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DISCOURS IV : DE L'ANNONCIATION DE MARIE

Marie, lors de l'incarnation du Verbe, ne put s'humilier plus qu'elle ne s'humilia. De son côté, Dieu ne put l'élever plus qu'il ne l'éleva.
Celui qui s'élève sera humilie, et celui qui s'humilie sera élevé (Matth. 23, 12). Cette parole du Seigneur ne saurait faillir. Dieu, ayant résolu de se faire homme pour racheter l'homme déchu, et de manifester au monde son infinie bonté, et voulant choisir sa Mère sur la terre, chercha parmi les femmes la plus sainte et la plus humble. Parmi toutes les femmes, il n'en vit qu'une, ce fut la vierge Marie, car plus elle était parfaite en vertu, plus cette colombe était simple et humble à ses propres yeux (Cant. 6, 8). Celle-là, dit le Seigneur, est la mère que je me choisis. Voyons donc combien Marie fut humble, ce qui fit que Dieu l'éleva. Marie, lors de l'incarnation du Verbe, ne put s'humilier plus qu'elle ne s'humilia ; c'est notre premier point. Dieu ne put élever Marie plus qu'il ne l'éleva : ce sera le second.
PREMIER POINT. Saint Antonin, commentant le texte des Cantiques où le Seigneur parle de l'humilité de cette très humble Vierge (Cant. I, 11), dit que le nard, plante très petite et très basse, figure l'humilité de Marie, dont l'odeur monta au Ciel, et du sein du Père éternel attira le Verbe divin dans son sein virginal. En sorte que le Seigneur, attiré par l'odeur de cette humble Vierge, la choisit pour sa Mère lorsqu'il voulut se faire homme afin de racheter le monde. Mais, pour ajouter à la gloire et au mérite de sa Mère, il ne voulut pas en devenir le Fils, sans avoir d'abord obtenu son consentement, dit l'abbé Guillaume (Cant. 3). Aussi, pendant que l'humble Vierge, retirée dans sa pauvre cellule, soupirait avec ardeur et suppliait Dieu d'envoyer le Messie, comme sainte Elisabeth, de l'ordre de saint Benoît, l'apprit par révélation, voilà que l'archange Gabriel, lui apportant la grande nouvelle, entre et la salue en ces mots (Luc. I) : Je vous salue, ô Vierge, pleine de grâce, parce que vous avez toujours été plus riche en grâce que tous les autres saints. Le Seigneur est avec vous, parce que vous êtes humble. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, parce que toutes les autres ont encouru la malédiction du péché originel, au lieu que vous, Mère du béni de tous les siècles, vous êtes et vous serez toujours bénie et exempte de tache.
A ce salut, accompagné de tant d'‚loges, que répondit l'humble Marie ? Rien ; elle ne répondit pas, mais pensant à ce salut, elle se troubla. Et pourquoi se troubla-t-elle ? Serait-ce dans la crainte que ce ne fût qu'une illusion, ou par modestie en voyant un homme, comme le prétendent ceux qui croient que l'ange lui apparut sous une forme humaine ? Non, le texte est clair, fait remarquer Eusèbe d'Émèse. Ce trouble ne fut donc causé que par son humilité, en entendant des louanges si contraires à l'opinion défavorable qu'elle avait d'elle-même. Aussi, plus elle entendait l'ange l'exalter, plus elle s'abaissait et se concentrait dans l'idée de son propre néant. Dans ses réflexions sur ce sujet, saint Bernardin dit que, si l'ange lui eût déclaré qu'elle était la plus grande pécheresse du monde, Marie n'eût point éprouvé la même surprise, mais qu'à ces louanges sublimes elle se troubla tout à fait. Elle se troubla, parce qu'étant pleine d'humilité elle abhorrait toute louange personnelle, et désirait que son Créateur et bienfaiteur fût seul loué et béni, comme elle le déclara à sainte Brigitte, en parlant de l'époque où elle devint la Mère de Dieu (Revel. l. 1, c. 23).
Mais du moins, ajouterai-je, la Bienheureuse Vierge connaissait déjà, par les saintes Écritures, que le temps prédit par les prophètes, touchant la venue du Messie, était arrivé ; déjà les semaines de Daniel étaient accomplies ; déjà, suivant la prophétie de Jacob, le sceptre de Juda était passé dans les mains d'Hérode, roi étranger ; déjà elle savait qu'une Vierge serait la Mère du Messie. Elle s'entendait adresser par l'ange des louanges qui auraient paru à tout autre ne convenir qu'à la Mère de Dieu ; lui vint-il alors la pensée que peut-être elle était cette Mère choisie du Seigneur ? Non, sa profonde humilité ne lui permit pas une telle pensée. Ces louanges eurent seulement pour effet de lui causer une si grande crainte que, suivant la réflexion de saint Pierre Chrysologue, comme le Sauveur voulut être fortifié par un ange, ainsi il fut nécessaire que saint Gabriel, voyant Marie consternée à ce salut, la ranimât en disant : Ne craignez point, ô Marie, vous étonnez par des titres sublimes que je vous donne, car, si vous êtes si petite et si basse à vos propres yeux, Dieu qui exalte les humbles, vous a rendue digne de trouver la grâce perdue par le genre humain, et en conséquence il vous a préservée de la tache commune à tous les fils d'Adam, il vous honorée des le moment de votre conception d'une grâce plus grande que celle de tous les saints, enfin il vous élève maintenant jusqu'a vous choisir pour sa Mère.
