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Note X
Vocation des Apôtres
Les Évangélistes mentionnent spécialement la vocation de six Apôtres, savoir de saint Pierre et de son frère saint André, de saint Jacques le Majeur et de son frère saint Jean, de saint Philippe et de saint Matthieu. Quant à la vocation de saint Pierre et de saint André, saint Matthieu rapporte évidemment la même que saint Marc, mais non pas la même que saint Jean ; car celle-ci fut antérieure et celle-là postérieure à l'arrestation du saint Précurseur. En effet, saint Jean (I) nous apprend que le saint Précurseur, ayant montré à ses disciples Jésus-Christ comme étant le Messie, saint André d'abord, puis saint Pierre, ensuite saint Philippe et enfin Nathanaël commencèrent à visiter et à connaître familièrement le Sauveur, en Judée, sur les rives du Jourdain. Saint Matthieu (IV) et saint Marc (I) nous apprennent à leur tour que le saint Précurseur ayant été jeté en prison, saint Pierre et saint André avec saint Jacques et saint Jean, fils de Zébédée, se livraient à la pèche sur la mer de Galilée, lorsqu'ils se décidèrent à tout quitter pour suivre Jésus-Christ qui était venu les appeler.
Cette dernière vocation des quatre principaux disciples, telle que saint Matthieu et saint Marc la racontent en termes identiques, est-elle différente de celle que saint Luc raconte avec des circonstances particulières ? Les interprètes, soit anciens, soit modernes, sont très-partages sur cette question. Les uns comme Ludolphe, de concert avec saint Thomas, prétendent que Notre-Seigneur, sur le bord de la mer, appela en deux fois différentes saint Pierre et saint André conjointement avec saint Jacques et saint Jean. Après avoir assisté à la pèche miraculeuse que raconte saint Luc (V) les quatre disciples suivirent quelque temps Jésus-Christ pour lui faire honneur. Mais ils avaient repris leur occupation ordinaire, quand le Sauveur vint de nouveau les chercher, en leur promettant de les faire pêcheurs d'hommes ; et c'est depuis lors qu'ils le suivirent définitivement comme associés à sa vie évangélique, suivant le récit de saint Matthieu et de saint Marc.
D'autres interprètes, tels que Cornélius a Lapide d'accord avec saint Chrysostôme, soutiennent que la vocation racontée d'une manière succincte par saint Matthieu et saint Marc n'est pas différente de la vocation rapportée avec un plus grand détail par saint Luc, et qu'aussitôt après avoir été témoins de la pêche miraculeuse, les quatre disciples quittèrent tout pour suivre Jésus constamment. Tel est le sentiment qu'expose saint Augustin dans son ouvrage de Consensu Evangelisarum, I. 2, n. 37.
Note XI
Correspondance de Jésus-Christ et d'Abgare
A l'époque de Jésus-Christ, la ville d'Édesse, capitale de la province syrienne d'Osroène ou Mésopotamie, était gouvernée par un roi, connu sous le nom d'Abgare ou Abagare, qui en syriaque signifie boiteux. Ce prince en effet était affligé de la goutte, d'après l'historien Procope. Souhaitant d'être délivré de son infirmité, il écrivit à Jésus-Christ dont la réputation s'était répandue par toute la Syrie, comme l'atteste saint Matthieu (IV, 24).
Voici celte lettre telle qu'Eusèbe la rapporte (Hist. eccl. I, 13).
« Abgare, roi d'Édesse, à Jésus, Sauveur plein de bonté, qui paraît à Jérusalem ; salut.
