Présentation de Jésus-Christ au Temple
Luc. II, 22-39
Quarante jours après la naissance de Jésus, lorsque le temps où elle devait se purifier fut accompli (Luc. II, 22), Marie sortit de l'étable avec Joseph et l'Enfant pour exécuter les prescriptions légales, quoiqu'elle n'y fût pas obligée, puisqu'elle avait conçu sans impureté. Dans la circoncision, l'enfant était lavé de la tache originelle que ses parents lui avaient communiquée, et dans la purification, la mère était lavée des souillures qu'elle avait contractées par l'acte même de la conception ; mais rien de cela n'avait rapport à Jésus et à Marie. Cependant, après que l'Enfant eût été circoncis à Bethléem ils le portèrent à Jérusalem afin de le présenter au Seigneur dans son temple, conformément à la loi, et afin d'offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux pigeonneaux. (Luc. II, 24). Pour bien comprendre ce que nous disons ici, il faut savoir qu'il y avait deux préceptes relativement à la naissance d'un enfant. Le premier, qui était général pour tous, ordonnait de porter l'enfant au temple et d'offrir pour lui un sacrifice, au jour fixé pour la purification de la mère (Levit. XII). Or, d'après la loi de la purification, la femme qui, ayant usé du mariage, mettait au monde un enfant mâle, était regardée comme impure pendant sept jours, de sorte qu'elle ne pouvait ni communiquer avec les hommes, ni entrer dans le temple, ni toucher les choses saintes ; le huitième jour, l'enfant était circoncis et la mère pouvait communiquer avec les hommes ; mais pendant les trente-trois jours qui suivaient, elle ne pouvait encore entrer dans le temple, ni toucher aux choses saintes ; durant tout ce temps elle ne devait pas sortir de sa maison, etc. Après ces trente-trois jours et les sept qui précèdent, c'est-à-dire quarante jours après ses couches, elle venait au temple présenter son enfant, et offrir des sacrifices pour elle et pour lui au Seigneur. Si elle avait mis une fille au monde, la société des hommes et l'entrée du temple lui étaient interdites pendant un nombre double de jours. Le second précepte, qui était spécial pour les premiers-nés tant des nommes que des animaux, ordonnait de les consacrer entièrement au Seigneur. Car, depuis le temps où le Seigneur avait tué les premiers-nés des Égyptiens, en épargnant ceux des Israélites, il avait enjoint aux Israélites de lui consacrer désormais tous leurs premiers-nés. En sorte que, comme il avait exigé l'offrande des prémices des fruits, il avait pareillement exigé le sacrifice des premiers-nés des hommes et des animaux purs. Mais pourquoi cela ? sinon pour nous montrer que nous devons consacrer au Seigneur toutes les premières choses, spécialement tout ce que nous avons de meilleur et de plus cher.
Ces deux prescriptions furent observées à l'égard de Jésus-Christ, qui a daigné s'assujettir à la loi, en sa double qualité de nouveau-né et de premier-né de là femme. Quoiqu'il fût en tout égal à son Père céleste, le Maître de l'humilité parfaite ne se contenta pas de se soumettre à une humble Vierge, il voulut encore se soumettre à la loi, et cela pour plusieurs motifs : 1° pour donner son approbation à celte même loi ; 2° pour montrer qu'en l'observant il lui avait donné son accomplissement, et qu'elle était abrogée désormais, puisqu'elle n'avait été portée que par rapport à lui ; 3° pour ôter aux Juifs toute occasion de le calomnier ; 4° pour affranchir les hommes de l'esclavage de cette loi ; 5° afin de nous donner l'exemple de l'obéissance et de l'humilité.
La Bienheureuse Vierge n'était pas non plus assujettie à la loi et n'avait pas besoin de purification comme les autres mères, puisqu'elle avait conçu sans user du mariage, par l'opération surnaturelle du Saint-Esprit : elle voulut néanmoins s'assujettir à cette loi pour plusieurs raisons : 1° pour se conformer en cela aux autres femmes, comme son Fils s'assimilait en tout aux hommes ses frères. C'est ce qui fait dire à saint Bernard (Serm. III, in Purificat.) : « La loi n'est vraiment point obligatoire pour vous, ô bienheureuse Vierge, et la purification ne vous est point nécessaire ; mais la circoncision n'était pas non plus nécessaire à votre divin Fils ; rendez-vous semblable aux autres mères, comme lui-même a voulu se rendre semblable aux autres enfants » ; 2° d'après le vénérable Bède, Marie s'est soumise à la loi, comme Jésus-Christ, spontanément, sans y être obligée, afin de nous délivrer d'un joug onéreux ; 3° par cette observation de la loi, Marie a voulu ne pas laisser un sujet de scandale aux Juifs ; car on ignorait encore qu'elle eût conçu par la seule opération du Saint-Esprit ; en sorte que si elle n'eût pas gardé le précepte de la purification, elle eût fourni au peuple une occasion de pécher et de murmurer contre elle ; 4° en accomplissant la purification, Marie a voulu mettre fin à cette loi abrogée par l'avènement du Christ qui est notre purification, en nous justifiant au moyen de la foi ; 5° elle a voulu encore nous donner un modèle d'humilité en sa personne. Car elle s'humilia dans les choses mêmes auxquelles elle n'était point obligée, afin qu'en sa qualité de Mère du Docteur universel, elle pût également nous instruire ; mais comme elle ne pouvait, à cause de son sexe, le faire publiquement par ses discours, elle voulut le faire du moins par ses exemples.
Ainsi, quoiqu'elle n'en eût pas besoin, Marie a voulu accomplir les cérémonies de la purification, parce qu'elle observait soigneusement toutes les prescriptions de la loi ; aussi elle a été figurée par l'Arche d'alliance qui contenait les commandements divins. Car là, sur deux tables de pierre, étaient gravés les dix préceptes du Décalogue que Marie gardait fidèlement ; là, était aussi le livre de la Loi que Marie méditait assidûment. De plus l'Arche possédait la verge d'Aaron, cette verge qui avait fleuri miraculeusement comme Marie lorsqu'elle donna au monde le fruit béni de ses chastes entrailles. L'Arche renfermait encore l'urne d'or avec la manne tombée du ciel, symbole de celle que Marie a offerte à tous les hommes comme le véritable pain de vie. L'Arche était faite d'un bois incorruptible, et Marie n'éprouva jamais la corruption dans son corps virginal. L'Arche avait sur les côtés quatre cercles d'or, et Marie brillait par les quatre vertus cardinales qui sont le principe et la source de toutes les autres. L'Arche était transportée à l'aide de deux bâtons qui représentaient la double charité en Marie. L'Arche était revêtue d'or en dedans et en dehors, de même que Marie était ornée de toutes les vertus intérieures et extérieures. Marie était également figurée par le chandelier d'or qui éclairait à Jérusalem dans le temple du Seigneur ; les sept lampes ardentes qui s'élevaient sur ce chandelier signifiaient les sept œuvres de miséricorde qui ont éclaté dans Marie, cette Reine de miséricorde, cette Mère de toute bonté. En la fête de la Purification ou Chandeleur, lorsque nous portons à la main un cierge allumé, nous honorons ce divin candélabre avec la lumière qui en jaillit. Car en ce jour Marie présentait au Seigneur la vraie lumière lorsque le vieillard Siméon acclama Celle qui devait éclairer les nations. En effet, la mèche, la cire et le feu du cierge que nous portons représentent la chair, l'âme et la divinité du Christ, Fils de Marie. Il fut offert au Seigneur pour le genre humain, comme un flambeau ardent qui a dissipé la nuit ténébreuse où nous étions plongés. Cette offrande avait été figurée encore par le jeune Samuel. En effet, Dieu donna miraculeusement ce fils à Anne qui était toujours demeurée stérile, et, par un prodige non moins étonnant, il rendit Marie mère sans qu'elle cessât d'être vierge. Anne offrit au Seigneur ce fils qui devait protéger les Juifs, et Marie offrit son Fils qui devait sauver le monde ; mais les Juifs rejetèrent ensuite le fils d'Anne, et ils condamnèrent à une mort ignominieuse le Fils de Marie ; c'est ce que le vieillard Siméon avait prédit à la Vierge-Mère, en lui annonçant qu'à l'occasion de ce Fils un glaive de douleur transpercerait son âme.
Les parents de Jésus allèrent donc à Jérusalem pour satisfaire à la loi ; car malgré les craintes qu'Hérode leur inspirait, ils n'osèrent pas transgresser le précepte qui commandait de porter l'Enfant au temple. Tout paraissait encore tranquille, parce qu'en attendant le retour des Mages, Hérode n'avait pas encore révélé la malice de son cœur. Notre-Seigneur Jésus-Christ se soumettant ainsi avec sa sainte Mère aux prescriptions de la loi, nous apprend avec quel soin et avec quelle ardeur nous devons observer les préceptes de son Évangile, puisque lui-même se montre si docile aux ordonnances qu'il avait imposées par son serviteur Moïse. Ils apportèrent donc au temple le Maître du temple afin de satisfaire pour lui aux prescriptions légales. (Luc. II, 27). Lorsqu'ils furent entrés, ils achetèrent deux tourterelles, ou deux petits de colombe, afin de les offrir pour lui au Seigneur, selon l'usage des pauvres : et, comme ils étaient en effet très-pauvres, il est à croire qu'ils achetèrent de préférence deux petits de colombe, qui se trouvent plus facilement et à plus bas prix, et c'est sans doute pour ce motif qu'ils sont indiqués en dernier lieu dans la loi. L'Évangéliste ne parle pas de l'agneau qui était l'offrande des riches. Remarquez ici avec admiration que Notre-Seigneur se choisit des parents si pauvres qu'ils n'avaient pas même un agneau à offrir pour lui, mais seulement deux tourterelles ou deux petits de colombe qui étaient l'offrande ordinaire des pauvres, La loi prescrivait que le jour où une femme devenue mère irait au temple présenter son enfant au Seigneur, elle offrirait pour elle et pour lui un agneau d'un an et sans tache en sacrifice d'holocauste, et de plus une tourterelle ou un petit de colombe en sacrifice d'expiation. Celles qui ne pouvaient sacrifier un agneau, devaient donner deux tourterelles ou deux petits de colombe ; de ces deux oiseaux, l'un devait être entièrement consumé comme holocauste à la place de l'agneau, et l'autre, immolé en expiation, était réservé en partie au prêtre qui priait pour la femme et la délivrait de son impureté légale. C'est cette dernière offrande que Notre-Seigneur choisit pour lui-même ; et, quoiqu'il fût infiniment riche, il a daigné se faire extrêmement pauvre pour nous, afin de nous communiquer par cette pauvreté volontaire ses immenses trésors, nous rendre riches par la foi, et ses cohéritiers au royaume céleste. Car, de même qu'il s'est revêtu de notre mortalité, afin de nous associer à son immortalité, de même il a pris notre pauvreté, afin de nous faire partager ses richesses éternelles. À l'exemple de notre divin Maître, embrassons la pauvreté volontaire, sachons nous contenter de la nourriture et du vêtement, comme dit l'Apôtre (I ad. Timot, VI, 8.).
