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COMMENTAIRE DU PSAUME 14
1 Psaume de David.
Seigneur, qui habitera dans ta tente, qui se reposera sur ta sainte montagne ?
2 Celui qui marche sans tache et qui pratique la justice. 3a Celui qui dit la vérité dans son cœur; 3b qui n'a pas commis de tromperie par sa langue;
3c qui n'a pas fait de mal à son prochain, et qui n'a pas accepté l'opprobre contre ses proches.
4a En sa présence le méchant a été réduit à néant, mais il glorifie ceux qui craignent le Seigneur.
4b Celui qui fait serment à son prochain et qui ne trompe pas;
5 qui n'a pas donné son argent à usure, et n'a pas accepté des présents contre l'innocent. Qui accomplit ces choses ne sera pas ébranlé pour l'éternité.
* * *
1 Psaume de David.
Seigneur, qui habitera dans ta tente, qui se reposera sur ta sainte montagne ?
Plus haut le psalmiste a traité de la malice et de la tromperie de ses adversaires; ici il traite de sa propre justice.
Et il montre en premier lieu quelle est la justice que Dieu agrée.
Ensuite, comme s'il rendait grâce, il montre quelle est sa propre justice: "Conserve-moi."
Ce psaume s'intitule: Psaume de David. Dans ce psaume le psalmiste fait deux choses, car il se comporte comme un prêtre qui consulte Dieu en sa présence.
I) Il commence par poser une question.
II) Ensuite il donne une réponse: Celui qui marche sans tache.
I. Il expose donc d'abord une double question: car double est la condition de l'Eglise présente et future. La première est celle de ceux qui militent: "Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent." Et ces conditions sont signifiées dans l'Ancien Testament. Car ils eurent d'abord la tente , aussi longtemps qu'ils connurent les guerres et les labeurs: "Lorsque le Seigneur eut donné à David du repos en le délivrant de tous ses ennemis, le roi dit à Nathan: Vois donc ! Moi j'habite dans une maison de cèdre, et l'arche de Dieu a été déposée dans la tente." Par la suite Salomon éleva le temple, quand David eut obtenu la paix. Par la tente est signifiée l'Église militante, par le temple érigé sur la montagne la condition de la vie future; et c'est pourquoi il dit: qui habitera dans ta tente ?, c'est-à-dire dans l'Église présente, autrement dit: qui est digne d'y habiter ? En effet les pécheurs y habitent en nombre mais non point à cause de leur mérite. Une version de Jérôme lit: "Quis peregrinatur ? (Qui séjournera ?)." - "Dieu qui fait habiter dans une maison ceux qui ont un même esprit".
La seconde question est: qui se reposera sur ta sainte montagne ? Et on dit montagne sainte, parce qu'il ne s'y trouve rien de souillé: "Que le Seigneur te bénisse, demeure de la justice, montagne sainte." - "On l'appellera la voie sainte." - "Tu les amèneras et les planteras sur la montagne de ton héritage, dans la tente que tu as très solidement établie, Seigneur."
2 Celui qui marche sans tache et qui pratique la justice. 3a Celui qui dit la vérité dans son cœur; 3b qui n'a pas commis de tromperie par sa langue.
II. Il donne ici la réponse, et à ce propos il fait deux choses.
A) Il commence par rappeler les mérites de ceux qui habitent en ces lieux, c'est-à-dire dans la tente et sur la montagne sainte de Dieu.
B) Ensuite il fait connaître la récompense: Qui accomplit ces choses ne sera pas ébranlé pour l'éternité.
A. Il expose dix effets des vertus. Mais l'action de l'homme vertueux est considérée de deux manières: d'abord par rapport à lui, puis par rapport aux autres.
1) Le psalmiste expose en premier lieu les actes par lesquels l'homme agit bien en soi.
2) Puis les actes qui le disposent à bien se comporter vis-à-vis du prochain: qui n'a pas fait de mal à son prochain, etc.
1. En soi, quant aux choses extérieures, en acte et en parole.
En acte, relativement à deux choses.