« On m'a raconté les cures admirables que vous opérez sans remèdes ni médecines. La renommée publie que vous faites voir les aveugles, marcher les estropiés, que vous purifiez les lépreux, que vous chassez les démons et les esprits immondes, que vous rendez la santé aux malades les plus désespérés et même la vie aux morts. Entendant dire cela de vous, je suis persuadé que, pour produire de semblables merveilles, vous êtes un Dieu descendu du ciel ou bien le Fils même de Dieu. C'est pourquoi j'ose vous adresser cette lettre, en vous suppliant de m'honorer de votre visite et de me guérir d'une douleur qui me tourmente cruellement. Je sais que vous êtes en butte aux calomnies et aux machinations des Juifs qui trament votre perte. Mais venez dans la ville que j'occupe ; quoiqu'elle soit petite, elle est commode ; vous y trouverez comme moi tout ce que vous pouvez désirer. »
Moïse de Ghorène raconte que les députés d'Abgare arrivèrent à Jérusalem au temps où Jésus faisait son entrée triomphale, quelques jours avant sa Passion. En effet, parmi ceux qui étaient venus assistera la fête de Pâque, il y avait plusieurs Gentils, nous dit saint Jean (XII, 20, 21, 22). S'adressant à Philippe, ils lui firent cette prière : Seigneur, nous voudrions bien voir Jésus. Philippe alla le dire à André, puis tous deux allèrent l'annoncer à Jésus. Moïse de Ghorène ajoute que, pour consoler Abgare, le Sauveur imprima miraculeusement son portrait sur un linge qu'il remit aux députés, avec une lettre citée par Eusèbe en ces termes :
« Vous êtes heureux, Abgare, de croire en moi sans m'avoir vu ; car il est écrit de moi que ceux qui m'auront vu ne croiront point, tandis que ceux qui ne m'auront point vu croiront et recevront la vie. Vous m'invitez à aller vous trouver ; mais il faut que j'accomplisse ici toute ma mission, et qu'ensuite je retourne à Celui qui m'a envoyé. Quand je serai retourné je vous enverrai un de mes disciples, afin qu'il vous guérisse et qu'il vous donne la vie ainsi qu'à ceux qui sont avec vous. »
Eusèbe assure que cette promesse reçut son parfait accomplissement après l'Ascension de Jésus-Christ ; car, suivant une impulsion divine, l'apôtre saint Thomas chargea son frère saint Thaddée, un des soixante-douze disciples, de porter l'Évangile jusqu'à Édesse ; et ce fut alors qu'Abgare, délivré de son infirmité, embrassa la foi chrétienne avec ses sujets. D'après la tradition que rapporte Constantin Porphyrogênète, Abgare, non content d'avoir reçu avec le plus grand honneur l'image de Celui qu'il regardait comme un Dieu, la fit revêtir d'or et placer sur la porte de sa capitale, afin de l'exposer à la vue et à la vénération de tous ceux qui entraient ou sortaient. Il y avait fait graver sur une lame d'or une inscription ainsi conçue : Ô
Christ Dieu ! celui qui espère en votre secours ne sera point frustré dans son attente.
Nous voyons le divin portrait pour la première fois mentionné dans les Actes authentiques des saints Samona et Guria, martyrisés à Edesse, l'an 306, comme Surius le rapporte sous la date du 15 novembre. Le savant Eusèbe de Césarée, vers l'an 330, inséra dans son Histoire ecclésiastique (lib. I, 13) les deux lettres de Jésus-Christ et d'Abgare, en déclarant qu'il les avait traduites du syriaque en grec sur les documents gardés dans les archives d'Édesse. Vers l'an 375, l'illustre diacre de cette ville, saint Éphrem, qui avait pu consulter les registres et les monuments de sa nation, rappela dans son livre testamentaire la réponse du Sauveur à la supplique d'Abgare. Quelques années plus tard, le comte Darius, écrivant à saint Augustin, attesta aussi la correspondance épistolaire de Jésus-Christ et d'Abgare. Au cinquième siècle, l'historien d'Arménie, Moïse de Ghorène, reproduisit cette même correspondance en ajoutant plusieurs détails à la relation qu'Eusèbe avait publiée.
Cependant, pour qu'on ne comptât pas parmi les Écritures canoniques la lettre attribuée à Jésus-Christ, un Concile Romain présidé par saint Gélase, l'an 494, la rangea parmi les écritures apocryphes, c'est-à-dire parmi celles qui n'étaient pas reconnues par l'Église, quoiqu'elles pussent être admises par l'histoire. D'après l'usage ancien, le mot apocryphe n'indique pas toujours des pièces fausses ou supposées, mais souvent aussi des documents non canoniques ou douteux sous quelque rapport. Aussi, le fameux décret de saint Gélase n'empêcha point les personnages les plus illustres par leur science et leur sainteté de croire que Jésus-Christ avait envoyé à Abgare une lettre avec son portrait. Nous en avons pour témoins : au septième siècle, les historiens grecs Évagre et Procope ; au commencement du huitième siècle, saint Jean Damascène et le pape saint Grégoire II ; à la fin de ce même siècle, les Actes du septième Concile œcuménique et le pape saint Adrien ; au neuvième siècle, saint Théodore Studite et Haymon, évêque d'Halberstadt, sans compter une foule d'écrivains orientaux à la suite du célèbre Photius.