Pourquoi la loi du Lévitique permet-elle d'offrir en sacrifice au Seigneur deux petits de colombe et non pas simplement deux colombes, comme elle permet d'offrir deux tourterelles, et non deux petits de tourterelle ? Saint Bernard nous en donne la raison en ces termes (Serm. IX, Super cantic) : « Quoique le Saint-Esprit soit ordinairement figuré par la colombe, cependant, comme cet oiseau est assujetti aux passions charnelles, il n'était pas convenable de l'offrir a Dieu en sacrifice, à moins que ce ne fût à l'âge où il est encore exempt de passions. Mais l'âge de la tourterelle n'est pas marqué, parce qu'elle est chaste à tout âge : elle ne contracte qu'une seule union, et quand cette union est rompue, elle n'en forme pas d'autre, désapprouvant ainsi les hommes qui convolent à de nouvelles noces. Quand elle a perdu son conjoint, elle garde la viduité jusqu'à la mort avec courage ; vous la voyez toujours solitaire, vous l'entendez toujours gémir, vous ne la trouvez jamais dans les bocages frais et verdoyants, comme pour nous apprendre à fuir les occasions séduisantes et les plaisirs dangereux : elle se retire habituellement sur le sommet des rochers, et se tient sur la cime des grands arbres, comme pour nous enseigner que, si nous voulons persévérer dans la continence, il faut mépriser les choses terrestres et rechercher les choses célestes. » Ce sont là les paroles mêmes de saint Bernard.
Alors apparut Siméon, prêtre illustre entre tous les autres, homme juste pour pratiquer tout bien et timoré pour éviter tout mal (Luc. II, l5) ou encore, juste relativement au prochain et timoré vis-à-vis de Dieu ; car la justice existe difficilement sans cette craints filiale du Seigneur qui en est la gardienne comme elle l'est de toutes les autres vertus, parce que plus l'homme aime Dieu avec ardeur, plus il évite avec soin ce qui peut lui déplaire. En effet, la justice accompagne toujours les œuvres de ceux dont l'esprit est pénétré de la crainte de Dieu, selon ce témoignage du Psalmiste (Ps. CXI, 1) : Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et d'après cette maxime de Salomon (Eccl. VII, 19) : Celui qui craint Dieu, ne néglige rien. C'est à bon droit que Siméon est qualifié d'homme juste ; et il l'était par rapport au prochain, puisqu'il cherchait non seulement son propre salut, mais encore celui de tout le peuple ; car il attendait la consolation d'Israël, il désirait et il espérait l'avènement du Messie, et l'accomplissement de sa Mission dans un sens élevé et véritable. Les hommes imparfaits et charnels n'attendaient à l'arrivée du Libérateur annoncé, que la consolation temporelle et la délivrance du joug d'Hérode qui les opprimait ; mais les hommes supérieurs et parfaits comme Siméon attendaient la consolation spirituelle et la destruction de l'empire du démon qui dominait le genre humain. En effet, la Consolation d'Israël, c'est-à-dire de celui qui voit Dieu, c'était l'Incarnation du Seigneur, après laquelle soupiraient les saints patriarches, affligés par le souvenir douloureux de la chute originelle. C'était cette Consolation qu'attendait avec une foi vive Siméon dont le nom signifie obéissant, ce vieillard que son âge avancé pressait de quitter la terre, mais qui était retenu par son désir ardent de voir le Seigneur dans la chair. Et l'Esprit-Saint que la présence du souverain bien rendait un Esprit sanctificateur, résidait en Siméon, avec la plénitude de la grâce ; car ce saint vieillard ne possédait pas seulement la grâce habituelle comme tous les justes, mais encore les grâces spéciales d'illumination et de consolation. L'Évangéliste, avant de dire de Siméon que le Saint-Esprit habitait en lui, a soin de déclarer d'abord qu'il était juste et timoré, car Dieu n'habite que dans les cœurs de ceux qui le craignent et observent sa justice, selon ce qu'il atteste lui-même par la bouche du prophète Isaïe (LXII, 2) : Sur qui se reposera mon esprit, si ce n'est sur l'homme humble et pacifique qui garde avec crainte ma parole ? Ce saint homme dans ses ferventes prières avait donc reçu secrètement du Saint-Esprit qui demeurait en lui, une réponse intérieure relativement à l'arrivée du Messie, et il comprit qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu des yeux du corps le Christ qu'il apercevait déjà des yeux de l'âme. Il est donc évident qu'il avait demandé cette faveur, puisqu'il espérait l'obtenir, et qu'il attendait toujours avec confiance la Consolation d'Israël. À cette époque, les hommes les plus éclairés pensaient communément que les temps marqués pour l'avènement du Christ approchaient, selon les signes que les Patriarches et les Prophètes en avaient donnés. Aussi le vieillard Siméon redoublait de ferveur dans les prières qu'il adressait à Dieu pour ce sujet ; alors inspiré (Luc. II, 27), c'est-à-dire averti par une révélation et conduit par un ordre du Saint-Esprit qui était en lui, il vint au temple, afin de voir le Christ ou l'Oint du Seigneur, avant de mourir, selon la réponse et la promesse qu'il avait reçues du Saint-Esprit. Oh ! de quel ardent désir était embrasé cet heureux vieillard que son âge avancé invitait à sortir de ce monde ! Mais il y était retenu par l'assurance surnaturelle qu'il ne verrait pas la mort, c'est-à-dire qu'il ne la subirait pas, avant d'avoir vu le Christ du Seigneur, le Messie promis à la terre. C'était là l'unique objet de ses vœux, de ses affections et de ses pensées : je sais qu'il viendra, je sais que je le verrai, répétait-il souvent ; mais quand viendra-t-il ? Quand le verrai-je ? Venez, ô Seigneur Jésus, venez briser mes liens, et laissez-moi aller en paix rejoindre mes pères. Pendant qu'il s'entretenait ainsi en lui-même, et que ses désirs s'enflammaient de plus en plus, il entendit intérieurement la voix du Saint-Esprit qui lui disait : « Celui que tu cherches et que tu attends est présent ; lève-toi vite, va promptement au temple et lu le verras. »
Docile à l'inspiration céleste, Siméon s'achemine en toute hâte vers le temple, où il voit le Seigneur qu'il reconnaît aussitôt par l'esprit prophétique ; car la même grâce du Saint-Esprit qui lui avait montré de loin le Messie futur, lui fit discerner de suite le Sauveur envoyé de Dieu. Transporté d'allégresse et d'amour, il accourt à sa rencontre ; et prosterné à deux genoux, il adore entre les bras de sa sainte Mère, le Fils du Très-Haut : puis étendant ses mains suppliantes, il dit à Marie : Remettez-le dans mes bras ; cet honneur m'est réservé, et je ne suis resté sur la terre, que pour lui rendre cet hommage ! Marie, comprenant la volonté de son divin Fils, le remet au saint vieillard, qui, comblé de joie et de bonheur, le reçoit avec tendresse, l'embrasse et le presse avec affection contre son cœur. Heureuses mains, qui ont pu toucher et servir ainsi le Verbe de vie ! Dès que Siméon eut reçu l'enfant, il se leva debout, il sembla avoir dépouillé toutes les infirmités de la vieillesse, et recouvré toutes les forces de la jeunesse. Le Dieu incarné faisait ainsi éclater sa puissance, autant qu'il faisait paraître son humilité : un vieillard contenait dans ses bras Celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir ; cet homme âgé qui naguère pouvait à peine se soutenir lui-môme, soutenait alors avec facilité l'Enfant divin ; il portait avec joie Celui par lequel lui-même était porté, et qui, par sa parole toute-puissante, porte l'univers entier ; il portait le Christ dans son humanité, tandis que le Christ le portait par sa divinité. C'est ce qui fait dire élégamment à l'Église dans sa liturgie (Breviar. Rom.) : Le vieillard portait l'enfant, et l'enfant dirigeait le vieillard. Heureux Siméon, qui mérita non-seulement de voir, mais encore de porter le Verbe incarné ! Ô mortel privilégié qui fut digne de jouir d'une Consolation, que les Patriarches et les Prophètes avaient toujours souhaitée et n'avaient jamais reçue ! Aussi, nous ne devons pas douter qu'il n'ait trouvé dans les doux embrassements de Jésus-Christ des jouissances délicieuses, et qu'il ne fut favorisé de dons extraordinaires. La splendeur ineffable du divin Enfant rejaillit sur l'illustre vieillard auquel furent alors dévoilés les secrets de l'avenir. Non moins heureux cependant sont ceux qui ont cru sans avoir vu, comme Jésus-Christ l'a déclaré (Joan. XX, 29).
