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Leçon 2 — Romains 2, 6-12 — Dieu manifestera un jour sa justice
SOMMAIRE : -Que Dieu est le juge véritable et le très juste rémunérateur des œuvres, bien que, pendant cette vie mortelle, il ne paraisse pas rendre à chacun suivant ce qu’il mérite.

[n° 1891 6 qui rendra à chacun selon ses œuvres :

[n° 195] pour ceux qui par la pratique patiente du bien cherchent la gloire, et l’honneur, et l’incorruptibilité, la vie éternelle;

[n° 198] 8 mais à ceux qui ont l’esprit de dispute, et qui n’acquiescent pas à la vérité, mais croient à l’iniquité, colère et indignation.

[n° 200] 9 Tribulation et angoisse [n° 201] à toute âme d’homme qui pratique le mal, au Juif d’abord, puis au Grec.

[n° 204] 10 Mais gloire et honneur et paix à quiconque pratique le bien, au Juif d’abord, puis au Grec.

[n° 205] 11 Car il n’y a pas d’acception de personnes auprès de Dieu.

[n° 207] 12 Tous ceux, en effet, qui ont péché sans la Loi, périront sans la Loi, et tous ceux qui ont péché sous la Loi, seront jugés par la Loi.

189. — Après avoir établi la vérité du jugement divin et réfuté l’opinion contraire [n° 178], l’Apôtre montre ici la vérité du jugement divin, et :

I) Il commence par énoncer son propos.

II) Puis, il en montre l’évidence [n° 195] : 7 pour ceux qui par la pratique patiente.

190.     I.         Il énonce donc d’abord la vérité du jugement divin quant à deux choses : aux œuvres et aux personnes.

A. À l’égard des œuvres, parce que dans le présent il ne rétribue pas selon les œuvres, mais il donne parfois sa grâce à ceux qui agissent mal, par exemple à l’apôtre Paul lui-même, lequel, <bien qu’il ait été> auparavant blasphémateur et persécuteur, a obtenu miséricorde, comme il le dit dans sa première épître à Timothée. Mais il n’en sera pas ainsi au jour du jugement, quand le temps sera venu de juger selon la justice : "Lorsque j’aurai pris mon temps, c’est moi qui jugerai les justices." Et c’est pourquoi il est écrit ailleurs : "Accorde-leur selon les œuvres de leurs mains."

B. À l’égard des personnes la vérité du jugement divin se découvre parce que l’égalité de la rétribution sera observée pour tous : "Nous devons tous comparaître devant le tribunal du Christ."

191. — Mais il semble que la rétribution future n’est pas selon les œuvres, puisqu’une peine éternelle sera la rétribution du péché temporel.

Cependant il faut dire, selon Augustin[234], que dans la rétribution de la justice on ne considère pas l’égalité du temps entre la faute et la peine, puisque même selon le jugement humain, pour une faute d’adultère qui se commet dans l’intervalle d’un moment, on inflige la peine de mort, peine dans laquelle le législateur ne prête pas attention à son délai, mais plutôt au fait que par la mort perpétuelle le coupable est exclu de la société des vivants. C’est dans ce sens que l’homme, selon sa propre condition, est puni d’une peine éternelle pour une faute temporelle. Et c’est pourquoi il n’est donc pas étonnant que les péchés commis contre la charité, par laquelle s’établit la société entre Dieu et les hommes, soient éternellement punis par le jugement divin.

192. — Ce jugement se révèle être juste pour trois raisons :

1. Premièrement, en raison de la dignité infinie de Dieu contre lequel on pèche. Car on pèche d’autant plus gravement que la dignité de la personne contre laquelle on pèche est plus élevée; par exemple celui qui frappe un prince pèche davantage que celui qui frappe un simple particulier. Et ainsi, puisque la faute du péché mortel est en quelque sorte infinie, il est nécessaire qu’une peine infinie y corresponde. Et comme elle ne peut être infinie en intensité, il reste qu’elle est infinie dans sa durée.

193. —            2. Deuxièmement, il se révèle <être juste> en raison de la volonté par laquelle on pèche.