A présent, pourquoi différer ? ma souveraine, l'ange attend votre réponse, nous l'attendons tous, nous qui sommes déjà condamnes à la mort. Voila, ô notre Mère, que le prix de notre salut s'offre à vous, ce sera le Verbe divin fait homme dans votre sein; si vous l'acceptez pour Fils, nous serons aussitôt délivrés de la mort. Plus votre Seigneur s'est épris de votre beauté, plus il désire votre consentement, d'après lequel il a résolu de sauver le monde. Hâtez-vous, ma souveraine, répondez, ne retardez plus le salut du monde, qui dépend maintenant de votre consentement.
Mais voilà que Marie répond ; elle dit à l'ange. Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. Réponse telle que la sagesse des hommes et des anges réunis n'aurait pu en trouver une plus belle, plus humble et plus prudente, quand même ils y auraient pensé un million d'années ! Réponse qui eut la vertu de réjouir le Ciel, et de faire descendre sur la terre une mer immense de grâces et de biens ! Réponse qui, à peine sortie de l'humble cœur de Marie, attira du sein du Père éternel dans son sein très pur le Fils unique de Dieu qui s'y revêtit de l'humanité. En effet, des qu'elle eut prononce ces mots : Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole, le Verbe se fit chair, et le Fils de Dieu devint aussi le Fils de Marie. Saint Thomas de Villeneuve, insistant sur la fiat prononce par la sainte Vierge, dit que par les autres fiat Dieu créa la lumière, le ciel et la terre, mais que par ce fiat de Marie un Dieu devint homme comme nous.
Mais ne nous éloignons pas de notre sujet, considérons la grande humilité de la Vierge dans cette réponse. Elle avait certes toutes les lumières nécessaires pour apprécier combien était sublime la dignité de Mère de Dieu. Elle venait de recevoir de l'ange la nouvelle qu'elle était cette heureuse Mère choisie du Seigneur. Mais elle ne s'estime pas davantage pour cela, elle ne s'arrête point à se complaire dans son élévation ; voyant d'une part son propre néant, et de l'autre l'infinie majesté de son Dieu, qui la choisit pour sa Mère ; elle se reconnaît indigne d'un tel honneur, mais elle ne veut point s'opposer à sa volonté. Sollicitée de donner son consentement, que fait-elle et que dit-elle ? Complètement anéantie en elle-même, d'un autre côté, tout enflammée du désir de s'unir de plus en plus à son Dieu, et s'abandonnant entièrement à la volonté divine : Voici, répond-elle, la servante du Seigneur, obligée de faire ce que le Seigneur lui commande. Comme si elle eut dit : Si le Seigneur me choisit pour sa Mère, moi qui n'ai rien par moi-même, qui tiens tout de sa bonté, qui pourrait croire qu'il m'a choisie pour mon propre mérite ? Quel mérite peut avoir une esclave pour être faite la mère de son maître ? On louera seulement la bonté du Seigneur, sans louer la servante, car il faut toute sa bonté pour tourner ses regards vers une autre créature aussi vile que moi, et pour l'exalter à ce point.
O grande humilité de Marie, qui la rend petite d'après son propre jugement, mais grande devant Dieu ! indigne à ses yeux, mais digne aux yeux de ce Seigneur immense que le monde ne saurait contenir. Cette exclamation est moins belle encore que celle de saint Bernard, lorsque admirant l'humilité de Marie, il s'écrie : Souveraine, comment avez-vous pu unir dans votre cœur une idée aussi humble de vous-même avec tant de pureté, avec tant d'innocence, avec une telle plénitude de grâces ? Comment, ô Vierge bienheureuse, a pu s'enraciner si bien en vous cette humilité, et une si grande humilité, alors que vous vous voyiez honorée et exaltée à ce point par le Seigneur ? Lucifer, fier d'être doué d'une grande beauté, aspira à élever son trône au-dessus des étoiles et à se rendre semblable à Dieu (Is. 14, 13). Or, quels auraient été le langage et les prétentions de cet esprit superbe, s'il s'était vœu orné des prérogatives de Marie ? L'humble Marie n'agit point de la sorte : plus elle se vit exaltée, plus elle s'humilia. Ah ! ma Souveraine, conclut saint Bernard, cette belle vertu vous a rendue digne d'être regardée par le Seigneur avec une tendresse singulière, digne d'enflammer d'amour votre roi par votre beauté, digne de tirer par l'odeur suave de votre humilité le Fils de Dieu de son repos, et de le faire descendre du sein de son Père dans votre sein très pur. Aussi, dit saint Bernardin de Buste, Marie eut-elle plus de mérite par cette seule réponse : Voici la servante du Seigneur, que n'en pourraient acquérir toutes les créatures par toutes leurs bonnes œuvres.
C'est pourquoi, suivant saint Bernard, si cette innocente Vierge se rendit chère à Dieu par sa virginité et son humilité, elle se rendit digne, autant qu'une créature pouvait le mériter, de devenir la Mère de son Créateur. C'est ce que confirme saint Jérôme, en disant que Dieu la choisit pour Mère en considération de son humilité, plutôt que de toutes ses autres sublimes vertus. Marie elle-même le révéla à sainte Brigitte par ces paroles : Comment ai-je mérité la grâce d'être faite la Mère de mon Seigneur, si ce n'est parce que j'ai connu mon néant et que je me suis humiliée (Livre 2, Rev. ch 35) ? Elle l'avait déclaré auparavant dans son Cantique si empreint d'humilité (Lc. I), suivant la remarque de saint Laurent Justinien. En employant le mot humilité, fait observer saint François de Sales, Marie n'entendait pas louer en elle une vertu ; elle voulait déclarer que Dieu avait regardé son néant, et que par pure bonté il l'avait comblée d'honneurs.
