Baptême de Jésus-Christ
Matth. III, 13-17. — Marc. I, 9-11. — Luc. III, 22-23
Après avoir ainsi passé dans la peine et l'abjection les vingt-neuf premières années de sa vie mortelle, notre divin Sauveur commençait déjà sa trentième année, dans les jours où Jean baptisait et prêchait, avant d'avoir été mis en prison. Jésus dit alors à sa Mère que le temps était venu pour lui d'aller glorifier et manifester son Père, de se montrer au monde auquel il était resté caché jusqu'à ce moment, et d'opérer le salut des âmes pour lequel il avait été spécialement envoyé. Prenant avec respect congé de Marie et de Joseph, son père nourricier, il partit de la ville où il avait été élevé, c'est-à-dire de Nazareth, en Galilée, qui est située au nord de Jérusalem (Marc. I, 9), et il se dirigea vers l'endroit du Jourdain où Jean baptisait, non loin de Jéricho qui est à l'orient de Jérusalem. Or, de Jéricho il y a-deux milles environ jusqu'à la Chapelle dite de saint Jean, où le Précurseur demeurait ; et de là un mille environ jusqu'au lieu du Jourdain, où, dit-on, le Sauveur fut baptisé. Quelques auteurs cependant, comme Remi d'Auxerre entre autres, prétendent que Jésus fut baptisé entre Ennon et Salim, non loin du mont Gelboé, à Béthanie qui est sur le Jourdain, à trois lieues de Jéricho et à deux lieues de la Chapelle de saint Jean. Le mot Galilée signifiant passage, et le mot Jourdain signifiant descente, Jésus vint de la Galilée au Jourdain, pour apprendre à ceux qui sont ses membres, que s'ils veulent être baptisés et purifiés par la grâce, ils doivent passer du vice à la vertu et descendre en s'abaissant par l'humilité.
« Si Jésus-Christ, dit le Vénérable Bède (in Evang. Lucae. III), ne commença qu'après avoir été baptisé dans sa trentième année, à faire des miracles et à enseigner les peuples publiquement, c'était afin de montrer que c'est l'âge le plus convenable pour être élevé au sacerdoce et chargé de la prédication. Il réfutait ainsi par avance ceux qui prétendent qu'à tout âge on peut exercer ces fonctions sacrées. Il est vrai que Jérémie et Daniel, dès leur jeunesse, furent remplis de l'esprit prophétique ; mais les miracles ne doivent pas servir d'exemples pour déterminer la pratique qu'on doit suivre ordinairement. L'âge de trente ans auquel Jésus fut baptisé, convenait spécialement, afin de nous rappeler par le nombre dix trois fois répété le mystère de la Trinité et l'accomplissement du Décalogue ; car celui qui a le bonheur d'être baptisé ou d'avoir été baptisé, doit montrer qu'il est parvenu à l'âge mûr, par la vivacité de sa foi en la Trinité, et par sa ferveur à observer le Décalogue. » D'après la conduite du Sauveur, Raban Maur conclut aussi que nul ne doit être établi prêtre, ou prédicateur, ou prélat dans l'Église, avant d'avoir atteint l'âge viril et parfait. Mais hélas ! aujourd'hui, tels sont appelés à gouverner l'Église, qui ne savent pas se diriger eux-mêmes ; tels sont chargés d'administrer le patrimoine de Jésus-Christ, qui ne sont pas capables de gérer leurs propres affaires ; tels ont la prétention de commander les autres, qui ont eux-mêmes besoin d'être commandés. « Jésus-Christ, ajoute saint Chrysostôme, ne voulut pas être baptisé avant sa trentième année, parce qu'après son baptême, il devait abroger la loi ancienne ; et jusqu'à cet âge, où l'homme est susceptible d'avoir commis tous les péchés, il continua d'observer la loi, afin qu'on ne supposât point qu'il l'avait abrogée à cause de son impuissance à l'accomplir. Après qu'il eut ainsi rempli toute justice pendant trente ans, il vint enfin recevoir le baptême, comme pour mettre le comble à toutes les observances légales. »
Jésus s'achemine vers saint Jean : lui qui est le Maître du monde, il va seul, à pied et parcourt une longue route. Contemplez avec respect et avec dévotion ce divin Sauveur, et compatissez vivement à ses peines et à ses humiliations. Il ne traîne avec lui ni soldats, ni chevaux, ni courtisans ; il n'avait encore ni disciples, ni compagnons. Personne ne le précède dans les hôtelleries pour disposer les choses nécessaires ; il n'est point entouré de ces pompes et de ces honneurs que des vermisseaux comme nous recherchent et ambitionnent. Mais lui, que des milliers et des millions d'Anges et d'esprits servent et assistent dans son royaume, il marche sans aucune suite sur la terre qu'il foule de ses pieds sacrés, en s'exposant à d'extrêmes fatigues. Ah ! c'est qu'il n'est point de ce monde le royaume de Celui qui s'est anéanti lui-même, en prenant la forme d'un esclave et non d'un roi. Il s'est fait esclave pour nous faire rois ; il s'est fait voyageur et étranger, pour nous conduire à son royaume céleste qui est notre véritable patrie. Il nous a ouvert et tracé le chemin par lequel nous pouvons y monter et y arriver après lui. Mais pourquoi négligeons-nous de le suivre ? Pourquoi ne nous humilions-nous pas ? Pourquoi désirons-nous et convoitons-nous avec tant d'avidité de vains honneurs et des pompes fragiles ? C'est assurément parce que de ce monde nous faisons notre royaume ; parce que nous ne nous regardons pas comme exilés et pèlerins sur cette terre, telle est la cause de toutes nos misères. Folles créatures que nous sommes ! nous préférons la vanité à la venté, l'incertain au certain, les biens temporels aux biens éternels, et nous y mettons tout notre cœur. Méprisons plutôt ces choses qui passent, et ne les estimons pas plus que si elles étaient déjà passées.
