Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Sainte Elisabeth de la Trinité
O mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.
O mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer... jusqu'à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même », d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.
O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d'apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.
O Feu consumant, Esprit d'amour, « survenez en moi » afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».
O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.


O Trinité éternelle - Saint Catherine de Sienne
O Trinité éternelle, Dieu tout-puissant, nous sommes des arbres de mort et vous êtes l'arbre de vie. Dieu infini, quel spectacle de voir dans votre lumière l'arbre de votre créature ! Pureté suprême, vous aviez donné à cet arbre pour rameaux les puissances de l'âme qui sont l'intelligence, la mémoire et la volonté. Et quels fruits devaient porter ces rameaux ? La mémoire devait vous retenir, l'intelligence vous comprendre, la volonté vous aimer. Ô arbre dans quel heureux état le jardinier divin t'avait planté ! Hélas ! ô mon Dieu, cet arbre est tombé. Arbre de vie, il est devenu un arbre de mort, et il ne pouvait plus porter que des fruits empoisonnés. Mais éternelle Trinité, vous vous êtes passionnée jusqu'à la folie pour votre Créature. Lorsque vous avez vu que cet arbre ne devait plus produire que des fruits de mort, parce qu'il était séparé de vous qui êtes la Vie, vous l'avez sauvé par ce même amour qui vous avait poussé à le créer : vous avez greffé votre divinité sur l'arbre perdu de notre humanité. Bonne et bienfaisante greffe, vous avez mêlé votre douceur à notre amertume, la splendeur aux ténèbres, la sagesse à la folie, la vie à la mort, l'infini au fini. Après l'injure que votre créature vous avait faite, qui donc a pu vous forcer à cette union qui nous rend la vie ? C'est l'amour, le seul amour. Et cette greffe mystérieuse a vaincu la mort. Mais cela ne suffisait pas aux ardeurs de votre charité, ô Verbe éternel : vous avez voulu arroser cet arbre de votre propre Sang. Ce sang, par sa chaleur, fait fructifier l'arbre dès que l'homme consent à s'unir et à vivre en vous. Son cœur et ses affections doivent être liés à la greffe céleste par les liens de la charité et de l'obéissance. Dès que nous vous sommes unis, les rameaux portent leurs fruits. Ô Amour infini, quelles merveilles vous opérez dans vos créatures ! Pourquoi les hommes ne viennent-ils pas à la fontaine où est le Sang qui doit arroser leur arbre ? La vie éternelle coule pour nous, pauvres créatures qui l'ignorons et n'en profitons pas. J'ai péché, Seigneur, ayez pitié de moi. Jésus Amour ! Jésus Amour !
31 mai : Fête de la Visitation


Homélie de Saint Bède le Vénérable (I, 4 : PL CCL 122, 25-26, 30)
« Mon âme exalte le Seigneur… » (Saint Bède le Vénérable)
« Mon âme exalte le Seigneur ; exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46-47). Le sens premier de ces mots est certainement de confesser les dons que Dieu lui a accordés, à elle, Marie, spécialement ; mais elle rappelle ensuite les bienfaits universels dont Dieu ne cesse jamais d’entourer la race humaine. L’âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, par sa soumission aux préceptes divins, elle montre qu’elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté. L’esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel. Ces mots, sans doute, expriment exactement ce que pensent tous les saints, mais il convenait tout spécialement qu’ils soient prononcés par la bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d’un privilège unique, brûlait d’un amour tout spirituel pour celui qu’elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d’exulter de joie en Jésus — c’est-à-dire en son Sauveur — car celui qu’elle reconnaissait pour l’auteur éternel de notre salut, elle savait qu’il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair, et si véritablement qu’en une seule et même personne serait réellement présent son Fils et son Dieu. « Car le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son nom ! » (Lc 1, 49). Pas une allusion à ses mérites à elle. Toute sa grandeur, elle la rapporte au don de Dieu, qui, subsistant par essence dans toute sa puissance et sa grandeur, ne manque pas de communiquer grandeur et courage à ses fidèles, si faibles et si petits qu’ils soient en eux-mêmes. Et c’est bien à propos qu’elle ajoute : « Saint est son nom », pour exhorter ses auditeurs et tous ceux auxquels parviendraient ses paroles, pour les presser de recourir à l’invocation confiante de son nom. Car c’est de cette manière qu’ils peuvent avoir part à l’éternelle sainteté et au salut véritable, selon le texte prophétique : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Jl 2, 32). C’est le nom dont elle vient de dire : « Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. »
Aussi est-ce un usage excellent et salutaire, dont le parfum embaume la sainte Église, que celui de chanter tous les jours, à vêpres, le cantique de la Vierge. On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l’Incarnation du Seigneur, s’enflamment d’une plus vive ferveur, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c’est bien le moment, à vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand s’approche l’heure du repos, de se rassembler pour retrouver l’unité de son attention.