D'abord quand il fuit le mal; et c'est pourquoi il dit: il marche, c'est-à-dire il s'avance dans la voie: "Je passerai dans le lieu du Tabernacle." De même: "Bienheureux [ceux qui passent] immaculés dans la voie." sans tache, c'est-à-dire mortelle, car le péché véniel ne laisse pas à proprement parler de tache: "Bienheureux le riche qui est trouvé sans tache." Mais dans le Christ et dans la Vierge Marie il n'y eut absolument aucune tache, aussi la tempérance leur est-elle appropriée, car on se souille en péchant contre la tempérance/
Ensuite quand il fait le bien; et c'est pourquoi le psalmiste continue en disant: et qui pratique la justice, c'est-à-dire qui accomplit des actes que la justice oriente; et ces actes se ramènent à la justice en tant qu'elle est une vertu spéciale . En parole, d'abord quand il fait le bien: Celui qui dit la vérité, c'est-à-dire qui accomplit le bien en parole: "Qui de vous pourra habiter auprès des flammes éternelles ? Celui qui marche dans la justice, et qui dit la vérité." Et il dit: dans [le] cœur, contre ceux qui disent la vérité occasionnellement, non selon l'intention: "Les lèvres véridiques demeureront." - "Ayant renoncé à tout mensonge et toute tromperie, comme des enfants nouveau-nés." Puis quand il évite le mal, c'est-à-dire la tromperie: "Leur langue est une flèche meurtrière, elle a proféré la tromperie." qui n'a pas commis de tromperie par sa langue. Selon une autre version: "qui non est facilis in lingua sua (qui n'a pas sa langue diserte)". - "Une ville forcée et sans l'enceinte de ses murailles, tel est l'homme qui ne peut maîtriser son esprit en parlant." Selon encore une autre version: "et non est accusatio in lingua ejus (Et qui n'accuse pas par sa langue)", c'est-à-dire parce qu'il n'est pas détracteur ou rapporteur, ou bien parce que ses paroles ne sont pas blâmables: "Qu'aucun discours mauvais ne sorte de votre bouche."
3c qui n'a pas fait de mal à son prochain, et qui n'a pas accepté l'opprobre contre ses proches.
2. Plus haut le psalmiste a traité de l'action vertueuse que Dieu agrée, en énumérant les actes par lesquels l'homme agit bien en soi; mais ici il énumère les actes qui le disposent à bien se comporter vis-à-vis du prochain. Et il demande trois choses à l'égard du prochain:
a) D'abord de ne pas lui nuire.
b) Puis de ne pas approuver celui qui nuit: "Ceux qui commettent de telles choses (n'obtiendront pas le Royaume de Dieu; mais) ils sont dignes de mort, et non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font."
c) Enfin de ne pas le tromper.
a. Ainsi, en demandant d'abord de ne pas nuire au prochain, il dit: qui n'a pas fait de mal à son prochain, ni physiquement, ni spirituellement: "Ne rendez à personne le mal pour le mal." - "Tandis que nous en avons le temps, faisons du bien."
b. En demandant ensuite de ne pas approuver celui qui nuit il dit: et qui n'a pas accepté l'opprobre contre ses proches. Quelqu'un vient-il à médire de son prochain, il ne faut pas le soutenir; et c'est pourquoi il dit: qui n'a pas accepté l'opprobre, c'est-à-dire quand celui qui entend des paroles qui font du tort, et que d'après ces paroles il déteste celui à qui elles s'adressent, ou même lorsque lui-même les redit aux autres: "As-tu entendu une parole contre ton prochain ? qu'elle meure en toi, assuré qu'elle ne te déchirera pas." - "Entoure d'épines tes oreilles, n'écoute pas la langue méchante." Selon Jérôme: "Celui qui n'écoute pas n'est pas détracteur." Et Bernard dit: "Dénigrer ou entendre dénigrer, qu'y a-t-il de plus répréhensible, je ne pourrais le dire aisément." - "Le vent du nord enfante la pluie, et la langue médisante un visage irrité"; car, littéralement parlant, celui qui dénigre cesse de le faire quand, en entendant des paroles médisantes, il s'afflige.
4a En sa présence le méchant a été réduit à néant, mais il glorifie ceux qui craignent le Seigneur.
