01 Alors Baldad de Suhé prit la parole et dit :
02 Jusques à quand tiendras-tu ces discours, et tes
paroles seront-elles comme un souffle de tempête ?
03 Est-ce que Dieu fait fléchir le droit, ou bien le
Tout-Puissant renverse-t-il la justice ?
04 Si tes fils ont péché contre lui, il les a
livrés aux mains de leur iniquité.
05 Pour toi, si tu as recours à Dieu, si tu implores
le Tout-Puissant,
06 si tu es droit et pur, alors il veillera sur toi, il rendra le
bonheur à la demeure de ta justice ;
07 ton premier état semblera peu de chose, tant le second
sera florissant.
08 Interroge les générations
passées, sois attentif à l'expérience
des pères :
09 car nous sommes d'hier, et nous ne savons rien, nos jours sur la
terre passent comme l'ombre ;
10 ne vont-ils pas t'enseigner, te parler, et de leur cœur tirer des
sentences :
11 « Le papyrus croît-il en dehors des marais ? Le
jonc s'élève-t-il sans eau ?
12 Encore tendre, sans qu'on le coupe, il sèche avant toute
herbe.
13 Telles sont les voies de tous ceux qui oublient Dieu ;
l'espérance de l'impie périra.
14 Sa confiance sera brisée ; son assurance ressemble
à la toile de l'araignée.
15 Il s'appuie sur sa maison, et elle ne tient pas ; il s'y attache, et
elle ne reste pas debout.
16 Il est plein de vigueur, au soleil, ses rameaux
s'étendent sur son jardin,
17 ses racines s'entrelacent parmi les pierres, il plonge jusqu'aux
profondeurs du roc.
18 Si Dieu l'arrache de sa place, sa place le renie : Je ne t'ai jamais
vu.
19 C'est là que sa joie se termine, et du même sol
d'autres s'élèveront après lui. »
20 Non, Dieu ne rejette pas l'innocent, il ne prend pas la
main des malfaiteurs.
21 Il remplira ta bouche d'éclats de rire, et mettra sur tes
lèvres des chants d'allégresse.
22 Tes ennemis seront couverts de honte, et la tente des
méchants disparaîtra.
--Réponse de Job.--
01 Alors Job prit la parole et dit :
02 Je sais bien qu'il en est ainsi : comment l'homme serait-il
juste vis-à-vis de Dieu ?
03 S'il voulait contester avec lui, sur mille choses il ne pourrait
répondre à une seule.
04 Dieu est sage en son cœur, et puissant en force
qui lui a résisté, et est demeuré en paix ?
05 Il transporte les montagnes, sans qu'elles le sachent, il les
renverse dans sa colère ;
06 Il secoue la terre sur sa base, et ses colonnes sont
ébranlées.
07 Il commande au soleil, et le soleil ne se lève pas ; il met
un sceau sur les étoiles.
08 Seul, il étend les cieux, il marche sur les hauteurs de la
mer.
09 Il a créé la Grande Ourse, Orion, les
Pléiades, et les régions du ciel austral.
10 Il fait des merveilles qu'on ne peut sonder, des prodiges qu'on ne
saurait compter.
11 Voici qu'il passe près de moi, et je ne le vois pas
il s'éloigne, sans que je l'aperçoive.
12 S'il ravit une proie, qui s'y opposera, qui lui dira : «
Que fais-tu ? »
13 Dieu ! Rien ne fléchit sa colère : devant lui
s'inclinent les légions d'orgueil.
14 Et moi je songerais à lui répondre,
à choisir mes paroles pour discuter avec lui !
15 Aurais-je pour moi la justice, je ne répondrais pas.
J'implorerais la clémence de mon juge.
16 Même s'il se rendait à mon appel, je ne
croirais pas qu'il eût écouté ma voix :
17 lui qui me brise comme dans un tourbillon, et multiplie mes
blessures sans motif ;
18 qui ne me laisse point respirer, et me rassasie d'amertume.
19 S'agit-il de force, voici qu'il est fort, s'agit-il de droit, il
dit : « Qui m'assigne ? »
20 Serais-je irréprochable, ma bouche même me
condamnerait ; serais-je innocent, elle me déclarerait
pervers.
21 Innocent ! Je le suis ; je ne tiens pas à
l'existence, et la vie m'est à charge.
22 Il m'importe après tout ; c'est pourquoi j'ai dit :
« Il fait périr également le juste et
l'impie. »
23 Si du moins le fléau tuait d'un seul coup !
Hélas ! Il se rit des épreuves de l'innocent !
