Matines de la Passion
Jésus chez Anne, puis chez Caïphe
Reniement de Pierre
Matth. XXII. — Marc. XIV. — Luc. XXII — Joan. XVIII
Au matin de la Passion, dès votre premier réveil, vous vous lèverez les larmes aux yeux et la douleur dans le cœur, en pensant aux scènes lamentables que vous avez considérées la veille au soir. Représentez-vous alors et contemplez le Sauveur assis au milieu de ses ennemis qui l'accablent d'insultes et de railleries. Ô Jésus, en quel état de mépris et d'abandon vous êtes réduit ! Où sont donc vos disciples et vos amis ? Ô mon unique bien ! Ô seule joie de mon âme ! Que ferai-je en vous voyant traité aussi indignement ? Ah ! Seigneur, je veux du moins m'asseoir à vos pieds et m'associer à vos souffrances pour vous tenir compagnie ; car je n'aperçois ici personne qui vous aime, vous n'êtes entouré que de persécuteurs acharnés dont la rage va jusqu'au délire.
Jésus, chargé de chaînes, comparut donc devant le pontife Anne (Joan. XVIII, 19). Celui-ci l'interrogea insidieusement sur ses disciples, pour savoir en quel lieu ils étaient allés et dans quel but ils avaient été réunis ; car des réponses qu'il attendait à ce sujet, il espérait tirer la preuve que Jésus les avait séduits. Il le questionna également sur sa doctrine, non par le désir d'en connaître la vérité, mais dans l'espoir d'y découvrir quelque énonciation fausse, calomnieuse, ou contraire à la loi, afin d'avoir quelque prétexte pour l'accuser et le perdre en le livrant au gouverneur romain. Les Juifs, en effet, reprochaient au Christ d'enseigner une doctrine nouvelle et pernicieuse, puis de tromper et d'entraîner ainsi le peuple. Voilà pourquoi le grand-prêtre le sonda touchant ces deux sortes de délits. Anne est ici qualifié de pontife ou grand-prêtre, non qu'il le fût encore de fait, mais parce qu'il l'avait été précédemment.
Relativement à ses disciples, Jésus garda le plus complet silence par une prudente charité ; leur fuite, hélas ! l'avait mis dans l'impossibilité d'en dire quelque bien. Il nous apprenait de la sorte à ne dire aucun mal des autres et à ne point révéler leurs fautes. Mais quant à sa doctrine, il répondit catégoriquement ; car, afin de prouver que, loin d'être suspecte ou mauvaise, elle était au contraire bonne et salutaire, il en appela au témoignage de ses auditeurs et à la nature des lieux où il l'avait prêchée. C'est ouvertement, dit-il, que j'ai parlé au monde, devant un public nombreux j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple même où s'assemblent tous les Juifs ; mais je n'y ai rien dit en cachette, ou qui fût destiné à rester secret et inconnu (Ibid. 20). Pourquoi m'interrogez-vous, puisque vous ne désirez point apprendre de moi la vérité ? Interrogez ceux qui m'ont entendu, et à l'égard desquels vous ne concevez ni haine, ni soupçon. Ou en d'autres termes : Je suis prêt à subir le témoignage de ceux dont les dépositions vous paraissent plus croyables que ma propre déclaration. D'après saint Chrysostôme (Hom. LXXXII in Joan.), c'est comme Si le Sauveur disait : Pourquoi m'interrogez-vous touchant les disciples ? Interrogez plutôt mes ennemis ; faites parler ceux qui cherchent à me perdre. Un signe incontestable d'innocence, c'est lorsqu'on peut invoquer pour témoins en sa faveur ses ennemis eux-mêmes. Admirable modération de notre divin Maître, qui, pour ne point paraître se défendre, sut taire modestement la vérité ! II nous apprenait de la sorte à répondre à nos adversaires avec de tels ménagements que, sans trahir la vérité, nous évitions cependant de les exaspérer davantage par nos paroles.
Alors un des serviteurs qui était à côté de Jésus lui donna un soufflet en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au grand-prêtre (Joan. XVIII, 22) ? Si, comme on le rapporte, ce valet brutal était Malchus, dont le Sauveur avait guéri miraculeusement l'oreille, il représentait en sa personne les hommes pervers qui savent uniquement rendre le mal pour le bien. Par cet affront, il prétendait punir la faute supposée d'une réponse qu'il regardait comme une injure faite au pontife ; car le soufflet est ordinairement appliqué pour tirer vengeance de paroles outrageuses. Alors fut accomplie cette prophétie (Jerem. III, 30) : Il présentera sa joue à celui qui le frappe. Bien loin de rendre le mal pour le mal, Jésus, plein de longanimité, souffrit pour nous cette insulte, comme tant d'autres qui suivirent, avec la plus grande douceur. Il nous donna une leçon sublime de patience, lorsque, avec un visage calme et d'un ton modeste, il montra la parfaite convenance de sa réponse précédente. Se contentant donc de reprendre avec une charitable mansuétude l'insolent ministre auquel il pouvait par sa seule volonté infliger une punition bien méritée, il lui dit sans s'émouvoir (Joan. XVIII, 23) : Si j'ai mal parlé, prouvez-le ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ? Quoi de plus vrai, de plus raisonnable qu'une telle réplique ? De cet exemple, nous pouvons conclure qu'il nous est bien permis de réprimander ou de réfuter ceux qui nous injurient ou nous calomnient, pourvu que nous restions dans le calme et la modération. Quelquefois, en effet, il est nécessaire de faire sentir à l'insensé sa folie, de peur qu'il ne s'estime sage lui-même (Prov. XXVI, 5).
Ô Jésus, source de justice et de miséricorde ! quelle âme pieuse pourrait être témoin d'un pareil spectacle sans être touchée jusqu'aux larmes ? Un valet ose souffleter le Sauveur qui venait de réclamer simplement un droit ; n'est-ce pas le comble de la démence ? s'écrie saint Chrysostôme (Hom. LXXXII in Joan.). Le ciel et la terre ne doivent-ils pas être saisis d'étonnement et de stupeur en contemplant la longanimité de leur souverain Seigneur et l'impiété de ses plus vils esclaves ? « Si, comme le fait observer saint Augustin (Tract. CXIII in Joan.), nous considérons la dignité infinie de Celui qui reçut le soufflet, ne ressentons-nous pas le désir de voir le malheureux qui lui infligea cet affront, ou dévoré par le feu du ciel, ou englouti dans les abîmes de la terre, ou livré aux fureurs du démon, ou frappé de quelqu'autre châtiment non moins grave ? Si Celui qui a créé le monde eût voulu exercer sa vengeance, est-il un châtiment si terrible qu'il n'eût pu envoyer au coupable ? Mais il a préféré nous apprendre à tous la patience, par laquelle nous pouvons dominer le monde. »
Mais, ajoute le même saint Docteur : Puisque Jésus a commencé par pratiquer avant d'enseigner, pourquoi n'a-t-il pas observé dans cette occasion sa propre doctrine, en présentant l'autre joue ? Nous répondons que les préceptes et les maximes de l'Écriture doivent être interprétés d'après les actions et les faits du Sauveur et des Saints. Si Jésus-Christ, qui a daigné prendre notre nature pour nous servir de modèle et qui certes n'a jamais manqué de conformer sa conduite à sa doctrine, n'a cependant point pressente l'autre joue à celui qui l'avait souffleté ; si saint Paul ne l'a point fait non plus, lorsque le grand-prêtre Ananie ordonna de le frapper au visage (Act. XXIII, 2), c'est pour nous montrer que nous devons, non point nous exposer effectivement, mais plutôt nous disposer sincèrement à subir cette nouvelle insulte, s'il est nécessaire. Du reste, il pourrait arriver qu'un homme, dans sa colère même, présentât son autre joue avec ostentation. Mais heureux l'homme qui, dans tout ce qu'il souffre injustement pour la justice, peut dire en toute vérité comme le Prophète royal : Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt (Ps. LVI, 8) ! Ce précepte de présenter l'autre joue, comme celui de ne point résister au mal qu'on nous fait, et plusieurs autres, ne doivent point s'entendre d'une manière littérale et matérielle, mais spirituellement, en ce sens que l'homme doit être résolu à faire et à souffrir de telles choses, quand la gloire de Dieu et l'utilité de l'Église sembleront le demander ; autrement, non. Et certes, on doit dire qu'en cela le Sauveur fut fidèle ; car il était bien disposé à présenter l'autre joue, s'il eût été expédient, lui qui allait livrer son corps tout entier aux plus cruels tourments et à la mort même. Ajoutons qu'il est quelquefois utile de répondre aux injures pour l'instruction de ceux qui les commettent ou qui les connaissent ; c'est ce que nous voyons ici par l'exemple de Jésus-Christ, ainsi que par celui de saint Paul en pareille circonstance. Quelquefois aussi il est utile de résister de fait, pour enlever aux autres l'occasion de faire mal.
