Saint Jean confesse devant les juifs qu'il n'est pas le Christ, mais son précurseur et son messager
Mat. III, 3-12. — Marc. I, 7-8. — Luc. III, 4-6-15-17. — Joan. I, 19-28.
La conception et la naissance merveilleuses de saint Jean, la sainteté et l'austérité de sa vie, la sagesse et l'efficacité de sa prédication, ainsi que la nouveauté de son baptême, portaient communément le peuple Juif à penser que saint Jean était peut-être le Christ promis dans la loi. Les Pharisiens voyant que cette opinion se propageait de plus en plus, se déclarèrent contre Jean, sous prétexte qu'il s'était arrogé la fonction de baptiser, en dehors de la Loi et de la tradition. Néanmoins, comme ils doutaient eux-mêmes s'il n'était pas le Messie, ils envoyèrent de Jérusalem vers lui, parce qu'il était issu de la race sacerdotale, des prêtres et des lévites versés dans la loi, pour lui demander qui il était et pourquoi il baptisait (Joan. I, 19). Pourtant, ces Scribes et ces Pharisiens pouvaient bien savoir qu'il n'était pas le Christ, puisque le Sauveur promis devait naître de là tribu de Juda, tandis que saint Jean était sorti de la tribu de Lévi.
A Jean, qui avait été sanctifié dès le sein de sa mère, on pose cette question: Qui êtes-vous ? À cette occasion, chacun, pour se connaître soi-même, doit s'adresser quatre questions : touchant sa nature, sa personne, sa forme et sa stature. Commencez par vous examiner vous-mêmes sous ces quatre rapports, afin que vous puissiez répondre à Dieu lorsqu'il vous interrogera. À la première question : qui êtes-vous par votre nature ? une triple réponse se présente. En effet puisque vous êtes homme, souvenez-vous que par votre corps vous êtes terre, afin d'opposer à l'orgueil les sentiments d'humilité ; que par votre âme, vous êtes esprit, afin de combattre l'avarice par le désir des biens supérieurs ; que par votre corps et votre âme réunis, vous êtes créature raisonnable, afin de dompter la luxure par une vie conforme aux règles de là raison. Mais si Dieu vous demandait en ce moment : Qui êtes-vous ? Mortel orgueilleux ! pourrait-il vous dire, vous avez changé votre nature ; vous n'êtes plus cette terre qui doit s'abaisser, mais comme l'air vous cherchez à vous élever ; vous n'êtes plus cet esprit qui doit désirer les choses spirituelles, mais comme la chair vous ne convoitez que les choses terrestres ; vous n'êtes plus cette créature raisonnable qui doit suivre la raison, mais comme la brute vous ne consultez plus que vos appétits grossiers. Lorsqu'un jour vous frapperez à la porte du ciel, en disant : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous (Matth. XXV, 11), Dieu vous adressera la seconde question : Qui êtes-vous dans votre personne ? peut-être répondrez-vous alors: je suis chrétien. Mais apprenez de saint Ambroise, que c'est un mensonge de se dire disciple du Christ et de ne pas faire les œuvres du Christ. Ou peut-être vous répondrez : je suis l'ami de Jésus-Christ. Mais entendez-le lui-même déclarer : Vous serez mes amis si vous observez ce que je vous commande (Joan. XV, 14). Si donc vous n'êtes ni disciple ni ami du Christ vous recevrez cette terrible réponse : En vérité, je ne vous connais pas (Matth. XXV, 12). La troisième question : qui êtes-vous quant à votre forme morale, à votre conduite ? s'applique aux mœurs et aux œuvres tant intérieures qu'extérieures. Considérez attentivement si vous avancez ou si vous reculez dans le chemin de la vertu. La quatrième question : qui êtes-vous quant à votre stature spirituelle ? regarde le degré d'abaissement ou d'élévation. Considérez si vous êtes devenu assez petit par l'humilité, pour que vous puissiez entrer par la porte étroite qui conduit à la vie, et si vous êtes assez grand par la charité, pour que vous méritiez d'obtenir une place honorable dans la céleste Jérusalem.
