Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

CHAPITRE LXXXIII
De la femme adultère
Joan. VIII, 2-11
Le lendemain de grand matin, Jésus revint au Temple, afin de montrer le zèle dont il était animé pour le salut des âmes ; et le peuple s'assembla autour de lui, afin de témoigner le désir qu'il avait d'entendre la parole de Dieu. Assis au milieu d'eux, le Sauveur les instruisait de sa céleste doctrine (Joan. VIII, 2). Jaloux de ses succès, les Scribes qui semblaient plus éclairés et les Pharisiens qui paraissaient plus religieux que les autres, cherchaient par tous les moyens possibles à le surprendre. Sachant donc qu'il professait la mansuétude et prêchait la miséricorde de manière à s'attirer l'affection et la confiance de la foule, ils lui amenèrent une femme qui d'après la Loi, devait être lapidée comme surprise en adultère, et ils la placèrent au milieu de l'assemblée, afin que tous la condamnassent à mort (Ibid. 3). Puis, pour tenter Jésus, ils lui demandèrent ce qu'il fallait faire. S'il l'eût condamnée, ils n'auraient pas manqué de le traiter d'homme cruel et impitoyable qui n'observait pas dans la pratique la douceur qu'il recommandait à la multitude. Si au contraire, il ne l'eût pas condamnée, ils l'auraient accusé de trahir la justice, en violant la Loi qui déclare l'adultère digne de mort. Les insensés ! ils supposaient qu'un Dieu pouvait être sans pitié ou sans équité dans ses jugements. Ne se préoccupant ni du droit ni du devoir, ils voulaient avant tout surprendre Jésus dans ses paroles. Mais par sa prudence, il évita le piège qui lui était tendu, de façon qu'il exerça la miséricorde sans blesser la justice, et qu'il garda la charité sans enfreindre la Loi.
Avant de leur répondre il se baissa, indiquant par ce mouvement qu'il déclinait humblement la rigueur du droit ; et il se mit à écrire avec le doigt sur la poussière, comme pour signifier que les noms des accusateurs méritaient plutôt d'être écrits sur la terre que dans le ciel, selon la remarque de saint Augustin (Tract. 33 in Joan.). D'après Alcuin, la terre sur laquelle l'Homme-Dieu trace des caractères représente le cœur humain qui produit de bonnes ou mauvaises actions, suivant les sentiments bons ou mauvais qui l'animent ; et par le doigt flexible de sa nature avec lequel Jésus écrit, on peut entendre la vertu de discrétion avec laquelle il faut agir en toutes choses. Par sa conduite en cette circonstance, le divin Maître nous apprend que, quand nous entendons dire du mal de notre prochain, nous ne devons pas le juger avec précipitation et témérité, mais d'abord descendre humblement au fond de notre conscience, pour rechercher, avec le doigt du discernement, si nous sommes exempts nous-mêmes de tout péché. De même quand un juge entend des accusateurs, il ne doit pas prononcer aussitôt la sentence, avant d'avoir examiné la cause ; mais il doit d'abord écrire, en quelque sorte, dans son esprit et discuter avec maturité tout ce qui est dit pour ou contre l'accusé. — Le Seigneur, écrivant sur la terre, semble dire aux Scribes et aux Pharisiens : Vous alléguez ici l'autorité de la Loi qui est la mienne, car voici le doigt qui l'a tracée sur la pierre autrefois ; mais vous ne comprenez pas cette même Loi dont vous apportez le témoignage. Elle dit, il est vrai, qu'une femme de celle sorte doit être lapidée (Joan. vin, 5) ; mais elle ne doit pas l'être par des gens tels que vous, qui les premiers violez la Loi.
Cependant, comme ils persistaient à l'interroger, Jésus se releva ; et pour se délivrer de leur importunité, proféra cette sentence : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre (Ibid. 7). Comme s'il leur disait : Que chacun de vous se traduise au tribunal de sa conscience, et il verra qu'il est lui-même coupable. Conséquemment, ou laissez aller cette femme sans la punir, ou consentez à subir comme elle et avec elle la peine portée par la Loi. Que la pécheresse soit châtiée, mais non point par des pécheurs ; que la Loi soit appliquée, mais non par des prévaricateurs. D'abord soyez justes vous-mêmes, et alors vous serez en droit de condamner la coupable ; car la véritable équité, c'est que le mal soit puni par le juste et non par le coupable. Selon la remarque de saint Augustin (loc. cit.), « le Sauveur ne dit pas que cette femme ne soit point lapidée, de crainte de paraître contredire la Loi ; mais il ne dit pas non plus qu'elle soit lapidée, car il est venu dans le monde pour sauver ceux qui étaient perdus et non pour perdre ceux qu'il voulait sauver. » — Celui qui est gravement coupable ne doit juger personne ; autrement il se condamne lui-même ou montre qu'il est condamnable. Examinons donc notre propre conscience, avant de juger notre prochain ; car l'exacte justice exige que quiconque est répréhensible n'accuse et ne reprenne point les autres, surtout s'il est autant ou plus criminel qu'eux-mêmes ; mais,hélas ! dans la pratique nous oublions trop souvent cette règle. Écoutez à ce sujet, la sage maxime de Sénèque : « Travaillez d'abord à vous rendre bon, puis cherchez qui vous ressemble ; si vous trouvez en vous quelque chose à reprendre, commencez par vous corriger, et soyez indulgent pour vos semblables. »
Quant à ce que le Seigneur écrivit sur le sable, l'Évangile ne l'indique point. Néanmoins, saint Augustin (Tract. 33 in Joan.) conjecture que, conformément aux coutumes judiciaires, il commença par écrire la sentence qu'il proclama par cette réponse : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. D'après saint Jérôme, le Seigneur traçait ces mots : Terre, terre, engloutis ces hommes pervers ; ou bien d'après saint Ambroise (Epist. 53) : Terre, tu accuses la terre ! Selon d'autres commentateurs, la première fois que Jésus s'inclina, il écrivit : Terre, terre, terre, à moi seul appartient la justice, c'est à moi de juger tel ou tel ; la seconde fois qu'il se courba, il écrivit : La terre accuse la terre, mais c'est à moi qu'est réservé le jugement. Ou bien encore, suivant la Glose, il écrivait les péchés de chacun des accusateurs, pour leur montrer qu'ils étaient indignes d'exécuter eux-mêmes la sentence portée par la Loi ; ce que voyant, ils se retirèrent tout honteux. Or dans les divers caractères que le Seigneur traçait sur le sable, il y avait une telle vertu, que chacun des adversaires y lisait ses propres péchés, sans pouvoir y discerner ceux des autres. — Jésus, se baissant une seconde fois, écrivit encore sur la terre, comme pour confirmer la sentence précédente, en disant aux accusateurs : Si cette femme est pécheresse, vous êtes également pécheurs (Joan. VIII, 8). En même temps, il détournait d'eux son visage, pour marquer qu'ils n'étaient pas dignes de le considérer en face ; c'était aussi par indulgence pour leur laisser la liberté de s'éloigner sans trop de confusion, en paraissant ne pas faire attention à leur désappointement. — À l'égard de nos adversaires sachons imiter cette modération du Sauveur envers ses ennemis, pour ne point les exaspérer.
