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CHAPITRE III
Mariage de la Sainte Vierge
Marie, la vierge du Seigneur, croissait tous les jours en âge et en vertu, et parce que son père et sa mère l'avaient quittée, le Seigneur l'avait adoptée (Ps. XXVI). Chaque jour elle était entourée des anges, et visitée de Dieu qui la préservait de tout mal, et la comblait de toute grâce ; c'est au milieu de ces faveurs célestes qu'elle parvint à sa quatorzième année. Alors le Pontife déclara publiquement que les vierges élevées dans le temple, qui avaient atteint cet âge, devaient retourner chez elles pour penser à un établissement. Toutes se rendirent à cet ordre ; seule la Vierge Marie répondit qu'elle ne pouvait obéir, parce que ses parents l'avaient consacrée pour toujours au service du Seigneur, et qu'elle-même lui avait voué une perpétuelle virginité. Le Pontife fut embarrassé par cette réponse, parce que d'un côté, il ne voulait pas agir contre le précepte de l'Ecriture qui défend la violation des vœux (Ps. LXXV, 12), et que d'un autre côté, il ne voulait pas introduire dans la nation un usage nouveau. Il tint donc conseil avec les anciens qui d'un commun accord résolurent de s'adresser au Seigneur. Pendant que les prêtres étaient prosternés en prière, le Pontife approcha, selon la coutume, pour consulter le Seigneur. Aussitôt, tous entendirent une voix qui partait du propitiatoire ; et cette voix disait, que pour savoir à qui l'on devait confier et fiancer la Vierge, il fallait s'en rapporter à cette prophétie d'Isaïe (XI, 1 et 2) : Une tige sortira de la racine de Jessé, et de cette racine s'élèvera une fleur sur laquelle le Saint-Esprit se reposera. De plus, la voix enjoignit à tous ceux de la maison et de la famille de David qui étaient nubiles et qui n'étaient pas mariés, d'apporter chacun leur verge à l'autel. Or, parmi ces derniers, un homme, appelé Joseph, apporta sa verge qui produisit tout à coup une belle fleur, sur laquelle une colombe, descendant du ciel, vint se reposer. Ce miracle ne laissa de doute à personne sur l'époux destiné à la Vierge. En effet, on lit dans l'Écriture sainte (Num. XVII, 8) que Moïse, étant entré au tabernacle, trouva que la verge d'Aaron avait produit des fleurs, après avoir poussé des boutons et que les feuilles se développant, les fruits se formèrent. Cette verge peut bien figurer la bienheureuse Vierge qui, par son détachement, son humilité, son amour de Dieu, sa pureté d'intention, fut comme une tige élégante, flexible, gracieuse et droite. Marie a paru comme une tige couverte de boutons, puis de fleurs, quand elle a conçu dans son sein, et ensuite mis au monde le Fils de Dieu, sans perdre elle-même sa virginité ; car, de même que la fleur n'altère pas l'arbre, mais l'embellit, ainsi le fils de Dieu n'a pas souillé le sein de sa mère, il l'a orné de plus grands dons et de plus grandes grâces. Selon saint Chrysostôme, Marie est la tige qui, placée dans le tabernacle du témoignage, a produit son fruit sans l'humidité de la terre, parce que Marie a conçu par l'opération du Saint-Esprit le Fils de Dieu qui a été attaché, dit saint Ambroise (lib. II, in Luc. I), comme une noix à l'arbre de sa Passion. C'est avec raison que Jésus-Christ est appelé tantôt fleur, tantôt fruit, parce que, comme un arbre fertile, selon notre progrès dans la vertu, tantôt il fleurit, tantôt il fructifie en nous, et prend une nouvelle vie par la résurrection. Il est encore appelé tantôt fleur, tantôt fruit, selon la manière dont il est annoncé dans les pages de l'Ancien et du nouveau Testament ; ainsi il est appelé fleur dans le sens littéral, et fruit dans le sens spirituel ; fleur dans la loi, et fruit dans la grâce et la vérité ; fleur dans la première alliance, et fruit dans la seconde ; fleur dans l'observance des sacrifices charnels, et fruit dans l'intelligence spirituelle des divins mystères ; car de même que la fleur présage le fruit, de même les cérémonies mosaïques prédisaient le Christ futur. On comprend ainsi pourquoi Jésus-Christ est appelé fleur dans les promesses prophétiques de l'ancien Testament, et fruit dans les réalités parfaites du nouveau Testament. Mais, comme le fruit n'est pas visible pendant que la fleur est épanouie, la vérité et la grâce du Christ n'ont pas été manifestées sous le règne des observances charnelles et figuratives ; comme la fleur sèche lorsque le fruit mûrit, la loi fut abrogée, lorsque Jésus-Christ nous eût apporté la grâce et la vérité (Joan. I, 17).