Interrogé sur ce qu'il était, saint Jean avoua la vérité, bien loin de la nier ; car autrement, c'eût été nier Jésus-Christ qui est la Vérité même. Il dit donc nettement : Je ne suis pas le Christ (Joan. I, 20). De la sorte, il répondait à la pensée et aux intentions, plutôt qu'à la question et aux paroles de ses interrogateurs : car les Juifs ne demandaient à saint Jean ce qu'il était, que pour savoir s'il était réellement le Christ : et, bien qu'à cet égard leur question ne fût pas expresse, nul doute, selon saint Chrysostôme (hom. XV. in Joan.), que tel ne fut leur dessein, comme d'ailleurs le prou ve la réponse de saint Jean lui-même. Il avoua donc n'être pas ce qu'il n'était point effectivement, et ne nia pas ce qu'il était réellement. Ainsi, il avoua n'être pas le Christ, malgré l'opinion publique qui semblait lui attribuer ce titre, mais il ne nia pas qu'il fût son Précurseur ; il avoua n'être pas le souverain juge, mais il ne nia pas qu'il en fût le Hérault ; il avoua n'être pas l'Époux de l'Église, mais il ne nia pas qu'il fût l'ami de l'Époux ; il avoua n'être pas le Verbe, mais il ne nia pas qu'il en fût la Voix. Ainsi, il préféra sagement se renfermer en lui-même pour rester ce qu'il était, plutôt que d'être vainement élevé au dessus de lui-même dans l'estime des hommes. Il aima mieux reconnaître humblement son infériorité, pour rester membre du corps de Jésus-Christ, que d'en être séparé, en usurpant le nom de son chef. Elle est très-digne de nous être proposée pour exemple, cette grande humilité de saint Jean qui, malgré la haute considération et l'autorité supérieure dont il jouissait parmi les Juifs, ne se laissa point enfler d'orgueil, jusqu'au point de s'arroger un nom et un honneur étrangers. Les serviteurs dévoués, dit saint Chrysostôme, bien loin de ravir à leur maître sa gloire, refuseraient de l'accepter, quand même beaucoup la leur offriraient. Qu'il était éloigné de l'humilité de saint Jean, ce Lucifer qui prétendait s'arroger la gloire de la Divinité ! Qu'ils étaient loin de cette humilité, nos premiers parents qui, en mangeant le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, crurent devenir semblables à la Sagesse incréée ! Qu'il sera éloigné de cette humilité, cet Antéchrist qui, s'élevant au dessus de toute autorité, ce fera rendre un culte divin ! Cependant aujourd'hui encore plusieurs imitent Lucifer ; ce sont les tyrans qui veulent gouverner parla violence et la cruauté, les ambitieux qui essaient de dominer par l'orgueil et la fraude. Quelques-uns imitent nos premiers parents ; ce sont les hérétiques et les faux philosophes qui veulent savoir et raisonner plus qu'ils ne peuvent et qu'ils ne doivent. D'autres enfin figurent l'Antéchrist ; ce sont les hypocrites qui simulent la sainteté, puis les menteurs et les fourbes qui nient la vérité.
Puisque les Juifs regardaient saint Jean comme le Christ promis par la Loi, ils croyaient évidemment que le temps était arrivé où le Seigneur devait s'incarner, selon l'époque fixée par les prophéties et spécialement par celle de Jacob (Gènes. XLIX, 10). Mais, par un fatal aveuglement, ces mêmes Juifs qui croyaient que saint Jean était le Messie ou le Christ, s'obstinèrent, malgré le témoignage même de saint Jean, à ne pas croire que Jésus accrédité, approuvé du ciel par tant de vertus et de prodiges fût le Messie ou le Christ. Le peuple Juif qui attendait le Christ, attendait aussi Élie qui devait le précéder, selon les saintes Écritures. C'est pourquoi les envoyés des Pharisiens, voyant que Jean niait être le Christ, lui demandèrent : Êtes-vous Èlie ? Car ils croyaient le reconnaître à deux signes, l'un qui était la ressemblance extérieure pour l'austérité du vêtement et de la vie, l'autre qui était la similitude de ministère pour annoncer l'avènement du Christ. Mais saint Jean leur répondit : Je ne suis point Èlie. De même que saint Jean ne fut pas un Ange par sa nature et sa personnalité, mais par son office et sa vie ; de même aussi il nie qu'il fut Élie en corps et en personne, quoique le Christ ait dit ensuite de lui qu'il était Élie par son office et sa vie. En effet si saint Jean n'était pas Élie en personne et en corps, il l'était du moins en esprit et en vertu, parce qu'il le représentait dans toute sa conduite et ses œuvres. Ainsi, Élie doit précéder le second avènement du Seigneur, et Jean précédait le premier : Élie doit être le précurseur du souverain Juge, et saint Jean était le précurseur du Messie : saint Jean, comme Élie, habitait dans le désert, usait de chétifs aliments, et portait de rudes vêtements : Élie déploya tout son zèle en faveur de la vérité, et saint Jean sacrifia sa vie pour la défense de la vérité: Tous les deux reprochèrent aux rois leurs crimes, et tous les deux souffrirent les persécutions des rois. Élie, avant de monter au ciel, ouvrit passage dans le Jourdain à son disciple Elisée ; saint Jean donna le baptême dans le Jourdain à ses nombreux disciples qu'il disposait à monter au ciel.