Jusqu'au dixième siècle, les habitants d'Édesse avaient toujours conservé l'épitre et l'image du Sauveur qu'ils regardaient comme le trésor et la sauvegarde de leur cité. Mais leurs vives réclamations n'empêchèrent point l'émir sarrasin qui les gouvernait, de céder ces précieuses reliques à l'empereur romain Lécapène, dont les troupes assiégeaient la ville d'Édesse, l'an 944. Ce prince, ayant fait lever le siège, reçut avec un appareil magnifique l'autographe et le portrait de Jésus-Christ, qui lui furent envoyés à Constantinople. Il les fit déposer dans la basilique du Phanar, comme une garantie de protection pour la capitale et pour l'empire. Constantin Porphyrogénête qui vivait encore, a décrit cette solennelle translation, dont l'Église grecque célèbre la fête anniversaire le 16 août.
Pendant les croisades, les susdites reliques ont disparu de Constantinople, sans qu'on sache précisément à quelle époque et de quelle manière. On présume que le divin autographe a été dérobé sous Andronic Comnène, vers le milieu du douzième siècle ; et on croit communément que la miraculeuse image est conservée à Rome dans l'Église de saint Sylvestre, comme le dit Baronius. Néanmoins Augustin Justiniani, annaliste de Gênes, rapporte que l'empereur de Constantinople donna le vénérable portrait au duc de Gênes, Léonard de Montalte, qui le fit transporter en Italie l'an 1384.
Depuis le seizième siècle, les savants sont très-partages sur l'authenticité des susdits monuments. Plusieurs érudits, fondés sur l'antique tradition, les admettent comme vrais ; tels sont entre les catholiques, Baronius, Tillemont, Honoré de Sainte-Marie, Sandini, Assemani, etc. ; parmi les protestants, Montaigu, Parker, Cave et tirabe. Beaucoup d'autres critiques modernes les regardent comme faux ou du moins douteux, mais sans opposer à leur authenticité des raisons péremptoires. Selon la judicieuse remarque de l'abbé Bergier (Diction. Theol. art. Abgare) : « Il n'est pas fort nécessaire à un théologien de prendre parti dans cette dispute qui est au fond très-indifférente à la Religion chrétienne. On ne fonde sur cette correspondance aucun fait, aucun dogme, aucun point de morale ; et c'est pour cela même qu'il ne parait pas probable que l'on ait fait une supercherie sans motif. La lettre d'Abgare pourrait fournir une preuve de plus de la réalité et de l'éclat des miracles de Jésus-Christ ; mais nous en avons assez d'autres pour pouvoir aisément nous passer de celle la. »





















Note I
Châtiment de la Pentapole
Dans l'Évangile, ainsi que dans toute l'Écriture sainte, la ruine de Sodome et de Gomorrhe est représentée comme un des effets les plus terribles delà vengeance divine. Des cinq villes maudites qui composaient l'antique Pentapole quatre furent consumées par le feu du ciel, savoir ; Sodome, Gomorrhe, Àdama et Séboïm, tandis que Séor, la cinquième, fut épargnée, à la prière de Loth, neveu d'Abraham. La plaine, dans laquelle ou près de laquelle s'élevaient les cités coupables, était auparavant fertile comme un jardin de délices et arrosée comme la terre d'Egypte (Gen. XIII, 10) ; mais ensuite elle fut envahie par les eaux du Jourdain qui remplirent un vaste bassin, ayant près de 50 lieues de circuit, 19 à 20 de longueur, et 4 à 5 de largeur. C'est là cette Mer salée dont parle Moïse (Gen. XIV, 3). On l'appelle souvent Lac Asphaltite, à cause des matières bitumineuses qui y abondent, et plus communément Mer Morte.
