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X. L’institution de l’Eucharistie.

« Hélas ! s’écriait le théologien protestant Olshausen[2146], en abordant l’explication des formules Ceci est mon corps, Ceci est mon sang, le banquet de l’amour a servi jusqu’à notre époque d’occasion aux polémiques les plus violentes et les plus tristes que l’histoire de l’Église et l’histoire du dogme aient eu à enregistrer ». Cette réflexion n’est pas moins vraie aujourd’hui qu’à l’époque où elle était formulée, bien que la discussion ait heureusement perdu de son acrimonie. Les trente dernières années ont vu paraître en plus grand nombre que jamais, tout particulièrement dans le milieu de la théologie libérale, des ouvrages et des articles de revues qui se proposent d’étudier plus ou moins longuement le fait et les paroles de la dernière cène[2147]. Leur lecture, quoique fort attristante pour une âme catholique, présente cependant un intérêt réel, car elle fait assister à l’évolution des théories protestantes et rationalistes au sujet de l’Eucharistie, et elle nous console en nous montrant que les objections nouvelles, quelque habiles et perfides qu’elles puissent être parfois, viennent s’émousser contre le roc inébranlable des récits sacrés. Nous n’avons pas à entrer ici dans les débats purement dogmatiques ; il nous suffira d’aborder les difficultés qui concernent directement les textes évangéliques, leur signification et l’origine que les néo-critiques attribuent à l’Eucharistie.

I. Le texte. — Nous avons constaté plus d’une fois la liberté, nous dirions presque le sans-gêne, qui caractérise souvent la manière d’agir des théologiens libéraux envers les textes bibliques qui contredisent leurs systèmes préconçus. Non contents de les manipuler à leur gré, ils essayent de s’en débarrasser par un procédé plus radical et plus facile, en niant leur authenticité. C’est ce que plusieurs d’entre eux ont fait, contre toutes les règles de la critique, pour les formules eucharistiques, « Ceci est mon corps… ; Ceci est mon sang… » Elles font cependant partie intégrante des évangiles synoptiques et du récit de saint Paul. Mais cela est insuffisant. L’apôtre des Gentils est ici sans autorité, car — on nous le dira bientôt plus explicitement, c’est lui qui a inventé ces paroles. Saint Luc, son disciple, qui n’a fait que le copier, ne compte pas non plus. Saint Matthieu pas davantage, car il a calqué, son récit sur celui de saint Marc. Mais ce dernier, qui est pour les néo-critiques l’évangéliste idéal, le meilleur des biographes du Sauveur, ne compterait-il donc pas non plus ? Non. Dans son récit, on supprime tout ce qui concerne l’institution de l’Eucharistie[2148], pour ne conserver que les mots « En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je boirai du vin nouveau dans le royaume de Dieu[2149] ». De la sorte, il ne reste plus, dans le récit de saint Marc, que des allusions aux repas qui devaient avoir lieu prochainement, du moins Jésus se l’imaginait, dans le royaume messianique[2150]. Si nous protestons, en alléguant la présence dans tous les documents anciens des textes traités avec tant de violence, on refusera de nous écouter, ou bien on nous renverra au troisième évangile, au sujet duquel on transforme en une grave difficulté ce qui n’est qu’une leçon ou une traduction erronée de quelques manuscrits.

Nous avons dit[2151] qu’il s’est glissé en cet endroit du texte de saint Luc[2152] une certaine confusion, par suite de laquelle plusieurs faits ont perdu leur place naturelle. Ainsi, la consécration du vin est mentionnée avant celle du pain[2153] ; le narrateur revient deux fois sur le calice eucharistique (à moins donc que la coupe dont il parle en premier lieu n’ait fait partie du festin légal, comme on le suppose parfois) ; la discussion d’amour-propre entre les apôtres, qui ne peut guère avoir eu lieu qu’au commencement du repas, à l’occasion du placement, est renvoyée tout à la fin. Quelques documents anciens, mais très rares, et qui sont loin de mériter ici notre confiance — - entre autres le manuscrit grec D, du vie siècle, célèbre par ses variantes excentriques, et quelques manuscrits de la version latine dite Itala, — -ajoutent à la confusion, en abrégeant singulièrement la partie la plus importante du récit. Ils s’arrêtent, en effet, après les mots « Ceci est mon corps qui est livré pour vous », et suppriment tout ce qui suit ; c’est-à-dire : « Faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice, après qu’il eut soupé, en disant. : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang, qui sera répandu pour vous[2154] ». Argumentant sur cette variante, sur laquelle ils sont heureux de s’appuyer, Comme si elle représentait le texte primitif de saint Luc, quelques néo-critiques[2155] s’empressent de généraliser et d’affirmer qu’en réalité il n’y eut rien d’eucharistique dans la dernière cène, que tout se borna à un repas légal ou extra-légal.