Pour dérober Marie à la curiosité que le miracle avait excitée, le Pontife lui donna quelques autres vierges qui la conduisirent dans la maison de ses parents à Nazareth. Elle revint ayant toujours avec elle les témoins et les gardiens ordinaires de sa virginité qui ne la quittaient jamais, c'est-à-dire, selon saint Jérôme (serm. de Assumpt.), la pudeur et la modestie compagnes inséparables de toutes les vertus, spécialement de la chasteté qui, sans elles, ne peut se conserver longtemps intacte. Joseph se rendit aussi à Nazareth, et, après ses fiançailles, il retourna en sa maison, afin d'y préparer ce qui était nécessaire pour son mariage. Marie fut donc fiancée à un homme de sa tribu, parce qu'une fille ne pouvait épouser un homme d'une autre tribu, lorsqu'elle devait posséder l'héritage de ses parents. Or la bienheureuse Vierge, qui était la fille unique de Joachim, devait obtenir sa succession, et par conséquent, d'après la loi, ne pouvait faire alliance avec un homme étranger à sa tribu. Marie et Joseph étaient donc de la même tribu, parce que tous les deux descendaient de David, mais Marie par Nathan, et Joseph par Salomon. Quoique, selon l'usage de ce temps, Joseph dût aussi contracter mariage, il avait conçu le désir et formé la résolution de garder la virginité, mais il n'en avait pas encore exprimé la promesse ou le vœu. C'est pourquoi il contracta mariage avec la sainte Vierge, en s'abandonnant à la volonté divine : et peu de temps après, il apprit par une révélation divine, le vœu que Marie avait fait ; alors, d'un commun accord, ils jurèrent de garder la virginité. Saint Augustin (habetur in Decretis 27, q. 2, can. B.) dit que Marie et Joseph avant d'être fiancés l'un à l'autre avaient résolu de garder la virginité, et que tous deux ne consentirent à contracter mariage que d'après une révélation du Saint-Esprit ; car l'un et l'autre ne se fussent pas donné leur consentement réciproque, si le Saint-Esprit ne les eût instruits de leur mutuelle résolution ; mais après avoir reçu cet avertissement, ils se communiquèrent leur résolution, et offrirent ensemble au Seigneur le vœu exprès de virginité perpétuelle. On donne encore une raison de convenance pour la virginité de Joseph. Puisque le Christ, sur le point de mourir, ne voulut confier sa mère qu'à un homme vierge, il n'est pas probable qu'un homme non vierge eût été chargé de garder, lorsqu'elle était encore très jeune, celle qui devait enfanter le Christ. Or, la bienheureuse Vierge fut fiancée et unie à saint Joseph non par une simple promesse de l'épouser plus tard, mais bien par une déclaration formelle de l'épouser présentement. Ainsi, tous deux contractèrent ensemble un mariage véritable et parfait, quoiqu'ils n'en aient point célébré les noces ; mais cette solennité n'était point essentielle au mariage. Aussi, il est d'usage d'appeler saint Joseph l'époux, le mari de la sainte Vierge, sponsus et vir Voir note XIII.
A ce sujet Hugues de Saint-Victor dit que Marie, ayant fait vœu de virginité, lorsque ses parents voulurent la marier, se vit dans l'alternative de désobéir à ses parents ou de manquer à son vœu ; mais, éclairée par le Saint-Esprit, elle se remit entre les mains de la Providence, persuadée que la miséricorde divine lui fournirait le moyen de satisfaire ses parents, sans violer son vœu. Le même auteur allègue l'exemple d'Abraham qui, après avoir reçu la promesse d'une nombreuse postérité dans la personne d'Isaac, reçut ensuite l'ordre d'immoler ce fils unique. Bien que selon la raison humaine cet ordre parût contradictoire avec la promesse, Abraham ne s'empressa pas moins d'obéir, ne doutant point que Dieu, à qui tout est possible, ne pût accomplir sa parole. Il arriva qu'ainsi il acquit le mérite de l'obéissance, en même temps qu'il recueillit le fruit de la promesse. Il y eut quelque chose de semblable dans la conduite de la bienheureuse Vierge. — C'est ce que va nous expliquer saint Anselme (de Excel. B. V. IV) en ces termes : « Marie affectionnait extrêmement et la virginité et la fécondité ; la virginité, parce qu'elle la considérait comme une vertu agréable au Seigneur par dessus toutes les autres ; la fécondité, parce qu'elle voulait éviter la malédiction qui sous l'ancienne loi frappait la stérilité. Deux sentiments se livraient donc un combat continuel dans l'esprit de Marie, l'amour de la virginité et la crainte de la malédiction légale. Cependant, après une longue lutte, l'amour de la virginité perpétuelle remporta la victoire, et la crainte de la malédiction légale fut bannie de l'âme de Marie. Ainsi une Vierge tendre et délicate, issue d'un sang royal et modèle de beauté, mit toute son attention, tout son dévouement, tout son zèle à consacrer au Seigneur par une virginité perpétuelle et son corps et son âme ; elle savait en effet que plus elle la conserverait saintement, plus elle approcherait dignement de Celui qui est chaste par excellence, la chasteté même. Embrassant donc l'état de vie qu'elle savait être le plus agréable au Seigneur, elle eut la pleine confiance qu'elle échapperait cependant à la malédiction légale, car elle était convaincue que le Dieu de toute sagesse et de toute bonté lui fournirait un moyen sûr pour qu'elle ne commît aucun péché, en choisissant ce que sa conscience lui montrait comme le plus grand bien qu'elle pût connaître et faire. Sa confiance ne fut pas vaine ; car quel est celui qui s'est confié dans le Seigneur et en a été abandonné ? (Ps. XXXIII.) Dieu, voyant donc en Marie la pieuse volonté de garder la chasteté, jointe à une foi vive, à une ferme espérance, à une ardente charité, la regarda et la traita avec une telle miséricorde, qu'elle ne fut pas frustrée dans sa sainte intention. Mais de peur qu'une trop longue attente n'affaiblît sa foi, ne diminuât son espérance, et ne refroidît sa charité, il se hâta d'accourir à elle pour la délivrer de ce qu'elle craignait, et pour lui conserver ce qu'elle aimait, en lui laissant le sceau de la chasteté. Il lui accorda donc de rester vierge, comme elle le désirait surtout, et de devenir féconde, afin qu'on ne la soupçonnât pas d'avoir encouru la malédiction légale : ainsi il lui accorda de posséder un enfant sans perdre la virginité, en sorte qu'elle fut tout à la fois vierge et mère. » Ainsi parle saint Anselme.
