Naissance et circoncision de Jean
Luc. I, 39-80
Marie, réfléchissant aux paroles que l'Ange lui avait dites touchant sa cousine Elisabeth, voulait la visiter pour la féliciter et la servir ; car Jésus, que Marie portait dans son sein, avait hâte de sanctifier Jean avant qu'il vint au monde. Sortant donc du lieu où elle demeurait dans une paisible contemplation et dans une oraison continuelle au milieu de ses occupations domestiques, elle quitta Nazareth avec la permission de Joseph, pour aller vers le midi dans les montagnes ; car la Judée est située dans les montagnes au midi par rapport à la Galilée, d'où partait Marie. C'est dans ce pays élevé qu'était située la maison de Zacharie, et l'on y arrivait par des chemins escarpés à travers les rochers. Marie partit en toute diligence, pour ne pas rester exposée longtemps aux regards du monde, nous montrant ainsi qu'une vierge ne doit pas se prodiguer en public, ni s'y entretenir avec les hommes. Elle vint à Jérusalem, cité de Juda, non pas ville de la tribu de Juda, mais capitale du royaume de Juda ; car Jérusalem était dans la tribu de Benjamin ; et il paraît que Marie la traversa pour arriver à l'endroit où habitait Zacharie, et où Jean naquit, c'est-à-dire à quatre milles au delà de Jérusalem, presqu'à l'Occident, en tirant un peu vers le midi.
Mais pourquoi Marie, après avoir conçu le Verbe éternel, alla-t-elle visiter Elisabeth ? Saint Ambroise nous l'apprend (lib. I in Luc. cap. de abitu Mariae in mont.) : « N'allez pas supposer, dit-il, que la sainte Vierge fût incrédule à l'oracle du ciel qu'elle avait reçu, qu'elle fût incertaine du message de l'Ange qui lui avait été envoyé, ou qu'elle doutât de l'exemple d'Elisabeth qui lui avait été allégué. Non ; mais la joie de savoir son désir accompli, et le zèle de servir sa chère cousine la pressent d'aller lui rendre visite. Regardez comment marche la Reine du ciel et de la terre ; elle n'est point portée sur quelque monture, mais elle va simplement à pied, accompagnée de quelques vierges qui demeuraient avec elle : elle entreprend ainsi un voyage long et difficile, car de Nazareth à Jérusalem, il y a trente quatre milles, et ensuite de Jérusalem jusqu'à la ville de Zacharie, quatre milles environ, c'est-à-dire deux lieues. Avec elle marchent la réserve dans les paroles et les actions, l'humilité, la pauvreté, et la suite convenable de toutes les vertus. Que dis-je ? Le Seigneur des vertus est lui-même avec elle ; grand et honorable cortège bien différent de ceux du monde, où la pompe le dispute à la vanité. Elle n'était pas retardée par sa grossesse, comme il arrive aux autres femmes dans la même position ; car le Seigneur Jésus ne fut jamais un poids pour sa mère. Heureux celui qui aurait rencontré Marie dans ce voyage, et qui aurait entendu sortir de sa bouche une parole de salut !
Voir note XXII.
Arrivée au terme, Marie entra dans la demeure de Zacharie et d'Elisabeth, sa parente (Luc. I, 40). Visitant une famille religieuse, elle y manifesta sa douceur et sa modestie ; et la première elle salua Elisabeth, la félicitant du don qu'elle avait reçu du ciel. Mais pourquoi la Vierge fut elle la première à donner le salut ? Il y a deux raisons de cela ; une raison d'humilité, et une raison de condescendance : Marie d'abord était la plus humble, puis elle était supérieure à Elisabeth. Ces deux raisons trouvent leur explication dans les mœurs du pays, où les inférieurs saluent les supérieurs pour leur témoigner le respect et la déférence, les supérieurs saluent aussi les inférieurs pour marquer que toute bénédiction vient d'en haut.