Ici il montre qu'il ne méprise pas. Dans l'homme cohabitent deux choses: le vice et la vertu. Le vice doit être méprisé, aussi dit-il: le méchant, en tant que tel, a été réduit à néant, c'est-à-dire est compté pour rien, et c'est bien: d'abord pour susciter l'émulation; car il arrive parfois qu'un méchant soit exalté: "Pourquoi la voie des impies est-elle prospère, et le bonheur est-il pour tous ceux qui prévariquent, et qui agissent iniquement ?" Mais de cette façon il ne doit point le considérer comme grand, au contraire il doit le mépriser: "La gloire de l'homme pécheur est fumier et ver: il s'élève aujourd'hui et demain on ne le trouvera plus, car il sera retourné dans sa poussière, et son dessein sera anéanti." Ou bien quelqu'un de grand a l'intention de nuire; mais du fait qu'il est méchant, tu le méprises: car la dérogation à de telles dispositions équivaut à l'approbation de notre conduite: "Quand un camp se tiendrait contre moi, mon cœur ne craindra pas", c'est-à-dire les pécheurs. Mais considère que l'homme vertueux est grand; voilà pourquoi le psalmiste dit: mais il glorifie ceux qui craignent le Seigneur. - "Qu'il est grand celui qui a trouvé la sagesse et la science ! Bien qu'il ne soit pas au-dessus de celui qui craint le Seigneur." La Glose explique cela autrement: "En sa présence le méchant a été réduit à néant", c'est-à-dire "le diable a été vaincu par lui": "Vous avez vaincu le Malin." Le Seigneur glorifie ceux qui craignent le Seigneur, c'est-à-dire lui. Mais la première explication est plus littérale.
4b Celui qui fait serment à son prochain et qui ne trompe pas; 5 qui n'a pas donné son argent à usure, et n'a pas accepté des présents contre l'innocent. Qui accomplit ces choses, ne sera pas ébranlé pour l'éternité.
c. Ici le psalmiste s'oppose à ce que le méchant trompe le prochain. Et ce dernier est trompé de trois manières:
- Dans les promesses, et cela par serment; aussi dit-il: qui fait serment, etc., c'est-à-dire qui affirme pour mieux tromper, car il ne respecte pas son serment: "N'aimez pas le faux serment." - "Tu ne jureras point par mon nom, ni ne profaneras le nom de ton Dieu." Jurer ne relève pas de la vertu, mais bien l'acte d'observer un serment.
- De même dans les contrats, aussi dit-il: qui n'a pas donné son argent à usure - "Prêtez sans rien espérer en retour." et n'a pas accepté des présents contre l'innocent. - "L'impie reçoit des présents sous le manteau", c'est-à-dire de l'Église, "pour pervertir les sentiers de la justice". Dans le livre du Deutéronome, il est prescrit de ne pas prêter à usure à son frère, car l'usurier vend ce qui n'est pas, puisqu'il n'en a pas la jouissance.
- De même dans les jugements, lorsqu'il publie une sentence contre les innocents aussi dit-il: les présents. - "Malheur à ceux qui justifient l'impie pour des présents." - "Le feu dévorera les tentes de ceux qui acceptent vénalement des présents."
C. Ensuite le psalmiste fait connaître la récompense du vertueux: Qui accomplit, c'est-à-dire qui observe, toutes ces choses énumérées. Il est écrit dans l'épître de Jacques: "Soyez les observateurs de la parole." Et dans l'épître de Paul aux Romains: "Ce ne sont pas les auditeurs de la loi qui sont justes devant Dieu, mais les observateurs."
ne sera pas ébranlé pour l'éternité, c'est-à-dire celui-ci habitera sur ma sainte montagne: "Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion; celui qui habite Jérusalem sera stable pour toujours." - "Il ne livrera pas éternellement le juste à l'agitation."


COMMENTAIRE DU PSAUME 15
1 Inscription du titre. De David lui-même.
Garde-moi, Seigneur, parce que j'ai espéré en toi. 2 J'ai dit au Seigneur: Tu es mon Dieu, car tu n'as pas besoin de mes biens.
3 Pour ses saints qui sont sur sa terre, il a fait paraître admirablement toutes mes volontés en eux.
4a Leurs infirmités se sont multipliées; alors ils se sont hâtés.
4b Je ne réunirai point leurs assemblées de sang, je ne me rappellerai pas leurs noms sur mes lèvres.
5 Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe; c'est toi qui me rendras mon héritage. 6 Les cordes me sont échues en des lieux de délices; aussi mon héritage est magnifique pour moi.
7 Je bénirai le Seigneur qui m'a donné l'intelligence; jusque dans la nuit mes reins m'ont repris.
8 Je prenais soin d'avoir le Seigneur constamment devant mes yeux, parce qu'il est à ma droite de peur que je ne sois ébranlé.