Pour raisonner ainsi, il faut oublier, contre toutes les règles de la critique textuelle, que les documents en question ne sauraient l’emporter, tant ils sont peu nombreux, et tant leur valeur est discutable en cet endroit, sur tous les manuscrits grecs (à part D), sur la plupart des versions et sur les liturgies les plus anciennes. Il y a donc là une de ces anomalies qui se rencontrent parfois dans les vieux manuscrits, et qui remontent le plus souvent à quelque erreur ou à quelque maladresse des copistes. Mais en outre, le texte ainsi abrégé fût-il authentique — ce qu’il n’est certainement pas —, les narrations de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Paul suffisent amplement pour nous donner une idée exacte et complète de ce qui s’est passé à la dernière cène.

On a soulevé une autre objection, à propos des textes relatifs à l’institution de l’Eucharistie. « On conviendra, dit Albert Réville, … que, s’il s’agissait d’une institution sacramentelle où tous les mots sont d’une importance extrême, si surtout on devait y attacher une valeur surnaturelle, il serait inimaginable que les évangiles et l’apôtre saint Paul n’eussent pas enregistré une formule identique, sans ombre de variations[2156] ». Mais que le lecteur veuille bien relire les différentes formules qui ont été citées plus haut[2157], il se convaincra sans peine qu’elles sont identiques, non seulement pour le fond, mais aussi pour la forme. Les variations qu’elles présentent sont « insignifiantes », comme le reconnaissent plusieurs théologiens libéraux. Nous sommes actuellement incapables d’indiquer avec certitude si Jésus a dit, par exemple : « Ceci est mon sang, (le sang) de la nouvelle Alliance », ou bien : « Ce calice est la nouvelle Alliance en mon sang » ; mais qui ne voit que ces paroles sont substantiellement les mêmes ? Nous en dirons autant des autres nuances des textes. Nous pouvons être sûrs que ceux-ci n’ont pas été modifiés par les rédacteurs. Les petites différences que nous avons constatées étaient inévitables et proviennent de la tradition orale.

II. Que n’a-t-on pas dit contre l’interprétation catholique des paroles employées par Notre-Seigneur pour instituer l’Eucharistie ? Est-il vrai qu’elles soient « obscures dans leur brièveté[2158] ? » Mais, ainsi qu’on l’a souvent rappelé, « le patriarche de la Réforme lui même n’a pas su se défendre contre leur irrésistible clarté. Je voudrais, dit-il[2159], trouver un homme assez habile pour me prouver qu’il n’y a que du pain et du vin dans l’Eucharistie, il me rendrait un grand service. J’ai sué à l’étude de cette question ; mais je me sens enchaîné ; le texte de l’évangile est très clair[2160]… Le Dr Carlostadt tourmente le pronom Ceci ; Zwingle s’en prend au verbe est ; Œcolampade torture le mot corps ; d’autres martyrisent tout le texte… Pour moi, je les défie de m’apporter une Bible où se trouvent ces paroles : Ceci est le signe de mon corps[2161] ». Mélanchton écrivait, de son côté[2162] : « Ces paroles, Ceci est mon corps, brillent comme l’éclair. Que peut leur opposer l’esprit terrifié ? » Assurément, « l’herméneutique et la philologie nous obligent à les prendre au sens littéral, sous peine de livrer l’Écriture à toutes les débauches d’interprétations que voudra se permettre l’esprit humain. Quand l’évangile dit : Le Verbe s’est fait chair ; quand Jésus affirme que lui et son Père ne sont qu’un, il ne parle pas plus clairement que dans ces propositions : Ceci est mon corps, Ceci est mon sang[2163] ». Et rappelons-nous que l’institution de l’Eucharistie avait été « précédée d’une promesse, dans laquelle Jésus-Christ avait impitoyablement écarté toute figure, tout symbole, toute métaphore[2164] ».