24 La terre est livrée aux mains du méchant, Dieu
voile la face de ses juges : si ce n'est pas lui, qui est-ce donc ?
25 Mes jours sont plus rapides qu'un courrier, ils fuient sans
avoir vu le bonheur ;
26 ils passent comme la barque de jonc, comme l'aigle qui fond sur sa
proie.
27 Si je dis : « Je veux oublier ma plainte, quitter mon air
triste, prendre un air joyeux, »
28 je tremble pour toutes mes douleurs, je sais que tu ne me tiendras
pas pour innocent.
29 Je serai jugé coupable : pourquoi prendre une peine
inutile ?
30 Quand je me laverais dans la neige, quand je purifierais mes mains
avec le bor,
31 tu me plongerais dans la fange, et mes vêtements
m'auraient en horreur.
32 Dieu n'est pas un homme comme moi, pour que je lui
réponde, pour que nous comparaissions ensemble en justice.
33 Il n'y a pas entre nous d'arbitre qui pose sa main sur nous deux.
34 Qu'il retire sa verge de dessus moi, que ses terreurs cessent de
m'épouvanter :
35 alors je parlerai sans le craindre ; autrement, je ne suis point
à moi-même.
01 Mon âme est lasse de la vie ; je donnerai libre
cours à ma plainte, je parlerai dans l'amertume de mon
cœur.
02 Je dis à Dieu : Ne me condamne point ; apprends-moi sur quoi
tu me prends à partie.
03 Trouves-tu du plaisir à opprimer, à repousser
l'œuvre de tes mains, à faire luire ta faveur sur le
conseil des méchants ?
04 As-tu des yeux de chair, ou bien vois-tu comme voient les hommes ?
05 Tes jours sont-ils comme les jours de l'homme, ou bien tes
années comme les années d'un mortel,
06 pour que tu recherches mon iniquité, pour que tu
poursuives mon péché,
07 quand tu sais que je ne suis pas coupable, et que nul ne peut me
délivrer de ta main ?
08 Tes mains m'ont formé et
façonné, tout entier, et tu voudrais me
détruire !
09 Souviens-toi que tu m'as pétri comme l'argile : et tu me
ramènerais à la poussière !
10 Ne m'as-tu pas coulé comme le lait, et coagulé
comme le fromage ?
11 Tu m'as revêtu de peau et de chair, tu m'as
tissé d'os et de nerfs.
12 Avec la vie, tu m'as accordé ta faveur, et ta providence
a gardé mon âme.
13 Et pourtant, voilà ce que tu cachais dans ton cœur : Je
vois bien ce que tu méditais.
14 Si je pèche, tu m'observes, tu ne me pardonnes pas mon
iniquité.
15 Suis-je coupable, malheur à moi ! Suis-je innocent, je
n'ose lever la tête, rassasié de honte, et voyant
ma misère.
16 Si je me relève, tu me poursuis comme un lion, tu
recommences à me tourmenter étrangement,
17 tu m'opposes de nouveaux témoins ; tu redoubles de fureur
contre moi, des troupes de rechange viennent m'assaillir.
18 Pourquoi m'as-tu tiré du sein de ma
mère ? Je serais mort, et aucun œil ne m'aurait vu.
19 Je serais comme si je n'eusse jamais été, du
sein maternel j'aurais été porté au
sépulcre.
20 Mes jours ne sont-ils pas bien courts ? Qu'il me laisse ! Qu'il se
retire et que je respire un instant,
21 avant que je m'en aille, pour ne plus revenir, dans la
région des ténèbres et de l'ombre de
la mort,
22 morne et sombre région, où règnent
l'ombre de la mort et le chaos, où la clarté est
pareille aux ténèbres.
--Discours de Sophar.--
01 Alors Sophar de Naama prit la parole et dit :
02 La multitude des paroles restera-t-elle sans
réponse, et le bavard aura-t-il raison ?
03 Tes vains propos feront-ils taire les gens ? Te moqueras-tu, sans que
personne te confonde ?
04 Tu as dit à Dieu : « Ma
pensée est la vraie, et je suis irréprochable
devant toi. »
05 Oh ! Si Dieu voulait parler,
s'il ouvrait les lèvres pour te répondre ;
06 s'il te révélait les secrets de sa sagesse, les
replis cachés de ses desseins, tu verrais alors qu'il oublie
une part de tes crimes.