9a Pour cela mon cœur s'est réjoui, et ma langue a exulté de joie.
9b Et de plus ma chair reposera dans l'espérance.
10 Parce que tu ne délaisseras pas mon âme dans l'enfer; tu ne permettras pas que ton Saint connaisse la corruption.
11 Tu m'as fait connaître les voies de la vie; tu me combleras de joie par ton visage, délices à ta droite pour toujours.
* * *
1 Inscription du titre. De David lui-même.
Dans le psaume précédent le psalmiste a énuméré en détail la justice que Dieu exige de l'homme; mais ici il montre comment il adhérait à la justice. Ce psaume s'intitule comme suit: Inscription du titre. De David lui-même. Au sens littéral, il signifie qu'il a été rédigé spécialement à propos de choses qui regardent la personne de David. Mais parce que David représentait aussi la personne du Christ qui devait naître de sa descendance, c'est pourquoi certaines choses sont ici propres à David, d'autres sont dites au sujet du Christ. Et c'est la raison pour laquelle lorsque l'apôtre Pierre cite les versets de ce psaume: "Je voyais le Seigneur constamment en ma présence, parce qu'il est à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé", il affirme que ces paroles sont dites à propos de la résurrection du Christ, mais non au sujet de David. Et suivant cela, il est question dans ce psaume du Nouveau Testament où, selon les paroles de Jean, Pilate a fait placer ce titre au-dessus de la tête du Christ mis en croix: "Jésus de Nazareth le roi des Juifs"; et ce titre se présente comme l'emblème de son royaume. Un titre est habituellement tracé selon trois manières: tantôt sur la tombe de quelqu'un, pour signifier que c'est la sépulture de telle personne. Tantôt sur une maison, pour signifier que c'est la maison d'un tel. Tantôt à l'occasion d'un triomphe, comme cela se faisait à Rome. Et ce titre du Christ signifie qu'il a triomphé par la croix: "Dépouillant les principautés et les puissances, triomphant d'elles manifestement en lui-même." On signifie donc ici qu'il est plus spécialement question dans ce psaume de la royauté du Christ. Selon Jérôme le titre de ce psaume est: "Humilis et simplicis psalmus David (Psaume de David pour les humbles et les simples)." Et l'on veut signifier par là qu'il est question dans ce psaume de la simplicité et de l'humilité de David en tant que telles, ou comme préfiguration, à savoir du Christ.
Garde-moi, Seigneur, parce que j'ai espère en toi. 2 J'ai dit au Seigneur: Tu es mon Dieu, car tu n'as pas besoin de mes biens.
Ce psaume se divise en deux parties.
I) Dans la première, le psalmiste montre en parlant soit de lui, soit du Christ, qu'il adhère à Dieu seul.
II) Ensuite il rappelle les bienfaits qu'il a reçus de Dieu: 7 Je bénirai le Seigneur.
La première partie concerne la simplicité. La seconde, l'humilité.
I. Dans la première partie, le psalmiste fait deux choses:
A) Il montre en premier lieu qu'il adhérait à Dieu seul.
B) Ensuite il en donne la raison: Le Seigneur est la part de mon héritage.
A. En montrant comment il adhère à Dieu seul il fait trois choses: Il montre d'abord comment il se comporte vis-à-vis de Dieu. Puis comment il se comporte a l'égard des saints de Dieu: 3 Pour ses saints. Enfin comment il se comporte vis-à-vis des ennemis de Dieu: 4a Leurs infirmités se sont multipliées.
1. Il se comporte à l'égard de Dieu en tant qu'il adhère à lui seul; et cela de deux manières, par l'espérance et la foi: J'ai dit au Seigneur.
a. À propos de l'espérance il expose deux choses, à savoir la preuve de son espérance et l'espérance elle-même.
La preuve de son espérance, lorsqu'il dit: Garde-moi, c'est-à-dire en soi, ou dans ses membres: "Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés." Et cela, parce que j'ai espéré en toi.
Mais le Christ a-t-il espéré ?
Il faut dire que oui. En vérité il a espéré la vie éternelle pour les autres, mais pour lui la glorification de son corps. Quant à la glorification de son âme, il l'a eue dès l'instant de sa conception.
b. J'ai dit, etc. Ici le psalmiste expose d'abord son acte de foi. Ensuite il en donne la raison: car tu n'as pas besoin de mes biens.