Commentaire intégral de Saint Ambroise de Milan, Docteur de l’Église
Traité sur l’Évangile de Saint Luc (pour le chapitre 1, versets 39-56
« Le supérieur vient à l’inférieur pour aider l’inférieur » (Saint Ambroise de Milan)
« Et Marie se levant en ces jours-là partit en hâte pour la montagne, pour la cité de Juda, entra dans la demeure de Zacharie et salua Elisabeth. » II est normal que tous ceux qui veulent être crus fournissent les raisons de croire. Aussi l'ange qui annonçait les mystères, pour l'amener à croire par un précédent, a-t-il annoncé à Marie, une vierge, la maternité d'une femme âgée et stérile, montrant ainsi que Dieu peut tout ce qui lui plaît. Dès qu'elle l'eut appris, Marie, non par manque de foi en la prophétie, non par incertitude de cette annonce, non par doute sur le précédent fourni, mais dans l'allégresse de son désir, pour remplir un pieux devoir, dans l'empressement de la joie, se dirigea vers les montagnes. Désormais remplie de Dieu, pouvait-elle ne pas s'élever en hâte vers les hauteurs ? Les lents calculs sont étrangers à la grâce de l'Esprit Saint. Apprenez aussi, femmes pieuses, quel empressement vous devez témoigner à vos parentes près d'être mères. Marie jusque-là vivait seule dans la retraite la plus stricte ; elle n'a été retenue ni de paraître en public par la pudeur virginale, ni de son dessein par les escarpements des montagnes, ni du service à rendre par la longueur du chemin. Vers les hauteurs, la Vierge se hâte, la Vierge qui pense à servir et oublie sa peine, dont la charité fait la force et non le sexe ; elle quitte sa maison et va. Apprenez, vierges, à ne pas courir les maisons des autres, à ne pas traîner sur les places, à ne pas engager de conversations sur la voie publique. Marie s'attarde à la maison, se hâte sur le chemin. Elle demeura chez sa cousine trois mois ; car, étant venue pour rendre service, elle avait ce service à cœur ; elle demeura trois mois, non pour le plaisir d'être dans une demeure étrangère, mais parce qu'il lui déplaisait de se montrer souvent au-dehors. 
Vous avez appris, vierges, la délicatesse de Marie ; apprenez son humilité. Elle vient comme une parente à sa parente, comme une cadette à son aînée ; et non seulement elle vient, mais encore elle est la première à saluer ; il convient en effet que plus chaste est une vierge, plus humble elle soit ; qu'elle sache honorer ses aînées, qu'elle soit maîtresse d'humilité, celle qui fait profession de chasteté. Il y a là encore un motif de piété, il y a même un enseignement doctrinal : il faut remarquer en effet que le supérieur vient à l'inférieur pour aider l'inférieur : Marie à Elisabeth, le Christ à Jean ; aussi bien, plus tard, pour consacrer le baptême de Jean, le Seigneur est venu à ce baptême (Matth., III, 13).
Et tout de suite se manifestent les bienfaits de l'arrivée de Marie et de la présence du Seigneur : car « au moment où Elisabeth entendit le salut de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie de l'Esprit Saint ». Remarquez le choix et la précision de chaque mot. Elisabeth a la première entendu la voix, mais Jean a le premier ressenti la grâce : celle-là suivant l'ordre de la nature a entendu, celui-ci a tressailli sous l'effet du mystère ; elle a perçu l'arrivée de Marie, lui celle du Seigneur : la femme celle de la femme, l'enfant celle de l'enfant. Elles parlent grâce ; eux la réalisent au-dedans et abordent le mystère de la miséricorde au profit de leurs mères ; et, par un double miracle, les mères prophétisent sous l'inspiration de leurs enfants. L'enfant a tressailli, la mère a été comblée ; la mère n'a pas été comblée avant son fils, mais le fils, une fois rempli de l'Esprit Saint, en a aussi rempli sa mère. 
