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VINGT-QUATRIÈME SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LA FÊTE DE PAQUES. QUATRIÈME SERMON.
ANALYSE. — 1. Jésus-Christ est sorti du sein de Marie comme il pénètre au milieu des Apôtres, les portes fermées. — 2. La conduite même de ses ennemis est une excellente preuve de sa résurrection. — 3. La résurrection est également prouvée par le témoignage de l'Ange. — 4. Apparition du Sauveur à Marie-Madeleine.
1. « Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous ». « Le Verbe s'est fait chair », et comment s'est-il fait chair ? Nous l'ignorons. Dieu nous atteste cette vérité, mais elle est pour nous un mystère. Je sais que « le Verbe s'est fait chair », et j'ignore comment il s'est fait chair. Vous vous étonnez de cette ignorance ? Elle est le partage de toute créature. « Car le mystère qui a été caché dans tous les siècles a été révélé dans notre siècle ». Quelqu'un me dira peut-être Puisque ce mystère a été révélé, comment pouvez-vous dire encore que vous l'ignorez ? Dieu nous a révélé ce qui a été fait, mais le comment reste pour nous un mystère. Isaïe s'écriait : « Qui racontera sa génération ? » Et cependant lui-même avait dit précédemment : « Voici qu'une vierge concevra dans son sein et enfantera ». Ces dernières paroles nous attestent ce qui a été fait, tandis que les premières : « Qui racontera sa génération ? » nous prouvent que si nous savons qu'il est né, nous ne savons pas comment il est né. La sainte et bienheureuse Marie est à la fois mère et vierge, vierge avant l'enfantement, vierge après l'enfantement. Je me demande avec étonnement comment un enfant vierge a pu naître d'une vierge, et comment, après avoir enfanté, cette mère a pu rester vierge. Vous voulez savoir comment Jésus est né d'une vierge et comment, après lui avoir donné naissance, sa mère est restée vierge ? Les portes étaient fermées et Jésus est entré. Personne ne doute que les portes n'aient été fermées ; et celui qui est entré, les portes étant fermées, n'était pas un fantôme, n'était pas un esprit, c'était un corps véritable. Que dit-il, en effet ? « Regardez et voyez qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai ». Il avait la chair, il avait les os, et les portes étaient fermées. Comment, les portes étant fermées, de la chair et des os sont-ils entrés ? Les portes sont fermées et il entre ; nous le voyons entré, mais comment est-il entré ? Toutes les portes sont fermées, aucun lieu ne lui fournit d'entrée, on ne voit point par où il est entré, et cependant il est entré ; car le voilà dans l'intérieur de la salle, au milieu de ses disciples. Vous ne savez pas comment il est entré, et sur ce comment vous vous en remettez à la toute-puissance de Dieu. Remettez-vous-en donc à la puissance de Dieu, quand on vous dit que le Sauveur est né d'une vierge, et que sa mère est restée vierge avant et après l'enfantement. À l'occasion de la construction du temple, nous lisons dans le livre d'Ezéchiel : « Cette porte orientale, qui regarde l'Orient, sera toujours fermée, et personne n'entrera par elle », à l'exception du pontife. La porte est fermée, et personne n'entre par cette porte, si ce n'est le pontife.