Celui donc qui venait nous racheter sans avoir besoin d'être racheté lui-même, s'avance humblement pendant plusieurs jours consécutifs, jusqu'à ce qu'il arrive au Jourdain. Là il trouve Jean qui baptisait des pécheurs et une grande foule accourue pour entendre ses prédications, parce qu'on le regardait comme le Christ. Le Seigneur mêlé avec les esclaves, le Juge confondu avec les coupables vient au baptême, désirant non pas être purifié par les eaux, mais purifier lui-même les eaux. Ainsi, Jésus vient vers Jean, c'est-à-dire le Créateur vers la créature, le Maître vers le serviteur, le roi vers le soldat, la lumière vers le flambeau, le soleil vers l'aurore, pour confirmer la prédication de Jean et pour recevoir le témoignage de Jean. Il vient demander l'ablution extérieure à Jean qui n'est que le canal, l'instrument et le ministre du baptême, tandis que lui-même eu est la source, la plénitude et l'auteur : Ce n'est pas pour se laver, mais pour nous laver ; ce n'est pas pour obtenir la rémission des péchés, mais pour approuver le baptême de Jean comme venant de Dieu même ; c'est afin d'inaugurer le sacrement de son baptême qu'il devait instituer dans la suite, et afin de nous révéler le mystère de la Trinité. Il vient pour accomplir en sa qualité d'homme et pour enseigner par l'efficacité de son exemple toute justice et toute humilité, afin que nul, quelle que fût sa sainteté, ne pût regarder la grâce du baptême comme superflue. Il vient pour pratiquer d'abord lui-même ce qu'il devait ensuite prescrire aux autres, afin que les serviteurs s'empressent de recourir au baptême de leur Seigneur, puisque le Seigneur n'a pas dédaigné de recevoir celui de son serviteur, et afin que personne ne repousse le baptême de la grâce, puisque le Christ n'a pas refusé celui de la pénitence. I1 vient pour écraser la tête du dragon dans l'eau du Jourdain, pour y effacer les péchés du monde et pour y noyer le vieil homme. Il vient pour sanctifier les eaux par le contact de sa chair immaculée, afin de leur communiquer et de leur laisser la puissance de purifier et de régénérer ceux qui seraient baptisés après lui. Il vient pour montrer par l'image de la colombe qui descendit sur sa tête dans le Jourdain, que le Saint-Esprit descend sur les fidèles chrétiens dans le sacrement du baptême. Il vient pour que le peuple juif entende le témoignage de Jean et de Dieu le Père touchant le Christ, et enfin pour nous apprendre que, si lui-même Fils de Dieu a été baptisé, c'est afin que ceux qui sont baptisés deviennent ses propres frères comme enfants de Dieu. Quant à nous, fidèles chrétiens, qui avons été régénérés déjà par la grâce de Jésus-Christ, accompagnons notre divin Maître, suivons tous ses pas et approfondissons tous ses actes remplis de mystérieux enseignements.
Dans le dessein d'opérer notre salut, le Seigneur commença par agir avant d'enseigner (Act. I, 1). Pour établir le fondement de toutes les vertus et le premier de tous les sacrements, il voulut d'abord recevoir le baptême de Jean. Il dit donc à Jean qui baptisait alors les pécheurs : Je vous prie de me baptiser avec ceux-ci. Le saint Précurseur tournant les yeux vers lui, reconnut par une révélation divine qu'il était le véritable Messie, cet Homme-Dieu sans tache et sans souillure qui n'a point besoin d'être purifié, mais qui purifie les autres. Jean fut aussitôt saisi de crainte et d'étonnement ; puis, comme un bon soldat qui veut s'humilier avec son chef, il s'excusa par respect, en disant : Seigneur, c'est moi, homme de la terre, qui dois être baptisé par vous, roi du ciel (Matth. III, 14) car vous n'avez point besoin d'être baptisé comme moi. Vous dont la génération n'a point été viciée, vous venez cependant à moi pour être baptisé ? Vous êtes le Seigneur et le Maître ; je ne suis que le serviteur et l'esclave ; ce n'est pas à vous de venir à moi, c'est bien plutôt à moi d'aller à vous. Vous qui êtes pur et qui purifiez tout, vous ne pouvez être purifié par moi ; c'est moi qui dois être purifié et baptisé par vous. Je ne suis qu'un homme et qu'un pécheur ; vous êtes Dieu et impeccable. Pourquoi donc voulez-vous que je vous baptise ? Je ne refuse pas la soumission à votre volonté, mais j'ignore la raison de votre volonté. Je baptise les pécheurs pour les exciter à la pénitence ; mais vous qui n'avez point péché, pourquoi voulez-vous être baptisé ? Bien plus, pourquoi voulez-vous être baptisé comme un pécheur, vous qui êtes venu pour pardonner les péchés ? « Divin Jésus, s'écrie saint Bernard (Serm. I, de Epiph.), vous voulez donc être baptisé ? Mais quel besoin avez-vous du baptême ? Celui qui est bien portant, a-t-il besoin de médecine ? ou celui qui est pur, a-t-il besoin d'être purifié ? Quel péché peut vous rendre ce baptême nécessaire ? Quelle souillure peut avoir contractée l'Agneau immaculé ?» — « Que vous me baptisiez, la raison en est évidente, comme saint Chrysostôme fait dire à saint Jean (Hom. IV, Operis imperfecti in Matth.) : c'est afin que je devienne juste, et que je mérite le ciel ; mais que je vous baptise, où peut en être le motif ? Tout bien descend du ciel sur la terre, mais il ne monte pas de la terre au ciel. »
Saint Léon met dans la bouche de saint Jean les paroles suivantes : « Que faites-vous, Seigneur ? le peuple ne va-t-il pas me lapider comme un imposteur ? Je vous ai annoncé comme le souverain monarque, et vous vous présentez comme un simple étranger ! Au ciel et sur la terre, vous êtes partout le Fils du Roi des rois, pourquoi ne portez-vous point partout le sceptre de votre royauté ? Manifestez enfin votre dignité ! Pourquoi êtes-vous venu sans suite et sans éclat ? Où sont les légions d'Anges qui doivent vous accompagner ? Où sont les Chérubins aux six ailes qui doivent vous assister ? Où est dans votre main le van avec lequel vous devez nettoyer le monde comme votre aire ? Eh quoi ! Vous avez glorifié Moïse, votre serviteur, au milieu d'une nuée lumineuse et d'une colonne de feu, et maintenant vous courbez la tête devant moi ? Non, Seigneur, qu'il n'en soit pas ainsi, vous êtes le chef de nous tous. Vous nous avez déjà montré votre abaissement, montrez aujourd'hui votre souveraineté. Baptisez tous ceux qui sont ici présents et moi avant tous les autres. Mais vous qui n'êtes point souillé, pourquoi voulez-vous être baptisé ? Si je consentais à vous baptiser, le Jourdain ne le souffrirait pas, lui qui autrefois, vous reconnaissant comme son Maître, a remonté vers sa source. » — Certes, il n'est pas étonnant que saint Jean ait été troublé, en voyant s'abaisser sous sa main Celui au nom duquel tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers. « Eh quoi ! s'écrie saint Bernard, lorsqu'on voit s'incliner devant le saint Précurseur cette tête auguste que les Anges adorent, que les Puissances révèrent, que les Principautés redoutent, est-il surprenant qu'un simple mortel tremble et qu'il n'ose porter sa faible main sur le chef sacré de Dieu même ? Qui de nous ne frémirait à cette seule pensée ? Oh ! qu'elle sera élevée au grand jour du jugement universel cette tête qui se courbe aujourd'hui, qu'il paraîtra sublime alors ce chef qui s'humilie maintenant devant sa créature ! »
