En sortant de Jéricho, Jésus-Christ guéri deux aveugles
Matth. XX, 29-31 – Marc. X, 46-52
Lorsque Jésus sortit de Jéricho, il était accompagné d'une foule nombreuse, avide d'entendre sa doctrine (Matth. XX, 29). Cet empressement du peuple à se porter à la suite du Sauveur prouve que son enseignement leur allait au cœur. « De même qu'une abondante moisson atteste la diligence de l'agriculteur, dit saint Chrysostôme (Hom. XXVI Oper. imp.), ainsi un auditoire considérable fait l'éloge du prédicateur. Les fatigues du voyage n'effrayaient point cette multitude que transportait l'amour des choses spirituelles ; et les soucis de la fortune terrestre ne l'arrêtaient point, parce qu'elle aspirait à la possession d'un royaume céleste. Celui, en effet, qui apprécie le bonheur éternel à sa juste valeur, ne trouve plus rien d'aimable ici-bas ; car, de même qu'après avoir mangé d'un mets exquis on ne peut plus goûter la nourriture commune, pareillement quiconque a savouré une fois la douceur du Christ ne peut plus ressentir aucun attrait pour les plaisirs mondains. C'est là cette rose très recherchée qui fleurit dans la campagne de Jéricho, selon cette parole de la Sagesse : Je me suis élevée comme les palmiers de Cades et comme les rosiers de Jéricho (Eccl. XXIV, 18) ; rose d'une incomparable beauté, en laquelle on voit briller tout à la fois la candeur de la pure justice et la pourpre de la sanglante Passion d'un Homme-Dieu. Mais de même que la rose par son parfum annonce sa présence avant d'être à la portée de la vue et de la main ; ainsi, deux aveugles placés sur le passage du Seigneur Jésus ressentirent son influence salutaire avant de voir son adorable personne. »
Les deux aveugles, dont saint Chrysostôme vient de parler, étaient assis sur le chemin, où ils demandaient l'aumône aux passants. Comme ils se trouvaient sur la voie du salut, ils apprirent par la rumeur publique que Jésus de Nazareth, cet homme orné de toutes les vertus, passait près d'eux (Matth. XX, 30). Ô la bonne nouvelle ! ô l'agréable rumeur ! Beaucoup de rois et de prophètes avaient désiré l'entendre, mais ils n'eurent pas ce bonheur (Luc. X, 24). Plus heureux donc que tant d'illustres personnages, les deux pauvres infirmes implorèrent à haute voix la miséricorde divine, en disant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous. Ils appelaient Jésus fils de David, parce qu'ils le regardaient comme le Christ promis par les Prophètes, et que d'après le sentiment commun, le Christ devait naître de la race même du Roi-prophète. Maison le proclamant fils de David selon la chair, ils le reconnurent en même temps, par une inspiration surnaturelle, comme Fils de Dieu ; c'est pourquoi animés d'une foi vive ils le supplièrent à grands cris de rendre la lumière à leurs yeux. Saint Chrysostôme dit encore à ce sujet (loc. Cit.) : « Deux aveugles se présentent fort à propos sur la route du Sauveur, afin qu'après leur avoir ouvert les yeux, ils pussent monter avec lui à Jérusalem pour y attester sa puissance merveilleuse. Sans apercevoir la foule qui marchait, ils distinguaient le bruit qu'elle faisait ; mais parce qu'ils étaient privés de la vue, il ne leur restait que la voix pour se joindre à elle ; ne pouvant donc accompagner de leurs pieds le Seigneur, ils ne manquèrent pas de le poursuivre de leurs acclamations. »
Des deux aveugles mentionnés par saint-Matthieu, saint Marc ne parle que d'un seul, à savoir du plus fameux, tandis qu'il passe sous silence l'autre beaucoup moins connu, « Qu'un de ces deux aveugles fût très-célèbre à Jéricho, on n'en saurait douter, dit saint Augustin (de Consensu Evang. I. 2, c. 65), en voyant le soin que prend l'Évangéliste de le désigner par son propre nom et par le nom de son père ; car il l'appelle Bartimée, fils de Timée (Marc. X, 46). Après avoir joui d'une grande prospérité, l'infortuné était tombé en une si profonde misère qu'il était devenu non-seulement aveugle, mais encore mendiant sur la voie publique. Si donc saint Marc rappelle spécialement ce personnage, c'est que sa guérison fut un miracle d'autant plus éclatant que son malheur était plus notoire. » — Le Vénérable Bède (in cap. X Marc.) ajoute : « Ce n'est pas sans dessein que saint Marc, écrivant son Evangile pour les Gentils, ne désigne qu'un seul aveugle ; car la guérison de cet infirme figurait mieux la conversion de la Gentilité qu'il préparait à recevoir la foi. Saint Matthieu, au contraire, dont l'Évangile composé pour les Juifs devait être ensuite communiqué aux Gentils, rapporte fort à propos la guérison des deux aveugles, qui marquait la conversion des deux peuples également appelés à la lumière de la vérité. C'est pour une semblable raison qu'à l'occasion de l'entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem, saint Matthieu raconte que le Sauveur monta sur l'ânesse et sur l'ânon, tandis que saint Marc parle seulement de l'ânon. » — Suivant une autre explication, Bartimée, dont le nom signifie fils de l'opulence, est l'image du voluptueux réputé justement aveugle ; car il est orné de la lumière de la sagesse, dont il est écrit au livre de Job (XXVIII, 13) : Elle n'habite point la terre de ceux qui vivent dans la mollesse, parce que les délices charnelles émoussent toute intelligence. Lorsqu'un tel homme entend parler du Sauveur, il doit crier vers lui par une fervente prière, pour obtenir la lumière de la sagesse de Celui qui donne abondamment à tous, au moins les choses nécessaires au salut (Jac. I, 15).
Mais la foule, qui voyait l'extérieur négligé des deux aveugles sans considérer leur pieuse intention, essayait de leur imposer silence, sous prétexte que par leurs cris ils l'empêchaient d'écouter la parole du Sauveur (Matth. XX, 31). Cette multitude représente tous ceux qui veulent détourner leurs semblables de la pratique du bien. Or nous trouvons des obstacles au salut en trois sortes de foules, qui viennent soit de la chair, soit du monde, soit de l'enfer ; car les désirs charnels, les personnes mondaines et les esprits infernaux s'efforcent de nous fermer la bouche, quand il s'agit de confesser nos péchés, d'édifier le prochain et de louer Dieu. Ces dangereuses foules s'opposent continuellement à l'exécution de tout bien : la première cherche à nous arrêter par les séductions ; la seconde, par les persécutions ; la troisième, par les illusions. Mais comment cesseraient-ils d'adresser à Dieu leurs supplications ceux qui sont aveugles par ignorance de la vérité surtout relativement à leur propre état, ceux qui sont mendiants par défaut de vertu, et qui se tiennent en dehors de la voie du salut ?