2. Le tombeau du Sauveur avait été creusé dans un rocher très-dur qui n'offrait aucun interstice, et il est écrit que ce sépulcre était tout neuf et n'avait pas encore servi. Rien de si facile à saisir que ce fait selon le sens littéral, et c'est tout d'abord du sens littéral que nous devons nous occuper. Or, d'après ce sens, le tombeau avait été taillé dans une pierre très-dure, et Jésus-Christ fut déposé dans un sépulcre neuf ; de plus, une grande pierre avait été placée à l'entrée du sépulcre et un poste de soldats était chargé de garder cette entrée du sépulcre, pour empêcher qu'on ne vînt enlever le corps ; or, toutes ces circonstances devaient faire mieux ressortir la puissance déployée par le Sauveur dans sa résurrection. S'il se fût agi d'un simple tombeau, ils auraient pu dire : Les disciples ont creusé la terre et emporté le corps. Si la pierre eût été petite, ils auraient pu dire : La pierre était petite et pendant que nous dormions ils l'ont enlevée. Enfin, que lisons-nous dans l'Évangile ? « Le lendemain, les Scribes, les Pharisiens et les prêtres vinrent trouver Pilate et lui dirent : Maître, ce séducteur a annoncé qu'il ressusciterait ; aussi, pour empêcher que ses disciples ne viennent, ne l'enlèvent et ne disent : Il est ressuscité, ce qui constituerait une erreur pire que la première, donnez-nous des hommes pour garder le tombeau et rendre impossible l'enlèvement « du corps. Pilate leur dit : Vous avez une « garde, allez et faites ce qu'il vous plaira (2) ». La sollicitude des Scribes et des ennemis du Sauveur confirme notre foi. Pharisiens, gardez, gardez ce tombeau ; Dieu ne peut être enfermé nulle part, Dieu ne peut être enchaîné dans un sépulcre ; car c'est lui qui a fait le ciel et la terre ; le ciel et la terre sont renfermés dans le creux de sa main et de trois doigts il porte le monde ; or, celui qui tient dans sa main le monde tout entier ne peut être enfermé dans un sépulcre.
3. Enfin des saintes, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, animées d'un pieux dessein, mais victimes d'une erreur, cherchaient le Sauveur dans le tombeau. Leur bonne volonté fut louée, mais leur erreur fut réfutée. Cet Ange qui roulait la pierre, était assis sur la pierre. Et que montrait-il ? Cette pierre sur laquelle je suis assis ne peut enchaîner mon Seigneur, puisqu'elle est foulée par son serviteur ; par conséquent, cette pierre n'a pu enchaîner Jésus. Il dit donc aux femmes qui venaient chercher le Sauveur : « Vous cherchez Jésus, il n'est plus ici ». Où est-il ? Au ciel ? Il est au-delà des cieux. Sur la terre ? Il est au-delà de la terre. Il est partout où vous voudrez ; il est tout entier partout où vous êtes, partout où vous êtes et partout où vous puissiez être, vous qui le cherchez, vous êtes en celui que vous cherchez. Écoutez donc ce que dit l'ange aux saintes femmes : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est plein de vie ? Pourquoi cherchez-vous le Seigneur dans un tombeau ? » Vous cherchez Jésus, vous cherchez le Seigneur, parce que si vous cherchiez seulement Jésus, vous sauriez certainement qu'il est vivant, vous l'entendriez vous dire : « Au milieu de vous il en est un « que-vous ne connaissez pas ». »Le royaume de Dieu est au dedans de vous ». L'ange dit donc aux saintes femmes : Vous cherchez Jésus dans le tombeau, croyez qu'il est ressuscité et que vous avez en vous-mêmes Celui que vous cherchez.
4. Marie-Madeleine, en apercevant le Seigneur, le prit pour le jardinier ; c'était une illusion de sa part, mais une illusion qui avait aussi sa raison d'être. Jésus n'était-il pas véritablement le jardinier de son paradis, des arbres du paradis ? « Elle pensait que c'était le jardinier », et elle voulut s'attacher à ses pieds. Et que lui dit le Seigneur ? « Gardez-vous de me toucher, car je ne suis pas encore monté à mon Père ». »Prenez garde de me toucher », car vous ne méritez pas de me toucher, vous qui me cherchez dans le sépulcre. « Abstenez-vous de me toucher », moi en qui vous ne voyez que l'humanité, et dont vous ne croyez pas encore la résurrection. « Abstenez-vous de me toucher » ; car « je ne suis pas encore monté à mon Père pour vous ». Lorsque pour vous je serai monté à mon Père, alors vous mériterez de me toucher.


VINT-CINQUIÈME SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LA FÊTE DE PAQUES. CINQUIÈME SERMON.