Selon toute apparence, Notre-Seigneur essuya chez Anne beaucoup d'insultes que les Évangélistes n'ont point mentionnées ; mais ils signalent le soufflet qui lui fut alors donné, car de cet affront sacrilège résulte pour nous une triple leçon, 1° Jésus-Christ a voulu le recevoir à cause de nous, afin que nous réprimions notre bouche en ne lui laissant jamais rien dire contre l'honneur divin, et afin de nous exciter à procurer le bien par nos discours comme par nos œuvres ; c'est ainsi qu'un coup qui nous est donne sert quelquefois à nous réveiller de notre torpeur. — 2° Nous devons supporter avec patience les injures et les outrages des hommes acrimonieux ou violents, à l'imitation de Notre-Seigneur et pour l'amour de ce doux Rédempteur qui, pour l'amour de nous, en a supporté de bien plus pénibles en cette nuit terrible de sa Passion. — 3° D'après la conduite présente du divin Maître, apprenons que les conseils évangéliques ne doivent pas être toujours observés à la lettre, mais selon l'esprit ; car ils n'ont souvent en vue que de nous indiquer comment notre cœur doit être disposé. — Afin de se conformer en quelque manière à l'humiliation du Sauveur, on peut modérément se frapper soi-même au visage pour se punir de toutes paroles oiseuses, ou même mensongères et méchantes, en proférant cette prière : Bon Jésus, qui avez consenti à être souffleté par un serviteur d'Anne, accordez-moi, je vous en supplie, le secours de votre grâce pour que ma bouche ne cesse de vous louer et se garde de vous offenser jamais.
Anne envoya Jésus enchaîné, comme un coupable digne de mort et déjà condamné à son tribunal, au grand-prêtre Caïphe (Joan. XVIII, 24). C'était à celui-ci principalement qu'il appartenait d'instruire le procès ; aussi ce fut chez lui que se réunirent tous les prêtres, c'est-à-dire tous leurs chefs, avec les Scribes ou docteurs, et les anciens ou sénateurs, dans le but d'examiner, juger et condamner Jésus (Marc. XIV, 53). Lorsqu'il comparut devant ce conseil, les membres iniques qui le composaient tressaillirent d'allégresse, comme des vainqueurs enfin maîtres d'une proie longtemps convoitée. Il est facile de s'imaginer avec quels dédains ils l'accueillirent, et comment ils le firent asseoir honteusement à terre devant leurs sièges.
Pierre de son côté, poussé par une tendre compassion pour son Maître en péril, le suivit jusque dans la cour de la maison du grand-prêtre, mais de loin, parce qu'il avait peur (Matth. XXVI, 58). Son amour l'attirait et la frayeur le retenait. D'après le Vénérable Bède (in cap. XIV Marc), la conduite de Pierre est ici d'autant plus louable qu'il n'abandonnait pas son Maître, quoiqu'il craignît beaucoup. Lorsqu'il eut pénétré dans l'intérieur de la cour, il s'assit avec les serviteurs pour voir quel serait le dénouement. En attendant le jugement que le pontife allait porter sur le Seigneur, il se chauffait avec les domestiques réunis autour du feu ; car il faisait froid, comme il arrive ordinairement au mois de mars, surtout après minuit (Marc. XIV, 54. — Joan. XVIII, 18).
Pendant ce temps-là les princes des prêtres et tout le conseil cherchèrent quelque faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir en le livrant à Pilate. Mais ils n'en trouvèrent point qui fût assez concluant pour accuser avec quelque apparence de vérité (Matth. XXVI, 59). Beaucoup de témoins subornés se présentèrent néanmoins pour l'incriminer ; mais les dépositions qu'ils firent ne s'accordaient point (Marc. XIV, 56). Comme l'a dit le Prophète (Ps. LXIII, 7), ils s'épuisèrent inutilement à rechercher des iniquités pour les lui imputer, en sorte que leur iniquité se trahit elle-même (Ps. XXVI, 12) ; ainsi la flamme s'éteint faute d'aliment. C'est ce qui était arrivé à la femme de Putiphar à l'égard de Joseph, et aux vieillards vis-à-vis de la chaste Susanne. Origène dit justement à cette occasion (Tract. XXXV in Matth.) : « Les faux témoignages ne peuvent subsister que sous quelque couleur de vérité ; mais dans ceux qui furent allégués contre Jésus il n'y avait pas même une teinte de vraisemblance. C'est là une preuve évidente de sa sain teté très-parfaite ; car toutes ses paroles et ses actions étaient tellement à l'abri du moindre reproche que ses ennemis les plus rusés n'y purent trouver l'ombre même du mal pour lui en faire un grief. »
Enfin, après beaucoup d'autres qui s'étaient présentés, vinrent deux faux témoins qui déposèrent en ces termes : Nous l'avons entendu dire : Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours (Matth. XXVI, 60, 61) ; ou, d'après la relation de saint Marc (XIV, 58) : Je détruirai ce temple fait par la main des hommes, et, dans trois jours, j'en rebâtirai un autre qui ne sera point fait par la main des hommes. Ils s'efforçaient de prouver par là qu'il s'attribuait une puissance divine, afin de passer lui-même pour Dieu. Mais le Sauveur ne leur répondit rien, parce qu'ils mentaient ouvertement ; car ils altéraient le sens et la lettre de ses paroles, en appliquant au temple de Jérusalem ce qu'il avait affirmé du temple de son propre corps. — À ce sujet voici comment s'exprime saint Jérôme (in cap. XXVI Matth.) : « On est faux témoin, si l'on ne rapporte pas les paroles de quelqu'un dans le sens où il les a proférées. Or les deux dénonciateurs, pour appuyer leurs calomnies contre Jésus-Christ, dénaturaient ses paroles, parce qu'ils y ajoutaient ou changeaient quelques mots. Ainsi en parlant de son corps sacré, il n'avait pas dit comme ils le supposaient : Je détruirai ou je pourrai détruire le temple de Dieu ; mais il avait dit : Détruisez ce temple (Joan. II, 19) ; ce qui est assurément bien différent, car il n'est point permis de s'ôter la vie à soi-même. En outre, pour faire croire qu'il parlait du temple de Jérusalem, ils lui faisaient dire : Et dans trois jours je le rebâtirai ; mais au contraire pour montrer qu'il s'agissait d'un temple vivant et animé, lui-même avait dit : Et dans trois jours je le ressusciterai. Or ressusciter, c'est tout autre chose que rebâtir. » — Ajoutons que Notre-Seigneur en disant aux Juifs (solvite) détruisez, ne leur donna point un ordre, mais leur prédit simplement un fait qu'ils devaient eux-mêmes bientôt réaliser ; comme s'il leur disait : par la mort que vous allez me causer, vous détruirez mon corps qui est le temple de la divinité ; mais le troisième jour, je le ressusciterai. Ressusciter ou revenir à la vie doit en effet s'entendre du temple spirituel de son corps, tandis que rebâtir s'entend proprement d'un temple matériel. Ce n'eût pas été cependant un plus grand miracle de rebâtir en trois jours un temple matériel que de ressusciter son propre corps le troisième jour. — Remarquons enfin que les susdits témoins peuvent aussi justement être appelés faux, à cause de la fausse intention qu'ils se proposaient par leurs dépositions ; car ils ne cherchaient qu'à faire périr un innocent.
En voyant les faux témoignages rendus contre notre divin Sauveur, retirons de ce fait trois conclusions pratiques. 1° Nous devons souverainement détester les faux témoignages et les mensonges, puisqu'ils ont fait condamner et crucifier injustement le Seigneur. C'est pourquoi chaque fois que nous proférons quelque faux témoignage ou mensonge contre notre prochain, nous condamnons et nous crucifions Jésus-Christ autant qu'il est en nous. Aussi, saint Isidore, faisant ressortir l'énormité de ce crime, dit : Le faux témoin se rend coupable envers trois sortes de personnes : envers Dieu qu'il méprise par le parjure, envers le juge qu'il trompe par le mensonge, et envers l'innocent qu'il blesse ou perd complètement par la calomnie. — 2° Apprenons à supporter avec patience pour l'amour de Dieu les incriminations dont nous pouvons être l'objet ; c'est ainsi que Jésus-Christ a souffert en silence pour l'amour de nous toutes les accusations dont il fut chargé, car les mensonges patents ne méritent point de réponse, d'après saint Augustin. — 3° Efforçons-nous néanmoins de nous soustraire, autant que nous le pouvons avec l'aide de Dieu, aux tromperies des méchants ; car le Sauveur a subi le faux témoignage afin de nous en délivrer, de même qu'il a enduré la mort afin de nous en affranchir. — En conséquence, remercions Notre-Seigneur de ce qu'il a voulu ressentir en sa personne la malice du parjure pour établir solidement en nous le règne de la vérité, et disons-lui : ô Jésus, qui avez laisse les Juifs perfides produire contre vous-même de faux témoignages, accordez-moi de ne jamais proférer de calomnies contre le prochain, et de supporter patiemment pour votre honneur celles dont je pourrais être victime à mon tour.
Caïphe, voyant que tout ce qu'on alléguait contre Jésus n'était pas de nature à le faire condamner, s'inquiétait beaucoup de ce qu'il ne trouvait pas matière suffisante d'accusation contre lui. Agité par l'impatience et transporté de colère, il se lève brusquement au milieu de l'assemblée qu'il présidait, et interpelle le prévenu en ces termes : Tu ne réponds rien à ce que ces gens-là déposent contre toi (Matth. XXVI, 62). Le mouvement extraordinaire dont il accompagnait cette interpellation dénotait assez la fureur extrême qui troublait son esprit ; car un supérieur, un juge qui se possède lui-même doit au contraire montrer de la modération, du calme et de la gravité dans ses paroles, ses actions et ses gestes. Selon le Vénérable Bède, le grand-prêtre cherchait à provoquer une réponse dans l'espoir d'y trouver quelque chose de répréhensible, mais Jésus se taisait (Ibid. 63). Par ce silence vraiment éloquent, 1° il faisait éclater son innocence, car ni les témoins ni les faits dont ils déposaient ne méritaient de réponse. 2° Il montrait sa miséricorde, puisqu'il voulait leur éviter l'occasion de devenir plus coupables, en ne les exposant point au péril de soutenir leurs allégations méchantes. 3° Il manifestait sa sagesse, car il savait, comme Dieu, que quoi qu'il eût répondu, ses ennemis le lui auraient reproché, et que sa justification n'étant point écoutée aurait été inutile. 4° Il prouvait sa patience, afin de nous apprendre à nous taire avec courage plutôt que de nous défendre sans profit. À son exemple, méprisons les faux rapports des calomniateurs qui crient après nous comme des chiens furieux, et n'aggravons point par un essai de justification le danger de la situation où nous ont réduit des ennemis acharnés.