Comme l'Évangile mentionne souvent la parenté de Marie, il faut savoir qu'Anne eut successivement trois époux, Joachim, Cléophas frère de Joseph, et Salomé Ce que Ludolphe rapporte des époux et des enfants de sainte Anne avait été également rapporté par Durand, évoque de Mende, en son Rational des divins offices, 1. 7, c. 10, n. 14. De chacun de ces hommes elle eut une fille qu'elle appela Marie : or, ces trois Marie eurent chacune un époux, la première épousa Joseph, la seconde Alphée et la troisième Zébédée. La première enfanta le Christ ; la seconde eut pour fils Jacques le mineur, Joseph le juste, surnommé Barsabas, Siméon et Jude ; la troisième fut mère de Jacques le majeur et de Jean l'évangéliste. Quoiqu'inférieur en âge à son homonyme, Jacques, fils de Zébédée, est appelé néanmoins le majeur, parce qu'il fut choisi pour l'apostolat avant Jacques fils d'Alphée, appelé pour cette raison le mineur. Jacques le mineur et ses trois frères sont nommés frères du Seigneur, avant tous ses autres parents, parce que non-seulement ils avaient pour mère la sœur de la sainte Vierge, mais encore parce qu'ils avaient pour aïeul Cléophas père de saint Joseph. Jacques le mineur est appelé frère du Seigneur plus particulièrement que les autres, parce qu'il lui ressemblait davantage pour les traits du visage et les formes du corps.
Le Seigneur n'a pas voulu être conçu et naître d'une simple vierge, mais d'une vierge fiancée et mariée, et il a voulu que sa Mère eût un époux pour diverses raisons : les unes ont rapport à lui-même, les autres à sa Mère, et les dernières sont extrinsèques à la Mère et au Fils. — D'abord cinq raisons regardent le Christ. La première, selon saint Jérôme (sup. illud : Cum esset despons.), c'était pour déclarer légalement l'origine du Christ ; car la généalogie de Joseph devait servir à constater l'origine de Marie sa parente, et à dresser la généalogie du Christ, suivant l'usage des saintes Écritures, par celui qui était regardé comme son père. La seconde raison, d'après saint Ambroise (lib. 2 in Luc), c'était pour écarter tout soupçon d'infamie au sujet du Christ ; car, il ne fallait pas que sa naissance parût contraire à la loi qui défend à toute personne non mariée d'avoir quelque enfant. La troisième raison, d'après le même saint docteur, c'était pour ne laisser aucun prétexte de persécution envers le Christ : car il ne fallait pas qu'Hérode et les Juifs parussent poursuivre avec justice le Christ, comme étant né d'un commerce criminel ; il ne fallait pas aussi que les Gentils pussent le rejeter comme un enfant illégitime. La quatrième raison que donne Origène (Hom. I. in diversos), c'était de fournir un soutien au Christ pendant son enfance ; le ministère d'un homme fut alors nécessaire pour l'élever, l'entretenir, surtout lorsqu'il fut porté en Égypte : aussi Joseph est appelé le père nourricier du Seigneur. Origène (hom. VI in Luc), saint Basile (de humana Christi générât.) et saint Jérôme (loco cit.) allèguent pour cinquième raison le dessein de la Providence de cacher le mystère de la nativité du Christ au démon, qui le supposait engendré par les voies ordinaires de la nature.