Quiconque, en effet, pèche mortellement se détourne du bien immuable, et met sa fin dans un bien périssable ; par exemple le fornicateur dans la délectation de la chair, l’avare dans l’argent. Et parce que la fin est recherchée pour elle-même, quiconque désire la fin se porte vers elle, voulant l’obtenir pour toujours si rien d’autre ne s’y oppose. Celui donc qui pèche mortellement a la volonté de demeurer perpétuellement dans le péché, à moins d’une cause accidentelle, par exemple lorsqu’il craint une peine ou quelque autre empêchement. Il convient donc qu’à partir du moment où l’homme désire, selon sa volonté, obtenir perpétuellement le péché, il soit éternellement puni pour celui-ci. Car Dieu qui est le scrutateur du cœur prête attention à la volonté du pécheur.

194. — 3. Troisièmement[235], <il se révèle être juste> en raison de l’effet du péché, qui est le retrait de la grâce; d’où il suit que l’homme, dans la mesure où cela dépend de lui, demeure perpétuellement dans le péché, dont il ne peut sortir que par le secours de la grâce. Or il ne convient pas que la peine cesse tandis que la faute persiste[236], et voilà pourquoi la peine dure à perpétuité. Quant aux paroles <de l’Apôtre> : rendra à chacun selon ses œuvres, il ne faut pas les comprendre selon l’égalité des œuvres, parce que la récompense surpasse le mérite, mais selon une proportion, parce qu’aux bons <Dieu> donnera des biens, et aux meilleurs des biens plus importants. Le même raisonnement vaut pour les méchants.

195. — II. Quand <l’Apôtre> dit ensuite : pour ceux qui par la pratique patiente, il montre l’évidence de son propos :

A) Et premièrement quant aux œuvres.

B) Puis quant aux personnes [n° 201] A toute âme d’homme.

A. Il montre la vérité du jugement divin quant aux œuvres :

1) D’abord à l’égard du bien.

2) Ensuite, à l’égard du mal [n° 198] : 8 mais à ceux qui ont l’esprit, etc.

196. — 1. À l’égard du bien, il faut considérer deux choses : le mérite et la récompense [n° 197].

a. Trois choses concourent au mérite : Premièrement la patience. Ce qui peut s’entendre soit de la patience de Dieu, à propos de laquelle il est écrit plus haut "Méprises-tu les richesses de sa bonté et de sa patience ?", <l’Apôtre> faisant ainsi comprendre que ceux-là pratiquent le bien avec patience, c’est-à-dire s’y disposent, qui se servent utilement de la patience de Dieu pour opérer le bien. Ou bien cela peut s’entendre de la patience de l’homme, et en deux sens : d’abord, en tant que la patience suppose la tolérance des ennemis accompagnée d’une égalité de cœur. Car il est nécessaire qu’on ne délaisse point la pratique du bien à cause des maux dont on souffre. Et c’est ce que dit <l’Apôtre> : Par la pratique patiente du bien. Jacques <écrit quant à lui> : "La patience produit l’œuvre parfaite." Et Luc : "C’est par la patience que vous posséderez vos âmes." Ensuite, la patience <de l’homme> peut être prise dans le sens de longanimité, ou encore de persévérance, c’est-à-dire qu’on ne s’écarte point de la pratique du bien à cause de l’ennui 4 — "Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur[237]." — "La patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous obteniez l’effet de la promesse"

— La deuxième chose <qui concourt au mérite> est la bonté de l’œuvre. On la qualifie de bonne en raison de son orientation vers sa fin requise et sa conformité à la règle requise, lesquelles sont la Loi de Dieu et la raison humaine : "Faisant le bien, ne nous lassons point; car en ne nous lassant pas, nous recueillerons la moisson en son temps."

— La troisième chose traitée <qui concourt au mérite> est la rectitude d’intention pour ceux qui cherchent [...] la vie éternelle, c’est-à-dire que dans les maux dont l’homme souffre, comme dans le bien qu’il fait, il ne cherche rien de temporel, mais <ce qui est> éternel : "Avant tout, cherchez le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît[238]."

197. — b. Du côté de la récompense l’Apôtre traite de trois choses :

— La première d’entre elles est la gloire, qui signifie la clarté dont l’âme des saints sera remplie, même intérieurement, selon ce verset d’Isaïe : "Il remplira ton âme de splendeurs", et dont resplendira extérieurement leur corps : "Les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père ‘°" — "Les saints exulteront dans la gloire."

— La deuxième est l’honneur, par lequel est signifiée la dignité des saints, et la vénération qui leur est témoignée par toute créature. Car ils seront rois et prêtres : "Vous avez fait de nous un royaume et des prêtres pour notre Dieu." Et plus tard ils seront comptés parmi les fils de Dieu, selon cette parole de la Sagesse "Et voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu, et que leur sort est au milieu des saints." <Et il est écrit> au psaume 138. — "Mais pour moi, ô Dieu, tes amis sont devenus extrêmement honorables."