Le Seigneur, sans doute, agréa la soumission respectueuse de son fidèle serviteur, mais il lui manifesta la raison secrète de sa conduite, en lui disant : Laissez-moi faire maintenant, c'est-à-dire permettez pour cette heure que je reçoive de vous le baptême d'eau, afin qu'ensuite vous receviez de moi le baptême de L'Esprit ; car c'est un mystère que j'accomplis en ce moment. Souffrez présentement qu'ayant pris la forme d'esclave, j'en subisse toute l'humiliation. Saint Chrysostôme conclut de là que saint Jean fut dans la suite baptisé par Jésus-Christ. En agissant ainsi, ajoute le Sauveur, c'est-à-dire moi votre supérieur, en recevant de vous le baptême dont je n'ai nul besoin, et vous on me le conférant, nous remplissons toute justice, et nous en donnons un parfait exemple, comme il convient (Matth. III, 15). Ici, le mot justice est pris non pas dans un sens restreint, comme indiquant la vertu spéciale opposée au vice de l'avarice, mais dans un sens général, comme renfermant toute vertu ou plutôt la perfection de toutes les vertus. Tel est le sentiment de saint Chrysostôme qui fait parler le Sauveur en ces termes (Hom. XII in Matth.) : « Jusqu'ici nous avons observé toute la loi, sans jamais violer aucun précepte : une seule chose nous reste encore à faire, faisons-là, et nous aurons rempli toute justice. Ici donc, le Sauveur appelle justice le complément de tous les préceptes, montrant que pour lui, Seigneur et Maître, la vraie justice consistait à remplir lui-même tout ce qui était prescrit pour notre salut ; or, il était prescrit aux hommes de recevoir le baptême de saint Jean. »
La vraie justice consiste aussi à faire ce qu'on doit à chacun. Ainsi, celui qui reçoit le baptême du Christ prend pitié de son âme, en lui ménageant la grâce de Dieu et lui assurant le remède du salut ; il se soumet humblement au Créateur, en assujettissant aux moyens établis par la Providence divine ; il édifie le prochain, en le portant au bien par son exemple : de la sorte il remplit toute justice, parce qu'il fait ce qu'il doit à Dieu, à lui-même et au prochain. — La vraie justice consiste encore à faire soi-même le premier ce que les autres doivent faire ensuite. C'est comme si Jésus-Christ eût dit : Je me soumets maintenant à vous qui êtes inférieur à moi, afin que les grands ne dédaignent pas d'être baptisés, instruits et gouvernés par des hommes qui sont inférieurs à eux. « Car en quoi consiste la justice, dit saint Ambroise (Lib. II in Lucam), si ce n'est en ce que vous fassiez vous-même d'abord ce que vous désirez que les autres fassent, les encourageant ainsi par votre propre exemple ? » « Notre-Seigneur, dit saint Chrysostôme dans le passage cité plus haut, a voulu être baptisé, non à cause de lui, mais à cause de nous, afin d'accomplir toute justice ; car il est juste que l'on commence par pratiquer soi-même ce qu'on veut enseigner aux autres. Or, Jésus-Christ, étant venu sur la terre pour instruire le genre humain, voulut nous montrer par ses propres exemples ce que nous devions faire, afin que, devenus ses serviteurs et ses disciples, nous puissions marcher sur les traces de notre Seigneur et de notre Maître. » « Le Sauveur, dit saint Augustin (Serm. de Epiphan.), a voulu lui-même observer ce qu'il commandait à tous les hommes d'observer, afin d'établir et d'accréditer ainsi sa doctrine plus encore par ses actions que par ses paroles. C'est pourquoi Raban-Maur fait dire par Jésus-Christ à saint Jean : « Nous devons ainsi dans le baptême donner l'exemple de toute vraie justice, sans l'accomplissement de laquelle le royaume des cieux reste fermé, pour montrer aux hommes que nul ne peut être parfait sans le baptême lui-même. »
Accomplir toute justice, c'est encore exercer toute humilité même surabondante ; car, la justice est en majeure partie formée de l'humilité qui comprend trois degrés. D'abord l'humilité requise et suffisante qui est nécessaire à tout homme juste, consiste à se soumettre à ses supérieurs en vue de Dieu et à ne pas se préférer à ses égaux ; l'humilité abondante consiste à se soumettre à ses égaux et à ne pas se préférer à ses inférieurs ; l'humilité parfaite et surabondante consiste à se soumettre même à ses inférieurs et à ne se préférer à personne. Par son baptême, Jésus-Christ pratiquant ce troisième degré accomplit véritablement toute humilité. Saint Bernard dit à ce sujet (Serm. IV de Epiph.), qu'il y a trois degrés de justice. « La plus stricte et la plus étroite justice dont on ne peut s'éloigner tant soit peu sans tomber dans le péché, consiste à rendre à chacun ce qui lui appartient, de manière à ne pas se préférer à son égal et à ne pas s'égaler à son supérieur. La justice plus large et plus étendue consiste à ne pas s'égaler à ses pareils et à ne pas se préférer à ses inférieurs : car, si se préférer à son égal et s'égaler à son supérieur est la marque d'un grand orgueil, se regarder comme inférieur à son égal et comme égal à son inférieur est la preuve d'une grande humilité. Enfin, la pleine et parfaite justice consiste à se regarder comme inférieur même à son inférieur ; car, si s'élever au dessus de son supérieur est le comble de l'orgueil, s'abaisser au dessous de son inférieur est par contre l'apogée ou la perfection de la justice. Quant à cette parole de saint Jean : C'est moi qui dois être baptisé par vous, elle indique le premier degré de la justice par laquelle il se soumit simplement à son supérieur. Mais quant à la démarche de Jésus qui s'abaissa sous la main de son serviteur, elle atteste le plus haut degré de la justice. Que chacun voie maintenant s'il veut imiter le Christ ou bien l'Antéchrist qui s'élèvera au dessus de toute divinité (II Epist. ad Thessal. II, 4). « Ô mon âme, s'écrie le même saint Docteur, n'es-tu pas soumise à Dieu (Ps. LXI, 2) ? Oui, sans doute ; mais il ne suffit pas d'être soumise à Dieu, si tu n'es en même temps soumise à cause de Dieu à toute créature humaine. Car, c'est ainsi que nous devons accomplir toute justice, en établissant la consommation de cette vertu dans la perfection de l'humilité. Voulez-vous donc, Chrétien, être parfaitement juste, allez comme le Christ trouver un plus petit que vous, témoignez-lui votre respect et votre déférence, abaissez-vous devant votre inférieur. » Ainsi parle saint Bernard.