« En effet, dit saint Jérôme (in Ezech. XLVII, 9), conformément au nom qu'elle porte, cette mer, à cause de son excessive amertume, ne renferme aucun être qui respire et qui se meuve. S'il arrive que le Jourdain, grossi par les pluies, y amène des poissons, ils meurent aussitôt et la pesanteur des eaux les fait surnager. » — Au douzième siècle, le géographe arabe Edrisi assure également qu'il n'y existe rien d'animé, aucun poisson, aucun reptile, aucun de ces êtres vivants qui peuplent les autres eaux, soit courantes, soit tranquilles. Le sceptique Volney en parle de la même manière en ces termes : « Le seul lac Asphaltite ne contient rien de vivant, ni même de végétant. On ne voit ici ni verdure sur ses bords, ni poissons dans ses eaux. La vraie cause de l'absence des végétaux et des animaux est la salure acre de ses eaux infiniment plus forte que celle de la mer. La terre qui l'environne, également imprégnée de cette salure, se refuse à produire des plantes ; l'air lui-même qui s'en charge par l'évaporation, et qui reçoit encore les vapeurs du soufre et du bitume, ne peut convenir à la végétation. De là cet aspect de mort qui règne autour du lac. »
Si nous en croyons Mgr Mislin, pour représenter le règne animal dans la Mer Morte, on n'a pu rencontrer que le polypier madréporien, longtemps confondu soit avec les pierres, soit avec les plantes. Plusieurs voyageurs qui ont trouvé sur les rives des coquillages et des poissons morts, se sont crus en droit de conclure qu'il y avait des poissons vivants dans la Mer Morte ; mais on a démontré que ces poissons avaient été transportés par le Jourdain dans la mer où ils avaient péri, et qu'ensuite ils avaient été repousses sur la grève. Assez souvent aussi on voit, sur l'eau ou sur le rivage, soit des insectes, soit des oiseaux, notamment des cailles et des sauterelles dont on attribue la mort à des vents brûlants ou impétueux, à des trombes et à des orages. Néanmoins, ces accidents ont pu confirmer l'opinion que les miasmes sur la Mer Morte occasionnaient instantanément la mort. Il est certain cependant que si ces miasmes ne sont pas proprement pestilentiels, ils sont du moins très-pernicieux, comme le prouvent beaucoup d'exemples. On ne les sent pas toujours et partout, mais ils existent sur divers points du rivage, où il y a des mares croupissantes et des sources sulfureuses ; quelquefois aussi les vents portent d'une extrémité de la mer à l'autre ces vapeurs ou fumées fétides, malsaines, désagréables et nauséabondes. C'est ainsi, comme le fait observer le livre de la Sagesse, que cette terre déserte est demeurée fumante jusqu'à ce jour, pour attester la dépravation de ses anciens habitants. Quibus in testimonium nequitiae fumigabunda constat déserta terra (Sap. X, 7.). Voir Saints-Lieux, t. III, 36, 37.
Note II
Conversion de Marie-Madeleine
Le divin Sauveur opéra chez Simon le Pharisien un des miracles les plus signalés de sa grâce miséricordieuse, en faveur de la Pécheresse qui lui donna les plus touchantes preuves de son amour pénitent. À l'occasion de ce fait mémorable, notre Auteur touche plusieurs questions que nous allons exposer succinctement.
D'abord, comme saint Luc qui raconte cette scène n'en indique ni le temps, ni le lieu, les uns ainsi que Ludolphe la placent en Judée, soit à Jérusalem, soit à Béthanie ; les autres en Galilée et plus probablement à Magdalon, près de Capharnaüm, où Jésus-Christ résidait et enseignait plus habituellement.
Simon le Pharisien qui, selon saint Luc admit Notre-Seigneur à dîner dans son propre logis, était-il le même personnage que Simon le Lépreux qui reçut le divin Hôte, selon saint Matthieu et saint Marc ? Plusieurs interprètes l'affirment avec Ludolphe. En suivant cette opinion, on comprend mieux pourquoi, tandis que les autres Pharisiens poursuivaient Jésus-Christ de leur haine et de leur calomnie, Simon ne craignit pas de lui marquer son attachement et sa considération, en l'appelant à sa table. Car s'il est appelé Lépreux, comme le font observer les commentateurs, c'est qu'autrefois il avait été atteint de la lèpre, mais il en avait été délivré par le Sauveur lui-même, auquel il voulait manifester sa gratitude, en lui offrant l'hospitalité. Il avait évidemment des relations familières avec la Pécheresse dont parle saint Luc ; car si elle ne lui avait pas été liée de quelque façon spéciale, comment aurait-elle osé, sans aucune invitation, se présenter au milieu des convives réunis dans une maison étrangère ?