07 Prétends-tu sonder les profondeurs de Dieu,
atteindre la perfection du Tout-Puissant ?
08 Elle est haute comme les cieux : que feras-tu ? Plus profonde que le
séjour des morts : que sauras-tu ?
09 Sa mesure est plus longue que la terre, elle est plus large que la
mer.
10 S'il fond sur le coupable, s'il l'arrête, s'il convoque le
tribunal, qui s'y opposera ?
11 Car il connaît les pervers, il découvre
l'iniquité avant qu'elle s'en doute.
12 À cette vue, le fou même comprendrait, et le petit de
l'onagre deviendrait raisonnable.
13 Pour toi, si tu diriges ton cœur vers Dieu, et que tu
étendes vers lui tes bras,
14 si tu éloignes l'iniquité qui est dans tes
mains, et que tu ne laisses pas l'injustice habiter sous ta tente,
15 alors tu lèveras ton front sans tache, tu seras
inébranlable et tu ne craindras plus.
16 Tu oublieras alors tes souffrances, tu t'en souviendras comme des
eaux écoulées ;
17 L'avenir se lèvera pour toi plus brillant que le midi,
les ténèbres se changeront en aurore.
18 Tu seras plein de confiance, et ton attente ne sera pas veine ; tu
regarderas autour de toi, et tu te coucheras tranquille.
19 Tu reposeras, sans que personne t'inquiète, et plusieurs
caresseront ton visage.
20 Mais les yeux des méchants se consumeront : pour eux,
point de refuge ; leur espérance est le souffle d'un mourant.
--Réponse de Job.--
01 Alors Job prit la parole et dit :
02 Vraiment vous êtes aussi sages que tout un peuple,
et avec vous mourra la sagesse !
03 Moi aussi, j'ai de l'intelligence comme vous, je ne vous le
cède en rien, et qui ne sait les choses que vous dites ?
04 Je suis la risée de mes amis, moi qui invoquais Dieu et
à qui Dieu répondait ; leur risée, moi
le juste, l'innocent !...
05 Honte au malheur ! C'est la devise des heureux ; le mépris
attend celui dont le pied chancelle.
06 La paix cependant règne sous la tente des brigands, la
sécurité pour ceux qui provoquent Dieu, et qui
n'ont d'autres dieux que leur bras.
07 Mais, de grâce, interroge les bêtes, et
elles t'instruiront, les oiseaux du ciel, et ils te l'apprendront ;
08 ou bien parle à la terre, et elle t'enseignera ; les
poissons même de la mer te le raconteront.
09 Qui ne sait, parmi tous ces êtres, que la main de Yahweh a
fait ces choses,
10 qu'il tient dans sa main l'âme de tout ce qui vit, et le
souffle de tous les humains ?
11 L'oreille ne discerne-t-elle pas les paroles, comme le palais
savoure les aliments ?
12 Aux cheveux blancs appartient la sagesse, la prudence est le fruit
des longs jours.
13 En Dieu résident la sagesse et la puissance,
à lui le conseil et l'intelligence.
14 Voici qu'il renverse et l'on ne rebâtit pas ; il ferme la
porte sur l'homme, et on ne lui ouvre pas.
15 Voici qu'il arrête les eaux, elles tarissent ; il les
lâche, elles bouleversent la terre.
16 À lui la force et la prudence, à lui celui qui est
égaré et celui qui égare.
17 Il emmène captifs les conseillers des peuples, et il
ôte le sens aux juges.
18 Il délie la ceinture des rois, et ceint leurs reins d'une
corde.
19 Il traîne les prêtres en captivité,
et renverse les puissants.
20 Il ôte la parole aux hommes les plus habiles, et il
enlève le jugement aux vieillards.
21 Il verse le mépris sur les nobles, et il
relâche la ceinture des forts.
22 Il met à découvert les choses
cachées dans les ténèbres, et produit
à la lumière l'ombre de la mort.
23 Il fait croître les nations, et il les
anéantit ; il les étend et il les resserre.
24 Il ôte l'intelligence aux chefs des peuples de la terre,
et les égare dans des déserts sans chemin ;
25 ils tâtonnent dans les ténèbres,
loin de la lumière ; il les fait errer comme un homme ivre.
01 Voilà que mon œil a vu tout cela, mon oreille
l'a entendu et compris.
02 Ce que vous savez, moi aussi je le sais, je ne vous suis en rien
inférieur.
03 Mais je veux parler au Tout-Puissant, je veux plaider ma
cause avec Dieu.
