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CHAPITRE LIII
Manducation de l'agneau pascal dans la dernière cène du Sauveur
Matth. XXVI. — Marc. XIV. — Luc. XXII
Le temps approchait, où le Seigneur allait manifester ses grandes miséricordes ; bientôt devait paraître le jour mémorable qu'il avait déterminé pour sauver son peuple, en le rachetant, non par des choses corruptibles comme de l'or ou de l'argent, mais par son sang très-précieux (I Pet. I, 18, 19). Toutefois, avant que la mort le séparât de ses disciples, il voulut célébrer avec eux une Cène solennelle, pour laisser un souvenir perpétuel de ses nombreux bienfaits et assurer le parfait accomplissement de ses divers mystères. Les pains de proposition, que le grand-prêtre Abimélech distribua jadis à David poursuivi avec ses fidèles serviteurs, étaient la figure de cette Cène qui fut vraiment magnifique (I. Reg. XII). Pour considérer avec attention les merveilles qu'y opéra le Seigneur, transportez-vous en esprit à ce festin suprême ; si vous vous montrez plein de respect et de vigilance, le bon Maître ne vous laissera pas aller sans vous y avoir fait participer. Dans cette admirable Cène nous devons examiner cinq particularités principales : premièrement la réfection corporelle des assistants, secondement le lavement des pieds des Apôtres par le Seigneur Jésus, troisièmement la réprimande charitable adressée au traître Judas, quatrièmement l'institution du très-saint Sacrement, cinquièmement enfin le discours sublime qui termina cette grande solennité. Méditons d'abord la première de ces circonstances.
Le premier jour des azymes, au soir duquel on devait immoler l'agneau pascal et le manger avec des pains sans levain, c'est à-dire le quatorzième jour du mois, qui était un jeudi, veille de la solennité pascale chez les Juifs, les disciples demandèrent à Jésus : Où voulez-vous que nous allions vous préparer la Pâque, ou l'agneau prescrit pour cette fête d'après la loi de Moïse ? (Marc XIV, 12). Alors il envoya Pierre et Jean vers un de ses amis qui habitait sur le mont Sion, ou il avait une grande salle toute meublée ; c'est en ce lieu qu'il leur commanda de préparer la Pâque, montrant ainsi, jusqu'à la fin de sa vie, qu'il se soumettait aux observances légales. Pierre est ici la figure de la bonne conduite, et Jean l'emblème de la prière fervente qui disposent à recevoir dignement l'adorable Eucharistie. Le Chrétien est le cénacle où le Christ fait sa Pâque, cénacle qu'élève la dévotion, qu'agrandit la longanimité, qu'élargit la charité et qu'ornent les différentes vertus. — Le Seigneur, en députant ses deux disciples, leur dit : Lorsque vous entrerez dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau (Luc. XXI, 10). Selon le sens littéral, cet homme portait un vase rempli afin de se procurer l'eau nécessaire aux purifications exigées pour la grande fête ; et dans le sens moral, il signifiait que le cœur où Jésus veut célébrer la cène mystique doit être préalablement purifié parle baptême ou par les larmes de la pénitence. D'après le Vénérable Bède, cet homme, qui portait une cruche d'eau au lieu même où les deux Apôtres allaient préparer la Pâque du Sauveur, nous montre qu'elle devait être célébrée pour la sanctification du monde car l'eau désigne la grâce qui nous purifie de nos péchés, et la cruche marque la fragilité des ministres qui étaient destinés à communiquer la grâce à nos âmes.
Jésus ajouta, en parlant aux deux disciples : Suivez cet homme dans la maison où il entrera ; dites alors au père de famille (Luc. XXII, 10, 11) : Le Maître vous mande : Voici que mon temps ou ma Passion, est proche ; c'est chez vous que je fais ma Pâque (Matth. XXVI, 18). Comme s'il lui eût fait dire : Je veux que vous me prépariez dans votre maison tout ce qui est requis pour manger l'agneau pascal ; ayez soin de disposer les lieux et les vivres à cet effet. Nous devons conclure d'une telle recommandation que cet homme était vraiment, quoique secrètement, disciple du Sauveur ; aussi lui fournit-il toutes les choses nécessaires pour accomplir les cérémonies légales. Nous apprenons aussi par là combien grande était la pauvreté de Jésus-Christ, puisqu'il n'avait ni demeure pour célébrer le festin, ni argent pour acheter l'agneau ; et voilà pourquoi ses Apôtres lui avaient demandé où ils devaient préparer la Pâque. Entendez ceci et rougissez, ô vous Chrétiens orgueilleux et cupides qui mettez toute votre application et votre complaisance à vous construire de superbes habitations et à rassembler de nombreuses richesses ; remarquez que le Christ, maître souverain du ciel et de la terre ne possédait ni domicile pour prendre son repas ou pour reposer sa tête, ni aliments pour se nourrir, ni argent pour s'en procurer. Vous, au contraire, combien vous différez peu des infidèles qui se prosternent devant les idoles, ouvrages de leurs mains ! En effet se plaire à demeurer en de somptueux édifices, s'appliquer à entasser des trésors, n'est-ce pas, comme les païens, adorer le bois et la pierre, l'or et l'argent ?
Dociles aux ordres de leur divin Maître, les deux disciples s'en allèrent à Jérusalem ; ayant trouvé toutes choses comme il leur avait dit, ils préparèrent la Pâque, c'est-à-dire le festin pascal dans le cénacle qui leur fut montré sur le mont Sion (Luc XXII, 12, 13). C'est là que tous ensemble mangèrent la Pâque, là qu'ils se réunirent par crainte des Juifs après la résurrection du Sauveur et qu'ils reçurent le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, en ce même lieu où le Seigneur opéra plusieurs grandes merveilles. Cette montagne de Sion est vraiment la montagne grasse et fertile, où il a plu à Dieu d'habiter et d'opérer tant de choses admirables (Ps. LXVII, 17) ; elle est comme une ruche féconde qui distille la douceur du miel, comme un jardin embaumé d'où s'exhale le parfum des fleurs ; les fruits excellents de sainteté, qu'elle a produits, nourrissent et délectent les cœurs pieux ; son simple souvenir les touche, les ranime et réconforte.
Lorsque le jour penchait sur son déclin, Jésus entra lui-même dans la ville avec ses Apôtres et se rendit au lieu désigné pour y célébrer la Pâque à l'heure accoutumée ; car l'agneau pascal devait être immolé à l'approche de la nuit, pour figurer que le véritable Agneau de Dieu devait être sacrifié dans le dernier âge du monde, sur la fin des siècles. Remarquons ici que les solennités des Juifs commençaient la veille au soir et se terminaient également au soir du lendemain, parce qu'ils comptaient les jours d'après la lune qui se montre d'abord vers le coucher du soleil. Comme les fêtes comprenaient ainsi tout le temps d'un soir à l'autre, une chose faite la veille d'une fête était censée faite le jour même de cette fête. En ce sens trois Évangélistes ont dit que la Cène avait été célébrée le premier jour des azymes, parce qu'elle l'avait été la veille au soir qui appartenait déjà au premier jour des azymes ; aussi dès ce même soir, les Juifs, après avoir éloigné de leurs maisons tout pain fermenté, avaient coutume d'immoler l'agneau pascal. En disant que la Cène fut célébrée avant le jour de la fête de Pâque, saint Jean (XIII, 1), ne contredit point réellement les autres Evangélistes ; car tandis que ceux-ci parlent du premier jour légal de la fête, lui parle du premier jour naturel qui était tout entier solennel. C'est donc la veille au soir où l'on mangeait l'agneau pascal avec des azymes, que Jésus-Christ institua la sainte Eucharistie ; d'où il suit qu'il consacra son corps adorable, non point avec du pain fermenté mais avec du pain sans levain. En effet, à partir de ce moment, c'est-à-dire depuis le soir du quatorzième jour du premier mois jusqu'au soir du vingt et unième jour du même mois inclusivement, les Juifs ne devaient plus avoir chez eux de pain fermenté et ne pouvaient user que de pain sans levain.