Siméon bénit et loua Dieu (Luc. II, 28), le remerciant de ce qu'il avait daigné accomplir sa promesse, et lui montrer le Rédempteur. Ce fut à ce moment qu'animé de l'esprit prophétique, il entonna son admirable cantique (Luc. II, 29) : Nunc dimittis Domine servum tuum in pace, quia viderunt oculi mei salutare tuum, etc. Soyez béni, mon Dieu, de ce que vous avez réalisé vos promesses, et comblé mes désirs ; je suis content de voir le Christ mon Sauveur que vous avez envoyé pour notre salut ; car Jésus signifie salut ou Sauveur. En lui, les yeux de mon corps ont contemplé un homme, mais les yeux de mon âme ont reconnu un Dieu. Vous pouvez dès maintenant laisser votre serviteur s'en aller en paix, et passer de cette vie misérable dans le sein paisible d'Abraham. Je mourrai désormais tranquille, puisqu'il est venu Celui qui doit me racheter par sa Passion prochaine. Ce bon vieillard, qui comprenait combien était grand le bonheur de voir le Christ, avait craint de mourir avant de l'avoir contemplé ; mais après qu'il l'eut considéré, il ne désirait plus qu'une seule chose, sortir de ce monde pour se reposer dans le sein d'Abraham. Depuis qu'il savait que son Sauveur était né il souhaitait rejoindre la société de ses ancêtres dans les limbes. Pourquoi, direz-vous peut-être, Siméon parle-t-il d'aller dans la paix, puisque tous ses ancêtres continuaient d'habiter dans les ténèbres ? Sachez qu'il ne demandait que la tranquillité immuable du cœur, et non pas la jouissance intuitive du Seigneur qui devait être le fruit de la Passion du Christ. Voilà comment Siméon fut un homme parfait qui supportait la vie avec patience, et désirait la mort selon Dieu. D'après la remarque de saint Bède, la perfection existait donc aussi bien sous l'Ancien que sous le Nouveau Testament.
Quiconque veut recevoir dans ses mains et presser dans ses bras Jésus-Christ, puis s'en aller en paix, qu'il s'efforce de prendre le Saint-Esprit pour guide ; qu'il vienne dans Jérusalem en portant toutes ses pensées dans les cieux ; qu'il pénètre dans le temple, en suivant tous les exemples des saints en qui le Seigneur habite ; et soupirant après les tabernacles éternels, qu'il attende l'arrivée du Seigneur. C'est ainsi qu'il méritera de recevoir comme dans ses mains, et de presser pour ainsi dire dans ses bras le Verbe de Dieu par la ferveur de sa foi et de son espérance, par l'ardeur de son amour et de sa charité ; alors il pourra s'en aller en paix, sans voir la mort éternelle, parce qu'il a vu la Vie : mais il s'estimera très-heureux de voir la mort temporelle de la chair, celui qui se sera efforcé de voir préalablement Jésus-Christ par les yeux intérieurs du cœur. Il s'en ira dans la paix, dit saint Bernard celui qui a Jésus-Christ dans son cœur ; car Jésus est lui seul notre véritable Paix. Mais toi, âme misérable, où iras tu, si tu ne prends pas Jésus-Christ pour guide ? Siméon, dont le nom signifie obéissant, est l'image du bon religieux ; ce religieux fervent habite dans Jérusalem qui signifie pacifique, parce qu'il demeure dans la paix intérieure et extérieure ; car il est juste envers le prochain et timoré à l'égard de Dieu ; il attend la Consolation d'Israël qui est la vision divine, puisqu'Israël signifie voyant Dieu ; et le Saint-Esprit réside en lui par le bienfait de sa grâce. Ainsi disposé, il reçoit Jésus afin de jouir de ses doux embrassements, et, de concert avec Siméon, il le bénit de cette faveur signalée ; il désire ensuite quitter ce monde, afin de posséder Dieu parfaitement en paix, à l'imitation de l'Apôtre qui disait : Je désire être séparé de mon corps pour être uni au Christ (Epist. ad Philip, I, 23).
De ce qui précède, nous pouvons encore tirer plusieurs instructions. Siméon, qui mérite de tenir Jésus dans ses bras, nous montre que nous pouvons également saisir le Seigneur au moyen des œuvres vertueuses qui sont comme les bras de notre âme. En voyant le vieillard recevoir l'Enfant, apprenons à nous dépouiller du vieil homme de péché, pour nous revêtir de l'homme nouveau de la grâce. Jésus-Christ, qui porte le monde, a voulu, en se laissant porter lui-même, nous donner un exemple d'humilité. Siméon, en bénissant Dieu, nous enseigne à remercier le Seigneur de tous les biens qu'il nous accorde. — Nous pouvons ajouter que, dans son magnifique cantique, Siméon exalte sous quatre titres différents Jésus-Christ qu'il désigne par ces quatre noms de Paix, de Salut, de Lumière et de Gloire. Jésus-Christ en effet est la Paix puisqu'il est notre Médiateur ; le Salut, puisqu'il est notre Rédempteur ; la Lumière, puisqu'il est notre Docteur ; la Gloire, puisqu'il doit être notre Rémunérateur. Ces quatre titres composent un éloge parfait de Jésus-Christ, et forment un abrégé complet de l'histoire évangélique. En effet, tout ce qui se rattache à l'Incarnation de Notre-Seigneur est compris sous le nom de Paix ; car, selon la parole de l'Apôtre (Ep. ad Ephes. II, 14): Il est notre Paix, lui qui a joint ce qui était séparé ; soit lorsqu'il a réuni en sa seule personne la nature divine et la nature humaine ; soit lorsque communiquant la paix à ceux qui étaient éloignés de lui, comme à ceux qui en étaient proches, il a fondu en un seul peuple chrétien les Juifs et les Gentils ; soit enfin lorsqu'il a réconcilié Dieu avec l'homme. Tout ce qui concerne les prédications, les vertus et les miracles de Jésus-Christ est compris sous le nom de Lumière ; car n'a-t-il pas dit de lui-même (Joan. VIII, 12) : Je suis la lumière du monde ? Tout ce qui regarde sa Passion et notre Rédemption est compris sous le nom de Salut. Enfin, tout ce qui se rapporte à sa Résurrection et à son Ascension est compris sous le nom de Gloire. Parce que ce cantique renferme la plénitude des louanges en l'honneur du Christ, et la consolation dernière du vieillard mourant, l'Église termine l'office de la journée par ce même cantique qu'elle récite seulement le soir à la fin des complies.
Joseph son père putatif et nourricier, qui mérita d'être appelé le père même du Christ, parce qu'il prit soin de son enfance, et Marie sa Mère propre et véritable admiraient tout ce qu'ils entendaient dire de l'Enfant Jésus, non qu'ils en doutassent, mais parce qu'ils s'en réjouissaient (Luc. II, 33), Marie se rappelait avec bonheur les paroles de l'Ange dans l'Annonciation, celles d'Elisabeth dans la Visitation, lorsque Jean tressaillit de joie, et celles de Zacharie à la Nativité du Précurseur. Joseph ainsi que Marie rappelaient dans leur esprit l'enthousiasme et le chant des esprits célestes à la naissance du Sauveur, l'arrivée des bergers et l'adoration des Mages dans l'étable de Bethléem, la rencontre et le cantique de Siméon dans le temple de Jérusalem, et plus ils réfléchissaient à ces merveilles, plus ils étaient pénétrés d'admiration. « En effet, dit saint Ambroise (lib. II in Luc. cap. de Simeone), l'Incarnation du Fils de Dieu fut attestée non-seulement par les Anges et les Prophètes, par les pasteurs et par les parents, mais encore par les vieillards et par les justes. Chaque âge et chaque sexe, d'accord avec les événements miraculeux, viennent lui rendre témoignage et confirmer notre foi ; car nous voyons une vierge qui conçoit, une femme âgée et stérile jusqu'alors qui enfante, un muet qui parle, Elisabeth qui prophétise, un enfant qui tressaille d'allégresse dans le sein de sa mère, les Rois Mages qui adorent, un vieillard qui attend le Sauveur, et une veuve qui publie son avènement.
Par la vertu de l'Enfant qu'il tenait dans ses bras, Siméon bénit Marie et Joseph (Luc. II, 34), avec affection et avec joie, en rendant grâces à Dieu. Quoiqu'ils l'emportassent en sainteté, il les surpassait par l'autorité du sacerdoce qui lui donnait le droit de bénir le peuple ; car c'était la coutume d'après la Loi que quand les parents présentaient un enfant au temple, le prêtre les bénissait avec leur enfant. C'est pourquoi Siméon bénit les parents qui présentaient le Christ ; il les bénit, c'est-à-dire il les dit heureux, et les proclama bénis, ou bien il leur souhaita toute sorte de bénédictions et de biens du côté de Dieu. La tradition ne nous a pas conservé la formule de cette bénédiction, mais elle devait consister en paroles de louanges et de remerciements ; car nous disons que la créature bénit le Créateur, lorsqu'elle chante ses louanges et ses bienfaits. Ordinairement les enfants sont bénis à cause de leurs parents ; ici, au contraire, les parents sont bénis à cause de leur Enfant. Remarquez que Joseph participa à la bénédiction commune comme s'il eût été vrai père, quoiqu'il fût simplement père nourricier de Jésus ; mais comme Marie était sa propre Mère, quoiqu'elle fût demeurée vierge, et que l'Enfant lui appartenait particulièrement, Siméon s'adressa spécialement à elle pour lui dévoiler les secrets de l'avenir ; car Celui qu'il tenait dans ses bras lui faisait connaître qu'il ne provenait point de Joseph, mais de Marie, par une opération divine ; aussi le vieillard inspiré non-seulement la bénit, mais encore il lui prédit ce que l'esprit prophétique lui révélait touchant la destinée de cet Enfant. L'Enfant que voici, dit-il, a été établi, envoyé de Dieu pour la ruine et la résurrection d'un grand nombre en Israël (Luc. II, 34), c'est-à-dire pour l'abaissement des superbes qui prétendent être Justes, mais dont Jésus-Christ a dit lui-même : Si je n'étais pas venu et si je ne leur avais parlé, ils seraient moins coupables (Joan. XV, 22) ; et pour l'élévation des humbles, qui, ne s'estimant pas justes, ont mis en lui toute leur confiance, et ont obtenu par son intermédiaire la vie spirituelle de la grâce avec le pardon de leurs péchés. Siméon ajoute : d'un grand nombre en Israël, parce que beaucoup de Juifs abandonnèrent la vérité et tombèrent dans l'aveuglement, tandis que d'autres plus simples embrassèrent l'Évangile et sortirent de l'ignorance.