Aussi, malgré toutes les résistances, les deux infirmes de Jéricho redoublaient leurs cris avec plus de force, afin de dominer le bruit de là multitude ; car ils craignaient que les réclamations du peuple n'empêchassent leurs voix d'être entendues et leurs demandes d'être exaucées ; voilà pourquoi ils continuaient d'implorer miséricorde en répétant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous. Leur exemple doit être pour nous comme une exhortation à persévérer dans la prière parmi les difficultés que nous rencontrons en ce saint exercice. « Les obstacles qu'on apportait à leurs instances, dit saint Chrysostôme (Hom. XXXVI Oper. imp.), ne servaient qu'à stimuler leurs désirs déjà ardents. Le propre de la foi, c'est en effet de croître d'autant plus qu'on prétend la combattre ; aussi les-serviteurs de Dieu, bien loin d'être abattus par les persécutions, en sortent triomphants ; car la vertu s'affermit dans l'adversité, tandis qu'elle s'affaiblit dans la prospérité. Rien ne relâche davantage en nous tous la vigueur de la foi qu'une longue tranquillité. Le même saint Docteur ajoute : Les deux infirmes mentionnés dans l'Évangile criaient d'abord, parce qu'ils étaient aveugles ; mais ils crièrent encore plus fort, quand on voulut leur défendre d'approcher de la lumière. Le Sauveur permettait cette opposition de la part de la foule pour leur donner occasion de manifester leur désir de guérison. Apprenons de là que si étant repoussés avec dureté par les autres, nous recourons avec confiance au Seigneur, nous obtiendrons par nous-mêmes ce que nous attendons de sa bonté. » —Suivant la remarque de saint Augustin (Serm. XVIII de Verbis Domini), « les bons Chrétiens qui veulent observer les préceptes divins sont contrariés par les méchants et même par les tièdes ; mais qu'ils ne se lassent point d'implorer le Seigneur, car toutes les fois qu'un Chrétien méprisant le monde commence à bien vivre, ce changement de conduite lui attire l'animadversion de ceux que sa conversion accuse ; mais s'il persévère, ceux mêmes qui le blâment maintenant lui applaudiront bientôt. »
Comme Jésus a promis d'ouvrir à ceux qui frapperaient (Luc. XI, 10), il s'arrêta pour attendre ceux qui ne pouvaient le suivre, faute de voir où ils devaient aller ; puis il les appela, afin que la foule leur laissa un libre accès auprès de lui (Matth. XX, 32). Alors il leur demanda ce qu'ils voulaient, non point pour l'apprendre, puisqu'il ne l'ignorait pas, mais pour faire ressortir publiquement leur nécessité présente et leur prochaine délivrance ; car avant de guérir les infirmes, le Sauveur les obligeait ordinairement à déclarer leurs maux, afin de rendre les miracles plus évidents pour le profit spirituel de ceux qui en étaient témoins. Seigneur, faites que nos yeux soient ouverts, dirent les deux aveugles (Ibid. 33). Jésus, ému de compassion à leur égard, se montra véritablement pour eux la source de la lumière ; car dès qu'il toucha leurs yeux, ils recouvrèrent la vue (Ibid. 34). Une guérison aussi soudaine ne pouvait être que miraculeuse, car la nature n'opère point instantanément, mais par degrés, « C'est ici une œuvre théandrique, dit saint Chrysostôme (Hom. XXXVI Oper. Imp.) car le Sauveur en tant qu'homme toucha leurs yeux, et en même temps il les éclaira comme Dieu. Tant qu'ils l'appelèrent fils de David, leur guérison resta pour ainsi dire suspendue ; mais elle fut accomplie aussitôt qu'ils l'invoquèrent en sa qualité de Seigneur ; la raison de cette distinction, c'est qu'un fils de David n'aurait pu produire un tel acte de puissance souveraine, s'il n'avait été en même temps Fils de Dieu. » D'après l'explication mystique donnée par la Glose, Jésus touche nos yeux de ses doigts, lorsqu'il illumine nos esprits de ses rayons ; dès ce moment fortuné nous devenons capables de contempler Dieu, de nous connaître nous-mêmes, et de secourir le prochain. Remarquons que le Sauveur employa trois procédés différents pour rendre la vue à des aveugles : ainsi, il guérit par sa parole celui qu'il rencontra avant d'entrer à Jéricho, puis par le contact ceux qu'il trouva en sortant de cette ville, et par l'onction de sa salive mêlée à la terre celui qu'il envoya se laver dans la fontaine de Siloë (Joan. IX, 6). La première manière représente la prédication extérieure ; la seconde, l'inspiration intérieure ; et la troisième,l'institution des sacrements. Dieu, en effet, éclaire les âmes par l'enseignement de sa doctrine, par la communication de sa grâce et par les sacrements de son Église.
Les deux aveugles guéris suivirent Jésus, non pas tant à l'aide de leurs pieds que par la pratique des vertus chrétiennes ; car il leur avait procuré la lumière non-seulement extérieure, mais surtout intérieure ; en effet, comme il est venu pour sauver l'homme tout entier, il ne délivrait point les corps de leurs infirmités sans purifier les âmes de leurs vices. « Après leur guérison, dit saint Chrysostôme (Hom. LXXVII in Matth.), les deux aveugles rendirent un hommage convenable à leur Bienfaiteur en se mettant à sa suite ; car c'est là ce que chacun de nous doit faire suivant cette déclaration du Prophète (Mich. VI, 9) : Ô homme, je vais t'indiquer ce qui t'est le plus avantageux et ce que le Seigneur demande de toi : c'est que tu t'appliques à marcher en présence de ton Dieu. Jésus permit donc aux deux aveugles de s'attacher à ses pas, pour montrer, par le miracle récemment opéré en leur faveur, que s'il allait subir une mort douloureuse, ce n'était point par faiblesse. » En se joignant à lui, ils témoignèrent leur vive reconnaissance pour l'insigne bienfait qu'ils venaient d'en recevoir ; c'est ce que ne font pas un grand nombre d'hommes qui, après avoir été comblés des grâces célestes, demeurent ingrats et retombent bientôt dans leur péché, comme le chien qui retourne à son vomissement. « Bien différents furent ceux que le Sauveur venait d'illuminer, ajoute saint Chrysostôme ; ils avaient été persévérants à le supplier, ils furent non moins fidèles à le remercier. Soyons jaloux de leur ressembler ; si Dieu paraît d'abord ne pas nous écouter, si plusieurs essaient même de nous décourager, ne nous lassons point de prier, c'est par notre constance que nous obtiendrons enfin miséricorde. Considérez avec quelle véhémence ils souhaitent de recouvrer la vue ; ni leur indigence et leur cécité, ni les murmures et les réprimandes de la foule, ni la difficulté de faire entendre leur voix, ni les autres obstacles ne peuvent leur faire perdre l'espérance et la patience. Voilà le modèle de l'âme fervente qui s'applique à l'acquisition de la grâce divine. »
Si donc vous êtes tombé dans l'aveuglement spirituel et placé hors de la voie véritable, criez vers Jésus, conjurez-le de dessiller vos yeux, afin que vous puissiez le découvrir par la foi et le suivre par l'imitation ; car c'est là principalement ce qui nous est nécessaire. « Dans la vie présente, dit saint Augustin (Serm. XVIII de Verbis Dom.), toute notre attention doit-être de guérir l'œil de notre cœur afin qu'il puisse voir Dieu. C'est dans ce but que les saints mystères sont célébrés et que la parole divine est annoncée ; c'est vers cette fin que tendent toutes les exhortations morales, destinées à réformer notre conduite, à réprimer notre concupiscence, et à nous détacher du monde et de la chair ; c'est également pour nous faciliter la vision de Dieu que les Livres inspirés sont proposés à nos lectures et à nos méditations. » — Nous donc, ajoute Origène (Tract. X in Matth.), nous qui sommes assis sur la voie assurée des Saintes-Écritures, comprenons combien nous avons grand besoin d'être illuminés ! Si nous ne cessons d'invoquer le Seigneur Jésus, lui-même touchera et ouvrira les yeux de notre âme, alors les ténèbres qui obscurcissaient nos sens étant dissipées, nous pourrons contempler et suivre Celui qui ne nous fait connaître sa vie que pour nous servir de modèle. »