En voyant le divin Maître se baisser et écrire sur la terre, jusqu'à deux fois, c'est-à-dire avant et après la sentence qu'il porta, apprenons de quelle manière on doit reprendre et corriger le prochain. 1° Il faut souvent descendre en soi-même et retracer en son esprit les péchés qu'on a commis, pour s'exciter à une profonde humilité par cette fréquente considération, et se rendre ainsi plus propre à juger les autres en se jugeant soi-même. Mais, demandez-vous, un pécheur peut-il reprendre et corriger les autres ? Oui, s'il a seulement commis des fautes légères et communes. Si au contraire, il a commis des péchés semblables et même plus considérables, ses péchés sont ou publics ou occultes : dans la première hypothèse, il ne doit pas faire la correction lui-même, à cause du scandale qui résulterait de sa conduite opposée ; dans la seconde supposition, s'il se repent, il peut reprendre le prochain, pourvu qu'il le fasse en toute humilité. Mais s'il ne se repent point, il ne doit pas reprendre autrui ; car alors la correction ne procéderait pas d'une véritable charité, ou d'une haine sincère du vice, puisque comme on doit s'aimer plus que son prochain, on doit d'abord détester en soi-même ce qu'on blâme dans les autres ; d'ailleurs, en ce dernier cas, on ne pourrait juger les autres, sans se condamner soi-même. — 2° De plus, avant de reprendre quelqu'un, il faut examiner avec soin si le coupable est ou n'est pas disposé à profiter des avis et des remontrances ; puis si son acte est certainement mauvais en lui-même ou par les circonstances, il faut le blâmer ; mais s'il n'est pas positivement contraire à la morale, dans ce doute il vaut mieux l'interpréter en bonne qu'en mauvaise part. — 3° Enfin, avant de faire la correction, il faut rechercher quelle intention nous y porte, si c'est la charité ou l'amour-propre, si c'est quelque passion ou un simple soupçon ; car il faut bien se garder des jugements téméraires, suivant le précepte du Seigneur : Ne jugez point et vous ne serez point jugés (Matth. VII, 1).
Après avoir entendu la sentence de Jésus, les accusateurs, forcés de reconnaître qu'elle était équitable et qu'ils étaient tous pécheurs, se retirèrent les uns après les autres, à commencer par les anciens comme mieux avisés ou plus criminels. Ainsi l'astuce fut déjoué et l'hypocrisie démasquée (Joan. VIII, 9). Alors Jésus se trouva seul, c'est-à-dire fut abandonné par les Scribes et les Pharisiens ; car ses disciples et la foule du peuple demeurèrent avec lui, tandis que la femme se tenait debout au milieu de l'assemblée. Voilà donc en présence les deux contraires, la miséricorde et la misère, ou le Sauveur et la pécheresse. Rencontre fort opportune ; car la miséricorde est nécessaire à la misère qui l'appelle à son secours. Aussi, Jésus qui venait d'inspirer la crainte de la justice va maintenant la tempérer par la douceur de la miséricorde ; car après avoir dissipé tous ses ennemis, il se redressa de nouveau, en disant : Femme, où sont vos accusateurs ? (Ibid. 10.) Comme s'il disait : Ceux qui semblaient venus à la recherche de la justice ont été mis en fuite par la sentence même de la justice. Celui qui par une seule parole d'équité avait repoussé les adversaires, levant aussitôt sur l'accusée des regards pleins de mansuétude : Est-ce que personne ne vous a condamnée ? Demanda-t-il. Personne, Seigneur, lui répondit-elle (Ibid. il). En effet, ses dénonciateurs avaient disparu, parce que chacun d'eux se sentait répréhensible. « Le Seigneur, dit saint Augustin (Tract. 23 in Joan.), délivra cette pécheresse, parce qu'il ne se trouva personne qui pût à bon droit lui jeter la première pierre ; car comment oser punir quelqu'un, lorsqu'on se reconnaît aussi punissable que lui ? »
Comme cette femme toute tremblante pouvait appréhender qu'il ne la punît lui-même, elle n'osait lui dire : Personne, il est vrai, ne m'a condamnée, mais vous qui êtes sans péché, vous le pouvez si vous le voulez ; car c'est contre vous que je me suis rendue coupable (tibi soli peccavi , Ps. L, 6). Au lieu de subir le châtiment qu'elle redoutait, elle ne tarda pas à obtenir le pardon qu'elle souhaitait. Nous donc qui avons entendu plus haut la parole de la justice, entendons maintenant la parole de la miséricorde. Je ne vous condamnerai pas non plus, lui dit Jésus, moi qui ne suis pas venu pour perdre, mais pour sauver les pécheurs. Ne craignez donc point, mais rassurez-vous, suivez seulement mes conseils ; car je ne rejette point les pécheurs et je reçois volontiers les pénitents. Comme s'il lui disait : Ils vous ont laissée impunie à cause de leurs péchés, et moi je vous renvoie absoute par un effet de ma miséricorde. Je vous remets la faute que vous avez commise et la peine que vous méritiez : Allez-vous en et désormais ne péchez plus, c'est-à-dire n'ayez plus dorénavant la volonté de mal faire ; car c'est la volonté qui rend une personne coupable. Délivrée d'inquiétude pour le passé, tenez-vous sur vos gardes pour l'avenir ; faites ce que j'ordonne et vous trouverez ce que je promets.
Ainsi, Jésus-Christ a condamné le péché, mais non pas l'homme, et en rétablissant la nature, il a réprouvé la faute ; que ceux donc qui aiment sa mansuétude redoutent aussi sa vérité, car le Seigneur est équitable et bon tout à la fois (Ps. XXIV, 8). En effet, il s'est levé une première fois pour porter une sentence de justice contre les accusateurs, et une seconde fois pour prononcer une sentence de miséricorde en faveur de l'accusée ; parce qu'en vertu de sa puissance divine, il sait également observer la miséricorde en pardonnant, et la justice en punissant. Et comme dans la première sentence il avait gardé la justice sans blesser la miséricorde, dans la seconde il pratiqua la miséricorde sans violer la justice, lorsque pour le passé il remit le péché et l'interdit pour l'avenir. C'est de la sorte que la miséricorde divine triompha de la misère humaine en cette occasion. Toutes les voies du Seigneur sont conformes à la miséricorde et à la justice, déclare le Prophète (Ps. XXIV, 10). Mais quoique ces deux grands attributs soient essentiels à sa nature, le Seigneur incline proprement à la miséricorde plutôt qu'à la justice ; car dans l'exercice de la première, il agit d'après sa seule volonté, tandis qu'afin d'exercer la seconde il agit d'après nos mérites ou démérites personnels.
« Rappelez-vous, dit saint Anselme, ce que Jésus a fait et a dit, lorsqu'on lui demanda son avis relativement à la femme adultère. D'abord il baissa les yeux à terre, pour ne pas causer trop de confusion à l'accusée en la regardant ; puis il écrivit sur le sable pour marquer que les accusateurs étaient des hommes terrestres, indignes du ciel ; c'est pourquoi il leur dit : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Ô ineffable bonté du divin Maître ! Voyez comme il absout miséricordieusement celle qu'il aurait pu justement condamner ! Après que tous les Scribes et les Pharisiens, effrayés par sa parole, furent sortis du temple, il leva un regard de compassion sur cette malheureuse pécheresse, et d'une voix douce prononça la sentence d'absolution. Ne doutez pas qu'il soupirât et qu'il pleurât, en disant : Femme, personne ne vous a condamnée ; eh bien ! Moi non plus, je ne vous condamnerai pas. Heureuse femme, qui reçoit le pardon de ses fautes passées et l'assurance pour l'avenir ! Ô bon Jésus ! qui pourrait condamner lorsque vous faites grâce ? qui oserait punir quand vous justifiez ? Mais écoutons cette même voix qui ajouta aussitôt : Allez, et ne péchez jamais plus. »Ainsi s'exprime saint Anselme.