Mais plus Jésus continuait de garder le silence, et plus Caïphe irrité persistait à provoquer une réponse. S'obstinant donc à lui tendre un piège pour le perdre, le prince des prêtres interrogea de nouveau le Sauveur en ces termes : De la part du Dieu vivant, je t'adjure de nous dire si tu es le Christ, Fils de Dieu (Ibid. 63). Ainsi, après l'avoir fait arrêter clandestinement comme un larron, il examine maintenant s'il se faisait passer pour Dieu. Mais bien loin de chercher la vérité par cette sommation, il ne désirait que trouver un prétexte à la calomnie. Cette fois pourtant, par respect pour le nom adorable qui venait d'être invoqué, Jésus crut devoir répondre : Vous l'avez dit ; oui, je le suis (Ibid. 64). Par cette déclaration qu'il fit juridiquement, il voulait qu'ils ne pussent s'excuser d'ignorance ou le taxer de mépris pour le nom divin. Mais de plus, ajouta le Seigneur, je vous proteste qu'un jour, à la fin du monde, vous verrez de vos propres yeux, ce même Fils de l'homme, que vous maltraitez aujourd'hui comme un vil criminel, assis comme juge suprême à la droite de la majesté divine ; c'est-à-dire partageant la puissance souveraine du Père et la gloire éternelle de son règne. Vous le verrez, sous sa forme humaine, descendre pour le jugement général, sur les nuées du ciel, comme il était monté précédemment ; alors tout œil le verra, et ceux mêmes qui l'auront transpercé. Comme s'il disait à ses persécuteurs : Vous me méprisez et vous me condamnez comme le dernier des hommes et des criminels ; mais c'est précisément à cause de cela que vous me verrez exalté par-dessus tous les cieux comme juge des vivants et des morts.
A ces mots, le grand-prêtre qui déjà hors de lui-même s'était élancé de son trône, dans l'excès de sa rage, en vint jusqu'à déchirer ses vêtements (Ibid. 65). Et par ce fait, Caïphe prophétisa sans le savoir. Il fut ainsi deux fois prophète à son insu : la première fois, par sa parole, quand il dit : Il est expédient qu'un homme meure pour le peuple (Joan. XVIII, 14) ; la seconde fois, par son action dans la circonstance présente. En effet, selon saint Jérôme (in cap. XXVI Matth.), en déchirant les habits pontificaux dont il était couvert, il déchira le voile de la Loi dont il était le ministre principal, et il montra par là que la Synagogue avait perdu pour toujours la gloire du sacerdoce. Le Vénérable Bède dit également (in cap. XIV Marc.) : « Ce n'est pas sans un profond mystère que, durant la Passion du Sauveur, on voit le grand-prêtre des Juifs lacérer l'éphod sacerdotal, tandis que les soldats qui crucifièrent le Seigneur ne purent eux-mêmes partager sa tunique sans couture. C'était pour figurer que la nation juive allait être dispersée partout, et son sacerdoce mis en pièces, à cause des crimes des pontifes ; tandis que l'Église chrétienne, appelée quelquefois la robe du Seigneur, ne doit point être détruite, ni sa foi altérée, parce qu'elle est fondée sur la pierre d'une manière inébranlable. Voilà la double prophétie dont nous voyons aujourd'hui le merveilleux accomplissement. »
Les Juifs avaient coutume de déchirer ainsi leurs vêtements en signe de douleur et de détestation, lorsqu'ils entendaient proférer quelque blasphème contre Dieu. Voilà pourquoi saint Paul et saint Barnabé déchirèrent leurs vêtements, quand ils se virent décerner les honneurs divins. Or c'est ce même crime si énorme que le grand-prêtre imputa au Sauveur, lorsqu'il s'écria : II a blasphémé, en s'arrogeant ce qui convient à Dieu seul ; car qu'est-ce que blasphémer, sinon attribuer à la créature ce qui revient uniquement à Dieu, ou bien attribuer à Dieu ce qui est propre à la créature ? Qu'avons-nous encore besoin de témoins (Matth. XXVI, 65) ? En d'autres termes, c'est se donner une peine inutile que d'en chercher désormais. Vous venez d'entendre le blasphème sortir publiquement de sa bouche. Ô misérable pontife, juge inique ! Jésus n'a point proféré de blasphème, il n'a dit que la vérité ; c'est toi-même qui blasphèmes, toi qui n'accordes point à Dieu ce qui appartient à Dieu, toi qui regardes le Fils de Dieu comme une simple créature ; c'est pourquoi que ton blasphème périsse avec toi ! — Comme Jésus-Christ, traduit devant Caïphe, n'abandonna point la vérité malgré le danger de mort, mais confessa avec constance, quoique avec modestie, qu'il était Fils de Dieu ; ainsi le Chrétien sincère ne doit pas renoncer à sa foi par crainte de quelque dommage temporel, mais y persévérer courageusement jusqu'à la dernière extrémité.
En voyant imputer à Notre-Seigneur un horrible blasphème, apprenons à nous conserver purs d'un pareil crime ; car bien qu'il n'en fût pas plus coupable que de tout autre péché, notre divin Sauveur a souffert néanmoins d'en être accusé pour nous mériter la grâce d'en être préservés. Gardons-nous donc de jamais proférer ou occasionner quelque parole de blasphème et d'injure contre Dieu même, ce qui peut arriver de différentes manières, soit qu'on parle contre ses attributs ou ses Saints, contre ses enseignements et ses préceptes, contre les sacrements ou les lois de son Église. Évitons aussi de jamais prononcer aucune parole de blasphème ou de malédiction contre notre prochain, lors même qu'il en serait digne. Caïphe se rendit donc coupable d'un blasphème impie, en osant charger d'un tel crime le Seigneur lui-même. Jésus-Christ certes eût bien répondu ; Le blasphémateur, ce n'est pas moi, mais toi-même ; néanmoins pour nous servir d'exemple, il ne voulut point que l'ombre d'un blasphème ou d'une malédiction sortît alors de sa bouche divine. Nous trouvons sur ce sujet une leçon remarquable dans l'Epître de saint Jude (9). Il est écrit en effet : Lorsque l'archange Michel contestait avec le diable touchant le corps de Moïse, il n'osa point porter contre lui une sentence de malédiction ; mais il se contenta de dire : Que le Seigneur te commande lui-même. Suivant la remarque de saint Jérôme (in Apologia adversus Ruffin.), « si le glorieux prince de la milice céleste ne voulut pas condamner avec exécration Satan qui certainement le méritait très-bien, quelle réserve ne devons-nous pas garder, nous autres simples mortels ? Le démon méritait d'être maudit, mais il ne convenait pas qu'il le fût par une bouche angélique. » Ainsi donc un esprit céleste s'abstint de maudire un esprit infernal, pour ne pas manquer envers une créature de Dieu, mauvaise sans doute par sa volonté, mais bonne néanmoins en sa nature, puisqu'elle est l'œuvre du Créateur. À combien plus forte raison les hommes doivent-ils s'abstenir de tout blasphème ou imprécation, à l'égard de n'importe quelle créature et surtout à l'égard du Créateur ? — En conséquence, pour témoigner l'horreur que nous inspire le blasphème, habituons-nous à répéter cette invocation : Que le nom du Seigneur soit béni, maintenant et à jamais (Ps. CXII, 2). Ou bien, redisons quelque prière comme la suivante : Ô Jésus, qui avez souffert qu'on vous imputât le crime de blasphème, ne permettez pas que jamais par mes paroles ou mes actes je le fasse commettre à quelqu'un, ni que ma bouche ose proférer aucune malédiction ou imprécation contre qui que ce soit.
Après avoir dit : Vous venez d'entendre le blasphème, le prince des prêtres ajouta : Que vous en semble ? Et eux de répondre : Il a mérité la mort (Matth. XVII, 66). Cependant il n'avait dit que la vérité. Ainsi, comme saint Chrysostôme le fait observer, c'étaient les mêmes hommes qui l'accusaient, l'examinaient, le jugeaient et le condamnaient tout à la fois. Mais selon le Vénérable Bède (in cap. XIV Marc), par leur propre sentence ils se condamnaient eux-mêmes, en livrant à la mort Celui que, d'après le témoignage de ses œuvres et de ses paroles, ils pouvaient et devaient reconnaître comme Dieu. La sentence qu'ils prononçaient aurait été légitime en supposant vrai le fait sur lequel portait l'accusation ; car, selon la Loi (Lev. XXIV, 16), quiconque blasphème le nom du Seigneur doit être puni de mort et lapidé par le peuple ; mais, comme le fait sur lequel reposait la question était faux, leur réponse était également fausse, inique et sacrilège. — Dans cette condamnation de Jésus-Christ nous trouvons un double enseignement. 1° Prenons garde que la sentence injustement prononcée contre le Sauveur innocent ne puisse être justement prononcée contre nous autres coupables ; car de tout homme en état de péché mortel, on doit dire en toute vérité qu'il est digne de mort ; 2° S'il arrivait que des persécuteurs nous condamnassent à mort pour la cause du Christ, ne nous en troublons point, réjouissons-nous en plutôt par la perspective de la récompense qui nous attend au ciel. — D'après ce qui précède, pensons que par nos péchés nous avons souvent mérité la mort, mais que par sa miséricorde Dieu nous a jusqu'à présent conservé la vie pour nous laisser le temps de faire pénitence. Dans ce but, adressons-lui quelque prière qu'il nous inspirera, comme celle-ci : Ô mon Sauveur ! qui avez laissé les Juifs impies vous proclamer digne de mort, ne souffrez pas que j'encoure jamais de votre part la terrible sentence de la mort éternelle.