Saint Augustin compare l'humilité de Marie à une échelle par laquelle le Seigneur daigna descendre sur la terre pour s'incarner dans son sein. Paroles confirmées par saint Antonin, lorsqu'il dit que l'humilité de la Vierge fut la disposition la plus parfaite et la plus prochaine qu'elle apporte à être la Mère de Dieu. Cela résulte de la prédiction d'Isaïe (Is. 11, 1), sur laquelle le bienheureux Albert fait cette réflexion, que la fleur divine, c'est-à-dire le Fils unique de Dieu, suivant Isaïe, devait éclore, non point au sommet ou sur le tronc de la plante de Jesse, mais à la racine, pour indiquer précisément l'humilité de sa Mère ; l'abbé de Celles l'explique d'une façon encore plus claire. Cela nous donne, suivant saint Augustin, la clef des paroles du Seigneur dans les Cantiques (Cant. 5) ; et à ce sujet le docte interprète Fernandez dit que les yeux si humbles de Marie, avec lesquels elle contempla sans cesse la divine grandeur, sans jamais perdre de vue son propre néant, firent une telle violence à Dieu, qu'ils l'attirèrent dans son sein. Par là, ajoute l'abbé Francon, on s'explique pourquoi l'Esprit saint loua tant la beauté de son Epouse, disant qu'elle avait des yeux de colombe (Cant. 4, 1). C'est que Marie, regardant Dieu avec les yeux d'une simple et humble colombe, l'enflamma tant par sa beauté, qu'elle l'enchaîna avec des liens d'amour dans son sein virginal. Ainsi Marie, dans l'incarnation du Verbe, dirons-nous pour conclure ce point, ne put s'humilier plus qu'elle ne s'humilia. Voyons maintenant comment Dieu, en la choisissant pour sa Mère, ne put l'élever plus qu'il ne le fit.
DEUXIEME POINT. Pour comprendre à quel point Marie fut exaltée, il faudrait comprendre la sublimité et la grandeur de Dieu. Il suffit donc de dire que Dieu fit de la Vierge, sa Mère, pour établir que Dieu ne put l'élever plus qu'il ne l'éleva. Saint Arnaud affirme avec raison que Dieu, en devenant Fils de la Vierge, l'a élevée à une hauteur d'où elle domine tous les saints et tous les anges. En sorte, qu'excepté Dieu, elle surpasse sans comparaison tous les esprits célestes, ajoute saint Ephrem. A l'exception de Dieu, dit à son tour saint André de Crète, elle est supérieure à tous. Et de même saint Anselme : Ma Souveraine, s'écrie-t-il, il n'est rien qui vous égale, car tout ce qui existe est au-dessus ou au-dessous de vous, Dieu seul vous est supérieur, et toutes les créatures vous sont inférieures. Enfin, répond saint Bernardin, la grandeur de cette Vierge est telle qu'il n'y a que Dieu qui puisse ou sache la comprendre.
Qu'on ne s'étonne donc pas, fait remarquer saint Thomas de Villeneuve, de ce que les évangélistes, si minutieux à enregistrer les louanges d'un Jean-Baptiste, d'une Magdeleine, sont si brefs en décrivant les prérogatives de Marie. A quoi bon les détails de ses grandeurs ? Il suffit que les évangélistes attestent qu'elle est la Mère de Dieu. Comme ils avaient décrits par ce seul mot le plus grand et même l'ensemble de ses attributs, il était inutile qu'ils les fissent ressortir ensuite l'un après l'autre. Dire seulement de Marie qu'elle est la Mère de Dieu, reprend saint Anselme, n'est-ce pas la placer au plus haut degré d'élévation qu'on puisse concevoir et indiquer après Dieu ? Donnez-lui le nom que vous voulez, Reine du Ciel, Maîtresse des anges, ou tout autre titre, vous ne l'honorerez jamais autant qu'en l'appelant Mère de Dieu.
La raison en est évidente ; car, ainsi que le docteur angélique l'enseigne, plus une chose est près de son principe, plus elle en reçoit de la perfection ; et Marie étant la créature qui approche le plus de Dieu, participe plus que toutes les autres à ses grâces, à sa perfection, à sa grandeur. Le Père Suarez déduit que la dignité de Mère de Dieu est d'un ordre supérieur à toute autre dignité créée, de ce qu'elle appartient en quelque sorte à l'ordre de l'union avec une personne divine, à laquelle elle est nécessairement unie. Aussi Denys le Chartreux assure-t-il qu'après l'union hypostatique, il n'y en a pas de plus proche que celle de la Mère de Dieu. C'est, enseigne saint Thomas, la plus grande union qu'une pure créature puisse avoir avec Dieu. Et le Bienheureux Albert le Grand déclare que la dignité de Mère de Dieu est immédiatement après celle de Dieu ; il ajoute, en conséquence, que Marie ne put être plus unie à Dieu qu'elle ne le fut, à moins de devenir Dieu elle-même.
Saint Bernardin affirme que la sainte Vierge, pour être Mère de Dieu, dut être élevée à une certaine égalité avec les personnes divines par une grâce presque infinie. Et puisque les enfants sont, moralement parlant, réputes une seule et même chose avec leurs parents, en sorte que les biens et les honneurs sont communs entre eux, saint Pierre Damien en infère que Dieu, qui habite en diverses manières dans les créatures, habita en Marie d'une façon toute spéciale, en ne faisant qu'une même chose avec elle, et à cette pensée il s'écrie d'admiration : Que toute créature se taise et tremble, qu'elle ose à peine mesurer l'immensité d'une dignité si élevée ; Dieu habite dans le sein de la Vierge.