L'homme vraiment humble fait paraître sa justice, en ce qu'il ne ravit point à un autre ce qui lui est propre, ne s'attribue point à lui-même ce qui ne lui appartient point et rend à chacun ce qui lui est dû. Il n'enlève point la gloire au Seigneur pour se l'arroger à lui-même, mais il renvoie tout honneur à Dieu pour ne se réserver que le seul mépris. Il ne blesse point, ni ne condamne point le prochain ; il ne se préfère ou compare à personne ; mais il se regarde comme le moindre de tous, souhaitant et choisissant toujours la dernière place. Voyez aussi comment l'humilité se développe de plus en plus dans notre divin Maître et Modèle. Auparavant, il était soumis à ses parents ; maintenant il se soumet même à son serviteur, et il s'abaisse lui-même pour l'honorer et l'exalter. Jusqu'à présent, il avait vécu dans le monde comme un homme inutile et abject ; aujourd'hui, il veut en outre passer pour un pécheur. C'était en effet aux pécheurs que saint Jean prêchait la pénitence et administrait le baptême ; le Seigneur Jésus se mêle cependant à eux, afin d'être baptisé avec eux et comme l'un d'entre eux. Il est vrai que déjà, dans sa circoncision, le Sauveur avait voulu paraître comme pécheur ; mais alors ce n'était pour ainsi dire qu'en secret, tandis qu'aujourd'hui c'est en public, en présence de la foule. Comme il allait bientôt commencer sa prédication, ne devait-il pas craindre qu'en se faisant passer pour un pécheur il ne perdît la considération dont il avait besoin ? Eh bien cette pensée n'arrête point le Maître de l'humilité qui s'humilie plus profondément qu'auparavant. Pour nous instruire, il veut paraître ce qu'il n'est pas, de manière à s'attirer le mépris et la confusion. Nous, au contraire, nous voulons paraître ce que nous ne sommes pas, afin de nous attirer la gloire et la louange ; si nous croyons avoir quelque qualité, nous la faisons valoir et ressortir ; mais nous tâchons de dissimuler et de cacher nos défauts. Nous pouvons encore considérer l'humilité de l'Homme-Dieu sous un autre rapport. Ainsi, dans la réception du baptême et dans l'accomplissement de tous les autres préceptes de la loi, il voulut toujours se conduire et agir comme les autres hommes, sans s'attribuer aucune prérogative, aucun privilège, lui qui pourtant était au dessus de la loi et l'auteur même de la loi. Hélas ! combien différente est la conduite d'un grand nombre de personnes qui, vivant en communauté, prétendent avoir des privilèges particuliers pour se dispenser des règles communes !
Lors donc que saint Jean eut connu, par une révélation intérieure de l'Esprit-Saint, que toute justice devait s'accomplir ainsi et de telle manière, il y consentit et souffrit que Jésus reçût son baptême ; c'est-à-dire il ne lui résista pas davantage et ne le contredit pas plus longtemps, mais il le laissa agir selon sa volonté, en consentant à le baptiser. Jusque là, Jean avait fait quelque opposition à Jésus, en refusant par respect de lui administrer le baptême ; maintenant il le laisse libre en se soumettant à sa volonté. La véritable humilité, en effet, est celle qui a l'obéissance pour compagne ; aussi l'office que le respect et la crainte l'avaient empêché de remplir, il l'accepte avec amour et docilité. « Obéissant à la voix du Seigneur, dit saint Bernard (Serm. I de Epiphan.), Jean baptisa l'Agneau de Dieu en le plongeant dans les eaux du Jourdain ; mais ce n'est pas lui, c'est nous qui avons été purifiés, car il a lui-même purifié les eaux qui devaient effacer toutes nos souillures. » Arrêtons un instant nos regards sur notre divin Maître ; contemplons ce Dieu de toute majesté qui se dépouille comme une simple créature ; le Créateur de tous les éléments se soumet à l'œuvre de ses mains, il se plonge dans l'eau glacée, au milieu de la plus rude saison, et tout cela pour notre amour. Afin d'opérer notre salut, par le contact de sa chair sacrée, il purifie et consacre les eaux, leur communiquant la puissance de nous régénérer et de nous sanctifier ; il institue et inaugure par là le sacrement du baptême qui doit nous purifier et nous laver de toutes nos souillures. En ce jour, il s'unit comme épouse l'Église universelle avec toutes les âmes fidèles qui la composent ; car par la foi du baptême nous sommes unis à Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme l'atteste le Prophète qui a dit en son nom :
Je vous rendrai mon épouse par la foi (Os. II, 20). Qu'il est solennel, qu'il est avantageux pour nous le mystère opéré par le baptême du Sauveur ! Aussi l'Église chante avec allégresse :
Aujourd'hui l'Église fut, unie à son céleste Époux, lorsque Jésus dans le Jourdain effaça les crimes du monde (Hym. Brev. rom.)
Voir note I.
Saint Anselme dit à ce sujet (Med. in Ps. XVIII) : « Ô mon divin Sauveur, lorsque vous eûtes atteint la plénitude de l'âge mûr, avant de commencer ces grands travaux que vous aviez entrepris pour sauver votre peuple, vous vous êtes élancé comme un géant courageux, afin de parcourir vous-même la voie de toutes nos misères. Et d'abord, afin de vous assimiler en toutes choses aux hommes que vous adoptiez pour vos frères, vous êtes venu comme un pécheur vers Jean votre serviteur, lui demander le baptême qu'il administrait aux pécheurs pour les exciter à la pénitence. Ô innocent Agneau ! vous que l'ombre même du péché n'a jamais souillé, vous dont la pureté n'a jamais été ternie par la moindre pensée mauvaise, vous avez été baptisé ! Mais non, je me trompe, vous n'avez pas été purifié dans les eaux, vous les avez plutôt purifiées en vous-même, afin que par elles nous puissions être purifiés à notre tour. » « Jésus-Christ, dit saint Chrysostôme, voulut recevoir le baptême de saint Jean, afin de nous apprendre, par la nature même de ce baptême, qu'il n'y avait pas recours pour obtenir la rémission des péchés ni les dons du Saint-Esprit. En recevant ce baptême des Juifs, il l'abolit pour établir celui des Chrétiens ; et ce qu'il devait faire plus tard en changeant la Pâque, il le fait alors en renouvelant le baptême ; car, lorsqu'il eut célébré la Pâque ancienne, il la supprima pour la remplacer par la Pâque nouvelle ; de même présentement, après avoir reçu le baptême de saint Jean, il l'annule pour instituer le baptême de la grâce qui ouvre à tous la porte de l'Église. Ainsi, dans l'une et l'autre circonstance, dans le Jourdain comme dans le Cénacle, le Sauveur fit succéder la vérité aux ombres, la réalité aux figures ; car le baptême du Christ renferme et communique la grâce du Saint-Esprit dont le baptême de saint Jean était privé. Jésus-Christ, ajoute le même saint Docteur, voulant instituer un nouveau baptême pour remettre les péchés et sauver les hommes, ne dédaigna pas d'être baptisé le premier, non point sans doute pour effacer ses fautes, puisque seul il n'en avait contracté aucune, mais pour rendre les eaux propres à purifier tous ceux qui croiraient en lui. Ces eaux, en effet, n'auraient jamais eu la vertu d'effacer les péchés, si elles n'eussent été préalablement sanctifiées par le contact de la chair sacrée du Sauveur. Jésus-Christ a donc été baptisé, afin que nous fussions lavés de nos taches ; il a été plongé dans les eaux, afin que nous fussions nettoyés de nos souillures ; il a reçu le bain de la régénération, afin que nous obtenions le bienfait de la renaissance par l'eau et par le Saint-Esprit. Dans le baptême du Christ nous trouvons par conséquent l'ablution de nos péchés et la rénovation d'une vie toute spirituelle : car, par le baptême, nous mourons au péché, et nous vivons avec Jésus-Christ ; nous quittons la vie ancienne et nous embrassons une vie nouvelle, nous nous dépouillons du vieil homme et nous nous revêtons de l'homme nouveau. » Ainsi parle saint Chrysostôme.