Cinq raisons également regardent la mère du Sauveur : la première, selon saint Ambroise, c'est afin que la grossesse de Marie ne fût pas pour elle une cause d'infamie ; aussi le Seigneur permit qu'on doutât plutôt du miracle de sa naissance que de la chasteté de sa mère. La seconde raison, d'après saint Jérôme (loco cit.) et le vénérable Bède (lib. I. Comment. in Luc), c'est afin que Marie ne fût pas calomniée et lapidée comme adultère par les Juifs. La troisième raison, suivant Origène (loco cit.) et saint Jérôme (loc. cit.), c'est qu'il fallait à Marie les secours et les consolations d'un homme pour l'assister, surtout dans la fuite en Egypte et dans le retour de ce pays. La quatrième raison, selon la Glose Voir note XIV, c'est de corroborer la foi, en confirmant le témoignage de Marie par le témoignage de son époux ; car en voyant une jeune fille non mariée devenue enceinte, on n'aurait jamais cru sur sa seule déposition qu'elle fût restée vierge. Enfin pour cinquième raison, on peut dire qu'afin d'honorer les trois états de la vie humaine, et afin d'en être le modèle, la mère du Sauveur devait être vierge, épouse et veuve.
Les cinq dernières raisons sont extrinsèques au Fils et à la Mère. En premier lieu, d'après saint Ambroise (loco cit.), il ne fallait pas que les vierges impudiques trouvassent une apparence d'excuse dans ce qui serait arrivé à la mère du Sauveur, si elle avait paru déshonorée. En second lieu, suivant Origène (loco cit.), l'état de Marie est un argument contre les sectaires qui condamnent le mariage : car le Christ naissant d'une personne vierge et épouse à la fois, a confirmé et sanctifié la virginité et le mariage en même temps, de manière à confondre les hérétiques, qui réprouvent l'un ou l'autre de ces deux états. En troisième lieu, toutes les femmes, aussi bien les vierges que les épouses et les veuves, avaient encouru dans notre première mère un commun opprobre, dont Marie les a délivrées en passant par ces trois états. En quatrième lieu, la conduite de Marie montre qu'après avoir contracté mariage, avant de consommer l'union, on est libre de passer à des vœux plus excellents, sans consulter son conjoint, et on peut ainsi entrer dans l'état religieux, où l'âme est fiancée à Dieu comme le fut Marie. En cinquième lieu, selon saint Chrysostôme, le mariage de Marie avec Joseph figure le mystère par lequel l'Église est fiancée à Jésus-Christ, comme une vierge sans tache et sans ride, (ad Ephes. V). Nous sommes les fils de cette Vierge dans la foi de Jésus-Christ ; parce que, suivant le pape saint Léon (serm. de Nativit. Christi), le même Esprit qui a fait naître le Christ du sein de Marie, fait naître le chrétien du sein de l'Église. Saint Jean Chrysostôme (hom. I in Matth. operis imperfecti) dit que « Marie fut mariée à un ouvrier qui travaillait le bois, parce que le Christ, époux de l'Église, devait opérer le salut du monde par le bois de la croix. » Selon saint Augustin, « le Christ est né d'une mère mariée à un ouvrier pour confondre l'orgueil de toute naissance illustre selon la chair. »
Marie fut figurée par la fille de Raguel, la vierge Sara, mariée avec Tobie, laquelle avait conservé son âme pure de toute concupiscence. Marie, épouse de Joseph, a été bien plus parfaite, puisqu'elle a conservé toujours intacte sa virginité. — Il est parlé dans l'Histoire scolastique d'une tour appelée Baris tellement fortifiée que deux soldats pouvaient la défendre contre tous les mortels réunis Voir note XV. Plus forte et plus invincible fut la Vierge Marie dont le principal gardien était Dieu, la sagesse éternelle. La vie de Marie est aussi comparée à la tour de David (Cant. IV) : Celle-ci était garnie de mille boucliers qui pendaient à ses flancs ; celle-là était remplie de mille vertus et même d'un bien plus grand nombre qui la prémunissaient contre toutes les tentations et contre tous les péchés, et non-seulement elle a su s'en délivrer, mais elle peut tous nous en affranchir, par la grâce qu'elle nous communique. — Considérez maintenant combien de saintes femmes, combien de vierges ont existé avant et après Marie qui seule a mérité de devenir la mère du Seigneur. Ce choix parmi tant de mille créatures, est une grâce immense, ineffable. Or, si elle a été préférée à toutes les autres, c'est qu'elle lés a toutes surpassées en sainteté. Aussi saint Anselme dit que, « Dieu sondant les cœurs et les reins (Ps. VII, 10), choisit et consacra Marie entre toutes les vierges, pour habiter corporellement en celle qu'il voyait pleine de vertus, et à laquelle il était uni déjà spirituellement par une prédilection singulière. Que Marie l'ait emporté sur toutes les femmes en sainteté, c'est ce que comprend quiconque réfléchit : car les autres ont mérité quelques portions des grâces divines, mais elle seule a été saluée par l'Ange comme pleine de grâce (Luc. I, 28). »
Prière
Salut, tige florissante et fructifiante de Jessé, Marie Vierge bienheureuse, qui avez produit cette fleur et ce fruit unique et incomparable d'où est sortie la semence féconde des vertus spirituelles : fleur qui répand une odeur très-suave, fruit qui possède une douceur exquise ; fleur dont la bonté chasse toute tristesse, fruit dont la saveur cause une joie parfaite. Bénie soit la tige qui s'élève de la racine de Jessé ! Bénie soit la fleur qui s'épanouit sur cette racine ! Béni soit l'arbre, béni soit son fruit ! Par votre fleur récréez-moi donc ; par votre fruit délivrez-moi de toute misère, Vierge Marie éternellement bénie. Ainsi soit-il.