Comme nous l'avons dit précédemment, ces deux aveugles figurent deux peuples, savoir les Gentils aveuglés par les épaisses ténèbres de l'idolâtrie, et les Juifs, par des doctrines perverses qui les portaient à transgresser les commandements divins en leur substituant des traditions humaines. Ces deux peuples étaient assis sur la voie, parce qu'ils avaient la Loi, soit naturelle,soit écrite, qui pouvait les conduire à la connaissance du Rédempteur. Après que Jésus fut sorti de Jéricho, c'est-à-dire de ce monde, ils entendirent parler de son passage ; alors il toucha leur cœur par sa grâce et ouvrit leur intelligence à sa lumière, en sorte que beaucoup d'entre eux reçurent ses enseignements salutaires et suivirent ses vertueux exemples. Il guérit d'abord un seul aveugle, puis deux ensemble, parce qu'il appela au bienfait de la foi premièrement un seul peuple et ensuite deux peuples réunis. C'est ce que le Vénérable Bède explique en ces termes (in cap. X Marc.) : « Si, en approchant de Jéricho, Jésus rend la vue à un homme qui en était privé, et s'il accorde la même faveur à deux autres en sortant de cette ville, ce fut pour montrer qu'avant sa Passion il prêcha uniquement aux Juifs, mais qu'après sa résurrection et son ascension il communiqua aux Juifs et aux Gentils, par le ministère de ses Apôtres, les principaux mystères de sa divinité et de son humanité. » — Plusieurs considé rations qui ont été exposées relativement à la guérison du premier aveugle peuvent s'appliquer au sujet présent, comme aussi diverses explications contenues en ce dernier chapitre trouveraient fort à propos leur place dans le chapitre vingt-deuxième.
Prière
Splendeur de la lumière éternelle et source de toute lumière créée, Soigneur Jésus qui, ému de compassion en entendant les cris redoublés de deux pauvres aveugles, avez daigné toucher leurs yeux et leur rendre la vue ; je vous conjure de toucher aussi mon âme et d'éclairer mon intelligence, afin que je puisse vous contempler, me connaître, instruire et aider le prochain. Illuminez mon cœur par votre grâce divine, afin que je vous prenne pour guide en toutes mes voies et que je marche sur vos traces dans le chemin de la perfection. Vous qui êtes supérieur à tout, faites enfin que je vous craigne et que je vous aime par dessus tout, et que j'accomplisse en tout votre souveraine volonté. Ainsi soit-il.
Diffusion d'un parfum précieux sur la tête de Jésus-Christ
Matth. XXVI, 6-13 – Marc. XIV, 3-9 — Joan. XII, 4-11
Lorsque le temps où le divin Sauveur avait résolu de souffrir approchait, lui-même se rapprocha du lieu où il devait mourir ; il nous montrait par là que sa Passion et sa mort étaient libres et volontaires de sa part. Sachant que les Juifs endurcis avaient conspiré sa mort, il alla se présenter comme la victime destinée au sacrifice, afin que l'Agneau véritable fût immolé pour nous aussitôt après l'agneau pascal, pour remplacer ainsi les figures par la réalité et instituer la vraie Pâque, celle des Chrétiens. Il vint donc à Béthanie six jours avant la Pâque, c'est-à-dire le samedi qui précède immédiatement notre dimanche des Rameaux (Joan. XII, 1). Cette solennité de la Pâque dont il s'agit ici est le quinzième jour du premier mois, dans lequel Jésus-Christ consomma son douloureux sacrifice, et non le quatorzième jour de ce même mois, au soir duquel les Israélites immolaient l'agneau pascal. « Conformément à la loi de Moïse, dit saint Théophile, au dixième jour du mois, les Juifs choisissent l'agneau qu'ils doivent immoler en la fête de Pâques ; et dès le neuvième de ce mois qui est précisément le sixième jour avant la grande solennité, ils préludent à cette fête, en se conviant les uns les autres à de joyeux festins ; ce fut à cette occasion que Jésus-Christ prit part au repas de Béthanie. » Il était retourné en cette ville, afin que sa présence y rappelât plus vivement à la mémoire de tous l'éclatant miracle de la résurrection de Lazare, pour confondre les Juifs obstinés et les rendre inexcusables de tramer la perte de Celui qui, par sa puissance, rendait la vie aux morts. En renouvelant le souvenir du prodige, il voulait aussi porter le peuple, saisi d'admiration, à le recevoir honorablement le lendemain où il devait faire son entrée solennelle dans la capitale de la Judée, selon que le prophète Zacharie l'avait annoncé par ces paroles (IX, 9) : Tressaillez d'allégresse, fille de Sion, applaudissez avec enthousiasme, fille de Jérusalem ; voici votre Roi qui vient à vous plein de douceur, etc.
Jésus se trouva donc d'abord à Béthanie, dans la maison de Simon dit le lépreux (Matth. XXVI, 6). Ce personnage était ainsi appelé, non pas qu'il fût encore lépreux, mais parce qu'il avait conservé cette ancienne qualification en mémoire de sa guérison miraculeuse opérée par le Seigneur, de même qu'on disait toujours Matthieu le publicain, non qu'il le fût encore, mais parce qu'il l'avait été. Apprenons de là à ne jamais oublier les péchés que nous avons eu le malheur de commettre, même après qu'ils nous ont été par-donnés ; ayons-les sans cesse présents à l'esprit, afin de les pleurer de plus en plus. On rapporte que ce Simon le lépreux fut par la suite évêque du Mans, sous le nom de saint Julien ; les pèlerins l'invoquent en récitant le Pater noster, afin d'obtenir par son intercession une bonne hospitalité. — Ce fut dans la maison de Simon qu'eut lieu le souper offert à Jésus-Christ (Joan. XII, 2). Marthe servait et Lazare était assis à table avec les autres convives. On peut croire pieusement que ce repas était honnête et simple, sans faste et sans luxe, comme il convenait pour Celui qui était venu dans le monde nous enseigner par son exemple la sobriété et la tempérance. Marthe y exerçait son ministère, soit parce qu'elle possédait la maison où habitait Simon, comme quelques-uns le prétendent ; soit plutôt parce qu'elle demeurait dans le voisinage, car les amis ont ainsi coutume de s'entr'aider officieusement ; mais elle était surtout attirée par l'affectueuse vénération qu'elle portait au Sauveur présent. — Lazare, invité par Simon, assistait au repas pour attester publiquement la réalité de sa résurrection, comme le fait remarquer saint Augustin (Tract. L in Joan.). En voyant boire, manger et converser avec eux celui qui avait été enseveli dans le tombeau d'où il était sorti naguère, comment les autres convives auraient-ils pu croire qu'il était simplement un fantôme ? Ainsi l'incrédulité des Juifs était confondue par la manifestation de la vérité. D'ailleurs, comme ajoute saint Augustin, Lazare lui-même, répondant aux questions qui lui étaient adressées, décrivait les tristes lieux où il était descendu, et les demeures profondément obscures où sont punies les moindres fautes ; il révélait ainsi, aux personnes qui l'écoutaient stupéfaites, les terribles secrets des enfers si longtemps inconnus aux mortels habitants de la terre.