Cela est si évident, que la plupart des néo-critiques, négligeant ce côté de la question, portent le débat, nous venons de le voir et nous le verrons davantage encore, sur de tout autres points. Quant aux protestants orthodoxes, ils s’en tiennent, quoique assez péniblement, à la théorie symbolique et allégorique de Zwingle et de Calvin. « Dans l’acte même (du rite eucharistique), disait naguère l’un d’entre eux[2165], sont représentées les deux faces de l’œuvre, l’offre divine et l’acceptation humaine. Le côté de l’acceptation humaine est clair à la conscience. Il s’agit simplement… d’annoncer la mort du Seigneur (I Cor., xi, 26). Il n’en est pas de même du côté divin : il est insondable et mystérieux… Nous connaissons clairement ce que nous avons à faire pour bien communier. Nous pouvons laisser à Dieu le secret de ce qu’il nous donne dans une bonne communion ». Laisser à Dieu son secret ! mais où est le secret ? Jésus n’a-t-il pas dit clairement que ce qu’il nous donne, c’est sa chair pour nourriture et son sang pour breuvage ? Du reste, il n’y a pas la moindre race d’allégorie dans les textes ; tout y a, au contraire, la signification réaliste sur laquelle Jésus avait insisté déjà dans le discours de la promesse, en disant qu’il faudrait manger sa chair ai boire son sang, Comment donc peut-on soutenir que nous avons simplement ici « une parabole en action[2166] » ? Sentant sa fin approcher, parce qu’il devenait chaque jour plus certain qu’il succomberait sous le poids de la haine de ses ennemis, il rompit le pain ; ce qui signifiait : Ainsi sera bientôt traité mon corps ; puis il versa du vin dans une coupe — d’après M. Oscar Holtzmann, il en aurait même répandu à terre une petite quantité —, pour marquer ainsi que son sang allait couler… Il y a du vrai en cela ; mais ce genre d’explication demeure à la surface des textes et néglige leur signification principale, qui était le changement du pain au corps du Christ et du vin en son sang.

D’après les théologiens et les exégètes radicaux, il est bien évident que Jésus n’aura pas songé à établir ce que nous nommons le sacrement de l’Eucharistie. Un fait de ce genre « n’a pas de place dans une histoire de Jésus… On ne peut pas raconter comme historique » un tel épisode, si on lui donne la signification catholique[2167], si on attribue au Sauveur la pensée de créer un rite permanent. Tout s’est borné à un repas, célébré dans l’intimité par le divin Maître et ses apôtres. Ce repas est envisagé par les néo-critiques sous deux aspects distincts : tantôt sous celui de l’union perpétuelle que Jésus, avant de disparaître pour un temps, voulait établir d’une part entre lui-même et ses disciples, d’autre part entre tous les chrétiens ; tantôt, ainsi qu’il a été dit plus haut, sous l’aspect d’un mémorial de sa mort. Les deux idées sont exactes, car Notre-Seigneur les a énoncées clairement. « C’est parce qu’il va mourir, qu’il institue un mode de présence réelle parmi les siens qui leur permettra de s’unir à lui, et cette communion leur sera d’autant plus précieuse qu’elle commémore son sacrifice et qu’elle en contient le prix[2168] ». Mais il est manifeste que ce double concept n’est réalisé que si Jésus a véritablement institué un sacrement, comme l’exigent les récits sacrés. Si cette institution n’a pas eu lieu, les paroles « Ceci est mon corps, Ceci est mon sang », que plusieurs écrivains rationalistes trouvent à bon droit « émouvantes[2169] », étaient complètement inutiles. On peut même dire qu’elles prennent, dans ce cas, un air théâtral qui est en complet désaccord avec la simplicité habituelle du Sauveur.

