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Note I
Promesse de Notre-Seigneur Jésus-Christ à saint Pierre relativement à ta Primauté et à l'Infaillibilité du siège apostolique.
Parmi les différents passages des Évangiles qui prouvent les souveraines prérogatives du Siège apostolique, il en est un spécialement que les novateurs des derniers siècles se sont efforcés d'obscurcir pour affaiblir ou ruiner le principe suprême de l'autorité spirituelle. Il s'agit de savoir quel est le véritable fondement sur lequel le divin Architecte a promis d'établir son Église (Matth. XVI, 19). Ce fondement, c'est notre Sauveur lui-même, selon Ludolphe d'accord avec saint Augustin (Tract. 27 in Joan.) ; selon divers autres commentateurs, c'est chacun des Apôtres, ou même chacun des fidèles chrétiens, ou bien simplement la foi chrétienne. Mais ces différentes explications ne présentent point le sens propre et littéral ; pourvu néanmoins qu'on ne rejette pas et qu'on admette celui-ci, on peut les proposer utilement comme de pieuses et édifiantes applications. Ainsi ont fait les anciens interprètes. Les sectaires modernes, au contraire, n'ont pas voulu reconnaître la signification première et principale de ce passage qui se rapporte directement à saint Pierre comme Souverain-Pontife. La vraie pierre sur laquelle Notre-Seigneur a promis de bâtir son Église, c'est uniquement l'Apôtre auquel il adressait alors la parole, en le désignant par son nom particulier de Simon Bar-Jona pour ne prêter aucun sujet à l'équivoque et au doute. Tel est aussi le sens naturel et immédiat qu'ont exposé les organes constants de la tradition catholique dans tous les siècles. Parmi les nombreux témoignages des saints Pères, il suffit ici de rappeler que saint Athanase, de concert avec le concile d'Alexandrie, écrivait vers le milieu du quatrième siècle au Pape saint Félix II : Vous êtes Pierre, et sur vous comme sur leur base s'appuient fermement les colonnes de l'Église qui sont les Èvêques (Tu es Petrus et super fundamentum tuum Ecclesiae columnae, id est Episcopi, sunt confirmâtae). Ce même sens est indiqué en des formules liturgiques très-anciennes et très-répandues : ainsi parmi les Latins, l'usage qui existait dés le temps de saint Augustin (Retract, I 1, c. 1), existe encore depuis quinze siècles, de chanter à l'office des Laudes une hymne de saint Ambroise, en laquelle le Prince des Apôtres est appelé la Pierre même de l'Église (ipsa Petra Ecclesiae). Un titre semblable lui a été attribué dans plusieurs Conciles œcuméniques, notamment à Chalcédoine l'an 451, et à Constantinople l'an 369. Le plus œcuménique de tous les Conciles, celui du Vatican, qui le premier a réuni les nombreux évêques du Nouveau-Monde avec ceux de l'Ancien, vient de déclarer en termes formels que Jésus-Christ adressa seulement à Simon Pierre ces paroles mémorables : Beatus es... Tu es Petrus... Et tibi dabo... Et quodcumque...
Jésus-Christ est bien par excellence la pierre éprouvée, angulaire, précieuse, et immuable de la Cité mystique, dont parle le Prophète Isaïe (XXVIII, 16) ; il est en vérité, comme l'affirme saint Paul (I Cor. III, 11), l'unique fondement essentiel et absolument nécessaire de toute institution chrétienne. Néanmoins, avant de monter au ciel, il choisit pour le remplacer extérieurement sur la terre, Simon, fils de Jean, qu'il constitua fondement principal du ministère ou de la hiérarchie ecclésiastique, et il le mit en cette qualité à la têle des autres Apôtres, qui sont eux-mêmes les fondements ou les organes primitifs de la prédication évangélique, comme les Prophètes l'étaient déjà de la révélation mosaïque (Ephes. II, 20). À une société visible telle que l'Église militante, il fallait un chef visible pour procurer et maintenir l'unité de foi et de charité parmi la multitude des fidèles et des pasteurs. Dans ce but, Notre-Seigneur commença par imposer à Simon le nom mystérieux sous lequel le Christ lui-même avait été désigné dans les figures et les prophéties de l'Ancien Testament ; ainsi, dès la première fois qu'il le vit, il lui déclara qu'il rappellerait Céphas, mot syriaque qui signifie pierre ou rocher, et il ne tarda pas à lui découvrir la raison profonde de cette dénomination nouvelle.