Jésus voulut ainsi jusqu'à sa dernière heure observer la Loi, afin de ne pas lui paraître opposé ; c'est pourquoi il voulut célébrer la Pâque, selon la coutume des Juifs, en mangeant l'agneau pascal avant de sacrifier sa propre vie. Quoique cet agneau le représentât, lui-même ne fut pas néanmoins immolé en la même nuit que celui-là ; mais l'immolation de l'agneau figuratif précéda celle de l'Agneau véritable, afin que la vérité succédât immédiatement à la figure en y correspondant parfaitement. Jésus-Christ ne fut crucifié, il est vrai, que le jour suivant ; mais toutefois en cette même nuit où l'agneau pascal était immolé, il confia à ses disciples le pouvoir d'offrir le sacrifice mystérieux de son corps et de son sang, puis il fut saisi et garrotté par ses ennemis acharnés, en sorte qu'il commença dès lors à offrir les prémices de sa Passion et de sa mort. Le lendemain, à savoir le Vendredi-Saint, dans lequel le véritable Agneau fut immolé sur la croix, n'est point pour nous Chrétiens un jour de réjouissance mais de deuil, à cause des douleurs et des humiliations dont notre divin Sauveur fut accablé ; c'est pourquoi au lieu de solenniser la fête de Pâque en ce jour, l'Église en diffère la célébration jusqu'au dimanche suivant ; le Seigneur étant alors ressuscité glorieux, elle chante avec l'Apôtre : Le Christ notre Pâque a été immolé (I Cor. V, 7).
Contemplons à cette heure le Seigneur Jésus retiré dans quelque partie de la maison, où il s'entretient pieusement avec ses Apôtres. Pendant ce temps quelques-uns des soixante-douze disciples disposent dans le cénacle tout ce qui est nécessaire pour la Pâque. On rapporte en effet que parmi ces derniers saint Martial, futur évêque de Limoges, se trouva présent à la Cène où il servit le Seigneur ; ce fut lui spécialement qui apporta l'eau pour le lavement des pieds. Quant tout fut prêt dans la salle du festin, Jésus y entra avec ses Apôtres. Lorsque tous eurent lavé leurs mains, on apporta l'agneau pascal qui était rôti : le Sauveur le bénit, et tous ensemble le mangèrent avec des laitues sauvages. Quatre choses étaient prescrites pour ce repas solennel : l'agneau pascal, les pains azymes, le vin et des herbes amères, pour signifier que nous ne devons point célébrer la Pâque sans éprouver les amertumes d'un repentir sincère et d'une véritable pénitence. Ainsi que Pierre Comestor le fait remarquer en son Histoire Scolastique, il n'est écrit nulle part que le Seigneur ait mangé de la chair, si ce n'est celle de l'agneau pascal ; encore le faisait-il à cause de la signification que renfermait cette manducation. Voilà donc Jésus à table avec ses douze Apôtres, le Seigneur avec ses serviteurs, le Maître avec ses disciples, le Père avec ses enfants qu'il traite comme ses égaux et ses amis ; c'est alors qu'on peut lui appliquer ces paroles du Prophète royal : Vos fils se pressent autour de votre table comme les rejetons de l'olivier (Ps. CXXVII, 3). Ce festin représente le banquet éternel où seront réunis tous les élus au soir de cette vie, à la fin du monde. Heureux mille fois ceux qui seront jugés dignes de prendre part à cette réfection céleste ! — Mais comment l'Evangéliste a-t-il pu dire que Jésus et ses Apôtres étaient couchés pour prendre le souper, puisque la Loi ordonnait de se tenir debout pour manger la Pâque ? On peut répondre avec saint Théophile qu'ils mangèrent d'abord l'agneau selon les prescriptions légales, et qu'ensuite ils se couchèrent selon l'usage ordinaire pour continuer leur repas. C'est pourquoi l'Évangéliste ajoute qu'après la Cène Jésus se leva de table (Joan. XIII, 2, 4).
Pendant qu'ils soupaient, le Sauveur leur dit : J'ai vivement souhaité de manger avec vous cette Pâque figurative et légale, avant de souffrir la mort (Luc. XXII, 15), Par cette répétition de mots, desiderio desideravi, il voulait exprimer la double intention de ses vœux les plus ardents qui étaient de voir la fin de l'Ancien Testament et le commencement du Nouveau. Remarquez comme ses désirs ont été longtemps différés, et ne vous découragez point si les vôtres ne sont pas promptement exaucés. Dévoré par la soif de notre salut, il n'a cessé de courir après nous pendant sa vie entière ; de notre côté, ne nous lassons point de répéter comme le Roi-Prophète : Seigneur, mon âme a désirée s'attacher en tout temps à vos justes ordonnances (Ps. CXVIII, 20). Et si nous ne pouvons toujours ressentir ces bons désirs, ayons du moins la volonté de les former et Dieu nous en tiendra compte. Le Sauveur parla comme nous venons de l'entendre, pour montrer qu'il allait subir volontairement sa Passion figurée par l'immolation de l'agneau pascal, et qu'il soupirait principalement après l'heureux moment où les prescriptions légales seraient abolies et les vérités évangéliques propagées dans l'univers entier. Selon le Vénérable Bède (in cap. XXII, Luc), Jésus-Christ désire d'abord manger cette Pâque symbolique avec ses disciples, afin de révéler ensuite au monde les grands mystères de sa Passion prochaine ; de la sorte, il témoigne qu'il ne désapprouve pas la Pâque ancienne, mais qu'elle doit être remplacée désormais par la Pâque spirituelle dont elle est une figure grossière. Comme pour signifier d'avance cette importante substitution, la manne autrefois cessa de tomber dès que les enfants d'Israël commencèrent à manger les fruits de la Terre promise, en sorte qu'ils n'usèrent plus de la nourriture précédente (Josué, V, 12).