Ce n'est pas sans dessein mystérieux que Jésus-Christ se rendit vers le lieu de son sacrifice six jours avant la Pâque, où il fut immolé. En effet, six étant le nombre qui marque la perfection des œuvres, il convenait que, comme Dieu avait achevé en six jours l'œuvre de la création, le Sauveur accomplît de quelque sorte en six jours l'œuvre de sa Passion qui devait tout réparer. C'est pourquoi, selon la remarque d'Alcuin, de même que l'homme avait été formé en la sixième époque de la création, de même aussi il a été racheté au sixième âge du monde, au sixième jour de la semaine et à la sixième heure du jour. — De plus, en venant à Béthanie dont le nom signifie maison d'obéissance, Jésus-Christ indiquait d'avance la cause et l'effet de sa Passion : la cause, puisque, d'après saint Paul (Phil. II, 8), il s'est assujetti à la volonté de son Père jusqu'à la mort de la croix ; l'effet, car ceux-là seulement participent à ses mérites qui se soumettent à ses commandements, selon cette parole du même Apôtre : Il a procuré le salut éternel à tous ceux qui reconnaissent son autorité suprême (Heb. V, 9). Sur le point de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang précieux, pour toutes les nations, le Sauveur, comme saint Jérôme le fait observer (in cap. XLV Marc), vient et demeure à Béthanie, c'est-à-dire en la maison de l'obéissance car, d'après le Cantique des cantique (cant. VIII) semblable au faon des cerfs qui retourne constamment au gîte où il est né, le Fils de Dieu obéit à son Père jusqu'à la mort, afin de nous apprendre à lui rester toujours fidèles. » En revenant au lieu même où était Lazare ressuscité, le Seigneur nous enseigne que, dans la maison de l'obéissance, c'est-à-dire dans la pratique de cette vertu, les pécheurs retrouvent la vie spirituelle ; car, suivant la parole de l'Apôtre, l'obéissance d'un seul a produit la justification d'un grand nombre de coupables (Rom. V, 19). — Le repas offert au Seigneur en Béthanie est le symbole de la réfection spirituelle qui lui est présentée dans le cœur obéissant, où il aime à venir comme dans une sainte demeure. D'après l'explication d'Alcuin, le festin célébré en Béthanie, c'est la foi agissant par la charité dans l'Église, véritable maison de l'obéissance. Marthe empressée à servir, c'est l'âme fidèle à consacrer au divin Maître toutes les œuvres de sa dévotion. Lazare assis parmi les convives, c'est le pécheur converti qui est associé aux justes persévérants pour se réjouir de la présence de la vérité et se nourrir de la possession de la grâce. Ou bien encore, Marthe toujours laborieuse représente les personnes adonnées à la vie active, et surtout les pasteurs et prédicateurs dont l'Apôtre a dit : Que les hommes nous regardent comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu (I Cor. IV, 1). Dans cette même maison, les âmes appliquées à la vie contemplative ont pour type l'admirable figure que nous allons considérer attentivement.
Marie surnommée Madeleine, sœur de Marthe et de Lazare, s'approcha de Jésus, comme de Celui qui, étant la source de la miséricorde, peut seul soulager toutes nos infirmités (Joan. XII, 3). Elle portait dans un vase d'albâtre une livre de nard très-pur et très-précieux. L'albâtre, dans lequel les parfums se conservent intacts, sans aucune corruption, est une sorte d'onyx, pierre fine et transparente qui ressemble au marbre blanc, tacheté de diverses couleurs. Se rappelant donc avec reconnaissance la grâce insigne qu'elle avait trouvée aux pieds sacrés du divin Maître, Madeleine les inonda d'une agréable essence, et les essuya avec ses longs cheveux ; puis cassant le beau vase qu'elle tenait à la main, elle répandit tout ce qui restait de cette liqueur sur la tête de Jésus pendant qu'il était à table (Marc. XIV, 3), et toute la maison fut remplie d'une odeur très suave. Ce parfum exquis que saint Marc nomme nardus spicatus était formé de nard, plante aromatique très-recherchée particulièrement à cause de ses épis ; de plus, il était sincère et vrai, sans mélange ni falsification, comme saint Jean le marque en l'appelant nardus pisticus. Aussi, d'accord avec les deux précédents Évangélistes, saint Matthieu assure qu'il était d'un très-grand prix (XXVI, 7) ; car il ne valait pas moins de trois cents deniers, monnaie du temps. Cette huile excellente possède, en effet, des propriétés salutaires et des vertus médicinales ; non-seulement elle charme l'odorat, mais encore elle ramène la fraîcheur, elle fortifie et délasse les membres lorsqu'ils sont épuisés par la fatigue d'un voyage ou échauffés par l'ardeur du soleil. D'après cela, nous pouvons juger combien grande était la pieuse dévotion de Marie qui, pour récréer et soulager le Sauveur au milieu de ses travaux et de ses courses évangéliques, n'hésitait pas un instant à faire des dépenses considérables et à lui procurer des choses rares. Apprenons, par son exemple, à sacrifier tout ce que nous avons de plus cher et de plus précieux en ce monde pour le service et la gloire de Dieu.
Déjà, dans cette même maison, Madeleine avait oint les pieds du Sauveur, lorsque pécheresse encore elle avait obtenu, par la grandeur de son amour repentant, le pardon de ses fautes nombreuses ; aujourd'hui qu'étant justifiée elle a mérité, par la constance de son tendre amour, la familiarité de son divin Maître, elle ne s'en tient plus à ses pieds sacrés, mais avec une sainte hardiesse elle s'élève peu à peu jusqu'à sa tête adorable qu'elle oint également. Autrefois, image des âmes nouvellement converties, elle offrait au Seigneur le parfum de la pénitence avec ses larmes ; maintenant qu'elle est devenue le modèle des âmes vraiment parfaites, elle le réjouit par le parfum de sa dévotion ; car elle aime Jésus par-dessus tout et avec tant d'ardeur qu'elle éprouve un désir insatiable de lui rendre hommage.