La conduite de Marie dans ces circonstances nous offre plusieurs leçons que nous devons mettre en pratique. 1° Marie se lève pour partir ; levons-nous également pour sortir de notre torpeur, éloignons-nous des convoitises terrestres où nous sommes restés comme endormis. 2° Marie s'en va dans les montagnes : montons nous aussi sur les hauteurs de la vie parfaite, aspirons vers les biens célestes, efforçons nous de les atteindre. 3° Marie part en toute diligence : hâtons-nous d'accomplir des bonnes œuvres ; ne négligeons rien pour faire tout le bien que nous pouvons ; car, suivant saint Chrysostôme, rien ne ruine davantage la vie spirituelle que de différer toujours les actions vertueuses ; souvent même ce délai nous fait perdre tout mérite. Aussi un auteur dit sagement, qu'on ne doit jamais différer une bonne œuvre, de peur que si un accident survient tout à coup, on ne puisse plus l'exécuter. Au contraire, le mal qu'on est quelquefois obligé de faire au prochain doit toujours être différé, afin que si un accident survient, on ne soit plus obligé de l'exécuter. 4° Marie vient dans la cité de Juda ; nous aussi allons dans la cité de Juda, c'est-à-direde là confession ou louange divine, dans l'Église, afin de louer Dieu et de lui rendre nos hommages : allons dans la Jérusalem céleste, cette cité de la contemplation, pour confesser le nom du Seigneur, car Juda signifie Celui qui confesse, qui loue. 5° Marie entra dans la maison de Zacharie ; nous aussi entrons dans la maison de Zacharie, en quittant les pensées vaines pour ne nous souvenir que des préceptes divins afin de les observer ; car Zacharie signifie Celui qui se souvient du Seigneur. 6° Marie salua Elisabeth : nous aussi saluons Elisabeth, en dédaignant les créatures pour chercher la satisfaction de nos désirs en Dieu qui seul peut rassasier notre cœur (Ps. CII, 5) ; car Elisabeth signifie c'est mon Dieu qui me rassasie. Mais de plus, nous devons communiquer au prochain la grâce que nous avons reçue, comme Marie le fit à l'égard d'Elisabeth et de son enfant.
Aussitôt que la Vierge eut salué Elisabeth, Jean fut rempli du Saint-Esprit, comme l'Ange l'avait promis. Ressentant alors la présence du Seigneur, il tressaillit d'allégresse dans le sein de sa mère, et il témoigna par certains gestes et mouvements le respect et la joie qu'il ne pouvait exprimer de bouche et de vive voix. Il s'agitait comme s'il eut voulu se lever, sortir du sein de sa mère, aller au devant de son Seigneur et le saluer. C'est alors que Jésus fit de Jean un prophète ; car, par ses tressaillements, l'enfant annonça l'arrivée du Sauveur, et commença le ministère de précurseur, comme si déjà il se fut écrié : Voici l'agneau de Dieu, voici celui qui aie les péchés du monde (Joan. I, 29). « Le Christ, dit saint Chrysostôme (hom. VII, Operis imperfecti), fit saluer Elisabeth par Marie, afin que la voix sortant de la poitrine de Marie, où habitait le Seigneur, et arrivant aux oreilles d'Elisabeth, descendît jusqu'à Jean pour le consacrer comme prophète ; car dès que la mère eut entendu la salutation de la Vierge, l'enfant prophétisa, sinon par des paroles, du moins par des signes. Dis-nous, enfant, ô le plus grand de tous les prophètes, toi qui mériteras d'être appelé plus que prophète, dis-nous donc d'où te vient cette allégresse si grande ? Quoi ! tu n'es pas encore né et déjà tu prophétises ! Tu reconnais l'avènement du Seigneur, et ne pouvant lui donner une parole de salut, tu lui donnes un signe de joie, comme tu le peux. Si tu étais né, avec quel transport tu t'élancerais pour voir Celui au devant duquel tu t'efforces de courir par tes tressaillements ! »
Elisabeth fut ensuite remplie du Saint-Esprit par le moyen et par les mérites de Jean ; la mère n'en fut pas remplie avant son fils ; mais lorsque le fils en fut rempli, il en remplit sa mère : car Jésus-Christ étant descendu dans le sein de Marie avec la plénitude de la grâce, répandit, par la salutation de la Vierge, la grâce de sanctification en saint Jean avec une telle abondance qu'elle rejaillit jusque sur Elisabeth. Voilà pourquoi, transportée d'une sainte joie et pénétrée d'un feu sacré, elle embrasse Marie avec effusion et jette un grand cri d'allégresse. Le fils, restant caché, apprend intérieurement à sa mère ce qu'elle doit faire extérieurement : car l'esprit de l'enfant qui ne pouvait encore élever la voix fit pousser un cri à sa mère ; elle le poussa soit pour exprimer sa vive affection, soit parce qu'elle connaissait les grands dons de Dieu, soit parce qu'elle portait dans son sein celui qui était la voix du Verbe. Elisabeth, comme excitée intérieurement par une grande force, répondit donc au salut de la Vierge avec un grand cri, plus grand par l'intensité de la dévotion, que par celle du son : car ce n'est pas le son mais la dévotion qui retentit aux oreilles de Dieu ; la dévotion est comme un grand cri qui monte jusqu'au ciel. Ainsi quand Dieu dit à Moïse qui se taisait: Pourquoi cries-tu vers moi ? (Exod. XIV, 15), évidemment il ne parlait pas des éclats de la voix, mais des soupirs du cœur. Aussi, d'après saint Augustin (in Ps. XXXVII) : le cri vers Dieu, c'est l'intention du cœur, c'est l'ardeur de la charité, parce qu'on demande toujours ce qu'on désire.