Saint Jean ayant affirmé n'être pas cet Élie que les Juifs croyaient devoir précéder l'avènement du Messie, les Juifs lui demandèrent : Êtes-vous Prophète ? c'est-à-dire ce Prophète dont Moïse avait parlé, car c'était alors une opinion répandue parmi le peuple, qu'avant le Christ devait paraître un grand Prophète extraordinaire, annoncé par Moïse en ces termes : Le Seigneur suscitera d'entre vos frères un Prophète que vous devrez écouter comme moi-même (Deut. XVIII, 15). Ces paroles qui désignaient véritablement le Christ lui-même, les Juifs les appliquaient faussement à autre Prophète ; c'est pourquoi ils demandèrent à saint Jean s'il était ce Prophète. Saint Jean nia ouvertement être ce Prophète mentionné dans la sainte Écriture, mais il ne nia pas absolument qu'il fût prophète, et prophète précédant le Christ. En effet, si Jésus-Christ dit de saint Jean qu'il êtait plus que prophète, il s'ensuit évidemment qu'il était prophète, car le plus renferme le moins. Saint Jean, que sa haute réputation pouvait, s'il eût voulu, faire passer pour être le Messie, ne voulut donc cependant passer ni pour le Christ, ni pour Élie, ni pour cet autre Prophète ; par cette conduite il reprend l'orgueil de ceux qui se vantent de leur naissance, de leur science, de leurs vertus, de leurs talents, de leurs richesses, et des autres avantages temporels ou spirituels.
Comme les députés insistaient pour savoir ce qu'il disait de lui-même, afin de ne pas retourner sans réponse vers ceux qui les avaient envoyés, saint Jean rendit témoignage de Jésus-Christ, en affirmant qu'il était son Précurseur (Joan. I, 21) : Je suis, dit-il, non en personne et en corps, mais par office et par similitude, je suis la Voix du Verbe, du Christ, qui crie par ma bouche dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur selon la prophétie d'Isaïe. En d'autres termes, je suis celui qui, d'après l'Écriture, doit crier dans le désert de la Judée pour disposer les hommes à l'avènement du Sauveur dans le monde. Ce Précurseur du Christ crie dans le désert, c'est-à-dire dans la Judée qui est abandonnée de Dieu et privée de la grâce, pour la consoler par l'annonce de sa rédemption. Comme la voix de l'homme est l'expression de la pensée ou du verbe intérieur, saint Jean est à bon droit désigné par le mot voix, parce qu'il était le Héraut du Verbe divin c'est-à-dire du Christ qui, selon sa divinité est le Verbe du Père éternel. Saint Jean est donc appelé voix par la même raison que le Christ est appelé Verbe ; et de même que la voix précède le verbe ou la parole, de même saint Jean précède le Christ. En effet, de la bouche de celui qui parle s'échappe un son qui retentit à l'oreille, c'est la voix, mais ce n'est pas encore le verbe ou la parole ; car c'est la parole et non simplement la voix qui exprime la pensée, mais la voix manifeste la parole, comme Jean a manifesté le Christ, parce qu'il était envoyé pour cette fin en Israël. La voix également est plus rapprochée de la parole que le son ; car on entend d'abord le son, puis on perçoit que c'est la voix, et on saisit ensuite la parole manifestée par la voix ; de même saint Jean est plus rapproché du Christ que les autres Prophètes qui étaient relativement à saint Jean, ce qu'est le son par rapport à la voix ; car ils ne montraient le Christ que dans le lointain, tandis que Jean le faisait voir de près, et comme du doigt en disant : Voici l'Agneau de Dieu. C'est donc à juste titre que Jean est appelé le Précurseur du Seigneur, puisqu'il l'a précédé par sa naissance, par son baptême, par sa prédication, par sa mort, et même par le nom qu'il s'est donné en s'appelant la Voix de Celui qui crie dans le désert.
Mais qu'est-ce que criait Jean dans le désert ? L'Évangéliste nous l'apprend (Math. III, 3. — Luc. III, 4) : Préparez ou disposez le chemin du Seigneur, par votre fidélité à pratiquer ses commandements, et rendez droits ses sentiers, par votre empressement à suivre ses conseils, afin qu'il daigne venir à vous et habiter en vous, lui qui se plaît dans les sentiers droits, dans les chemins unis. Aussi le Psalmiste disait : Montrez-moi vos voies, Seigneur, et faites moi connaître vos sentiers (Ps. XXIV, 4). Par ces paroles : Préparez la voie du Seigneur, Jean s'adressait à tous ; mais en ajoutant : Rendez droits ses sentiers, il s'adressait spécialement à ceux qui marchent déjà dans le chemin de la vertu. Ces sentiers qui nous conduisent plus directement à notre véritable patrie, se redressent plus parfaitement et s'aplanissent plus aisément dans la solitude, par l'éloignement des choses mondaines et par le mépris des biens temporels, dont les charmes séducteurs pourraient nous égarer sur des hauteurs dangereuses. Mais, hélas ! combien faussent ces sentiers ? Ce sont ceux qui, sous l'apparence de la sainteté et sous l'habit de la religion, se mettent peu en peine de suivre les observances régulières et les conseils évangéliques. — Les voies, étant plus larges, peuvent marquer les actions, au lieu que les sentiers, étant plus cachés, peuvent désigner les intentions du cœur. Ainsi donc, préparez la voie du Seigneur, en évitant le mal et en faisant le bien ; rendez droits ses sentiers, c'est-à-dire redressez vos intentions, en les dirigeant vers les choses éternelles et les détournant des choses passagères. Si nous voulons réformer nos pensées et nos sentiments, ne courbons pas nos esprits et nos cœurs vers la terre, par l'attachement et l'affection aux biens périssables, mais plutôt élevons-les vers le ciel, par la considération et l'amour des biens célestes. Saint Bernard (XXIV, in Cant.), expliquant ces paroles du Cantique des cantiques (C. I, 3) : Recti diligunt te, les cœurs droits vous chérissent, Seigneur, dit que les cœurs droits sont ceux qui s'éloignent des objets terrestres, pour s'élever à la contemplation et à la dilection des objets célestes. Chercher et savourer les choses de la terre, c'est, ajoute-t-il, rabaisser et ravaler notre âme ; méditer au contraire et désirer les choses du ciel, c'est la redresser et la relever. Selon le même saint Docteur, la stature droite du corps humain est le modèle de la rectitude qui convient à notre âme : car, quoi de plus inconvenant de porter dans un corps droit un esprit courbé vers la terre ? Et ne serait-ce pas honteux qu'un vase de boue comme notre corps, formé de terre, pût porter ses yeux en haut et contempler librement les cieux, tandis qu'une créature spirituelle comme l'âme, destinée pour le ciel fixerait ses regards en bas, et attacherait ses sens et ses affections à la terre ?