— La troisième <chose traitée> est l’incorruptibilité, parce que cette gloire[239] et cet honneur ne seront pas transitoires, comme les choses qui sont en ce monde "Tous ceux qui combattent dans l’arène s’abstiennent de toutes choses : eux, pour recevoir une couronne corruptible, nous une incorruptible."

198. — 2. En ajoutant : 8 mais à ceux, <l’Apôtre> montre la vérité du jugement divin à l’égard du mal, à propos duquel il traite de la coulpe[240] et de la peine [n° 199].

a. Concernant la coulpe trois choses sont mentionnées

— La première d’entre elles est l’obstination dans la dispute[241]. Ce qui peut être entendu d’abord de l’homme à l’égard de Dieu, qui l’appelle par ses bienfaits et contre lequel l’homme semble s’opposer en résistant à ses bienfaits : "Moi vivant encore et marchant avec vous, vous avez toujours agi avec un esprit de dispute contre le Seigneur : combien plus lorsque je serai mort." Cela peut s’entendre en deuxième lieu de la dispute de l’homme contre la foi "Evite les disputes de paroles." En troisième lieu cela peut s’entendre de la dispute des hommes entre eux, <vice> qui s’oppose à la charité, laquelle est la mère des vertus — "Où est la jalousie et l’esprit de dispute, là est l’inconstance et toute œuvre perverse."

— Ensuite est exposée la dureté de ceux qui n'acquiescent pas à la vérité. Ce qui peut s’entendre soit de la vérité de la foi "Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?" Soit de la vérité de la justice divine, à laquelle n’acquiescent pas ceux qui ne croient pas à la vérité du jugement divin : "Vous avez dit Elle n’est pas juste la voie du Seigneur. Ecoutez donc maison d’Israël : Est-ce ma voie qui n’est pas juste, et ne sont-ce pas plutôt les vôtres qui sont corrompues ?" Soit enfin de la vérité de la vie, à laquelle n’acquiescent pas ceux qui vivent d’une manière dépravée "Celui qui fait la vérité vient à la lumière."

— Enfin <l’Apôtre> traite de leur malice en disant : mais croient à l’iniquité, ou bien parce qu’ils donnent leur consentement à ceux qui les déterminent à l’iniquité : "Le méchant obéit à une langue inique." Ou bien parce qu’ils croient à l’impunité des pécheurs, qui retomberait sur l’iniquité divine : "Ne dis pas : J’ai péché, et que m’est-il arrivé de fâcheux ? Car le Très-Haut est un patient rémunérateur " Ou encore ils croient à l’iniquité, c’est-à-dire à l’infidélité[242] en d’autres termes à la doctrine contraire à la foi : "En sorte que soient jugés tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais ont acquiescé à l’iniquité."

199. — b. Du côté de la peine, quatre choses sont exposées, lesquelles peuvent être classées de deux manières

D’abord, en ce sens que la colère, c’est-à-dire la peine et la vengeance corporelle, a lieu après le jugement : "Jour de colère, ce jour-là !" — L’indignation, au jugement lui-même, lorsque les impies s’indigneront contre eux-mêmes à cause des péchés qu’ils ont commis : "Nous avons erré hors de la voie de la vérité " Mais la tribulation et l’angoisse concernent l’âme séparée du corps avant la résurrection : "Quand viendront sur vous la tribulation et l’angoisse."

200. — Ou bien, elles peuvent être classées d’une autre manière, en tant que les deux premières choses sont attribuées à Dieu, dont on appelle colère la disposition à punir; elle est pour les méchants un sujet d’horreur : "Ils dirent aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous, et cachez-nous de la face de celui qui est assis sur le trône, et de la colère de l’Agneau, parce qu’il est arrivé le grand jour de leur colère, et qui pourra subsister ?" Son indignation se réfère au fait qu’il considérera les pécheurs comme indignes de la vie éternelle : "Ainsi j’ai juré dans ma colère : Ils n’entreront pas dans mon repos."