ANALYSE. — 1. La foi de Marie-Madeleine comparée à celle de saint Pierre. — 2. Marie-Madeleine comparée à l'Église. — 3. La foi de Marie-Madeleine comparée à celle des Apôtres. — 4. La foi de Marie-Madeleine récompensée par l'apparition de Jésus-Christ.
1. »Le lendemain du sabbat », dit l'évangéliste, « lorsque les ténèbres couvraient encore la terre, Marie-Madeleine vint au tombeau, s'aperçut que la pierre avait été enlevée du sépulcre et courut raconter ces événements à Simon Pierre et à l'autre disciple que Jésus aimait ». Voyez, mes frères, voyez avec quelle ardeur cette femme se rend au tombeau du Sauveur. Elle ne considère ni l'heure ni le temps, mais elle veut contempler le Créateur de toutes choses. Simple femme, elle court avant les hommes et les prévient. Ô bienheureux Pierre, qu'est devenue la promesse que vous faisiez au Seigneur : « Dussé-je mourir avec vous, je ne vous renierai pas ? » Si vous ne pouviez mourir pour le Seigneur, du moins, puisque vous aviez tant présumé de vous-même, vous deviez vous rendre au tombeau avant tout autre ; vous n'avez pu accomplir la promesse que vous aviez faite ; car il a suffi d'une servante pour vous conduire à l'apostasie, et voici que Marie-Madeleine arrive encore avant vous au tombeau. Veuillez, bienheureux Pierre, me pardonner l'amertume de mes paroles. Quand vous croyiez d'une foi complète, vous marchiez sur les eaux ; mais aussitôt que vous avez conçu du doute, vous avez senti la mer fuir sous vos pas. En ce moment, du moins, levez-vous ; car une femme vous a déjà précédé au tombeau.
2. Mes frères, en lisant attentivement les saintes Écritures, vous avez appris à connaître cette femme du nom de Marie-Madeleine. Comme quelques-uns pourraient encore être dans l'ignorance sur ce point, rappelons que Madeleine est cette femme que le Seigneur a délivrée de sept démons, et à laquelle beaucoup de péchés furent pardonnés, parce qu'elle avait beaucoup aimé. Que l'Église coure donc, qu'elle coure à la Pierre. « Or, la Pierre était le Christ ». Ne craignez pas de comparer à l'Église Marie-Madeleine, qui, délivrée des esprits immondes, doit s'empresser la première d'accourir au tombeau du Seigneur.
3. « Elle s'adressa donc à Pierre et à l'autre disciple que Jésus aimait, et leur raconta les a faits en ces termes : Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons où ils l'ont placé. Les Apôtres accoururent et, étant entrés dans le tombeau, ils virent les linceuls qui y avaient été laissés ». Mais ils ne purent voir les anges, parce que les ténèbres de la crainte refoulaient encore dans ces Apôtres la lumière de la foi. Ils regardèrent et retournèrent à Jérusalem ; quant à Madeleine, elle ne retourna pas, mais elle se tenait en pleurant à l'entrée du sépulcre, et parce que Dieu ne refuse jamais rien à ceux qui le cherchent, « elle s'inclina en pleurant vers le tombeau, et elle vit deux anges vêtus de blanc et assis l'un à la tête et l'autre au pied du sépulcre dans lequel Jésus avait été déposé. Les anges lui disent : Femme, pourquoi pleurez-vous ? ou qui cherchez-vous ? » Madeleine répondit : Je cherche mon Maître, mon Sauveur ; il m'a beaucoup gratifiée, car il m'adélivrée de sept esprits impurs. Malheureuse esclave, j'étais conduite où je ne voulais pas, mais à l'arrivée du Sauveur les chaînes de mes péchés furent rompues et je méritai de suivre Celui que je ne méritais pas. Maintenant ils ont enlevé mon Seigneur, et a je ne sais où ils l'ont placé ». Ô femme, les Apôtres n'ont pu voir les anges, parce qu'ils ont douté ; vous les avez vus parce que vous avez cru. Mais à votre tour vous avez commencé à douter. Et qui donc pouvait enlever le Seigneur, s'il n'avait voulu ressusciter le troisième jour, comme il l'avait promis ?