L'Évangéliste ajoute : Toute vallée sera comblée (Luc. III, 5), c'est-à-dire, le peuple Gentil ou tout homme humble sera rempli de biens spirituels, de la grâce en ce monde et de la gloire dans l'autre, et toute montagne et colline sera abaissée, c'est-à-dire le peuple Juif ou tout homme superbe sera humilié et dépouillé, parce qu'il perdra tout à la fois la grâce et la gloire : car Dieu résiste aux superbes et favorise les humbles (Jacob, IV, 6), De plus : Quiconque s'exalte sera humilié, et quiconque s'humilie sera exalté (Luc. XIV, 11. — XVIII, 14). Par montagne et colline, il faut entendre ici les différentes classes d'orgueilleux, soit parmi les grands, soit parmi les inférieurs. — Alors, continue saint Jean, les chemins tortueux deviendront droits, c'est-à-dire les cœurs des méchants qui étaient détournés de la justice, reviendront à l'équité pour en observer les règles ; et les chemins raboteux deviendront unis, c'est-à-dire les esprits irascibles et farouches s'adouciront par l'infusion de la grâce, et les cœurs endurcis contre le Christ s'attendriront (Luc. III, 6). Alors toute chair, c'est-à-dire tout homme, soit Juif, soit Gentil, verra des yeux du corps, en son premier avènement, le Sauveur venu de Dieu ou le Christ Fils de Dieu. La race humaine à cette époque était divisée en deux grandes parties, savoir les Juifs et les Gentils ; un bon nombre d'entre les uns et les autres virent Jésus-Christ dans le monde et conversant avec les hommes. On peut encore entendre ces paroles dans le sens de la vue spirituelle, par laquelle tous les hommes convertis à la foi catholique d'entre toutes nations, reconnurent Jésus-Christ comme le Sauveur venu de Dieu. On peut aussi appliquer ces paroles au second avènement de Jésus-Christ, où tous les hommes, tant élus que réprouvés, le verront venir en corps et en âme pour juger les vivants et les morts.
Les envoyés des Juifs, apprenant de saint Jean lui-même qu'il n'était point un des trois grands personnages qu'ils attendaient, lui demandèrent (Joan. I, 25.) : Pourquoi donc baptisez-vous, en introduisant un nouveau rit, et en exerçant une fonction étrangère, si vous n'êtes pas le Christ qui doit nous baptiser par sa propre puissance, ni Élie dont le passage à travers le Jourdain figurait le baptême, ni enfin ce Prophète dont la charge est de baptiser, comme on le voit par l'exemple d'Elisée qui commanda le baptême de Naaman ? C'est comme s'ils lui eussent dit : Pourquoi vous arroger cet office de baptiser, puisque, d'après votre propre aveu, vous n'êtes point un des personnages auxquels les saintes Écritures accordent ce pouvoir ? Sans doute, saint Jean n'était pas le Christ, mais il était son Précurseur chargé de lui préparer les voies ; il n'était point Élie en personne, mais il en avait la vertu ; il n'était point ce Prophète que les Juifs attendaient faussement, mais il était plus qu'un Prophète ordinaire ; et, sous ce triple rapport, il pouvait baptiser. Et de même que par sa prédication, il préludait à la prédication du Christ : de même aussi par son baptême, il préludait au baptême du Christ, à l'exemple des anciens Prophètes qui annonçaient les événements futurs, non-seulement par leurs discours, mais encore par leurs actes. C'est pourquoi saint Jean répondit aux députés, en rendant de nouveau témoignage au Christ (Joan. I, 26) : Pour moi, dit-il, je baptise dans l'eau en signe de pénitence, mais non dans le Saint-Esprit pour la rémission des péchés ; je vous exhorte au repentir de vos fautes, mais je ne puis vous en absoudre. Je baptise dans l'eau, en lavant vos corps, pour vous préparer au baptême de Celui qui doit vous baptiser dans le Saint-Esprit, en purifiant vos âmes. Comme s'il disait : Ne vous étonnez pas, et ne me traitez pas de présomptueux, si moi, qui ne suis ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète extraordinaire, je baptise cependant : mon baptême n'est ni complet ni parfait ; car pour que le baptême ait ces deux qualités, il faut qu'il purifie le corps et l'âme ; le corps est purifié naturellement par l'eau, mais l'âme n'est purifiée que par le Saint-Esprit. Ainsi, quant à moi, je baptise seulement dans l'eau, en signe de la pénitence qui doit purifier vos âmes ; et en lavant le corps de mes mains, j'établis l'usage du baptême pour préparer la voie à un personnage supérieur qui doit venir purifier vos âmes par les grâces du Saint-Esprit.