En conséquence le Seigneur ajoute (Luc. XXII, 16) : Dorénavant, je ne mangerai plus cette Pâque jusqu'à ce qu'elle reçoive son perfectionnement dans le royaume de Dieu, c'est-à-dire jusqu'à ce que le sacrement de l'Eucharistie, représenté parla cérémonie de la Pâque, soit institué dans l'Église militante. Comme s'il disait : Je ne mangerai plus cette Pâque en signe et en figure, mais bien en réalité et en vérité. C'est ce qu'il fit bientôt après en prenant lui même son propre corps sous les apparences sacramentelles. Aujourd'hui encore il célèbre dans l'Eglise le festin mystique, qui était figuré jadis par avance dans la Synagogue ; car il continue d'accomplir spirituellement par ses membres, les fidèles Chrétiens, ce que la Loi commandait aux Juifs grossiers d'observer matériellement. Il ne cesse donc point de manger dans le royaume son propre corps c'est-à-dire il nous le fait manger dans l'Église ; s'il est dit pareillement qu'il ne cesse de demander pour nous, c'est parce qu'il nous fait demander. Ainsi, tandis que nous participons spirituellement par la foi au sacrement de l'Eucharistie, il y participe lui-même avec nous en nous incorporant à lui par ce sacrement. Voilà pourquoi saint Augustin s'écriait transporté d'admiration : Seigneur, vous êtes la nourriture des grandes âmes ; vous n'êtes point changé en moi, mais vous me changez en vous (Confes. lib. VII, 17).
Jésus prenant ensuite le calice qui renfermait le vin destiné à la Pâque judaïque, rendit grâces à son Père et dit à ses Apôtres : Prenez ceci et le distribuez entre vous (Luc XXII, 17). Il rend grâces à Dieu en ce moment suprême, parce que ses désirs vont être accomplis par l'immolation de l'Agneau véritable qui doit succéder immédiatement à celle de l'agneau symbolique, et parce que les cérémonies anciennes vont être remplacées par les sacrements nouveaux, quand sa bénédiction changera le pain et le vin en son corps et en son sang précieux. C'est pourquoi il ajoute : Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, de ce vin matériel qui a été jusqu'à présent un breuvage figuratif, jusqu'à ce que vienne le royaume de Dieu (Ibid. 18). « Jésus-Christ, dit le Vénérable Bède (in cap. XXI Luc), proteste qu'il ne boira plus le breuvage figuratif de la Pâque, comme il avait déjà protesté qu'il ne mangerait plus l'agneau figuratif, jusqu'à ce que, après avoir manifesté la gloire de sa résurrection, il établisse dans le monde la foi au royaume de Dieu. En changeant ainsi d'une façon mystique les deux principales prescriptions de la Loi, relativement à la manducation et à la boisson de la Pâque, il nous apprend que toutes les ordonnances et cérémonies mosaïques, dont l'objet semblait tout charnel, allaient être transformées et observées d'une manière spirituelle. » Voilà pourquoi, d'après saint Augustin (de consensu Evang. lib. I), saint Luc rapporte que le Sauveur prit deux fois le calice : d'abord, lorsque ce calice renfermait le vin destiné à la Pâque judaïque ; puis, lorsqu'il renfermait le vin changé en son sang adorable. C'était une coupe d'argent, pourvue de deux petites anses et pouvant contenir un setier. Dès ce jour, la Pâque légale fut abrogée par l'institution de la Pâque véritable, établie dans l'Église, alors que la Sagesse divine prépara ce banquet mystérieux où elle donna pour pain son propre corps et pour vin son propre sang. Les rites anciens demeurèrent obligatoires jusqu'à la Passion du Christ, dans laquelle fut offert un sacrifice parfait qui rendait inutiles tous les précédents. C'est pour cette raison que le Sauveur observa durant toute sa vie les cérémonies légales qu'il fit également observer par les autres. Aussi saint Augustin a dit (Lib. de littera et spiritu) : La loi mosaïque ne conserva de vie que jusqu'à la Passion du Seigneur où elle perdit sa force ; quoique morte dès lors, elle ne fut ensevelie qu'après la prédication de l'Évangile parmi toutes les nations. Il n'en est pas de même des sacrements du Christianisme qui doivent rester en vigueur jusqu'à la fin du monde.
Les différentes dispositions qui étaient requises pour le festin de l'agneau pascal, d'après le livre de l'Exode (XII), représentent celles qui sont nécessaires pour la communion de l'Agneau véritable. Ainsi pour participer à la Pâque légale, les Juifs devaient être circoncis de corps, user de laitues amères et de pains azymes, avoir les reins ceints, les pieds chaussés et tenir un bâton à la main. De même pour participer à la sainte Eucharistie, les Chrétiens doivent être circoncis de cœur par le retranchement des vices, éprouver une vive contrition de leurs fautes passées, et avoir la conscience pure de tout levain de péché mortel, réprimer leurs passions par la chasteté et détacher leurs affections de la terre, comme le Seigneur l'a voulu signifier en lavant les pieds à ses Apôtres avant de les nourrir de sa chair sacrée ; ils doivent enfin veiller attentivement sur leur propre conduite. — Ces conditions sont exigées pour éviter le mal ; d'autres non moins indispensables ont été figurées également dans l'ancienne loi. Ainsi l'agneau pascal devait être mangé dans une seule maison par les voisins réunis ; il devait être rôti au feu et non pas cuit dans l'eau, dévoré promptement et entièrement en y comprenant la tête, les intestins et les pieds, sans rompre aucun os. De même la sainte Eucharistie ne doit être reçu que dans l'Eglise catholique par des personnes animées d'une charité fraternelle ; en outre elle doit être reçue avec une dévotion fervente excitée par l'amour divin, avec une pieuse avidité accompagnée de délectation spirituelle, et avec une foi complète qui nous fasse reconnaître Jésus-Christ présent tout entier, quant à son corps, son âme et sa divinité, dans cet auguste sacrement ; c'est pourquoi nous ne devons point approcher de la table sainte sans une profonde vénération.
Prière
Seigneur Jésus, qui sur le soir avez fait une dernière cène avec vos disciples assemblés dans une salle spacieuse et bien meublée, où vous les avez nourris de votre corps sacré et de votre sang précieux ; faites de mon cœur un cénacle vaste et bien orné, décorez-le des différentes vertus chrétiennes, augmentez en lui l'espérance et la charité, la patience et l'humilité. Vous que le ciel et la terre ne peuvent contenir, daignez descendre dans l'étroite demeure de mon cœur contrit et humilié. Que votre grâce réside en moi pour me faire connaître et accomplir tout ce qui vous est agréable, haïr et éviter tout ce qui vous est contraire ; accordez-moi de persévérer ainsi dans votre service et votre amour jusqu'à la fin, de manière que je puisse dignement alors recevoir votre corps et votre sang adorables ! Ainsi sait-il.