C'est pourquoi saint Thomas pense que Marie, en devenant Mère de Dieu, et à raison de cette union étroite avec un bien infini, reçut une certaine dignité infinie, que le Père Suarez appelle infinie dans son genre, puisque la dignité de Mère de Dieu est la plus grande qui puisse être conférée à une pure créature. En effet, le docteur angélique enseigne que, comme l'humanité de Jésus-Christ, bien qu'elle eût put recevoir de Dieu une plus grande grâce habituelle, ne put cependant être ordonnée pour quelque chose de plus sublime que l'union avec une personne divine ; ainsi la Bienheureuse Vierge ne put être élevée à une dignité plus haute que celle de Mère de Dieu. Saint Thomas de Villeneuve a écrit la même chose, et saint Bernardin déclare que l'état auquel Marie fut élevée en tant que Mère du Verbe, est tel qu'elle ne saurait être exaltée davantage. Proposition confirmée par le Bienheureux Albert le Grand.
Saint Bonaventure a dit ce mot célèbre, que Dieu peut faire un monde plus vaste, un ciel plus grand, mais qu'il ne peut élever une créature plus haut qu'en la faisant Mère. La Vierge exprima elle-même, bien mieux que tous ces auteurs, à quel degré Dieu l'a exaltée (Lc. I), seulement pourquoi n'expliqua-t-elle pas avec détail quels étaient les grands dons que le Seigneur lui avait accordes ? Saint Thomas de Villeneuve répond que Marie ne le fit point, parce qu'ils étaient si grands qu'ils ne pouvaient être expliqués.
Saint Bernard a donc eu raison de dire que Dieu créa le monde pour cette Vierge qui devait être sa Mère, et saint Bonaventure, que la conservation du monde doit être attribuée à l'intercession de Marie, s'appuyant sur un texte de Proverbes que l'Eglise applique à la Vierge (Prov. 8, 30). Saint Bernardin ajoute que ce fut pour l'amour de Marie que Dieu ne détruisit pas l'homme après le péché d'Adam. Aussi l'Eglise est-elle autorisée à chanter que Marie a choisi la meilleure part, puisque cette divine Mère choisit non seulement les meilleures choses, mais les plus excellentes d'entre les meilleures, Dieu l'ayant dotée au souverain degré, comme l'atteste le Bienheureux Albert le Grand, de toutes les grâces et de tous les dons généraux et particuliers conférés à toutes les créatures, et cela en conséquence de la dignité de Mère de Dieu. Ainsi Marie fut enfant, mais elle n'eut de cet age que l'innocence et non le défaut de la capacité, car elle a jouit dès le premier instant de sa vie du parfait usage de la raison. Elle fut Vierge, mais sans l'affront de la stérilité. Elle fut Mère, mais sans perdre le privilège de la virginité. Elle fut belle, et belle par excellence, disent Richard de saint Victor, saint Grégoire de Nicomédie, et saint Denys l'Aréopagite, à qui plusieurs attribuent le bonheur d'avoir contemplé une fois la beauté de Marie, et qui dit que, si la foi ne l'avait instruit qu'elle était une créature, il l'aurait adorée comme la divinité ; et le Seigneur révéla à sainte Brigitte que la beauté de sa Mère surpassa celle de tous les hommes et des anges (Revel. l. I, ch. 51). Elle fut belle, dis-je, mais sans dommage pour ceux qui jouirent de sa vue, puisque sa beauté dissipait les sentiments impurs et inspirait des pensées de pureté, comme l'attestent saint Ambroise et saint Thomas. C'est pourquoi on la compare à la myrrhe, qui empêche la corruption, dans des paroles que l'Eglise emprunte à l'Ecclésiastique (Eccles. 24, 20). Dans sa vie active, elle agissait, mais sans que son travail la détournât de l'union avec Dieu. Dans sa vie contemplative, elle était recueillie en Dieu, mais sans négliger les soins temporels et la charité due au prochain. La mort l'atteignit, mais sans les angoisses qui la précèdent d'ordinaire et sans la corruption du corps.
Concluons donc. Cette divine Mère est infiniment inférieure à Dieu, mais elle est immensément supérieure à toutes les créatures. Et s'il est impossible de trouver un fils plus noble que Jésus, il est impossible aussi de trouver une mère plus noble que Marie. Cela autorise les serviteurs de cette Reine, non seulement à se réjouir de ses grandeurs, mais à augmenter leur confiance en son puissant patronage ; car en qualité de Mère de Dieu, dit le Père Suarez, elle a un certain droit sur ses dons, qui fait qu'elle les procure à ceux pour qui elle intercède. Saint Germain déclare d'ailleurs que Dieu ne saurait ne pas exaucer les prières de Marie, puisqu'il ne peut ne point la reconnaître pour sa Mère véritable et immaculée. Il ne vous manque donc, ô Mère de Dieu et la nôtre, ni le pouvoir, ni la volonté de nous secourir. Vous savez, vous dirai-je avec l'abbé de Celles, que Dieu ne vous a pas créée que pour lui mais qu'il vous a appelée à rétablir les anges, à réparer les maux du genre humain, à combattre les démons, puisque par votre entremise nous recouvrons la divine grâce, et que par vous notre ennemi est vaincu et terrassé.
Si nous désirons plaire à la Mère de Dieu, saluons-la souvent par l'Ave Maria. Marie, apparaissant un jour à sainte Mechtilde, lui dit qu'on ne pourrait l'honorer mieux qu'en récitant cette Salutation Angélique. Par la nous obtiendrons des grâces singulières de cette Mère de miséricorde.