C'est fort à propos que le Seigneur a choisi d'être baptisé dans le Jourdain, afin de nous ouvrir la porte du ciel à l'endroit où jadis l'entrée de la Terre promise avait été ouverte aux enfants d'Israël ; car, de même que les Hébreux passèrent par ce fleuve dans la Terre promise, de même nous passons par le baptême en la terre des vivants. En outre, comme le Jourdain qui sépare les Juifs et les Gentils est commun à ces deux peuples, ainsi le baptême est commun aux uns et aux autres, si par la foi ils viennent à Jésus-Christ. De plus, le baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain avait été d'avance figuré par Élie, Elisée, Josué et Naaman qui trouvèrent leur salut dans ses eaux. Le Sauveur a été baptisé dans l'eau pour éteindre le feu des passions et des supplices ; car l'eau est contraire au feu qui est la figure et la punition du péché. De même que l'eau lave les taches, apaise la soif et reproduit l'image des objets ; ainsi dans le baptême la grâce du Saint-Esprit lave les taches du péché, apaise la soif de l'âme par la parole de Dieu, et rétablit l'image du Créateur que nos crimes avaient ternie. — De ce que Notre Seigneur a été baptisé dans l'eau, on conclut justement que le baptême ne doit pas être administré avec un autre liquide que l'eau. Pour confirmer cet enseignement, on tire d'autres preuves de ce que l'eau sortit du côté droit du Sauveur mourant sur la croix ; de ce que l'eau est le plus convenable de tous les liquides pour nettoyer les souillures ; de ce que l'eau étant sous la main de tout le monde, personne ne peut prétexter la difficulté de se la procurer, pour recevoir le plus nécessaire de tous les sacrements. Il est vrai que le Saint-Esprit purifie intérieurement, mais il faut néanmoins que l'eau lave extérieurement, parce que l'homme étant formé par la réunion de deux substances, du corps et de l'âme, doit aussi renaître par le moyeu de deux substances, de l'Esprit-Saint et de l'eau.
Lorsque saint Jean baptisait tout le peuple (Luc. III, 21), c'est-à-dire une foule nombreuse de toute cette contrée, Jésus, après avoir été baptisé par saint Jean, sortit de l'eau et se mit en prière, conjurant son Père céleste d'envoyer le Saint-Esprit sur ceux qui devaient être baptisés. Le ciel s'ouvrit alors, c'est-à-dire une splendeur incomparable environna Jésus-Christ d'une clarté si extraordinaire quelle semblait être descendue du ciel sur la terre. Ce n'est pas que le ciel s'ouvrit réellement, le prodige s'opéra seulement dans l'air, comme il arrive au moment d'un orage ; car, lorsque les éclairs réitérés sillonnent les nues, le ciel paraît comme s'entr'ouvrir sur nos têtes. Dieu a voulu nous montrer par ce prodige, que la gloire céleste est réservée pour les fidèles chrétiens, et que le royaume éternel, fermé par le péché aux hommes coupables, est ouvert par Jésus-Christ aux hommes régénérés dans les eaux du baptême. « Au baptême de Jésus-Christ, dit saint Chrysostôme (Hom. XII in Matth.) les cieux furent ouverts, afin de nous apprendre que ce qui se passa visiblement alors, s'opère invisiblement au baptême de chaque chrétien, car, en ce moment, Dieu nous appelle au ciel, et nous engage à n'avoir plus rien de commun avec la terre. » Plus loin le même saint Docteur ajoute : « Il est dit que le ciel fut ouvert, pour marquer qu'il avait été fermé jusqu'alors. Mais, depuis que le Pasteur universel a réuni sous sa conduite en un même troupeau le monde supérieur et le monde inférieur, toutes ses brebis peuvent entrer dans le bercail du ciel et les hommes exilés sur la terre peuvent être admis dans la patrie avec les Anges. » Selon le Vénérable Bède (in cap. III Lucae) : « Lorsque Jésus-Christ, après avoir été baptisé, priait, le ciel s'ouvrit, parce qu'après avoir humilié son corps mortel, en se plongeant dans les eaux du Jourdain, il a manifesté sa puissance divine, en nous ouvrant les portes du ciel, et pendant qu'il exposait sa chair innocente aux ondes glacées, il délivrait l'homme criminel du glaive étincelant qui le menaçait depuis longtemps. » — Si le ciel s'ouvre pendant la prière de Jésus-Christ récemment baptisé, c'est pour signifier que la prière de l'homme pur et saint pénètre jusqu'au ciel. Si le Christ a prié après son baptême, c'est afin de nous apprendre à prier après notre baptême, en nous montrant la manière et la nécessité de le faire ; la manière de prier, car pour être agréable à Dieu, la prière doit partir d'un cœur pur ; la nécessité de prier, car la grâce baptismale ne peut se conserver sans la prière fervente. Enfin, il a voulu prouver par son exemple que dans la réception des sacrements le cœur de l'homme doit être élevé vers Dieu. « Nul doute, dit le Vénérable Bède (in cap. III Luc), qu'en priant au sortir du baptême, Jésus-Christ n'ait voulu nous apprendre qu'après avoir reçu le sacrement de baptême, bien que le palais du ciel nous soit ouvert, nous ne devons pas rester oisifs, mais nous appliquer de plus en plus aux bonnes œuvres, telles que les jeûnes, les prières et les aumônes ; car, quoique par le baptême tous nos péchés aient été pardonnes, notre chair ne cesse pas d'être fragile. Il est vrai que, comme les anciens Israélites, nous nous applaudissons d'avoir traversé la Mer-Rouge, et d'y voir les Égyptiens submergés ; mais d'autres ennemis nous attendent dans le désert de notre pèlerinage, il faut qu'aidés par la grâce de Jésus-Christ, nous les combattions avec courage jusqu'à ce que nous arrivions avec gloire dans la véritable patrie. »
Le Saint-Esprit descendit alors visiblement sous la forme d'une colombe, et se reposa sur la tête de Jésus (Luc. III, 22). Il descendit non par sa grâce, puisque Jésus en était tout rempli dès le premier instant où il avait été conçu, mais par un signe sensible, et cela pour trois raisons principales : afin de nous apprendre d'abord que Jésus possédait la grâce dans toute sa plénitude ; ensuite que ceux qui reçoivent sincèrement le baptême reçoivent réellement le Saint-Esprit ; enfin que Jésus-Christ lui-même nous baptise par le Saint-Esprit, en nous purifiant de toutes nos souillures. Or, le Saint-Esprit apparut ostensiblement sous sous la forme corporelle d'une colombe, pour nous marquer qu'en lui résident la mansuétude et la simplicité, sans aucun mélange de fiel et d'amertume, qu'il se communique aux âmes douces et humbles, et qu'il habite dans les cœurs remplis de la charité divine spécialement figurée par la colombe. « Le Saint-Esprit, dit saint Chrysostôme (Hom. IV oper. imp.), a pris la forme d'une colombe, parce que de tous les animaux, elle seule pratique la fidélité dans l'amour dont elle est l'emblème. Les serviteurs du démon peuvent bien simuler en apparence toutes les vertus que pratiquent en vérité les serviteurs de Dieu, mais la charité que donne le Saint-Esprit est la seule vertu que l'esprit impur ne saurait feindre. Or le Saint-Esprit s'est particulièrement réservé le don de la charité, parce que la pratique de cette vertu est la plus sûre marque pour reconnaître la présence de sa grâce. » Ce qui se passe ici dans le Nouveau-Testament, dit le même saint Docteur (Hom. XII in Matth.), a été figuré dans l'Ancien-Testament. En effet, de même qu'après le déluge la colombe, portant dans son bec un rameau vert d'olivier, vint annoncer à ceux qui avaient été sauvés des eaux, que la colère divine était apaisée et que tout l'univers était tranquille, ainsi l'Esprit-Saint, apparaissant au baptême de Jésus sous la forme d'une colombe, vient annoncer que la miséricorde divine remet les péchés et confère la grâce à ceux qui sont baptisés ; mais, à la place d'un rameau d'olivier, il nous montre le Libérateur promis qui doit opérer la rédemption du genre humain. »