CHAPITRE LIV
Lavement des pieds des apôtres
Joan. XIII
Méditons maintenant avec attention la seconde partie de cette Cène mémorable. Saint Jean en commence le récit par la remarque suivante (XIII, 1) : Jésus savait que son heure était venue, non point d'une manière fatale, mais par une disposition mystérieuse de la divine Providence pour l'accomplissement des plus grands mystères ; car c'était l'heure où il devait passer de ce monde à son Père, sans toutefois changer de lieu. En effet, comme nous disons que le Christ est sorti de son Père, en se revêtant de notre nature mortelle, de même on peut dire qu'il est retourné à son Père, en faisant participer cette même nature à la gloire divine par l'immortalité qu'il lui a communiquée dans sa résurrection. Pendant toute sa vie, il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, à savoir ses disciples qui lui appartenaient non-seulement comme ses créatures mais surtout comme ses élus privilégiés ; il les aima jusqu'à la fin (in finem dilexit eos), c'est-à-dire il leur donna dans ses derniers moments des marques plus particulières et plus signalées de l'extrême affection qu'il leur portait, en sacrifiant pour eux sa propre vie. Ou bien il les aima jusqu'à la fin, c'est-à-direavec persévérance jusqu'à la mort, non point en ce sens que son affection cessa dès lors, mais au contraire en ce sens qu'elle continua encore ; il montra de cette manière à tous les Chrétiens qu'ils doivent se maintenir jusqu'à leur trépas dans les sentiments de charité à l'égard de Dieu et du prochain. Ou bien encore il les aima pour la fin, c'est-à-dire pour lui-même qui est le terme suprême de la perfection et de la félicité ; car il voulait qu'attirés par son amour ils pussent en sortant de ce monde parvenir jusqu'à leur Chef, alors près de les quitter. — Jésus, dont le nom signifie Sauveur, nous apparaît ici comme le type du passeur des âmes ; or les âmes ont pour fin dernière la béatitude céleste, qui consiste dans la vision intuitive et la parfaite jouissance de Dieu ; et quoique tout homme doive aimer son prochain relativement à cette fin, le pasteur comme représentant de Jésus-Christ est spécialement obligé de conduire vers ce bonheur éternel les sujets qui lui sont confiés.
Le souper où Jésus avec ses disciples avait mangé l'agneau pascal, était terminé et déjà le démon avait inspiré à Judas le dessein de livrer son divin Maître à ses mortels ennemis (Joan. XIII, 2). Le démon agissait ainsi sur la volonté du traître d'une manière non point directe mais seulement indirecte, en le pressant d'exécuter le pacte qu'il lui avait fait conclure la veille. Le diable, en effet, est plutôt l'instigateur que l'auteur des mauvaises pensées de l'homme. Celui-ci commence à les concevoir par lui-même et quant celui-là parvient à les découvrir d'après quelques signes ou actes extérieurs, il les entretient et les fomente de plus en plus ; mais il ne peut nous entraîner dans le mal à moins que nous ne voulions y tomber, et il ne peut nous vaincre à moins que nous ne lui rendions les armes, en consentant à ses insinuations perfides ; car, d'après Saint Augustin (Tract. LV in Joan.), le démon s'efforce de faire pénétrer ses suggestions perverses dans notre cœur, en les mêlant à nos propres pensées. — Au milieu des circonstances que nous venons d'exposer, Jésus, dit l'Évangéliste (Joan. XIII, 3) savait que son Père lui avait remis toutes les choses entre les mains, que par conséquent il pouvait disposer de son traître disciple et de ses criminels persécuteurs, car il possède en lui-même la plénitude de la science et de la puissance ; il savait aussi qu'il était sorti de Dieu pour venir en ce monde sans quitter son Père, et qu'il allait retourner à Dieu sans nous abandonner, en ramenant à son Père tout ce qu'il devait acquérir par son propre sang ; il n'oubliait pas qu'il était le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ; il n'ignorait pas non plus qu'il était le Fils unique du Très-Haut et qu'il était Dieu lui-même. Néanmoins, pour nous donner une grande preuve de sa tendresse et un grand exemple d'humilité, il daigna remplir un office qui appartient non pas au Maître du ciel et de la terre mais au dernier des hommes et des esclaves ; il voulut exercer le plus vil des ministères, afin de prouver qu'il était venu non pour recevoir mais pour rendre des services (Matth. XX, 28). Avant de raconter cet acte prodigieux, l'Évangéliste commence par proclamer la souveraine grandeur de Jésus-Christ, pour faire mieux ressortir le profond abaissement auquel s'est réduit ce divin Sauveur, et pour nous apprendre que plus nous sommes élevés, plus nous devons être humbles et ne jamais nous enorgueillir des dons célestes. Ne semble-t-il pas nous dire en effet : Si le Fils de Dieu égal à son Père, n'a pas craint d'abaisser sa majesté suprême jusqu'à se prosterner aux pieds de pauvres mortels, que ne devez-vous pas faire, hommes misérables qui n'êtes que cendre et poussière ?
Foulant donc aux pieds tout orgueil, Jésus se lève de table (Joan. XIII, 4) ; ses disciples se lèvent également aussitôt, sans savoir où il voulait aller, ni ce qu'il voulait faire. Il descend alors avec eux dans une pièce située au-dessous du cénacle dans la même maison ; car les Juifs en Palestine plaçaient la salle à manger dans la partie supérieure de leurs habitations et les chambres à coucher dans la partie inférieure. Il y avait autrefois sur cette montagne de Sion deux chapelles, desservies par des chanoines réguliers de l'ordre de saint Augustin sous la conduite d'un abbé. La chapelle supérieure était dans le lieu même où Notre-Seigneur fit la Cène et où le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres ; la chapelle inférieure occupait l'endroit où le Sauveur lava les pieds de ses disciples et leur apparut après sa résurrection, les portes étant fermées. Auprès de ce dernier sanctuaire se trouvait le cimetière où avaient été ensevelis saint Etienne, Nicodème, Gamaliel et son fils Abibon, ainsi que plusieurs autres saints personnages. Non loin de là on voyait aussi les tombeaux de David, de Salomon, et de plusieurs bons rois de Juda et de Jérusalem. — Jésus, étant donc arrivé dans cette chambre basse, y fit asseoir tous ses Apôtres ; puis s'étant fait apporter de l'eau, quitta ses vêtements afin d'être plus dispos pour la fonction qu'il allait accomplir. Nous voyons dans la vie du Sauveur quatre circonstances où il fut dépouillé de ses habits : dans la Cène il les déposa et les reprit un instant après ; avant de l'attacher à la colonne, les soldats les lui ôtèrent et, après l'avoir flagellé, les lui rendirent ; ils les lui enlevèrent de nouveau pour se jouer de lui et les lui remirent pour le conduire au Calvaire ; enfin les bourreaux les lui enlevèrent pour l'attacher à la croix et dès lors il n'en fut plus revêtu. Les habits du Sauveur figurent, dans le premier cas, les Apôtres qu'il laissa quelque temps pour les rejoindre bientôt ; dans le second cas, ils figurent tous ceux qu'il s'attacha le jour de la Pentecôte ou qu'il s'attache peu à peu dans le cours des siècles ; dans le troisième cas, ceux qui ce convertiront à la fin du monde ; et dans le quatrième cas enfin, les hommes pervers qui se sépareront de lui pour toujours.