En ce moment, tous ceux qui étaient présents se ruèrent à l'envi sur le Seigneur, pour l'insulter de différentes manières (Matth. XXVI, 67). Les uns lui crachèrent au visage, comme s'ils avaient affaire à l'être le plus vil et le plus abominable, mille fois digne du dernier supplice, pour s'être déclaré égal à Dieu ; alors fut accompli ce qu'il avait dit par la bouche d'Isaïe (L, 6) : Je n'ai point détourné ma face pour éviter l'ignominie des crachats. Afin de témoigner leur profond mépris et leur extrême aversion à l'égard de ceux qu'ils excommuniaient et qu'ils retranchaient de leur société, les Juifs avaient ainsi coutume de leur cracher au visage. Peut-on rien concevoir de plus dégoûtant, de plus honteux, de plus dégradant que de subir une telle flétrissure ? Comment a-t-on pourtant osé l'infliger à Celui dont les Anges ne se lassent point de contempler le visage ravissant (I Pet. I, 12) ? Ô aveugle jalousie des malheureux Juifs, qui n'ont point eu horreur de souiller une face si aimable de leurs infâmes crachats ! c'est ainsi que cette face adorable devint hideuse et méconnaissable à force de crachats et de coups, car on le frappa avec le poing sur le visage, comme ajoute l'Évangéliste. Créatures frivoles, voilà comment votre divin Sauveur expie cette vanité pernicieuse qui vous fait farder vos figures de couleurs empruntées !
En voyant les Juifs conspuer ainsi le visage sacré de Notre-Seigneur, tirons de ce fait deux conclusions pratiques. En premier lieu, évitons de nous rendre coupables d'un crime semblable, que l'on peut commettre de plusieurs manières. 1° En effet, d'après saint Jérôme (in cap. XIV Marc), ils crachent à la face du Christ, ceux qui la souillent dans leur conscience par des pensées ou des actions sales et criminelles, car le Christ habite dans la conscience pure où son image se reflète comme dans un miroir ; aussi est-ce pour en laver toutes les taches qu'il a voulu recevoir sur son propre visage tant de sordides crachats. 2° D'après Raban Maur (in cap. XXVI Matth.), ils crachent également à la figure du Sauveur, ceux qui rejettent la présence de sa grâce et nient le bienfait de son incarnation par des paroles exécrables provenant d'un esprit dépravé. 3° Selon saint Grégoire, il en est de même de ceux qui insultent ici-bas les Saints et les amis de Dieu, en les couvrant, pour ainsi dire, de leur bave venimeuse par des discours outrageants. 4° C'est littéralement cracher à la face de Jésus que d'approcher indignement de l'Eucharistie, car ceux qui reçoivent son corps sacré avec une conscience impure touchent l'adorable sacrement de leur salive infectée par le péché. 5° On crache en quelque sorte à la figure du Seigneur, quand on ne respecte pas les supérieurs qui sont ses représentants sur la terre, 6° On en peut dire autant de ceux qui négligent de remercier Dieu pour chaque grâce qu'ils reçoivent de sa libéralité.
En second lieu, apprenons à voir des titres de gloire, des sources de mérite pour nous dans tous les crachats ignobles et semblables opprobres que notre Sauveur a bien voulu supporter. « Remarquez, dit saint Chrysostôme (Hom. LXXXVI in Matth.), comment l'Évangéliste nous rapporte avec un soin extrême les détails qui paraissent les plus ignominieux, sans rien omettre ni voiler, mais regardant comme un honneur insigne que le Dominateur de l'univers ait daigné souffrir pour nous de pareils traitements. Ne nous lassons point de les relire, efforçons-nous de les graver dans notre esprit et ne cessons de nous en glorifier. » Ces réflexions de saint Chrysostôme peuvent s'appliquer à chaque détail de la Passion de Notre-Seigneur, mais surtout à celui que nous venons de considérer comme étant un des plus répugnants à la nature. — Pour produire des actes en rapport avec cette dernière circonstance, représentons-nous Jésus-Christ couvert d'horribles crachats, et remercions-le de la gloire sublime qu'il nous a méritée par de telles humiliations. Rappelons-nous que nous avons souvent conspué son aimable visage dans le fond de notre âme, et peut-être, hélas ! profané son corps adorable par le contact de notre salive impure en communiant d'une manière indigne. — Ô Jésus ! qui avez laissé les Juifs souiller par d'immondes crachats votre face si ravissante, ne permettez pas que je ternisse jamais en moi la splendeur de votre image par des pensées ou des actions déshonnêtes.
D'autres lui mirent un voile sur le visage (Marc. XIV, C5) ; et jusqu'à ce jour ce voile est resté sur leur propre cœur, parce qu'il leur a caché son aimable présence. Ô fol aveuglement et aveugle folie des misérables Juifs ! cette face si attrayante, après laquelle les Patriarches et les Prophètes avaient ardemment soupiré depuis tant de siècles, les insensés ! ils la voilent outrageusement aujourd'hui qu'elle s'offrait miséricordieusement à leurs regards ! En bandant les yeux du Sauveur, dit le Vénérable Bède (in cap. XIV Marc), ils l'ont moins empêché devoir leurs crimes énormes, qu'ils ne se sont rendus incapables eux-mêmes de reconnaître les traits divins de sa personne et de percevoir les rayons lumineux de sa grâce. Par leur conduite, ils ont montré, sans le savoir, que pour tout infidèle comme aussi pour tout homme qui se détourne de Dieu, fût-il même chrétien, la face du Christ demeure invisible, comme recouverte d'un voile ; et ce voile, comme l'assure l'Apôtre (II Cor. III, 16), ne sera ôte que pour celui qui se convertira de tout cœur à Dieu»
Si nous ne voulons pas imiter les Juifs dans leur funeste aveuglement, nous devons tirer deux conclusions pratiques du fait qui nous occupe maintenant. 1° Gardons-nous de voiler la face du Sauveur, comme le font encore, malheureusement, beaucoup de Chrétiens. Tels sont ceux qui pèchent sans pudeur, comme s'ils n'étaient pas exposés à la vue de Dieu, ou qui pèchent sans frein, comme s'ils étaient abrités sous un masque de liberté ; tels sont aussi ceux qui, par leurs fautes et leurs ignorances volontaires, font disparaître de leur âme obscurcie l'image et la connaissance de Dieu ; aussi d'après saint Jérôme (in cap. XIV Marc), notre divin Sauveur a souffert qu'on mît un bandeau sur ses propres yeux pour enlever de nos cœurs le bandeau de l'erreur et du péché qui les enveloppait. C'est voiler enfin la figure du Christ que de rejeter la grâce de la foi. — 2° Nous devons, en certaines occasions, voiler prudemment ou du moins baisser modestement nos yeux, afin qu'ils ne soient point séduits par les appas de la vanité et pris dans les filets de la concupiscence. — À l'occasion de ce qui précède, pensez, ô homme, comment toutes choses sont à nu et à découvert sous les regards de Dieu ; et puisse cette réflexion salutaire vous préserver ou vous retirer du péché. En outre, souvenez-vous comment par le péché vous avez terni et effacé en vous la brillante image de Dieu ; dites alors : Ô bon Jésus, qui avez laissé voiler votre visage plein de grâces, faites luire sur votre indigne serviteur la lumière de votre face, et ne laissez pas obscurcir en moi votre image ; daignez aussi enlever de mon cœur le bandeau de mes fautes et de mes ignorances.
D'autres le frappèrent à coups de poing, c'est-à-dire sur la nuque, comme on a coutume de faire aux insensés et aux personnes les plus viles (Matth. XXVI, 67). Par cette sorte d'outrages, les Juifs cherchaient moins à lui causer quelque grave douleur qu'à lui témoigner leur profond mépris. Quant à nous, 1° afin de ne point ressembler à ces Juifs persécuteurs, évitons de frapper ainsi Jésus-Christ par derrière. D'après le Vénérable Bède (in cap. XIV Marc), c'est ce que font les faux Chrétiens qui de bouche confessent le Seigneur, tandis qu'ils le renoncent dans leur conduite ; car ils le louent par de belles paroles comme en face, mais, au lieu de marcher à sa suite dans le sentier de la vertu, ils l'offensent par de mauvaises actions. Selon saint Augustin (lib. I de Quaest. evang. c 44), ils frappent également le Seigneur comme par derrière, ceux qui mettent au-dessus de lui les honneurs mondains, ou bien encore ceux qui diffament le prochain en son absence. — 2° Afin de ressembler au Sauveur qui a reçu des coups de poing à cause de nous, tâchons de supporter avec patience et prudence les coups de l'adversité qui nous arrivent souvent de sa part. Ainsi faisait l'Apôtre, quand il disait : L'aiguillon de ma chair m'a été donné comme un ange de Satan pour me frapper honteusement (II Cor. XII, 7). — En mémoire des coups humiliants qu'a reçus Notre-Seigneur, ne craignons pas de nous en infliger de pareils à nous-mêmes ; et disons-lui : Doux Jésus, qui avez souffert d'être frappé par les Juifs à coups de poing, accordez-moi de vous glorifier par mes paroles, de telle manière que je ne vous offense jamais par des œuvres contraires à ma foi.