Et Elisabeth dit à Marie (Luc. I, 42) : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, c'est-à-dire par-dessus toutes les femmes, et entre celles qui sont bénies, vous êtes la première : car une aussi grande grâce n'a jamais été accordée et ne pourra jamais être accordée à aucune autre. Vous êtes donc bénie, et vous serez comblée encore de plus grandes bénédictions. Béni soit aussi le fruit de votre sein, parce qu'il apporte la bénédiction au monde. En tant qu'homme, il est béni de la bénédiction de la grâce, puisqu'il est rempli de tous les dons excellents ; en tant que Dieu, il est béni de la bénédiction de la gloire qu'il possède de toute éternité, et qu'il possédera pendant toute l'éternité. Votre bénédiction, ô Marie, n'est pas la source de la bénédiction de votre fils, si vous êtes bénie, c'est parce que votre fils vous a prévenue de ses faveurs signalées (Ps. XX, 4). L'arbre est béni, béni est aussi le fruit : le rejeton qui sort de la racine est béni, bénie est aussi la fleur qui s'élève de cette racine : Bénie est la mère, béni est le fils. Précédemment, Marie a été appelée bénie par l'Ange, parce qu'elle a réparé les ruines de l'Église triomphante ; maintenant elle est appelée bénie par Elisabeth, parce qu'elle a ressuscité l'Église militante qui était déjà comme morte. Selon la remarque de saint Bède (in cap. I Luc), « Marie s'entend adresser les mêmes paroles de bénédiction par Elisabeth que par Gabriel, pourquoi ? sinon parce qu'elle n'est pas moins digne de la vénération des anges que des hommes. » Remarquons que la bienheureuse Vierge produit cinq fruits : le fruit de son sein, par la génération qui nous a fait goûter le fruit de vie (Brev. Rom.) ; le fruit de son cœur qui est sa tendre compassion pour les affligés et pour les pécheurs ; le fruit de sa bouche qui est la prière ; le fruit de son œuvre qui est sa protection ; le fruit de son nom, c'est la dévotion que son nom béni inspire même aux plus grands coupables, de sorte que tous les hommes l'invoquent dans tous leurs dangers.
Elisabeth ajouta (Luc. I, 43) : Et d'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne vers moi ? C'est-à-dire quels sont mes titres, quels sont mes mérites, quels sont mes services, à moi vieille et stérile, déshonorée dans l'opinion des hommes, pour que la Mère de mon Seigneur, c'est-à-direune Vierge féconde et bénie, vienne avec tant d'humilité, d'affection et de déférence vers moi, sa servante et son esclave ? Assurément je n'y avais aucun droit : ce n'est point par quelque vertu ou par quelque perfection, ou par quelque noblesse, que j'ai pu devenir digne d'un si grand honneur, d'une si grande félicité ; c'est une pure grâce de Dieu. Ne devais-je pas plutôt aller vers vous, ô Marie ? Mais votre humilité et celle de votre divin Fils vous ont portée à venir vers moi. — Remarquons que Marie vient aux pécheurs par sa compassion, lorsque comme Mer d'amertume, elle leur donne l'amertume de la contrition ; elle vient aux opprimés par sa protection, lorsque comme Reine elle les délivre ; elle vient aux affligés par sa consolation, lorsque comme Étoile de la mer elle les réjouit de son doux éclat. C'est la pensée de saint Augustin, qui dit (serm. II de Annunt.) : « Sainte Marie, secourez les misérables, aidez les faibles, séchez les larmes de ceux qui pleurent. » — Oui, je le reconnais, ô Marie, vous êtes véritablement bénie avec le fruit de votre sein, et dans l'humilité de votre visite j'admire la grandeur de la vertu qui apparaît en vous. Votre arrivée et votre salutation ne me réjouissent pas seule, mais encore l'enfant qui dans mon sein manifeste par ses tressaillements ce qu'il ne peut exprimer par des paroles. Ainsi Elisabeth connut la miraculeuse Incarnation du Verbe et la divine Maternité de Marie ; car le Saint-Esprit, dont elle était remplie, lui fit comprendre, par l'agitation de son enfant, qu'elle voyait présente la Mère de Celui dont Jean devait être le précurseur. Elle qui naguère rougissait de sa tardive grossesse parce qu'elle ignorait le secret divin, maintenant bénit le Seigneur ; elle qui naguère se cachait parce qu'elle se sentait mère, se glorifie maintenant d'avoir conçu un prophète. Ce qu'elle a appris par une inspiration tout intérieure, elle l'annonce à toutes les personnes présentes, en disant : Oh ! Marie, vous êtes bienheureuse d'avoir cru aux paroles de l'Ange, puisque vous avez conçu par la foi (Luc. I, 45). Aussi vous verrez s'accomplir successivement toutes les prédictions que le Seigneur vous a communiquées par son céleste messager et par l'Esprit saint, qui lui-même sans intermédiaire a répandu ses clartés dans votre âme. Elisabeth montre clairement ici que l'Esprit saint lui avait révélé les paroles de l'Ange à Marie. Bienheureux donc ceux qui entendent et qui croient comme Marie ! Considère, ô homme, combien est puissante la vertu de la salutation de la bienheureuse Vierge Marie ; elle produit la joie, elle donne le Saint-Esprit, elle manifeste les secrets de Dieu et confère le don de prophétie. Ah ! Saluons donc toujours Marie, avec l'espérance qu'elle nous rendra notre salutation avec de précieux avantages.