Notre-Seigneur, ayant déposé ses vêtements, se ceignit d'un linge. Puis, de ses propres mains et sans l'aide de personne, il versa de l'eau dans un bassin de pierre ; alors tout prêt à remplir d'une manière convenable son charitable office, il commença à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint (Joan. XIII, 5.) Assurément nous devrions être étonnés de le voir agir de cette façon, s'il n'avait pas daigné faire encore bien davantage. « En effet, selon la remarque de saint Augustin (Tract. LV in Joan.), il quitte ses vêtements, Celui qui, ayant la nature de Dieu, s'est anéanti lui-même, il se ceint d'un linge. Celui qui, prenant la forme d'un esclave, s'est montré comme homme (Phil. II, 7) ; il verse de l'eau dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples. Celui qui a répandu son sang sur la terre pour laver les souillures de nos crimes ; il essuie avec le linge dont il est ceint les pieds qu'il vient de laver, Celui qui a raffermi les pas des messagers de l'Évangile en les nourrissant de la chair dont il s'était revêtu. Pour se ceindre d'un linge, il déposa les habits qu'il portait ; mais quand il s'incarna, il prit une nature qu'il n'avait pas, sans abandonner toutefois celle qu'il possédait. »
Agissant toujours selon l'ordre et la raison, comme aussi pour nous donner une leçon et un exemple, Notre Seigneur vint donc à Simon-Pierre en premier lieu ; car il voulait commencer par exercer son ministère à l'égard de celui qui était le chef des Apôtres (Joan. XIII, 6.). Considérant alors avec épouvante la divine majesté de Jésus-Christ, Pierre fut saisi d'étonnement comme l'eut été tout autre disciple, et frappé de stupeur, il refusait de se prêter à une action qui lui paraissait si inconvenante. Ô Maître! s'écria-t-il, ce que voulez faire ne convient en aucune sorte ; vous êtes le Seigneur souverain et je ne suis qu'un indigne serviteur ; vous êtes le Dieu tout-puissant et je ne suis qu'un homme faible ; vous êtes le Créateur et je ne suis qu'une créature. Quoi ! vous-même Fils unique du Très-Haut, avec ces mains sacrées qui ont rendu la vue aux aveugles, la santé aux malades, la vie aux morts, vous laveriez mes pieds couverts de poussières, ces membres abjects d'un misérable, d'un pauvre et vil pêcheur ? Non, non, je ne saurais le souffrir. C'est ainsi qu'au début de sa conversion, saint Pierre avait dit à Jésus : Éloignez-vous de moi. Seigneur, car je ne suis qu'un homme pécheur (Luc. V, 8.) Si le Maître montrait son extrême humilité en voulant rendre un très bas service, le disciple en refusant de l'accepter témoignait sa modestie sincère. D'après le Vénérable Bède, l'Apôtre semblait dire : Vous le Dieu des dieux, le Roi des Anges, le miroir sans tache de la Majesté suprême, vous qu'adorent les Puissances célestes, vous enfin l'Être éternel, vous me laveriez les pieds, à moi chétif ver de terre ? Vous vous courbez devant moi, vous devant lequel s'inclinent ceux qui portent le monde ! Vous vous prosternez devant moi, vous au nom duquel tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers.
Dans la circonstance présente, Pierre nous représente ces disciples ignorants qui, dans leur indiscrétion, se permettent de blâmer la conduite de leur supérieur, sans connaître les motifs qui le font agir. Souvent, en effet, parce que nous ne découvrons pas les causes secrètes des actions, nous taxons comme déraisonnables ou injustes des choses qui en réalité sont très-conformes à la raison et à la justice. Aussi le Sauveur dit à Pierre (Joan. XIII, 7) : Tu ne sais pas maintenant ce que je fais. Cet acte que j'accomplis, renferme tout à la fois un exemple manifeste de l'humilité que vous devez exercer extérieurement et un signe mystérieux de la pureté que vous devez posséder intérieurement. Considérées sous ces deux rapports, les paroles du Sauveur peuvent recevoir une double interprétation, dont voici la première : L'exemple que je veux donner, tu ne le comprends pas présentement, mais tu le comprendras bientôt. C'est ce qui arriva aussitôt après le lavement des pieds, quand le divin Maître en expliqua le but. Il fallait que, pour guérir l'enflure de notre superbe, le Rédempteur des hommes se réduisît à cet excès d'abaissement, et encore après un exemple aussi surprenant, combien ne voyons-nous pas de disciples et même de ministres de Jésus-Christ se rendre les imitateurs de l'orgueilleux Lucifer ? Voici une seconde interprétation : Le mystère que je veux représenter, tu ne le comprends pas à cette heure, mais tu le comprendras dans la suite, lorsque tu auras reçu le Saint-Esprit. Cette action contient un sens caché qui sera révélé en temps opportun pour l'instruction de l'Église ; car elle signifie la purification spirituelle que moi seul je puis opérer. Apprenons par là à juger et à parler favorablement de ce que fait un bon supérieur, à moins que, par une permission divine, il ne tombe en quelque faute ou erreur manifeste.
Pierre cependant, toujours épouvanté de voir le profond abaissement du Fils de Dieu, ne pouvait consentir à ce qu'il s'humiliât en sa présence et il persistait dans son refus, non par obstination mais par respect. Non, jamais, vous ne me laverez les pieds, disait-il ; je ne supporterai point que vous, mon Maître, mon Seigneur et mon Dieu, vous me rendiez un pareil service. Pierre parlait ainsi par l'effet d'un zèle pur sans doute mais indiscret ; puisque Jésus Christ ne pouvait se tromper, l'Apôtre ne devait résister aucunement à sa volonté. C'est pour cela que Jésus lui fit cette menace : Si je ne te lave, tu n'auras pas de part avec moi dans l'éternelle béatitude (Joan. XIII, 8). Ces paroles peuvent s'entendre soit de la purification intérieure des affections, soit de la purification extérieure des pieds ; la première est commandée parce qu'elle est nécessaire, et la seconde n'était alors nécessaire que parce qu'elle était présentement commandée. Le Sauveur ne pouvait mieux convaincre son disciple qu'en lui faisant une telle menace ; l'Apôtre en effet fut saisi de frayeur à cette parole, et craignant pour nos salut, changea sagement sa détermination (Ibid. 9). Seigneur, s'écria-t-il, lavez-moi non-seulement les pieds, mais encore les mains et la tête, c'est-à-dire purifiez non-seulement mes affections, mais encore mes œuvres et mes pensées. Il offrait ainsi tout son corps à laver, en offrant ses pieds qui en sont la partie inférieure, ses mains qui en sont la partie moyenne et sa tête qui en est la partie supérieure. Dans le trouble que lui causait la crainte et l'amour, il semblait dire : Ce n'est point par entêtement que j'ai refusé votre service, mais la vue de ce que vous voulez faire m'a jeté dans la stupeur. Cependant si tel est votre bon plaisir, je suis votre serviteur dévoué ; et s'il ne peut en être autrement, je me soumets pleinement à votre sainte volonté ; je consens donc à ce que vous me laviez, non-seulement les pieds, mais encore les mains et la tête, le corps même tout entier s'il le faut, plutôt que de vivre éloigné de vous. Ne me menacez donc plus de ne me donner aucune part avec vous, puisque je ne refuse plus de vous laisser laver toutes les parties de mon corps. Sans doute il était pénible pour Pierre de voir son Maître ainsi abaissé, mais il lui était encore bien plus pénible d'en être séparé.