04 Car vous n'êtes que des charlatans, vous êtes
tous des médecins inutiles.
05 Que ne gardiez-vous le silence ! Il vous eût tenu lieu de
sagesse.
06 Écoutez, je vous prie, ma défense, soyez attentifs au
plaidoyer de mes lèvres.
07 Parlerez-vous mensonge en faveur de Dieu, pour lui, parlerez-vous
tromperie ?
08 Ferez-vous pour Dieu acception de personnes, vous constituerez-vous
avocats ?
09 Vous en saura-t-il gré, s'il sonde vos cœurs ? Le
tromperez-vous comme on trompe un homme ?
10 Certainement il vous condamnera, si vous faites en secret acception
de personnes.
11 Oui, sa majesté vous épouvantera, ses terreurs
tomberont sur vous.
12 Vos arguments sont des raisons de poussière, vos
forteresses sont des forteresses d'argile.
13 Taisez-vous, laissez-moi, je veux parler ; il m'en arrivera
ce qu'il pourra.
14 Je veux prendre ma chair entre les dents, je veux mettre
mon âme dans ma main.
15 Quand il me tuerait, que je n'aurais rien à
espérer, je défendrai devant lui ma conduite.
16 Mais il sera mon salut, car l'impie ne saurait paraître en
sa présence.
17 Écoutez donc mes paroles, prêtez l'oreille à
mon discours.
18 Voici que j'ai préparé ma cause, je sais que
je serai justifié.
19 Est-il quelqu'un qui veuille plaider contre moi ? À l'instant
même je veux me taire et mourir.
20 Seulement épargne-moi deux choses, ô Dieu, et
je ne me cacherai pas devant ta face :
21 éloigne ta main de dessus moi, et que tes terreurs ne
m'épouvantent plus.
22 Après cela, appelle, et je répondrai ; ou bien
je parlerai d'abord, et tu me répondras.
23 Quel est le nombre de mes iniquités et de mes
péchés ? Fais-moi connaître mes
transgressions et mes offenses.
24 Pourquoi cacher ainsi ton visage, et me regarder comme ton ennemi !
25 Veux-tu donc effrayer une feuille agitée par le vent,
poursuivre une paille desséchée,
26 pour que tu écrives contre moi des choses
amères, pour que tu m'imputes les fautes de ma jeunesse,
27 pour que tu mettes mes pieds dans les ceps, que tu observes toutes
mes démarches, que tu traces une limite à la
plante de mes pieds,
28 alors que mon corps se consume comme un bois vermoulu, comme un
vêtement que dévore la teigne.
01 L'homme né de la femme vit peu de jours, et il
est rassasié de misères.
02 Comme la fleur, il naît, et on le coupe ; il fuit comme
l'ombre, sans s'arrêter.
03 Et c'est sur lui que tu as l'œil ouvert, lui que tu
amènes en justice avec toi !
04 Qui peut tirer le pur de l'impur ? Personne.
05 Si les jours de l'homme sont comptés, si tu as
fixé le nombre de ses mois, si tu as posé un
terme qu'il ne doit pas franchir,
06 détourne de lui tes yeux pour qu'il se repose,
jusqu'à ce qu'il goûte, comme le mercenaire, la
fin de sa journée.
07 Un arbre a de l'espérance : coupé, il
peut verdir encore, il ne cesse pas d'avoir des rejetons.
08 Que sa racine ait vieilli dans la terre, que son tronc soit mort dans
la poussière,
09 dès qu'il sent l'eau, il reverdit, il pousse des branches
comme un jeune plant.
10 Mais l'homme meurt, et il reste étendu ; quand il a
expiré, où est-il ?
11 Les eaux du lac disparaissent, le fleuve tarit et se
dessèche :
12 ainsi l'homme se couche et ne se relève plus, il ne se
réveillera pas tant que subsistera le ciel, on ne le fera
pas sortir de son sommeil.
13 Oh ! Si tu voulais me cacher dans le séjour des
morts, m'y tenir à couvert jusqu'à ce que ta
colère ait passé, me fixer un terme où
tu te souviendrais de moi !
14 Si l'homme une fois mort pouvait revivre ! Tout le temps de mon
service j'attendrais qu'on vînt me relever.
15 Tu m'appellerais alors, et moi je te répondrais ; tu
languirais après l'ouvrage de tes mains.
16 Mais hélas ! Maintenant, tu comptes mes pas, tu as l'œil
ouvert sur mes péchés ;
17 mes transgressions sont scellées dans une bourse, et tu
mets un enduit sur mes iniquités.
