie, c’est-à-dire sans valeur, est la promesse, puisqu’elle n’obtient pas son effet. En sens contraire il est dit dans l’épître aux Hébreux "C’est par la foi aussi que Sara, stérile, reçut la vertu de concevoir un enfant, même après avoir passé l’âge, parce qu’elle crut fidèle celui qui en avait fait la promesse ", et plus bas dans ce même chapitre "<Abraham est> pleinement convaincu que ce que <Dieu> a promis, il est aussi puissant pour le faire."

356.     b.         Lorsque <l’Apôtre> dit : 15 Car la Loi, il prouve par l’effet ou le résultat de la Loi la proposition conditionnelle qu’il avait avancée.

— Et il expose en premier lieu l’effet ou le résultat de la Loi.

— Puis, il le prouve [n° 358] : tandis que là où il n a pas de Loi, etc.

357. — <L’Apôtre>[378] prouve sa proposition conditionnelle de la manière suivante Si une promesse doit être accomplie par ce qui entrave l’accomplissement de cette promesse, une telle promesse est abolie et la foi de celui qui croit est réduite à néant. Or la Loi empêche l’obtention de l’héritage, car la Loi opère la colère; donc si la promesse doit être accomplie par la Loi, la foi est réduite à néant et la promesse abolie.

On dit de la Loi qu’elle opère la colère, c’est-à-dire la vengeance, parce que par la Loi les hommes sont devenus dignes de la vengeance de Dieu : "La grande colère du Seigneur s’est illuminée contre nous, parce que nos pères n’ont point écouté les paroles de ce livre ", c’est-à-dire de la Loi.

On pourrait entendre que la Loi opère la colère quant aux préceptes cérémoniels[379] pratiqués au temps de la grâce, selon ce passage <de l’épitre aux> Galates : "Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien." Mais ce qui est dit ici doit être entendu même des préceptes moraux, non point qu’ils ordonnent des choses qui rendent dignes de la colère de Dieu ceux qui les observent, mais occasionnellement, parce que la Loi commande mais ne donne pas la grâce d’accomplir, selon ce passage de la seconde lettre <de l’Apôtre> aux Corinthiens : "La lettre tue, tandis que l’Esprit vivifie ", c’est-à-dire parce qu’il "vient en aide à notre faiblesse ", comme l’écrit plus loin <l’Apôtre> dans cette même épître.

358. — Lorsqu’il dit : tandis que là où il n‘y a pas de Loi, il n'y a pas non plus de prévarication, <l’Apôtre> montre comment la Loi opère la colère, parce que si, en dehors de la Loi, on peut pécher en agissant contre ce qui est naturellement juste, on ne peut cependant appeler quelqu’un prévaricateur que dans la mesure où il transgresse la Loi[380] — "J’ai vu les prévaricateurs, et je séchais <de douleur>, parce qu’ils n’ont pas gardé tes promesses." Toutefois tout pécheur peut être appelé prévaricateur, en tant qu’il a transgressé la Loi naturelle : "J’ai réputé prévaricateurs tous les pécheurs de la terre, aussi j’ai aimé tes témoignages." Néanmoins il est plus grave de transgresser en même temps la loi naturelle et la Loi écrite, que la loi naturelle seulement. Voilà pourquoi la Loi étant donnée sans l’aide de la grâce, la prévarication a grandi et a mérité une colère plus grande.

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