L'homme tout entier est purifié dans le baptême, dit saint Augustin (Tract. LVI in Joan.) et nous devons éviter l'erreur où tomba Pierre, en s'offrant lui-même à Dieu pour qu'il le purifiât tout entier ; aussi Dieu le reprit, en lui faisant comprendre que celui qui a été baptisé une fois, ne doit pas l'être de nouveau. Jésus lui dit donc (Joan. XIII, 10) : Celui qui sort du bain ou du baptême n'a besoin que de se laver les pieds c'est-à-dire de se purifier des affections sensuelles et des mouvements désordonnés ; car il est net entièrement, excepté dans les parties par lesquelles il touche la terre. De ces paroles on conclut que les Apôtres avaient reçu le baptême ; quoique Jésus-Christ ne l'administrât point au peuple par lui-même, il l'administra néanmoins à ses disciples les plus familiers et les plus intimes, afin que, par leur intermédiaire, il conférât aux autres ce sacrement. Mais, direz-vous peut-être, si le baptême nous purifie de toutes nos souillures, celui qui l'a reçu n'a donc pas même besoin de se laver les pieds ? On répond à cela que celui qui sort de ce monde aussitôt après avoir été baptisé, n'a pas besoin d'être lavé autrement, puisqu'étant net entièrement il entre au ciel sans obstacle. Mais celui qui, après avoir été baptisé, reste encore sur la terre, ne peut atteindre tout d'un coup à un si haut degré de perfection qu'il n'éprouve plus de mouvements désordonnés ni d'affections sensuelles ; pour qu'il puisse monter au ciel, il doit donc auparavant se purifier, soit par le martyre qui est le baptême de sang, soit par la pénitence qui est le baptême de l'esprit.
Remarquons ici que, dans l'homme intérieur, la tête c'est l'intelligence supérieure par laquelle l'âme s'unit à Dieu, ou la partie contemplative qui s'applique aux choses célestes et éternelles ; les mains sont les œuvres diverses de la vie active dans lesquelles s'exerce la raison inférieure ; les pieds sont les sensations corporelles ou les affections terrestres qui souvent nous entraînent hors de nous-mêmes. Par suite de la condition de notre faible nature, ces affections font contracter dans le commerce du monde de fréquentes souillures que nous devons souvent laver par les larmes du repentir ; car celui qui, après le baptême, ne se purifie point par la pénitence n'aura point de part avec Jésus-Christ. Selon saint Augustin (Tract. LXVI in Joan.), les sentiments humains, dont nous ne saurions nous affranchir complètement pendant cette vie mortelle, sont comme des pieds qui nous attachent à la terre ; de telle sorte que, si nous prétendons être sans péché, nous nous trompons nous-mêmes (I Joan. I, 8.) Le Sauveur savait donc que ses Apôtres étaient purs quant à la tête, puisqu'ils étaient unis à Dieu par la foi et la charité ; purs aussi quant aux mains, puisque leurs œuvres étaient saintes ; mais il n'ignorait pas que leurs pieds ou leurs sentiments étaient souillés par le contact du monde et que conséquemment sous ce rapport ils avaient besoin d'être purifiés. — Saint Bernard dit également à ce sujet (Serm. in Caena Dom.) : « Il est pur celui qui est exempt de péché mortel ; sa tête et ses mains, c'est-à-dire son intention et ses actions sont pures ; mais ses pieds qui sont ses affections, ne peuvent se conserver entièrement nets en marchant dans la poussière de ce siècle, et l'esprit, ne fût-ce qu'un moment, se laisse aller plus qu'il ne faudrait, tantôt à la vanité, tantôt aux plaisirs, tantôt à la curiosité ; car tous nous commettons de nombreuses fautes (Jac, III, 2). Gardons-nous cependant de négliger ou de mépriser ces fautes légères ; car nous ne pouvons entrer au ciel avec ces souillures que Jésus Christ seul peut effacer en nous, de telle sorte que, s'il ne nous en purifie, nous n'aurons point de part avec lui. Que nul toutefois ne se désespère à cause de ses fréquentes infidélités ; car si le Seigneur voit que nous en sollicitons humblement le pardon, il nous raccordera facilement et même avec joie. Dans son infinie sagesse, Dieu permet que nous ne soyons pas absolument garantis des péchés véniels ; il veut nous montrer que, si nous ne pouvons pas éviter tous les moindres manquements, nous pouvons bien moins encore nous préserver des chutes plus graves par nos propres forces ; il nous apprend ainsi à vivre continuellement dans la crainte et la vigilance pour ne point perdre sa grâce, dont nous sentons l'indispensable Nécessité sous tant de rapports. » Telles sont les paroles de saint Bernard.
Le Sauveur ajouta : Vous, mes disciples, parce que je vous ai purifiés, vous êtes purs. Ils l'étaient quant à la tête et aux mains, non toutefois quant aux pieds, comme le fait observer saint Augustin (Tract. LXVI in Joan.). Mais vous ne l'êtes pas tous, dit encore Jésus-Christ. Il y a en effet deux choses principales qui purifient l'homme de ses péchés : ce sont l'aumône et la charité. Or Judas n'avait le mérite ni de l'une ni de l'autre : il n'avait point celui de l'aumône, puisqu'il était voleur (Joan. XII, 6) ; ni celui de la charité, puisqu'il trahissait son Maître ; et voilà pourquoi il restait souillé. Ainsi Jésus-Christ, avant d'admettre ses disciples à la participation de la divine Eucharistie, voulut leur laver les pieds, afin de nous apprendre quelles saintes dispositions sont nécessaires pour recevoir dignement cet auguste sacrement. Dans cette Cène mystérieuse, dit saint Anselme (in Serm. Evang.), Notre-Seigneur lava humblement les pieds à ses Apôtres, pour montrer qu'on doit se disposer à la célébration des sacrés mystères par une grande pureté et une profonde humilité de cœur. En versant de l'eau dans un bassin, le Sauveur représentait l'effusion de son propre sang ; il figurait ensuite la purification de nos péchés, en lavant les pieds de ses Apôtres ; il signifiait aussi qu'il prenait sur lui nos châtiments, en essuyant leurs pieds avec un linge, symbole de son corps immaculé, car lui-même a porté nos péchés en sa chair sur la croix (I Pet. II, 24). — Cependant les autres Apôtres, témoins de la réprimande sévère adressée à Pierre parce qu'il refusait de se laisser laver les pieds, n'osèrent opposer aucune résistance à leur divin Maître.