CHAPITRE IV
Conception de Jean le Précurseur
Luc. I, 5-35
Au temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre nommé Zacharie qui servait dans le rang d'Abia, et dont la femme nommée Elisabeth était de la race d'Aaron. Tous deux étaient justes devant Dieu, et non comme les hypocrites qui feignent d'être vertueux devant le monde ; mais ils suivaient tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur, sans qu'on leur pût rien reprocher ; c'est-à-dire qu'ils observaient tous les préceptes moraux, cérémoniaux et judiciaires, et vivaient en paix avec le prochain (Luc. I, 6). Mais ils n'avaient pas d'enfant (Idem, 7), à cause de la stérilité qui était particulière à la femme, et à cause de la vieillesse qui était commune aux deux époux. D'où il résulte clairement que la conception du Précurseur fut miraculeuse, parce qu'elle ne fut point produite par la seule nature, mais bien par la nature aidée de la grâce divine. — Hérode qui vient d'être mentionné était un étranger issu d'un père Iduméen ; et comme le sceptre qu'il possédait, n'appartenait plus à Juda, l'avènement du Christ ne pouvait plus tarder ; car le patriarche Jacob, animé de l'esprit prophétique, avait indiqué pour signe de l'approche du Christ la translation du royaume de Juda entre les mains d'un étranger ; il avait dit (Gen. XLIX, 10):Le sceptre ne sera point enlevé à Juda, et le pouvoir ne sortira pas de sa race, jusqu'à l'arrivée du Messie qui doit être l'attente des nations. Il faut ici remarquer que Moïse avait établi un seul grand prêtre, auquel un autre devait succéder après sa mort par ordre. Mais David, voulant donner un développement plus considérable au culte divin dans le temple, établit comme chefs particuliers des vingt-quatre familles sacerdotales qui descendaient d'Aaron, vingt-quatre prêtres dont l'un était le supérieur commun de tous les autres comme souverain pontife appelé prince des prêtres. Il régla que les familles sacerdotales serviraient tour à tour chacune leur semaine, depuis un sabbat jusqu'à l'autre sabbat, et que pendant ce temps tous ceux qui seraient de fonction garderaient une exacte continence, n'entreraient point dans leur propre maison, et logeraient dans les chambres construites autour du temple. Il détermina par la voie du sort la semaine de leur ministère, en sorte que la huitième échut à la famille d'Abia dont Zacharie est descendu. Il distribua également les simples lévites en vingt-quatre classes ayant chacune un lévite pour chef particulier, et une semaine assignée par le sort pour le service religieux.
Or il arriva que Zacharie dut remplir les fonctions du sacerdoce selon le rang de sa famille qui était le huitième (Luc. I, 8). Le dixième jour du septième mois, c'est-à-dire de septembre, il sortit donc de l'endroit où il avait revêtu les ornements sacerdotaux, et entra dans le temple du Seigneur pour offrir l'encens (Id. 10.). A cette même heure, toute la multitude du peuple priait dehors, parce qu'il ne lui était pas permis de pénétrer dans l'intérieur, mais seulement de rester dans le vestibule. On voit ici que Zacharie n'était pas le Grand-prêtre, mais un simple prêtre ; car il est dit qu'il entra dans le temple seulement pour offrir l'encens. Or c'était l'office des simples prêtres, selon ce que dit l'apôtre saint Paul (Heb. IX, 6) : Dans le premier tabernacle, les prêtres entraient tous les jours afin d'y consommer les cérémonies des sacrifices. En effet après que le sacrifice avait été offert sur l'autel des holocaustes, dans le vestibule du temple, le simple prêtre qui s'y acquittait de son ministère, prenait des charbons sur cet autel des holocaustes ; puis, entrant dans la première partie du temple qu'on appelait le Saint ou les Saints, il brûlait l'encens sur l'autel des parfums ; et c'est alors seulement que le sacrifice était consommé, selon qu'il était pratiqué chaque jour. Si le sacrifice quotidien devait être ainsi consommé, c'était pour signifier qu'aucun sacrifice de l'ancienne Loi ne pouvait être agréable sans la foi et la dévotion de ceux qui l'offraient ; car la dévotion qui embrase le cœur était figurée par le feu qui consumait l'encens. Mais dans cette partie du temple qu'on appelait le Saint des Saints, le Grand-prêtre seul avait le droit d'y entrer, pour y asperger le Propitiatoire, avec le sang du bouc et du taureau qui avaient été immolés pour les péchés du peuple. On ne dit pas que Zacharie soit entré avec ce sang, mais seulement qu'il entra pour offrir l'encens, et qu'alors un Ange lui apparut au côté droit de l'autel des parfums (Luc. I, 11). Cet autel appelé aussi l'autel d'or, n'était pas situé dans le Saint des Saints, mais dans la première partie du temple, où les simples prêtres pouvaient entrer. Le Grand-prêtre seul pouvait porter l'encens dans le Saint des Saints, au jour de l'Expiation ; mais ce n'était pas pour l'offrir, c'était pour envelopper comme d'un nuage de vapeur le Propitiatoire, pendant qu'il l'aspergeait avec le sang du bouc et du taureau. D'ailleurs aucun historiographe parlant des Grands-prêtres juifs n'a compté Zacharie dans leur nombre. — Comme le nom de Zacharie signifie Celui qui se souvient du Seigneur, il marque la qualité du bon prêtre qui doit toujours porter dans son cœur le souvenir de Dieu pour procurer à la fois le salut de son âme et celui de son peuple. Ce bon prêtre conduit par le zèle du culte divin, entre dans le temple où il offre l'encens d'une fervente oraison, et par son exemple il apprend aux fidèles à prier. Nous devons porter notre souvenir de Dieu sur un triple objet, en pensant à la puissance du Père dans les œuvres de la création, à la sagesse du Fils dans les œuvres de la Rédemption, à la bonté du Saint-Esprit dans les œuvres de la rétribution.