- L'acte de foi consiste à confesser Dieu, soit en croyant dans le cœur, ou bien extérieurement en le louant, en témoignant par des faits: "On croit de cœur pour la justice, et on confesse pour le salut"; et c'est pourquoi j'ai dit, dans le cœur, par la bouche, et en action: Tu es mon Dieu, etc. - "Le Seigneur sera mon Dieu."
- Et la raison: car tu n'as pas besoin de mes biens. Le propre de Dieu, c'est qu'il est d'une bonté infinie, et que rien ne peut lui être ajouté, car il est le bien substantiel étendant sa bonté à toutes choses, comme il en est du soleil et de la lumière, non par participation mais par son être lui-même illuminant toutes choses. Au contraire, à n'importe quelle autre créature on peut ajouter, même aux saints, et en raison de cela quelque chose s'accroît en eux; et c'est ainsi que des biens nous manquent en quelque manière, tandis que Dieu seul n'a pas besoin de nos biens: "Mais si tu es juste, que lui donneras-tu ? Ou que recevra-t-il de ta main ?" Une version de Jérôme lit: "Quoniam bene non est nobis sine te (Il ne nous est pas bon de vivre sans toi)", autrement dit: puisque toi, tu es mon Dieu, puisque toi, tu es la bonté, il est manifeste qu'il n'est pas bon pour moi de vivre sans toi.
3 Pour ses saints qui sont sur sa terre, il a fait paraître admirablement toutes mes volontés en eux.
2. Il montre ici comment il se comporte vis-à-vis des saints, et on explique aussi ce verset en l'appliquant à la personne du Christ. Il faut savoir que la volonté du Christ est comme la volonté du Père, et qu'en tant qu'homme il accomplit la volonté du Père: "Il est écrit de moi que je ferai ta volonté; mon Dieu, je l'ai voulu." - "La volonté de Dieu, c'est votre sanctification." - "Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Or c'est la volonté de celui qui m'a envoyé, que de tout ce qu'Il m'a donné, je ne perde rien, mais que je le ressuscite au dernier jour." Or le Christ a voulu beaucoup de choses. Mais qu'a-t-il voulu ? Souffrir, mourir, afin de nous faire vivre. Ainsi dit-il: Dieu le Père a fait paraître admirablement toutes mes volontés, c'est-à-dire les a accomplies en eux admirablement. En qui ? dans les saints qui sont sur sa terre, c'est-à-dire dans l'Église militante et triomphante. Une version de Jérôme lit: "Sanctis qui sunt in terra et magnificis, omnis voluntas mea in eis (Dans les saints qui sont sur la terre et dans les souverains, toute ma volonté paraît en eux." Une autre version lit: "robustis (dans les puissants)". Et tout en admettant qu'un mortel mette son espérance dans la puissance d'une armée robuste, David dit au contraire: moi j'ai espéré en toi. - "Qui a espéré dans le Seigneur et a été confondu ?" Et mes hommes forts sont tes saints qui accomplissent de grandes choses: "Mes yeux sont tournés vers les fidèles du pays", dit le Christ, afin qu'ils siègent avec moi. Que le Christ lui-même aime les saints, c'est manifeste: "Moi j'aime ceux qui m'aiment."
4a Leurs infirmités se sont multipliées; alors ils se sont hâtés.
3. Ici le psalmiste montre comment il se comporte à l'égard des adversaires de Dieu, ou vis-à-vis des pécheurs.
a) Et il expose d'abord leur conversion.
b) Puis comment se réalise leur conversion: Je ne réunirai point.
a. Concernant la conversion proprement dite il fait deux choses:
- Il expose l'état résultant de la faute précédente.
- Puis l'état dû à la grâce subséquente: alors ils se sont hâtés.
- Ainsi dit-il: Leurs infirmités se sont multipliées, c'est-à-dire leurs différents péchés. Ou bien: Leurs infirmités, c'est-à-dire les punitions dues au péché: "Mes gémissements sont nombreux."
- Et en conséquence ils se sont hâtés, c'est-à-dire se sont efforcés de prendre la vie à cœur pour racheter le temps perdu. Et ils font cela expressément, parce que "là où le péché a abondé, la grâce a surabondé", comme l'écrit l'Apôtre aux Romains. De même, après des tribulations, l'homme court vers Dieu: "Dans leur tribulation dès le matin ils se lèveront vers moi. Venez et retournons au Seigneur." - "Couvre leurs faces d'ignominie, et ils chercheront ton nom, Seigneur."