Un jour donc que Simon avait confessé publiquement la filiation divine de son Maître, Celui-ci à son tour annonça la future primauté de son Vicaire (Matth. XVI, 19) : Tu es Pierre, c'est-à-dire, d'après saint Léon le Grand (Serm. 3 in anniversario Assumptionis suae) : Affermi par ma toute-puissance, tu es comme je le suis moi-même la pierre fondamentale, parce que je te communiquerai bénévolement ce que je possède naturellement, l'autorité souveraine et infaillible pour gouverner et enseigner. Et sur cette pierre, c'est-à-diresuivant saint Jérôme (in cap. XVI Matth. et saint Chrysostôme (Com. 55 in Matth.), sur toi-même, comme sur une base immuable, j'élèverai mon Église, ce temple, éternel et immense que doivent composer tous les Chrétiens, unis entre eux comme des pierres vivantes par le ciment de la foi et de la charité (I Pet. II, 5). Aussi les portes de l'enfer ne prévaudront point contre Elle ; ou en d'autres termes : Tous les moyens de perdition, tels que les artifices des démons, les faussetés des hérésies, les attraits des vices et les violences des persécuteurs ne pourront point détruire non-seulement cette Église, mais encore, d'après Origène et saint Augustin, cette pierre qui la supporte ; car selon la nature même des choses, il est évident que l'édifice ne saurait être inébranlable, si le fondement ne l'était d'abord lui-même, indépendamment de la masse qu'il soutient. De même donc que l'Église ne cessera point de subsister jusqu'à la consommation des siècles, suivant la promesse de Notre-Seigneur (Matth. XXVIII, 20) ; de même aussi saint Pierre ne cessera point de gouverner et d'enseigner avec une égale souveraineté et infaillibilité, dans la personne des Pontifes Romains ses successeurs perpétuels, ainsi que l'assurent le Concile œcuménique d'Éphèse (Act. III) et saint Pierre Chrysologue écrivant à Phérésiarque Eutychés.
De plus, ajouta le Sauveur parlant à saint Pierre (Matth. XVI, 20) : À toi immédiatement, et par toi seul à tous les ministres sacrés dont tu es le Chef suprême, comme l'expliquent Tertullien et saint Optât, je donnerai les clefs du royaume des cieux ; en d'autres termes : Je te conférerai tous les pouvoirs nécessaires d'ordre et de juridiction, afin d'ouvrir ou de fermer aux hommes l'entrée de l'Église, soit militante, soit triomphante, selon que tu les trouveras ou jugeras bien ou mal disposés. En conséquence tout ce que tu lieras sur la terre sera lié pareillement au ciel ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera également délié au ciel. Comme si Jésus-Christ disait : Dieu ratifiera tous les jugements et toutes les sentences que tu prononceras pour accorder ou refuser les sacrements, pardonner ou retenir les péchés, infliger ou remettre les peines satisfactoires, promulguer des prescriptions ou dos défenses, exempter ou dispenser des lois et des autres obligations positives, interpréter les saintes Ecritures et résoudre les questions dogmatiques ou morales.