Le saint vieillard dit encore que cet Enfant sera le signe de l'alliance et de la réconciliation entre Dieu et l'homme, mais aussi un sujet de contradiction, d'abord pour les Juifs, puis pour les gentils ou païens, ensuite pour les hérétiques qui ne croient pas tel ou tel dogme. Remarquons ici, avec Origène (Hom. XVII, in Luc), que tout ce qui est fidèlement rapporté par les Évangélistes touchant Jésus-Christ a été faussement contredit par les incrédules, comme lui-même s'en plaint par la bouche du Psalmiste. De faux témoins se sont élevés contre moi, et l'iniquité s'est menti à elle même (Ps. XXVI, 12). Jésus-Christ peut bien être attaqué, mais il ne pourra jamais être vaincu. Beaucoup même parmi les chrétiens le contredisent par leurs mœurs et leurs œuvres, quoiqu'ils le reçoivent par leur foi et leur langage ; car, comme dit l'Apôtre, ils confessent Dieu par leurs discours, mais ils le nient par leurs actions (Ep. ad Tit. I, 16). C'est donc seulement comme cause occasionnelle que le Sauveur est venu dans le monde pour la ruine des incrédules et des superbes ; tandis qu'il est venu à dessein pour la résurrection des croyants et des humbles. De plus, il est venu non-seulement pour la perte des uns et pour le salut des autres, mais aussi pour produire en même temps dans le même sujet et la mort et la vie, c'est-à-dire la ruine des vices et la résurrection des vertus ; car les vertus ne peuvent naître si les vices ne sont pas détruits préalablement. « La vertu, dit saint Bernard, ne peut subsister avec le vice, dans le même cœur ; pour qu'elle y soit maîtresse, il faut que le vice en soit banni. Otez de votre âme les superfluités, et bientôt les pensées salutaires y croîtront. » Jésus-Christ est donc venu sur la terre pour détruire l'empire des vices et fonder le règne des vertus ; c'est en ce sens qu'on dit qu'il a été envoyé pour la ruine et la résurrection. Par son humilité il a terrassé notre orgueil, par sa pauvreté volontaire notre avarice, par sa chasteté notre luxure, par sa bonté notre envie, par sa sobriété notre gourmandise, par sa patience notre colère, par ses veilles et ses travaux notre paresse ; et c'est ainsi qu'établissant le règne de la vertu sur les débris du vice, le Sauveur est venu dans ce monde pour opérer la ruine et la résurrection dans les mêmes individus ; car, selon saint Chrysostôme, lorsque l'orgueilleux devient humble, lorsque le voluptueux devient chaste, et l'avare libéral, le péché meurt dans la même personne où la vertu prend naissance.
En conséquence, Jésus-Christ a été placé dans le monde comme un but pour la flèche, de sorte que chacun peut librement décocher contre lui ses traits. Aussi, prophétisant la Passion du Christ, Siméon dit à Marie (Luc. II, 35) : Et votre âme sera transpercée d'un glaive, c'est-à-dire que le supplice de sa Passion causera dans vous le tourment de la compassion. Quelle dut être immense, en effet, la douleur de cette tendre Mère en voyant crucifier son divin Fils, quoiqu'elle ne doutât pas qu'il dût triompher de la mort et ressusciter pour sa gloire ! Aussi saint Jérôme (Serm. de Assumptione Mariae) assure que Marie en souffrant dans la partie supérieure d'elle-même a subi un plus cruel supplice que les Martyrs qui souffrent seulement dans la partie inférieure ; ainsi les douleurs qu'elle ne ressentit point à la naissance du Christ, elle les endura dans la Passion du divin Crucifié. « La nature, dit saint Anselme, qui avait relâché de ses droits, en épargnant à Marie les douleurs communes à toutes les mères au jour de l'enfantement, les revendiqua avec usure au temps de la Passion de notre divin Sauveur. » Cela se fera, déclare le saint vieillard Siméon, de telle sorte que les pensées cachées dans le cœur de plusieurs seront mises à découvert. En effet la Passion de Jésus-Christ manifesta les révélations faites aux Prophètes, en éclaircissant les prédictions qu'ils avaient annoncées, et en accomplissant les mystères qu'ils avaient indiqués. C'est ce que signifiait le voile du temple lorsqu'à la mort du Christ il fut déchiré, de manière à laisser apercevoir à tous les regards le Saint des Saints. Ou bien encore, la Passion de Jésus-Christ dévoila les dispositions intimes des bons et des méchants, parce que les uns consentirent à croire tandis que les autres refusèrent de se soumettre. « Avant la passion de Jésus-Christ, dit saint Bède (in eum locum), on ne pouvait distinguer avec certitude ceux qui le recevraient de ceux qui le rejetteraient: mais, après sa mort, les fidèles chrétiens se séparèrent ouvertement des Juifs infidèles. » Selon le sens mystique que le même auteur expose, le glaive de la tribulation ne cessera jusqu'à la fin du monde de transpercer l'âme de L'Église notre mère, qui entend les impies et les réprouvés contredire le signe de la foi, qui déplore la ruine d'un grand nombre, et qui découvre les pensées des cœurs, en voyant germer l'ivraie où elle avait semé le bon grain. Suivant une autre explication que donne Origène, la Passion du Sauveur fit découvrir les péchés secrets, au moyen de la confession qui a été instituée, afin d'en obtenir la rémission dans le sacrement de Pénitence par les mérites du sang versé sur la Croix.
Remarquons ici que dans ces expressions de saint Luc : ut revelentur ex multis cordibus cogitationes, la particule ut ne marque pas la cause, ou la fin précisément, mais simplement la conséquence, ou l'effet ; car la manifestation des cœurs n'a pas été la cause, ou la fin de la Passion de Jésus-Christ, mais elle en a été la conséquence, ou l'effet. Les Évangélistes emploient ainsi le mot ut, souvent pour marquer non pas l'intention qu'on s'est proposée dans telle action, mais l'événement qui est résulté de telle action. C'est en ce sens qu'ils disent : Hoc factum est, ut adimplerentur Scripturae, c'est-à-dire cela se fit de telle sorte que les Écritures furent accomplies, et non pas afin que les Écritures fussent accomplies : car la prophétie n'est pas la cause de l'événement, mais l'événement au contraire est la cause de la prophétie.