De ce que Jésus-Christ accorda une entière rémission à cette femme, sans lui imposer aucune satisfaction pour son crime, il ne faut pas conclure que les prêtres puissent absoudre les pécheurs sans entendre leur confession, et sans leur enjoindre une pénitence proportionnée à leur condition et à leurs fautes. Car en vertu de son pouvoir suprême, le Sauveur pouvait, sans condition d'aucun sacrement, en conférer les effets ; ce que ne peuvent ses ministres. Lui qui est le Maître des cœurs, pouvait inspirer à cette femme une contrition parfaite qu'il connût être suffisante pour effacer tout à la fois la coulpe et la peine ; mais le confesseur ne peut découvrir avec une entière certitude ni changer tout à coup les dispositions intérieures du pénitent.
Cette femme surprise en adultère est la figure de l'âme qui, après avoir été unie par la grâce sanctifiante à Jésus-Christ, son divin Époux, le trahit et l'abandonne par le péché mortel pour le livrer à Satan et vivre sous sa puissance. Les Scribes ou écrivains et les Pharisiens dont le nom signifie divisés, représentent les démons qui retiennent nos péchés comme inscrits dans leur mémoire afin de nous les rappeler au dernier jour, et qui sont séparés éternellement du Sauveur et de l'assemblée des Saints. Or, de même que les Scribes et les Pharisiens amenèrent la femme adultère devant Jésus-Christ pour la faire condamner, ainsi les démons cherchent avec ardeur à faire condamner les hommes par le souverain Juge. Et parce que le Seigneur ne veut pas la mort du pécheur, mais plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive, en disant : Allez et ne péchez plus, il nous exhorte là une sincère pénitence pour expier nos fautes passées et à une continuelle vigilance pour éviter des chutes nouvelles.
Prière
Ô Jésus, Sauveur très-clément,qui avez délivré de ses accusateurs la femme surprise en adultère, et qui l'avez renvoyée miséricordieusement sans la condamner vous-même, mon âme est aussi devant vous comme coupable d'adultère ; car combien de fois n'a-t-elle pas été infidèle, en s'éloignant de vous, son véritable Époux, et en consentant aux suggestions perfides du corrupteur infernal. Cette âme criminelle est accusée par sa conscience, par sa conduite et ses œuvres dépravées. Seigneur, mon Dieu, n'entrez pas en discussion avec elle, ne vous souvenez point de ses iniquités anciennes ; mais délivrez aussi cette misérable pécheresse de ses accusateurs qui la chargent et l'accablent ; renvoyez-la en paix absoute de votre condamnation redoutable, parce que votre propre inclination est toujours portée à compatir et à pardonner, et que votre miséricorde infinie est sans mesure et sans bornes. Ainsi soit-il.


CHAPITRE LXXXIV
Paroles du Seigneur pour lesquelles les juifs voulaient le lapider
Joan. VIII, 12-59
Jésus venait de pardonner à la femme adultère. « De crainte, dit Alcuin, que ceux qui voyaient en lui simplement un homme ne doutassent qu'il pût véritablement remettre les péchés, il daigna leur démontrer plus clairement sa puissance divine. » Élevant de nouveau la voix, il leur dit (Joan. VIII, 12) : Je suis la lumière du monde, non pas d'une nation particulière, mais de l'univers entier. C'est pourquoi quiconque s'approche de lui avec foi et piété parvient au grand jour du salut ; quiconque s'en éloigne, au contraire, tombe dans l'affreuse nuit de la perdition. Jésus-Christ est appelé Lumière selon ses deux natures ; comme Dieu il illumine notre âme intérieurement ; en tant qu'homme il règle extérieurement notre conduite, et cela de trois manières : par ses miracles qui manifestent sa toute-puissance, par ses prédications qui découvrent sa sagesse, et par ses exemples qui attestent sa bonté. Il est lui-même la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde ; lumière universelle et seule essentielle, parce que les autres intelligences lui empruntent toute leur clarté, et tirent de lui toute leur connaissance, car il est le Verbe qui procède du Père comme la Lumière émanée de la Lumière. Ce qui fait dire à saint Augustin (Tract. 34 in Joan.) : « La vraie Lumière du monde, sortie du sein du Père éternel, a tempéré son éclat sous le voile de la chair ; elle s'est ainsi revêtue de notre humanité, afin que par elle nous pussions arriver jusqu'à sa divinité. Cette même Lumière, dissipant l'obscurité profonde dans laquelle naissent tous les enfants d'Adam, les éclaire maintenant des rayons de la foi pour les conduire aux splendeurs de la vision béatifique dans le ciel.
Aussi le Sauveur ajoute : Celui qui me suit, en croyant en moi, m'aimant et m'imitant, ne marche point dans les ténèbres ; ni dans celles de l'ignorance, car je suis la Vérité ; ni dans celles du péché, car je suis la Voie ; ni dans celles de la mort, car je suis la Vie (Joan. XIV, 6), mais il obtiendra la lumière de la vie, c'est-à-dire Jésus-Christ, Sagesse de Dieu qu'il possédera en ce monde par la foi et l'espérance ainsi que dans l'autre par la contemplation et la jouissance. Par ces paroles : Celui qui me suit, le divin Maître indique en quoi consiste le mérite, et par ces autres : il obtiendra la lumière de la vie, il nous montre en quoi consiste la récompense. « En ces quelques mots, dit saint Augustin (loc. cit.), le Seigneur marque à la fois ce qu'il nous commande et ce qu'il nous promet. Accomplissons donc sa recommandation, si nous voulons voir sa promesse réalisée en notre faveur ; de crainte qu'au jour du jugement il ne nous dise : Pour prétendre à ce que j'ai promis, avez-vous fait ce que j'ai commandé ? Qu'avez-vous donc ordonné, Seigneur, si ce n'est que nous vous suivions, que nous marchions sur vos traces ? Obéissons à ce précepte, mes frères ; suivons le Seigneur, en brisant tous les liens qui pourraient entraver notre marche ; suivons Jésus-Christ, vraie lumière du monde, afin de ne pas nous égarer dans les ténèbres. Qu'elles sont à redouter ces ténèbres, non pas celles des yeux du corps, mais celles des yeux de l'âme qui nous empêchent de distinguer le bien du mal, le juste de l'injuste ! » Le même saint Docteur ajoute : « La jouissance de cette lumière éternelle est si agréable, si excellente, si incompréhensible, que pour l'acquérir, dussions-nous ne la goûter qu'un seul jour, nous devrions sacrifier tous les biens terrestres, toutes les joies, tous les plaisirs de cette vie temporelle, quand même ils dureraient plusieurs siècles. »
Commençant à provoquer les Juifs au grand combat de la Passion future, Jésus leur dit ensuite (Joan. VIII, 28) : Lorsque vous aurez élevé ou crucifié le Fils de l'homme qui est aussi le fils de la Vierge, vous connaîtrez alors, non pas vous tous, mais quelques-uns du moins, qui je suis, c'est-à-dire que je suis vraiment le Messie promis et attendu, le Dieu caché et incarné ; car, après que vous m'aurez élevé sur la croix, mon Père m'élèvera en gloire (Philip, II, 9). Il prédisait ainsi que plusieurs de ceux qui devaient contribuer à sa Passion croiraient en lui, et qu'ils parviendraient à la foi à cause de cette même Passion. Selon saint Augustin (Tract. 40 in Joan.), « le Sauveur semble tenir aux Juifs ce langage : « Je diffère de me faire connaître clairement à vous, afin que par vos mains ma Passion puisse s'accomplir. Pourquoi voulait-il donc qu'il en fût ainsi, si ce n'est afin que personne, malgré la grandeur de sa culpabilité, ne désespérât de son salut, en voyant Jésus-Christ pardonner à ses propres bourreaux leur infâme déicide ? » Nous autres, nous offensons, nous outrageons Dieu de trois manières différentes : par nos mauvaises pensées, nos mauvaises paroles et nos mauvaises actions. Mais par une contrition sincère, une humble confession et une satisfaction laborieuse, nous élevons, nous exaltons Dieu dans notre âme, et nous parvenons ainsi à le connaître plus parfaitement en l'honorant et aimant par-dessus toutes choses.