Ainsi, pour montrer que saint Pierre devait être le principe et le centre de l'autorité dans son Église, Notre-Seigneur promit d'abord à lui seul individuellement ce pouvoir spirituel de lier et de délier qu'il promit ensuite dans les mêmes termes à tous les Apôtres collectivement (Matth. XVIII, 18). Destiné à garantir l'unité de croyance et de communion parmi tous les Chrétiens, le Prince des Apôtres ne reçut la promesse de ses prérogatives suprêmes qu'après avoir émis une confession éclatante de foi sublime, comme aussi plus tard il n'obtint l'investiture de ces mêmes prérogatives qu'après avoir donné l'assurance réitérée d'une charité supérieure. Avant de lui confier son troupeau tout entier, le Sauveur ressuscité lui demanda par trois fois (Joan. XXI, 15 sq) : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? Et à une triple affirmation du disciple dévoué le divin Maître répondit par une triple recommandation : Pais mes agneaux qui sont les Juifs d'abord. Pais mes agneaux qui sont aussi les Gentils. Pais mes brebis, à savoir les Apôtres et les Évêques leurs successeurs qui sont comme les mères des fidèles, suivant l'explication donnée par le cardinal Bellarmin (de Pont. Roman. I. I, c. 16). Saint Pierre devint alors véritablement le vicaire de Jésus-Christ et le chef de l'Église, ainsi que le père et le docteur de tous les Chrétiens. Il a transmis ces différents titres aux Pontifes Romains ses successeurs, avec la pleine puissance de paître, régir et gouverner l'Eglise universelle, selon qu'il a été défini par le Concile œcuménique de Florence.
Chose digne de remarque dans l'Évangile ! la première fois que Jésus-Christ commence à parler de son Eglise, c'est pour annoncer à saint Pierre qu'il doit en être le fondement. Rien n'est donc mieux appuyé sur la parole divine que cet axiome traditionnel formulé par saint Ambroise (in Ps. 40) : Où est Pierre, là est aussi l'Église (Ubi Petrus, ibi Ecclesia). L'Église, en effet, ne peut pas plus subsister sans être unie à saint Pierre ou au Pape son héritier, qu'un édifice ne peut tenir sans base, ou qu'un corps ne peut vivre sans tête. Aussi, dans tous les temps on a regardé la dépendance à l'égard du Siège apostolique comme une marque distinctive de la véritable Église qui doit toujours rester en même temps Catholique et Romaine. Savez-vous de quoi il s'agit, lorsqu'on parte du Souverain-Pontife ? dit le cardinal Bellarmin (Praef. Tract. de Pont. rom.). Il ne s'agit de rien moins que du Christianisme tout entier. Ce n'est point là une exagération oratoire ; car selon la pensée de saint Thomas (adv. Gentes iv, 76) : Point d'unité d'Église sans unité de foi, et point d'unité de foi sans un Chef suprême. Saint François de Sales conclut justement que le Pape et l'Église, c'est tout un (Épitres spirit. 1. vu, ép. 49). Sous le rapport spirituel, en effet, leur cause est identiquement la même, de telle sorte qu'on ne peut favoriser ou bien attaquer l'un des deux sans favoriser ou attaquer l'autre en même temps. De là vient que les saints Docteurs de l'Église jusqu'à nos jours se sont montrés les ardents défenseurs de la Papauté. Témoin le plus illustre théologien du dernier siècle, saint Alphonse de Liguori qui écrivait à un ami Je suis prêt à donner ma vie pour soutenir cette doctrine de la Primauté et de infaillibilité du Pontife Romain, parce qu'elle ne peut être renversée sans entraîner la ruine de l'Eglise et de l'autorité de l'Église (v. Bouix, de Papa). Voilà pourquoi les portes ou forces de l'enfer cherchent de toutes parts, avec une haine toujours croissante, à saper le fondement de l'Église, afin de la renverser elle-même, s'il était possible.