L'ange Gabriel se tenant au côté droit de l'autel, apparut à Zacharie qui fut saisi de crainte (Luc. I, 11) à la vue de cette nature plus élevée et plus puissante que celle de l'homme. Mais on ne tarde pas à distinguer le bon Esprit du mauvais ; car le mauvais continue d'inspirer l'horreur qu'il a provoquée à son premier aspect ; et contre cette frayeur il n'y a pas de meilleur remède, selon le vénérable Bède (in Luc. I), qu'une foi intrépide ; le bon Esprit tout au contraire rassure et fortifie aussitôt. En effet, l'Ange s'empressa de dire (Luc. I, 13) : Ne craignez point, Zacharie, comme s'il disait : Je suis venu pour vous consoler ; car, ajouta-t-il, votre prière a été exaucée. Or Zacharie ne priait pas pour obtenir un enfant, parce qu'à cause de son âge et de celui de son épouse il n'osait plus espérer cette bénédiction ; aussi il ne crut pas même à la promesse que l'Ange lui en fit : mais il priait pour obtenir, avec la rémission des péchés, la rédemption du peuple et l'avènement du Messie. Comme le salut demandé pour le peuple devait être procuré par le Messie, l'Ange annonça à Zacharie la naissance d'un fils, qui, en prêchant la pénitence et la foi, préparerait les hommes à recevoir leur Sauveur. Il lui déclara que cet enfant devrait être appelé Jean, c'est-à-direfavorisé de la grâce ; car Jean fit connaître le Christ par qui la grâce est venue avec la vérité (Joan. I, 17). Bède dit à ce sujet : « Jean signifie doué de la grâce, ou bien la grâce du Seigneur. En effet, ce nom annonçait la grâce, d'abord pour les parents qui devaient avoir un fils dans leur vieillesse, ensuite pour l'enfant qui devait être grand devant le Seigneur (Luc. I, 15) et sanctifié dans le sein de sa mère par la vertu du Saint-Esprit, enfin pour ses compatriotes, les enfants d'Israël, qu'il devait convertir au Seigneur leur Dieu. » Cette nouvelle remplit le père de Jean d'une allégresse qu'il ne put s'empêcher de manifester à l'extérieur, comme il arrive toutes les fois qu'un sentiment est trop vif pour pouvoir être comprimé dans l'âme. L'ange promit aussi que beaucoup se réjouiraient de cette naissance ; car beaucoup se félicitèrent avec le père d'un si heureux événement ; nous voyons cette promesse se réaliser encore aujourd'hui, puisque le jour de cette nativité est, solennisé par tous les chrétiens, et même par les Sarrasins ou autres peuples. « Le père se réjouit avec raison, ajoute le vénérable Bède, parce qu'il a engendré un fils dans sa vieillesse, et qu'il a reçu un enfant de telle grâce : les autres se réjouissent aussi avec raison, parce que Jean leur a le premier appris que le royaume céleste jusqu'alors fermé, était ouvert enfin. » Selon la remarque de saint Ambroise (in cap. I Luc), « on célèbre avec solennité la naissance des justes, parce qu'un saint est non seulement une source de grâce pour ses parents, mais une cause de salut pour un grand nombre. Réjouissons-nous donc de la naissance des Saints. »
Selon le sens moral, chacun de nous peut trouver en lui même Zacharie et son épouse Elisabeth, qui lui donnera un fils digne d'être appelé Jean et d'être un sujet de jubilation pour lui et pour les autres. Par Elisabeth épouse de Zacharie, on peut entendre la chair unie à l'Esprit-Saint ; parce que, comme le mari gouverne et régit la femme, l'esprit aussi gouverne et régit la chair, de peur qu'elle ne tombe dans la mollesse et la fornication. Elle lui donne un fils, lorsque, avec le secours de la chair, l'esprit produit quelque œuvre vivante, soit en donnant l'aumône, soit en revêtant ceux qui sont nus, en rassasiant ceux qui ont faim, en visitant les infirmes, en ensevelissant les morts, en exerçant d'autres actes vertueux : alors son épouse est comme une vigne féconde dans l'intérieur de sa maison. Son fils doit être appelé Jean, c'est-à-dire grâce divine ; parce que personne ne doit attribuer la production d'une bonne œuvre à sa propre vertu, mais à la grâce divine. L'esprit ensuite tressaillira d'allégresse, parce qu'une bonne œuvre remplit toujours l'âme d'indicibles consolations. Beaucoup aussi se réjouiront à la naissance de cet enfant, parce que les bons se réjouissent avec le prochain du bien qu'il produit. Veillons donc avec grand soin à ne pas nous livrer à la joie extérieure, sans nous exciter à une sainte joie intérieure, par le sentiment de la reconnaissance qui nous fasse célébrer une fête perpétuelle à la gloire du Seigneur. Mais il n'est point, dit le Seigneur, de joie véritable pour les impies ou pour les pécheurs en face de leurs péchés. Efforçons-nous de purifier nos âmes de toutes les souillures des vices, afin que nous puissions célébrer dignement l'anniversaire d'une si grande solennité.