4. « S'étant retournée, elle vit le Seigneur debout ». Voilà, mes frères, ce que peuvent l'amour de Dieu et la foi ; Dieu se laisse vaincre par les larmes et par l'humilité. Si Madeleine ne s'était pas inclinée en pleurant, elle, n'aurait pas vu les anges ; si elle ne s'était pas retournée, elle n'aurait pas mérité de voir le Seigneur. « Jésus lui dit : Marie, pourquoi pleurez-vous ? qui cherchez-vous ? » Madeleine, ouvrant les yeux, le reconnut et s'écria : Seigneur, vous êtes mon Roi et mon Dieu. Abstenez-vous de me toucher, lui dit Jésus, car je ne suis pas encore monté à mon Père. Madeleine reprit : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Vous vous montrez à moi, que me reste-il à désirer ?


VINGT-SIXIÈME SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LA. FÊTE DE PAQUES. (SIXIÈME SERMON)
ANALYSE. — 1. La foi comparée à un parfum odoriférant. — 2. Jésus-Christ est le véritable parfum reçu par l'Église. — 3. Ce parfum n'a rien qui déplâise, car c'est le parfum de la piété. — 4. C'est aussi le parfum de la charité. — 5. C'est le parfum de la vertu, de l'obéissance et de l'espérance. — 6. Le nouvel Adam a réparé le crime du premier Adam. — 7. Jésus-Christ triomphe de l'enfer. — 8. Jésus-Christ rédempteur et médecin des 9mes. — 9. Puisque l'arrêt de notre condamnation est déchiré, rendons-nous les serviteurs fidbles de Jésus-Christ. — 10. Nous devons ressusciter avec Jésus-Christ.
1. Le jour de la résurrection du Seigneur, la joie des fidèles doit en quelque sorte ressusciter et se renouveler ; laissons donc notre esprit se pénétrer de l'allégresse de ce jour, afin que par une foi vive nous placions en nous le règne de Dieu auquel nous sommes appelés avec Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Ces joies chrétiennes ne sont pas de celles qui s'usent par la jouissance ; la jouissance, au contraire, nous enflamme pour la vertu. Qu'on est heureux de se réjouir en Jésus-Christ ! Je crois donc pouvoir comparer la foi aux parfums d'agréable odeur. Tel est ce parfum dont se sentait pénétré le Prophète, quand il s'écriait : « Vous avez plongé ma tête dans l'huile ». Tel est le parfum dont il est dit aux pieux fidèles : « Oignez vos têtes ». Tel est le parfum que les vierges sages portent avec elles pour entretenir le feu de leurs lampes. Tel est le parfum dont il est écrit : « Le parfum qui descend de la tête sur la barbe », laquelle est le signe de l'âge parfait de l'homme, comme le parfum semble indiquer que la foi est arrivée à la perfection de sa splendeur et de son épanouissement. Comparons donc la foi au parfum d'agréable odeur. Quiconque possède de ces parfums précieux les conserve avec une extrême sollicitude. Tant que ces parfums restent en repos, ils semblent annihilés et endormis. Mais s'ils doivent concourir à la joie d'une fête ou à l'embellissement d'un festin, ils recouvrent par une prudente agitation ce que le repos leur avait fait perdre, c'est-à-dire leur odeur et leur prix. Ainsi en est-il, dans chaque fidèle, du parfum de la foi : il a besoin d'être librement reçu dans des cœurs généreux ; toutefois, il semble perdre de son prix tant qu'il n'est pas agité par la discussion.