Considérons attentivement chaque circonstance de cette action merveilleuse qui ne respire qu'amour et humilité ; tout ce qui s'y passe est bien propre à nous pénétrer d'admiration et à nous remplir de dévotion. Le Seigneur de l'univers incline sa majesté suprême en présence de misérables pêcheurs ; il se tient courbé à deux genoux devant eux lorsqu'ils demeurent assis ; de ses mains bénies, il lave leurs pieds poudreux qu'il essuie et baise ensuite. Ainsi le Maître de tous, dans la posture d'un suppliant, accomplit l'office d'un esclave à l'égard de ses disciples, afin de nous recommander et enseigner l'humilité par ses exemples aussi bien que par ses paroles. Mais ce n'est pas tout encore ; Jésus veut mettre le comble à ses humiliations en s'abaissant pour rendre le même service au disciple infâme qui a résolu de le trahir ; et il ne dédaigne pas de laver les pieds de celui dont les mains criminelles vont le livrer à ses cruels persécuteurs, comme il le prévoit déjà. De cette manière le Sauveur nous préparait un puissant motif de consolation dans nos peines : si quelquefois en effet nous sommes trahis, maltraités, injuriés par nos amis, nos proches ou nos serviteurs, n'en soyons point consternés et scandalisés ; rappelons-nous l'exemple de Judas qui, comblé d'innombrables bienfaits, ne répondit que par la plus monstrueuse ingratitude à son Bienfaiteur, son Seigneur et son Maître. Ô cœur pervers de Judas ! tu es donc plus dur que le bronze, puisque tant de faveurs ne sauraient t'attendrir ; sans affection ni crainte à l'égard du Dieu très-bon et très-puissant, tu oses livrer à la mort Celui qui te fit toujours du bien et ne fit jamais de mal à personne ! Malheur à toi ! ton cœur endurci consommera le crime qu'il a conçu ; mais ce sera toi qui périras et non celui que tu veux perdre.
En voyant ici l'humilité et la bénignité prodigieuses du Seigneur Jésus, nous devons être saisis d'un profond étonnement. De là vient que saint Anselme s'écrie : « Ô mon Sauveur, vous connaissiez toute la malice de votre perfide disciple, lorsque, dans la dernière Cène, prosterné à deux genoux devant lui, vous avez daigné toucher, laver et essuyer de vos mains sacrées ces pieds maudits prêts à courir pour répandre votre sang précieux. Après un tel exemple, homme mortel, toi qui n'es que cendre et poussière, comment peux-tu lever encore la tête, t'abandonner à des sentiments d'orgueil et de colère ? Considère le parfait modèle de douceur et d'humilité dans le Créateur du ciel et de la terre, dans le Juge terrible des vivants et des morts qui s'abaisse aux pieds d'un apostat, d'un traître. Apprends de lui qu'il est vraiment doux et humble de cœur ; rougis en même temps de ce que tu es encore plein de superbe et d'impatience. » Ailleurs le même saint Docteur ajoute : « Quand vous le verrez se lever de table, se ceindre d'un linge, verser de l'eau dans un bassin, pensez à la majesté, à la puissance et à la bonté de Celui qui ne refuse pas de toucher, de laver et d'essuyer les pieds de pauvres mortels et même de l'infâme Judas. Regardez et attendez jusqu'à la fin, et après tous les autres présentez-lui vos pieds à laver ; car celui qu'il n'aura pas purifié, n'aura point de part avec lui. »
Après avoir accompli cette fonction d'extrême humilité pour préparer ses disciples à la communion de son corps sacré, Jésus reprit ses habits et retourna à la salle du festin (Joan XIII, 12). Changeant de rôle, il change aussi de vêtements ; il les avait déposés pour servir, il les reprend pour enseigner et s'assied de nouveau ; car selon la maxime du Sage : On reconnaît ce qu'est un homme à son vêtement (Eccl. XIX, 27). Le divin Maître nous apprend aussi par là qu'un supérieur, après avoir exercé quelques œuvres d'humilité, doit reprendre les insignes du pouvoir et montrer son autorité. Le célèbre Alcuin explique cette même action dans un sens spirituel, en disant : Après avoir purifié le monde racheté par l'effusion de son sang précieux, le Sauveur reprit ses vêtements, lorsque, sortant du tombeau le troisième jour, il réunit de nouveau son âme à son corps devenu glorieux et immortel : ainsi revêtu, il remonta dans le ciel où il est assis à la droite de Dieu le Père, en attendant qu'il revienne sur la terre pour juger le monde.
S'étant remis à table pour célébrer le banquet eucharistique, Jésus voulut révéler à ses disciples le motif qui l'avait porté à s'abaisser lui-même jusqu'à laver leurs pieds. Prenant donc la forme interrogative pour les rendre plus attentifs à la leçon importante qu'il allait donner, il leur dit : Comprenez-vous ce que je viens de vous faire ? en d'autres termes : Savez-vous pourquoi j'ai fait paraître tant d'humilité en votre présence ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, vous avez raison, car je le suis comme étant la sagesse et la puissance même de Dieu (Joan. XIII, 13). Je suis Maître par la sagesse que je vous enseigne dans mes paroles, et Seigneur par la puissance que je vous montre dans mes miracles (I Cor. I, 24). Si Jésus-Christ déclare ici son excellence et sa souveraineté, ce n'est point assurément par jactance, mais par charité, pour manifester à ses auditeurs une vérité qui devait leur être utile ; et c'est aussi ce que fit plus tard saint Paul en racontant ses travaux et ses ravissements (II Cor. XI). D'après saint Augustin (Tract. LI in Joan.), on doit blâmer quiconque ose parler avantageusement de lui-même, quand il s'expose de la sorte à concevoir de l'orgueil ; mais s'il n'a rien à craindre de ce côté, il peut dire du bien de lui-même sans mériter de reproche. Or Jésus-Christ n'avait point à redouter la vanité ; puisqu'il surpasse toute créature, il ne peut jamais trop s'exalter lui-même. De plus, il est bon quelquefois que l'homme fasse son propre éloge, lorsque les fidèles peuvent en retirer quelque profit, comme nous le voyons par l'exemple de l'Apôtre. Mais quoi de plus nécessaire pour nous que de connaître Dieu ? Il fallait donc que, dans notre intérêt, Dieu lui-même nous révélât ses grandeurs suprêmes et que par conséquent il célébrât ses louanges. Ainsi, il ne faut pas toujours taire la vérité, sous prétexte d'éviter l'ostentation, « Ils sont faussement humbles, dit saint Grégoire (in cap. I Reg.), ceux qui se souillent d'un mensonge pour fuir la vaine gloire, car ils s'élèvent contre la vérité qu'ils abandonnent. Celui au contraire qui, par nécessité, découvre le bien caché dans sa personne, est d'autant plus sincèrement humble qu'il s'attache plus étroitement à la vérité »
De la déclaration honorable qu'il venait de faire en sa faveur, Jésus-Christ s'empressa de tirer pour notre instruction une conséquence pratique, en disant à ses Apôtres (Joan. XIII, 14) : Si donc je vous ai lavé les pieds, moi votre Seigneur et votre Maître, de qui vous ne pouviez attendre un pareil service que je ne vous devais pas, à plus forte raison devez-vous vous laver aussi les pieds les uns aux autres, comme à des collègues et à des frères ; car puisque je suis votre Maître, vous devez recevoir ma doctrine, et puisque je suis votre Seigneur, vous devez observer mon commandement. En ne spécifiant ici qu'un seul service et encore le plus bas, le Sauveur a voulu désigner par synecdoque toutes sortes de bons offices ; comme s'il disait : Vous devez remplir tous les devoirs que la charité et l'humilité réclament de vous, vous prêter assistance mutuelle, vous pardonner vos offenses réciproques, prier les uns pour les autres. En cette circonstance, comme le fait remarquer saint Chrysostôme (Hom. LXX in Joan.), Jésus-Christ ne nous a pas ordonné seulement de nous laver les pieds les uns aux autres, mais encore d'exercer à l'égard de nos semblables toutes les bonnes œuvres qu'il a daigné lui-même exercer à notre égard. — Aussi il ajoute (Joan. XIII, 15) : Je vous ai effectivement donné l'exemple, afin que, comme j'ai agi envers vous, en m'abaissant au-dessous de vous qui êtes mes inférieurs, vous agissiez de même, surtout dans le cas de nécessité, envers les autres qui sont vos égaux. Par là il semble leur dire : Ce que je viens de faire n'est pas pour vous rendre la netteté extérieure, mais pour vous apprendre l'humilité, en vous montrant comment vous devez la pratiquer. Ainsi, selon la remarque de saint Chrysostôme (loc. cit.), la piété chrétienne considère moins la chose qu'elle fait que la manière dont elle la fait, parce que Dieu apprécie plutôt l'excellence de nos dispositions que la grandeur de nos œuvres. Ce n'est point sans beaucoup de raison que Notre-Seigneur a voulu nous enseigner l'humilité par son exemple ; car dans les choses morales qui regardent la conduite, les actions sont beaucoup plus puissantes que les paroles. En effet, comme l'homme accomplit ordinairement de préférence ce qui lui paraît le meilleur, il montre mieux par ses actes que par ses discours ce qu'il estime bon ; c'est pourquoi si quelqu'un fait le contraire de ce qu'il prêche, les autres sont plus portés à imiter ses œuvres qu'à suivre ses exhortations ; il importe donc souverainement de donner le bon exemple par une conduite vertueuse.
