Fuite du Seigneur en Égypte et massacre des saints innocents
Matth. II, 13-18
Quand Marie et Joseph se dirigèrent vers Nazareth, ils ignoraient encore les desseins de Dieu ; et cependant ils commençaient à craindre pour Jésus, lorsque l'Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, lui commanda de se lever, de prendre avec lui l'Enfant et la Mère, et de fuir en Égypte ; car Hérode allait bientôt chercher l'Enfant pour le faire mourir (Matth. II, 13).
La parfaite humilité doit avoir pour ornement et pour cortège spécial trois vertus : la pauvreté pour dédaigner les richesses qui sont les aliments de l'orgueil, la patience pour endurer les mépris avec égalité d'âme, et l'obéissance pour exécuter les ordres d'autrui. Voilà pourquoi, sur une révélation du Ciel, Jésus est transporté en Egypte comme un pauvre étranger ; il est en quelque sorte massacré dans chacun des enfants tués à son occasion ; et lorsqu'il revint dans sa patrie, il obéit si bien à ses parents, qu'il ne s'en sépara jamais un seul instant jusqu'à ce que, âgé de douze ans, il resta dans Jérusalem où sa Mère le chercha avec une grande inquiétude et le retrouva avec une grande joie.
Joseph, se levant à la voix de l'Ange, réveille Marie, et lui communique tout ce qu'il vient d'apprendre. Elle se lève sans mettre de retard et se dispose à entreprendre le voyage ; car, à cette nouvelle, ses entrailles sont émues, et elle ne voudrait pas, par la moindre négligence, compromettre la vie de son divin Fils. Voyez cette tendre Mère prendre l'Enfant qui dormait, écoutez l'Enfant qui, troublé dans son sommeil, pousse des cris plaintifs. Ah ! compatissons à leurs souffrances, si nous n'avons pas perdu toute pieuse sensibilité ! Pensons à la douleur de cette Vierge, aussi délicate que jeune, nouvellement mère, lorsqu'elle fut contrainte de fuir dans un pays lointain, à travers des chemins difficiles et inconnus, lorsqu'elle dut transporter son petit Enfant durant de longues marches, et aller au milieu d'un peuple idolâtre ! Ce fut pendant la nuit que Marie et Joseph partirent pour l'Egypte ; car la nuit était bien plus favorable à la fuite que le jour, afin de cacher leur tentative, et pour éviter le péril qui les menaçait, si on les avait vus s'éloigner, et si on avait pu les dénoncer au roi. Il est vrai qu'ils avaient reçu l'avertissement céleste, mais ils ne devaient pas cependant omettre de faire tout ce que leur conseillait la prudence humaine. Voilà donc Jésus-Christ qui s'enfuit pendant la nuit, en sorte que la fuite déjà difficile par elle même le devenait davantage à cause de l'obscurité. Mais pourquoi s'enfuit-il en Egypte ? Pour éclairer l'esprit, guérir le cœur des Égyptiens avant les autres peuples. « Comprenez le grand mystère qui est ici renfermé, dit saint Augustin (Serm. de Epiph.) ; autrefois Moïse avait répandu les ténèbres sur la face de l'Egypte impie, aujourd'hui Jésus-Christ vient dans ce même pays rendre la lumière à ceux qui étaient plongés dans les ténèbres. » « Pourquoi, demande aussi saint Chrysostôme (Hom. II, Oper imper.), Jésus-Christ se réfugie-t-il de préférence en Egypte ? Le Seigneur, qui n'est pas toujours irrité, s'est souvenu des maux immenses dont il avait affligé autrefois le royaume des Pharaons, et, comme signe de réconciliation, comme gage d'amitié perpétuelle, il y envoie son propre Fils cicatriser d'un seul coup les dix plaies d'Egypte. Quel changement admirable opère alors la droite du Très-Haut ! Ce peuple, qui jadis avait persécuté le peuple choisi, donne maintenant asile au Fils unique de Dieu ! En outre, si l'enfant