2. C'est dans ce but que nous vous adressons ce discours. Vos esprits, comme autant de vases précieux, me paraissent avoir reçu ce parfum de la foi que Dieu n'accorde qu'à ses courtisans. Je m'accuserais d'une négligence coupable, si je n'agitais pas ce parfum jusqu'à ce que sa suave odeur se soit répandue dans tout le corps de l'Église et ait dissipé les miasmes fétides que respirent parfois encore ceux qui vivent au sein de la foi. Quel est donc ce parfum ? « Jésus-Christ est mort a et est ressuscité » ; tel est le prix et la rédemption du monde tout entier. Goûtez maintenant, si vous le voulez, la suavité de ce parfum dont vous connaissez le prix et la dignité. C'est Dieu lui-même qui nous l'a apporté du haut du ciel. Et qui donc l'a reçu ? Voyons si ce n'est pas cette Église si bien figurée par cette femme qui versa sur la tête du Sauveur ce parfum qui, selon la parole de Jésus-Christlui-même, annonçait sa sépulture. L'Église, mes frères, l'Église a reçu le parfum de ce sacrement ; et tout ce qu'elle reçoit de Jésus-Christ retourne à Jésus-Christ. Toutefois ce parfum n'est point attribué à tous et ne leur est point attribué dans la même mesure. En effet, l'Apôtre a dit de la croix même de Jésus-Christ : « Elle est pour les uns une odeur de vie pour la vie, et pour les autres une odeur de mort pour la mort » ; en d'autres termes, « elle est un scandale pour ceux qui périssent, tandis qu'elle est la vertu de Dieu pour ceux qui opèrent leur salut. Dans la mort de Jésus-Christ ne sent pas la vie ? ce qui ne respire pas la résurrection dont Jésus-Christ nous fournit le modèle ? « Il est mort et il est ressuscité ». C'est donc là ce qui leur déplaît. ? Est-il un seul homme qui ne se sente très-avide de respirer ces suaves odeurs ? S'il en est un seul, je demanderai alors à ce sophiste du siècle, à cet habile appréciateur de semblables parfums, ce qui peut lui déplaire dans la composition de ce parfum ; voyons de quels éléments il, est formé. Et enfin, quel est son prix ? Nous pouvons affirmer que tant vaut la piété, tant vaut ce parfum. Nous demanderons peut-être si la piété se trouve dans la mort de Jésus-Christ, et quelle est son importance ; l'Apôtre nous répond : « Manifestement c'est un grand sacrement de piété, celui qui a été manifesté dans la chair », il parle de la chair revêtue par le Verbe Eternel ; « qui a été justifié dans l'Esprit », lorsque le péché de la chair est vaincu dans la chair ; et qui est apparu aux anges », soit lorsqu'une multitude d'esprits célestes fit entendre ce chant de joie : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » ; soit encore lorsque nous-mêmes, sondant les profondeurs de ce mystère et l'annonçant au monde, nous nous trouvons associés au ministère des anges ; « il a été prêché aux Gentils », afin que dans tout l'univers le nom chrétien devînt commun à toutes les nations ; « il a été cru dans le monde, il est devenu un principe degloire ». Ce qui a été cru dans le monde, n'est-ce pas le mystère du Verbe divin revêtant un corps auquel il a conféré plus tard les gloires de la résurrection ? Connaissant donc ce prix infini de la piété, l'Apôtre en a fait l'objet spécial des instructions qu'il adresse à son disciple. Parlant à son cher fils Timothée, il lui dit : « Exercez-vous à la piété ; car la piété est utile à tout, puisqu'elle a la promesse de la vie présente et de la vie future ». Pouvait-on nous faire mieux sentir le prix de ce parfum de la piété, qui n'est autre pour nous que le mystère de l'Incarnation dont la valeur est infinie ?
4. Allons plus loin, car à la piété s'ajoute la charité. Or, là croix du Sauveur n'est-elle pas la preuve évidente de l'amour infini de Dieu pour les hommes ? « C'est ainsi que Dieu a aimé le monde jusqu'à lui envoyer son Fils unique » pour lui communiquer sa vie. Et pourquoi ce miracle de charité divine ? Afin de vous faire mieux sentir la grandeur de l'amour qu'il noustémoignait. Mais enfin, quel est le prix de la charité ? « La plénitude de la loi », dit l'Apôtre, « c'est la charité » ; et encore : « La fin du précepte, c'est la charité ». La charité est donc le bien par excellence, puisqu'elle résume en elle tous les préceptes. Or, cette charité se trouve par excellence dans la mort et la résurrection du Seigneur.