D'autres le frappaient sur le visage avec leurs mains étendues (Matth. XXVI, 67). Ces sortes de coups lui causèrent une douleur plus vive que les autres appliqués sur la nuque ; car la figure, étant le siège de tous les sens, contient les organes les plus délicats qu'il est très-facile de blesser. Aussi quoique les Évangélistes n'en parlent point, il est bien vraisemblable que cette sorte de percussion fit couler le sang de Jésus par la bouche et par les narines. Ô Juifs impies, comment n'avez-vous pas craint de frapper cette face adorable de la façon la plus cruelle ! D'après saint Jérôme (in cap. XXVI Matth.), le Sauveur a voulu être ainsi outragé par leurs mains, pour qu'en compensation il fût applaudi par les nôtres, c'est-à-dire loué par nos bonnes œuvres.
De cette douloureuse percussion que subit Notre-Seigneur tirons des conclusions morales. 1° Supportons patiemment à son exemple l'insolence de ceux qui nous frappent au visage ; c'est cet exemple admirable qu'imitaient les Chrétiens mentionnés par saint Paul (II Cor. XI, 20). Une pareille recommandation doit être observée non-seulement d'une manière littérale, comme notre divin Sauveur l'a fait présentement, mais aussi d'une manière spirituelle, comme il l'a souvent pratiqué et toutes les fois qu'on lui a jeté à la face des injures grossières. De même donc que Notre-Seigneur, loin de détourner son visage des reproches, des blasphèmes, des coups et des crachats, est allé au-devant de tous ces affronts pour l'amour de nous, ne refusons pas dans l'occasion de souffrir de semblables insultes pour l'amour de lui. 2° Gardons nous de frapper à notre tour Jésus-Christ au visage ; selon saint Augustin (lib. I de Quaest. evang. c. 44), c'est ce qui arrive à ces incrédules et à ces hérétiques aveugles qui nient l'incarnation ou qui rejettent la présence de Jésus-Christ soit dans le monde, soit dans l'Eucharistie. Ils se rendent coupables d'un crime analogue ces malheureux prêtres qui prennent avec des mains impures le corps du Sauveur. Ils frappent aussi le Seigneur au visage ceux qui insultent le prochain en face. — En conséquence pour la pratique, que chacun examine combien de fois il a blessé l'image de Dieu dans l'intérieur de son âme, et qu'en réparation il soit disposé à recevoir des coups en face non-seulement par des paroles mais encore par des actions injurieuses. Que le prêtre examine à son tour s'il ne lui est jamais arrivé de porter une main sacrilège sur son Sauveur, en le touchant indignement à l'autel. — Ô Jésus, qui avez laissé les Juifs criminels frapper votre visage vénérable, accordez-moi de conserver toujours en moi votre image intacte, avec un tel soin que je ne la profane jamais par des œuvres coupables.
Et les valets lui donnaient des soufflets, en le frappant sur les joues (Marc. XIV, 65). Ici rappelez-vous les réflexions que nous avons déjà faites à l'occasion d'un semblable traitement qui fut infligé à notre divin Sauveur devant le pontife Anne. Après lui avoir bandé les yeux, pendant qu'ils frappaient de différentes manières son chef sacré, les uns sur la nuque, les autres sur le front et d'autres sur les joues, ils répétaient à l'envi : Christ, prophétise-nous qui est celui qui t'a frappé ? Par ces paroles dérisoires, ils voulaient se moquer de Celui que le peuple regardait comme un grand prophète, comme le Christ lui-même ; et ils prétendaient prouver qu'il était un imposteur incapable de deviner de quelle main partait chaque coup asséné sur sa propre tête. Ainsi, dit saint Théophile, le Maître des Prophètes voulut être traité comme faux prophète. Et à cause des railleries mêmes dont ses ennemis l'accablaient, le Seigneur ne daigna pas leur répondre ; car répondre à ceux qui se jouaient de lui eût été se manquer à lui-même. Selon la remarque de saint Jérôme (in cap. XXVI Matth.), il n'eût pas été sage de satisfaire la vaine curiosité de ceux qui le frappaient avec une fureur aussi évidemment insensée.
En voyant Notre-Seigneur sommé avec insulte de prophétiser, tirons de ce fait quatre conclusions pratiques. 1° N'allons pas également nous moquer de Jésus-Christ, dans la fausse persuasion qu'il ne voit pas nos péchés ; car d'après le Vénérable Bède (in cap. XIV Marc), tous ceux qui l'offensent par des actes coupables, en s'imaginant qu'il ignore leurs pensées secrètes et leurs œuvres ténébreuses, semblent lui dire avec dérision : Qui est-ce qui t'a frappé ? 2° Faisons un retour sur nous-mêmes, afin d'examiner si nous avons vraiment frappé Jésus-Christ par de mauvaises actions ; puis, si nous en doutons, adressons-lui la même question que les Juifs, mais avec une intention bien différente ; et demandons-lui sérieusement, avec une pieuse confiance, qu'il nous fasse connaître nos propres fautes. 3° Gardons-nous de tenter Notre-Seigneur en réclamant des miracles ou des prophéties ; disons plutôt avec saint Augustin (in Soliloq.) : Vous voyez, Seigneur, quels pièges me tend l'ennemi pour m'engager à vous demander des signes et des prodiges ; mais comme votre grâce m'a empêché de consentir à cette suggestion téméraire, je vous prie d'en éloigner toujours davantage de moi la pensée elle même. 4° Ne prodiguons pas inutilement les dons de Dieu à ceux qui en sont indignes. Ainsi, quoique vrai prophète, Jésus-Christ ne voulut cependant point prophétiser en faveur de ceux qui le raillaient. Les prédicateurs doivent également savoir, en temps et lieu, ne point dispenser la parole de Dieu à des auditeurs mal disposés. — D'après ce que nous venons de considérer, tâchons de comprendre combien il dut être amer à notre divin Sauveur d'être devenu en cette circonstance le jouet des Juifs, qui le traitèrent comme s'il eût été un insensé ou un enfant. Adressons-lui cette prière : Ô Jésus, qui pour l'amusement des Juifs impies avez été frappé à la tête et sommé de prophétiser, je vous en supplie, puisque, étant vrai prophète, vous connaissez le fond des âmes comme l'avenir des choses, daignez m'apprendre ce que je suis et combien je suis misérable, moi qui si souvent, hélas ! vous ai frappé de ma propre main par des actions iniques.
Représentez-vous en outre la multitude d'insultes toujours croissantes, dont ces barbares ne cessaient de charger le Seigneur au milieu de leurs blasphèmes. Excités par leur méchanceté et leur corruption personnelles, encouragés par des chefs plus cruels et plus dépravés encore auxquels ils voulaient plaire, ils ne lui ménagèrent aucun mauvais traitement. Les uns frappaient du revers de la main cette bouche adorable d'où étaient sorties tant de paroles salutaires ; d'autres l'accablaient de coups de poing. Ceux-ci le traînaient par ses cheveux sacrés, ceux-là lui arrachaient sa barbe vénérable ; d'autres renversaient ignominieusement à terre et foulaient aux pieds le Roi des Anges. Et vous, que feriez-vous si vous étiez témoins de ces scènes brutales ? Ne vous jetteriez-vous pas sur votre divin Maître pour le couvrir de votre corps, en criant : Cessez de maltraiter ainsi mon Seigneur et mon Dieu ; me voici, c'est moi qu'il faut frapper ; épuisez sur moi votre rage, mais épargnez mon Sauveur. Prosterné ensuite à ses pieds adorables et les tenant étroitement embrassés, vous vous estimeriez heureux de pouvoir le défendre et de recevoir à sa place les coups qui lui étaient destinés.
Considérez attentivement toutes ces choses comme si elles se passaient actuellement sous vos yeux, et faites par le désir ce que vous eussiez fait alors dans la réalité. Rappelez-vous en détail les divers outrages qu'inventent de féroces persécuteurs pour tourmenter le Juste par excellence ; admirez la patience inaltérable qu'il montre au milieu d'innombrables injures ; en pensant qu'il a souffert ainsi pour notre salut soyez touché de compassion ; et ne cessez de laver de vos pleurs sa face auguste, à mesure que ces impies la souillent de leurs crachats. Qui pourrait, en effet, retenir ses larmes abondantes, s'il examine comment le Seigneur des Anges, le Fils de Dieu est devenu l'opprobre des hommes et le rebut du peuple (Ps. XXI, 7) ? C'est ce souvenir douloureux qui porte saint Anselme à s'écrier (in Speculo sermon. evang. IX) : « Ô très-doux Jésus ! que d'indignités vous avez essuyées de la part de votre propre nation ! Traduit devant le tribunal des pontifes acharnés à votre perte, vous avez été jugé digne de mort comme blasphémateur, pour avoir confessé la vérité. Ce visage adorable que les Anges ne se lassent point de contempler, qui remplit tous les cieux d'allégresse et auquel les princes de la terre adressent leurs hommages, ce visage auguste, des bouches infectes l'ont souillé, des mains sacrilèges l'ont frappé, un sale voile l'a couvert comme instrument de railleries ; et vous avez été meurtri de coups comme un vil esclave, ô vous Maître souverain de toute créature ! » Mais, selon la remarque du Vénérable Bède (in cap. XIV Marc), par une disposition ineffable de Celui qui endure tous ces affronts, il n'en est aucun qui ne tourne à notre avantage. De là cette recommandation de saint Pierre (I Epist. IV, 1) : Puisque le Christ a souffert en sa chair, armons-nous de cette pensée, afin qu'en retour nous soyons disposés à subir pour son amour toutes les humiliations.
