[n° 169] 1 C’est pourquoi tu es inexcusable, ô homme, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu te condamnes toi-même, puisque tu agis de même, toi qui juges.
[n° 178] 2 Car nous savons que le jugement de Dieu est selon la vérité pour ceux qui agissent de même.
[n° 180] Estimes-tu donc, ô homme, toi qui juges ceux qui agissent de même, et qui les fais toi-même, que toi tu fuiras le jugement de Dieu ?
n° 182] 4 Méprises-tu les richesses de sa bonté, et de sa patience, et de sa longanimité ? [n° 183] Ignores-tu que la bénignité de Dieu t’amène â la pénitence ?
[n° 186] 5 Cependant, par ton endurcissement et par ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu.
169. — Après avoir montré que les Gentils n’ont pas été justifiés par la connaissance qu’ils ont eue de la vérité [n° 109], l’Apôtre montre maintenant que les Juifs ne l’ont pas été non plus par les prérogatives dont ils se glorifiaient. Et ainsi pour les uns comme pour les autres la puissance de la grâce évangélique est nécessaire pour le salut.
Il dit donc d’abord que les Juifs n’ont pas été justifiés par la Loi.
— Ensuite, qu’ils n’ont pas été justifiés par leur race, dont ils se glorifiaient
[n° 246] : "Qu’est-ce donc que le Juif a de plus ?"
— Enfin, qu’ils n’ont pas été justifiés par la circoncision [n° 322] : "Que dirons-nous donc qu’a trouvé Abraham, notre père selon la chair ?"
170. — Touchant le premier point, il faut considérer le fait que les Juifs et les Gentils, convertis à la foi, se jugeaient réciproquement sur leur vie antérieure. Car les Juifs reprochaient aux Gentils, vivant sans la Loi de Dieu, de sacrifier aux idoles. Et les Gentils reprochaient aux Juifs, ayant reçu la loi de Dieu, de ne pas l’observer.
— <L’Apôtre> commence donc par blâmer les uns et les autres pour leur jugement sans règle.
— Puis[203] il montre spécialement que les Juifs n’étaient pas dignes de récompense, parce que les prérogatives dont ils se glorifiaient ne suffisaient pas au salut [n° 210]
"Car ce ne sont pas les auditeurs de la Loi."
À propos de leur jugement sans règle il fait deux choses
I) Il réfute d’abord leur jugement humain.
II) Il établit et exalte le jugement divin [n° 178] : 2 Car nous savons.
I. Dans sa réfutation de leur jugement humain
A) Il met d’abord en avant le fait que ceux qui se jugent mutuellement sont inexcusables.
B) Puis, il en donne la raison [n° 172] : Car en jugeant.
171. — A. <L’Apôtre> commence par tirer une conclusion à partir de ses prémisses, en disant : Puisque les Gentils ont retenu dans l’injustice la vérité connue au sujet de Dieu, ô homme [...], toi qui juges autrui, tu es inexcusable. Dans le même sens, <Paul> disait plus haut [n° 125] : "De sorte qu’ils sont inexcusables." — Et il ajoute : qui que tu sois, comme s’il disait Qui que tu sois, Gentil ou Juif, parce que même le Gentil dont il paraissait s’agir surtout ne peut être excusé à cause de son ignorance, comme on l’a montré plus haut [n° 123s]. — "Ne jugez pas avant le temps "
172. — B. Ensuite quand il dit : Car en jugeant, il en donne la raison, en écartant la cause de l’excuse
1) D’abord l’ignorance.
2) Ensuite l’innocence [n° 176] : puisque tu agis de même.
173. 1. L’ignorance est écartée par le jugement. Car quiconque juge quelqu’un comme agissant mal démontre qu’il sait que cela est mal, et montre par là qu’il est condamnable. Et tel est ce que <l’Apôtre> dit : Tu es inexcusable, (dis-je), car en jugeant autrui, comme agissant mal, tu te condamnes toi-même, c’est-à-dire tu montres que toi tu es condamnable : "Ne jugez point, et vous ne serez point jugés."