5. C'est une longue tâche d'énumérer chacune des espèces de parfum qui nous occupe, et ce travail nous expose à de nombreuses répétitions. Contentons-nous donc de signaler les autres espèces, sans nous obliger à en faire ressortir toute l'importance. Dans cette composition se trouve d'abord la vertu à laquelle se mêle la force de la patience. Nous trouvons aussi l'obéissance, « car Jésus-Christ s'est fait obéissant à son Père jusqu'à la mort et à la mort de la croix ». Une odeur suave est aussi produit par l'espérance qui étend son influence au-delà de la mort, et attend la résurrection, non-seulement del'esprit, mais aussi du corps après la résurrection de Jésus-Christ. Tous ces parfums se confondent pour moi dans celui que j'ai signalé par ces paroles : « Jésus-Christ est mort et est ressuscité ». Toutes ces espèces de parfum réunies forment une odeur de vie pour la vie ; quelle n'est pas la corruption de ceux pour qui tout cela ne produit qu'une odeur de mort pour la mort. Pour nous, nous disons : « Votre nom, Seigneur, est un parfum répandu » ; et encore : « Nous courrons sur vos traces à l'odeur de vos parfums » ; notre seul désir est d'être pénétrés de cette odeur que nous suivons, afin que nous produisions nous-mêmes cette odeur de piété, de charité, de patience, d'obéissance et d'espérance, que nous aspirons dans la mort de Jésus-Christ.
6. Mes frères, ayons donc sans cesse devant les yeux, si nous le pouvons, l'utilité infinie de la croix du Seigneur et les joies de la résurrection. Considérons les précieux avantages que Jésus-Christ nous a procurés par le mystère de sa mort ; n'oublions pas que si la mort régnait universellement par la licence du péché, tout est maintenant soumis à l'empire de Jésus-Christ, tout, et spécialement l'homme lui-même, enchaîné jusque-là sous la loi de la mort par la transgression de nos premiers parents : « Car la mort règnait depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui s'abstenaient du péché et subissaient néanmoins les suites de leur ressemblance avec Adam ». Est-il donc étonnant que le désespoir ait plongé le genre humain dans des ténèbres et des erreurs où n'apparaissait aucun rayon de la foi ? Les chaînes que le premier Adam avait rivées, le second Adam devait les briser. La seconde naissance devait réparer le mal qu'avait fait la première génération, issue d'Adam coupable. L'immolation de l'agneau, célébrée sous la loi de l'ancienne pâque, n'était pas suffisante pour purifier le monde ; il fallait l'offrande de cet agneau qui effacerait le péché du monde. Les nations en étaient venues à douter si l'âme triompherait après la mort ; et voici qu'après la croix, dans la chair de Jésus-Christ, nous trouvons l'infaillible assurance que notre corps lui-même ressuscitera ; là où le péché d'Adam avait apporté la mort, il était nécessaire que l'obéissance de Jésus-Christ apportât la vie. « Comme », dit l'Apôtre, « nous mourons tous en Adam, de même nous serons tous vivifiés en Jésus-Christ ». Notre Sauveur a donc accepté la mort pour lui-même, afin de nous préparer à tous la vie ; il me semble l'entendre dire aux hommes, dans son infinie miséricorde : Je ne refuse pas de partager votre mort, afin que je vous offre de partager ma résurrection. Sans doute la divinité qui est en moi ne saurait donner prise à la mort ; toutefois par ma naissance humaine, je recevrai de vous ce que je pourrai offrir en mourant pour vous. Tout ce que vous êtes, je le serai, afin de donner tout ce que je suis. En effet, par la bouche de son Prophète, nous l'entendons parler de sa mort comme d'une menace de mort pour notre propre mort. « Je serai », dit-il par le prophète Osée, « je serai votre mort, ô mort je serai ta morsure, enfer ». Je subirai les droits de la mort, mais je les détruirai ; un jour j'entrerai dans ta prison, non pas pour rester enfermé, mais pour briser tes barrières. Confessons donc au Seigneur son infinie miséricorde, « parce qu'il a brisé les portes d'airain et rompu les barres de fer » ; il a tellement anéanti les barrières de la mort, qu'il nous a même ouvert les portes du ciel, où fut admis, aussitôt après la croix de Jésus-Christ, le larron quittantle supplice dû à ses crimes pour aller prendre possession de ce séjour destiné aux justes, et sans avoir d'autre mérite que celui d'une courte profession de foi ; tandis qu'avant la croix de Jésus-Christ, nous voyons Abrallam lui-même retenu, loin du ciel, dans une sorte de captivité qui toutefois n'avait rien de commun avec celle des impies.