Jean a tressailli, l'esprit de Marie a également tressailli. Au tressaillement de Jean, Elisabeth est comblée ; pour Marie, nous n'apprenons pas qu'elle fut (alors) remplie de l'Esprit, mais que son esprit tressaille : car Celui qu'on ne peut comprendre agissait en sa Mère d'une manière non compréhensible. Enfin celle-là est comblée après avoir conçu, celle-ci avant de concevoir. « Bénie êtes-vous parmi les femmes, et béni le fruit de votre sein ! Et comment m'est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? » L'Esprit Saint connaît sa parole ; II ne l'oublie jamais, et la prophétie se réalise non seulement dans les faits miraculeux, mais en toute rigueur et propriété de termes. Quel est ce fruit du sein, sinon Celui de qui il fut dit : « Voici que le Seigneur donne pour héritage les enfants, récompense du fruit du sein » (Ps. 126,3) ? Autrement dit : l'héritage du Seigneur, ce sont les enfants, prix de ce fruit qui est issu du sein de Marie. C'est Lui le fruit du sein, la fleur de la tige, dont Isaïe prophétisait bien : « Une tige, disait-il, va s'élever de la souche de Jessé, et une fleur jaillir de cette tige » (Is., XI, 1) : la souche, c'est la race des Juifs, la tige Marie, la fleur de Marie le Christ, qui, comme le fruit d'un bon arbre, selon nos progrès dans la vertu, maintenant fleurit, maintenant fructifie en nous, maintenant renaît par la résurrection qui rend la vie à son corps. « Et comment m'est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? » Ce n'est point l'ignorance qui la fait parler — elle sait bien qu'il y a grâce et opération du Saint-Esprit à ce que la mère du prophète soit saluée par la Mère du Seigneur pour le profit de son enfant — mais elle reconnaît que c'est le résultat non d'un mérite humain mais de la grâce divine ; aussi dit-elle : « Comment m'est-il donné », c'est-à-dire : quel bonheur m'arrive, que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ! Je reconnais n'y être pour rien. Comment m'est-il donné ? par quelle justice, quelles actions, pour quels mérites ? Ce ne sont pas là démarches accoutumées entre femmes « que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ». Je pressens le miracle, je reconnais le mystère : la Mère du Seigneur est féconde du Verbe, pleine de Dieu.
« Car voici qu'au moment où votre salut s'est fait entendre à mes oreilles, l'enfant a tressailli de joie dans mon sein. Et bienheureuse êtes-vous d'avoir cru ! » Vous voyez que Marie n'a pas douté, mais cru, et par là obtenu le fruit de la foi. « Bienheureuse, dit-elle, qui avez cru ! ». Mais vous aussi bienheureux, qui avez entendu et cru ! car toute âme qui croit, conçoit et engendre la parole de Dieu et reconnaît ses œuvres. Qu'en tous réside l'âme de Marie pour glorifier le Seigneur ; qu'en tous réside l'esprit de Marie pour exulter en Dieu. S'il n'y a corporellement qu'une Mère du Christ, par la foi le Christ est le fruit de tous : car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, à condition que, sans tache, préservée des vices, elle garde la chasteté dans une pureté sans atteinte. Toute âme donc qui parvient à cet état magnifie le Seigneur, comme l'âme de Marie a magnifié le Seigneur et comme son esprit a tressailli dans le Dieu Sauveur. Le Seigneur est en effet magnifié, ainsi que vous l'avez lu ailleurs : « Magnifiez le Seigneur avec moi » (Ps. 33, 4) : non que la parole humaine puisse ajouter quelque chose au Seigneur, mais parce qu'il grandit en nous ; car « le Christ est l'image de Dieu » (II Cor., IV, 4 ; Coloss., I, 15) et, dès lors, l'âme qui fait œuvre juste et religieuse magnifie cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; dès lors aussi, en la magnifiant, elle participe en quelque sorte à sa grandeur et s'en trouve élevée : elle semble reproduire en elle cette image par les brillantes couleurs de ses bonnes œuvres, et comme la copier par la vertu. 