Les Juifs contempteurs du Christ ont été figurés d'avance dans les Philistins ennemis de Samson. Cet homme fameux s'étant un jour laissé lier, les Philistins qui le prirent lui ôtèrent la vue et en firent leur jouet. De même Notre-Seigneur s'étant un jour laissé trahir, les Juifs qui le saisirent lui bandèrent les yeux et s'en servirent comme d'amusement. Mais une autre fois, lorsque Samson le voulut, il se vengea d'une manière terrible de ses cruels adversaires ; le même sort est réservé aux persécuteurs du Christ, quand à la fin des siècles il viendra juger le monde dans tout l'éclat de sa puissance. — En attendant ce jugement suprême, considérez que Jésus qui souffre les outrages et les dérisions mérite justement tout honneur et toute gloire. Apprenez à son exemple à supporter les ignominies, et à mépriser les louanges et les faveurs humaines. Si les hommes, qui voient seulement les apparences, vous tiennent pour vil à leurs yeux, estimez-vous plus vil encore aux yeux du Seigneur ; et loin de vous en fâcher et d'en murmurer, prenez-en occasion de vous humilier et de vous confondre devant Celui qui découvre les choses les plus cachées. Enfin ne nous laissons point entraîner par l'exemple des méchants ; efforçons-nous d'imiter la patience du Sauveur, et gardons-nous de la mettre à l'épreuve, comme firent autrefois par leurs blasphèmes les Juifs infidèles, et comme font encore les faux Chrétiens par leurs impiétés.
Imaginons-nous maintenant la tristesse, l'affliction de Pierre et de Jean, lorsqu'ils eurent connaissance des traitements injurieux infligés à leur bon Maître, et dont peut-être ils furent témoins oculaires. Mais
Pierre, engourdi déjà par le froid de l'incrédulité,
était assis en bas dans la cour où il se chauffait extérieurement, tandis que le feu de la charité s'éteignait intérieurement dans son âme (Matth. XXVI, 69 — Marc. XIV, 66 — Joan. XVIII, 25). Faut-il s'étonner si la tentation s'est approchée de cet Apôtre qui s'était éloigné du Sauveur ? Aussi la peur qui ne tarda pas de le dominer lui fit renoncer le Seigneur jusqu'à trois fois. La première fois, ce fut en cette même cour, sur l'interpellation de la portière. Effrayé à la voix d'une simple servante, il renia l'Auteur de la vie, parce qu'il redoutait la mort, comme le fait remarquer saint Grégoire (in III Psal. poenit.). Mais pourquoi Dieu permit-il que Pierre fût dénoncé par une servante avant de l'être par d'autres personnes ? La raison qui suffirait seule, c'est qu'il fallait confondre sa présomption, en le laissant surmonter d'abord par ce que la nature a de plus faible et le monde de moins imposant, par une femme et non par un homme, par une esclave et non par une femme libre. Une seconde raison, c'est pour montrer que les diverses personnes de tout sexe et de toute condition ont contribué à la mort de Notre-Seigneur et ont été rachetées par sa Passion. — Après son reniement, Pierre, craignant de rester trop longtemps parmi les Juifs,
se retira dehors, devant la cour, et le coq chanta (Marc XIV, 68).
Comme il sortait, une autre servante l'aperçut et dit à ceux qui étaient présents : Cet homme-là était aussi avec Jésus de Nazareth (Matth. XXVI, 71).
Peu de temps après Pierre étant rentré,
quelqu'un dit en le voyant : Vous êtes aussi de ces gens-là (Luc. XXII, 58). Plusieurs répétèrent :
n'êtes-vous pas aussi de ses disciples (Joan. XVIII, 25).
Quant à lui, il le nia avec serment (Matth. XXVI, 72). Ceci nous fournit une triste preuve comment une première faute conduit souvent à une seconde plus grave. Ainsi le péché s'accroît, quand on s'y arrête, dit Raban Maur. Et selon saint Grégoire (Hom. XI in Ezech.), le péché qui n'est pas détruit par la pénitence entraîne bientôt par son propre poids dans un autre abîme. — Pierre, effrayé de plus en plus, sortit de nouveau ; et
environ une heure après, il fut encore interpellé par plusieurs, selon saint Matthieu et saint Marc ; mais, suivant saint Luc et saint Jean, il paraît qu'il le fut spécialement, d'une manière plus expresse et plus forte, comme au nom de tous, par un d'entre eux, domestique du grand-prêtre et parent de Malchus.
Pierre alors se mit à dire avec serment et imprécation : je ne connais point cet homme dont vous parlez ;
et aussitôt le coq chanta (Marc. XIV, 71 et 72).
Ainsi, une fois avant le premier, et deux autres fois avant le second chant du coq, le Chef des Apôtres renia son Maître ; il ne jura pas pourtant que Jésus n'était point le Christ, mais que lui-même n'était point son disciple et qu'il ne le connaissait point. Néanmoins, déclarer qu'on n'est pas son disciple, ou en d'autres termes qu'on n'est pas chrétien, c'est renier le Sauveur, comme si l'on déclarait qu'il n'est point le Christ ou le Messie. Aussi, le Seigneur avait dit précédemment à Pierre : Tu me renieras, et non pas : Tu nieras d'être mon disciple. Alors s'accomplit la juste prévision du Médecin, comme le remarque saint Augustin (Tract. CXIII in Joan.) ; alors se manifesta la folle présomption du malade. Il arriva donc, non point ce que le disciple avait promis par ces belles paroles : Je donnerai ma vie pour vous, mais ce que le Maître avait annoncé par ces mots terribles : Tu me renonceras trois fois. La marche progressive que suivit l'Apôtre en ce triple reniement aggrava considérablement sa culpabilité : car il commença par un mensonge ; puis il y ajouta le parjure ; enfin il y joignit des exécrations, des anathèmes ou imprécations contre lui-même, c'est-à-dire il se voua à tous les supplices si ce qu'on lui reprochait était vrai ou si ce qu'il protestait était faux. — Les interprètes, embarrassés pour concilier les diverses relations des quatre Évangélistes, ne s'accordent pas tous sur l'endroit précis où aurait eu lieu le triple reniement de Pierre. Il est arrivé tout entier chez Anne, d'après les uns, en admettant que saint Matthieu le raconte par manière de récapitulation, après avoir dit que Jésus fut conduit chez Caïphe. D'après les autres, en supposant que saint Jean a rapporté par anticipation le premier reniement, tous les trois sont arrivés chez Caïphe. D'autres au contraire, persuadés que cet Évangéliste a suivi l'ordre naturel des reniements, pensent que le premier eut lieu chez Anne et les deux derniers chez Caïphe. Selon cette opinion, Pierre aurait été introduit également chez les deux pontifes par le disciple qui pouvait être connu de l'un comme de l'autre.
Maintenant représentez-vous comment Jésus, ce bon Maître, se retourna de la justice vers la miséricorde, et regarda avec des yeux de compassion Pierre, son disciple chéri, qui venait de le renier pour la troisième fois (Luc. XXII, 61). Ce retour et ce regard ne furent point extérieurs et corporels, mais tout intérieurs et spirituels ; car tandis que Notre-Seigneur se trouvait dans la salle d'audience avec les princes des prêtres, l'Apôtre infidèle se tenait plus bas dans la cour du palais avec les serviteurs, de manière que, humainement parlant, l'un ne pouvait apercevoir l'autre. En effet, d'après saint Léon (Serm. IX de Passione), pendant que le Sauveur était retenu comme homme devant le tribunal du pontife, de là il vit seulement comme Dieu la frayeur de son disciple placé hors de la maison ; et aussitôt par un coup d'œil tout-puissant, il releva le courage de cette âme abattue qu'il toucha d'un amer repentir. Suivant saint Augustin (Lib. III de Consensu Evang. c. 6), le regard divin tombé sur Pierre, ce fut le souvenir excité dans lui de la faute qu'il avait commise et de la prédiction qu'il avait entendue auparavant. Ainsi le Seigneur jeta sur lui des yeux compatissants, parce qu'il le pénétra d'une salutaire componction et qu'il le retira d'une chute dangereuse. C'est dans ce même sens que nous prions souvent Dieu de nous regarder favorablement. Or ce souvenir suggéré au disciple coupable fut l'heureux commencement d'une parfaite conversion ; car, selon saint Chrysostôme, il n'y a point de meilleur remède au péché que la pensée continuelle de Dieu. « Sous l'œil propice de son Maître, dit le Vénérable Bède (in cap. XXII Luc), Pierre, rentrant en lui-même, effaça les taches de son reniement par les larmes de la pénitence ; car la grâce divine est nécessaire non-seulement pour accomplir la pénitence, mais même pour l'embrasser. De là vient que le Prophète royal s'écriait : Jusques à quand mon ennemi s'élevera-t-il contre moi ? Daignez me regarder et m'exaucer, Seigneur, mon Dieu ; c'est-à-dire ayez pitié de moi, et venez à mon secours. »
Pierre, sentant donc que son cher Maître l'avait entendu et regardé, fut ému et bouleversé ; il sortit aussitôt de la cour, où il l'avait renoncé dans la compagnie des méchants, et se retira dans une grotte appelée le chant du coq. C'est là qu'il pleura amèrement (Matth. XXVI, 75). Les larmes de la contrition qui proviennent d'un cœur affligé sont vraiment amères ; les larmes de la dévotion sont au contraire si douces qu'elles servent d'aliment continuel aux plus saintes pensées, comme l'avait éprouvé le Prophète royal quand il disait : Mes larmes furent ma nourriture pendant le jour et la nuit (Ps. XLI, 4). À l'endroit même où l'Apôtre repentant pleura d'abord son péché, pour rappeler sa pénitence, on bâtit plus tard en son honneur une église située entre la montagne de Sion et la ville de Jérusalem. Depuis ce moment, Pierre prit l'habitude de se lever chaque nuit au premier chant du coq, qui lui rappelait le souvenir douloureux de sa chute ; il restait alors en prières jusqu'au matin, ne cessant de pleurer sa faute, non point seulement parce qu'il avait mérité une peine terrible, mais plutôt parce qu'il avait renié le meilleur Maître. Ce souvenir était pour lui le plus cruel supplice, comme l'atteste saint Chrysostôme. Des larmes brûlantes coulaient si abondamment sur ses joues qu'elles y creusèrent un sillon toujours humide ; ce qui l'obligeait à porter continuellement dans son sein un linge pour les essuyer.