Les néo-critiques n’écartent pas moins de la dernière cène l’idée de sacrifice que celle de sacrement, « Dans aucun document, dit l’un d’eux[2170], l’Eucharistie n’est présentée comme un sacrifice rédempteur ou autre, dont le Christ serait le sacrificateur ou la victime ». L’assertion serait singulière, si elle ne provenait pas d’un écrivain rationaliste, puisque, dans les quatre documents les plus rapprochés des faits, Jésus parle du pain et du vin changés en son corps et en son sang comme de victimes immolées pour le salut des hommes. Il est vrai que les théologiens radicaux ont supprimé dans les textes eucharistiques tout ce qui allait à l’encontre de leurs théories, et qu’ils argumentent comme si les formules modifiées par eux étaient celles que Notre-Seigneur a prononcées. Mais les mots « Mon corps livré pour vous, Mon sang de la nouvelle Alliance (ou la nouvelle Alliance en mon sang), qui est répandu pour vous », sont certainement authentiques, et ils donnent à la dernière cène et au rite qui la reproduit, le caractère manifeste d’un sacrifice véritable. Jésus a scellé la nouvelle Alliance de son propre sang, de même que l’ancienne Alliance avait été scellée au Sinaï par le sang des victimes : le rapprochement s’impose, et met en pleine lumière l’intention du Sauveur[2171].

Telle était la croyance des premiers chrétiens. « A Rome et à Corinthe (et dans toutes les Églises nouvellement fondées), on célébrait la Cène, pendant laquelle on rompait le pain et on buvait au calice. Par ces rites, non seulement on reproduisait ce que Jésus avait fait, mais on se rendait ainsi présente la mort de Jésus lui-même : on la reproduisait par un acte que nous pourrions presque appeler dramatique… C’est ce que Paul nomme annoncer la mort du Seigneur[2172] », Retenons cet aveu d’un des chefs de l’école radicale. Mais rien n’atteste mieux cette foi spéciale de l’Église primitive que la fière réponse de l’apôtre saint André au proconsul d’Achaïe ; qui le pressait de sacrifier aux dieux : « J’immole chaque jour sur l’autel au Dieu tout-puissant… non pas la chair des taureaux ou le sang des boucs, mais l’Agneau immaculé, toujours vivant même après que le peuple des croyants a mangé sa chair[2173] ». Il n’y a pas de religion sans sacrifice, car le sacrifice est l’acte religieux par excellence : c’est pour ce motif que Jésus a institué l’Eucharistie, qui est en même temps un sacrement et un sacrifice, ce sacrifice non sanglant dont le prophète Malachie avait prédit qu’il serait offert sur la terre entière, et qu’il remplacerait toutes les victimes sanglantes de l’Ancien Testament[2174].

III. Les origines. — « Là question qui se pose maintenant devant la critique, et qui attendra sans doute encore longtemps une réponse définitive, est celle du rapport qui existe entre la pensée des évangélistes, c’est-à-dire la pensée de l’Église primitive, … et ce qui s’est réellement dit au dernier repas » de Jésus. Ces lignes de M. Loisy[2175] nous montrent que, dans l’école radicale de théologie, on ne croit pas que « la pensée de l’Église primitive » au sujet de la dernière cène soit en rapport avec « ce qui s’est réellement prédit » et réellement fait au cénacle. Une pareille assertion n’a pas lieu de nous étonner, après les développements qui précèdent. Ce dont nous pouvons être surpris » c’est que, tout en prétendant ignorer ce que Jésus a dit et ce qu’il a fait à l’occasion de son dernier repas, on agit comme si on y avait assisté, et comme si on en connaissait beaucoup mieux les détails que les historiens consciencieux, parfaitement éclairés, qui nous les ont racontés peu d’années après les événements.