Jésus est envoyé en Egypte, c'est afin de porter le flambeau de la foi d'abord en ce pays où le feu de l'impiété avait été plus ardent, pour nous faire concevoir par là des espérances encore plus brillantes relativement aux autres nations. Dieu veut aussi nous apprendre que, dès les premiers pas sur le chemin de la vie, nous devons nous préparer aux tentations et aux embûches du démon. Jésus-Christ y est exposé dès son berceau, afin que, loin de nous troubler, si nous sommes environnés de nombreuses tribulations et de mille dangers, nous soyons excités par l'exemple du Sauveur à tout supporter courageusement, avec la certitude que les plus grandes afflictions sont les compagnes inséparables des vertus. » À ces raisons que vient d'exposer saint Chrysostôme, nous pouvons ajouter que, si Jésus-Christ va dans l'Egypte plutôt qu'ailleurs, c'est pour montrer qu'il est le véritable Moïse ; que, comme Moïse, après avoir soustrait le peuple de Dieu à la tyrannie de Pharaon, le fit passer de l''Égypte dans la Terre promise, de même Jésus-Christ, après avoir arraché le peuple fidèle à l'empire du démon, le délivre de l'enfer et le conduit au royaume céleste.
Cette fuite de Jésus-Christ en Egypte peut fournir plusieurs excellentes leçons pour notre âme.
1° Considérons que Jésus-Christ dans sa personne a réuni la prospérité et l'adversité. En effet, lorsqu'il naquit, il fut adoré comme Dieu par les bergers ; et, quelques jours après, il fut circoncis comme un pécheur ; les Mages vinrent ensuite lui rendre d'illustres honneurs, et cependant il restait au milieu des animaux dans une vile étable où il pleurait comme un faible enfant : quand il fut présenté au temple, Siméon et Anne célébrèrent ses louanges, et aussitôt un Ange avertit Joseph de le transporter en Egypte comme un exilé. Si nous parcourons la vie de Jésus, nous y trouverons beaucoup de semblables contrastes qui peuvent tourner à notre instruction. « Le Seigneur qui est miséricordieux, dit saint Chrysostôme (Hom. II, in Matth.), mélange notre vie de tristesse et de joie, comme il l'a fait pour tous les Saints, qu'il n'a jamais laissés dans des consolations ou des tribulations continuelles ; car dans le cours de la vie des justes, il sème, avec une admirable variété, tour à tour la prospérité et l'adversité. N'est-ce pas ce qu'il fait dans le sujet qui nous occupe ? Saint Joseph voyant que son épouse était enceinte, tombe dans le trouble le plus profond ; mais un Ange vint dissiper ses soupçons et bannir ses craintes. Bientôt après, voyant naître l'Enfant qui était annoncé, il est rempli d'une vive allégresse ; mais, hélas ! cette joie est remplacée tout à coup par une terrible inquiétude, lorsque toute la capitale est émue, et que le roi est furieux. Cette tristesse disparaît et la joie renaît à l'apparition de l'étoile, et à l'arrivée des Mages. Le péril et l'appréhension ne tardent pas à revenir, car Hérode veut tuer l'Enfant ; il faut s'enfuir et s'exiler dans des régions lointaines. » — De ces réflexions exprimées par saint Chrysostôme, il suit, Chrétiens, que, si vous êtes consolés, vous devez vous attendre à la tribulation ; et, si vous êtes dans la tribulation, vous devez vous attendre à être consolés. Par conséquent ne vous laissez jamais aller à l'orgueil et à l'abattement ; car, si Dieu nous accorde quelque consolation, c'est pour soutenir notre espérance afin que nous ne tombions point dans la défaillance ; et, s'il nous envoie la tribulation, c'est pour conserver en nous l'humilité, et nous maintenir dans une crainte salutaire, par la vue de nos misères.