Pour comble de malheur, à cette époque d'insubordination et d'incrédulité, un certain nombre de catholiques et même d'ecclésiastiques, aveuglés par des préjugés d'école ou entrainés par des intérêts de parti, donnaient la main et fournissaient des armes contre eux aux ennemis de l'Église, en attaquant les droits suprêmes et les décrets authentiques du Saint-Siège ; car ils prétendaient que ses jugements relatifs au dogme ou à la morale ne sont point par eux-mêmes infaillibles et irréformables, de façon qu'à leur égard il est permis de se contenter d'un silence obséquieux sans aucune adhésion intérieure, ou qu'il suffit d'une acceptation provisoire, jusqu'à ce qu'il conste de l'assentiment ou du dissentiment général de l'Église. Cette nouvelle et pernicieuse doctrine, contraire aux enseignements de l'Écriture et de la Tradition, favorisait la propagation des erreurs dont elle entravait naturellement la condamnation, et elle préparait les voies pour les hérésies auxquelles elle offrait continuellement des subterfuges. C'est ce que de funestes expériences ont prouvé, spécialement à l'égard des jansénistes. Il est évident qu'une pareille doctrine ne pouvait être tolérée longtemps sans détruire l'autorité du Pontife Romain et altérer la foi du peuple chrétien en le déchirant sans cesse par des malentendus déplorables. Aussi, notre Saint-Père Pie IX, d'accord avec le saint Concile du Vatican, jugea que, dans les circonstances actuelles, il était nécessaire de réunir tous les enseignements de la foi par rapport aux prérogatives inaliénables de saint Pierre et de ses successeurs, afin de proscrire toutes les opinions qui leur sont contraires. À cet effet fut rédigée la Constitution Pastor aeternus, qui expose en quatre chapitres l'origine, la perpétuité, la nature et le magistère infaillible de la Primauté pontificale. Dans la quatrième session qui fut célébrée le 18 juillet 1870, ce décret dogmatique obtint l'adhésion publique des cinq cent trente-trois Pères qui étaient présents et la confirmation définitive du Pape qui présidait.


Nous reproduisons ici comme règles obligatoires de foi catholique les canons de doctrine qui terminent chacun des chapitres. Chapitre premier
Si quelqu'un dit que le Bienheureux Apôtre Pierre n'a pas été constitué par Notre-Seigneur Jésus-Christ le prince des Apôtres et le chef visible de toute l'Église militante, ou que le même Pierre n'a reçu directement et immédiatement de Noire-Seigneur Jésus-Christ qu'une Primauté d'honneur, et non de véritable et propre juridiction, qu'il soit anathème.
Chapitre II
Si quelqu'un dit que ce n'est point par l'institution de Jésus-Christ ou de droit divin que le Bienheureux Pierre a des successeurs perpétuels dans la Primauté sur toute l'Eglise, ou que le Pontife romain n'est pas le successeur du Bienheureux Pierre dans la même Primauté, qu'il soit anathème.
Chapitre III
Si quelqu'un dit que le Pontife romain n'a que la charge d'inspection et de direction, mais non le plein et suprême pouvoir de juridiction sur l'Église universelle, non-seulement dans les choses qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui appartiennent à la discipline et au gouvernement de l'Eglise répandue dans tout l'univers ; ou qu'il a seulement la part principale et non toute la plénitude de ce pouvoir suprême ; ou que ce pouvoir qui lui appartient n'est pas ordinaire et immédiat sur toutes les Églises et sur chacune d'elles, soit sur tous les pasteurs, soit sur tous les fidèles et sur chacun d'eux, qu'il soit anathème.
Chapitre IV
Nous attachant fidèlement à la tradition conservée depuis l'origine du Christianisme, Nous enseignons et définissons, avec l'approbation du sacré Concile, que c'est un dogme divinement révélé : Que le Pontife romain quand il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant la charge de pasteur et de docteur de tous les Chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par l'Église universelle, jouit pleinement par l'assistance divine, qui lui a été promise dans la personne du Bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvue, en définissant sa doctrine touchant la foi ou les mœurs ; et que par conséquent de telles définitions du Pontife Romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Eglise. — Que si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la témérité de contredire notre définition, qu'il soit anathème.