Quoique la colombe représente particulièrement la charité, elle rappelle aussi les sept vertus que doit exercer tout homme baptisé pour être parfait. En effet, quiconque est parfait doit posséder par rapport à lui-même, au prochain et à Dieu, les mêmes qualités dont la colombe nous offre le modèle. D'abord, par rapport à nous-mêmes, deux qualités sont nécessaires. Comme la colombe n'a pour chant qu'un gémissement et n'a point de fiel dans son intérieur, de même l'homme doit témoigner par des gémissements accompagnés de larmes la contrition qu'il ressent de ses fautes, et il ne doit laisser pénétrer en lui ni l'amertume du péché ni le fiel de la colère. Ensuite, par rapport au prochain, trois qualités sont requises. De même que la colombe ne blesse jamais de son bec, le juste ne médit jamais de personne ; elle ne ravit jamais rien avec ses griffes, il ne prend jamais le bien d'autrui ; elle nourrit les petits qui lui sont étrangers comme s'ils étaient les siens, il compatit aux malheureux avec lesquels il partage ses biens. Enfin, par rapport à Dieu, deux qualités sont indispensables. Comme la colombe réside sur les eaux, afin que, voyant dans leur miroir venir de loin le vautour, elle puisse l'éviter en plongeant ; ainsi le juste s'attache habituellement aux saintes Écritures qu'il médite avec soin, pour découvrir les embûches et fuir les attaques du démon. De plus, comme la colombe choisit les meilleurs grains et ne se nourrit que de choses pures ; ainsi, le juste recueille les saines maximes pour en repaître son âme, et ne se récrée qu'en Dieu seul qui est la souveraine pureté. Enfin, de même que la colombe fait son nid dans les trous de la pierre, de même le juste établit son refuge et son espérance dans les plaies sacrées du Sauveur mourant qui est la véritable pierre ferme.
Lorsque l'Esprit-Saint, sous la forme d'une colombe, s'arrêta sur la tête de Jésus-Christ, le Père rendit témoignage au Fils par une voix du ciel que l'on entendit prononcer ces paroles (Matth. III, 17) : Celui-ci est mon Fils Bien-aimé ; oui, bien aimé par-dessus tous les autres, parce qu'il n'est pas comme eux mon Fils par adoption, mais par nature. « Jésus-Christ, en effet, dit saint Chrysostôme, n'est pas Fils de Dieu par l'adoption de la grâce ou par l'élection de la créature, mais parla propriété de sa naissance et pa rla vérité de sa nature. » — « La colombe, dit saint Jérôme (in Matth.), s'arrêta sur la tête du Sauveur, afin que personne ne pût supposer que la voix du Père céleste s'adressait à Jean et non pas à Jésus. » — Celui-ci est mon Fils bien-aimé,en qui j'ai mis ma complaisance, c'est-à-dire en qui s'accomplira ma volonté de sauver le genre humain. Saint Luc fait dire à cette voix (III, 22), In quo complacui mihi : Vous êtes mon Fils bien-aimé, en vous j'ai mis ma complaisance, c'est-à-dire en vous et par vous j'ai résolu de faire ce qui me plaît et ce qui doit se faire, savoir de racheter le genre humain. Ou bien encore, selon cette autre leçon, in quo mihi complacuit, il faut entendre : Mon Fils bien-aimé qui m'a plu complètement et absolument. Car Dieu n'a jamais rien trouvé en Jésus qui pût lui déplaire, comme en nous qui avons été d'abord par nature des enfants de colère, ainsi que le dit saint Paul (Ephes. II, 3). Saint Bernard dit à ce sujet (Serm. de Epiph.) : « Jésus-Christ est vraiment celui en qui rien n'a pu déplaire à Dieu, en qui rien n'a pu offusquer les yeux de sa majesté ; voilà pourquoi le Sauveur a dit lui-même : Je fais toujours ce qui lui plaît, (Joan. VIII, 29). Seigneur Jésus, qui plaisez toujours au Père, faites, par votre grâce, que nous méritions aussi de lui plaire toujours. »
D'après le Vénérable Bède (in Marc. I), la merveilleuse lumière se prolongea aussi longtemps que la voix du Père de manière à s'évanouir avec elle. Le Père nous recommande d'écouter son Fils, de croire en lui et de lui obéir, lorsqu'il nous dit : Ipsum audite (Matth. XVIII, 5). À qui devons-nous croire, en effet, si ce n'est à la sagesse, à la justice, à la vérité ? Ce qui fait dire à saint Bernard sur ces paroles (Serm. I de Epiphan.) : « Me voici, Seigneur Jésus ; ah ! parlez maintenant, puisque vous en avez reçu l'autorisation de votre Père. Jusques à quand, ô vous qui êtes la Vertu et la Sagesse de Dieu ! resterez-vous caché au sein de la foule comme un homme faible et ignorant ? Jusques à quand, ô Roi incomparable, Maître du ciel ! vous laisserez-vous appeler et croire le fils du charpentier ? Ô abaissement de la grandeur de Jésus-Christ ! Ô grandeur de son abaissement ! comme vous confondez la folie de ma vanité ! Je sais peu de chose, mais je crois savoir davantage ; c'est pourquoi je ne puis me taire ; j'ai l'audace et l'imprudence de m'ingérer et de me montrer en tout ; je suis prompt à parler, je suis empressé pour instruire les autres, mais bien rétif à les écouter. Jésus, au contraire, en gardant un silence et une retraite si prolongés, redoutait-il donc la vaine gloire ? En quoi pouvait l'appréhender Celui qui est la véritable gloire du Père ? Cependant, il craignait non pas pour lui, mais pour nous ; car il connaissait les dangers que nous ferait courir notre faiblesse. Son silence était une leçon à notre adresse ; tandis que ses lèvres se taisaient, ses actes nous instruisaient ; son exemple nous criait alors ce que sa parole devait nous enseigner plus tard : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Matth. XI, 29). En effet, de Jésus enfant nous ne connaissons que quelques paroles ; et nous n'en trouvons aucune qu'il ait prononcée depuis sa douzième année jusqu'à sa trentième. Mais dorénavant il ne peut plus rester caché, depuis que son Père céleste l'a manifesté d'une manière si éclatante. » Ainsi s'est exprimé saint Bernard. — Suivant l'exemple que le Seigneur nous a donné jusqu'à ce moment, exerçons-nous à l'observation du silence ; car celui qui garde en tout le silence, conserve la paix en tout. Faites donc tous vos efforts pour acquérir cette vertu ; car savoir se taire, c'est une chose bien plus rare que de savoir parler, comme l'atteste saint Ambroise (in cap, XIX, Luc.). — Vous avez donc vu dans toute la conduite du Seigneur Jésus éclater l'humilité, vertu aussi excellente que nécessaire. Vous devez la rechercher avec d'autant plus d'ardeur, l'aimer d'une affection d'autant plus grande, que le Seigneur s'est appliqué spécialement à la pratiquer dans tous ses actes pour nous en servir de modèle.