S'adressant à ceux des Juifs qui déjà croyaient en lui, Jésus leur disait (Joan. VIII, 31) : Si vous demeurez fidèles à mes paroles, c'est-à-dire si vous persévérez dans la foi à ma doctrine, sans céder à aucune tentation, vous serez effectivement mes disciples. Il parlait de la sorte, parce que plusieurs qui paraissaient croire en lui ne lui étaient pas sincèrement attachés. Mais pour les autres il ajouta (Ibid. 32) : Et vous connaîtrez la Vérité, c'est-à-dire Celui-là même qui vous parle, caché maintenant sous l'enveloppe grossière d'un corps humain ; ou bien encore : Vous connaîtrez la vérité de la doctrine que je vous enseigne et de la foi que vous professez maintenant. Alors la vérité connue vous affranchira, vous rendra parfaitement libres ; car elle arrache l'homme ici-bas à l'esclavage du péché pour lui rendre la liberté de la grâce, et dans l'autre monde elle le soustrait à la captivité de l'enfer pour lui procurer la liberté de la gloire ; c'est ainsi que la vraie liberté commencée sur la terre est consommée dans le ciel. — Quelques orgueilleux qui ne croyaient point en lui répondirent qu'ils étaient les enfants d'Abraham, et que n'ayant jamais été esclaves, ils n'avaient pas besoin d'être affranchis (Ibid. 33). Ils mentaient effrontément ; car ils avaient subi le joug de la servitude, en Egypte d'abord, puis à Babylone ; dans leur propre pays, ils avaient été assujettis à divers peuples étrangers, tels que les Philistins et les Assyriens ; en ce moment même, ils étaient soumis aux Romains auxquels ils payaient tribut.
Parlant d'une servitude plus honteuse et plus terrible que celle des hommes, Jésus répliqua (Ibid. 34) : En vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché, de quelque condition qu'il soit, noble ou roturier, Juif ou Gentil, riche ou pauvre, roi ou sujet, devient l'esclave du péché. « Celui qui est soumis à la volonté du démon, dit saint Chrysostôme (Hom. 41 Oper. imperf.), est esclave, quand même il serait libre d'ailleurs. Celui, au contraire, qui fait la volonté de Dieu est vraiment libre, alors même qu'il serait esclave. La servitude du corps ne peut entraver la liberté de l'âme, de même que la liberté corporelle ne saurait ennoblir la servitude spirituelle. Ce n'est point par une disposition du Créateur, mais par la violence des hommes, que l'esclavage a été introduit dans le monde. Tout homme a été créé libre, car Dieu a mis chacun de nous en possession de son franc arbitre ; et c'est l'homme qui s'est volontairement rendu esclave. » « L'homme de bien est libre même dans les fers, dit saint Augustin (Tract. 41 in Joan.) ; le méchant, au contraire, est esclave, fût-il sur le trône, et il ne l'est pas d'un seul homme, mais ce qui est pire, il a autant de maîtres qu'il a de vices. Que je sois esclave de l'homme, peu m'importe, pourvu que je ne devienne jamais captif du péché. Ô malheureuse servitude ! Dans le monde, les serviteurs qui ont de mauvais maîtres les quittent et vont s'offrir à d'autres ; mais l'esclave du péché, à qui s'adressera-t-il pour être délivré ? L'esclave de l'homme peut quelquefois échapper par la fuite à la barbarie d'un maître trop dur, et alors il goûte un peu de repos ; mais celui qui est sous la tyrannie du péché, où fuira-t-il ? partout il porte son bourreau dans son cœur ; car la mauvaise conscience ne peut se soustraire à elle-même, et les péchés qui la souillent sont toujours là pour la tourmenter sans relâche. Elle avait commis le péché pour trouver quelque plaisir sensible ; le plaisir est passé, et le péché reste avec l'aiguillon du remords qui fait son supplice continuel. Quelle déplorable servitude ! Pour être affranchis du péché, recourons tous à Jésus-Christ comme à notre miséricordieux libérateur ; livrons-nous à son service, pour être rachetés par son sang précieux. Car le Seigneur qui, dans une chair mortelle, a vécu exempt de tout péché, peut seul nous délivrer de l'esclavage auquel il n'a point été assujetti. » Ainsi parle saint Augustin. — Cet illustre Docteur vient de dire que le pécheur a autant de maîtres qu'il a de passions. Voici à ce sujet une parole remarquable d'un ancien sage. Alexandre le Grand se vantait d'être le maître du monde ; mais le philosophe Diogène lui répondit : Loin d'être le maître, vous n'êtes au contraire que le serviteur de mes propres esclaves. L'orgueil et l'ambition sont vos maîtres, puisqu'ils vous conduisent où ils veulent ; et ils sont mes esclaves, puisque je les foule aux pieds. La concupiscence et la luxure vous dominent et dirigent vos pas ; mais moi je les ai domptées et vaincues ; vous êtes par conséquent, comme vous le voyez, l'esclave de mes sujets.