Note II
Transfiguration du Sauveur sur le mont Thabor. Fête commémorative de cette divine manifestation
Les trois Évangélistes qui racontent comment Notre-Seigneur se transfigura devant ses trois Apôtres privilégiés ne nomment point la montagne très-élevée sur laquelle s'accomplit cet événement merveilleux. Mais, d'après le sentiment commun des saints Pères et des pieux fidèles, une tradition respectable nous apprend que ce fut sur la plus haute montagne de la Galilée, sur le Thabor. Ainsi l'attestent principalement les plus savants écrivains qui ont habité la Palestine à des époques très-anciennes, où ils ont recueilli les souvenirs relatifs aux faits évangéliques : tels sont, au quatrième siècle, Eusèbe archevêque de Césarée, surnommé le Père de l'histoire ecclésiastique ; saint Cyrille évêque de Jérusalem, auteur des célèbres Catéchèses ; saint Jérôme, docte solitaire de Bethléem ; et dans le huitième siècle saint Jean Damascène, moine érudit de Jérusalem.
Aussi, depuis un temps immémorial, le Thabor est devenu fameux par le pèlerinage des Chrétiens, qui de toutes les contrées viennent y honorer la mémoire du Sauveur glorifié avant même sa résurrection ; c'est ce que firent, entre beaucoup d'autres, saint Willibalde, évêque en Germanie au huitième siècle, Arrulphe évêque en Gaule au septième, saint Antonin au sixième, et l'illustre dame romaine sainte Paule au quatrième. Auparavant déjà, la digne mère de Constantin, sainte Hélène, avait visité ce lieu mémorable ; elle y avait fait bâtir une magnifique église richement dotée, en l'honneur de la glorieuse Transfiguration et des trois disciples qui eu avaient été les heureux témoins. Plus tard, on y joignit d'autres églises avec des monastères dédiés à Moïse et à Élie ; ainsi fut accompli de quelque manière le désir qu'avait jadis exprimé saint Pierre, comme le Vénérable Bède le faisait déjà remarquer au huitième siècle. Mais au treizième, ces églises et ces monastères furent détruits par les Sarrasins qui élevèrent des châteaux-forts à leur place ; ceux-ci furent rasés à leur tour, de sorte que différentes ruines sont accumulées aujourd'hui sur le Thabor. Maintenant on y trouve ; sous de petites voûtes trois autels, où les pèlerins peuvent satisfaire leur dévotion, à l'endroit même consacré par la divine manifestation de Notre-Seigneur.
Aux témoignages nombreux et aux antiques monuments qui nous montrent le Thabor comme le théâtre constamment vénéré de la Transfiguration, quelques voyageurs modernes, tels que M. de Lamartine, opposent l'existence prétendue d'une ville ou d'une citadelle sur le sommet de cette montagne, à l'époque même de Jésus-Christ ; et ils disent que le Sauveur a sans doute choisi un lieu solitaire plutôt qu'un endroit habité comme le Thabor, pour opérer ce prodige qu'il commande de tenir secret jusqu'après sa résurrection. Il est bien vrai que, deux siècles environ avant Jésus-Christ, une ville située sur le Thabor fut prise par la ruse d'Antiochus le Grand, comme l'historien Polybe le rapporte ; mais il parait que cette ville, précédemment indiquée dans l'Écriture sainte, fut alors détruite, car depuis ce temps elle n'est plus mentionnée. En outre, l'historien Josèphe, qui écrivait peu d'années après la mort de Jésus-Christ, parle du Thabor comme d'un lieu actuellement inhabité ; et il dit qu'il y fit fotifier un camp où il se retira avec les Juifs réunis pour s'y garantir des troupes romaines commandées par Vespasien. Or, ceci se passait trente-cinq ans après la Transfiguration. C'est donc sans raison plausible ou suffisante que plusieurs écrivains, pour se donner comme des critiques éclairés, ont voulu contester l'ancienne et commune tradition ; aussi, faute de documents historiques propres à confirmer leurs assertions, ils ne s'accordent point entre eux touchant le lieu de la Transfiguration. D'après quelques-uns, ce serait le Liban, voisin de Césarée où quelques jours auparavant Notre-Seigneur avait annoncé sa glorification comme prochaine. D'après quelques autres, ce serait le mont des Oliviers ; mais comme il est fort peu élevé, cette opinion est contraire au texte même de l'Évangile qui place la Transfiguration sur une très-haute montagne.