A l'imitation de Madeleine, nous parfumons agréablement les pieds et la tête du Sauveur, lorsque nous louons dignement son humanité et sa divinité ; car, d'après saint Paul (I Cor. XI, 3), Dieu est la tête même du Christ. Par conséquent, il embaume la tête du Christ, celui qui accomplit toutes ses actions pour la gloire de Dieu, selon la recommandation de l'Apôtre (I Cor. X, 14) et il embaume les pieds du Christ, celui qui marche sur ses traces, ou qui le sert dans ses membres, les fidèles Chrétiens. « Si vous voulez être une âme vraiment fidèle, dit saint Augustin (Tract. L in Joan.), comme Marie, versez sur les pieds du Seigneur les parfums précieux de la justice, en faisant de bonnes œuvres d'après ses exemples. Et si vous assistez les pauvres avec votre superflu, vous essuyez ses pieds avec vos cheveux qui sont comme le superflu du corps. L'odeur suave qui remplit alors la salle, c'est la bonne réputation qui remplit le monde. Aussi, dans le Cantique des cantiques l'Épouse dit à son Époux: Votre nom est un parfum répandu (I. 2) ; et saint Paul disait des vrais Chrétiens : Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ (II Cor. II, 15). Ceux en effet qui vivent bien font louer partout le saint nom de Dieu, tandis que ceux qui vivent mal le font blasphémer. »
D'après l'explication mystique du Vénérable Bède (in cap. XIV Marc), le zèle et la dévotion de Marie à servir le Seigneur représentent la foi et la piété de la sainte Église qui chante avec amour : Tandis que le Roi était sur sa couche, mon nard a exhalé ses suaves odeurs (Cant, I, II). Ces paroles une fois accomplies littéralement par les mains de Madeleine sont vérifiées chaque jour spirituellement par les membres de cette même Église qui, dans tout l'univers, aiment à répéter avec saint Paul (II Cor. II, 14,15) : Grâces soient rendues à Dieu qui nous fait triompher de tout en Jésus-Christ, et qui se sert de nous afin de communiquer partout l'odeur de sa connaissance ; car nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ pour la gloire de Dieu. Tous ceux, en effet, qui proclament et adorent humblement les perfections de la nature divine que le Sauveur possède conjointement avec le Père, de toute éternité, répandent sur sa tête un parfum précieux ; et de plus ils versent sur ses pieds un vrai nard (nardum pisticum), quand ils vénèrent et publient hautement les mystères de cette nature humaine dont il a daigné se revêtir afin de vivre parmi nous. L'odeur excellente qui embaume la maison, c'est la prédication des vertus et des enseignements qui remplit l'Église, en attirant a Jésus-Christ les esprits et les cœurs. — Suivant Origène (Tract. 35 in Matth.), il oint les pieds du Sauveur, celui qui, pour le soulagement du prochain, accomplit les différentes œuvres de miséricorde entre autres l'aumône ; et il oint la tête du Seigneur, celui qui, pour la gloire de Dieu directement, pratique les divers actes de vertu, en s'appliquant, par exemple, à la chasteté, à la prière et à la mortification. Marie, qui essuie avec ses cheveux les pieds du Sauveur, nous montre par là que nous devons consacrer nos pensées au service du Seigneur ; car les cheveux qui naissent de la fête signifient les diverses pensées qui naissent de notre entendement. C'est pourquoi dans le Cantique des cantiques le divin Époux adresse à l'âme fidèle ces tendres paroles (IV, 9): Ma sœur, mon épouse, vous avez blessé mon cœur par un seul de vos regards et par un seul des cheveux qui flottent sur votre cou ; c'est-à-dire, la simplicité de vos intentions et la pureté de vos affections qui sont continuellement dirigées vers moi m'ont enflammé d'amour pour vous. L'âme dévote se sert ainsi de ses pieux sentiments pour rafraîchir et délasser les pieds de Jésus, afin que sa visite en elle ne soit point empêchée ou retardée.
Cependant, indigné de ce que Marie avait fait, Judas Iscariote murmurait en disant : A quoi bon une telle profusion (Joan. XII, 4 —Matth. XXVI, 8). C'était une perte à ses yeux, parce qu'il n'en avait pas recueilli le prix ; et son reproche s'adressait non-seulement à Madeleine qui avait sacrifié le parfum, mais encore à Jésus lui-même qui en avait permis l'effusion. Judas regardait donc comme perdu le parfum qui avait été répandu pour l'honneur de son divin Maître. Hélas ! n'est-ce pas là ce que nous voyons aussi tous les jours parmi nous ? Combien de Chrétiens estiment comme perdu le temps que l'on consacre à la prière, à l'oraison et aux divers exercices de piété envers Dieu, plutôt que de vaquer exclusivement aux œuvres extérieures de charité à l'égard du prochain ? Quelqu'un entre-t-il en religion, beaucoup le traitent d'insensé ; mais ils louent la prudence d'un autre, parce qu'il embrasse quelque profession dans le monde. Aussi, on dit habituellement d'une personne faible ou incapable, qu'elle n'est propre qu'à être consacrée à Dieu. Souvent même on attend qu'une chose soit détériorée afin de l'offrir au Seigneur. De là ce proverbe : le pauvre est redevable de son pain à la moisissure, de son vin à l'orage, de ses vêtements à la teigne, et de son plat aux mouches ou aux vers ; c'est-à-dire qu'on ne donne aux indigents que les choses altérées ou gâtées.
Panem muciditas, vinumque tonitrua, vestem Tinea pauperibus, sed confert musca scutellam.
On pouvait, ajouta Judas (Marc. XIV, 5), vendre ce parfum plus de trois cents deniers qu'on aurait pu donner aux pauvres. D'après ces paroles, on conjecture ce qui fournit occasion au malheureux disciple de vendre son divin Maître. Selon quelques interprètes,en effet, Jésus-Christ avait coutume de faire distribuer aux pauvres la dixième partie de ce qu'il recevait, et Judas ainsi, en sa qualité d'administrateur ou d'économe,prenait pour lui la dîme de tout ce qui était donné au Seigneur. Voilà pourquoi il eût préféré que ce parfum fût vendu, afin d'avoir trente deniers ou le dixième de trois cents ; il les regarda donc comme perdus, en voyant que le parfum avait été répandu sur le Sauveur. Alors, dans son mécontentement, il conçut l'infâme projet de livrer son Maître trente deniers, afin de compenser le dommage qu'il pensait avoir éprouvé. D'autres croient que les trente pièces d'argent, prix convenu de la trahison, équivalaient à trois cents deniers de monnaie courante, en sorte que Judas aurait ainsi recouvré le prix entier du parfum. Il allègue bien néanmoins l'avantage des pauvres ; mais ce n'est là qu'une spécieuse raison dont il se sert pour couvrir sa sordide avarice ; il affecte la charité, et ne respire que cupidité. Telle est aussi la conduite des détracteurs qui, sous prétexte de zèle, s'efforcent de dénigrer les bonnes actions de leurs frères.