Écoutons saint Ambroise sur ce sujet: Par ces paroles, je vous baptise dans l'eau (lib. VII, in Luc), saint Jean prouva qu'il n'était pas le Christ qui exerce invisiblement son action. En effet, l'homme étant composé de deux substances, d'un corps et d'une âme, les taches du corps sont lavées extérieurement par l'action visible de l'eau ; tandis que les taches de l'âme sont effacées intérieurement par l'opération invisible du Saint-Esprit. C'est pourquoi il y eut un baptême de pénitence, et il y a un baptême de grâce : le premier pour le corps, le second pour le corps et pour l'âme ; car, puisque les péchés sont communs à l'âme et au corps, la purification devait être commune à tous les deux. C'est donc avec raison que saint Jean déclare non point simplement par ses paroles, mais par ses actes, qu'il n'est pas le Christ ; car l'œuvre de l'homme est de faire extérieurement pénitence de ses péchés ; l'action de Dieu est de les effacer intérieurement parla grâce. D'après ces paroles de saint Ambroise, nous pouvons conclure que le baptême de saint Jean était l'ombre et la figure d'un baptême meilleur dont il était l'annonce et la préparation. C'est pourquoi, comme nous lisons aux Actes des Apôtres (IX), le baptême de saint Jean était administré au nom de Celui qui devait venir. Néanmoins n'allons pas nous imaginer que le baptême de saint Jean était peu utile aux hommes ; car, quoiqu'il ne remît pas les péchés, ceux toutefois qui le recevaient, se reconnaissant pécheurs, comprenaient la nécessité de rechercher le Rédempteur, aussitôt qu'il paraîtrait, afin de pouvoir obtenir leur pardon. Saint Jean baptisait les Juifs, en les lavant extérieurement dans le Jourdain, pour les engager à se purifier intérieurement eux-mêmes par la pénitence, afin de se préparer au baptême du Sauveur qu'ils devaient recevoir ensuite : car le baptême de Jean était une profession de foi dans le Christ futur, et une protestation de produire des œuvres de pénitence pour le recevoir plus dignement. Le baptême de saint Jean était donc utile, puisqu'il disposait au baptême du Sauveur par la réformation des mœurs, et que les baptisés, par l'aveu de leurs fautes, proclamaient l'arrivée prochaine du Libérateur promis.
Saint Jean continue de répondre aux députés des Juifs, en disant : Vous ignorez Celui qui est au milieu de vous. Comme s'il disait : Oui, Celui que j'annonce est présent parmi vous, comme le Médiateur entre Dieu et les hommes ; mais vous ne le connaissez pas ; et c'est précisément pour vous préparer à sa connaissance, que je viens vous baptiser dans l'eau. Ces paroles de saint Jean : il est au milieu de vous, peuvent s'appliquer à l'humanité du Christ ; car le Christ, en tant qu'homme, vivait parmi les Juifs avec lesquels il conversait familièrement comme leur frère ; mais les Juifs qui avaient cru à son avènement, ne voulurent pas croire à sa présence parmi eux, quand il fut venu. Les mêmes paroles de Jean peuvent aussi s'appliquer à la divinité du Christ ; puisque, comme Dieu, il est présent partout quoiqu'invisible : il est ainsi au milieu de toutes les créatures, et cependant personne ne le connaît, parce que personne ne le comprend. Remarquons ici que dans l'Évangile, nous voyons souvent Jésus-Christ, choisir de préférence la place du milieu, parce qu'en effet le milieu est la place de l'homme vraiment humble. Aussi Jésus-Christ dit lui-même à ses disciples : Je suis au milieu de vous comme celui qui doit vous servir. Le milieu est aussi le lieu de l'égalité, car il est à distance égale de tout ce qui l'environne ; comme le centre par rapport à tous les points de la circonférence : c'est en outre le lieu de l'unité, car toutes les extrémités convergent vers le centre comme vers leur point de réunion : c'est encore le lieu de la stabilité, car le centre du monde est fixe du moins par rapport aux autres parties.