7. Nous lisons : « Le Christ sortit donc pour le salut de son peuple et pour la délivrance de ses élus » ; son amour devait le faire descendre jusque dans les profondeurs où le genre humain s'était précipité par sa prévarication. Tel un roi qui, après avoir détruit la forteresse d'un tyran, rétablit partout la liberté, et non content de rompre les liens de tous ceux qu'enchaînait la tyrannie, descend lui-même dans la prison où gémissent les siens, et leur apporte la liberté avec sa présence ; ce serait peu pour lui de rendre ces captifs à la lumière, s'il ne venait pas lui-même dans ce lieu de ténèbres, et si de ses propies mains il ne brisait pas les chaînes de leur captivité. Quelles actions de grâces pourront être rendues au Seigneur pour tant de bienfaits ? Quel usage pouvons-nous faire de la liberté qui nous est rendue, si ce n'est de le servir librement ? Il est écrit, « Jésus-Christ a été blessé pour nos péchés, et il s'est rendu faible pour nos iniquités ; nous avons été guéris par ses souffrances ». On ne saurait avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Si le grain de froment, tombant dans la terre, ne meurt pas, il demeure stérile. Dans le tremblement de terre de la croix, « les pierres se feu dirent et les tombeaux s'ouvrirent, et un grand nombre de corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent, et sortant de leurs tombeaux après sa résurrection, ils vinrent dans la cité sainte et apparurent à une foule d'habitauts ». C'est ainsi qu'un seul grain tombant dans la terre a rendu à la vie une multitude d'autres grains.
8. Ne perdons pas de vue, mes frères, l'immense rançon de notre salut. Notre vie a été renouvelée par la mort de Jésus-Christ. Tout serviteur pour lequel son maître s'est sacrifié, n'est-il pas assez précieux ? Que personne ne tente de se soustraire à cette dette de la rédemption. Jésus-Christ nous a tous rachetés, même ceux qui, aimant leur captivité, n'ont pas voulu recouvrer cette liberté que leur offrait un généreux Médiateur. Ne parlez pas ici de telle ou telle somme d'argent. Il n'a rien extrait de sa bourse, mais il a répandu son sang. À tant d'amour quelles richesses pourraient être comparées ? Pour vous il adonné, non pas son bien, mais sa propre personne. Car ce qu'il demandait, ce ne sont pas vos richesses, mais vous-mêmes. Il a subi pour vous une mort passagère, afin de vous arracher à la mort éternelle ; il a revêtu votre vie, afin de vous communiquer la sienne. Il est entré dans les limbes, afin que vous puissiez en sortir. Il a guéri nos blessures par les siennes ; par ses plaies il a fait disparaître la plaie de notre damnation. Je le dis avec joie, mes frères, il est généreux le médecin qui soigne son malade à ses frais et dépens ; qui par pur amour, non point de l'argent, mais du salut de son malade, supporte sans dégoût l'odeur et la vue des plaies d'un malade. Mais le comble du dévouement, c'est de recevoir soi-même des blessures, afin d'en guérir les autres, de s'offrir comme remède, de se laisser déchirer volontairement afin d'extraire des blessures d'autrui le virus qui s'oppose à leur guérison. C'est là ce qu'a fait Jésus-Christ, c'est jusque-là que notre Sauveur a porté le dévouement ; médecin généreux et universel, il a versé, pour le salut de tous, non pas le sang des hommes, mais son propre sang. Notre rédemption est d'autant plus grande que nous sentions moins notre captivité ; notre guérison est d'autant plus précieuse que nous connaissions moins notre maladie.