Quelques autres disciples murmurèrent également de la perte prétendue, mais par un tout autre motif ; car, comme ils avaient entendu leur bon Maître déclarer qu'il préférait la miséricorde au sacrifice (Matth. IX, 13), ils pensaient qu'il eût mieux valu employer le prix du parfum au soulagement des indigents, Plusieurs disciples, dit saint Théophile, blâmaient cette femme, mais seulement en considération des pauvres que Jésus leur avait appris à aimer et à secourir. Judas au contraire ne s'indignait et ne se plaignait qu'en vue de son profit et par désir du gain ; parce qu'il était seul animé d'une intention frauduleuse, il est aussi le seul mentionné en cette circonstance par saint Jean. « En parlant de la sorte, ajoute ce même Évangéliste (XII, 6), il ne se souciait pas des indigents, mais il songeait à ses intérêts propres ; il cherchait une nouvelle occasion, non point de faire l'aumône, mais de commettre le larcin, ainsi qu'il en avait déjà contracté l'habitude. C'était effectivement un larron ; la bourse ayant été commise à sa garde, il portait par fonction, mais il emportait par vol ce qu'on y mettait afin de pourvoir aux besoins des disciples et des indigents. Il avait par conséquent double bourse ; l'une pour le Seigneur où les fidèles déposaient ce qu'ils donnaient, l'autre pour lui-même où il renfermait ce qu'il dérobait ; car au lieu de distribuer aux pauvres ce qui leur était destiné, il le retenait furtivement pour les siens. Selon saint Augustin (Tract. L in Joan.), il remettait à sa femme et à ses enfants ce qu'il pouvait détourner. De nos jours encore, parmi ceux qui sont chargés d'administrer les biens ecclésiastiques, plusieurs ne cherchent-ils point à s'élever et à profiter eux-mêmes des revenus qu'ils devraient employer pour l'entretien du culte divin ? N'en est-il point qui, par une cruauté sacrilège, ravissent aux pauvres les dons sacrés qui constituent leur trésor, pour les dissiper en vaines superfluités et même en coupables divertissements ? Relativement aux prêtres de Bel, nous lisons que leurs femmes et leurs enfants venaient pendant la nuit manger les viandes qui avaient été placées sur l'autel, et le roi croyait que le dieu les avait mangées (Dan. XIV). N'est-ce pas là ce que font plusieurs ministres de l'Église qui enrichissent leurs parents des biens confiés à leurs soins pour en faire un tout autre usage ? Tous ceux qui, comme Judas, portent ainsi ou plutôt emportent, comme des larrons, l'argent de Jésus-Christ, seront précipités dans les abîmes éternels avec le disciple avare et traître.
Notre-Seigneur, qui conseillait principalement la pauvreté volontaire, sans doute ne gardait point d'argent pour son utilité personnelle ; néanmoins, par condescendance pour la faiblesse humaine, il avait une bourse où les offrandes des fidèles étaient déposées pour subvenir aux nécessités de ses disciples et des pauvres, comme le fait observer saint Augustin (Tract. L in Joan.). Par là, il signifiait qu'un jour son Église posséderait et conserverait légitimement des biens temporels, et il nous apprenait ainsi qu'en prescrivant de ne point s'inquiéter du lendemain, il ne défendait pas aux Saints de rien réserver pour l'avenir, mais il enjoignait seulement à tous de ne pas servir Dieu en vue d'obtenir les biens temporels, et de ne point abandonner la justice par crainte de les perdre. Rappelons à ce propos comment s'exprime le pape Nicolas III en confirmant la règle des Frères-Mineurs (de Verborum significat. in 6, cap. 3) : « Nous déclarons que le renoncement à la propriété de tous les biens, soit en particulier, soit en commun, est saint et méritoire ; c'est là le vrai chemin de la perfection, que Jésus-Christ nous a enseigné par ses leçons et frayé par ses exemples. Et qu'on ne regarde pas cette déclaration comme opposée au texte évangélique, suivant lequel Jésus-Christ avait une bourse. En effet, si Jésus-Christ, dont toutes les œuvres sont parfaites, a pratiqué habituellement les vertus des forts, il a néanmoins imité quelquefois les actions des faibles ; et par ces différents procédés, il a voulu recommander les voies sublimes des uns, et ne pas condamner les humbles sentiers des autres. Ainsi il a agi comme les faibles, en gardant de l'argent, en prenant la fuite, et dans quelques autres circonstances où il n'a pas dédaigné de se conformer à eux, non-seulement quant au corps, mais aussi quant à l'âme. Le divin Maître, comme modèle de toute perfection, a donc fait de grandes choses, et il en a fait cependant de petites ; mais par rapport aux unes et aux autres il s'est conduit d'une manière parfaite, pour montrer à tous également, aux forts et aux faibles, la véritable route qui conduit au salut ».
Mais, direz-vous peut-être, pourquoi Notre-Seigneur confiait-il sa bourse à un larron ? Pourquoi choisissait-il un avare pour être son économe ? N'était-ce pas lui fournir l'occasion de mal faire ? On peut répondre que Judas était bon dans le principe, quand il fut appelé à l'apostolat, et qu'il fut chargé de la dépense ; ce ne fut que plus tard qu'il s'abandonna à ses propres passions. D'ailleurs, quoique le Seigneur connût ses mauvaises dispositions et prévit ses chutes funestes, il ne laissa pas de lui accorder une dignité et de lui commettre une administration pour plusieurs raisons : 1° Il voulait montrer à son Église qu'elle doit supporter patiemment les injustices de la part des méchants ; car il n'est pas véritablement bon celui qui ne sait pas endurer les défauts des autres. 2° Pour ôter à ce disciple l'occasion de le trahir, il essayait de modérer son excessive avarice en lui donnant à garder quelques pièces d'argent. 3° Il nous apprenait, par son exemple, qu'on peut remettre le soin des biens temporels aux imparfaits, mais qu'on doit réserver celui des biens spirituels pour les parfaits. 4° Il nous faisait voir par là combien il estimait peu l'argent, puisqu'il en abandonnait le soin à un larron ; mais quand il s'agit des clefs de son Église, il ne les remit à saint Pierre qu'après l'avoir sérieusement éprouvé. Il réprouvait ainsi la conduite des Chrétiens qui ne craignent pas de confier la direction de leurs âmes ou celle des autres à tel ou tel homme, auquel ils ne voudraient pas même livrer la gestion de leurs moindres intérêts matériels. D'après ce qui précède, nous voyons que Jésus avec ses disciples pratiquait exactement la pauvreté, et qu'il vivait seulement des aumônes et des offrandes des fidèles.