Saint Jean continuant de parler du Christ, ajoute : Celui que je vous annonce, étant moi-même son Précurseur, c'est celui là qui doit venir après moi, quoiqu'il soit fait avant moi (I, 27). Puisque Jésus-Christ était déjà venu dans le monde, par sa naissance, pourquoi donc saint Jean dit-il qu'il doit venir ? C'est qu'il n'était pas encore venu à son baptême ; c'est qu'il ne s'était pas encore manifesté au monde par sa prédication, par ses œuvres merveilleuses et par l'accomplissement mystérieux de notre Rédemption. Il est vrai que saint Jean précéda le Christ par sa nativité et par sa mort, mais non pas dans sa résurrection et son ascension. — Celui qui doit venir, c'est-à-dire, celui qui a été annoncé par les prophètes, viendra après moi, dit saint Jean. Or, selon Remi d'Auxerre, le Christ vint après saint Jean de cinq manières : par sa naissance, par son baptême, par sa prédication, par sa mort et par sa descente aux enfers. Quant à ces paroles : Ante me factus est, elles ne peuvent s'appliquer ni à la divinité du Christ, puisque, comme Dieu, il n'a pas été créé ; ni à son humanité, puisque comme homme, il est postérieur à saint Jean ; par conséquent, elles doivent s'entendre de la grandeur et de la dignité, puisque, sous ce rapport, Jean suit Jésus-Christ comme son maître et marche après lui. Ici le mot ante, avant n'indique pas le temps, mais le rang ; il marque la priorité d'honneur et non pas celle de l'âge. Selon saint Chrysostôme, c'est comme si Jean disait : Si je suis venu avant le Sauveur pour prêcher et baptiser, ne me croyez pas pour cela plus grand que lui : il est venu après moi selon le temps, puisqu'il est né plus tard, mais il est avant moi selon la dignité ; car il est infiniment au dessus de moi par son excellence, sa noblesse sa puissance et son autorité. Ne dit-on pas habituellement dans le même sens : jadis un tel était inférieur ou était égal à moi ; maintenant, il est avant moi, il est au dessus de moi il me précède et me surpasse par ses charges et ses dignités.
Saint Jean donne la raison pour laquelle le Christ l'emporte sur lui, en disant : Quia prior me erat ; c'est parce qu'il était avant moi. Oui, s'il est avant moi, c'est-à-dire s'il m'a été préféré, s'il est devenu mon supérieur en dignité c'est parce qu'il était avant moi dans l'éternité, quoiqu'il me soit postérieur dans le temps ; c'est parce qu'il était avant moi, non par son humanité qu'il a reçue de sa Mère dans le temps, mais par sa divinité qu'il a reçue de son Père dans l'éternité ; c'est parce qu'il existait de toute éternité et que j'existe seulement depuis quelque temps. En effet, lui qui, après moi, est né d'une mère sans avoir de père, il a été engendré du Père éternel sans avoir de mère avant toute créature et sans aucun commencement. Aussi il est plus fort que moi, car il est le Dieu tout-puissant, tandis que je suis un homme fragile. Il est le souverain Seigneur, je ne suis que son humble serviteur. Il est l'Empereur universel, et je ne suis que son soldat. Jean est fort, dit Raban-Maur, puisqu'il fut jugé digne de posséder le Saint-Esprit ; mais combien plus fort est celui qui peut le communiquer aux autres ! Celui qui annonce le royaume des cieux est fort, mais combien plus celui qui le donne ! Celui qui baptise en faisant confesser les péchés est fort, mais combien plus celui qui baptise en les remettant lui-même.