En outre, l'Ange prédit que l'enfant serait grand devant le Seigneur par sa vertu, sa sainteté et sa dignité. De même que la grandeur physique doit être appréciée d'après les quatre dimensions, la grandeur morale de Jean doit être estimée d'après la sublimité de sa vie, la profondeur de son humilité, la largeur de sa charité et la longueur de sa persévérance finale, suivant ce que dit saint Paul aux Éphésiens (III, 18). Le Sauveur lui-même ne tarda pas à attester (Matth. XI, 11) qu'entre les enfants des femmes, il rien avait point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Mais déjà l'Ange avait révélé la grandeur future de l'enfant dont il avait énuméré les qualités distinctives. Il avait prédit qu'il vivrait dans une continuelle abstinence, sans goûter devin ni aucune boisson enivrante ; parce qu'il ne convient pas que le vase consacré à la grâce céleste soit souillé par des liqueurs profanes. Ce qui indique clairement qu'il devait être exempt de tous les vices et des passions mondaines qui bouleversent et rabaissent l'âme humaine. L'Ange prédit aussi qu'il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère, c'est-à-dire purifié de la tache originelle et capable d'acte méritoire ; ce qui montre certainement qu'aussitôt après sa naissance il devait se rendre illustre, en produisant tous les fruits des plus excellentes vertus. L'Ange prédit encore qu'il convertirait beaucoup d'enfants d'Israël au Seigneur, comme il fit en prêchant le Christ, et en lui rendant témoignage. Enfin l'ange annonça qu'il marcherait devant le Seigneur avec l'esprit et la vertu d'Élie : d'abord à cause de la similitude de leur mission ; car, comme Élie précédera le second avènement du Christ, Jean en a précédé le premier ; ensuite à cause de la ressemblance de leur vie ; car l'un et l'autre vécurent dans une grande austérité pour la nourriture et le vêtement ; enfin à cause de la conformité de leur doctrine ; car l'un et l'autre censurèrent avec beaucoup de zèle les vices même des grands. Jean devait précéder le Christ pour changer les cœurs des parents dans les enfants, en donnant à ces derniers l'intelligence de l'Écriture ; pour convertir les incrédules à la sagesse des justes, en les assujettissant au joug de la foi ; et pour préparer au Seigneur un peuple parfait, en le disposant à recevoir la grâce de l'Évangile et de la Nouvelle alliance ; car l'ancienne loi n'avait conduit personne à la perfection. Aussi elle est appelée loi de crainte, parce que les imparfaits n'évitent le mal que par la crainte des châtiments : la loi évangélique au contraire est appelée loi d'amour, parce que les parfaits évitent le mal par l'amour du bien. — De plus remarquons que, comme des parents déjà vieux ont donné naissance à un enfant qui devait être si grand, ainsi il arrive souvent que des hommes d'un âge avancé, jusque là stériles en bonnes œuvres, produisent un grand fruit dans l'Église de Dieu, comme on peut le constater de saint Augustin et de saint Denis qui ne furent appelés que tard à la loi du Christ.
Cependant Zacharie, considérant que sa femme était stérile, et que lui-même était vieux, ne crut point aux paroles de l'Ange, et pour cette raison perdit l'usage de la parole jusqu'à la naissance de son fils : c'était un signe qu'à l'avènement du Christ la loi et les prophéties se tairaient, après avoir reçu leur accomplissement. Selon saint Chrysostôme (apud Bedam in cap. I. Luc), Zacharie resta muet, parce que désormais les prêtres des Juifs cesseraient d'offrir des sacrifices pour les péchés du peuple : car il venait le seul véritable Prêtre qui, en s'immolant lui-même comme un tendre agneau, offrirait un sacrifice agréable à Dieu pour les péchés de tous. Si Zacharie devint muet parce qu'il avait douté, c'est aussi pour nous apprendre que la langue de celui qui doute dans la foi est muette, parce que sa prière ne peut être écoutée de Dieu. Et si Zacharie est contraint de garder le silence après la révélation qui lui est faite, c'est encore pour nous montrer qu'après avoir été favorisé de quelque révélation ou vision, l'homme doit se taire comme s'il était muet, et ne point se vanter comme s'il était exalté.