PRIÈRE

Ô Vierge immaculée et sainte ! ô créature la plus humble et la plus sublime devant Dieu ! vous fûtes si petite à vos propres yeux, mais si grande à ceux de Notre Seigneur qu'il vous exalta jusqu'à vous choisir pour sa Mère et à vous établir en conséquence Reine du Ciel et de la terre. Je rends grâces à ce Dieu qui vous a tant exaltée, et je me réjouis avec vous de vous voir unie tellement à lui qu'une pure créature ne saurait l'être davantage. J'ai honte de me présenter à vous qui êtes si humble avec tant de qualité, misérable et orgueilleux que je suis avec tant de péchés. Malgré mes misères, je veux pourtant vous saluer : Ave, plena gratia ; vous êtes pleine de graves, obtenez-m'en une partie. Dominus tecum : Le Seigneur a toujours été avec vous depuis le premier instant de votre création, et il y est maintenant d'une manière plus étroite, puisqu'il est devenu votre Fils. Benedictus tu in mulieribus : " Femme bénie entre toutes les femmes ! obtenez-nous aussi la céleste bénédiction. Et benedictus fructus ventris tui : " Plante bénie, qui avez mis au monde un fruit si noble et si saint ! Sancta Maria, Mater Dei : " Marie ! je confesse que vous êtes la véritable Mère de Dieu, et je suis prêt à donner mille fois ma vie pour la défense de cette vérité. Ora pro nobis peccatoribus ; mais si vous êtes la Mère de Dieu, soyez encore la Mère de notre salut et de nous autres, pauvres pécheurs puisque c'est pour sauver les pécheurs que Dieu s'est fait homme, et il vous a choisie pour sa Mère afin que vos prières eussent la vertu de sauver tout pécheur quel qu'il fut. De grâce, ô Marie ! priez donc pour nous. Nunc et in hora mortis nostrae : priez toujours, priez maintenant que nous sommes entourés de tentations et de dangers de perdre Dieu ; priez surtout à l'heure de notre mort, lorsque nous serons sur le point de sortir de ce monde et d'être présentés au divin tribunal, afin que, sauvés par les mérites de Jésus-Christ et par votre intercession, nous puissions venir un jour, sans courir le risque de vous perdre encore, vous saluer et vous louer avec votre Fils, dans le Ciel, pendant toute l'éternité. Ainsi soit-il.

DISCOURS V : DE LA VISITATION DE MARIE

Marie est la trésorière de toutes les grâces divines. Celui qui désire des grâces doit donc recourir à Marie, et celui qui l'invoque doit être certain d'obtenir les grâces qu'il désire.
Une famille s'estime heureuse lorsqu'elle est visitée par un prince, à cause de l'honneur qu'elle en reçoit et des avantages qu'elle en espère. On doit appeler bien plus heureuse l'âme qui visite la Reine de l'univers, la très sainte Marie, qui ne saurait manquer de combler de biens et de grâces les âmes fortunées qu'elle daigne visiter au moyen de ses faveurs. La maison d'Obédédom fut bénie, lorsqu'elle fut visitée par l'arche du Seigneur. Mais ne sont-elles pas enrichies de bien plus grandes bénédictions, les personnes qui reçoivent l'amoureuse visite de l'arche vivante de Dieu, de la divine Mère ? La maison de Jean-Baptiste y eut-elle pénétré qu'elle combla toute la famille de grâces et de bénédictions célestes ; aussi la fête actuelle de la Visitation est-elle appelée communément la fête de Notre-Dame des Grâces. Examinons donc dans le présent discours comment Marie est la trésorière de toutes les grâces, et divisons-le en deux points. Dans le premier, nous verrons que celui qui désire des grâces doit recourir à Marie, dans le second, que celui qui invoque Marie, doit être certain d'obtenir celles qu'il désire.
PREMIER POINT. La sainte Vierge, ayant appris de l'archange saint Gabriel que sa cousine Elisabeth était enceinte de six mois, intérieurement éclairée du Saint-Esprit, elle connut que le Verbe incarne et devenu son Fils voulait commencer à manifester au monde les richesses de sa miséricorde, en accordant ses premières grâces à toute cette famille. Aussitôt, sortant du repos de la contemplation à laquelle elle était continuellement appliquée, et abandonnant sa chère solitude, elle partit pour se rendre à la maison d'Elisabeth. Comme la charité supporte tout et qu'elle ne souffre aucun retard, dit saint Ambroise sur cet Evangile (Lc. I, 35), sans s'inquiéter des fatigues du voyage, la faible et délicate Vierge se mit promptement en route. Arrivée à la maison, elle salua sa cousine, et suivant la réflexion de saint Ambroise, la salua la première. La visite de la Bienheureuse Vierge ne fut pas comme celles des mondains, qui se réduisent d'ordinaire à des cérémonies et à de fausses démonstrations : la visite de Marie apporta dans cette maison un trésor de grâces. En effet, à son entrée et à son premier salut, Elisabeth fut remplie de l'Esprit saint, et saint Jean-Baptiste fut lavé de la tache originelle, et sanctifié ; c'est pourquoi il donna un signe de joie, en tressaillant dans le sein de sa mère, voulant par là révéler la grâce qu'il avait reçue au moyen de la Bienheureuse Vierge, comme le déclara Elisabeth. En sorte, dit saint Bernardin de Buste, qu'en vertu du salut de Marie, Jean reçut la grâce du Saint-Esprit qui le sanctifia.