Après avoir entendu cette réponse inspirée d'Elisabeth, qui l'appelait Mère de son Seigneur, qui la proclamait bienheureuse, et qui louait sa grande foi, Marie ne put taire plus longtemps les dons quelle avait reçus ; et l'oracle que sa pudeur virginale et sa profonde humilité lui avaient fait cacher en silence, elle le dévoile alors au moment opportun. Voilà pourquoi elle fait éclater l'excès de sa joie dans ce cantique d'allégresse que lui dicta l'Esprit saint : Mon âme glorifie le Seigneur, etc. (Luc. I, et sq) C'était la coutume chez les Hébreux dans les graves circonstances de composer et de consacrer des cantiques au Seigneur, quand il avait opéré des merveilles à leur égard. Or plus que personne, la sainte Vierge devait glorifier le Seigneur. À l'exemple des âmes humbles, elle n'avait pas publié immédiatement le sublime mystère qui lui avait été confié et qui la rendait si grande ; elle le tint secret jusqu'à ce qu'Elisabeth l'eût manifesté. Voyant alors que l'Esprit-Saint avait instruit Elisabeth du mystère, elle comprit que Dieu voulait qu'il fut enfin révélé ; et c'est elle qui le révéla en glorifiant le Seigneur, c'est-à-dire en attestant et déclarant qu'il était grand dans ses œuvres : par là elle ne rendait pas plus grand Celui qui comme être infini ne peut pas plus recevoir d'augmentation que subir de dommage ; mais, c'est comme si elle disait : ô Elisabeth, vous me glorifiez des biens que vous admirez en moi, et mon âme glorifie son Seigneur et son Créateur, Dieu le Père à qui elle rapporte tous les biens comme à leur auteur ; aussi dans ce cantique, ce n'est pas seulement ma langue qui le loue, c'est mon âme qui célèbre sa grandeur et sa magnificence. — Et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur, c'est-à-dire dans le Fils par qui tout a été créé, et par qui le monde est réparé. Marie plus que toutes les autres créatures doit se réjouir dans ce Sauveur, parce que c'est surtout aux parents à se réjouir dans leurs fils ; et, s'il est le Sauveur de tous les hommes, il l'est bien plus spécialement de Marie, à cause des sublimes prérogatives qu'il lui a octroyées. L'esprit, c'est l'âme même dont souvent il désigne d'une manière plus spéciale la partie supérieure ou la faculté raisonnable. Ainsi on peut dire que nous vivons et que nous sentons par l'âme, que nous discernons et connaissons par L'Esprit ; en sorte que toutes les puissances de l'homme sont comprises sous ces mots d'âme et d'esprit. L'âme embrasse toutes les puissances inférieures dans leurs rapports avec le corps : l'esprit au contraire marque les puissances supérieures de l'âme qui la ravissent au dessus d'elle-même par la douceur de la contemplation. Marie consacrant donc à Dieu son âme et son esprit emploie toutes ses puissances à remercier et à louer le Seigneur pour tous les bienfaits qu'elle en a reçus, comme si elle disait, suivant le témoignage de saint Ambroise (lib. I, in Luc.) : « Le don que Dieu m'a fait m'élève à une telle hauteur que ma langue ne pourra jamais l'exprimer ; mais pour lui rendre grâces, je lui offre mon âme tout entière ; à lui ma vie, ma sensibilité, mon intelligence pour observer ses commandements. » Car il doit honorer, exalter le Seigneur, Celui en qui éclatent sa grandeur et sa bonté ; comme le disciple doit glorifier son maître, et l'œuvre son auteur. Dieu est donc glorifié en nous, quand notre âme, créée à son image, se rend par les bonnes œuvres conforme à Jésus-Christ qui est l'image du Père, quand elle devient grande par ses vertus surnaturelles, quand nous vivons selon les préceptes divins, et que nous brillons par nos bonnes actions. C'est dans ce sens que l'apôtre a dit : Glorifiez et portez Dieu dans votre corps (I ad Cor. VI, 20). Or nous glorifions Dieu de trois manières dans ses bienfaits, savoir lorsque nous les lui attribuons, lorsque nous l'en remercions, et lorsque nous en profitons.