En vérité, en vérité, je vous le dis, continua le Sauveur, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'Apôtre ou l'envoyé plus grand que celui qui renvoie (Joan. XIII, 16). Comme s'il disait : Puisque moi, votre Seigneur et votre Maître, j'ai daigné m'humilier devant vous, mes serviteurs et mes Apôtres, pourquoi refuseriez-vous de vous humilier devant vos pareils ? En d'autres termes, selon saint Chrysostôme (loc. Cit.) : Ce que j'ai fait envers vous, à plus forte raison devez-vous le faire les uns envers les autres. Lorsqu'en effet Dieu nous donne l'exemple, il nous impose l'obligation de l'imiter. Voilà comment il nous a recommandé la pratique de l'humilité par ses actions et par ses paroles ; mais avant de nous en intimer le précepte, il a voulu nous en offrir le modèle dans sa personne ; car selon qu'il est écrit, Jésus commença à faire puis à enseigner (Act. I, 1), pour nous montrer par cette sage conduite la meilleure manière d'instruire les autres. Alors aussi le Sauveur fournit à saint Pierre l'explication qu'il lui avait annoncée en disant : Vous le saurez plus tard. Saint Augustin dit à ce sujet (Tract. LVIII in Joan.) : « C'est là, bienheureux Apôtre, ce que vous ne saviez pas, quand vous refusiez de donner vos pieds à laver ; c'est là ce que votre Maître et Seigneur avait promis de vous faire comprendre, quand, par ses menaces, il vous avait contraint de le laisser agir. Nous aussi, mes frères, recevons avec docilité la leçon que nous donne le Très-Haut ; faisons-nous humblement les uns aux autres ce qu'il a fait si miséricordieusement à ses disciples.
Nous devons accomplir de deux manières ce commandement de Jésus-Christ, selon la lettre et selon l'esprit. Nous devons l'accomplir littéralement, de sorte que nous servions nos frères par charité, non-seulement en leur lavant les pieds, mais aussi en les assistant dans leurs divers besoins et en exerçant à leur égard toutes les œuvres de miséricorde. Si nous ne le pouvons effectivement, désirons du moins sincèrement remplir ces devoirs extérieurs, afin d'être rangés parmi ceux auxquels s'adresse cette invitation : Bénissez le Seigneur, vous qui êtes saints et humbles de cœur (Dan. III, 87). « Il vaut beaucoup mieux sans doute, dit saint Augustin (loc. cit.), rendre ces bons services en réalité de nos propres mains, afin que nous ne dédaignions pas de faire ce que Jésus-Christ a bien voulu faire lui-même ; car lorsque notre corps s'abaisse aux pieds de notre frère, notre cœur s'établit ou s'affermit de plus en plus dans les sentiments d'humilité. » — Mais outre la signification morale qui vient d'être exposée, le susdit commandement en contient une mystique, de façon que nous devons aussi l'accomplir spirituellement. Ce lavement des pieds figure en effet la purification des péchés ; ainsi vous lavez spirituellement les pieds de votre frère, lorsque, à l'exemple du Sauveur, vous effacez autant qu'il est en vous les taches de son âme. C'est ce qui peut se pratiquer de trois manières différentes : premièrement, en lui remettant les offenses qu'il a commises à votre égard, comme Jésus-Christ nous pardonne les fautes dont nous sommes repentants, secondement, en priant pour qu'il soit absous de ses péchés, de même que le Rédempteur, nous a délivrés des nôtres en suppliant son Père en notre faveur. Ces deux manières de contribuer à la justification du prochain sont communes à tous les Chrétiens ; la troisième appartient aux prêtres qui purifient les consciences en les déliant de leurs fautes par la vertu du pouvoir des clefs. À nous donc, avec l'aide du Seigneur, d'exercer l'humilité et la charité envers nos semblables ; à Dieu d'exaucer nos demandes et de nous nettoyer de toutes les souillures contractées par nos crimes.
Le Sauveur confirma la leçon et l'exemple qu'il venait de donner, en y ajoutant la promesse de la récompense par les paroles suivantes : Si vous comprenez et accomplissez ce que j' ai fait et enseigné, vous serez heureux en cette vie par l'espérance et dans l'autre par la possession des biens éternels (Joan. XIII, 17). Car heureux ceux qui écoutent et gardent la parole de Dieu (Luc. XI, 28) ; ceux qui la mettent en pratique sont remplis d'une intelligence salutaire (Ps. CX, 10). Mais que sert à l'homme de savoir la règle s'il ne veut pas y conformer sa conduite ? Celui qui connaît le bien et qui ne le fait pas dit saint Jacques (IV, 17), se rend coupable de péché et par conséquent de damnation. D'après saint Chrysostôme en effet (Hom. LXX in Joan.), la béatitude n'est pas promise à la science, mais aux bonnes œuvres qui doivent en être les fruits excellents.
Prière
Ô doux Jésus, modèle d'humilité parfaite, qui avez lavé les pieds de vos disciples, je vous supplie de laver aussi les pieds de mes affections, pour que, conduit par les purs sentiments de la double charité, je puisse approcher avec plus de confiance de vous qui êtes mon sanctificateur. À la fin de mes jours, rendez mon âme entièrement nette, en effaçant toutes ses souillures ; après m'avoir ainsi pardonné toutes mes négligences et mes fautes, faites qu'au moment de ma mort je voie s'éloigner confus les adversaires attentifs à épier toutes mes démarches. Seigneur très-clément, dirigez mes pas dans la voie de la paix, afin qu'après avoir échappé aux pièges de mes ennemis, je vous bénisse de concert avec tous vos élus dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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