Pour montrer l'incomparable excellence du Christ, Jean ajoute :
Je ne suis pas même digne, en me prosternant à ses pieds, de dénouer les cordons de ses souliers. En d'autres termes : il est tellement au dessus de moi que je ne mérite pas de le servir dans les plus basses fonctions, ni d'être compté parmi ses plus petits serviteurs, car dénouer les souliers est un emploi abject qui convient aux derniers domestiques. Comme le Sauveur ne portait point de souliers, Jean parle évidemment par métaphore, voulant dire tout simplement d'après une expression commune, qu'il n'était pas digne de lui rendre le moindre office. En effet, quand on veut exprimer sa bassesse, et relever la grandeur d'un autre personnage, on dit vulgairement qu'on n'est pas même digne de toucher ses souliers, ou bien l'on emploie quelqu'autre formule équivalente
Voir note XLVIII. Ne soyons point surpris d'un tel langage dans la bouche de Jean ; car enfin l'homme, quelque grand qu'il soit, n'est que cendre et poussière, si on le compare à Dieu ; et aucune créature n'est digne de le servir, à moins d'y être appelée par la grâce. — Par ces mêmes paroles, Jean prouve aux Pharisiens qu'il n'avait point usurpé une fonction étrangère, mais qu'il remplissait son propre ministère en qualité de Précurseur. Saint Grégoire (Hom. VII in Evang.), donnant l'explication allégorique de ces paroles, dit que par les souliers de Jésus-Christ il faut entendre son humanité ; par les pieds, sa divinité ; par la courroie qui sert à joindre les souliers aux pieds, l'union de l'âme et du corps avec la divinité ; et que ni Jean, ni aucun autre, ne saurait expliquer ou pénétrer cette union mystérieuse et ineffable des deux natures, par laquelle
le Verbe s'est fait chair, de telle sorte que l'homme est devenu Dieu et que Dieu est devenu homme. C'est pourquoi Isaïe tout étonné s'écrie :
Qui nous racontera sa génération ? (Isaïe, LIII, 8), comme pour dire : Nul n'en est capable. « Considérons ici, continue le même saint Docteur, quelle est la conduite des Saints pour conserver en eux la vertu d'humilité. Lorsqu'ils connaissent quelque chose d'une manière admirable, ils ont soin de se représenter aussitôt tout ce qu'ils ignorent, afin que considérant leur faiblesse sous certains rapports, ils ne soient point tentés de se glorifier de leur perfection sous d'autres rapports. Il faut donc que plus on s'enrichit de connaissances, plus on s'abaisse par l'humilité, de peur que le vent de l'orgueil ne dissipe en un instant ce que le zèle de la science avait péniblement recueilli. Lorsque vous faites quelques bonnes œuvres, mes frères, rappelez-vous continuellement les mauvaises actions que vous avez faites, et par ce souvenir prudent des fautes passées, vous réprimerez tout sentiment de vaine gloire. Quand vous voyez les autres commettre des fautes, pensez qu'ils ont acquis des mérites que vous ne voyez pas. Souvenez-vous que toutes les bonnes œuvres ne peuvent être agréables à Dieu, si elles ne sont assaisonnées par l'humilité ; car celui qui exerce les vertus sans l'humilité ressemble à celui qui porte de la poussière au vent. »
Jean dit encore du Christ (Luc. III, 16) : Lui-même vous baptisera non-seulement dans l'eau, mais dans le Saint Esprit et dans le feu, en vous communiquant la grâce du Saint-Esprit et de la charité, comme Dieu seul peut le faire. En effet, dans le baptême institué par Jésus-Christ nous recevons, avec le don du Saint-Esprit, le feu de la charité, pourvu que nous n'y mettions aucun obstacle et que nous y apportions les dispositions requises. Le baptême de Jean ne procurait pas ces avantages, mais il figurait seulement le baptême de Jésus-Christ, auquel il servait de préparation. Ainsi, dit saint Chrysostôme (lib. III, Operis imperf.), autre fut le baptême de Jean, autre celui de Notre-Seigneur. Le premier était un signe et un acte de pénitence, le second est un principe de sanctification et de grâce, parce que dans tous ceux qui le reçoivent avec foi, le Saint-Esprit agit comme un feu dévorant pour consumer tous les péchés et détruire toutes les souillures de l'âme et de la chair. Nous sommes baptisés par Jésus-Christ dans le Saint-Esprit, dit le Vénérable Bède (in Luc. III), non-seulement au jour de notre baptême, lorsque nous sommes lavés dans cette fontaine de vie pour la rémission de nos péchés, mais encore chaque jour, lorsque, par la grâce de ce même Esprit nous sommes embrasés d'ardeur pour accomplir ce qui plaît à Dieu. Il y a donc trois sortes de baptême : baptême d'eau dans le fleuve, baptême de flamme dans la pénitence et baptême de sang dans le martyre.