Remarquons aussi que dans ce cantique, Marie se répandit en louanges et en actions de grâces envers Dieu. Nous ne lisons pas dans l'Écriture qu'elle ait parlé d'autres fois en beaucoup de mots. Nous ne connaissons que sept circonstances dans lesquelles elle ait parlé, pour nous montrer par là qu'elle était remplie des sept dons du Saint-Esprit. Elle parla deux fois avec l'ange, lorsqu'elle lui dit d'abord : comment cela se fera-t-il (Luc. I, 34). Ensuite : voici la servante du Seigneur (Id. I, 38) ; deux fois avec Elisabeth lorsqu'elle la salua (Id. I, 40), puis lorsqu'elle lui dit : mon âme glorifie le Seigneur (Id. I, 46) ; deux fois avec son divin Fils : la première fois, dans le temple, lorsqu'elle lui dit : Mon fils, pourquoi avez-vous agi de la sorte avec nous ? (Id. II, 48) ; la seconde fois, aux noces de Cana, où elle dit : Ils n'ont point de vin (Joan. II, 3). Dans la même circonstance, elle parla une fois aux serviteurs pour leur dire : Faites tout ce qu'il vous dira (Id. II, 5). Il est évident par tous ces exemples que Marie fut toujours brève dans ses discours : le cantique de louange qu'elle adressa au Seigneur fait seul exception. Les paroles que nous venons de citer, elle les prononça à quatre époques différentes et toujours parce qu'elles étaient d'une grande utilité ; car elles furent toutes suivies d'un miracle : ainsi, lors de l'Annonciation de l'ange, elles produisirent l'Incarnation du Verbe ; lors de la visite à Elisabeth, elles firent tressaillir d'allégresse le Précurseur dans le sein de sa mère ; aux noces de Cana, elles firent changer l'eau en vin ; dans le temple, elles firent obéir le Fils de Dieu à la voix de sa Mère. — Nous avons dit que les paroles précitées avaient été adressées par la bienheureuse Vierge à quatre personnes différentes, à l'Ange, à Elisabeth, à son Fils et aux serviteurs. Or il y a là d'utiles enseignements. Une jeune chrétienne et surtout une religieuse doit parler très-rarement, si ce n'est avec un ange, c'est-à-dire avec un prêtre angélique ; car le prêtre est l'ange du Seigneur tout-puissant, et encore cet entretien ne doit avoir lieu qu'au tribunal de la Pénitence. Ou bien elle ne doit converser qu'avec une sainte Elisabeth, c'est-à-dire avec une femme grave, prudente et sainte, pour lui demander quelquefois des consolations dans ses perplexités. Elle ne doit encore s'entretenir qu'avec le Fils de Dieu, dans l'oraison ou dans la lecture spirituelle ; ou enfin avec des serviteurs irréprochables pour leur demander des choses nécessaires.
Considérons maintenant la joie de Marie et d'Elisabeth : toutes les deux louent le Seigneur de leur grossesse miraculeuse et passent dans de continuelles actions de grâces des jours heureux. Ô toit béni où reposent et habitent de telles mères, qui portent dans leurs flancs sacrés deux fils tels que Jésus et Jean ! Oh ! si nous pouvions monter avec Notre-Dame sur les montagnes de Judée, considérer les doux embrassements et entendre les salutations respectueuses de la femme jusqu'alors stérile et de la vierge enceinte, nous chanterions avec l'accent le plus harmonieux le magnifique cantique : Mon âme glorifie le Seigneur ; transportés de joie et d'allégresse, nous adorerions avec l'enfant-prophète le Dieu conçu de la Vierge Marie. « Ah maintenant ! Écrivait saint Anselme à sa sœur, gravissez les montagnes avec votre douce maîtresse. Voyez la femme âgée et la jeune vierge s'embrasser et se saluer ! Voyez comme le Seigneur est reconnu par son serviteur, le juge par son précurseur, le Verbe par celui qui est sa voix ! Voyez par quels tressaillements Jean, renfermé dans le sein d'une mère déjà vieille, prophétise Jésus, prisonnier dans les flancs sacrés d'une vierge délicate ! Bienheureuses mères, qui dans vos entrailles sentez se préparer le salut du monde entier, et s'accomplir la prédiction de cette joie perpétuelle qui doit remplacer les épaisses ténèbres de la tristesse. Accourez donc, ô ma sœur, accourez pour participer à cette grande allégresse ; prosternez-vous aux pieds de ces deux femmes bénies ; de leurs deux enfants embrassez l'un comme votre époux, et vénérez l'autre comme son plus tendre ami. » — Admirons et imitons les prodigieux exemples d'humilité que nous trouvons dans cette visite. Marie va à Elisabeth, Jésus-Christ à Jean, la maîtresse à la servante, le maître au serviteur ; et Marie ne dédaigne pas de servir Elisabeth ; peut-on trouver de plus grandes leçons d'humilité ? Et Marie qui possédait la plénitude de toutes les vertus, ne semble-t-elle pas ne se glorifier que de l'humilité, et la reconnaître comme la reine de toutes les autres, lorsqu'elle dit dans son cantique : Voilà qu'il a regardé l'humilité de sa servante (Luc. I, 48). À l'exemple de Marie, n'ayons de nous-mêmes que d'humbles sentiments ; et, comme elle, faisons remonter tous nos biens vers Dieu comme vers leur source, sans rien nous attribuer.