174. — Toutefois il ne faut pas croire que tout jugement soit cause de condamnation.
Il y a en effet trois sortes de jugements. Le premier est juste, parce qu’il se fait selon la règle de la justice : "Aimez la justice, vous qui jugez la terre." Le deuxième est un jugement injuste, parce qu’il se fait contre la règle de la justice : "Lorsque vous étiez les ministres de son Royaume, vous n’avez pas jugé équitablement." Le troisième jugement est téméraire[204]; il est opposé à ce qui est dit : "Ne dis rien témérairement." Or on commet <un jugement téméraire> de deux manières : d’abord, quand celui à qui un jugement a été confié procède sans la connaissance exigée de la vérité; ce qui s’oppose à cette parole de Job : "La cause que je ne connaissais pas, je la recherchais avec le plus grand soin" Ensuite, quand on s’approprie le jugement des choses secrètes, qui appartient à Dieu seul, à l’encontre de ce qui est dit : "Ne jugez pas avant le temps, jusqu’à ce que vienne le Seigneur, qui illuminera ce qui est caché dans les ténèbres, et manifestera les pensées secrètes des cœurs; et alors chacun recevra de Dieu sa louange."
175. — Or il est des choses secrètes non seulement par rapport à nous, mais encore selon leur nature propre, relevant de la seule connaissance de Dieu. En premier lieu la pensée du cœur, selon ce verset de Jérémie : "Le cœur de l’homme est dépravé et inscrutable; qui le connaîtra ? C’est moi, le Seigneur qui scrute les cœurs, et qui éprouve les reins; qui donne à chacun selon sa voie et selon le fruit de ses inventions." Puis, le futur contingent[205] selon ce verset d’Isaïe : "Annoncez les choses qui doivent arriver dans l’avenir, et nous dirons que vous êtes des dieux." Et voilà pourquoi, selon Augustin[206], "il est deux points sur lesquels nous devons nous garder d’avoir un jugement téméraire : c’est lorsqu’il y a une incertitude, soit sur l’intention avec laquelle une chose a été faite, soit sur ce que sera demain celui qui maintenant paraît ou bon ou mauvais." Le premier jugement n’est donc pas une cause de condamnation, mais bien le deuxième et le troisième.
176. — 2. Quand <l’Apôtre> poursuit en disant : puisque tu agis de même, il écarte l’autre cause d’excuse, c’est-à-dire l’innocence. Autrement dit : Toi qui juges les autres, tu te condamnes toi-même, parce que toi tu agis de même, toi qui juges, c’est-à-dire les actes pour lesquels tu condamnes autrui, et l’on voit ainsi que tu agis contre la conscience : "Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et ne vois-tu point la poutre qui est dans ton œil ?"
177. — Il faut savoir cependant qu’en jugeant autrui pour un péché que l’on commet soi-même on n’encourt pas toujours sa propre condamnation, parce que en jugeant ainsi on ne pèche pas toujours mortellement; néanmoins on manifeste toujours sa propre condamnation. Car si l’on se trouve publiquement dans le même état de péché que celui pour lequel on juge autrui, on s’expose à scandaliser en jugeant, à moins qu’on ne se blâme humblement soi-même en même temps qu’autrui et qu’on ne gémisse pour son propre péché. Mais si l’on se trouve dans le même état de péché secrètement, on ne pèche pas en jugeant autrui pour ce même péché, surtout dans l’intention de se relever avec résolution et humilité, comme le dit Augustin[207] dans son livre Du sermon du Seigneur sur la montagne : "Songeons d’abord, lorsque la nécessité nous contraint à reprendre quelqu’un, si nous n’avons jamais commis pareil vice, et alors songeons que nous aussi nous aurions pu le commettre; ou bien que nous avons commis pareil vice et que nous ne l’avons plus, et alors que la fragilité commune émeuve notre mémoire, afin que ce ne soit pas la haine qui l’emporte sur cette correction mais la miséricorde. Que si nous nous trouvons dans ce même état de vice, ne réprimandons pas, mais affligeons-nous ensemble et invitons-le à compatir en même temps[208]."