Après avoir rendu témoignage du premier avènement de Jésus-Christ, Jean, pour inspirer la crainte aux Juifs, leur parle aussi du second avènement, lorsqu'à la fin des siècles ce même Jésus-Christ viendra dans toute sa puissance juger tous les hommes. Le van est dans ses mains dit-il (Luc. III, 17). Le van (ventilabrum), ainsi appelé parce qu'il sert à livrer la paille au vent, est un instrument qu'on emploie dans la Palestine pour nettoyer le blé ; à l'aide de cet instrument qui est plat et large, on jette en l'air le grain mêlé à la paille ; alors la paille s'envole, et le grain tombe seul. Jean parle ici par métaphore ; par le van, il veut faire comprendre le discernement du souverain Juge, qui par un juste examen distinguera les bons des méchants et les séparera les uns des autres, comme le van sépare le froment de la paille. Le van est dans sa main, c'est-à-dire que le jugement est en son pouvoir et dépend de sa volonté ; car le Père a remis à son Fils toute autorité pour exercer la justice (Joan. V, 27). Aussi, il nettoiera parfaitement et purifiera pour toujours son aire (Luc. III, 17), c'est-à-direson Église. Maintenant les méchants y sont mêlés avec les bons, comme la paille avec le froment, mais au jour du jugement suprême ils seront séparés les uns des autres. Alors il rassemblera le froment qui présentement est dispersé en tous lieux ; c'est-à-dire il réunira les bons et les justes, lesquels, à la manière du froment, sont blancs à l'intérieur par la pureté de leur âme, rouges à l'extérieur par la patience dans les afflictions, graves par leurs mœurs, utiles par leurs discours, et féconds par les nombreuses conversions qu'ils opèrent. Et il les serrera dans son grenier, lorsqu'il les transportera tous dans le royaume des cieux. Quant à la paille, c'est-à-dire quant aux méchants et aux réprouvés, ces hommes légers par orgueil, pâles par envie, fragiles par colère, desséchés par l'avarice, infructueux par paresse, vils et abjects par la concupiscence charnelle, il les brûlera dans le feu éternel de l'enfer au milieu d'affreux tourments. Dès cette vie, sans doute, Dieu purifie son Église, lorsque des membres dépravés et corrompus sont retranchés de sa communion par quelque sentence, à cause de certains péchés publics, ou lorsqu'ils sont enlevés de ce monde par la mort ; mais cette purification sera complète au jugement dernier, lorsque les Anges retrancheront du royaume céleste tous les scandales. Dieu purifie encore l'Église dès à présent, en discernant les mérites sans séparer les personnes, mais plus tard il séparera les personnes, en discernant les mérites. Jean enseignait au peuple beaucoup d'autres choses dans les exhortations qu'il faisait (Luc. III, 18) ; ce qui montre que des actes et des discours du Précurseur, comme de ceux de Jésus-Christ, un petit nombre seulement est rapporté dans les Évangiles.
Si nous tirons les conséquences morales de ce qui précède, nous apprendrons de saint Jean la manière dont nous devons vivre, prêcher et fructifier. En effet sa vie est austère sous le rapport de la nourriture, du vêtement et de la retraite où il demeure ; sa doctrine est vraie à l'égard de Dieu, de lui-même et du prochain ; ses œuvres sont fructueuses, parce qu'il convertit, baptise et instruit beaucoup de personnes. Il est le modèle des religieux par sa vie, des prédicateurs par sa doctrine, et des prélats par ses actes. Si les prédicateurs lui ressemblaient, on verrait bientôt tout Jérusalem c'est-à-dire les religieux, toute la Judée c'est-à-dire les ecclésiastiques, et toute la contrée voisine c'est-à-dire les laïques accourir en foule confesser leurs péchés, quelque grands et quelque nombreux qu'ils fussent ; et Jésus-Christ viendrait avec eux pour les sanctifier par ses paroles, sa grâce et ses exemples. Pour mieux faire comprendre tout ce qu'il vient de rapporter, l'Évangéliste en détermine le théâtre d'une manière précise, en disant : Tout ceci se passa au delà du Jourdain en Béthanie, où Jean baptisait (Joan. I, 28). Jean, comme le remarque saint Chrysostôme (Hom. XVI, in Joan.), ne prêchait point dans quelque maison particulière ou dans quelque lieu retiré, mais sortant du désert et traversant le Jourdain, il annonçait publiquement le Messie à la multitude qui accourait recevoir son baptême. Il est dit que Jean baptisait en Béthanie qui signifie maison d'obéissance, pour montrer d'abord qu'il était venu par obéissance annoncer le Christ qui devait être immolé pour le salut du monde, puis, pour apprendre aux hommes que s'ils veulent être purifiés de la tache originelle contractée par la désobéissance d'Adam, ils doivent mériter par l'obéissance de la foi le sacrement du baptême ; enfin pour signifier que la vertu d'obéissance convient spécialement aux fidèles baptisés.
Il y a deux petites villes qui portent le nom de Béthanie ; l'une, où Lazare fut ressuscité, est située en deçà du Jourdain, à deux milles de Jérusalem, sur le versant du mont des Oliviers ; l'autre, où Jean baptisait, est située sur le Jourdain, mais du côté opposé à la précédente, à une journée de Jérusalem, dans le partage des deux tribus de Gad et de Manassé, sur les confins qui séparaient les Juifs des Gentils, pour marquer qu'il venait offrir son baptême aux uns et aux autres. C'est avec raison qu'il le donnait au delà du Jourdain, car les Gentils accouraient pour le recevoir en plus grand nombre que les Juifs.
Prière
Bienheureux Jean, Précurseur de Jésus-Christ, héraut du souverain Juge, ami du céleste Époux, voix du Verbe divin, vous qui avez mérité de porter la consolante nouvelle de notre Rédemption, je vous supplie, misérable que je suis, de m'obtenir de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par vos très saintes prières, la grâce d'avoir un cœur purgé de vices et orné de vertus, pour préparer les voies et aplanir les sentiers du Seigneur, d'après vos salutaires avertissements. Puis, lorsque, au jugement dernier, il viendra nettoyer l'aire de son Église et séparer le froment de la paille, faites qu'ainsi disposé, je mérite d'être compté parmi le bon grain des élus et d'être recueilli comme eux dans l'éternel grenier des cieux. Ainsi soit-il.