Or l'âme de Marie magnifie le Seigneur et son esprit tressaille en Dieu parce que, vouée âme et esprit au Père et au Fils, elle vénère avec un pieux amour le Dieu unique, d'où viennent toutes choses, et l'unique Seigneur, par qui sont toutes choses (cf. I. Cor., VIII, 6). Suit la prophétie de Marie, dont la plénitude répond à l'excellence de sa personne. Et il n'est pas sans intérêt, semble-t-il, qu'Elisabeth prophétise avant la naissance de Jean, Marie avant celle du Seigneur. Déjà se dessine et s'ébauche le salut des hommes ; car le péché ayant commencé par les femmes, le bien, aussi, débute par des femmes, afin que les femmes, délaissant à leur tour les mœurs efféminées, renoncent à leur faiblesse, et que l'âme, qui n'a pas de sexe, telle Marie, ignorant l'erreur, s'applique religieusement à imiter sa chasteté. « Marie demeura chez elle trois mois et s'en revint dans sa maison. » II est bien qu'on nous montre Marie rendant service et fidèle à un nombre mystique : car la parenté n'est pas la seule cause de ce long séjour, mais aussi le profit d'un si grand prophète. En effet, si la première entrée a procuré un tel résultat qu'au salut de Marie l'enfant ait tressailli dans le sein, que l'Esprit Saint ait rempli la mère de l'enfant, quels accroissements pouvons-nous croire qu'en un tel espace de temps, la présence de sainte Marie lui ait valus ! « Marie demeura chez elle trois mois. » Ainsi le prophète recevait l'onction et, tel un bon athlète, était exercé dès le sein maternel : car c'est en vue d'un grandiose combat que se préparait sa force. 
Enfin Marie est demeurée jusqu'à ce que fût accompli pour Elisabeth le temps de l'enfantement. Or, si vous y prenez bien garde, vous trouverez qu'on n'a jamais noté cela que pour la naissance des justes ; car enfin « les jours furent accomplis pour l'enfantement » de Marie, « le temps fut accompli » pour l'enfantement d'Elisabeth, le temps de la vie s'est accompli quand les saints ont quitté la carrière de cette vie. La plénitude est pour la vie du juste, le vide pour les jours des impies ».


Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
« Marie se mit en route rapidement » (Mère Teresa)
« Dès que Marie a été visitée par l'ange, elle s'est rendue en hâte chez sa cousine Élisabeth qui elle-même attendait un enfant. Et l'enfant à naître, Jean Baptiste, a tressailli de joie dans le sein d'Élisabeth. Quelle merveille ! Dieu tout-puissant choisit un enfant à naître pour annoncer la venue de son Fils ! Marie, par le mystère de l'Annonciation et de la Visitation, représente le modèle même de la vie que nous devrions mener. D'abord, elle a accueilli Jésus dans son existence ; ensuite, ce qu'elle avait reçu, elle l'a partagé. Chaque fois que nous recevons la Sainte Communion, Jésus le Verbe devient chair dans notre vie - don de Dieu, tout à la fois beau, gracieux, singulier. Telle a été donc la première Eucharistie : l'offertoire par Marie de son Fils en elle, elle en qui il avait établi le premier autel. Marie, la seule qui pouvait affirmer d'une confiance absolue : « Ceci est mon corps », à partir de ce premier moment a offert son propre corps, sa force, tout son être, à la formation du Corps du Christ. Notre mère l'Église a élevé les femmes à un grand honneur devant la face de Dieu en proclamant Marie Mère de l'Église ».