Jésus signale en ces termes les châtiments réservés à cette servitude funeste du péché (Ibid. 35) : L'esclave du péché ne demeure pas perpétuellement dans la maison de Dieu, c'est-à-dire dans l'Église. S'il y est maintenant compté parmi les fidèles, ce n'est que pour ce temps où les bons sont mêlés avec les méchants ; mais un jour viendra où ils en seront séparés comme on sépare les brebis des boucs. Le Fils de Dieu, au contraire, demeure perpétuellement dans la maison de liberté, parce qu'il est seul exempt de péché ; et à ce titre, il a seul aussi le pouvoir d'affranchir les autres du péché, en les rendant enfants de Dieu par adoption, afin qu'ils restent éternellement avec lui. C'est ce qu'il conclut par ces paroles (Ibid. 36) : Si donc le Fils, qui est vraiment libre et tout-puissant dans cette demeure du père de famille, vous affranchit de la servitude du péché, vous serez effectivement délivrés, non de l'esclavage des barbares, mais de la tyrannie des démons ; non point de la servitude corporelle, mais de la captivité spirituelle, de sorte que le péché ne régnera plus en vous ; et telle est la véritable liberté. Voilà pourquoi saint Grégoire a dit justement (Epist. 39, lib. IX) : « Celui dont la conscience est irréprochable est libre, même au milieu de ses accusateurs. » — La liberté mondaine dont s'enorgueillissaient les Juifs n'est donc pas la vraie liberté qui consiste dans la délivrance du péché, comme la vraie noblesse consiste dans la pratique de la vertu. Et cependant, aujourd'hui, combien de personnes cherchent à se glorifier d'une liberté mondaine et d'une noblesse charnelle, tandis qu'elles ne rougissent point d'être esclaves des vices ! Selon saint Augustin (Tract. 41 in Joan.) « celui qui pèche, non pas par faiblesse naturelle ou par simple ignorance, mais par amour du mal, est esclave du péché. Les fautes commises par ignorance ou par faiblesse sont opposées à la sagesse ou à la puissance de Dieu, tandis que les péchés de malice blessent et outragent directement sa bonté. »
Jésus prouve ensuite aux Juifs que, loin d'être les vrais fils d'Abraham, comme ils s'en glorifiaient, ils ne sont que des enfants dégénérés, parce qu'ils n'imitent pas les œuvres pleines de foi de cet illustre Patriarche (Ibid. 37-40). En effet, c'est par la ressemblance morale avec ses propres aïeux qu'on manifeste sa vraie filiation ; or les Juifs étaient loin de marcher sur les traces d'Abraham, puisqu'ils voulaient mettre à mort le Christ, après la venue duquel avait tant soupiré le Père des croyants. De là, nous devons conclure qu'en vain les religieux s'applaudissent d'être les enfants de saint Augustin, de saint Benoît ou de tout autre saint fondateur, s'ils ne s'efforcent d'imiter les vertus qu'a pratiquées le bienheureux instituteur de leur ordre. Se voyant confondus sur ce point, les Juifs soutinrent qu'ils étaient les enfants de Dieu, dont ils observaient la loi et les cérémonies. Nous ne sommes point, disaient-ils au Sauveur, des enfants de fornication, comme les Gentils qui prostituent leur culte à une multitude de fausses divinités ; nous sommes nés dans la foi au Dieu véritable, et nous l'honorons comme notre seul Père spirituel (Ibid. 41). Par le mot fornication ils désignaient l'idolâtrie, conformément à l'usage de l'Écriture qui souvent emploie ce terme dans la même acception et à bon droit, car le culte des idoles sépare l'âme de son Créateur.
Le Sauveur démontra clairement aux Juifs que Dieu n'était pas leur Père, puisqu'ils ne voulaient ni connaître, ni aimer le Christ, son propre Fils ; car la marque distinctive des vrais enfants de Dieu, c'est la connaissance et l'amour du Christ consubstantiel au Père qui l'a envoyé sur la terre (Ibid. 42, 43). Il leur prouva tout au contraire qu'ils étaient les enfants du démon, non sans doute par création, mais par imitation, puisqu'ils cherchaient à exécuter ses volontés, en faisant périr l'innocent. C'est là le premier trait de ressemblance qu'ils avaient avec Satan. Car il fut homicide dès le commencement du monde, lorsque par ses criminelles suggestions, il tua nos premiers parents, en les dépouillant de l'immortalité. Comme la vie de l'homme réside plus dans l'âme que dans le corps, celui qui en sollicitant au péché, cause la mort à l'âme, est plus proprement homicide que celui qui cause simplement la mort au corps. « Ne pensez donc pas, dit saint Augustin (Tract. 42 in Joan.), être exempt d'homicide quand vous portez votre frère au mal ; si vous l'y entraînez, vous le perdez ; c'est ce qui fait dire au Prophète : Les enfants des hommes ont des dents qui sont comme des armes et des flèches ; leur langue est pareille à un glaive affilé (Ps. LVI, 5). L'opposition à la vérité est le second trait de ressemblance que les Juifs avaient avec le démon. Il n'a pas persévéré dans la vérité de la conduite et de la justice, c'est-à-dire dans l'obéissance qu'il devait à Dieu ; aussi il n'y a pas de vérité en lui ; car, par le péché d'orgueil, il s'est écarté de la vérité première, en renversant ainsi l'ordre harmonieux de sa nature qui consistait dans une soumission continuelle au Créateur. Il n'est pas demeuré non plus dans la vérité de la parole et du langage ; car il est menteur et le père du mensonge, comme Dieu est le père de la vérité. En effet, il est le premier qui ait menti et qui ait appris à mentir, lorsqu'il trompa Eve, la première femme, en lui disant : Vous ne mourrez certainement pas (Gen. III, 4).
Satan a légué cet esprit de mensonge comme un funeste héritage aux descendants d'Adam, afin qu'ils mentent à leur tour, et qu'ainsi sous ce rapport, ils l'imitent comme leur père tandis que lui-même les reconnaît pour ses enfants. Mais que ceux qui sont adonnés à ce vice maudit considèrent attentivement ces paroles du Christ dans l'Évangile : Je suis la voie, la vérité, la vie (Joan. XIV, 6), car en s'éloignant de la vérité, ils s'éloignent aussi de la voie et de la vie. Ils doivent être considérés comme illégitimes au sein du Christianisme, parce que d'enfants de Dieu ils sont devenus enfants du démon. Grand est dans le monde le nombre de ces hommes dégénérés ! Il serait à souhaiter que tous portassent sur leur front le caractère de Satan, afin qu'on pût les distinguer pour ne pas être trompé par leurs mensonges et leurs fourberies. Pourquoi occupent-ils la terre, ces séducteurs pestilentiels qui entraînent les autres à leur suite dans les sentiers de l'erreur ? Semblables à leur père qui a séduit l'univers entier, ils remplissent le rôle du diable par leurs discours corrupteurs ainsi que par leurs mœurs corrompues. — Selon la remarque de saint Augustin (De quaest. evang. C. XC), « le mot diable n'est point un nom spécial qui désigne la nature, mais plutôt un nom commun qui indique la conduite ; d'où il suit que quiconque fait les œuvres du diable doit être appelé de même. » Rougis donc, ô Chrétien, et toi surtout, religieux, de mériter une si odieuse qualification ; abstiens-toi pour jamais de tout mensonge ; car la vérité doit être tellement inviolable pour tout Chrétien, qu'une simple affirmation de sa part ait la même valeur qu'un serment solennel.