A l'heure même où Siméon parlait du Christ qu'il tenait en ses bras (Luc. II, 38) survint Anne la prophétesse, amenée non par hasard ou par une disposition purement humaine, mais par inspiration et révélation divine, comme nous l'avons dit de Siméon. Cette sainte femme, adorant l'Enfant Jésus, glorifiait Dieu, le louait et le remerciait des immenses bienfaits que produisaient l'Incarnation et la Naissance du Sauveur. Puis rendant témoignage au Fils de l'Éternel, elle parlait de lui, à tous ceux qui attendaient la rédemption de Jérusalem et d'Israël, et leur annonçait que le Rédempteur et le Sauveur du genre humain, désiré depuis si longtemps, était enfin arrivé pour les racheter et les délivrer. À tous les fidèles qui, gémissant sous le joug étranger d'Hérode, soupiraient après l'affranchissement temporel et spirituel de la ville et du peuple, elle promettait que le Christ déjà venu allait les affranchir prochainement du joug de cet usurpateur ainsi que de là tyrannie du démon. Elle était bien digne de rendre témoignage au Fils de Dieu incarné, cette femme recommandable dont l'Évangile rappelle la noble origine, loue la continence admirable, mentionne l'âge vénérable, et signale la religieuse conduite. De plus elle est appelée prophétesse, afin de rendre son témoignage plus authentique, car le don de prophétie ne peut venir que de Dieu. C'est à bon droit, dit Origène (Hom. XVII, in Lucam), que cette sainte femme possède l'esprit prophétique, car elle avait mérité cette faveur insigne par sa chasteté constante et par ses longs jeûnes. Puisque Jésus-Christ était venu pour sauver les personnes de tout sexe, de tout âge, de tout rang et de tout état, il convenait que toutes les classes vinssent lui rendre témoignage. Or dans l'un et l'autre sexe, il y a trois conditions différentes savoir: les vierges, représentées par Marie et par Joseph ; les veufs représentés par Anne et par Siméon, tous deux avancés en âge ; enfin les gens mariés, représentés par Elisabeth et Zacharie. Ainsi chaque condition vint rendre témoignage à Celui qui devait être le salut de tous. « Notre divin Sauveur, dit saint Anselme (In Evang. secundum Lucam), fut présenté au temple et reçu par une sainte veuve, afin de nous apprendre que ses fidèles serviteurs doivent avancer dans la sainteté, et fréquenter la maison du Seigneur, pour mériter de recevoir Jésus-Christ : il fut aussi reçu et glorifié par le vieillard Siméon, pour nous montrer qu'il aime en nous une vie grave, et une sage conduite. Réjouissez-vous donc avec ces deux personnages si respectables Siméon et Anne, accourez comme eux au devant de la Mère et de l'Enfant ; que l'affection et l'amour éloignent de vous toute timidité et toute crainte ; recevez dans vos bras ce divin Enfant, et répétez avec l'Épouse des Cantiques : Je le tiens et je ne le lâcherai pas (Cant. III, 4). Joignant votre voix à celle du saint vieillard, chantez avec allégresse (Luc. II, 29) : C'est maintenant. Seigneur, que vous pouvez laisser aller en paix votre serviteur, selon votre promesse, etc. »
La rencontre inopinée de ces diverses personnes dans le temple, an moment de la Présentation du Sauveur, ne s'est point faite sans un dessein mystérieux de la divine Providence, qui par là voulait nous instruire. Cherchons la raison morale pour laquelle ces quatre personnes se sont ainsi trouvées réunies. Siméon, dont le nom signifie écoutant, et à qui le Saint-Esprit avait révélé intérieurement la venue du Sauveur, nous montre avec quel zèle empressé nous devons écouter la parole de Dieu. Anne, dont le nom signifie grâce, et qui demeurait continuellement dans le temple, nous apprend que nous devons prier sans cesse. Joseph, dont le nom signifie accroissement, et qui entoure de tous ses soins l'Enfant Jésus, nous marque que nous devons toujours croître dans la pratique des bonnes œuvres. Enfin Marie, dont le nom signifie illuminée, et qui porta Jésus-Christ dans son sein, nous enseigne que nous devons être parfaitement unis à Dieu par la conformité de sentiment et de volonté. Ces quatre personnes qui offrent successivement le Christ à son Père céleste portaient aussi dans leur cœur quatre lumières différentes ; Siméon portait la lumière de la sainte méditation, Anne celle de la dévotion intérieure, Joseph celle du progrès spirituel, et Marie celle de la sublime contemplation. Ce sont ces quatre choses que le Psalmiste indique par ces paroles dont l'application est facile : Memor fui Dei, et delectatus sum, et exercitatus sum et defecit spiritus meus. Je me suis souvenu de Dieu, et j'ai été rempli d'ardeur, je me suis exercé à la vertu, et mon esprit a été ravi (Ps. LXXVI, 4). Remarquons sous un autre rapport les cinq personnages qui figurent dans cette fête de la Présentation du Seigneur ; l'Enfant Jésus représente les âmes innocentes ; Marie, c'est-à-dire amertume par cette signification, représente les âmes pénitentes ; Joseph, c'est-à-direaccroissement, représente les âmes avancées dans la vertu ; Siméon figure les âmes parfaites dans la vie active, et Anne, les âmes parfaites dans la vie contemplative. Ainsi sont figurés tous ceux qui se rendent dignes d'être présentés au temple du Dieu vivant dans la céleste Jérusalem.
Enfin Siméon remet l'Enfant Jésus à Marie qui le reçoit avec bonheur, et tous ensemble s'acheminent vers l'autel, formant une procession que l'Église renouvelle aujourd'hui dans tout l'univers. Les deux vénérables vieillards Joseph et Siméon ouvrent joyeusement la marche ; Marie les suit portant dans ses bras le Roi des rois ; Anne marche respectueusement à ses côtés, et tous célèbrent avec une indicible allégresse et un amour extrême les louanges du Seigneur. Ceux qui composent cette auguste procession sont peu nombreux, mais qu'ils sont illustres, puisqu'ils représentent le monde entier ! car il y a parmi eux des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des vierges et des veuves. À titre de parents, Marie et Joseph offrent l'Enfant ; en qualité de prophètes, Siméon et Anne le glorifient par leurs cantiques inspirés. Et nous aussi, en ce saint jour, allons au temple pour assister au sacrifice solennel, en tenant à la main le cierge béni, qui figure l'Enfant Jésus ; allons processionnellement l'offrir tout allumé sur l'autel, en mémoire de cette lumière ineffable que Marie et Joseph portèrent en leurs mains à pareil jour. Dans ce cierge il y a trois choses qui signifient trois choses en Jésus-Christ : la chair que la Vierge Marie lui a fournie sans aucune souillure est signifiée par la cire que l'abeille produit d'une manière très-chaste ; la mèche qui est recouverte de cire signifie l'âme très-pure du Sauveur qui est voilée sous l'enveloppe grossière du corps ; et le feu signifie la divinité, car notre Dieu est un feu qui consume. Ces trois choses qui sont dans le cierge peuvent aussi nous représenter les trois personnes qui sont en la Trinité.
Lorsqu'ils furent arrivés à l'autel, Marie fléchissant les genoux avec respect offrit sur l'autel son Enfant bien-aimé à Dieu le Père, et remercia le Seigneur de la faveur incomparable qu'il lui avait accordée en la rendant mère sans cesser d'être vierge et en lui donnant pour fils le Fils même du Très-Haut. La loi obligeait les parents de présenter leurs enfants au temple pour trois raisons différentes : pour consacrer à Dieu leur nouveau-né, pour le confier à la garde divine, et pour rendre grâce au Seigneur du don qu'il leur avait octroyé. Les deux premiers motifs n'existaient pas pour Jésus-Christ ; car dès l'instant où il avait été conçu dans le sein de Marie, il avait été pleinement consacré à Dieu et confié à sa garde en vertu de l'union hypostatique ; le troisième motif seul conduisit donc la bienheureuse Vierge au temple pour rendre grâce au Père éternel du privilège spécial qu'il lui avait concédé, préférablement à toutes les autres mères, de concevoir et d'enfanter miraculeusement le Fils du Très-Haut. Quelles furent alors les prières et les paroles de Marie ? La tradition ne nous en a rien appris, mais nous pouvons supposer qu'elle dit a Dieu, sinon de bouche, au moins de cœur : ô Père éternel, ô Dieu trois fois saint, je vous présente votre propre Fils que vous avez engendré de toute éternité, et que j'ai enfanté dans le temps ; je vous le présente, quoiqu'il vous soit continuellement présent. Ô Seigneur de toute sainteté, je vous offre comme un sacrifice nouveau cet Enfant qui est votre Fils et le mien, ce Dieu fait homme qui bientôt s'offrira lui-même à vous pour le salut du monde. Ô merveilleuse oblation, qui n'eut jamais sa pareille dans tout le cours des siècles ! Aussi saint Bernard s'écrie dans un transport d'admiration (Serm. III, de Purificatione) : « Ô Vierge sainte, allez présenter au Seigneur votre divin Fils, ce fruit béni de vos chastes entrailles, offrez pour la réconciliation de nous tous cette victime sans tache et d'agréable odeur. » — Jésus-Christ voulut être ainsi présenté à Dieu son Père qui ne le perd jamais de vue, afin de nous servir de modèle : car, de même qu'étant Dieu il s'est incarné, non pour lui, mais pour nous, afin de nous rendre par sa grâce comme des dieux ; et de même qu'il a voulu être circoncis dans sa chair, non pour lui, mais pour nous, afin que nous soyons circoncis dans notre cœur ; de même aussi, il a voulu être présenté au Seigneur pour nous, afin de nous apprendre à nous présenter à la Majesté suprême.