Or, si ces premiers fruits de la Rédemption passèrent tous par Marie, véritable canal par lequel étaient communiques la grâce à Jean-Baptiste, l'Esprit saint à Elizabeth, le don de prophétie à Zacharie, et tant d'autres bénédictions à cette famille, qui furent les premières grâces que nous sachions avoir été faites sur la terre par le Verbe depuis son incarnation ; il est très raisonnable de croire que Dieu avait des lors établi Marie cet aqueduc universel, suivant l'expression de saint Bernard, par lequel devaient ensuite découler vers nous les autres grâces que le Seigneur voudrait nous dispenser comme nous l'avons dit au chapitre V de la 1ere partie (GLOIRES DE MARIE).
C'est donc avec raison que la divine Mère est nommée le trésor, la trésorière et la dispensatrice des grâces célestes.
Saint Bonaventure, parlant du champ dont l'Evangile dit qu'un trésor y est caché et qu'on doit l'acheter à tout prix (Matth. 13, 44), déclare que ce champ n'est autre que Marie notre Reine, en qui est Jésus-Christ, le trésor de Dieu, et avec Jésus-Christ le principe et la source de toutes les grâces. Saint Bernard affirme que le Seigneur a place entre les mains de Marie toutes les grâces qu'il veut nous dispenser, afin que nous comprenions que tous les biens qui nous arrivent, nous arrivent par son intercession. Marie nous en donne elle-même l'assurance par ces mots: En moi sont toutes les grâces des vrais biens que vous pouvez désirez en cette vie (Eccl. 24). Oui, notre Mère et notre espérance, nous savons, lui disait saint Pierre Damien, que tous les trésors des divines miséricordes sont dans vos mains. Avant lui, saint Idelphonse l'affirmait avec une plus grande force d'expression lorsque, s'adressant à la Vierge, il s'écriait : Ma Souveraine, toutes les grâces que Dieu a résolu de faire accorder aux hommes, il a résolu de les accorder toutes par votre entremise ; c'est pourquoi il vous a confié tous les trésors des grâces. De telle sorte, ô Marie, conclut saint Germain, qu'il n'y a point de grâce dispensée à l'homme, sinon par vos mains.
Sur les paroles par lesquelles l'ange rassurait la sainte Vierge (Lc. I), le Père Albert le Grand fait cette belle réflexion : O Marie, vous n'avez pas ravi la grâce, comme Lucifer voulait la ravir ; vous ne l'avez point perdue, comme Adam ; vous ne l'avez point achetée, comme voulait l'acheter Simon le magicien ; mais vous l'avez trouvée, parce que vous l'avez désirée et cherchée. Vous avez trouvez la grâce incréée, qui est Dieu lui-même, devenu votre Fils, et avec elle vous avez trouve et obtenu tous les biens crées. Cette pensée est confirmée par saint Pierre Chrysologue, lorsqu'il déclare que la Mère de Dieu a trouve cette grâce pour procurer ensuite le salut à tous les hommes. Il dit ailleurs que Marie a trouve une grâce telle qu'elle suffit pour sauver chacun de nous. De telle façon, fait observer Richard de Saint-Laurent, que comme Dieu a créé le soleil pour éclairer la terre de ses rayons, ainsi il a créé Marie pour dispenser au monde par son moyen toutes les miséricordes divines. Et saint Bernardin ajoute que la sainte Vierge, du moment qu'elle devint la Mère du Rédempteur, acquit une sorte de juridiction sur toutes les grâces.
Concluons ce point avec les paroles de Richard de saint Laurent : si nous voulons obtenir quelque grâce, recourons à Marie, qui ne peut manquer d'obtenir pour ses serviteurs tout ce qu'elle demande, puisqu'elle a trouvé la grâce divine et qu'elle la trouve toujours. Saint Bernard en dit autant. Si donc nous désirons des grâces, il faut nous adresser à la trésorière et à la dispensatrice des grâces, puisque la volonté suprême de l'auteur de tout bien, nous assure le même saint Bernard, est que toutes grâces soient dispensées par les mains de Marie. Qui dit toutes, n'en excepte aucune. Mais, comme pour obtenir les grâces il faut avoir la confiance, voyons maintenant combien nous devons être assurés de les recevoir en recourant à Marie.
DEUXIEME POINT. Pourquoi Jésus-Christ a-t-il placé dans les mains de sa Mère tous les trésors des miséricordes qu'il veut accorder, si ce n'est pour qu'elle enrichisse tous ses serviteurs qui l'aiment, qui l'honorent, et qui recourent à elle avec confiance (Prov. 8, 21) ? La sainte Vierge nous l'assure dans un texte que l'Eglise lui applique. C'est uniquement dans la vue de nous secourir, dit l'abbé Adam que ces richesses de vie éternelle sont conservées par Marie, dans le sein de laquelle le Sauveur a placé le trésor des malheureux, afin que les pauvres s'enrichissent en puisant à ce trésor. Saint Bernard ajoute que, dans cette intention, Marie a été donnée au monde comme un canal de miséricordes, pour que les grâces descendissent continuellement par son intermédiaire du Ciel vers les hommes.