4b Je ne réunirai point leurs assemblées de sang, je ne me rappellerai pas leurs noms sur mes lèvres.
b. Ici il expose la manière dont cette conversion s'est réalisée.
- Il montre d'abord à quel rite ils se sont convertis.
- Puis comment ils l'ont fait parfaitement: je ne me rappellerai pas, etc.
- Ainsi dit-il: ils se sont hâtés. Mais comment se sont-ils convertis ? Dans l'ancienne Loi, ceux qui s'étaient convertis offraient divers sacrifices. Mais moi je les réunirai de diverses contrées pour les amener vers un pays; mais non pour qu'ils répandent le sang, car, comme l'écrit l'Apôtre: "Il est impossible que les péchés soient enlevés par le sang des taureaux et des boucs." Je ne réunirai point leurs assemblées de sang, c'est-à-dire selon la pratique de la Loi; mais cette assemblée relève du sang nouveau, c'est-à-dire du Christ: "Le Christ s'est offert une fois pour enlever les péchés d'un grand nombre." - "Par une oblation unique, il a rendu parfaits pour toujours ceux qui ont été sanctifiés." - "Toi aussi par le sang de ton alliance tu as fait sortir tes prisonniers d'un lac qui est sans eau."
- Mais comment cette assemblée sera-t-elle parfaite ? C'est que je ne me rappellerai pas leurs noms sur mes lèvres, parce qu'ils étaient en état de péché, car l'un était dit fornicateur et l'autre bandit. Mais aucun ne doit être appelé ainsi après sa conversion, parce que de tels noms sont effacés. Ou bien, je ne me rappellerai pas de leurs péchés en jugement, lorsque je rassemblerai les justes: "Venez, les bénis de mon Père." Et cela: sur mes lèvres, ou bien par mes prédicateurs. Mais on dira à ceux qui seront à sa gauche: "Allez maudits au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges."- "Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche." Une version de Jérôme lit: "Multiplicata sunt idola eorum: post tergum sequentium non libabo libamina eorum de sanguine, ne que assumam nomina eorum in labiis meis (Leurs idoles se sont multipliées: derrière le dos de ceux qui me harcèlent je n'offrirai pas leurs libations de sang, ni ne mettrai leurs noms sur mes lèvres)", autrement dit: je t'adore, non les idoles. Mais les idoles de ces derniers sont nombreuses: "J'ai multiplié derrière ton dos ceux qui s'éloignent de toi." - "Ils m'ont tourné le dos, et non la face, je ne participerai pas à leurs libations." - "Ils mangeaient la graisse de leurs victimes, et buvaient leurs libations." Je ne jugerai pas par ces idoles.
5 Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe; c'est toi qui me rendras mon héritage. 6 Les cordes me sont échues en des lieux de délices; aussi mon héritage est magnifique pour moi.
B. Ici le psalmiste donne la raison de son adhésion à Dieu seul. C'est parce que lui seul est son héritage, autrement dit: la raison pour laquelle j'adhère uniquement à ce dernier, c'est qu'il est mon héritage.
1) Il dit d'abord que Dieu est son héritage.
2) Puis il le fait valoir parce qu'il en est satisfait: aussi mon héritage est magnifique pour moi.
1. L'héritage même dont nous jouissons est notre bien. Les hommes en ce monde sont en quête de possessions ainsi que de leurs jouissances, tandis que (sa) possession est Dieu; c'est pourquoi il dit: Le Seigneur est la part de mon héritage, incessible, c'est-à-dire un héritage qui m'est échu en partage. Certains ont pour héritage les plaisirs de la chair: "C'est là notre part, c'est là notre destinée." Mais d'autres jouissent de différents plaisirs du monde, tandis que Dieu est ma part: "Le Seigneur est mon partage, a dit mon âme." Et non seulement il est mon héritage, mais la part de ma coupe, c'est-à-dire ma coupe qui m'est échue en partage; car toute ma jouissance et mon breuvage c'est Dieu: "Ma coupe est enivrante, comme elle est belle." Ou bien il s'agit du Christ qui a les fidèles en héritage, et de cet héritage, c'est-à-dire des fidèles, Dieu est la part, comme on l'a dit. Le Seigneur est la part de ma coupe, car ma passion est ordonnée à Dieu. Lui-même est aussi le donateur de cet héritage: c'est toi qui me rendras mon héritage, c'est-à-dire celui de la gloire éternelle. Et ainsi le Christ s'exprime au nom des siens qui ont perdu cet héritage par le péché des premiers parents. Ou bien: héritage signifie la clarté du corps que l'homme a perdue en péchant.