Marie demeura trois mois environ avec Elisabeth (Luc. I, 56). Étant venue pour la consoler et lui rendre ses devoirs, elle l'assista, la servit avec condescendance, respect et affection, en tout ce qu'elle put ; elle sembla oublier qu'elle était Mère de Dieu et Reine de l'univers, pour mettre le comble à son humilité. Dans elle, la contemplation n'abandonna pas l'action, et l'action ne diminua point la contemplation. Voilà pourquoi, dans la fête de l'Assomption de la bienheureuse Vierge, l'Église fait lire l'Évangile qui nous montre à la fois l'empressement de Marthe et la quiétude de Marie ; car la vie de la sainte Vierge fut en même temps active, comme nous le voyons dans sa visite à Elisabeth, et contemplative, parce qu'elle gardait dans son esprit et méditait dans son cœur tout ce qu'elle avait vu et entendu. Elle resta avec Elisabeth jusqu'à la naissance du Précurseur de son Seigneur, afin de prodiguer ses soins charitables à la mère et à l'enfant : elle ne partit pas plus tôt, pour ne pas paraître trop souvent en route et en public, mais elle resta longtemps avec ceux pour qui elle était venue, afin de les faire croître davantage en grâce ; car si la première arrivée de Marie et du Seigneur lui-même remplirent du Saint-Esprit Elisabeth et Jean, de quelles grâces ne dut pas les enrichir le long séjour d'une si sainte Mère et d'un tel Enfant
Voir note XXIII ?
Elisabeth étant donc à son terme, accoucha d'un fils le huit des calendes de juillet, un vendredi (Luc. I, 57). La bienheureuse Vierge s'empressa de servir en toute humilité le nouveau-né et la mère ; quoique dans une maison étrangère, elle préféra servir plutôt que d'être servie. Les
voisins ou commensaux,
ainsi que les parents consanguins ou alliés d'Elisabeth,
apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde sur elle (Id. I, 58), en effaçant l'opprobre de sa stérilité, et en lui donnant un fils annoncé par un ange et conçu par miracle. Ils la félicitaient d'un si grand don, suivant ce que Gabriel avait dit à Zacharie :
Beaucoup se réjouiront à sa naissance (Luc. I, 14). Cette joie présageait l'auréole de sainteté qui devait plus tard ceindre le front de Jean. Ainsi nous devons féliciter notre prochain et nous réjouir du bien qui lui arrive, contrairement aux envieux qui se réjouissent du mal d'autrui, et qui s'attristent de son bonheur. Notons qu'en l'illustre anniversaire de cet heureux événement, saint Jean l'Évangéliste quitta plus tard la prison de ce monde, pour entrer tout glorieux dans le palais du ciel, parmi les applaudissements des anges. Mais l'Église, tout occupée de célébrer en ce jour la naissance de saint Jean-Baptiste, a renvoyé la fête de saint Jean l'Évangéliste au troisième jour qui suit la Nativité du Sauveur, soit parce que c'est celui où une Basilique de Rome fut dédiée à l'ami privilégié de Jésus-Christ, soit parce que c'est celui où le même saint apôtre fut établi patriarche des Églises d'Asie. La solennité de saint Jean-Baptiste est au contraire restée à son jour naturel, parce que l'ange l'avait marquée d'avance comme devant être une époque de joie, à cause de la naissance du Précurseur. Mes très-chers frères, honorons donc aujourd'hui par de pieuses louanges, ces deux grands amis de Dieu, qui resplendissent de gloire parmi les chœurs des esprits célestes ; prions-les de porter nos prières auprès du trône du Seigneur, afin que nous obtenions miséricorde et que nous trouvions grâce, au temps opportun. Mais pourquoi célébrons-nous la naissance de Jean-Baptiste plutôt que celle de tout autre saint ? D'après saint Augustin (lib. V homiliarum hom. 44), la raison en est que les autres saints ont donné leur foi au Seigneur seulement après leur naissance, à l'âge où leur raison fut développée, mais aucun n'a rendu témoignage au Christ dès sa naissance. La nativité de Jean-Baptiste au contraire prophétisa l'avènement du Sauveur qu'il avait salué dans le sein de sa mère. On célèbre encore la nativité de Jean-Baptiste, parce qu'il fut donné par la grâce de Dieu, et qu'il vit le jour au commencement du règne de la grâce ; parce qu'aussi il devait prêcher la grâce du Nouveau Testament, après en avoir été rempli dès le sein de sa mère. Il en est qui ont coutume d'allumer de grands feux à la fête de la nativité de saint Jean, pour montrer par la qu'en ce jour a brillé dans le monde comme un astre naissant Celui dont le Seigneur a dit :
était une lampe ardente et luisante Voir note XXIV (Joan. V, 35).