Le même Père a cherché pourquoi saint Gabriel, qui avait trouvé Marie pleine de grâces (comme l'annonce son salut : Ave gratia plena), ajoute que le Saint-Esprit allait descendre en elle pour la remplir encore plus de grâces, et il s'est demande ce que pouvait opérer encore la venue du Saint-Esprit puisqu'elle en était déjà pleine ? Marie, dit-il, était déjà remplie de grâces, il est vrai, mais le Saint-Esprit l'en combla surabondamment, afin que cette surabondance pourvût à tous nos besoins, misérables que nous sommes. C'est pourquoi Marie est comparée à la lune. Heureux qui me trouve, en recourant à moi (Prov. 8, 35), dit notre Mère. Il trouver la vie et la trouvera facilement ; car, de même qu'il est aisé de trouver de puiser autant d'eau qu'on en désire à une grande fontaine, de même il est facile de trouver les grâces et le salut éternel en recourant à Marie. Une âme pieuse disait qu'il suffit de demander les grâces à Marie pour les avoir, et saint Bernard déclare qu'avant la naissance de la Vierge, le monde n'avait pas cette abondance de grâces qu'on voit aujourd'hui inonder la terre, parce qu'il n'en possédait pas encore l'admirable canal, c'est-à-dire Marie. Mais, maintenant que nous avons cette Mère de miséricorde, quelles grâces pourrions-nous craindre de ne point obtenir en nous prosternant à ses pieds ? Je suis la ville et le refuge, lui fait dire saint Jean Damascène, pour tous ceux qui recourent à moi. Venez donc, mes enfants, et je vous accorderai des grâces en plus grande abondance que vous ne pensez.
Il arrive à bien des âmes ce que la Vénérable sœur Marie Villani aperçu dans une vision céleste : cette servante de Dieu vit un jour la Mère de Dieu sous l'emblème d'une fontaine, où l'on accourait en foule pour y puiser de l'eau de la grâce ; mais qu'arrivait-il ? Ceux qui portaient des vases intacts conservaient en entier les grâces reçues ; mais ceux qui portaient des vases fêlés, c'est-à-dire, les âmes chargées de péché, ne recevaient les grâces que pour les perdre aussitôt. Au reste, il est certain que des grâces innombrables sont accordées chaque jour aux hommes, même ingrats, pécheurs, et des plus misérables. Saint Augustin l'indique dans un beau passage (S. Aug. Serm. de Ass.)
Ranimons donc toujours de plus en plus notre confiance, serviteurs de Marie, en recourant à elle pour lui demander des grâces. Et, afin de ranimer notre confiance, souvenons-nous toujours des deux grands attributs de cette bonne Mère, savoir, le désir qu'elle a de nous faire du bien, et le pouvoir qu'elle tient de son Fils d'obtenir tout ce qu'elle demande. Pour apprécier le désir qu'a Marie de nous secourir tous, il suffit de considérer le mystère de la fête qui nous occupe, c'est-à-dire sa visite à sainte Elisabeth. La distance de Nazareth à la Cité d'Hébron, ou de Judée, comme dit saint Luc, était d'environ trente trois lieues ; la longueur du chemin, les fatigues du voyage n'empêchèrent pas la sainte Vierge, faible et délicate qu'elle était, de se mettre aussitôt en route, décidée par quel motif ? Par le vif sentiment de charité, qui remplit toujours son tendre cœur, et qui la porte à aller commencer dès lors son grand office de dispensatrice des grâces. Marie, dit saint Ambroise, n'allait point vérifier si Elisabeth était enceinte, comme l'ange le lui avait annoncé ; mais, transportée du désir d'être utile à cette famille, ravie de joie de pouvoir faire du bien à son prochain, toute entière à cet emploi de charité, elle partit sans diligence. Notez que l'Evangéliste, parlant du voyage de Marie à la maison d'Elisabeth, dit qu'elle se hâta ; mais que, parlant de son retour chez elle, il ne fait plus mention de son empressement (Lc I, 56). Dans quel but, demande saint Bonaventure, la Mère de Dieu aurait-elle mis tant d'empressement à visiter la maison de Jean-Baptiste, si elle n'avait eu le désir d'être utile à cette famille ?
Cet esprit de charité envers les hommes, au lieu de s'éteindre dans Marie lorsqu'elle monta au Ciel, y a plutôt augmenté, parce qu'elle y connaît mieux nos besoins et compatit davantage à nos misères. Saint Bernardin de Buste a écrit que Marie a plus de désir de nous faire du bien, que nous n'en avons d'en recevoir d'elle. C'est au point, dit saint Bonaventure, qu'elle se tient offensée par ceux qui ne lui demandent point de grâces. En effet, son inclination est d'en combler surabondamment ses serviteurs.
Ainsi trouver Marie, c'est trouver toute espèce de biens. Chacun peut la trouver, fut-il le plus grand pécheur du monde, puisqu'elle est trop bonne pour repousser aucun de ceux qui l'invoquent. J'invite tout le monde à recourir à moi (lui fait dire Thomas à Kempis), j'attends ; je désire tout le monde ; je ne méprise aucun pécheur, quelque indigne qu'il soit, s'il implore mon secours. Quiconque lui demande des grâces, dit Richard la trouve prête, toujours disposée à le seconder et a lui obtenir les grâces du salut éternel par sa puissante intercession.
J'ai ajouté : par sa puissante intercession, car le second motif qui doit accroître notre confiance, c'est que Marie obtient de Dieu tout ce qu'elle demande en faveur de ses serviteurs. Observez, fait remarquer saint Bonaventure au sujet de la visite de Marie à sainte Elisabeth, quelle grande vertu ont les paroles de Marie, puisqu' à sa voix la grâce du Saint-Esprit fut conférée à Elisabeth et à Jean, son fils, comme le rapporte l'Evangéliste (Lc I). Théophile d'Alexandrie dit que Jésus aime que Marie le prie pour nous, parce qu'alors toutes les grâces qu'il accorde par son intercession, il les accorde moins à nous qu' à sa Mère. Remarquez ces mots par son intercession, car, suivant saint Germain, Jésus ne saurait rien refuser de ce que Marie lui demande, voulant en cela lui obéir comme à sa véritable Mère ; d'ou le saint conclut que les prières de cette Mère ont une certaine autorité sur Jésus-Christ, en sorte qu'elle obtient le pardon des plus grands pécheurs qui se recommandent à elle. Conséquence bien justifiée par ce qui arriva au noces de Cana, où Marie demandant à son Fils de suppléer au vin qui manquait, le Sauveur, quoique le temps destiné aux miracles ne fut pas encore venu, fit cependant, pour obéir à sa Mère, celui qu'elle demandait, en changeant l'eau en vin.