2° Considérons que, relativement aux consolations qui nous sont accordées, et aux bienfaits qui nous sont octroyés, nous ne devons pas nous préférer à ceux qui ne les reçoivent pas ; comme aussi, celui qui en est privé ne doit pas pour cela perdre courage et porter envie à celui qui en est favorisé. Car, les Anges ne s'adressent-ils pas à Joseph plutôt qu'à Marie, quoiqu'elle lui soit de beaucoup supérieure ? De plus, si Dieu ne vous donne pas tout ce qui serait selon votre volonté, gardez-vous bien d'être ingrat et murmurateur ; car, quoique Joseph fût si grand aux yeux du Seigneur, c'est seulement en son sommeil que les Anges lui parlent.
3° Considérons comment Dieu permet que ses serviteurs soient tourmentés par les persécutions et les afflictions. Ainsi, quelle ne dut pas être l'anxiété de Joseph et de Marie, lorsqu'ils apprirent qu'Hérode cherchait l'Enfant Jésus pour le faire mourir ? Pouvaient-ils éprouver une plus grande peine ? En outre, n'étaient-ils pas contraints de fuir dans une terre éloignée, qu'ils ne connaissaient pas, et à travers des chemins difficiles, eux si peu capables de voyager, Marie à cause de son jeune âge, et Joseph à cause de son âge avancé ; de plus ils étaient obligés de porter l'Enfant Jésus : enfin, il fallait aller et demeurer dans un pays étranger, sans avoir aucune ressource ni provision. Ah ! Chrétiens, si vous êtes dans la peine, ayez de la patience, et ne comptez pas jouir d'un privilège que Notre-Seigneur ne s'est pas réservé à lui même, et qu'il n'a pas accordé à sa propre Mère.
4° Considérez la bonté de Notre-Seigneur. Voyez combien il est de bonne heure en butte à la persécution, forcé d'abandonner le pays où il vient de naître, et avec quelle patience il cède à la fureur de celui qu'il pouvait anéantir en un clin d'œil. Mais si sa patience est grande, son humilité n'est pas moindre : car Celui qui fuit ainsi devant la face d'un tyran, quel est-il ? C'est Celui qui a les Anges pour ministres : il est le Dieu tout-puissant, et il fuit comme un simple mortel devant le misérable Hérode, Lui qui est l'unique refuge de tous les hommes malheureux. Ô profonde humilité ! ô patience sublime ! il ne veut pas se venger de son persécuteur, ni lui être nuisible, il préfère éviter ses embûches par la fuite. À l'imitation du Sauveur, tachons de ne pas opposer de résistance à nos ennemis ou à nos persécuteurs, ne cherchons point à en tirer vengeance ; mais supportons-les paisiblement, en laissant leur fureur s'exhaler ; bien plus, prions pour eux, ainsi que Jésus-Christ nous l'enseigne ailleurs. Si le Seigneur, pour échapper à la mort, se laisse emporter en Egypte, c'est pour apprendre aux élus que souvent les méchants les chasseront de leur demeure, ou les condamneront à l'exil. C'est ainsi qu'il a donné l'exemple aux plus faibles pour les amener à la patience : car il fuit non par crainte, mais afin de nous enseigner par son exemple, que, dans un péril de mort, la fuite est permise, si le bien public n'en souffre pas ; qu'elle est même obligatoire, si l'intérêt commun l'exige, comme cela est arrivé pour l'apôtre saint Paul.