Ensuite les prêtres sont mandés, et le souverain Maître est racheté comme un esclave ordinaire, moyennant cinq sicles d'argent, parce qu'il était premier-né de sa mère ; car tout premier-né devait être racheté par cette sorte de monnaie équivalente à vingt oboles. La loi ordonnait que parmi les enfants mâles tous les premiers-nés fussent offerts dans le temple pour y être consacrés au Seigneur et remis au prêtre. Dans la tribu de Lévi seulement, les premiers-nés n'étaient jamais rachetés, parce qu'ils étaient destinés à servir pendant toute leur vie au culte du Seigneur et au ministère du temple. Pour les onze autres tribus, les prêtres exigeaient que les premiers-nés fussent rachetés moyennant une somme, et qu'ensuite ils fussent rendus à leur famille. Les prêtres faisaient également offrir à Dieu les premiers-nés des animaux purs qu'ils immolaient ; mais ils faisaient racheter pour une somme d'argent ou échanger pour un animal pur, ou mettre à mort tous les premiers-nés des animaux impurs. Or un animal était estimé pur lorsqu'il pouvait être sacrifié ou mangé. Les animaux pouvaient être impurs de deux manières ; les uns, comme l'âne, ne pouvaient être sacrifiés, quoiqu'ils fissent purs par leur nature, et ils étaient ou rachetés moyennant une somme ou échangés pour un agneau ; les autres, comme le chien, ne pouvaient être ni sacrifiés, ni rachetés, ni échangés, mais ils étaient rejetés et tués comme n'ayant aucune valeur ni utilité pour le temple. Jésus-Christ, qui était de la tribu de Juda, dut donc être racheté, et il le fut en effet. Marie reçut alors des mains de Joseph les oiseaux indiqués, et, fléchissant les genoux, les offrit sur l'autel à Dieu le Père. Comme elle était très-pauvre, elle n'offrit que deux tourterelles ou deux petits de colombe, l'un en sacrifice d'holocauste pour son fils, et l'autre en sacrifice d'expiation pour le péché, se soumettant ainsi à la loi commune des femmes pécheresses, quoiqu'elle fût exempte de toute souillure. Lorsqu'elle eut fait l'offrande et donné la rançon prescrite, la bienheureuse Mère reprit son Fils et regagna sa demeure avec lui. « Cette oblation paraît peu considérable, dit saint Bernard (Serm. III, de Purificat.), puisque l'Enfant Jésus est présenté par deux personnes, racheté par deux oiseaux, et rapporté aussitôt à la maison. Un temps viendra où il ne sera plus offert dans le temple entre les bras de Siméon, mais hors de la ville, sur les bras de la croix. Un temps viendra où il ne sera pas racheté par un sang étranger, mais où lui-même rachètera le monde par son propre sang, parce que Dieu le Père l'a envoyé pour la rédemption de son peuple. Le premier sacrifice est celui du matin, le second sera celui du soir. »
Dans le sens mystique, ces premiers-nés de la loi ancienne figuraient le Fils unique du Très-Haut qui a daigné descendre sur la terre pour être par sa dignité le premier né de toute créature, et par son innocence un homme consacré parfaitement à Dieu. Dans le sens moral, ces Premiers-nés signifient les premiers débuts d'une bonne action que notre cœur produit par le secours de Dieu. Nous devons en effet offrir à Dieu comme nos premiers-nés, tout ce que nous trouvons de bon et de juste dans nos œuvres, et l'attribuer non pas à nos mérites, mais à sa grâce, en répétant avec le Psalmiste (Psal. CXIII, 9) : Ce n'est point à nous, Seigneur, non, ce n'est point à nous, mais à votre nom seul que la gloire est due. Si nous avons le malheur de produire quelque acte impur, c'est-à-dire d'enfanter quelque péché consommé, détruisons-le, en arrachant la funeste racine par un complet amendement ; ou substituons-lui quelque acte irréprochable, en évitant le mal et pratiquant le bien ; ou encore rachetons-le avec cinq sicles, en faisant de bonnes œuvres et de dignes fruits de pénitence au moyen des cinq sens de notre corps. En outre, si dans le troupeau de nos œuvres, nous trouvons quelque agneau d'innocence, ou quelque vertu principale comme la charité, la chasteté, l'humilité, la patience, et autre semblable, ayons soin de l'offrir à Dieu en rapportant tout ce qu'il y a de bon dans notre vie, non pas à notre opération, mais à l'assistance de Celui qui a dit dans l'Évangile (Joan. CXV, 5): Sans moi vous ne pouvez rien faire ; car, ajoute saint Paul (Ep. ad Philip, II, 13) : C'est lui qui nous fait vouloir et accomplir le bien. Mais si nous sommes réduits à une telle pauvreté, que nous ne puissions trouver dans toute notre vie ni l'agneau de l'innocence, ni les riches trésors des principales vertus, offrons-lui du moins deux tourterelles ou deux petits de colombe, c'est-à-dire les deux sentiments de componction, la crainte et l'amour, qui nous fassent gémir et soupirer chaque jour, non-seulement pour effacer nos propres péchés et les péchés des autres, mais encore pour acquérir les vertus nécessaires et obtenir la patrie céleste. De ces deux sentiments nous offrons l'un en expiation, lorsque nous pleurons sur les fautes commises, et l'autre en holocauste, lorsque nous aspirons aux biens éternels.
Dans cette fête nous devons remarquer trois choses pour notre instruction : ce que marquent la Purification de Marie, le transport de Jésus et l'oblation des victimes. Quant à la Purification de Marie, rappelons-nous que Marie, signifiant étoile de la mer ou mer d"amertume, représente l'âme qui marche soit dans les clartés de la vie contemplative, soit dans les douleurs de la vie active. Or, dans l'un et l'autre état, la purification est indispensable. En effet, l'âme, dans la vie contemplative, doit être exempte de tout orgueil, ce qui s'obtient par la crainte ; et, dans la vie active, elle doit être exempte de toute négligence, ce qui s'obtient par la peine et le travail. En effet, personne ne peut parvenir à Jérusalem qui signifie vision de la paix, c'est-à-dire au séjour du bonheur, s'il n'a préalablement accompli les jours de sa purgation : car celui qui n'est pas entièrement purifié, ou pur, comme il l'était à l'époque du baptême, ne peut arriver à cette Jérusalem céleste, ni pénétrer dans le temple éternel. Or cette purification ne peut s'effectuer ici-bas que par les rigueurs de la pénitence ou par les tribulations endurées avec patience, et dans l'autre vie par les souffrances du purgatoire. — Quant au second point, le transport de Jésus, considérons que ce divin Enfant fut alors porté à Jérusalem, et ensuite en Egypte ; apprenons de là que notre intelligence doit tantôt, s'élever vers la contemplation des choses éternelles, signifiée par Jérusalem, la vision de la paix, et tantôt s'abaisser vers la considération de nos propres défauts, désignée par l'Egypte, qui veut dire ténèbres. En outre nous pouvons distinguer cinq lieux où Jésus-Christ fut porté ou conduit ; Jérusalem, l'Egypte, le désert, le sommet d'une montagne et le pinacle du. Temple. Ces cinq lieux marquent cinq états où nous pouvons trouver Jésus-Christ : Jérusalem, c'est la vie contemplative qui possède la vision de la paix ; l'Egypte, c'est la vie active qui est remplie de chagrins et d'angoisses ; le désert, c'est la religion où l'on s'exerce au jeûne et à la mortification ; le sommet de la montagne, c'est le faîte de la prélature ; et le pinacle du temple, c'est la chaire de l'enseignement. Dans tous ces divers états qui composent l'Église, on peut trouver Jésus, c'est-à-direle Salut. Considérons que Jésus fut porté à Jérusalem et en Égypte par Marie et Joseph, c'est-à-dire par la foi et par la charité, comme l'indiquent ces deux noms qui signifient l'un, Étoile de la mer, et l'autre, accroissement. Il fut conduit dans le désert par le Saint-Esprit ; mais il fut transporté par le diable sur le sommet de la montagne et sur le pinacle du temple : c'est ce qui doit faire trembler les prélats et les docteurs ; car ils doivent craindre que le diable n'ait aussi contribué à leur élévation.
Quant au troisième point, il faut remarquer que l'oblation se faisait indifféremment de tourterelles ou de colombes. La tourterelle, qui vit solitaire et demeure chaste, désigne la vie contemplative ; la colombe au contraire, qui aime la société et qui devient féconde, désigne la vie active. Ces deux espèces d'oiseaux ne chantent pas, mais gémissent, chacune à sa façon. Les deux tourterelles ont chacune leur gémissement, qui convient aux âmes contemplatives : car les contemplatifs gémissent aussi de deux manières ; d'abord par amour, selon cette parole de l'Apôtre (Ep. ad Rom. VIII, 23) : nos cœurs gémissent, en attendant que nous soyons adoptés comme enfants de Dieu ; ensuite par dévotion, selon ces autres paroles du même apôtre (Ep. ad Rom. VIII, 26) : L'Esprit-Saint forme en nous des prières exprimées par des gémissements inénarrables. — Les deux petits de colombe ont aussi chacun leur gémissement qui convient aux âmes actives ; car elles gémissent également pour deux motifs ; pour leurs propres péchés d'abord, suivant ces paroles d'Isaïe (LIX, 11) : Nous gémissons, en méditant comme la colombe ; et ensuite pour les péchés des autres, suivant ces paroles de Jérémie en ses Lamentations (Thren. I, 4) : Toutes les portes sont renversées, et les prêtres gémissent sur les ruines de Jérusalem. Telles sont les quatre sortes de gémissements que doivent offrir ceux qui n'ont point d'agneau, c'est-à-dire qui n'ont pas leur propre innocence à présenter au Seigneur. — De tout ce que nous venons de dire sur la Purification de Marie, le transport de Jésus et l'oblation des oiseaux, voici la conclusion morale : l'âme fidèle qui veut arriver à la perfection doit d'abord se purger ou purifier de l'orgueil dans ses pensées, et de la négligence dans ses actions ; puis s'élever à la contemplation de Dieu, et de temps en temps descendre à la considération d'elle-même ; ensuite, pour remonter, elle doit gémir d'amour et de dévotion, et pour redescendre, elle doit gémir de contrition et de compassion. Comme la vie contemplative et la vie active sont toutes deux agréables au Seigneur, l'Évangile ne spécifie pas si on présenta pour l'Enfant Jésus deux tourterelles ou deux petits de colombe ; mais il est dit d'une manière indéterminée, qu'on présenta un couple de tourterelles ou deux petits de colombe. D'après tout ce qui précède, nous avons pu admirer la pauvreté de Jésus et de ses parents qui ne purent présenter à Dieu que l'offrande des pauvres. Admirons aussi son humilité qui se manifeste toujours de plus en plus. En effet, à sa naissance, il se montre comme un homme pauvre ; dans sa circoncision, il se donne comme pauvre et pécheur ; et maintenant il paraît comme pauvre, pécheur et esclave ; comme pauvre, en présentant la simple offrande des pauvres ; comme pécheur, en faisant offrir un sacrifice d'expiation pour lui et pour sa mère ; comme esclave, en faisant payer le prix de sa rançon.