Considérez à présent le lieu qui fut un écueil pour le Prince des Apôtres, et apprenez de là à fuir toute assemblée qui pourrait devenir pour vous une occasion de scandale. « Où donc Pierre renia-t-il le Sauveur ? se demande saint Ambroise (in cap. XXII Luc). Ce ne fut point sur la montagne, ni dans le temple, ni dans sa maison ; mais dans le prétoire des Juifs, dans la demeure des princes, là où Jésus était enchaîné et la vérité captive. » Comme le fait observer saint Jérôme, « Pierre se tenait dans la cour, près du foyer, avec les serviteurs. Cette cour représente le monde, la concupiscence en est le foyer et les démons en sont les serviteurs ; or celui qui ne s'en éloigne pas avec soin ne peut pleurer ses propres péchés. » Remarquons à ce propos combien il est dangereux de vivre dans la cour des grands. Pierre n'entra qu'une fois dans un palais, et il y perdit toute son énergie jusqu'à renoncer Jésus-Christ. Que serait-il arrivé, s'il y fût resté plus longtemps ? Aussi, ce ne fut point là, mais seulement dehors, qu'il se repentit. De même, l'étoile du Messie s'éclipsa aux yeux des Mages, dès qu'ils furent arrivés dans le palais d'Hérode ; mais à peine en furent-ils sortis qu'elle reparut brillante. — Ô combien est funeste la conversation des méchants ! s'écrie le Vénérable Bède (in cap. XIV Marc). Pierre parmi les Juifs n'osa pas avouer même comme homme Celui qu'il n'avait pas craint de proclamer Fils de Dieu parmi les disciples. Comme il ne pouvait non plus pleurer sa faute en restant dans la cour de Caïphe, il se retira à l'écart afin que, séparé des impies, il pût librement effacer par des larmes abondantes les souillures contractées par sa lâche défection. » C'est ainsi qu'aujourd'hui beaucoup d'hommes admis dans les palais renient Jésus-Christ par leurs œuvres coupables ; et c'est à peine si jamais ils en font pénitence, parce que ces lieux n'y sont point propres ; celui donc qui veut éviter le péché et réparer le mal qu'il a commis doit fuir les sociétés dangereuses ou mondaines. Aussi saint Bernard dit : « II est très-difficile de faire pénitence sans quitter le siècle ; dans ce milieu corrompu, tout devient achoppement pour le vice et obstacle pour la vertu ; les uns par leurs maximes empoisonnées, les autres par leurs exemples pernicieux vous entraînent dans le péché ; ceux-ci par leurs flatteries vous portent à la vaine gloire ; ceux-là par leurs détractions vous font tomber dans l'impatience. »
Nous qui avons audacieusement renié le Christ notre Rédempteur par des pensées, des paroles ou des actions criminelles, imitons la pénitence de Pierre. Reconnaissant sa faute, il en a de la douleur et du regret, il laisse la compagnie, occasion de sa chute, et gagne la solitude, amie de la componction ; c'est là qu'il pleure amèrement, bien convaincu qu'un esprit brisé par le repentir est un sacrifice agréable à Dieu, et que le Seigneur ne rejette point un cœur contrit et humilié, comme le Prophète royal l'a déclaré (Ps. L, 19). Faisons de même à l'égard du Sauveur, en nous rappelant ses douleurs et nos péchés ; allons dehors avec Pierre pour y pleurer amèrement sur nous-mêmes ; Celui qui daigna regarder le disciple infidèle ne manquera pas de nous regarder aussi miséricordieusement. Suivons ainsi la route de la pénitence que nous a tracée le Chef des Apôtres ; et puisque nous avons péché comme lui, repentons-nous avec lui, pour mériter le pardon. Abreuvés, à son exemple, d'une absinthe doublement amère, versons des larmes abondantes de contrition sur nous-mêmes et de compassion sur le Christ souffrant ; de cette manière nous serons, comme Pierre, affranchis de la dette du péché et remplis de l'esprit de sainteté. Quant à Pierre converti, dit saint Ambroise (in cap. XXII Luc), je ne trouve point qu'il ait parlé mais qu'il a pleuré ; on mentionne bien ses larmes mais non point ses œuvres de pénitence. Sa contrition paraît avoir été si parfaite qu'elle lui a tenu lieu de toute autre satisfaction. Ô Prince des Apôtres ! s'écrie saint Léon (serm. IX de Passione), heureuses sont vos larmes qui, pour effacer le crime d'un triple reniement, eurent tout l'efficace du saint baptême ! D'où l'on doit conclure que la contrition peut s'élever à un tel degré qu'elle suffise pour enlever toute peine.
Arrêtons-nous à considérer l'ordre des événements relatifs à la conversion de Pierre. Elle eut pour occasion d'abord le chant du coq, puis pour cause le regard du Seigneur, et pour résultat le repentir de l'Apôtre. Ainsi se passent les choses encore aujourd'hui dans la conversion du pécheur. D'après saint Grégoire en effet (lib. XXX Moral. c. 4), la voix du prédicateur qui excite nos cœurs à la componction est pour nous comme le chant du coq. Mais il faut en outre que le regard du Seigneur fasse sentir au coupable quelque rayon de la grâce ; car ce dernier restera misérablement dans les ténèbres, jusqu'à ce qu'il soit éclairé par la véritable lumière du monde. Enfin, les larmes du repentir commencent à couler de nos yeux, quand notre âme est enflammée par une étincelle secrète de l'amour divin ; et nous allons aussitôt dehors, en sortant de l'état déplorable où nous étions tombés. Le Vénérable Bède dit à ce sujet (in cap. XXII Luc.) : « Pierre, qui avait renié son Maître au milieu de la nuit, se repentit au chant du coq ; ainsi les ombres de l'oubli qui avaient causé son égarement furent dissipées par les premières lueurs d'espérance que fit briller le souvenir de la bonté divine. Le coq qui donne le signal de ce retour salutaire me semble figurer tout docteur ou pasteur vigilant qui nous arrache au sommeil et nous retire de la paresse en disant : Réveillez-vous, justes, et gardez-vous de pécher (I Cor. XV, 34). »
L'Apôtre ainsi réveillé et converti se mit à pleurer sur son divin Maître et sur son propre péché, en songeant aux biens qu'il avait reçus et à l'ingratitude qu'il avait montrée. Faut-il s'étonner si les regards du Seigneur ont fait alors couler les larmes de Pierre ? Les yeux du Seigneur ne sont-ils pas comme la flamme ardente (Apoc. I, 14), tandis que ceux de Pierre étaient comme de glace ? rien donc de surprenant que cette flamme rencontrant cette glace l'ait fondue ; et celui que le Soleil de justice daignait frapper de son éclat ne pouvait rester dans la nuit de l'infidélité. Ô doux Sauveur ! combien votre coup d'œil est efficace pour réchauffer le cœur froid et pour illuminer l'esprit obscurci, en sorte que l'homme voie son Créateur et reconnaisse son erreur ! ah ! comme il vous faut peu de temps pour amollir la dureté de l'âme, de manière à en faire jaillir une source abondante de pieuses larmes ! « Admirons, dit saint Anselme (de Redempt. gen. hum.), avec quelle clémence miséricordieuse, avec quelle force attractive, le Sauveur regarda son disciple trois fois infidèle, quand il le fit rentrer en lui-même et pleurer avec un regret amer. Ô bon Jésus ! veuillez me regarder avec une semblable compassion, moi malheureux qui si souvent, hélas ! vous ai renié par des affections et des œuvres coupables, à la voix d'une servante effrontée, savoir de ma propre chair. »
Envisagée selon le sens moral, la première servante qui fit renier Jésus à Pierre représente la cupidité ; la seconde figure la volupté charnelle ; et dans la personne des assistants on peut voir une image des démons qui concourent à la chute des hommes. La cupidité ou avarice sert, en effet aujourd'hui de concierge principale chez la plupart des grands ; car, comme une portière, elle introduit dans leurs palais tous ceux qu'elle veut, par le moyen de l'argent. De là cette maxime consignée au livre des Proverbes (XVIII, 16) : Le présent que l'on fait ouvre la voie et fraie les avenues auprès des princes. Oh ! combien il est à craindre que la charité, reine des vertus, ayant été chassée des maisons de ceux qui gouvernent, une servante vénale ne commence à y régner en maîtresse ; car dès que la cupidité y est admise la charité en est bannie, parce qu'elles sont toutes deux inconciliables. L'avarice a pour complice la luxure qui, d'accord avec les démons, porte à renoncer également Jésus-Christ. Pierre, dont le nom signifie connaissant, est ici le symbole des clercs qui, connaissant le Seigneur, ne le suivent néanmoins que de loin, parce qu'ils le recherchent, non point pour lui-même, mais pour leur intérêt personnel ; aussi vaincus par l'avarice, ils finissent souvent par le renier lâchement. En somme, combien de malheureux courtisans qui fréquentent les palais, et qui, tant qu'ils y sont, n'arrivent jamais ou ne pensent pas même à faire une sérieuse pénitence.