Solennité du Corpus Christi


Homélie de saint Augustin, évêque (Traité 26 sur l’évangile selon s. Jean,17-19 : PL 35, 1614)
« Manger cet aliment et boire cette boisson, c’est donc demeurer dans le Christ » (Saint Augustin)
« Les hommes demandent à la nourriture et à la boisson l’apaisement de leur faim et de leur soif, mais rien ne peut le leur donner en vérité sinon cette nourriture et cette boisson qui rendent immortels et incorruptibles ceux qui les prennent. Ainsi ils réalisent cette société des saints où règnent pleines et parfaites la paix et l’unité. C’est pourquoi, comme l’ont pensé avant nous des hommes de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ a confié son corps et son sang à des espèces où la multiplicité se trouve réduite à l’unité. Dans la première, de nombreux grains forment une unité dans l’autre, de nombreux raisins mêlent leur jus dans l’unité. Le Seigneur explique ensuite comment s’accomplira ce dont il parle et ce que signifie manger son corps et boire son sang. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 57). Manger cet aliment et boire cette boisson, c’est donc demeurer dans le Christ et l’avoir à demeure en soi. Par conséquent, celui qui ne demeure pas dans le Christ et en qui le Christ ne demeure pas sans doute aucun, ne mange pas sa chair d’une manière spirituelle, pas plus qu’il ne boit son sang. Il peut bien broyer de ses dents d’une manière charnelle et visible, le sacrement du corps et du sang du Christ, c’est plutôt pour sa propre condamnation, qu’il mange et boit le sacrement d’une si haute réalité. Impur, il a osé s’approcher des sacrements du Christ que nul, à moins d’être pur, ne peut recevoir dignement. De ceux-là, il est dit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange, celui-là vivra par moi » (Jn 6, 58). C’est comme s’il disait : « Oui, je vis par le Père, en ce sens que je lui réfère ma vie, comme à quelqu’un de plus grand que moi, à cause de l’anéantissement en lequel il m’a mis. Ainsi celui qui me mange vivra par moi à cause de la participation qu’il obtient ainsi. Moi donc dans mon abaissement, je vis par le Père, lui, dans son élévation, il vit par moi ». Toutefois, s’il est dit : « Je vis par le Père » (Ibidem), car le Fils procède du Père et non l’inverse, c’est dit sans préjudice de leur égalité. Tandis qu’en disant : « Celui qui me mange, celui-là vivra par moi » (Ib.), il n’est plus question d’égalité entre lui et nous ; ce qui est mis en lumière, c’est la grâce qui nous vient du Médiateur ».
24 juin : Nativité de saint Jean Baptiste - Veille


HUITIÈME SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR SAINT JEAN-BAPTISTE.
Les Pères de Saint-Maur ont signalé (Sermon CCXLIII, Apprend., tom. V) cette locution, « mes très-chers frères », qu'on lit au commencement de ce sermon, comme une locution solennelle et habituelle dans les sermons douteux. Toutefois, comme saint Augustin se trahit clairement, j'aimerais mieux dire que, dans les lectionnaires d'où j'ai tiré ce sermon, l'exorde a été changé pour la cause que j'ai empruntée plus haut aux Pères de Saint-Maur. S'il est arrivé que, dans le sermon précédent, le commencement m'ait paru vrai, tandis que je doutais de la conclusion, ici c'est l'exorde qui est douteux, mais la conclusion certaine. Ce que nous découvrons vers la fin nous apprend le cas que nous devons faire du sermon ; car nous y voyons pour la veille de cette fête des superstitions populaires que nul autre sermon du saint Docteur ne nous avait enseignées. C'est en vain que je l'ai cherché dans les bibliothèques qui ont paru jusqu'à ce jour. On peut, dans l'édition de Saint-Maur, l'inscrire sous le numéro 293, et ce sera le neuvième sur la nativité de saint Jean-Baptiste.
ANALYSE. — Grandeur de Jean. — Il est la voix, le Christ est la parole de Dieu. — Il est le crieur, le Christ est le juge. — Le Christ grandit dans son baptême, Jean diminue dans le sien. — L'un est maître, l'autre serviteur. — Pour obtenir les faveurs de Jean, ne faisons point injure à sa fête.
1. Mes très-chers frères, nous célébrons aujourd'hui la naissance d'un grand homme, et voulez-vous en connaître la grandeur ? « Nul », dit l'Évangile, a parmi ceux qui sont « nés de la femme, ne s'est élevé plus grand a que Jean-Baptiste ». Voilà ce qu'a dit Celui qui est né de la Vierge ; tel est le témoignage qu'il a rendu à son témoin ; la sentence portée par le juge au sujet de sols crieur ; ainsi la parole a voulu honorer la voix ; vous le savez, et vous l'avez entendu dans le sermon du matin.