Les cordes me sont échues en des lieux de délices. Les riches mesurent la terre au cordeau: "Jacob est la corde de son héritage." Et c'est pourquoi une part est assimilée à un cordeau, en ce sens que ma part m'est échue parmi les choses les meilleures, car il n'y a rien de meilleur que la possession de Dieu lui-même: "Je te donnerai une terre de délices, un héritage magnifique."
2. Ensuite il montre qu'il en est satisfait: aussi mon héritage est magnifique pour moi, autrement dit: non seulement mon héritage est en soi magnifique, mais il est tellement magnifique pour moi que je ne l'échangerais en aucune manière: "C'est le lieu de mon repos pour toujours; ici j'habiterai, parce que je l'ai choisi."
7 Je bénirai le Seigneur qui m'a donné l'intelligence; jusque dans la nuit mes reins m'ont repris. 8 Je prenais soin d'avoir le Seigneur constamment devant mes yeux, parce qu'il est à ma droite de peur que je ne sois ébranlé. 5a Pour cela mon cœur s'est réjoui et ma langue a exulté de joie.
II. Plus haut le psalmiste a exposé la raison pour laquelle il adhérait à Dieu seul, c'est-à-dire parce que lui-même est la part de son héritage; ici il se rappelle ses bienfaits.
A) Et il fait d'abord connaître les bienfaits reçus.
B) Ensuite les bienfaits à espérer.
A. Concernant les bienfaits reçus il fait deux choses.
1) Il rappelle d'abord les bienfaits reçus.
2) Puis il montre la joie qu'il en conçoit: Pour cela mon cœur s'est réjoui.
1. Il rappelle un double bienfait: l'un dans l'acquisition du bien, l'autre dans la préservation contre les maux.
Au sujet de l'acquisition du bien il dit: Je bénirai le Seigneur qui m'a donné l'intelligence afin que je comprenne que cet héritage éternel est magnifique: "Donne-moi l'intelligence, et je scruterai ta loi." - "Je te donnerai l'intelligence, et je t'enseignerai la voie par laquelle tu marcheras." - "À celui qui m'a donné la sagesse je rendrai gloire."
Cependant le Seigneur a pourvu l'homme de la raison en vue de la sagesse, mais il ne lui a pas totalement ôté sa faiblesse, parce que cela aura lieu dans la gloire.
a) Et il commence par manifester cette infirmité.
b) Puis il expose le secours contre elle: Je prenais soin d'avoir le Seigneur constamment devant mes yeux.
a. Tout homme a reçu de Dieu avec la raison la lumière de l'intelligence, et il est justifié par la lumière de la grâce; aussi le psalmiste dit-il: jusque dans la nuit mes reins m'ont repris, c'est-à-dire mes infirmités, à savoir mes fautes ou mes péchés. Et cela jusque dans la nuit, c'est-à-dire jusqu'à la mort, mes reins m'ont repris, c'est-à-dire ont montré que ma conduite était répréhensible. Au sens littéral, dans les reins se trouve le siège qui excite la luxure, et il tracasse jusqu'à pousser à la délectation. L'apôtre Paul écrit: "De crainte que la grandeur des révélations ne m'élève, il m'a été donné un aiguillon en ma chair, un ange de Satan pour me donner des soufflets." Mais dans le Christ il n'y a pas d'infirmités dues à la faute, ou de souillure, car sa chair ne combat point contre l'esprit; et c'est pourquoi ce verset s'applique uniquement au châtiment: "Nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos infirmités; pour nous ressembler, il les a toutes", c'est-à-dire les infirmités corporelles, "éprouvées, hormis le péché". Mais si l'on comprend ce verset en l'appliquant à nous, il faut dire: Que l'homme qui a reçu le don de l'intelligence, ou la grâce, dise encore avec l'Apôtre: "Je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de la raison." Ou bien: mes reins, c'est-à-dire les Juifs unis à lui, jusque dans la nuit, c'est-à-dire jusqu'à la passion, ou jusque dans la passibilité de la chair. Et parce que la chair redoutait la passion, moi dans cette passion, je prenais soin (providebam) d'avoir le Seigneur constamment devant mes yeux, les yeux dirigés vers le ciel, non vers le monde. La providence est la prévision des événements qui doivent se dérouler dans le futur, mais la vision ou le regard concerne les réalités présentes.