Le huitième jour après la naissance du Précurseur, on vint pour circoncire l'enfant, selon le précepte de la loi (Luc. I, 59). Comme dans la circoncision on donnait alors un nom à l'enfant, ainsi qu'on le fait aujourd'hui dans le baptême, l’Évangile ajoute : Et ils lui donnaient le nom de son père qui était Zacharie. C'était la coutume des anciens de donner le nom du père au premier-né, et surtout au fils après lequel on n'en espérait pas d'autres. C'est avec raison qu'on imposait un nom dans la circoncision, parce que cette cérémonie figure le retranchement des affections charnelles, sans lequel personne ne mérite de voir son nom inséré dans le livre de vie. Mais la mère, prenant la parole, dit : Non, nous ne l'appellerons point Zacharie, mais Jean (Luc. I, 60). Dieu lui avait révélé ce nom qu'elle n'avait pu apprendre du père qui était muet. On interrogea donc celui-ci par signe sur le nom qu'il voulait imposer à l'enfant ; ce qui prouve que Zacharie était non-seulement muet, mais encore sourd (Luc. I, 62). Il demanda par signe également un pugillaire, c'est-à-dire une tablette que l'on pouvait tenir à la main : car, selon l'usage des Romains, on portait cette tablette sur laquelle on écrivait ce qu'on voulait. Quelquefois aussi on appelait pugillaire le roseau, ou le stylet, ou le poinçon qui servait à écrire. Zacharie écrivit donc ces paroles : Jean est son nom (Id. 63). Il n'écrivit pas Jean sera, mais Jean est son nom, comme s'il disait : Déjà Dieu par son Ange a imposé ce nom à l'enfant ; ainsi je ne l'impose point, mais je déclare seulement qu'il est imposé. Remarquons que ce nom convenait bien au saint Précurseur pour plusieurs raisons : parce qu'il possédait la plénitude de la grâce, parce qu'il inaugurait le temps de la grâce, et parce qu'il annonça le premier l'excellence de la grâce qui devait remettre les péchés, et conférer les dons spirituels.
Tous furent extrêmement surpris de voir le père et la mère s'accorder ainsi, sans concert préalable, sur le nom de l'enfant. À l'heure même, la bouche de Zacharie s'ouvrit, et sa langue se délia ; car la foi lui rendit ce que la défiance lui avait enlevé. En donnant ainsi par écrit un témoignage de foi qu'il ne pouvait plus donner par la voix, il mérita de recouvrer l'usage de la parole qu'il avait autrefois mérité de perdre par une parole de doute. Cet événement prouve que la grâce du Nouveau Testament commençait à manifester son action. Aussi Zacharie parlait et bénissait Dieu pour les bienfaits signalés qu'il en avait reçus (Luc. I, 64). Il n'est pas étonnant qu'il put alors parler puisque son supérieur, c'est-à-dire Dieu même, l'avait béni ; et lui-même à son tour bénit Dieu, suivant cette invitation du prophète: Prêtres du Seigneur, bénissez le Seigneur (Daniel III, 84). — Tous les voisins furent saisis d'une grande crainte, causée par l'admiration des prodiges qui avaient précédé, accompagné, et suivi la naissance de Jean, comme étaient la fécondité d'une femme âgée jusqu'alors stérile, l'imposition d'un nom extraordinaire à son enfant, la restitution miraculeuse de la parole au père (Luc. I, 65). La crainte pouvait être aussi causée par l'appréhension des châtiments : car en voyant un homme juste puni pour une simple hésitation, ils comprenaient combien il est dangereux d'offenser Dieu. — Et le bruit de ces merveilles se répandit dans tout le pays des montagnes de la Judée (Luc. I, 65). Et tous ceux qui les apprirent les gravèrent dans leur esprit (Id. 66) ; car en réfléchissant sur d'aussi grandes choses, ils en attendaient de grands résultats : ils disaient entre eux : À votre avis, que sera et quel sera cet enfant ? Comme s'ils disaient : sans doute, il sera très-grand et très-illustre. Peut-on être étonné de cette question au sujet d'un tel enfant ? La main du Seigneur, c'est-à-dire la puissance divine, la vertu surnaturelle du Très-Haut, n'était-elle pas avec Jean dans les prodiges qui avaient été opérés à son égard ? N'était-il pas rationnel de conclure, de prévoir que cet enfant serait très-grand devant Dieu ?