De la défection momentanée de Pierre ressortent plusieurs enseignements. Le premier, c'est que les pasteurs de l'Eglise doivent compatir aux faiblesses de leurs ouailles ; car selon saint Grégoire (Hom. XXI in Evang.), le Seigneur permit que son principal disciple succombât d'abord afin qu'il se relevât bientôt plus fort par une généreuse pénitence, et que, devant être le Chef de l'Église, il apprît par l'expérience de sa fragilité à supporter miséricordieusement les infirmités des autres. Aussi, comme saint Chrysostôme le fait justement observer (Hom. LXXXIII in Matth.), les fonctions du sacerdoce n'ont point été réservées à des Anges, parce qu'étant eux-mêmes innocents et impeccables, ils auraient pu traiter leurs sujets avec trop peu de ménagement et de miséricorde ; mais elles ont été confiées à de simples mortels, fragiles et pécheurs, afin qu'ils se montrent doux et indulgents pour les fautes de leurs semblables.
Le second enseignement est que nul ne doit se prévaloir de ses qualités, ou se confier en ses forces. « Le Seigneur a laissé tomber le Prince des Apôtres, dit saint Léon (Serm. IX de Passione), afin démontrer à l'Eglise, par l'exemple de son Chef futur, combien est salutaire le remède de la pénitence ; c'était aussi afin que personne n'osât compter sur sa propre vertu, en voyant que le plus fervent des disciples n'avait pu éviter le péril de l'instabilité. » D'après saint Chrysostome (Hom. LXXXIII in Matth.) les Évangélistes s'accordent à rapporter cette chute mémorable pour nous apprendre le danger de présumer de soi-même, au lieu de s'appuyer uniquement sur Dieu. Selon saint Ambroise (in cap. XXII Luc), ces détails nous ont été transmis pour nous prémunir contre recueil ordinaire de la présomption ; car qui osera se vanter encore, après qu'il a vu tomber Pierre pour avoir dit : Et quand tous les autres seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne le serai jamais (Matth. XXVI, 33) ? David avait dit pareillement dans sa prospérité : Non, je ne serai jamais ébranlé (Ps. XXIX, 7). Mais il ne tarda pas à se reprocher cette jactance comme lui ayant été très-funeste, ainsi qu'il l'avoue en ces termes : Seigneur, vous avez détourné de moi votre face, et je suis tombé dans le trouble (Ibid. 8).
La troisième leçon que renferme pour nous la chute de Pierre, c'est que nous devons, dès le principe, résister au péché, parce qu'une première faute en entraîne souvent une plus grave. Nous en avons ici un exemple terrible : l'Apôtre commença à renier son Maître par un mensonge, puis il continua par un parjure et finit par des imprécations. D'après l'explication de saint Jérôme (in cap. XIV Marc), la première servante qui fit tomber Pierre représentait l'hésitation dans le bien, la seconde servante figurait l'adhésion au mal, et l'homme qui vint l'interpeller en dernier lieu signifiait l'acte qui réussit enfin à consommer le crime. Telle fut la marche progressive de cette triple négation qu'effacèrent les larmes répandues au souvenir de la prédiction du Seigneur.
La quatrième leçon, c'est que, si nous avons le malheur de tomber, nous devons nous relever aussitôt ; car, d'après la Glose, persévérer dans une faute, c'est l'aggraver. L'Esprit-Saint a dit : Celui qui méprise les petites chutes en fera bientôt de plus grandes (Eccl. XIX, I) ; et saint Grégoire ajoute (Hom. XI in Ezech.) : Le péché que la pénitence ne vient pas détruire ne tarde pas à en produire un autre. C'est ainsi qu'après avoir succombé à une première tentation, le Prince des Apôtres se vit exposé à de nouvelles tentations de plus en plus fortes.
La cinquième leçon, c'est de ne jamais nous décourager, quelle que soit l'énormité de nos crimes, mais de les pleurer, à l'exemple de saint Pierre qui se purifia des souillures de son reniement par les larmes de son repentir. Admirons ici l'efficacité de la pénitence et, quelque coupables que nous soyons, conservons toujours l'espérance du pardon ; car la gravité de ses chutes n'a point empêché Pierre de recevoir les clefs du ciel et de devenir le modèle des pénitents.
La sixième leçon, c'est que nous prenions garde de jamais renier Jésus-Christ. Ce malheur arrive en quelque sorte à quiconque commet un péché mortel ; car toutes les fois qu'on adhère ainsi au démon, on renonce au Sauveur en s'éloignant de lui pour s'attacher à son ennemi.
Pour faire à nous-mêmes une application de l'événement que nous venons de rapporter, représentons-nous Jésus-Christ jetant sur notre âme un regard plein de bonté. À cette vue, rappelons-nous sommairement nos péchés ; pleurons-les autant que nous le pouvons, du moins avec des larmes du cœur, et disons-lui : Ô Jésus ! qui, après avoir été renié trois fois par votre principal disciple, l'avez amené à résipiscence en le regardant avec miséricorde, daignez aussi me regarder avec clémence, afin que, comme lui, je pleure amèrement mes péchés, et que je ne vous renonce jamais plus par mes paroles ou mes actions.
Fatigués enfin de leur excès, tous les Juifs, ministres d'iniquité, se retirèrent pour aller dormir. Mais auparavant, ils jetèrent le Seigneur Jésus dans un cachot souterrain, où ils l'attachèrent à une colonne de pierre. Afin de le garder plus sûrement, ils laissèrent auprès de lui quelques sbires armés, qui le tourmentèrent toute la nuit, comme si le jour ne suffisait pas à ses ennemis pour assouvir sur lui leur méchanceté. Ces geôliers impitoyables l'accablèrent de railleries et de malédictions, en lui disant : Tu te croyais plus sage que nos princes et plus juste que les Pharisiens : maintenant on reconnaît ta folie et ta perversité. Tu as bien mérité cette affreuse prison, en attendant que tu subisses bientôt une mort cruelle. Aux paroles injurieuses ces vils stipendiés ne cessaient de joindre les plus indignes traitements. « Durant toute la nuit, dit saint Anselme (in Speculo), on ne laissa pas à Jésus un seul instant de repos ou de sommeil ; la tourbe scélérate des valets ne se lassa point d'insulter et de frapper l'innocent Agneau. Contemplez donc votre divin Maître confus de tant d'opprobres et néanmoins toujours patient au milieu des tourments ; il tient les yeux baissés et garde un continuel silence, comme s'il était réellement coupable ; témoignez donc à votre Créateur ainsi outragé la plus vive compassion.
Pendant que le Seigneur reste ainsi lié à la colonne et debout jusqu'au matin, saturé de douleurs et d'ignominies, transi de froid et exténué de fatigue, vous irez le trouver pour lui prouver que vous êtes profondément affligé de ses extrêmes souffrances, vous baiserez pieusement ses mains et ses pieds vénérables ainsi que ses liens cruels ; vous vous prosternerez devant lui et vous lui direz en pleurant et en gémissant : Ô mon bon Jésus ! en quelles mains barbares vous êtes tombé ! Que votre patience est admirable ! car voici vraiment l'heure des ténèbres que vous avez annoncée. Puisqu'il ne m'est pas donné de vous délivrer, ah ! reposez du moins sur mon épaule votre tête divine. Vous lui recommanderez alors votre personne avec tous ceux que vous aimez spécialement ; et ne doutez point que vos prières ne soient exaucées. Vous ajouterez en finissant : Ô doux Seigneur, que faudra t-il que je dise demain à votre très-digne Mère ? Enfin, vous essaierez de vous endormir quelques instants à ses pieds sacrés, si toutefois l'état lamentable dans lequel vous voyez votre aimable Sauveur vous permet de goûter quelque repos.
Prière
Seigneur Jésus, qui vous êtes laissé souffleter chez Anne par un valet insolent, puis traîner comme un criminel enchaîné devant Caïphe, et accabler de coups et d'affronts pendant toute cette nuit de votre Passion, je vous en supplie, accordez à un pauvre pécheur, tel que je suis, de souffrir patiemment de pareils outrages pour la gloire de votre nom, afin d'obtenir en compensation les joies éternelles. Et puisque j'ai eu le malheur de vous renoncer souvent par des pensées, des paroles, des œuvres et des omissions coupables, miséricordieux Sauveur, daignez me regarder avec clémence comme vous avez regardé Pierre, afin que, comme lui, je parvienne à connaître et à pleurer mes infidélités, et que je mérite ainsi de trouver auprès de vous grâce et indulgence. Ainsi soit-il.