Dans le sens moral, cette fuite de Jésus en Égypte figure la fuite du juste qui, pour ne pas perdre son âme, s'éloigne du danger du péché, et se réfugie dans l'état de pénitence, où il doit persévérer jusqu'à la mort d'Hérode, c'est-à-dire jusqu'à ce que les attaques du démon aient cessé. Le Seigneur fuyait devant son esclave ou plutôt devant l'esclave de Satan, non parce qu'il redoutait la mort, mais parce qu'il attendait le moment opportun ; car comment aurait-il fui la mort Celui qui était descendu sur la terre pour l'endurer ? Et comment aurait-il appréhendé les embûches du démon, Celui qui était venu en ce monde pour les démasquer ? Voilà donc nos saints personnages partis pour l'Egypte : contemplez cette jeune mère délicate et cet homme vénérable déjà vieux qui portent tour à tour le petit Enfant Jésus, sur une route obscure, à travers les bois et les forêts, sans rencontrer d'habitation ; contemplez-les effectuant ainsi un long voyage ; car il ne fallut probablement pas moins de deux mois à Marie et à Joseph pour accomplir ce trajet, qu'un homme à cheval ne peut guère parcourir en moins de douze ou quinze jours. Suivant la tradition, ils traversèrent le même désert où les enfants d'Israël avaient séjourné pendant quarante ans. Mais quelles étaient leurs ressources pour la nourriture ? Où et comment s'abritaient-ils pour se reposer pendant la nuit ? Car dans cette vaste solitude, ils rencontraient bien rarement quelque habitation. Ah ! Chrétiens, unissons-nous à leurs privations et à leurs souffrances qui durent être extrêmes et continuelles, pour eux et pour l'Enfant Jésus: accompagnons ces augustes pèlerins, aidons-les à porter leur précieux fardeau, et rendons-leur tous les services qui sont en notre pouvoir. Pourrait-il nous paraître onéreux de faire pénitence pour nos propres péchés, lorsque nous voyons de si saints personnages supporter tant de travaux non pour leurs péchés mais pour les nôtres ? « Dans vos méditations, dit saint Anselme, ne laissez pas l'Enfant Jésus fuir en Egypte, sans y aller à sa suite : considérez-le suspendu au sein de sa glorieuse Mère qui le nourrit de son lait virginal, et à laquelle il prodigue ses caresses filiales. Que ce spectacle procure de joie, de douceur et de plaisir ! Contemplez Celui qui est immense, enlaçant ses petits bras autour du cou de sa Mère, et dites : Que je suis heureux de voir celui que les rois ont souhaité de voir et n'ont pas vu (Luc. X, 24). Il mérite bien d'être vu, puisqu'il surpasse en beauté tous les enfants des hommes (Ps. XLIV, 3). Réfléchissez aux sentiments et aux pensées qui occupaient cette tendre Mère, lorsqu'avec un bonheur inexprimable elle tenait sur ses genoux et entre ses bras le Dieu si grand qui s'était fait si petit, et qu'avec une douce joie elle recevait ses caresses et ses baisers ; lorsque avec une pieuse compassion elle essayait d'apaiser ses cris et ses vagissements, et qu'avec une ingénieuse affection elle l'entourait de tous les soins que réclamaient les diverses circonstances. Rappelez-vous ensuite la tradition qui rapporte comment les trois saints voyageurs tombèrent sur la route entre les mains des voleurs, et comment ils furent délivrés par le fils du chef des voleurs. Après qu'ils eurent été arrêtés, ce jeune homme, considérant Jésus sur le sein de Marie, vit une beauté si majestueuse briller sur le visage de l'Enfant, qu'il n'hésita pas à le regarder comme un être supérieur à l'homme : son cœur s'enflamma d'amour, et il l'embrassa. Ô le plus fortuné des enfants, dit-il, si jamais j'ai besoin de ta miséricorde, ne m'oublie pas, et souviens-toi de ce jour où je te délivre des mains de mes compagnons, qui sans moi t'eussent mis à mort. Ce voleur, dit-on, est celui-là même qui, ayant été crucifié à la droite du Sauveur, reprit l'autre qui blasphémait. Comment ! lui dit-il, ne crains-tu pas Dieu, toi qui es condamné au même supplice ? Quant à nous, c'est avec justice que nous souffrons ce châtiment, mais celui-ci n'a commis aucun mal (Luc. XXIII, 40 et 41). Puis se tournant vers le Seigneur, il vit éclater en lui la majesté qui l'avait autrefois ravi dans l'Enfant ; se souvenant alors de la demande qu'il lui avait adressée : Seigneur, lui dit-il, ne m'oubliez pas lorsque vous serez arrivé dans votre royaume (Luc. XXIII, 43). Pour exciter notre amour envers le divin Enfant, je ne crois pas inutile de rapporter cette tradition ; mais je n'ose pas en garantir la vérité », ajoute saint Anselme, en terminant le récit que nous venons de reproduire.