Quoiqu'il consentît à souffrir la mort, le Sauveur, voulant manifester aux Juifs son innocence et leur injustice, leur dit (Joan. VIII, 46) : Parmi vous qui avez entendu mes prédications et avez été témoins de mes miracles, quel est celui qui pourra me convaincre de péché ? Comme s'il leur disait : Vous voulez me faire mourir, eh bien ! montrez-moi par quel crime j'ai mérité la mort ; si vous ne le pouvez pas, il sera manifeste que vous condamnerez en moi un innocent. « Admirons ici, dit saint Grégoire (Hom. 18 in Evang.), la mansuétude du Dieu qui ne dédaigne pas de prouver par des raisonnements qu'il n'est point un pécheur, lui qui venait sur la terre pour justifier les pécheurs par sa vertu suprême. » Si donc, continue le Sauveur, vous ne pouvez me convaincre d'aucun péché, pourquoi ne croyez-vous pas à ma parole, lorsque je vous dis la vérité, en affirmant que je suis le Fils de Dieu ? — Et afin de signaler la cause de leur incrédulité, il ajoute (Ihid. 47) : Celui qui est enfant de Dieu par la foi, la charité et la conformité de volonté, écoute la parole de Dieu avec docilité, joie et affection ; mais ceux qui, comme les Juifs, n'ont ni foi, ni amour, ni soumission, ne peuvent entendre cette doctrine céleste. D'après ce principe, en interrogeant sa propre conscience chacun peut connaître s'il est enfant de Dieu ou non. Ainsi, quiconque se plaît à recevoir et s'empresse d'accomplir les préceptes du Seigneur et par conséquent désire le bonheur et la gloire du ciel, quiconque méprise les honneurs et les plaisirs du monde, et ne convoite point le bien d'autrui, mais répand son propre bien dans le sein des pauvres, celui-là peut croire qu'il est véritablement enfant de Dieu. Celui au contraire qui endurcit son cœur contre cette céleste doctrine et refuse de l'entendre, ou qui, paraissant l'écouter, néglige de l'observer, n'est certainement pas enfant de Dieu. Tels étaient les Juifs. Voilà pourquoi Jésus conclut en leur disant : Vous n'écoutez point les enseignements de Dieu qui sortent de ma bouche, vous ne les admettez pas et vous ne me croyez point, parce que vous n'êtes pas enfants de Dieu par la foi et l'amour ; vous êtes plutôt les enfants de Satan par la ressemblance et l'imitation. Suivant l'explication de saint Augustin (Tract. 42 in Joan.), les Juifs, quoique enfants de Dieu sous le rapport de la création et de la nature, ne l'étaient pas néanmoins quant à leur volonté et à leur conduite puisqu'elles étaient vicieuses.
Selon saint Grégoire (Hom. 18 in Evang.), trois sortes de personnes sont mal disposées relativement à la parole de Dieu ; il en est qui ne consentent à l'entendre d'aucune manière, pas même extérieurement ; d'autres prêtent l'oreille pour l'écouter, mais elles n'ont ni le désir, ni la volonté de l'accomplir ; d'autres enfin la reçoivent avec plaisir et en sont même touchées jusqu'aux larmes ; mais ensuite, accablées par les afflictions, ou entraînées par les joies mondaines, elles retombent bientôt dans leurs coupables habitudes et ne travaillent point à la mettre en pratique, c'est-à-dire à faire ce qu'elle commande ou éviter ce qu'elle défend. Tous, il est vrai, sont enfants de Dieu par nature, mais ils sont en même temps fils du démon par leurs vices qui les empêchent d'aimer la parole du Seigneur. Ceux au contraire qui l'écoutent et l'observent, Dieu les adopte comme ses vrais enfants, en leur accordant la grâce de la régénération spirituelle. Tant qu'un terrain est couvert et n'est pas arrosé, on ne peut savoir s'il est capable de rapporter quelques fruits ; mais lorsqu'il est exposé aux pluies bienfaisantes du ciel, on peut juger de sa fécondité. De même, si la parole divine vous est à charge, craignez de ressembler aux Juifs qui, bien qu'arrosés par les eaux salutaires de la prédication évangélique, ne produisirent que des ronces et des épines ; aussi sont-ils devenus comme une terre frappée de malédiction que le feu de la colère divine a ravagée.
Lorsque les hommes blâmés de leur conduite ou convaincus d'erreur ne peuvent se justifier par de bonnes raisons, souvent ils cherchent à se venger par des injures et des outrages. Ainsi, les Juifs réduits à reconnaître qu'ils n'étaient ni enfants d'Abraham, ni enfants de Dieu, mais bien les fils de Satan, se tournèrent contre Jésus-Christ qu'ils chargèrent d'insultes, en le traitant de démoniaque et de samaritain (Joan. VII, 48). Quoique le Sauveur fût réellement né juif, ses adversaires l'appelaient samaritain pour plusieurs raisons. En effet les Juifs détestaient les Samaritains comme des ennemis qui occupaient leurs propres terres, comme des prévaricateurs qui n'observaient point toutes les prescriptions légales, et comme des pécheurs avec lesquels ils n'avaient aucun commerce. Ils regardaient également Jésus-Christ comme un ennemi, parce qu'il censurait leurs vices ; comme un prévaricateur, parce qu'il ne suivait pas tous leurs usages ; enfin comme un pécheur, parce qu'il conversait quelquefois avec les Samaritains. Voilà pourquoi ils le qualifiaient de samaritain. Ils l'appelaient en outre démoniaque : soit parce qu'il opérait des merveilles qu'ils attribuaient à la magie ; soit parce qu'il découvrait leurs plus secrètes pensées, ce qu'il ne pouvait faire, selon eux, sans le secours du démon qui pourtant ne peut lire dans les cœurs ; soit enfin parce qu'il enseignait des vérités sublimes qu'ils ne comprenaient point, et ils croyaient pour ce motif que Satan parlait par sa bouche.
Ici, comme partout ailleurs, Jésus-Christ nous donne l'exemple de la mansuétude et de la patience, en répondant avec douceur à l'injure. Il ne s'irrite point, ne se venge point, et comme dit saint Pierre (I Ep. II, 23), il ne rend point malédiction pour malédiction. Bien que dans ses prédications ou ses réprimandes il ait souvent parlé avec force et sévérité, jamais cependant, en aucune circonstance il n'a repoussé avec aigreur et colère les paroles offensantes ou les mauvais traitements de la part de ses ennemis. Par là, dit saint Chrysostôme (Hom. 54 in Joan.), le Seigneur montre que nous devons défendre l'honneur divin et mépriser tout ce qui concerne notre propre gloire. Ainsi, il aurait pu répliquer en toute vérité à ses calomniateurs, qu'eux-mêmes étaient possédés du démon et non pas lui ; mais il préfère taire le mal qu'il voyait en eux, afin de nous apprendre à supporter patiemment et sans nous plaindre les injures du prochain, de crainte qu'une correction ou un reproche de notre part, en telle circonstance, ne semblât provenir de la haine plutôt que de la charité fraternelle. Selon la remarque de saint Grégoire (Hom. 18 in Evang.), cette conduite admirable du Sauveur confond notre amour-propre qui est si susceptible ; car dès qu'il est même légèrement blessé, il nous porte à rendre des injures plus graves que celles que nous avons reçues, à faire à ceux qui nous ont offensé tout le mal que nous pouvons leur causer, et à les menacer même de celui que nous ne pouvons leur infliger sur-le-champ.