b. Mais si ces reins combattent encore, il ne faut pas avoir peur, car le secours de Dieu est prêt. Et c'est pourquoi le psalmiste expose d'abord le souvenir de ce secours en disant: Je prenais soin d'avoir le Seigneur constamment devant mes yeux, c'est-à-dire lorsque mes reins m'ont repris. - "Mes yeux sont toujours tournés vers le Seigneur, car c'est lui qui tirera mes pieds du lacet." Et cela parce qu'il est à ma droite de peur que je ne sois ébranlé, non à ma gauche: "Le Seigneur sera à tes côtés, et il préservera ton pied du piège." - "Proche est celui qui me justifie: Qui disputera contre moi ? Comparaissons ensemble !"
2. Pour cela mon cœur s'est réjoui - "Mon cœur a tressailli de joie dans le Seigneur." - "Le juste se réjouira dans le Seigneur." et ma langue a exulté de joie, extérieurement, avec une joie extérieure elle a fait éclater un cri de louange: "Chantez au Seigneur car il a fait de grandes choses." - "Criez de joie pour Dieu votre force."
9b Et de plus ma chair aussi reposera dans l'espérance. 10 Parce que tu ne délaisseras pas mon âme dans l'enfer; tu ne permettras pas que ton saint connaisse la corruption. 11 Tu m'as fait connaître les voies de la vie; tu me combleras de joie par ton visage, délices à ta droite pour toujours.
Ici le psalmiste énumère les bienfaits à espérer.
a) D'abord quant à la résurrection de la chair.
b) Puis quant à l'âme: Tu m'as fait connaître.
a. À propos de la résurrection de la chair, il expose deux choses:
- D'abord l'espérance.
- Ensuite le mode: Parce que tu ne délaisseras pas mon âme dans l'enfer.
- Ainsi dit-il: tu m'as donné l'intelligence, et tu te tiens auprès de moi qui suis un homme, mais de plus ma chair aussi reposera dans l'espérance de la résurrection: "Moi je me suis assoupi et j'ai dormi." Et ma chair aura aussi l'espérance dans la résurrection: "Leur espérance est pleine d'immortalité."
- La raison est due au fait que la résurrection requiert l'union du corps et de l'âme; et c'est pourquoi l'âme unie à la divinité n'a pas dû demeurer dans les enfers, mais elle devait s'y tenir jusqu'au moment où la vérité de son humanité serait prouvée, tout comme la vérité de sa chair; pas plus qu'elle ne devait être abandonnée dans les enfers, où elle était descendue pour libérer les saints: "Je pénétrerai toutes les profondeurs de la terre, je visiterai tous ceux qui dorment, et j'éclairerai tous ceux qui espèrent dans le Seigneur." Semblablement du côté du corps, car tu ne permettras pas que ton Saint, c'est-à-dire mon corps sanctifié par toi, connaisse la corruption, c'est-à-dire de la putréfaction ou de la décomposition qu'il n'a pas subie; mais il a subi la corruption de la mort.
b. Il rappelle les bienfaits relatifs à l'âme, lorsqu'il dit: Tu m'as fait connaître. Cela s'applique au Christ pour ses membres, et ce sont les enseignements et les préceptes qui sont le chemin conduisant à la béatitude: "Garde mes préceptes, et tu vivras"; et c'est pourquoi il dit: Tu m'as fait connaître les voies de la vie. Puis il rappelle le bienfait qui est au terme du chemin: et à ce propos il mentionne trois choses.
- D'abord la vision plénière de Dieu: tu me combleras de joie par ton visage, c'est-à-dire je verrai ton visage: "Présentement je connais partiellement", c'est-à-dire imparfaitement, "mais alors je connaîtrai face à face."
- Ensuite la joie parfaite: "Afin que votre joie soit parfaite."
- Car les délices du souverain bien sont intarissables, puisqu'elles sont à ta droite pour toujours. - "Une allégresse éternelle couronnera leur tête; ils posséderont la joie et l'allégresse, et la douleur et le gémissement s'enfuiront d'eux." - "Longueur de jours dans sa droite, et dans sa gauche richesse et gloire."

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