Jésus alors, selon sa coutume, prit la défense de Marie et répondit pour elle (Marc. XIV, 6) : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Laissez-la. Vous murmurez contre elle sans motif ; car elle a fait à mon égard une bonne œuvre, vous ne devez donc pas la blâmer. Elle n'a pas perdu le parfum, comme vous le dites, mais elle l'a saintement employé afin de témoigner sa dévotion et sa piété ; vous la condamnez par conséquent pour une action louable, contre toute justice et raison. Car vous avez toujours des pauvres parmi vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voudrez ; mais vous ne m'avez pas pour toujours présent parmi vous d'une manière sensible, et vivant dans une chair mortelle qui ait besoin d'une telle onction (Ibid. 7). Comme s'il disait : Cette femme trouvera assez d'occasions d'assister les pauvres, mais bientôt elle ne pourra plus oindre mon corps. Jésus-Christ, en effet, ne devait pas laisser longtemps sur la terre son humanité visible aux méchants comme aux bons ; car depuis qu'il est remonté au ciel où il est assis à la droite de son Père, il ne demeure plus ici-bas avec un corps passible, bien qu'il remplisse toujours l'univers entier de son infini majesté. Néanmoins, si vous êtes du nombre des bons, vous avez toujours Jésus-Christ présent d'une manière soit spirituelle par la foi, soit sacramentelle par l'eucharistie ; et c'est en ce double sens qu'il a dit à ses disciples et dans leurs personnes à tous les fidèles : Voilà que je suis avec vous jusque la consommation des siècles (Matth. XXVIII, 20).
Quant à cette femme, continua Jésus-Christ, ce quelle a pu, ou bien ce qu'elle a voulu par un sentiment de piété, elle l'a fait pour l'honneur de la divinité ; car elle a embaumé mon corps par avance afin de pourvoir à ma sépulture qui est tout proche (Marc. XIV, 8). Par ces paroles, dit Alcuin, le Seigneur signifiait que son corps, après la mort, devait être enseveli avec des aromates ; et comme Marie ne devait point contribuer à ce dernier embaumement, il lui accorda du moins la consolation de rendre à ses membres encore vivants le service qu'elle n'eut pas le temps de rendre plus tard à ses membres inanimés ; car elle en fut empêchée par la promptitude avec laquelle le Sauveur sortit soudain du tombeau. — Laissez-la donc faire maintenant ce qu'elle ne pourra plus faire ensuite ; et ne trouvez pas mauvais qu'elle ait réservé ce parfum pour ma sépulture (Joan. XII, 7). L'opportunité frappante avec laquelle Madeleine agit dans l'occasion présente porte à croire qu'elle était dirigée par le Saint-Esprit ; d'ailleurs, le Sauveur n'avait-il pas annoncé déjà qu'il allait bientôt subir sa douloureuse Passion ? Selon la remarque de saint Théophile, Marie, conduite par Dieu même, anticipa l'embaumement du Seigneur comme si elle prévoyait la proximité de son trépas. Aussi, pour confondre les murmures de Judas, Jésus-Christ semblait lui dire par les paroles précédentes : Comment oses-tu blâmer cette femme de ce que, par cette onction, elle prévient ma sépulture ? Ne devrais-tu pas rougir plutôt de ce que, par ton infâme trahison, tu prépares ma mort ? — En répandant ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour préluder à ma sépulture (Matth. XXVI, 12). Comme si le Sauveur disait aux assistants : Ce qui vous paraît une profusion, une perte, est l'accomplissement d'un devoir, le signe de mon ensevelissement. Dans cette action figurative de ma fin imminente, je reçois une première offrande pour mes funérailles prochaines. Ne soyez pas étonnés de ce que cette femme vienne de m'honorer par la généreuse effusion de son parfum, et de me réjouir par la bonne odeur de sa piété, lorsque je suis sur le point de verser mon sang et de donner ma vie pour elle.
Non content d'avoir justifié et loué Madeleine, Jésus lui promet avec serment une célébrité aussi vaste que le monde, aussi durable que l'Évangile (Matth. XXVI, 13) : En quelque lieu que soit annoncé cet Evangile, dans tout le monde sera publié aussi à la louange de cette femme ce qu'elle a fait, comme un acte admirable de vertu. En d'autres termes : C'est bien à tort que vous désapprouvez Marie pour une action à laquelle l'univers entier applaudira ; car sur tous les points du globe où l'on racontera l'histoire de ma vie, on célébrera également la mémoire de cette femme à cause de ce qu'elle a fait aujourd'hui à mon égard. Par là, comme le fait observer saint Théophile, le Seigneur nous prédit deux grandes merveilles, savoir que la prédication de son Évangile et la réputation de Madeleine devaient être universelles. Et nous voyons clairement que cette double prophétie est réalisée. De plus, remarquons avec le Vénérable Bède que « comme Madeleine, en rendant un pieux hommage à son divin Maitre, est devenue illustre partout où la sainte Église s'est répandue, l'hypocrite, au contraire, qui avait osé dénigrer sa bonne œuvre, est devenu partout infâme, à cause de sa perfidie qui en a fait un objet de haine et d'horreur aux yeux de Dieu et des hommes. Mais en révélant la gloire qui devait récompenser sa servante dévouée, le Seigneur garda le silence sur l'ignominie qui devait couvrir le calomniateur impie. »
Malgré l'apologie qu'il venait d'entendre, Judas persévéra dans son indignation, et de la prît sujet même de trahir son divin Maître. La réponse de Jésus, néanmoins, nous apprend qu'une action meilleure peut quelquefois être abandonnée pour une moins bonne, quand l'occasion d'accomplir celle-ci ne se présentera plus à l'avenir. Ici, en effet, nous voyons un bien qui semble moindre préféré cependant à un autre qui parait supérieur en son genre, si l'on fait abstraction du motif de charité. Observons, en outre, que beaucoup de bonnes œuvres, dès qu'elles sont une fois commencées, ne doivent plus être empêchées, quoique si nous avions été consultés préalablement, nous n'eussions pas conseillé de les entreprendre, parce que nous en voyons de meilleures à exécuter. Ainsi, selon saint Chrysostôme (Hom. 31 in Matth.), si Notre-Seigneur eût été interrogé avant l'effusion du parfum, il eût probablement conseillé d'en donner le prix aux pauvres ; mais quand le fait fut accompli, il l'approuva en disant : Laissez cette femme en paix. — Pareillement, on peut faire une chose moins nécessaire de préférence à une autre plus nécessaire qu'on aura la faculté d'accomplir plus tard, et cela surtout si l'on prévoit qu'on ne trouvera plus moyen d'exécuter la première de ces choses. Voila pourquoi, peut-être, le Seigneur permit de faire l'onction sur sa personne, en disant à ses disciples : Vous aurez toujours des pauvres parmi vous ; mais pour moi, vous ne m'aurez pas toujours. Ces paroles : Vous aurez toujours des pauvres parmi vous. nous donnent à comprendre avec quelle affabilité les riches doivent traiter les pauvres ; car c'est principalement pour les riches que les pauvres existent.
Saint Anselme, écrivant sur ce passage évangélique, dit à sa sœur : « Transportez-vous par la pensée au festin de Béthanie, et considérez avec attention les emplois de chacun. Marthe servait avec empressement, Lazare était assis à table, Marie répandait le parfum sur la tête et les pieds du Sauveur ; cette dernière fonction doit être la vôtre. À cet effet brisez le vase de votre cœur ; tout ce qu'il renferme d'amour, de saints désirs et de pures affections, répandez-le sur la tête et les pieds de votre Époux céleste, en adorant sa divinité dans son humanité et son humanité dans sa divinité. Que le traître envieux et avare frémisse et murmure, qu'il taxe votre dévouement de prodigalité, d'indiscrétion, ne vous en préoccupez point. En vain le Pharisien jaloux blâme la sainte hardiesse de la pénitente, et Judas regrette la généreuse effusion du parfum ; le Juge n'admet point l'accusation et absout l'accusée : Laissez-la en paix, dit-il, car elle a fait une bonne œuvre à mon égard. Marthe travaille avec ardeur, elle prépare un logement au pèlerin, elle donne à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, elle fournit des vêtements à ceux qui sont nus et qui ont froid. Marie ne regarde que moi seul, et je suis tout pour elle ; elle me donne tout ce qu'elle possède, et je lui accorderai tout ce qu'elle désire. » Ainsi s'exprime saint Anselme.