Des deux accusations dont il est l'objet, Jésus admet l'une tacitement et repousse l'autre formellement. Ainsi, il nie qu'il soit démoniaque, mais il ne nie pas qu'il soit samaritain ; car ce nom qui signifie gardien lui convient parfaitement sous ce rapport, puisqu'il est notre principal et premier gardien ; car c'est de notre divin Sauveur que le Prophète a dit : Il ne dort pas Celui qui garde Israël (Ps. CXX, 3). Mais il proteste qu'il n'est point possédé du démon ; Celui en effet qui cherche la gloire de Dieu seul ne saurait être l'instrument de Satan, qui s'oppose de tout son pouvoir à la gloire due à l'Être suprême. Aussi, Jésus-Christ ajoute (Joan. VII, 49) : Quant à moi, j'honore mon Père en manifestant sa puissance par des miracles dont je lui attribue l'opération ; mais par vos calomnies, vous me déshonorez, en rapportant au démon ce que vous devriez rapporter à Dieu. De la sorte, en me déshonorant, vous déshonorez mon Père : car celui qui ne respecte pas le Fils ne vénère pas le Père qui l'a envoyé. De plus, le démon étant le roi des orgueilleux, ceux qu'il possède sont orgueilleux eux-mêmes et cherchent comme lui leur propre gloire, en voulant s'élever au-dessus des autres. Moi au contraire, je ne cherche pas ma gloire, comme ces hypocrites qui s'efforcent de paraître ce qu'ils ne sont pas réellement. En effet, recherchait-il sa gloire Celui qui s'est anéanti jusqu'à prendre la forme d'esclave (Phil. II, 7), et qui est venu en ce monde pour nous apprendre à en mépriser toute la pompe et à fouler aux pieds toute grandeur humaine ?
Comme Dieu seul peut sans faute et sans péché rechercher sa gloire personnelle, Jésus-Christ parlait en tant qu'homme, lorsqu'il disait (Joan. VIII, 50) : Je ne recherche point ma gloire, mais il y a quelqu'un qui en prend soin et qui me fera justice. En d'autres termes, mon Père me procurera une gloire véritable, éternelle, toute différente de votre gloire mondaine et passagère ; il me récompensera avec ceux qui m'honorent, tandis qu'il vous châtiera avec ceux qui me déshonorent. Dans les prodiges nombreux qu'il opérait, et dans les vertus admirables qu'il exerçait, le Fils de Dieu ne cherchait point sa propre gloire, afin de nous apprendre par son exemple à ne point nous glorifier du bien que nous faisons. Et quoiqu'il eût reçu de son Père plein pouvoir de juger, il lui remit tout le soin de le venger des injures dirigées contre sa propre personne, pour nous montrer avec quelle patience nous devons supporter toutes sortes de mauvais traitements. Lors donc que nous avons été injustement outragés, n'oublions pas de répéter, à l'imitation du divin Maître, ces paroles sorties de sa bouche sacrée : Je ne recherche pas ma gloire, mais il y a quelqu'un qui en prend soin et qui me fera justice.
Plus les méchants redoublent de perversité, dit saint Grégoire {Hom. 18 in Evang.), plus nous devons déployer de zèle pour annoncer la parole de Dieu, à l'exemple de Jésus-Christ, qui, après avoir été injurié par les Scribes et les Pharisiens, ne laissa pas de leur communiquer plus abondamment le bienfait de sa prédication. Il ajouta donc (Joan. VIII, 51) : En vérité, en vérité je vous le dis, si quel-qu'un garde ma parole, non-seulement dans son cœur par sa croyance, mais encore dans sa conduite par ses œuvres, il ne mourra point éternellement. Les Juifs, prétendant lui montrer que d'après ces paroles il était possédé du démon, repartirent (Ibid. 52) : Abraham est mort ainsi que les Prophètes et vous osez dire que quiconque croit en vous ne mourra pas ! Mais ils raisonnaient à faux ; car ils supposaient que Jésus-Christ avait parlé de la mort du corps, au lieu qu'il avait parlé de la mort de l'âme. Il leur dit encore (Ibid. 54) : Si je me glorifie moi-même, c'est-à-diresi, seul sans mon Père, comme vous le pensez, je recherche ma gloire personnelle contrairement à la règle de la vérité divine, ma gloire alors n'est rien, elle est vaine et fausse. En effet, la gloire humaine ou mondaine est comme un souffle qui s'élève, une fumée qui s'évapore, une ombre qui fuit et disparaît ; elle pousse au mal et précipite dans l'enfer. Mais ma gloire vient de Dieu auquel je suis consubstantiel, car c'est lui qui, étant mon Père, me glorifie par la voix qu'il a fait entendre du ciel et par les miracles qu'il me fait opérer en son nom ; c'est lui qui bientôt me glorifiera davantage encore par ma résurrection et mon ascension. Vous prétendez qu'il est votre Dieu ; néanmoins vous ne l'avez pas connu comme de véritables enfants, puisque vous n'avez pas pour lui la foi et l'amour qui constituent la vraie filiation divine par adoption (Ibid. 55).
Et comme en répliquant : Êtes-vous plus grand que notre père Abraham ? les Juifs avaient supposé que le Sauveur lui était inférieur, il leur montra que lui-même était supérieur à ce patriarche. Abraham, que vous vous glorifiez d'avoir pour père selon la chair, a tressailli dans l'espérance de voir mon jour, parce qu'il a désiré avec ardeur connaître l'époque de mon avènement ; aussi il a vu d'une manière prophétique et symbolique, par la révélation et la foi, le jour de ma génération éternelle ainsi que celui de ma naissance temporelle. Car il découvrit le mystère de la Trinité, sous la figure des trois Anges qui lui apparurent en la vallée de Mambré ; puis le mystère de l'Incarnation, lorsque le Seigneur lui promit un descendant de sa race qui apporterait la bénédiction à toutes les nations de la terre ; enfin le mystère de la Rédemption, quand, au lieu appelé pour cette raison Dieu me voit, le Seigneur lui montra dans le sacrifice d'Isaac l'emblème de l'immolation du Christ. Alors il a été comblé de joie, en considérant que le Verbe divin devait prendre notre nature humaine, sans quitter le sein paternel ; il a été transporté d'allégresse, par la prévision que de sa race devait naître Celui qui le sauverait lui-même, et qui délivrerait le monde entier. En attendant de Jésus-Christ l'accomplissement de ce bienfait promis, Abraham montrait par là qu'il se reconnaissait comme moins grand que ce bienfaiteur tant désiré.
Les Juifs qui jugeaient Jésus-Christ, non d'après sa génération divine, mais simplement d'après sa naissance humaine, furent étonnés de ses paroles vraiment extraordinaires. Eh quoi ! lui répliquèrent-ils, vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham qui est mort, il y a plus de mille ans (Joan. VIII, 57). Comme s'ils disaient : C'est chose impossible ; vous n'êtes qu'un imposteur. Pour les faire passer de la vue de son humanité à la considération de sa divinité, le Sauveur ajouta (Ibid. 58) : En vérité, en vérité je vous le dis, je suis avant qu'Abraham fût né, antequam Abraham fieret ego sum. En d'autres termes, j'existe de toute éternité avant qu'Abraham vînt au monde ; car ce patriarche n'est qu'une créature comme tous les autres hommes, tandis que je suis le Créateur de toutes choses. En joignant ainsi le verbe substantif au présent ego sum, avec un autre verbe au passé antequam fieret, le Seigneur indique son origine éternelle ; car l'éternité est présente à tous les temps également, parce qu'elle est toujours la même sans aucune vicissitude. D'où il suit que Dieu est un être parfait ; car on appelle parfait un être auquel rien ne manque qui soit hors de lui ; et comme l'Être divin est tout entier en même temps de façon que rien de lui n'est passé ni futur, il s'ensuit qu'il est le plus parfait possible. Notre être au contraire est imparfait, parce qu'il lui manque quelque chose qui déjà n'est plus ou qui n'est pas encore à nous. Donc, quant à la nature ou substance divine, le Christ est antérieur à Abraham, quoiqu'il lui soit postérieur selon sa nature humaine ; par conséquent il a vu Abraham des yeux de sa divinité, et Abraham vit le Christ avec les yeux de son cœur éclairé par la lumière de la foi.