178. — II. Ensuite lorsqu’il dit : 2 Car nous savons, il établit et exalte le jugement divin. Et à ce propos il fait trois choses
— Il commence par exposer la vérité du jugement.
— Puis, il écarte l’opinion contraire [n° 180] : 3 Estimes-tu.
— Enfin, il manifeste la vérité [n° 189] qui rendra à chacun.
179. — Il dit donc en premier lieu J’affirme que tu te condamnes toi-même puisque tu agis de même, toi qui juges, car nous savons, c’est-à-dire nous tenons pour certain, que le jugement de Dieu est […] pour ceux qui agissent de même, c’est-à-dire que le jugement divin les menace : "Il y a un glaive vengeur de <l’iniquité>, et sachez qu’il y a un jugement." — "Dieu appellera au jugement toutes les choses qui se font." Nous savons aussi que ce jugement est selon la vérité : "Il jugera le monde avec équité." Mais le jugement de l’homme, alors même qu’il juge avec justice, n’est pas toujours selon la vérité de l’objet, mais selon les dépositions des témoins, qui quelquefois ne s’accordent pas avec la vérité. Rien de semblable dans le jugement divin, car <le Seigneur> lui-même déclare : "C’est moi qui suis le juge et le témoin." Il n’est pas non plus trompé par de fausses allégations, selon cette parole de Job : "Je ne l’épargnerai pas, malgré ses paroles arrogantes et ses supplications mensongères."
180. — Ensuite lorsque <l’Apôtre> dit : Estimes-tu donc ? il écarte l’opinion contraire.
A) Et il commence par l’exposer.
B) Puis, il en donne la cause [n° 182] "Méprises—tu les richesses, etc. ?
C) Enfin, il la désapprouve [n° 183] Ignores-tu ?
181. — A. Il commence donc par dire J’ai déclaré que le jugement de Dieu est selon la vérité pour ceux qui agissent de même, mais, ô homme, qui que tu sois, toi qui juges ceux qui agissent de même, et qui cependant fais de même ne crains-tu pas le jugement d’un <Etre> supérieur ? Estimes-tu que toi tu fuiras le jugement de Dieu ? Autrement dit : si tu estimes cela, ton estimation est fausse. <Il est écrit dans un> psaume : "Où irai-je loin de ton esprit ? et où fuirai-je devant ta face ?"
<Et au livre de Job> : "La fuite leur fera défaut."
182. — B. En ajoutant : 4 Méprises-tu les richesses, etc., il montre la cause de cette fausse estimation. En effet, parce que l’homme n’est pas aussitôt puni par Dieu pour son péché, il estime qu’il ne sera pas puni, contrairement à ce qui est dit : "Ne dis pas", dans ton cœur, "j’ai péché, et que m’est-il arrivé de fâcheux ? car le Très-Haut est patient à rétribuer." Et encore : "Parce que la sentence n’est pas portée promptement contre les méchants, sans aucune crainte les fils des hommes commettent le mal." Cependant le pécheur, parce qu’il a fait cent fois le mal et a été supporté avec patience, ne doit pas avoir de dédain, mais remarquer que le bien échoit à ceux qui craignent <le Seigneur>. Et c’est ainsi que <l’Apôtre> dit : Méprises-tu — selon ce verset du livre des Proverbes : "L’impie, lorsqu’il est venu au fond des péchés, montre du mépris " — les richesses — c’est-à-dire l’abondance : "Dieu qui est riche en miséricorde " — de sa bonté, par laquelle il répand sur nous les biens, selon ce verset du Psalmiste : "Toi, tu ouvres ta main, et tu combles toutes choses de ta bonté[209]" Car le bien, selon Denys[210], implique une notion de diffusion — "Le Seigneur est bon pour ceux qui espèrent en lui." — Et de sa patience, par laquelle il supporte ceux qui pèchent gravement et par malice "Dieu est un juge juste et patient : est-ce qu’il s’irrite tous les jours ?" — Et de sa longanimité, par laquelle il attend longtemps ceux qui, péchant par faiblesse, demeurent toutefois longtemps dans le péché "Croyez que la longanimité de Notre Seigneur Jésus-Christ est votre salut."