Ainsi, dans le baptême du Sauveur, la Trinité tout entière s'est manifestée d'une manière particulière, et de la sorte elle a consacré le baptême par sa présence. Le Père se manifesta par la voix qu'il fit entendre, le Fils dans son humanité, et le Saint-Esprit sous la forme de la colombe ; mais entre ces trois manifestations il y a des différences notables. Ainsi, dans la manifestation du Fils, l'humanité lui était personnellement unie, tandis que, dans les manifestations du Père et du Saint-Esprit, la voix et la colombe ne leur étaient point unies personnellement, mais étaient simplement des signes extérieurs qui les représentaient. La colombe figurait donc le Saint-Esprit, mais elle n'était pas le Saint-Esprit auquel elle n'était point unie personnellement ; car aucune autre créature que la nature humaine n'a joui de l'union hypostatique avec Dieu lui-même. Le Saint-Esprit n'était pas non plus uni à la colombe par la grâce, mais par la signification qu'elle présentait au moment de l'apparition ; aussi, dès qu'elle eut accompli sa mission, après le moment de cette apparition, elle retourna à l'état primitif, d'où elle avait été tirée, comme cela est arrivé pour les autres figures sous lesquelles le Seigneur a daigné se montrer aux humains. — Le mystère de la Trinité se manifesta seulement après et non pas avant le baptême du Sauveur, et cela n'arriva point sans motif ; car Jésus n'ayant pas besoin de la grâce sanctifiante, ne reçut point le baptême qu'il institua, mais le baptême que Jean administrait. Celui-ci se donnait au nom du Messie qui devait venir, tandis que celui-là se donne au nom de la Trinité. C'est pourquoi il ne convenait point que le mystère de la Trinité fût révélé pendant que Jésus-Christ était baptisé, mais après, pour montrer la différence des deux baptêmes, celui de Jean et celui du Sauveur. Si par conséquent la Trinité apparut seulement après que le Sauveur eut été baptisé, c'était pour signifier que désormais le baptême devait être conféré au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Matth. cap. ultim.). Néanmoins, dans la primitive Église, il fut conféré quelque temps au nom du Christ (Act. XIX) ; c'était alors pour environner ce nom d'un plus grand respect, afin de détruire l'erreur de ceux qui attribuaient la vertu du baptême aux ministres, en disant :
Moi, je suis à Paul, moi, je suis à Céphas, etc. (I Epist. ad Corint. I, 12). Mais lorsque cette cause eut cessé, l'Église revint à la forme précédemment indiquée
Voir note II.
Remarquons ici le triple effet que produit le baptême, surtout depuis la Passion du Sauveur. Il nous ouvre le ciel, puisque les chrétiens baptisés peuvent seuls y entrer ; il nous communique le Saint-Esprit, dont il nous confère la grâce avec les sept dons ; il nous fait entendre la voix du Père qui régénère les fidèles baptisés pour en faire des fils adoptifs, objets de sa complaisance ; car, par le baptême, les enfants de colère deviennent enfants de grâce et reçoivent une nouvelle naissance qui leur fait espérer la vie éternelle. — Arrêtez votre attention sur chacun de ces merveilleux effets ; puis élevez votre esprit pour découvrir le ciel de la Trinité qui transporte toutes vos pensées en Dieu. Ne laissez pas de tenir votre âme dans l'humilité, pour mériter comme récompense de recevoir le don du Saint-Esprit et d'entendre la parole du Père. Saint Anselme dit à ce sujet (Enarration. in Evang. Luc.) : « S'inclinant sous la main de Jean pour être baptisé dans le fleuve du Jourdain, Jésus entendit la voix de son Père et reçut la visite du Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. C'est pour nous apprendre que nous devons garder notre âme dans l'humilité, figurée parle Jourdain qui signifie descente ; dans cette disposition nous serons honorés de la conversation du Père qui communique ses secrets aux simples (Prov. III, 32), et nous serons favorisés de la présence du Saint-Esprit qui se repose sur les humbles ; mais ces sublimes avantages nous ne les obtiendrons qu'en courbant la tête sous la main de Jean qui veut dire grâce de Dieu ; car c'est à la grâce et non pas à nos mérites que nous devons rapporter tout ce qui nous vient de Dieu. »
Le baptême a été figuré par le bassin appelé mer d'airain qui était à l'entrée du temple de Jérusalem. Les prêtres devaient s'y laver avant de pénétrer dans le sanctuaire : ainsi tous ceux qui veulent entrer dans le ciel doivent auparavant se purifier par le baptême. Ce bassin était supporté par douze bœufs d'airain, images des douze Apôtres qui ont répandu le baptême du Christ dans l'univers tout entier. Il était garni tout à l'entour de miroirs transparents, afin que ceux qui entraient dans le temple pussent voir si leur extérieur n'avait rien de souillé ou d'inconvenant. Ceci nous montre que le baptême exige la préparation de la conscience, la détestation du péché et la contrition du cœur. — Nous trouvons une autre figure du baptême dans le Syrien Naaman, Gentil et lépreux, qui sur l'ordre d'Elisée, alla se plonger sept fois dans le Jourdain, où il fut ainsi parfaitement guéri de la lèpre (IV Reg. v). Les sept immersions qu'Elisée lui prescrivit dans l'eau de ce fleuve marquaient que l'eau du baptême devait nous laver des sept péchés capitaux. L'âme du pécheur devient alors pure comme celle d'un innocent, de même que la chair de Naaman redevint autrefois saine comme celle d'un enfant. — Nous voyons un autre symbole du baptême dans le passage du Jourdain que les Israélites traversèrent avant d'entrer dans la Terre promise (Josue III - IV). Ainsi doivent passer par les eaux baptismales tous ceux qui désirent parvenir à la patrie céleste. L'arche d'alliance qui restait au milieu du Jourdain, représentait Jésus-Christ qui descendit dans ce même fleuve, pour y recevoir le baptême. Les douze pierres que le peuple juif prit dans le lit du Jourdain, pour élever sur le rivage du fleuve un monument perpétuel de son passage miraculeux, figuraient les douze Apôtres qui ont annoncé dans tout l'univers le baptême de Jésus-Christ.