Après que l'Enfant eut subi la cérémonie de la Circoncision, et que la Mère eut accompli le temps de la Purification, ils portèrent Jésus à Jérusalem pour l'offrir au Seigneur dans son temple, comme nous lavons vu (Luc. II, 22). Jésus et Marie nous donnent ici l'exemple des trois principales dispositions avec lesquelles nous devons entrer dans le temple matériel de Dieu. Nous devons être comme eux purs de tout péché et circoncis de cœur, portés entre les bras de notre mère l'Église, et dirigés par les motifs d'une intention droite. D'abord, pour entrer dans la maison du Seigneur, nous devons être purs de tout péché, à l'exemple de la Bienheureuse Vierge qui ne voulut pas y entrer avant d'avoir accompli le temps de sa Purification, et à l'exemple de Jésus qui voulut aussi subir auparavant la cérémonie de la Circoncision. Ce n'est pas que Maire eut besoin d'être purifiée, puisqu'elle avait conçu sans souillure ; ce n'est pas non plus que Jésus eut besoin d'être circoncis, puisqu'il était né d'une vierge ; mais l'un et l'autre voulurent se soumettre à la loi, pour nous apprendre que nous devons être purifiés et circoncis de tous les vices, avant d'entrer à l'église, si nous voulons que notre offrande y soit agréable au Seigneur ; car, selon le Vénérable Bède (in illud Lucae : Postquam impleti sunt dies purgationis), personne n'est digne de se présenter à Dieu, s'il n'est purifié et circoncis des vices. De là, nous pouvons conclure que, avant de se présenter au temple du Seigneur, quiconque a la conscience souillée d'un péché mortel doit se confesser de sa faute, ou du moins, s'il ne peut le faire, s'exciter au repentir ; et que ceux qui heureusement ne se sentent pas coupables de quelque péché mortel certain doivent cependant se purifier de toutes leurs fautes, même légères, en produisant un acte de contrition générale ; car nous ne savons jamais si nous sommes dignes d'amour ou de haine aux yeux du Seigneur. C'est dans ce but que l'Église a établi la coutume de placer de l'eau bénite à l'entrée des temples, afin que cette aspersion purifie de leurs fautes même légères ceux qui n'ont pas conscience d'avoir commis quelque péché mortel. Sous l'ancienne loi, il y avait également, à l'entrée du tabernacle, des bassins remplis d'eau, afin que les prêtres, avant d'y pénétrer, se lavassent les pieds et les mains en forme de purification.
En second lieu, de même que Jésus-Christ fut porté dans le temple entre les bras de Marie sa mère, nous aussi, nous devons y être portés entre les bras de notre sainte mère l'Église, afin que, si nous nous y présentons dignement, elle puisse dire avec le prophète Osée (XI, 3) : Je les portais dans mes bras. Mais l'Église ne porte point dans ses bras les hérétiques qui sont égarés de la foi, les schismatiques qui sont séparés de la charité, et tous les excommuniés qui sont retranchés de l'unité ; tous ceux-ci qui ne sont plus dans le sein de l'Église ne sont pas dignes d'entrer dans le temple du Seigneur, car, comme dit saint Cyprien (De simplicitate praelatorum) : « Celui-là ne peut se glorifier d'avoir Dieu pour père, qui ne veut pas reconnaître L'Église pour mère. » C'est donc inutilement et indignement qu'ils entrent dans l'Église matérielle, ceux qui n'appartiennent pas à l'Église mystique.
En troisième lieu nous devons aller au temple dans un but louable et avec une intention droite, c'est-à-dire pour y offrir au Seigneur nos vœux et nos prières ; non point par feinte ou dissimulation, comme font les hypocrites ; non par ostentation ou vaine gloire, comme ceux qui se parent magnifiquement pour se montrer aux hommes ; non par un motif de sensualité ou de volupté, comme ceux ou celles qui se présentent à l'Église pour voir et pour être vus, pour plaire ou pour convoiter ; non par manière de récréation ou de passetemps, comme ceux qui s'y rendent pour parler, pour rire ou s'amuser ; non pour cause d'intérêt ou d'avarice, comme certains ecclésiastiques qui y vont afin de ne pas perdre leurs prébendes, ou afin de recevoir des rétributions qu'ils ne pourraient toucher s'ils n'étaient point présents. En effet, tous ceux qui n'ont pas une intention convenable ne sont pas dignes d'entrer dans le temple sacré, parce qu'ils n'y viennent point pour se présenter au Seigneur. Aussi n'y étant point conduits par le Saint-Esprit comme le saint vieillard Siméon, ils n'y voient point Jésus-Christ et ne peuvent le saisir et l'embrasser avec toutes les affections de leur âme. Remarquons ici avec le Vénérable Bède (in eum locum) que si Jésus-Christ voulut être porté à Jérusalem et offert au Seigneur après la circoncision, ce fut pour nous apprendre que suivant cette maxime inspirée (Ps. XXXVI, 27) : Evitez le mal et faites le bien, il faut commencer par nous éloigner de tout péché, avant de nous livrer à toutes les bonnes œuvres, afin de pouvoir dire : Nos yeux, Seigneur, sont continuellement levés vers vous, pour écouter votre voix. — (Ps. XXIV, 15) Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ. (Ep. II ad. Corin. II, 15) Nous avons étendu nos mains pour exécuter vos ordres, nous avons dirigé nos pas pour suivre vos commandements. — (Ps. CXVIII, 48). — Soit que nous mangions, soit que nous buvions, soit que nous fassions toute autre chose, nous agissons toujours pour la gloire de Dieu. (Ep. I ad Cor. X, 31). Que vos paroles sont douces à ma bouche qui les prononce ! (Ps. CXVIII, 103). Et enfin : Mon cœur et ma chair ont tressailli d'allégresse à la pensée du Dieu vivant (Ps. LXXXIII, 3). Parmi les divers motifs qui portèrent Jésus-Christ à venir dans le temple, son but principal fut de sanctifier les temples par sa présence, de même qu'il voulut être baptisé pour sanctifier les eaux. En effet, comme le baptême de Jésus-Christ ne sanctifia pas seulement les eaux du Jourdain, qui touchèrent sa chair sacrée, mais encore toutes celles qui devaient servir au baptême des chrétiens ; ainsi, la présentation de Jésus-Christ sanctifia non-seulement le temple de Jérusalem, mais encore tous ceux qui devaient être consacrés en son nom. Aussi, c'est une loi de veiller à ce que toutes les Églises soient honorées de la présence corporelle de l'Homme-Dieu dans l'adorable sacrement de l'Eucharistie. C'est encore pour cette raison que l'on y conserve les reliques des Saints, et que les Anges y rendent leurs hommages au Saint des Saints. C'est pourquoi chaque église mérite toute notre vénération, et nous ne devons en approcher qu'avec un profond respect et une grande dévotion ; car, comme dit le Psalmiste : La sainteté convient spécialement à la demeure du Très-Haut (Ps. XCII, 5).
Tout ce que nous venons de dire peut également s'appliquer à notre âme, ce temple spirituel où notre pieuse dévotion attire chaque jour le Verbe éternel ; aussi l'Apôtre nous dit (Ep. I ad Corint. III, 17) : Vous devez être saints, parce que vous êtes le temple de Dieu. Or, comme la noblesse d'une chose provient des principes qui la constituent, la noblesse de ce temple spirituel résulte de quatre causes différentes, savoir: de la dignité de son auteur, de l'excellence de sa nature, de la beauté de sa forme et de la sublimité de sa fin. La noblesse de ce temple spirituel ressort premièrement de la dignité de son auteur, parce que l'âme humaine a été créée immédiatement par Dieu lui-même ; car pour la produire, il n'a pas appelé quelque créature, mais la Trinité s'y est déterminée elle-même en disant (Gen. I, 26) : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Dieu n'adressa point ces paroles aux Anges, dit saint Augustin (Lib. de Gènes, ad litteram), mais le Père éternel les adressa aux deux autres personnes qui lui sont consubstantielles, pour montrer que notre âme est l'œuvre spéciale de la Trinité tout entière. La noblesse de ce temple spirituel découle secondement de l'excellence de sa nature, parce que notre âme n'a point été produite d'une matière préexistante, mais elle a été tirée du néant. Car parmi toutes les choses créées, aucune n'était assez distinguée pour concourir à la formation de l'âme raisonnable : ni la terre, ou quelque autre élément, ni le ciel, ou quelque corps céleste, comme le soleil, la lune et les étoiles, n'étaient dignes d'entrer dans la composition de l'âme raisonnable qui leur est bien supérieure. C'est pourquoi elle dut être créée de rien. Troisièmement, la noblesse de ce temple spirituel provient de la beauté de sa forme, puisque l'âme raisonnable a été faite à l'image de Dieu, car Dieu n'a pas voulu imprimer en notre âme l'image de quelque autre créature, mais la ressemblance de sa propre substance, en sorte qu'elle fût comme un reflet de la très sainte Trinité. Certes, Dieu ne pouvait ennoblir davantage l'âme raisonnable qu'en se l'assimilant, et en la rendant une copie de lui-même. Comme la ressemblance est la principale cause de l'amour, il voulut que l'âme ne pût trouver son image dans aucune autre créature, mais en lui seul, afin qu'en lui seul aussi elle fixât toutes ses affections. Quatrièmement, la noblesse de ce temple spirituel résulte de la grandeur de sa destinée, puisque Dieu n'a d'autre donné à l'âme humaine d'autre fin que lui-même ; il ne l'a créée que pour établir en elle sa demeure, selon la parole du Psalmiste (Ps. CXXXI, 13) : Le Seigneur a choisi Sion, c'est-à-dire l'âme contemplative, pour son habitation. Comme il l'a choisie dans ce but, il en désire l'accomplissement avec ardeur, ainsi qu'il le déclare par ces paroles des Proverbes : Mon fils, donne-moi ton cœur (Prov. XXIII, 26). Mes délices consistent à demeurer avec les enfants des hommes (Ibid. VIII, 31). Aussi, lorsque le Seigneur trouve une âme préparée à le recevoir dignement, comme s'il était au comble de ses vœux, il vient à elle en disant avec le Psalmiste : C'est ici le lieu de mon repos pour l'éternité ; je l'habiterai parce que je l'ai choisi (Ps. CXXXI, 14).