Ce n’est pas Jésus, nous dit-on, qui a institué l’Eucharistie, ni comme acte transitoire, ni comme rite permanent : sa prédication, sa conduite en général étaient peu en harmonie avec ce genre d’institution ; il était plutôt opposé en principe aux rites extérieurs et favorisait au contraire le culte de Dieu « en esprit et en vérité ». Au surplus, ajoute-t-on parfois, comme il croyait très prochaine la fin du monde actuel, il ne pouvait guère penser à instituer soit une Église, soit un sacrement qui auraient quelque durée. C’est ce postulat que nous opposent constamment les néo-critiques ; l’établissement de l’Église, l’institution des sacrements, seraient en contradiction ouverte avec tout l’être et toute la pensée de Notre-Seigneur. Nous n’avons pas à discuter ici ce fait, dont ils ne donnent aucune preuve valable. Laissons-les donc dire, et continuons de citer leurs présuppositions arbitraires, leurs hypothèses que renversent l’étude sérieuse des textes évangéliques et celle de la tradition chrétienne.

Voici comment les choses se seraient passées d’après la nouvelle école. Enthousiasmés par leur foi imaginaire à la résurrection de leur Maître, autant qu’ils avaient été découragés par sa mort, les apôtres et les premiers disciples se réunissaient souvent, et ils prenaient ensemble leur frugal repas du soir, pendant lequel on parlait affectueusement et ardemment de lui. Tout d’abord, on ne songea pas à établir un rapport de ressemblance entre ces assemblées et la dernière cène. Cette pensée ne se présenta que plus tard et peu à peu. Mais dès qu’elle eut pénétré dans les esprits, elle prit une consistance rapide ; les imaginations s’échauffèrent, et grâce à quelques disciples « d’une piété plus tendre et plus exaltée[2176] », on finit par croire que Jésus avait établi un vrai sacrement et donné l’ordre de renouveler « le repas du Seigneur ». Paul contribua puissamment à enraciner cette croyance dans les âmes, par le récit d’une révélation spéciale qu’il aurait reçue du Sauveur[2177]. C’est lui, au fond, qui a fait arbitrairement, d’un repas tout ordinaire, un mémorial permanent de la mort de Jésus ; c’est lui aussi qui a rattaché la dernière cène à la fête de Pâque[2178]. Mais combien d’erreurs, et nous pouvons dire, d’erreurs volontaires, accumulées en de telles assertions ! Pour ce qui est de saint Paul, on n’a qu’a relire son récit, pour se convaincre qu’il « a pleinement conscience de ne rien inventer[2179] », et de se conformer au contraire à la réalité historique des faits. Et le livre des Actes des apôtres prouve que la célébration des saints mystères, telle que Jésus en avait donné l’exemple et le précepte, avait lieu dans l’Église de Jérusalem plusieurs années avant la conversion de Paul.

Les hypothèses rationalistes tombent ainsi d’elles-mêmes. Comment peuvent-ils présenter leur méthode comme historique et critique, alors qu’elle viole plus que jamais, sur cette question, les régles les plus élémentaires de la critique et de l’histoire. Les textes évangéliques les gênent, tant ils sont clairs ; ils nient leur authenticité. La narration et les réflexions de saint Paul réfutent d’avance leur théorie ; ils prétendent que l’apôtre des Gentils a créé l’Eucharistie, ils assurent que nous ignorons ce qui s’est passé à la dernière cène, et ils se font forts de citer les paroles que Jésus y a prononcées ; paroles qui, évidemment, n’ont plus qu’un sens ordinaire et presque banal[2180].

Les néo-critiques auront beau faire : ce n’est point par des négations et des affirmations sans base, par des détorses données aux textes les plus authentiques et à l’histoire la mieux attestée, qu’ils parviendront à démontrer leur triste thèse relativement à l’Eucharistie et à son institution[2181]. Les textes sont là ; l’interprétation qu’en a toujours donnée l’Église est entièrement conforme aux règles du langage et à la logique. Ce n’est pas à cause de l’admirable miracle de la puissance et de l’amour du Christ, que nous consentirons à les sacrifier.



[2146] , Commentar über sämtliche Schriften des Ν. T., 3e éd., t. II, p. 441.