Relativement à ce qui précède, nous devons savoir que Jésus-Christ insinua d'abord, puis institua et enfin confirma son baptême. Il l'insinua d'abord en parole et en fait ; en parole, lorsqu'il dit : Si vous ne renaissez de l'eau et du Saint-Esprit vous n'entrerez point dans le royaume des deux (Joan. III, 5) ; en fait, lorsqu'il se fit baptiser par saint Jean. I1 l'institua avant sa résurrection en fait et en parole ; en fait, lorsque ses disciples baptisaient sur son autorité (Joan. IV, 2) ; en parole, lorsqu'il les envoya prêcher et baptiser dans la Judée (Luc. X). Il le confirma après sa mort, en fait et en parole ; en fait, lorsque le sang et l'eau sortirent de son côté (Joan. XIX) ; en parole, lorsqu'étant ressuscité il envoya ses disciples prêcher et baptiser dans tout l'univers (Marc. XVI).
A l'occasion de ce premier sacrement, faisons quelques observations générales sur tous ceux que Jésus-Christ a établis. Remarquons d'abord que le céleste médecin, venant pour guérir le genre humain, n'a pas manqué de lui appliquer le plus convenable remède. La maladie de l'homme, c'est le péché originel. Quoique ce péché dans le premier homme ait eu pour cause principale le consentement de la volonté, il avait eu pour occasion naturelle les sens du corps. Afin donc que le remède fût correspondant à la maladie, il ne devait pas être purement spirituel, mais avoir quelque chose de sensible ; car, comme les objets matériels avaient été pour l'âme l'occasion de sa décadence, ils devaient l'être également de sa réhabilitation. Aussi, les blessures de notre âme trouvent leurs plus convenables remèdes dans les sacrements de l'Église. — Dieu a institué les sacrements en diverses circonstances. Ainsi, il en a institué deux avant son avènement, savoir, le Mariage et la Pénitence ; mais il les a confirmés et perfectionnés sous la loi évangélique, l'un en assistant aux noces de Cana, et l'autre en prêchant la pénitence. Jésus-Christ seul inaugura les cinq autres sacrements : le Baptême, en le recevant lui-même et plus tard en lui donnant sa forme ; la Confirmation, en imposant les mains sur les enfants, l'Extrême-Onction, en envoyant ses disciples guérir les malades qu'ils oignaient d'huile ; l'Ordre, en conférant le pouvoir de lier et de délier ainsi que d'offrir le saint sacrifice ; l'Eucharistie, en consacrant et donnant à ses disciples le sacrement de son corps et de son sang la veille de sa Passion.
Les sacrements ont été établis pour plusieurs motifs : 1° D'abord, pour notre humiliation ; n'est-ce pas, en effet, une grande humiliation à l'homme d'employer des choses visibles qui lui sont bien inférieures, afin d'obtenir de Dieu le salut que l'orgueil lui a ravi ? 2° Pour notre instruction ; car nous trouvons dans les sacrements des enseignements qui nous excitent et nous portent au bien. 3° Pour la convenance ; car, comme le péché avait assujetti le cœur de l'homme aux objets corporels, il était à propos que Dieu fit dépendre de quelques signes corporels la guerison de l'âme. 4° Il fallait nous animer à fuir l'oisiveté et les occupations nuisibles, ainsi qu'à pratiquer les bonnes œuvres, en entendant la messe, recevant l'Eucharistie, et exerçant d'autres actes salutaires. 5° Il fallait que le remède fut en rapport avec le médecin. Par conséquent, comme le médecin est tout à la fois Dieu et homme, le remède devait avoir quelque élément divin tel qu'est la grâce invisible, et quelque élément humain tel qu'est la forme visible de la grâce. 6° Il fallait aussi que le remède fût en rapport avec le malade qui est l'homme, composé tout à la fois d'un corps et d'une âme. Or, l'âme se trouvant unie au corps, ne saisit bien les choses spirituelles qu'à l'aide des choses corporelles. I1 convenait donc de lui donner des remèdes spirituels dans des objets matériels, de même qu'on administre des pilules dans de la poudre. 7° Enfin, par l'institution des sacrements, Dieu voulait augmenter notre mérite ; car il est très-méritoire de croire à la parole divine dans les choses mêmes où la raison humaine ne trouve point de preuve évidente.
Un sacrement se compose de choses, d'actes et de paroles : les choses sacramentelles sont, par exemple, l'eau, l'huile, etc. ; les actes sont pour le baptême, l'ablution, l'insufflation et autres cérémonies ; les paroles sont des formules vocales, comme l'invocation de la sainte Trinité... Un sacrement peut être défini un signe visible d'une grâce invisible. Ainsi dans le baptême, nous voyons l'ablution extérieure du corps, mais nous ne voyons pas ce qu'elle représente, savoir l'ablution intérieure de l'âme ou la rémission des péchés. Par le baptême, que le sang de Jésus-Christ a consacré, nos ennemis, c'est-à-dire nos péchés, sont détruits de telle manière que nous sommes arrachés à la servitude du démon, comme les Juifs ont été soustraits à la tyrannie de l'Egypte, en traversant la Mer-Rouge. C'est de la mort de Jésus-Christ et de l'effusion de son sang précieux que le baptême tire sa vertu et son efficacité, comme tous les autres sacrements. Par le baptême, Jésus-Christ remet les péchés qui ont été commis, donne des forces pour les éviter dorénavant, et conduit au ciel où l'on ne peut plus les commettre. — Les sacrements ont été établis au nombre de sept contre trois sortes de coulpes et quatre sortes de peines. Ainsi le baptême efface le péché originel ; la Pénitence, le péché mortel ; l'Extrême-Onction, le péché véniel ; la Confirmation remédie à l'impuissance ; l'Ordre à l'ignorance ; l'Eucharistie à la malice ; le Mariage à la concupiscence qu'il tempère et qu'il excuse. — Le signe spirituel, distinctif et indélébile, qu'on appelle caractère, n'est pas conféré dans les sacrements qu'on peut réitérer, comme la Pénitence, le Mariage, l'Extrême-Onction et l'Eucharistie. Mais le Baptême, la Confirmation et l'Ordre impriment dans ceux qui les reçoivent, certains caractères ineffaçables qui les distinguent toujours. Ainsi, on distingue les fidèles des incrédules par le Baptême, les forts des faibles par la Confirmation, les clercs des laïques par l'Ordre. Ces trois sacrements impriment un caractère qui ne permet jamais de les réitérer absolument et sans condition sur une même personne. Afin de ne point faire injure aux autres sacrements, on ne doit les réitérer que pour des causes différentes sur une même personne et avec la même matière ; car si on pouvait pour une même cause les réitérer sur une même personne et avec la même matière, on pourrait penser que leur administration avait été précédemment sans valeur et sans effet.
Prière
Très-clément Jésus, qui avez voulu être baptisé de la main de saint Jean, j'ai recours à la pénitence comme à un second baptême, pour expier les péchés que j'ai commis, en violant les promesses que j'avais faites dans un premier baptême. Coupable et criminel que je suis, je confesse, ô mon Dieu, que je vous ai gravement offensé par pensée, parole, action et omission : mes fautes avec leurs circonstances sont incalculables ; je ne me suis pas précipité seul dans les filets des péchés, mais j'y ai entraîné beaucoup de personnes par ma persuasion, mon exemple, ma négligence, ou mon influence. Ah ! je supplie humblement votre miséricordieuse bonté, d'oublier et d'effacer tous les péchés que j'ai commis ou fait commettre. Ainsi soit-il.