La Transfiguration du Sauveur renferme trop d'instructions importantes pour rester confondue parmi les autres nombreuses merveilles de sa vie sur la terre ; car cette glorieuse manifestation est admirablement propre à exciter nos sentiments de foi, d'espérance et de charité, lorsque nous voyons les mystères principaux de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption s'y révéler d'une manière éclatante avec la divinité de Jésus-Christ. De plus, le Sauveur y donnait à ses disciples favoris une preuve et une image consolante de sa résurrection prochaine, en même temps qu'il y offrait à tous ses élus un gage et un spécimen magnifique de leur future résurrection. Aussi, depuis un temps immémorial, dans toute l'Église on fait mémoire de la Transfiguration le premier samedi et le second dimanche du carême, où on lit l'Évangile qui en contient la relation. La raison de cet usage, si nous en croyons Ludolphe d'accord avec Durand de Mende, c'est que cet événement eut lieu vers cette époque de l'année, au commencement du printemps ; car on peut conclure des différents textes évangéliques qu'il arriva peu de temps avant la Passion de Jésus-Christ, comme le font remarquer Baronius et Benoît XIV. Il est en effet certain que Notre Seigneur se transfigura le huitième jour après avoir annoncé son départ pour Jérusalem, où il allait, disait-il, souffrir d'affreux tourments, subir une mort ignominieuse et ressusciter trois jours après.
Pour honorer celte glorification anticipée de son divin Chef, l'Église ne se contente pas d'en faire mémoire avant le temps de la Passion, elle prescrit d'en célébrer la solennité après le temps de la Résurrection, le 6 d'août ; car, selon la remarque de Ludophe et de Durand, ce fut vers cette époque de l'année que les Apôtres commencèrent à publier la Transfiguration du Seigneur. Suivant d'autres écrivains, le jour de cette fête a été fixé le 6 d'août, parce qu'il est l'anniversaire même de l'événement ; mais d'après ce que nous avons dit, cette opinion parait moins conforme aux textes évangéliques. Appuyés sur plusieurs documents très-anciens, les liturgistes soutiennent que cette fête existait dès les siècles les plus reculés en diverses églises particulières, soit d'Orient, soit d'Occident, notamment chez les Grecs et chez les Arméniens. Néanmoins, chez les Latins elle n'était pas encore générale au quinzième siècle, lorsque Calixte III la rendit obligatoire pour l'Église universelle par une bulle de 1457. L'occasion de ce décret fut l'insigne victoire que Huniade, roi de Hongrie, venait de remporter sur Mahomet II en le contraignant de lever le siège de Belgrade, 6 août 1466. Afin d'implorer continuellement le secours de Jésus-Christ en faveur des Chrétiens menacés par les Turcs, le Souverain-Pontife obligea de célébrer partout très-solennellement chaque année, le sixième jour d'août, la fête delà Transfiguration ; il recommandait en même temps de suivre le nouvel office propre qu'il publiait, en octroyant des indulgences particulières, comme pour la Fête-Dieu, à tous ceux qui le réciteraient ou entendraient au chœur. De cette ordonnance plusieurs historiens ont faussement conclu que la solennité de la Transfiguration a été instituée par Calixte III ; mais il est certain qu'elle était établie longtemps avant lui ; entre autres preuves il suffirait de citer le témoignage de Ludolphe qui vivait plus d'un siècle auparavant.
Voir les Saints Lieux, par Mgr Mislin, t. III, c. XL et le Traité de Festis par Benoît XIV.





















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