Mais dans leur aveugle incrédulité, persuadés que l'éternité appartient à Dieu seul et qu'en se l'attribuant Jésus se proclamait Dieu lui-même, les Juifs le regardèrent comme un blasphémateur que la Loi ordonnait de lapider en cette qualité ; là-dessus donc ils prirent des pierres pour les lui jeter, comme s'il méritait la mort à cause de son crime prétendu. Incapables de lui objecter aucune raison plausible, ils cherchèrent à lui opposer la force brutale ; ils essayèrent de surmonter par la violence et d'accabler de pierres Celui dont ils ne pouvaient comprendre la sagesse, ni réfuter la doctrine. Leurs dispositions intérieures étaient ainsi d'accord avec leurs actes extérieurs ; car ils avaient des cœurs de pierre contre la vérité, afin de ne pas croire, et c'est pour signifier cette dureté d’âme que le Seigneur leur avait autrefois donné sa Loi écrite sur des tables de pierre. Selon la remarque de saint Augustin (Tract. 43 in Joan.), « à quoi pouvaient avoir recours ces cœurs endurcis, sinon aux pierres qui leur ressemblaient ? » Le doux Sauveur, qui d'un seul mot aurait pu les terrasser, ne voulut point se venger, parce qu'il était venu en ce monde pour souffrir et pour triompher de ses ennemis, non par la force et la rigueur, mais par sa résignation et son humilité. Il se cacha donc comme s'il eût été un homme faible et méprisable ; puis il sortit du temple, pour pratiquer la patience, et non pour exercer sa puissance. Ainsi, il se cacha, non par crainte de la mort ou par impuissance de résister à ses adversaires, mais parce que l'heure de sa Passion n'était pas encore venue, et afin de nous apprendre à nous soustraire quelquefois à la fureur de nos ennemis. Il sortit aussi du temple, afin de signifier par cet acte qu'il allait abandonner les Juifs pour appeler les Gentils.
Remarquons ici que Notre-Seigneur tantôt fuyait, tantôt s'offrait lui-même à ses ennemis, et quelquefois se cachait. Il fuyait les honneurs, comme lorsque le peuple vint en foule pour le proclamer roi ; il s'offrit à ses bourreaux quand ils voulurent s'emparer de sa personne ; il se cachait enfin, comme nous le voyons ici, pour ôter aux Juifs l'occasion d'assouvir leur fureur. Par ces différentes manières d'agir, il nous donne trois enseignements salutaires : il nous apprend à fuir les prospérités mondaines, à désirer les souffrances et à éviter les dissensions. Mais hélas ! nous faisons souvent tout le contraire : nous recherchons les honneurs, nous redoutons les adversités, et nous nous immisçons dans les disputes. Considérez attentivement, dit saint Grégoire (Hom. 18 in Evang.), la douceur et l'humilité de notre Sauveur qui, pouvant par un seul acte de sa volonté intérieure, précipiter aussitôt ses ennemis dans les abîmes éternels, se cache humblement et disparaît tout-à-coup comme s'il était frappé de crainte. Il s'est conduit de la sorte pour trois motifs : d'abord, parce que le temps de sa Passion n'était pas encore arrivé ; ensuite, parce que ce n'était point là le genre de mort qu'il avait choisi ; enfin, pour nous montrer qu'il est permis de se soustraire aux persécutions quand elles ne sont que personnelles, conformément au conseil que lui-même donnait à ses disciples, en disant : Si l'on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre (Matth. X, 23). En outre, Jésus se dérobe de corps aux yeux de ses persécuteurs, parce qu'ils n'étaient pas dignes de le voir spirituellement. Ainsi, d'après saint Grégoire (loc. cit.), la vérité se cache aux esprits orgueilleux qui méprisent ses enseignements, au lieu qu'elle se révèle aux âmes humbles. Selon saint Augustin (Tract. 43 in Joan.), le Sauveur en tant qu'homme fuit devant ceux qui veulent le lapider ; mais malheur aux cœurs de pierre dont Dieu s'éloigne à cause de leur dureté.
Il ne faut pas croire, ajoute ce même saint Docteur, que Jésus, comme s'il fût effrayé, se retira dans un lieu obscur, ou s'enfuit en une maison, ni qu'il se réfugia derrière quelque mur ou quelque colonne ; non, mais par un effet de sa toute-puissance, il passa au milieu de ses persécuteurs sans en être aperçu, tandis qu'il était vu de ses disciples qui le suivaient. Par cette conduite, le Seigneur nous apprend à céder devant la colère de nos ennemis et à fuir devant la cruauté des méchants, pourvu qu'il n'y ait aucun danger pour la foi, et lors même que nous pourrions leur résister. « Avec quelle humilité, dit saint Grégoire, ne devons-nous pas nous soustraire à la fureur de nos semblables, puisqu'un Dieu a daigné se cacher devant les poursuites de ses adversaires ! Que personne donc ne s'élève contre les mauvais traitements dont il est l'objet, et ne rende le mal pour le mal. À l'exemple de Jésus-Christ, il est plus glorieux de se délivrer d'une injure en gardant le silence, que de s'en venger en lui opposant une réponse. Suivant le même saint Docteur, combien de Chrétiens imitent aujourd'hui, dans leur conduite, les Juifs qu'ils accusent de dureté pour n'avoir pas cru à la prédication du Sauveur ! Comme les Juifs, en effet, ils entendent ses enseignements et connaissent ses miracles, et comme eux aussi ils ne veulent pas quitter leurs voies corrompues. » Contemplez ici, avec une vive douleur, le divin Maître qui s'éloigne et se cache pour éviter la fureur des Juifs ; considérez aussi ses disciples affligés qui le suivent tristement, en baissant la tête ; de tout votre cœur compatissez à leur profond chagrin.
Prière
Seigneur Jésus, qui nous invitez à écouter la parole de Dieu, apprenez-nous à supporter patiemment les mépris et les injures, à ne chercher en rien notre propre gloire, à ne jamais trahir la vérité chrétienne dans nos actes, nos jugements et nos discours, malgré le scandale qu'y prennent les esprits mal disposés ou mal intentionnés ; apprenez-nous enfin à ne pas abandonner l'enseignement ou la prédication évangélique, pour éviter des affronts et des persécutions. Ô Christ Sauveur, vérité suprême, bonté, justice, miséricorde, libéralité, pureté, sobriété, humilité, charité par excellence, vous vous cachez à des hommes menteurs et perfides, injustes, cruels, cupides, immondes, luxurieux, superbes et haineux qui veulent vous lapider. Ah ! je vous en supplie, ne sortez pas du temple de mon âme ; mais plutôt faites que je me corrige de tous mes défauts, et que je me conforme en toutes choses à vous, perfection souveraine. Ainsi soit-il.

suivant