Mais les <deux> autres choses sont attribuées à l’homme : La tribulation, mot qui vient de tribulus (tribule)[243], plante qui pique. C’est pourquoi on peut mettre sous le nom de tribulation tout ce qui cause de la douleur : "La voix du jour du Seigneur est amère; le fort sera alors dans la tribulation." — L’angoisse se dit du resserrement de l’âme de l’homme incapable de trouver le remède contre les maux qu’il craint, ou dont il souffre déjà : "Je suis dans les angoisses de toutes parts ", et je ne sais que choisir. — "Est-ce que Dieu entendra son cri, lorsque viendra sur lui l’angoisse ?"

201. — B. En disant ensuite : à toute âme d’homme, <l’Apôtre> montre la vérité du jugement divin quant aux personnes.

Et :

1) Il en expose d’abord l’équité.

2) Puis, il en donne la raison [n° 205] : 11 Car il n a pas d’acception de personnes.

3) Enfin, il montre l’évidence de cette raison [n° 207] : 12 Tous ceux, en effet, etc.

202. — 1. Il montre la vérité du jugement divin quant aux personnes, d’abord à l’égard des méchants, en disant : à toute âme d’homme qui pratique le mal, c’est-à-dire contre toute âme, car de même que la gloire des saints descend de l’âme vers le corps, ainsi la peine des réprouvés est-elle <subie> d’abord et principalement dans leur âme et ensuite dans leur corps, étant donné que ce dernier ressuscitera passible à cause du défaut ou de la faute de l’âme : "L’âme qui aura péché, mourra elle-même."

203. — Mais <l’Apôtre> dit : au Juif d’abord, puis au Grec, parce qu’une peine plus importante était due aux Juifs, en tant qu’ils connaissaient la volonté de Dieu par la Loi : "Ce serviteur, qui a connu la volonté de son maître, et ne s’est pas tenu prêt, et de cette manière n’a pas agi selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups; celui qui ne l’a pas connue, et qui a fait des choses dignes de coups, en recevra peu. Car à celui à qui on a donné beaucoup, on demandera beaucoup; et de celui à qui on a confié beaucoup, on exigera davantage." Et semblablement) les chrétiens, pour le même péché, par exemple pour l’adultère ou le vol, seront punis d’une peine plus sévère que les infidèles : "Combien donc pensez-vous que mérite de plus affreux supplices celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, tenu pour profane le sang de l’Alliance, par lequel il a été sanctifié, et fait outrage à l’esprit de la grâce ?" Mais <si l’on considère> la peine dans sa totalité, la peine des infidèles est plus sévère à cause du péché d’infidélité[244], lequel est le plus grave. Aussi est-il dit dans la première épître de Pierre que la colère de Dieu demeure sur les incrédules."

204. — <L’Apôtre> montre ensuite <la vérité du jugement divin quant aux personnes> à l’égard des bons, et il expose d’abord deux choses qu’il a déjà mentionnées plus haut [n° 197] la gloire et l’honneur; mais pour la troisième chose, il met à la place du mot "incorruptibilité" <le mot> "paix" qui la renferme ainsi que beaucoup d’autres choses. Car la paix de l’homme ne peut être parfaite aussi longtemps qu’il craint de perdre les biens qu’il possède, mais il possède alors la véritable paix du cœur, quand il est en possession de tout ce qu’il désire et qu’il ne craint pas de le perdre "Mon peuple se reposera dans la beauté de la paix, dans des tentes de confiance et dans un repos opulent." Sur ces points <l’Apôtre> attribue encore aux Juifs la primauté, parce que c’est à eux les premiers que les promesses ont été faites, et que les nations païennes sont entrées dans leurs promesses : "D’autres ont peiné, et vous, vous êtes entrés dans leurs labeurs."

205. — 2. Quand <l’Apôtre> dit : 11 Car il n’y a pas d’acception, il donne la raison de ce qu’il vient de dire, à savoir qu’il n’y a pas d’acception de personnes auprès de Dieu : "Dieu ne fait point acception des personnes." L’acception des personnes est opposée à la justice distributive[245], par laquelle on distribue à chacun selon la dignité des personnes[246]. Il y a donc acception quand on donne à quelqu’un plus ou moins sans égard à sa dignité. Cela se produit quand la rétribution ne se fait pas eu égard à la condition, mais pour la personne qui est en cause. Agir ainsi, c’est prendre la cause comme règle de son action, mais en vue de la personne, comme si cette personne elle-même était la cause qui fait agir. Par exemple, si l’on donne à quelqu’un plus de biens patrimoniaux à cause de la consanguinité, ce n’est pas faire acception des personnes, parce que la consanguinité est une raison de convenance selon laquelle on est en droit d’obtenir ces biens. Mais si un prélat donne à un particulier plus de biens ecclésiastiques, il peut y avoir là acception de personnes, dans la mesure où un autre mérite n’y concourt pas. Car la consanguinité n’est pas une raison de convenance pour distribuer des biens spirituels. Mais parce que Dieu fait toutes choses selon une raison de parfaite convenance, il n’y a pas d’acception de personnes auprès de lui. Car il est écrit que <la Sagesse> "dispose toutes choses avec douceur."