Lorsque les jours de son ministère furent accomplis, Zacharie retourna dans sa maison, qu'il ne lui avait pas été permis de visiter durant le temps de ses fonctions ; car, pendant la semaine de leur service, les prêtres de l'ancienne loi gardaient la continence et, suivant le précepte du Seigneur, ne buvaient ni vin ni aucune liqueur enivrante. Or si le prêtre de l'ancienne loi était obligé à une telle chasteté et à une telle abstinence par respect pour les cérémonies sacrées, combien plus sainte doit être la vie du prêtre de la nouvelle loi qui célèbre tous les jours d'ineffables mystères. Prenant modèle sur ce que, pendant toute la semaine de son ministère public, le prêtre restait dans le temple, tout appliqué aux choses divines sans sortir même pour ses propres affaires, plusieurs maisons religieuses ont adopté une sainte et louable coutume : c'est que, pendant toute la semaine de son service régulier, le prêtre reste dans le cloître, tout occupé de pieux exercices, sans se produire au dehors ; parce qu'il est alors le médiateur entre Dieu et la communauté. Dans quelques maisons religieuses, il s'abstient même de la récréation commune avec ses confrères pendant toute cette semaine ; et chez quelques chanoines séculiers, il couche alors dans un dortoir commun.
Ensuite Elisabeth conçut au huitième jour avant les calendes d'octobre, en la sixième férié, c'est-à-dire, suivant notre manière de compter, un vendredi, 22 septembre : et parce qu'elle était d'un âge fort avancé, elle n'osa se montrer pendant cinq mois, jusqu'à ce que Marie ayant aussi conçu la vînt visiter, et qu'alors l'enfant tressaillît dans son sein d'une joie prophétique. Bien qu'elle fût très joyeuse d'être devenue grosse, et d'être échappée à l'opprobre de la stérilité, elle craignit quelque temps à cause de sa vieillesse de s'exposer à des critiques impertinentes ; car les époux qui n'espéraient plus avoir d'enfants cessaient d'avoir ensemble un commerce charnel. Le vénérable Bède dit à ce sujet (in Luc. II) : « La conduite d'Elisabeth qui rougit même du don qu'elle a reçu, comme elle l'avait désiré, montre avec quel soin les saints évitent jusqu'à l'apparence d'une action déshonnête. » Or si Elisabeth rougissait ainsi devant les hommes d'une action permise, rougissons donc et abstenons-nous de toute action illicite, non-seulement devant les hommes, mais devant Dieu et ses anges : car, suivant la maxime de Boece, c'est pour nous une impérieuse nécessité démener une vie probe et pure, puisque nous agissons toujours en présence d'un juge qui voit tout. « Dans tout ce que je fais, dit saint Augustin, j'ai pour témoin Dieu qui ne cesse d'observer toutes mes pensées, mes intentions et mes actions. Quand je pense à cette vérité, je suis saisi tout à la fois de crainte et de honte ; car je l'aperçois qui est présent partout, et qui considère tous mes actes les plus secrets ; et cependant que de choses en moi dont je suis forcé de rougir devant Dieu ! » De là celte parole célèbre de saint Anselme: « Péchez où vous savez que Dieu n'est pas. » Un autre auteur a dit : « Pourquoi ne rougissez-vous pas de faire devant Dieu ce que vous rougiriez de faire devant moi ? Car c'est le propre de l'homme de rougir de toute action déshonnête. » Cum quid turpe facis quod me spectante ruberes, Cur spectante Deo, non magis ipse rubes ?
Ainsi ceux qui sont éhontés sont regardés comme incorrigibles ; parce que, paraissant n'avoir plus de front, au milieu des hommes, ils ont comme perdu l'honneur de la raison pour prendre la nature de la bête.
Prière
Illustre saint Jean, vous dont la conception miraculeuse a été annoncée par le même ange que celle du Christ ; vous que Gabriel a loué avant que Zacharie vous eût engendré ; vous dont le Très-Haut a dit : il n'y en a point de plus grand parmi les enfants des femmes ; bienheureux Saint, qui êtes si grand, j'ai recours à votre protection, inquiet que je suis de mon salut : car je suis certain que ma culpabilité est bien grande, mais j'espère cependant que voire grâce sera plus grande. Obtenez-moi donc miséricorde devant Dieu, parce que devant lui vos mérites surpassent encore mes crimes. Vos mérites sont en effet si grands, ô grand saint Jean, qu'ils peuvent suffire pour vous et pour moi, qu'ils peuvent être très-profitables pour moi sans être aucunement diminués pour vous. Que votre abondance supplée donc à mon indigence, afin qu'enrichi et sauvé par vous, je me réjouisse éternellement avec vous. Ainsi-soit-il

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