Si nous voulons des grâces, allons au trône de la grâce, qui est Marie, allons-y avec de l'espérance d'être certainement exaucés, moyennant l'intercession de Marie, qui obtient tout ce qu'elle demande de son Fils. La Vierge, Mère de Dieu, a déclare à sainte Mechtile que le Saint-Esprit, en la remplissant de toute sa douceur, l'avait rendue si chère à Dieu, que quiconque sollicitait des grâces par son entremise les obtenait.
Suivant une pensée célèbre de saint Anselme, quelquefois on obtient plus promptement les grâces en recourant à Marie, qu'en s'adressant à notre Sauveur Jésus lui-même : ce n'est pas qu'il ne soit la source et le maître de toutes les grâces, mais c'est qu'en recourant à sa Mère, et celle-ci s'intéressant pour nous, ses prières, étant celles d'une mère, ont plus de forces que les nôtres. Ne quittons donc pas les pieds de cette trésorière des grâces, et répétons-lui avec saint Jean Damascène : O Mère de Dieu, ouvrez-nous la porte de votre miséricorde en priant toujours pour nous, car vos prières sont le salut de tous les hommes. En recourant à Marie, il vaut mieux la prier de demander pour nous et de nous obtenir les grâces qu'elle sait être plus convenables à notre salut, comme le fit le dominicain Regnault, ainsi que le rapporte les chroniques de l'ordre. Ce serviteur de Marie, se trouvant malade, sollicitait la grâce de sa guérison ; la Reine du Ciel lui apparut accompagnée de sainte Cécile et sainte Catherine, et lui dit avec une grande douceur : Mon fils, que désirez-vous que je fasse en votre faveur ? Le religieux, confus à cette offre gracieuse de Marie, ne savait que répondre. Alors, une des deux saintes lui donna ce conseil : Regnault, savez-vous ce que vous devez faire ? Ne demandez rien, et remettez-vous entièrement entre ses mains, parce que Marie saura vous obtenir une grâce plus avantageuse que celle que vous demanderiez. Le malade ayant suivi ce conseil, la divine Mère lui obtint la grâce de guérir.
Mais, si nous souhaitons d'être visites par cette Reine du Ciel, il faut que nous la visitions souvent nous-mêmes, en allant prier devant quelqu'une de ses images ou dans quelque église qui lui soit dédiée. Les pieuses visites de ses serviteurs leur méritent des faveurs toute spéciales.

PRIÈRE

Vierge immaculée et bénie, puisque vous étés la dispensatrice universelle de toutes les grâces divines, vous étés donc l'espérance de tous et la mienne. Je remercie toujours le Seigneur qui m'a fait vous connaître et connaître ainsi le moyen que je dois prendre pour obtenir les grâces et pour me sauver. Ce moyen, c'est vous, ô puissante Mère de Dieu ! car je sais que c'est d'abord par les mérites de Jésus-Christ et ensuite par votre intercession que je dois me sauver. Ah ! ma Reine, qui avez mis tant de diligence à visiter et à sanctifier par votre présence la maison d'Elisabeth, daignez visiter, mais visiter promptement, ma pauvre âme. Faites diligence ; vous savez mieux que moi combien elle est indigente, affligée de plusieurs maux, d'affections déréglées, d'habitudes pernicieuses, de péchés commis : maux contagieux qui la conduiraient à la mort éternelle. Vous pouvez l'enrichir, ô trésorière de Dieu ! et vous pouvez la guérir de toutes ses infirmités. Visitez-moi donc pendant ma vie ; visitez-moi surtout à l'heure de la mort, parce qu'alors votre assistance me sera plus nécessaire. Je ne prétends pas et je ne suis pas digne que vous me visitiez sur la terre par votre présence visible, comme vous avez visite tant de vos serviteurs, mais qui n'étaient pas indignes ni ingrats comme moi ; je borne mon désir à vous voir un jour face à face régner dans le Ciel, pour vous aimer davantage et vous remercier de tout le bien que vous m'avez fait. A présent, je ne vous demande que de me visiter par votre miséricorde, il me suffit que vous priiez pour moi.
Priez donc, ô Marie ! et recommandez-moi à votre Fils. Vous connaissez mieux que moi mes misères et mes besoins. Que vous dirai-je de plus ? Ayez pitié de moi. Je suis tellement misérable et ignorant, que je ne saurais connaître ni demander les grâces qui me sont le plus nécessaires. Ma Reine et ma douce Mère, demandez-les pour moi, et obtenez de votre Fils les grâces que vous savez être plus utiles, plus nécessaires à mon âme. Je m'abandonne tout entier dans vos mains, je prie seulement la divine majesté de m'accorder, par les mérites de mon Sauveur Jésus, les grâces que vous solliciterez pour moi. Demandez, demandez donc, ô Vierge très sainte ! ce que vous croirez le plus utile. Vos prières ne courent pas la chance d'un refus ; ce sont celles d'une Mère à un Fils, qui vous aime tant et qui se plait à faire ce que vous lui demandez, afin de vous honorer davantage par là, et de vous prouver en même temps le grand amour qu'il vous porte. Ma Souveraine, faisons ce pacte ensemble : je mets en vous ma confiance ; de votre côté, veillez à mon salut. Ainsi soit-il.
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