206. — Objection. Il semblerait que Dieu fasse acception des personnes, étant donné qu’il laisse certains pécheurs dans leurs péchés et en appelle d’autres à lui.

Réponse. Il faut dire que l’acception des personnes est opposée à la justice, aussi n’a-t-elle lieu qu’à l’égard des choses données par dû, ce qui est l’objet de la justice[247]. Or Dieu appelle les pécheurs à la pénitence non en vertu d’une dette, mais gratuitement. Car <l’Apôtre> écrit plus loin : "Mais si c’est par grâce, ce n’est plus en raison des œuvres; autrement la grâce n’est plus grâce." Et dans sa lettre à Tite : "Ce n’est point par les œuvres de justice que nous avons faites qu’il nous a sauvés, mais selon sa miséricorde." Dans ces sortes de bienfaits, gratuitement accordés, il est loisible non seulement à Dieu mais aussi à l’homme de donner à qui l’on veut : "Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux ? et ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? "

207. — 3. Lorsque <l’Apôtre> dit : 12 Tous ceux, en effet, il développe la raison qu’il a donnée précédemment.

Qu’il n’y ait pas d’acception de personnes auprès de Dieu, c’est une évidence puisque tous ceux qui pèchent sont punis. C’est pourquoi <l’Apôtre> parle d’abord de ceux qui n’ont pas reçu la Loi, en disant : Tous ceux, en effet, qui ont péché sans la Loi, c’est-à-dire <sans la Loi> de Moïse reçue de Dieu, périront sans la Loi, c’est-à-dire seront condamnés, mais non pas pour l’avoir transgressée : "Parce que nul n’a l’intelligence, ils périront éternellement."

Il parle ensuite de ceux qui ont reçu la Loi écrite, et il dit que tous ceux qui ont péché sous la Loi, après la Loi écrite, seront jugés par la Loi, c’est-à-dire parce qu’ils ont transgressé le précepte de la Loi : "La parole que je vous ai annoncée sera elle-même son juge au dernier jour."

208. — De cette manière de parler certains prirent prétexte pour errer. En effet, parce que l’Apôtre ne dit pas : Tous ceux qui auront péché sous la Loi périront par la Loi, comme il avait dit de ceux qui sont sans la Loi qu’ils périront sans la Loi, ils ont cru que ceux qui pèchent après avoir reçu la Loi sont jugés d’une manière équivalente, c’est-à-dire dans le temps présent et sans périr. Mais, commente la Glose[248], "quel chrétien dira que le Juif ne périra pas s’il ne croit pas en Jésus-Christ, quand le Seigneur dit qu’"il y aura moins à souffrir pour Sodome au jour du jugement que pour lui ", comme on le lit dans <l’évangile de> Matthieu. D’où ces paroles d’Ezéchiel : "Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se détourne de sa voie et qu’il vive. Détournez-vous, détournez-vous de vos voies très mauvaises et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël[249] ?"

209. — <L’Apôtre> a employé cette diversité de langage, parce que, ainsi que le dit Grégoire[250] dans ses Morales sur ce passage de Job : "Il ne sauve point les impies, et fait justice aux pauvres ", au jugement dernier quelques-uns périront, mais ne seront pas jugés, c’est-à-dire les impies, qui sont sans foi et sans Loi de Dieu : "Les impies ne ressusciteront pas au jugement ", parce qu’il n’y a pas lieu de discuter de la cause de celui qui est totalement étranger à Dieu : "Celui qui ne croit pas a déjà été jugé." Quant aux autres, qui pèchent après avoir reçu et la Loi de Dieu et la foi, ils périront, mais toutefois seront jugés comme si leur cause était discutée en leur présence. C’est ainsi qu’il est dit dans <le livre d’> Ezéchiel[251] : "Voilà que moi je juge entre troupeau et troupeau <, entre troupeaux> de béliers et de boucs." De même, dit encore Grégoire[252], un roi condamne ses ennemis sans les entendre, tandis qu’il condamne ses sujets après les avoir entendus avec attention.

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