Quelle était donc cette femme particulièrement connue de Simon le Pharisien ? Si nous en croyions quelques anciens auteurs grecs et certains critiques modernes, la Pécheresse mentionnée par saint Luc serait distincte, soit de Marie-Madeleine, soit de Marie de Béthanie, sœur de Marthe. Mais la tradition presque unanime, confirmée par les nombreux témoignages de tous les siècles, enseigne, conformément à la Liturgie romaine, que la fameuse Pécheresse est la sœur de Marthe, appelée Marie et surnommée Madeleine. D'après Raban-Maur, ce surnom qui signifie Tout de Magnificence, lui a été donné, parce qu'elle habitait et possédait en propre un domaine ou château à Magdalon. Les Évangélistes, en effet, la présentent comme une personne très-distinguée par sa fortune, en la nommant la première parmi les femmes pieuses qui de leurs biens assistaient le Sauveur (Matth. xxvn, 55 et 50. — Marc. XV, 40, 41. — Luc. VIII, 2 et 3).
Néanmoins, saint Marc (XVI, 9) et saint Luc (VIII, 2) rapportent que Marie-Madeleine avait été délivrée de sept démons, c'est-à-dire non-seulement des vices capitaux qui la dominaient, mais encore des esprits malins qui la tyrannisaient ; car les interprètes, soit anciens, soit nouveaux, entendent ces parole, dans un sens tout à la fois littéral et allégorique. D'après l'opinion la plus fondée, Madeleine était véritablement et réellement possédée, non pas d'une manière extérieure et violente qui la rendit horrible et furieuse, mais d'une manière spirituelle et cachée qui la rendait de plus en plus licencieuse et coupable ; car les démons tourmentaient et agitaient plutôt son âme que son corps.
Aussi, avant sa conversion, Madeleine passait dans la ville pour une pécheresse, de telle sorte que Simon le Pharisien ne la voyait pas sans indignation approcher du Sauveur, comme nous l'apprend saint Luc (VII, 37 et 39). Elle avait en effet commis beaucoup de péchés, comme Jésus-Christ le déclara, lorsqu'il les lui remit (lbid. 47). On doit en conclure que sa conduite était criminelle et scandaleuse, spécialement par rapport à la chasteté ; quoiqu'on puisse douter si elle a jamais été mariée, il est certain qu'elle a mal vécu dans sa condition. Plusieurs auteurs, prenant les termes évangéliques dans le sens le plus rigoureux, ont supposé sans motif certain qu'elle s'était abandonnée aux plus affreux désordres ; mais comme l'a justement montré son récent biographe, le P. Valuy, rien n'oblige de croire, tout porte à nier que Madeleine ait vendu son honneur. Sans devenir notoirement infâme aux yeux du monde, elle se laissa emporter aux passions de la jeunesse ; car si l'on en croit des documents cités par les Bollandistes, elle n'avait guère que vingt et un ou vingt-deux ans au moment de sa conversion.
Selon la remarque des plus graves Docteur, tels que saint Chrysostôme et saint Thomas (in Matth.), Madeleine est la seule personne qui paraisse dans l'Évangile s'être adressée à Jésus-Christ pour obtenir la guérison de son âme ; les autres ne recouraient à lui que pour obtenir la guérison de leur corps, en sorte que s'il les convertissait, dit Bourdaloue, c'était presque centre leur intention. Mais Madeleine cherche Jésus-Christ pour Jésus-Christ même, et dans le sentiment d'une véritable contrition. Elle n'use point de paroles pour solliciter cette grâce, elle ne s'exprime que par ses larmes, persuadée que le Sauveur connaîtrait à ce muet langage le désir ardent de son cœur. Qui sait, demandent les interprètes, si cette foi vive au Dieu Sauveur, ce profond regret de l'avoir offensé, et cette ferme résolution de l'aimer uniquement, n'eurent pas la vertu de la délivrer des sept démons et de la purifier de ses souillures au moment même, avant d'entrer dans la maison du Pharisien ? En disant : Vos péchés vous sont remis (Luc. VII, 43), Notre-Seigneur semble n'avoir fait que rendre plus certaines et plus complètes une délivrance et une justification qu'il avait déjà secrètement opérées.


Voir Monuments inédits sur sainte Marie-Madeleine, par M. Faillon, de la Société de Saint-Sulpice. Histoire ascétique de sainte Marie-Madeleine, par le R. P. Valuy, de la Compagnie de Jésus.





















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