2. La parole, c'est le Christ ; la voix, c'est Jean. À propos du Christ, il est écrit, en effet, que « la parole ou le Verbe était au commencement ». Mais Jean a dit, en parlant de lui-même : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ». La parole s'adresse au cœur, la voix à l'oreille. Que la voix arrive à l'oreille quand la parole n'arrive point à l'âme, elle n'est qu'une production vaine, qui n'a aucun fruit utile. Et néanmoins, pour arriver à mon cœur, le Verbe n'a pas besoin de la voix ; mais pour transmettre à ton cœur ce qui est né dans le mien ; il faut le secours de la voix. Ma parole peut donc précéder ma voix, mais le Verbe ne saurait se produire au dehors sans la voix. C'est pour que la voix est créée, non pour enfanter la parole qu'elle connaît, mais pour émettre la parole qui était déjà. Après avoir ainsi parlé de la parole et de la voix, ou du Christ et de Jean, voyons quelle parole est le Christ, quelle voix est Jean. « Au commencement était le Verbe », la parole. Où était-il ? « Et le Verbe était en Dieu ». Combien avant nous ! Et combien au-dessus de nous ! « Et le Verbe s'est fait chair pour demeurer parmi nous ». Et d'où le saurions-nous, si nous n'avions entendu la voix ? Car le Christ vêtu d'une chair mortelle marchait parmi les hommes, et les hommes venaient à Jean, et lui disaient : « Etes-vous le Christ ? » et Jean répondait : « Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde ». Écoutez-le, reconnaissez-le ; c'est lui que je précède, lui que j'annonce. Souvenez-vous de cette parole : « Je suis la voix de celui qui crie au désert préparez la voie au Seigneur » ; non pas à moi, mais au Seigneur. Crier, pour moi, c'est l'annoncer ; car la voix du crieur, c'est l'arrivée du juge. Or, quand sera venu celui que j'annonce, quand il reposera dans votre cœur, « c'est lui qui doit croître et moi diminuer » ; le savez-vous ? Oui, répondirent-ils. Quand le verbe, en effet, empruntant le secours de la voix, prend le chemin du cœur et arrive dans cette région la plus intime, ce verbe grandit dans le cœur, et la voix s'éteint dans l'oreille. Le son qui frappe l'oreille n'y demeure point, puisqu'il ne saurait se soutenir infiniment et qu'il descend dans l'âme. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce qu'« il faut qu'il croisse et que je diminue ». Jean baptise, et le Christ baptise aussi. Il fut dit à Jean : « Celui sur qui tu verras l'Esprit -Saint descendre comme une colombe et se reposer, c'est celui-là qui baptise dans le Saint-Esprit et dans le feu ». Voilà ce que vous savez, mes frères, et ce qui arriva quand Jésus fut baptisé. Voilà que dans l'univers entier c'est lui qui baptise. Partout a grandi ce baptême du Christ, tandis que le baptême de Jean, bien qu'il eût une signification dans le souvenir du passé, n'a néanmoins aucune signification pour le présent. Ce baptême de Jean a cessé, tandis que le baptême du Christ a grandi ; de là cette parole : « Il doit grandir et moi diminuer ». Or, cette parole s'accomplit encore à la naissance et à la mort de chacun d'eux. Bien que Jean ait dit de Jean, c'est-à-dire que Jean l'Évangéliste ait dit de Jean-Baptiste ; bien qu'il ait dit : « Un homme fut envoyé de Dieu, dont le nom était Jean ; il vient pour être témoin, pour rendre témoignage à la lumière » ; néanmoins Jean est né, mes frères, à pareil jour, quand la nuit grandissait et que le four commençait à diminuer. Mais le Christ est né, comme vous le savez, au solstice d'hiver, quand, en deuil de la lumière, la nuit commence à décliner. « Nous fûmes autrefois ténèbres, et maintenant nous sommes lumière dans le Seigneur ». Pourquoi naître ainsi ? « Parce que l'un doit grandir, et l'autre « diminuer n. Ce qui s'accomplit encore à leur mort : Jean eut la tête tranchée par le glaive, et le Christ fut élevé en croix ; l'un fut élevé de terre, l'autre jeté à terre ; à l'un, pour le diminuer, on abattit la tête ; l'autre pour le grandir, on l'éleva sur le gibet de la croix. C'est là le Maître et le serviteur. Le Maître mourut sur le gibet de la croix, le serviteur eut la tête tranchée ; de là cette parole : L'un doit grandir, l'autre diminuer. Ce n'est pas sans raison, je crois, que tel âge fut choisi dans les mères. La mère de Jean fut une femme avancée en âge, tandis que celle