183. — C. En disant : Ignores-tu ?, il désapprouve la cause mentionnée plus haut, à savoir le mépris de la patience divine, et :
1) Il commence par faire connaître le fruit de la patience divine.
2) Puis, le danger de la mépriser [n° 186] : Cependant.
184. — 1. Il dit donc : Surprenant est ton mépris. Ignores-tu donc que c’est la bénignité de Dieu qui diffère la peine ? — "Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns se l’imaginent, mais il agit patiemment à cause de vous, ne voulant pas même que quelques-uns périssent, mais que tous recourent à la pénitence." — "Le Seigneur attend, afin d’avoir pitié de vous."
185. — L’Apôtre, selon la Glose[211] semble avoir fait allusion ici à trois degrés parmi les pécheurs. D’abord à ceux qui se promettent l’impunité; puis à ceux qui méprisent la bonté de Dieu; enfin à ceux qui ignorent. Aussi la Glose dit-elle : "Tu pèches, ô homme, tandis que tu te promets l’impunité; tu pèches plus gravement, parce que tu méprises, et tu pèches très gravement, parce que tu ignores." Cependant cette assertion semble être fausse, car l’ignorance diminue le péché plutôt qu’elle ne l’aggrave[212]. Il faut donc, selon quelques-uns, comprendre très gravement pour très dangereusement, parce que celui qui ignore le péché n’en cherche pas le remède. Ou bien très gravement, à cause de la nature de l’ignorance, qui relève de l’infidélité, laquelle est un péché très grave[213]. C’est ainsi qu’il est dit : "Si quelqu’un l’ignore, il sera ignoré " Ou bien très gravement selon une espèce d’ingratitude[214]. Selon Augustin[215] — celui qui ne reconnaît pas le bienfait est plus ingrat que celui qui l’amoindrit, ce qui est le propre du mépris.
186. —2. En disant : 5 ton endurcissement, <l’Apôtre> montre le danger du mépris, c’est-à-dire en ce que <le cœur> n’est pas touché par les bienfaits de la bonté divine : "Le cœur dur sera malheureux au dernier jour, et celui qui aime le péril y périra." Et ton cœur impénitent, c’est-à-dire qui ne se laisse pas fléchir à la pénitence par la patience et la longanimité de Dieu : "Il n’en est aucun qui fasse pénitence de son péché, disant Qu’ai-je fait ?" — Tu t’amasses un trésor de colère, c’est-à-dire tu multiplies contre toi l’obligation à la peine : "Vous vous êtes amassé des trésors de colère pour les derniers jours " Voilà pourquoi <l’Apôtre> poursuit en disant : pour le jour de la colère, c’est-à-dire au jour du jugement, dont il est dit : "Jour de colère, ce jour-là ", parce que Dieu n’inflige pas maintenant la vengeance qu’il infligera alors, selon ce verset du psaume : "Lorsque j’aurai pris mon temps, c’est moi qui jugerai les justices," — Et de la révélation du juste jugement de Dieu, parce que alors sera révélée la justice du jugement divin, à l’existence duquel on ne croit pas maintenant, ou qui ne paraît pas être juste "Mon salut est près de venir, et ma justice d’être révélée"
187. — Et parce que la Glose[216] dit, sur ce passage, que l’endurcissement et le cœur impénitent signifient le péché contre l’Esprit-Saint, qui est irrémissible[217], il faut examiner quel est ce péché contre l’Esprit-Saint et comment il est irrémissible.