18 La montagne s'écroule et s'efface ; le rocher est
transporté hors de sa place ;
19 les eaux creusent la pierre, leurs flots
débordés entraînent la
poussière du sol : ainsi tu anéantis
l'espérance de l'homme.
20 Tu l'abats sans retour, et il s'en va ; tu flétris son
visage, et tu le congédies.
21 Que ses enfants soient honorés, il n'en sait rien ; qu'ils
soient dans l'abaissement, il l'ignore.
22 Sa chair ne sent que ses propres souffrances, son âme ne
gémit que sur elle-même.
II – DEUXIÈME CYCLE DE DISCOURS.
--Discours d'Eliphaz.--
01 Alors Eliphaz de Théman prit la parole et dit :
02 Le sage répond-il par une science vaine ? Se
gonfle-t-il la poitrine de vent ?
03 Se défend-il par de futiles propos, par des discours qui
ne servent à rien ?
04 Toi, tu détruis même la crainte de Dieu, tu
anéantis toute piété envers Dieu.
05 Ta bouche révèle ton iniquité, et tu
prends le langage les fourbes.
06 Ce n'est pas moi, c'est ta bouche qui te condamne, ce sont tes
lèvres qui déposent contre toi.
07 Es-tu né le premier des hommes ? As-tu
été enfanté avant les collines ?
08 As-tu assisté au conseil de Dieu ? As-tu
dérobé pour toi seul la sagesse ?
09 Que sais-tu, que nous ne sachions ? Qu'as-tu appris, qui ne nous soit
familier ?
10 Nous avons aussi parmi nous des cheveux blancs, des vieillards plus
riches de jours que ton père.
11 Tiens-tu pour peu de chose les consolations de Dieu et les
douces paroles que nous t'adressons ?
12 Où ton cœur t'emporte-t-il, et que signifie ce roulement
de tes yeux ?
13 Quoi ! C'est contre Dieu que tu tournes ta colère, et que
de ta bouche tu fais sortir de tels discours ?
14 Qu'est-ce que l'homme, pour qu'il soit pur, le fils de la femme,
pour qu'il soit juste ?
15 Voici que Dieu ne se fie pas même à ses saints,
et les cieux ne sont pas purs devant lui :
16 combien moins cet être abominable et pervers, l'homme qui
boit l'iniquité comme l'eau !
17 Je vais t'instruire, écoute-moi ; je raconterai
ce que j'ai vu,
18 ce que les sages enseignent, -- ils ne le cachent pas, l'ayant
appris de leurs pères ;
19 à eux seuls avait été
donné le pays, et parmi eux jamais ne passa
l'étranger.--
20 « Le méchant, durant tous ses jours, est
rongé par l'angoisse ; un petit nombre d'années
sont réservées à l'oppresseur.
21 Des bruits effrayants retentissent à ses oreilles ; au
sein de la paix, le dévastateur fond sur lui.
22 Il n'espère pas échapper aux
ténèbres, il sent qu'il est guetté
pour le glaive.
23 Il erre pour chercher son pain ; il sait que le jour des
ténèbres est prêt, à ses
côtés.
24 La détresse et l'angoisse tombent sur lui ; Elles
l'assaillent comme un roi armé pour le combat.
25 Car il a levé sa main contre Dieu, il a bravé
le Tout-Puissant,
26 il a couru sur lui le cou raide, sous le dos épais de ses
boucliers.
27 Il avait le visage couvert de graisse, et les flancs
chargés d'embonpoint.
28 Il occupait des villes qui ne sont plus, des maisons qui n'ont plus
d'habitants, vouées à devenir des monceaux de
pierre.
29 Il ne s'enrichira plus, sa fortune ne tiendra pas, ses possessions
ne s'étendront plus sur la terre.
30 Il n'échappera pas aux ténèbres ; la
flamme desséchera ses rejetons, et il sera
emporté par le souffle de la bouche de Dieu.
31 Qu'il n'espère rien du mensonge, il y sera pris ; le
mensonge sera sa récompense.
32 Elle arrivera avant que ses jours soient pleins, et son rameau ne
verdira plus.
33 Il secouera, comme la vigne, son fruit à peine
éclos
il laissera tomber sa fleur, comme l'olivier.
34 Car la maison de l'impie est stérile, et le feu
dévore la tente du juge corrompu.
35 Il a conçu le mal, et il enfante le malheur, dans son
sein mûrit un fruit de déception. »
--Réponse de Job.--