Nous aussi, assistons en esprit au souper de Notre Seigneur dans la maison de Simon le lépreux, avec ses amis qui étaient sans doute les parents ou du moins les voisins de cet hôte privilégié ; comme il se complaît à converser avec eux durant les quelques jours qui le séparent encore de sa Passion ! Contemplez-le surtout dans la maison de Marthe qui était sa demeure de prédilection. C'est là qu'il prenait ses repas et passait les nuits avec ses disciples : c'est là que sa très sainte Mère avec ses sœurs se reposait, aimée, vénérée de tous et spécialement de Marie-Madeleine qui lui tenait toujours compagnie et ne la quittait jamais. — Or Marie-Madeleine ainsi que Marthe et Lazare étaient nés tous trois des mêmes parents, riches et illustres, qui leur avaient laissé de grands biens. Lazare avait hérité d'un faubourg dans la cité même de Jérusalem ; Marie avait reçu le château de Magdalon, petite ville de Galilée, à deux lieues environ de Bethsaïde, et à deux milles du lac de Génézareth ; enfin la portion échue à Marthe était en Béthanie. Comme cette dernière était plus entendue dans le soin des affaires domestiques, son frère et sa sœur habitaient avec elle sous le même toit ; c'est pour cela que parfois Marthe est seule nommée dans la réception faite à Notre-Seigneur. — Jetons aussi des regards attendris sur Notre-Dame, la très-sainte Vierge, en proie aux plus cruelles inquiétudes sur le sort de son Fils bien-aimé qu'elle ne veut plus abandonner un seul instant. Son cœur maternel ne dut-il pas être transpercé d'un glaive de douleur, quand elle l'entendit déclarer que le parfum répandu par Marie sur lui-même présageait sa sépulture prochaine ? Car pouvait-il annoncer plus ouvertement sa mort imminente ? Tous ceux qui étaient présents furent pareillement alarmés ; et agités de diverses craintes, ils se communiquaient à voix basse leurs mutuelles anxiétés, comme le font ordinairement ceux qui s'entretiennent de choses pénibles et malheureuses. Associons-nous à tous ces amis de Jésus pour compatir à leur affliction.
Les Juifs qui s'étaient rendus de toutes parts et en grand nombre à Jérusalem pour la fête de la Pâque apprirent par la rumeur publique la présence de Jésus à Béthanie ; ce qui d'ailleurs n'était pas difficile à savoir, puisque cette petite ville n'est distante de la capitale que de deux milles environ. Ils accoururent en foule à Béthanie pour y voir non-seulement Jésus, mais aussi Lazare qu'il avait ressuscité depuis quelques jours (Joan. XII, 9). Ils voulaient donc visiter avec respect l'auteur du prodige et en même temps considérer avec attention l'objet de ce miracle. Ils se proposaient le second but pour deux motifs encore : d'abord, ils désiraient constater de leurs propres yeux le fait merveilleux d'un mort sorti du tombeau ; puis, ils espéraient apprendre de la bouche même de Lazare quelque chose de l'autre monde ; car il est naturel à l'homme de chercher à connaître les phénomènes d'une puissance surnaturelle et à sonder les secrets d'outre-tombe. Nous ne devons donc pas être surpris de leur empressement : la curiosité plus que la charité conduisait leurs pas, et ils étaient attirés moins par l'affection que par l'admiration. Ces sentiments ou ces motifs, quoique imparfaits, n'étaient pas mauvais en eux-mêmes, puisqu'ils pouvaient les amener à la foi. Pour nous au contraire, si nous apprenons que Jésus a établi sa demeure favorite en une âme soumise à toutes ses volontés, approchons-nous en par l'imitation plutôt que par la contemplation, et non seulement pour voir cet homme ressuscité spirituellement, mais surtout pour reproduire en nous-mêmes sa pieuse vie, afin de parvenir à la vision intuitive de notre divin Sauveur.
Furieux de ce que la gloire de Jésus devenait de plus en plus éclatante, les princes des prêtres délibérèrent de faire périr aussi Lazare ; car il était cause que beaucoup de Juifs, convaincus de sa résurrection, les quittaient pour croire en Jésus dont ce prodige attestait la puissance (Joan. XII, 10, 11). Les docteurs de la Loi pouvaient-ils s'opposer plus manifestement aux desseins de Dieu ? car ils voulaient enlever la vie à celui auquel il venait de la rendre. N'était-ce pas là un signe évident de leur malice consommée ? « Ô projet insensé ! ô aveugle cruauté ! s'écrie saint Augustin (Tract. L in Joan.). En ôtant la vie à Lazare, arracherez-vous à Jésus sa puissance ? Puisqu'il a pu ressusciter un homme mort, ne pourrait-il pas ressusciter un homme tué ? Croyez-vous donc qu'il soit plus difficile d'opérer le second miracle que le premier ? Eh bien ! voilà qu'il a fait l'un et l'autre ; il a ressuscité Lazare qui avait expiré paisiblement, et il s'est ressuscité lui-même que vous aviez horriblement crucifié. « Aucun miracle de notre divin Sauveur, ajoute saint Chrysostôme (Hom. LXV in Joan.) n'excita autant la rage des Juifs incrédules que la résurrection de Lazare. Ce prodige accompli devant de nombreux spectateurs était le plus étonnant de tous ; car c'était une chose inouïe et inexplicable de voir marcher et parler un homme qui était resté quatre jours en proie à la corruption du tombeau. »
Prière
Seigneur Jésus, sur le point de souffrir pour le monde entier, vous avez voulu vous rendre et vous arrêter à Béthanie, c'est-à-dire dans la maison d'obéissance ; vous avez daigné y célébrer un festin avec vos amis et vos disciples, et vous y avez laissé répandre des parfums sur votre tête et vos pieds sacrés. Je vous supplie de m'établir dans une véritable obéissance, afin de vous préparer un banquet spirituel qui vous soit agréable car vous mettez vos complaisances et vous trouvez vos délices dans notre parfaite soumission. Faites aussi que, demeurant dans cette vertueuse disposition, je verse sur votre tête et sur vos pieds sacrés des essences précieuses ; sur votre tète, en confessant avec amour et respect les perfections de votre nature divine ; sur vos pieds, en reconnaissant avec humilité et affection les mystères de votre nature humaine. Que je parfume encore votre tête, en vous adorant comme le Christ Fils de Dieu, et vos pieds, en vous servant dans les fidèles chrétiens qui sont vos membres. Puissé-je, en agissant ainsi, obtenir votre sainte grâce. Ainsi soit-il.