9. Tel est le mystère de la croix du Sauveur. Dans la personne d'Adam, par la transgression du précepte, le genre humain avait signé une sorte de pacte avec la mort ; mais Jésus-Christ a effacé tous nos crimes, « déchirant le texte du décret porté contre nous. Il l'a détruit en le fixant à la croix, en dépouillant les principautés et les puissances et en triomphant dans sa propre personne ». Or, par la destruction du texte de mort sur la croix, nous avons été rendus à la vie. En effet, la mort en Jésus-Christ, à quoi a-t-elle donné lieu, sinon à la résurrection ? Or, la résurrection en Jésus-Christ confirme l'homme dans la croyance à sa propre résurrection. Reste à chacun le devoir de comprendre qu'il doit, dans sa vie, mettre un terme à ses crimes, comme un terme a été imposé à la mort publique. Puisque la mort est détruite, secouons notre sommeil spirituel, afin que personne ne demeure dans ses habitudes anciennes, maintenant que « les vieilles choses sont passées et que tout a été renouvelé ». Réalisons cette parole de l'Apôtre attestant que Jésus-Christ est mort, « afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui, pour eux, a bien voulu mourir et ressusciter ».
10. « Voici donc le jour que le Seigneur a fait » ; qu'il a réparé pour la gloire de ses saints ; dans lequel Jésus-Christ ressuscitant d'entre les morts ordonne à son corps mystique qui est l'Église d'espérer que les membres participeront à la gloire de leur chef. Écoutez l'Apôtre, lequel proclame que c'est Jésus-Christ lui-même qui parle par sa bouche : « En un moment, en un clin d'œil, au son de la dernière trompette, car la trompette sonnera, les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons changés ». Toutefois ce grand jour de la résurrection dernière reçoit toute sa magnificence du jour que nous célébrons et qui a été illustré par la résurrection de Jésus-Christ, Alors nous aurons la réalité même de notre résurrection, aujourd'hui nous en possédons le principe ; nous avons comme le germe d'où sortiront tous ces fruits, Le Prophète personnifiant Jésus-Christ chantait à l'avance la gloire de ce jour : « J'ai dormi et pris mon sommeil, et je me suis levé parce que le Seigneur m'a reçu ». « J'ai dormi », dit-il, afin de prouver que sa mort était bien l'œuvre de sa volonté propre, et non pas le résultat de la coaction. Telle est la pensée clairement formulée par l'Évangile dans ces paroles mêmes du Sauveur : « J'ai le pouvoir de quitter la vie, et j'ai aussi le pouvoir de la reprendre ». Cette grande joie du matin est ailleurs décrite en ces termes : « La lumière est levée pour les justes, et la joie pour ceux qui ont le cœur droit ». « Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur » . Et encore : « J'exalterai le matin vos merveilles, parce que vous êtes mon soutien, ô mon Dieu. « Vous nous vivifierez après deux jours, le troisième jour vous nous ressusciterez » . Enfin, dans un autre passage l'écrivain sacré décrit en un seul verset la lumière du soir et la joie du matin de la résurrection : « La douleur durera jusqu'au soir et la joie jusqu'au matin ». Voilà pourquoi, comme le dit l'Apôtre, « la nuit a précédé, mais le jour s'est approché. Rejetons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière », afin que, à l'aide de ces armes, nous triomphions de l'adversaire de notre salut, puisque Jésus-Christ en a déjà triomphé lui-même. Si la seule espérance nous procure tant de joie, que sera-ce donc de la réalité ? Si les membres sont si heureux du bonheur de leur chef, quel ne sera pas le bonheur dont ils jouiront avec leur chef dans ce lieu de délices où celui qui aura mérité d'être compté parmi les membres de ce corps magnifique n'aura plus à craindre d'en être retranché ? Toutefois, celui qui désire ressusciter et régner avec Jésus-Christ, doit auparavant être crucifié et mourir avec lui, en mortifiant sans délai ses désirs et ses passions, par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

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