[2147] Nous n’essayerons pas d’en faire ici une énumeration, même abrégée. On en trouvera une liste assez complète dans l’opuscule du Dr , déjà cité plus haut : Das Abendmahl im Ν. Test., Münster-en-Westph., 1911.

[2148] Marc., xiv, 22-24.

[2149] Marc., xiv, 25.

[2150] LoisyLoisy, Les évangiles synoptiques, t. II, p. 540 ; , Markus, p. 124 (cet auteur est moins affirmatif).

[2151] Pages 356-357    .

[2152] Luc., xxii, 15-30.

[2153] Saint Luc a déjà transposé autrefois de la même manière la seconde et la troisième tentation du Christ. Cf. Matth., iv, 5-10, et Luc., iv, 5-12.

[2154] Luc., xxii, 19b-20.

[2155] Entre autres Weiss, Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 191, 470-472 ; , Das Evangel. Marci, 2e éd., p. 115-118.

[2156] Réville, Jésus de Nazareth, t. II, p. 511-512.

[2157] Pages 358-366    .

[2158] Weiss, Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 471.

[2159] Epist. ad Argentinenses.

[2160] Apolog. de Cœna Domini.

[2161] Monsabré, Exposition du dogme catholique ; L’Eucharistie, p. 38-39.

[2162] De veritate corporis et sanguinis, p. 39.

[2163] Le P. Monsabré, op. cit., p. 19-20.

[2164] Ibid., p. 22.

[2165] Farrar, Life of Christ, 23e éd., t. II, p. 292. Voir aussi , Commentaire sur l’évangile de saint Luc, 2e éd., t. II, p. 365-370 ; Edersheim, Life and Times of Jesus, t. II, p. 511.

[2166] Réville, Jésus de Nazareth, t. II, p. 358.

[2167] A. Réville, op. cit., p. 502.

[2168] Le Père Lagrange, Évangile de saint Marc, p. 358.

[2169] A. Réville, loc. cit.

[2170] Jean Réville, Les origines de l’Eucharistie, p. 116.

[2171] Ex., xxiv, 8 ; Hebr., viii, 8-13 ; ix, 15-28.

[2172] Weiss, Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 190.

[2173] Acta Sanctorum, au 30 novembre.

[2174] Malalachie, i, 10-11.

[2175] Les évangiles synopt., t. II, p. 534.

[2176] Jean Réville, op. cit., p. 147.

[2177] W. Brandt, Die evangelische Geschichte und der Ursprung des Christenthums p. 296-298.

[2178] I Cor., xi, 23. Révélation purement subjective, au dire des rationalistes, car elle se serait passée dans la région subconsciente οù se préparent les « visions et les songes » (LoisyLoisy, Les évangiles synoptiques, t. II, p. 532). Quelques commentateurs catholiques croient pouvoir donner une explication suffisante des mots Ego accepi a Domino, en disant que la révélation ne fut qu’indirecte, et qu’en fait elle se réduisait à la tradition, laquelle provenait de Jésus lui-même par l’intermédiaire des apôtres. « Mais l’expression J’ai reçu ne permet de penser qu’à une communication personnelle (faite à saint Paul), et les mots « du Seigneur » qu’à une révélation immédiate de Jésus lui-même « » , Commentaire sur l’évangile de saint Luc, 2e éd., t. II, p. 369.

[2179] Lagrange, Évangile de saint Marc, p. 357.

[2180] Jean Réville, L’origine de l’Eucharistie, p. 641 : « Ce que Jésus a dit à ses apôtres en cette heure solennelle, nous ne le saurons jamais ». Et aussitôt le même auteur nous apprend que le Sauveur parla de l’amour du Père céleste pour ses enfants, du royaume messianique, etc. Albert Réville consacre aussi plusieurs pages à cette question (Jésus de Nazareth, t. II, p. 506-512), pour nous apprendre comment s’est formée peu à peu l’idée de l’institution d’un sacrement.

[2181] Voir Mgr Batiffol, L’Eucharistie, 5e éd., p. 141-156.