Âme chrétienne, si, d'après les considérations précédentes, tu comprenais ta noblesse, jamais tu ne commettrais le péché ! ô mon âme, s'écrie saint Bernard (in Méditât.), si tu connaissais ta grandeur, combien tu abhorrerais le péché ! En effet la seule pensée approfondie des glorieux privilèges de l'âme conduit naturellement à détester le péché, de telle sorte qu'elle suffirait pour en détourner, sans avoir égard aux récompenses ou aux peines éternelles ; car l'âme qui a le sentiment de sa dignité et de sa supériorité ne peut avoir que du mépris pour les choses caduques et périssables, bien loin de se souiller et de se dégrader en leur prostituant son estime et son affection. Ce noble et saint orgueil est si naturel à l'âme généreuse, qu'un philosophe païen, Sénèque, disait (De peccati foeditate) : « Quand même je saurais que les dieux dussent me pardonner un crime et que les hommes dussent l'ignorer éternellement, je ne voudrais pas encore le commettre, à cause même de la bassesse à laquelle il me réduirait. » — Notre âme, est-un temple spirituel, qui, pour être agréable à Dieu, doit être orné et peint des différentes couleurs des vertus ; il doit réunir dans une combinaison harmonieuse, le blanc de la chasteté, le rouge de la patience, le jaune de la joie intérieure, le vert du progrès dans la vertu, le bleu du désir du ciel, l'or de la charité et le noir de l'humilité. C'est dans ce temple ainsi décoré que nous devons introduire l'Enfant Jésus, le Verbe incarné, afin d'offrir pour lui au Seigneur deux tourterelles ou deux petits de colombe, c'est-à-dire le double amour et de Dieu et du prochain ; ou bien la solitude de la contemplation et le ministère public de l'action ; ou encore la pureté du cœur et du corps représentée par les tourterelles qui sont très-chastes ; et la multiplicité des bonnes œuvres figurée par les colombes qui sont très fécondes. Nous devons également, comme Siméon, porter dans nos bras et couvrir de nos baisers le divin Enfant ; nous devons en même temps le bénir et le remercier de tous les bienfaits qu'il nous a prodigués, afin de nous donner un avant-goût des célestes douceurs. Soupirant alors après la fin de notre exil, attendons l'heureux moment où nous pourrons jouir éternellement du Verbe divin ; et répétons avec le saint vieillard ce cantique d'allégresse (Luc. II, 29) : Maintenant, Seigneur, laissez aller en paix votre serviteur, selon votre promesse.
La solennité de ce jour tire son éclat des divers événements qui s'y sont accomplis, et de trois spécialement : le premier est le transport et la présentation de Jésus-Christ au temple ; le second est la purification et l'oblation de Marie ; le troisième est la consolation et le cantique de Siméon. Ces trois différents objets ont fait donner à cette fête trois dénominations différentes ; elle est appelée par les Grecs
Hypapante, c'est-à-dire
rencontre et par les Latins
Présentation, en mémoire du premier événement ; elle est aussi nommée
Purification, en souvenir du second événement ; elle est encore appelée
Chandeleur ou
Fête des Lumières, à cause des cierges bénits que nous tenons allumés dans nos mains, pour figurer le Sauveur entre les bras du vieillard Siméon
Voir note XLI.
Le temple consacré à Dieu dans lequel se passèrent les susdits événements était construit sur le mont Moria, où Abraham voulut immoler autrefois au Seigneur son fils Isaac ; où Jacob vit pendant son sommeil une échelle mystérieuse qui s'élevait jusqu'au ciel ; où David, apercevant l'Ange qui décimait son peuple, se prosterna la face contre terre, et obtint de Dieu le pardon qu'il mérita par sa pénitence. Sur cette montagne était l'aire que ce saint roi acheta d'Oman le Jébuséen, pour y bâtir la maison du Seigneur au lieu même où il avait obtenu miséricorde. Salomon ayant achevé l'édifice que son père avait préparé en ce saint lieu, y offrait des sacrifices, lorsque la gloire du Seigneur y apparut au milieu d'une nuée, et lorsque le feu du ciel descendit sur l'autel pour y consumer l'holocauste (III Reg. VIII, 10). Pendant que Salomon, les genoux en terre et les mains vers le ciel, conjurait le Seigneur d'exaucer tous ceux qui viendraient l'invoquer en ce même lieu, le Seigneur lui apparut, disant : j'ai entendu votre demande, car j'ai choisi et sanctifié cette maison pour être la mienne (II Paral. VII, 12 et 16). Cependant Héliodore, envoyé du roi Antiochus, voulut la profaner et la dépouiller, mais il fut flagellé par les Anges, accablé de coups et couvert de blessures. D'après la tradition chrétienne, c'est en ce lieu que la bienheureuse Marie fut admise parmi les jeunes vierges attachées au service du Seigneur ; elle s'y exerça aux jeûnes, aux veilles, aux oraisons et aux saintes lectures ; elle s'y occupa à méditer les divines Écritures, à confectionner les ornements sacrés, à préparer les vêtements sacerdotaux. C'est en ce lieu qu'au moment où le saint prêtre Zacharie offrait l'encens au Seigneur, l'Ange Gabriel vint lui annoncer que sa prière avait été exaucée et qu'il serait père de Jean, précurseur du Christ. C'est là que Jésus-Christ Notre-Seigneur, comme nous venons de le dire, fut offert à Dieu son père par ses parents, reçu par le saint vieillard Siméon et annoncé par la sainte veuve Anne à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël. C'est là que le divin Enfant, âgé de douze ans, fut retrouvé par Marie et Joseph au milieu des docteurs qu'il étonnait par la profondeur de ses questions et par la sagesse de ses réponses. Ce fut sur le pinacle de ce temple que le démon transportant Jésus-Christ, lui proposa pour le tenter de se jeter en bas. C'est de ce temple que le Sauveur chassa les vendeurs et les acheteurs, renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes, leur reprochant de transformer la maison de Dieu en une caverne de voleurs. C'est là que, pendant son séjour à Jérusalem il instruisait les Juifs, malgré la haine dont ils le poursuivaient. C'est là qu'il délivra la femme adultère de tous ses accusateurs, et que, pendant les jours qui précédèrent sa Passion, il venait enseigner le peuple, se retirant chaque soir à Béthanie. C'est le voile de ce temple qui, à la mort de l'Homme-Dieu, se déchira depuis le haut jusqu'en bas, laissant à découvert le Saint des Saints. C'est du sommet de ce temple que fut précipité l'apôtre saint Jacques le Mineur, premier évoque de Jérusalem, au moment où il prêchait l'Evangile ; et il reçut la couronne du martyre, après avoir été assommé par la massue d'un foulon. C'est entre le temple et l'autel placé dans le parvis extérieur, vers le midi, que fut tué Zacharie, fils de Barachie.
Cet ancien temple qui, au temps de la captivité de Babylone, avait été détruit et incendié parles Chaldéens, fut également consumé et renversé par les Romains, à l'époque de la dispersion des Juifs. Longtemps après, il fut remplacé par un nouveau temple en rotonde qui est extérieurement formé de huit murailles, et supporté intérieurement par trois rangs de colonnes en marbre, au milieu desquels s'élève une coupole. Au dedans de l'édifice, sur l'entablement des colonnes, on lit ces mots :
Écoutez, Seigneur, les louanges et les prières de votre serviteur, qui vous supplie en ce jour d'avoir les yeux continuellement ouverts sur cette maison et les oreilles attentives aux demandes qu'on vous y adresse (III Reg. VIII, 28 et 29). Au dehors, le long des murailles, sont écrites en gros caractères diverses sentences qui peuvent être lues de tous les côtés de la ville. Ainsi, en face de la cité, on lit :
Que la paix éternelle qui vient du Père éternel repose sur cette maison. En face du temple des chevaliers :
la maison du Seigneur est solidement fondée sur la pierre ferme (Luc. VI, 48). Vis-à-vis de Béthanie :
C'est vraiment ici la maison de Dieu et la porte du ciel (Gen. XXVIII, 17). En face du mont des Oliviers :
Heureux, ô Seigneur, sont ceux qui habitent dans votre maison (Ps. LXXXIII, 5). Vis-à-vis de la vallée de Josaphat :
Que la gloire de Dieu soit exaltée dans ce lieu qui lui est consacré (III Reg. X, 9). Du côté du cloître du temple :
Tous chanteront la gloire du Très-Haut en cette sainte demeure (Ps. XXVIII, 9). Du côté de la montagne de Sion :
Le temple du Seigneur est saint ; c'est le lieu où il est honoré, c'est l'édifice qu'il s'est construit (I Ep. ad Corint. III). Vis-à-vis de la cité encore :
Nous irons avec joie dans la maison du Seigneur (Ps. XII, 1). Cette église qu'on appelle spécialement le
Temple du Seigneur (Templum Domini), s'élève dans la partie inférieure de la ville à la jonction des murs de l'Orient et du Midi, Elle était desservie par des chanoines réguliers qui vivaient avec un abbé, sous la règle de saint Augustin
Voir note XLII.
Lorsque Marie et Joseph eurent accompli toutes les prescriptions légales, sans en rien omettre, quoiqu'ils n'y fussent pas obligés, ils quittèrent Jérusalem pour se retirer en Galilée dans leur ville de Nazareth (Luc. II, 39). Selon la remarque de saint Théophile, Bethléem était bien la ville de leur origine, mais Nazareth était le lieu de leur domicile. Suivez-les donc en esprit sans les quitter, rendez leur tous les services possibles, et entourez de vos soins l'Enfant Jésus.
Prière
Aimable Jésus, Vous que le juste Siméon désirait voir depuis longtemps et qu'il put embrasser avec tant de bonheur, lorsque vous vous donnâtes si miséricordieusement à lui dans le temple ; venez aussi, très-doux Sauveur, combler mes vœux et remplir mon attente, montrez-vous à moi, livrez-vous à moi avec clémence et bonté ; et par votre grâce purifiante éloignez de moi tout ce que vous y trouverez d'impur. Ornez mon cœur comme votre temple, afin que vous daigniez y habiter ; c'est là que je vous embrasserai et que je vous presserai avec toutes les puissances et affections de mon âme. Ah ! faites que je ne cesse de soupirer après vous, source de lumière qui êtes dans Dieu le Père, et que je ne quitte pas cette terre avant de vous avoir contemplé par les yeux du cœur, comme le digne objet de tout amour et de tout désir, comme le seul principe de la vie et de la récompense éternelle. Ainsi soit-il.