du Christ fut une jeune vierge. Il était porté dans le sein d'une vierge, et les anges l'adoraient dans le ciel. L'un est mis au monde par une femme qui désespérait de sa stérilité, l'autre par une vierge intacte ; enfin, l'un, par une vierge qui grandit encore, et l'autre par une femme sur son déclin. Or, quel est, mes frères, le sens de tout cela ? Quelle est donc la dignité de cet homme dont la naissance est annoncée à ses parents par un ange ; comme celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Comment l'a-t-il mérité ? « C'est que nul parmi ceux qui sont nés de la femme n'est plus grand que Jean-Baptiste » . Comme vous le savez, en effet, l'ange Gabriel fut aussi envoyé à la Vierge Marie ; un fils est promis de part et d'autre, et de part et d'autre l'ange reçoit une réponse. Zacharie répondit à l'ange qui lui promettait un fils : « Comment le saurai-je ? Car moi je suis avancé en âge, et ma femme est stérile et avancée en âge ». Marie répondit : « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point l'homme ? » Tous deux désespèrent des lois de la nature ; car ils ne savaient pas, je crois, que, devant les dons de la grâce de Dieu, les lois de la nature s'effacent. Tous deux, dès lors, expriment un doute dans leur réponse, et néanmoins, à l'un échoit un châtiment, à l'autre une bénédiction. Il fut dit à Zacharie : « Voilà que tu seras muet ». À Marie : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes » ; Zacharie perd la voix, Marie conçoit le Verbe. Qu'arriva-t-il ensuite ? Le Verbe se fit chair dans le sein de la Vierge, et la voix naquit d'un muet. À sa naissance, Jean rendit la voix à son père, et le père parla pour donner un nom à son fils. Tous sont dans l'admiration, tous dans la stupeur, et ils se faisaient l'un à l'autre de mutuelles questions. Ils se disent : « Que pensez-vous que sera cet enfant ? » Et pour parler avec l'Évangile, « la main du Seigneur était avec lui ». Que pensez-vous que sera celui qui commence ainsi ; tout enfant qu'il est, déjà si grand néanmoins ; et s'il doit être grand, celui qui commence de la sorte, que sera celui qui a toujours été ? Lui, que Jean, retenu encore dans les entrailles de sa mère, reconnut couché dans le sein d'une Vierge comme dans son lit nuptial ; lui que Jean salua de ses tressaillements, parce qu'il ne pouvait le faire encore de la voix. Que fera-t-il donc celui-là ? Voulez-vous savoir ce qu'il fera ? Je vous le dirai en deux mots, écoutez le Prophète : « Il sera nommé », dit-il, « Seigneur de la terre entière ». Aujourd'hui donc que nous célébrons avec pompe la fête du bienheureux Jean, précurseur du Seigneur, implorons le secours des prières de ce grand homme. Il est, en effet, l'ami de l'Époux, et peut dès lors nous obtenir là faveur d'appartenir à l'Époux et de trouver grâce devant lui.
3. Mais si nous voulons obtenir ses faveurs, ne faisons point injure à sa fête. Trêve à toutes ces observances sacrilèges, trêve aux plaisirs, trêve aux amusements frivoles ; arrière tout ce qui se fait d'ordinaire, non plus en l'honneur des démons, et cependant selon le culte des démons. Hier, vers le soir, des flammes crépitaient dans les airs, selon le culte antique des démons, toute la ville en était éclairée et s'amollissait, tandis que l'air était obscurci de fumée. Si ce culte religieux est peu pour vous, du moins devriez-vous être sensibles à la commune injure. Nous savons, mes frères, que c'est là l'œuvre des petits, mais les grands auraient dû l'interdire. Quelqu'un a dit : Ne pas arrêter le péché quand on le peut, c'est le commander. Mes frères, au nom du Seigneur notre Dieu, Jésus-Christ, comme l'Église va croissant chaque année, ces pratiques et tout ce qui peut être une diminution tend chaque jour à s'effacer, et toutefois l'effacement n'est pas si complet que nous puissions en toute sécurité garder le silence. Vétusté et nouveauté ne sont rien, tant que nous ne sommes pas au terme prescrit, tant que les vieilles superstitions n'ont point disparu et que la religion nouvelle n'est point à sa perfection ; par Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui est l'honneur, la gloire, la puissance, avec Dieu le Père tout-puissant, et avec le Saint-Esprit, maintenant, et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

suivant