Il faut donc savoir que selon les plus anciens docteurs de l’Eglise qui ont précédé Augustin, comme Athanase[218] Hilaire[219], Ambroise[220], Jérôme[221] et Chrysostome[222], on appelle péché contre l’Esprit-Saint le blasphème qui consiste à attribuer les œuvres de l’Esprit-Saint à l’esprit immonde[223] comme on le voit <dans l’évangile de> Matthieu Ce péché est dit irrémissible et en ce monde et dans la vie future, puisque c’est pour ce péché que les Juifs ont été punis même en ce monde par les Romains et <qu’ils le seront> dans la vie future par les démons. Ou bien, parce qu’il n’a aucun prétexte d’excuse, comme pouvait en avoir le blasphème que <les Juifs> proféraient contre le Christ, en tant qu’il était fils de l’homme, selon ce verset de Matthieu : "Le fils de l’homme est venu mangeant et buvant, et ils disent : Voilà un homme de bonne chère et adonné au vin, ami des publicains et des pécheurs. Mais la sagesse a été justifiée par ses enfants "; blasphème auquel ils pouvaient être portés par l’infirmité de la chair, comme <on le voit> aussi dans l’Ancien Testament, puisque les fils d’Israël murmurèrent à cause de la disette du pain et de l’eau, ainsi qu’on le lit dans l’Exode ; <murmure qui> fut en quelque sorte humain et facilement rémissible. Mais en disant : par la suite devant l’idole "Voici tes dieux, ô Israël, qui t’ont retiré de la terre d’Egypte ", ils péchèrent contre l’Esprit-Saint, en attribuant aux démons l’œuvre de Dieu. Aussi leur péché est dit irrémissible, puisque le Seigneur ajoute : "Pour moi, au jour de la vengeance, je visiterai ce péché <qu’ils ont commis> "
Mais Augustin[224] dit que le péché contre l’Esprit-Saint est une parole ou un blasphème que l’on profère contre l’Esprit-Saint, par qui s’opère la rémission des péchés, selon cette parole : "Recevez l’Esprit-Saint; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis : et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." Ce péché se commet par le cœur, en paroles et en actions, alors que le pécheur persévère dans son péché jusqu’au terme ultime. Et dans ce sens, l’impénitence finale est le péché contre l’Esprit, puisqu’elle est manifestement irrémissible.
Mais les maîtres qui ont suivi <Augustin>[225] disent que le péché contre l’Esprit-Saint est celui que l’on commet avec une malice déterminée[226] en opposition avec ce qui est attribué en propre à l’Esprit-Saint, c’est-à-dire la bonté comme le péché contre le Fils de Dieu est celui qui procède de l’ignorance, opposée à la sagesse qui est attribuée en propre au Fils. Et semblablement on peut appeler péché contre le Père celui qu’on commet par faiblesse, laquelle est opposée à la puissance attribuée en propre au Père[227].
Ainsi donc le péché qui est contre le Père ou le Fils est dit rémissible, parce que de par sa nature ce péché semble admettre quelque excuse, puisqu’il est commis par ignorance ou par faiblesse. Mais celui qui est commis avec une malice déterminée n’a en soi aucun prétexte d’excuse, et on l’appelle irrémissible, parce qu’il n’a en soi rien qui puisse le remettre, bien que parfois Dieu le remette par sa bonté, comme parfois sa puissance guérit une maladie qui de soi est incurable.
188. — Et selon cette acception, six espèces sont assignées au péché contre l’Esprit-Saint[228], abstraction faite de ce qui le remet. Les deux premières se prennent du côté de Dieu, c’est-à-dire l’espérance de la miséricorde divine, à laquelle s’oppose le désespoir[229], et la crainte de la justice divine, à laquelle s’oppose la présomption[230]. Deux autres <espèces> se prennent du côté de l’homme, c’est-à-dire le mépris du bien périssable, auquel s’oppose l’obstination[231], appelée ici endurcissement, par laquelle on endurcit son cœur dans le péché; et la renonciation à s’éloigner de Dieu, à laquelle s’oppose le cœur impénitent, en ce sens que <le pécheur> ne se propose jamais de revenir à Dieu par la pénitence. Enfin, d’autres <espèces> se prennent du côté des dons de Dieu, dont l’un est la foi, selon ce verset des Proverbes : "Par la foi se purifient les péchés " et à cela s’oppose l’attaque de la vérité reconnue[232]. L’autre est la charité, selon ce verset des Proverbes "La charité couvre toutes les fautes à cela s’oppose l’envie de la grâce <accordée> à nos frères[233].