Et Zacharie fut rempli du Saint-Esprit, alors tout inspiré, il proféra ce Cantique prophétique à la louange du Seigneur: Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël, etc. (Luc. I, 67 sq) D'après cela, comprenons combien la bonté divine est libérale pour répandre ses dons les plus excellents sur ceux qui sont prompts à les recevoir convenablement : car Zacharie, qui pour avoir conçu quelque défiance avait perdu la parole, en retrouva la faculté parfaite, avec l'esprit de prophétie, lorsqu'il reprit une entière confiance. Où le mal avait abondé, la grâce a surabondé (Rom. V, 20). Dieu agit souvent ainsi vis-à-vis de nous ; il nous rend plus qu'il ne nous avait ôté, et il guérit non seulement le corps mais aussi l'âme de ceux qu'il avait frappés et châtiés. Ecoutons saint Ambroise à ce sujet (lib. VII in Luc. cap. de prophetatione Zachariae) : « Voyez, dit-il, combien le Seigneur est généreux, comme il pardonne facilement les péchés, lui qui non-seulement restitue les biens enlevés, mais encore qui y ajoute des dons inattendus. Zacharie était muet naguère et maintenant il parle comme prophète. N'est-ce pas une grâce insigne de la part de Dieu que celui qui ne l'avait pas cru d'abord, le confesse ensuite ? Ah ! ne perdons jamais confiance. Que le sentiment de nos fautes les plus invétérées ne nous fasse pas abandonner l'espoir des récompenses divines ; car Dieu ne dédaigne pas de changer ses desseins à notre égard, si nous consentons nous-mêmes à réparer nos fautes. »
Enfin Marie dit adieu à Elisabeth et à Zacharie, bénit Jean, et retourna dans sa demeure à Nazareth. Selon l'opinion la plus commune, elle ne partit qu'après la naissance du précurseur. Par l'exemple de Marie qui revint dans sa maison, après avoir assisté sa parente, apprenons à ne point rester chez les autres sans leur être utiles. Ah ! quelle peine dut éprouver Zacharie, que de larmes Elisabeth dut verser au départ de Marie, lorsque cette joie du monde, cette Étoile de la mer les quitta ! Que cette séparation dut aussi être cruelle pour Jean, lui que l'arrivée de Marie avait fait tressaillir avec tant d'allégresse ! Dans ce retour de Marie, tâchons de nous rappeler quelle fut sa pauvreté. Elle revient chez elle, où elle ne trouvera ni pain, ni vin, ni les autres choses nécessaires. Elle était restée trois mois chez sa cousine probablement au sein de l'abondance ; la voilà retombée dans l'état de pauvreté, où elle est obligée de gagner sa nourriture par le travail de ses mains. Compatissons à Marie, et apprenons d'elle à aimer la pauvreté.
Cependant l'enfant miraculeux, Jean, croissait et se fortifiait selon l'esprit (Luc. I, 80), c'est-à-dire que son corps se développait à mesure que son âme s'enrichissait de grâce et de vertu : car la chair qui est faible doit être fortifiée par l'esprit qui est prompt. Pour rendre sa vie plus parfaite, il demeurait dans les déserts où il s'appliquait à l'oraison et à la contemplation. Il y resta depuis l'âge de sept ans, jusqu'au jour où il devait paraître devant le peuple d'Israël, sur l'ordre de Dieu, c'est-à-dire jusqu'au temps où il vint au delà du Jourdain prêcher le baptême de la pénitence, en la quinzième année de l'empire de Tibère César ; car ce fut alors que Jean sortit du désert pour enseigner les peuples (Luc. III, 3). — Toutes les merveilles qui viennent d'être racontées, et tous les privilèges qui restent encore à rapporter, doivent nous faire concevoir la sublime grandeur de Jean-Baptiste.
Prière
Glorieux saint Jean-Baptiste, vous qui avez été rempli du Saint-Esprit, avant d'être sorti du sein maternel ; et qui avez connu le Seigneur avant de voir le jour, puissant protecteur, que la grâce a rendu si agréable à Dieu, veuillez accueillir un pécheur affligé de ce que l'iniquité l'a rendu si coupable envers Dieu. Puisque la bonté divine a daigné vous élever extraordinairement, illustre Précurseur du Christ, que votre bonté compatissante daigne aussi relever celui que sa propre faute a fait tomber profondément ; car si mon abaissement vient de mon iniquité, votre grandeur ne vient pas de votre seule vertu, mais de la grâce divine agissant avec vous. Misérable que je suis, je vous prie d'obtenir que, comme vous avez tressailli d'allégresse au premier avènement du Sauveur, je mérite aussi moi de tressaillir de joie à son second avènement, en partageant la gloire des Saints. Ainsi-soit-il.