Hérode, voyant que les Mages ne revenaient pas lui apporter des nouvelles de l'Enfant, crut que l'apparition de l'étoile avait été pour eux une cause de déception, et que la honte leur avait fait prendre une autre route ; il cessa donc ses recherches à l'endroit de l'Enfant. Peut-être aussi en fut-il détourné ou empêché par les nombreuses occupations qui absorbaient toute son attention. Mais, peu de temps après, il apprit ce qui s'était passé dans le temple, ce que Siméon avait dit, et ce que Anne avait prophétisé ; comme la renommée de l'Enfant allait croissant, il en fut tout troublé, et sa crainte ne fit qu'augmenter. Il comprit alors que les Mages, n'étant point venus le trouver, l'avaient trompé, et il entra dans une grande fureur (Matth. II, 16), soit parce qu'il croyait sa majesté offensée, soit parce qu'il appréhendait de perdre sa couronne. Il résolut aussitôt de massacrer les enfants de Bethléem pour envelopper dans leur ruine Celui qu'il ne pouvait connaître ; car il espérait qu'en les faisant tous périr, l'Enfant qu'il cherchait ne pourrait lui échapper. Il ne songeait pas, l'insensé, que le Seigneur se joue des desseins et des prévoyances de l'homme ; tandis qu'il se préparait à exécuter son horrible projet, César-Auguste l'invita par lettre à se rendre à Rome. En passant par la Cilicie, Hérode apprit que lus Mages s'étaient embarqués sur des navires de Tarse : furieux, il fit brûler et anéantir les vaisseaux de cette ville, sur lesquels il croyait que les Mages étaient retournés secrètement chez eux ; et ainsi fut réalisée la prophétie de David : Dans le feu de ta colère tu détruiras les navires de Tarse (Psalm. XLVII, 8). Étant revenu de Rome à Jérusalem, il envoya des sicaires, avec ordre de tuer dans Bethléem de Juda et dans le pays d'alentour, tous les enfants mâles âgés de deux ans et au dessous, sans épargner même ceux d'un jour ou d'une nuit, selon le temps que les Mages lui avaient indiqué depuis l'apparition de l'étoile ; car il croyait comprendre en cet ordre tous les temps où l'Enfant pouvait être né et tous les lieux où il pouvait être caché. Les innocentes créatures qui furent immolées en cette occasion furent ensevelies la plupart à trois milles de Bethléem, vers le midi de la ville.
Parmi les opinions divergentes, la plus commune et la plus accréditée, c'est qu'Hérode fit massacrer les enfants, l'année d'après la naissance de Jésus-Christ. En effet, dit-on, il avait appris des Mages que l'étoile miraculeuse leur était apparue le jour même où le Seigneur était né ; et, en comptant à partir de cette époque, il savait que le Seigneur était âgé d'un an et quelques jours ; c'est pourquoi il décréta la mort de tous les enfants qui dépassaient cet âge, jusqu'à ceux qui avaient deux ans, et aussi la mort de tous les enfants qui n'atteignaient pas cet âge, jusqu'à ceux même qui n'avaient qu'un jour ou qu'une nuit ; car il craignait que, pour cacher l'époque véritable de sa naissance, l'Enfant auquel les astres obéissaient, ne transformât son extérieur de manière à paraître un peu plus âgé ou moins âgé qu'il ne l'était réellement. Ainsi donc, il est vraisemblable que le massacre des saints Innocents eut lieu un an et quatre jours après la naissance du Seigneur.
Alors s'accomplit cette parole 'du prophète Jérémie (Matth. II, 17 et 18. Jerem. XXXIV, 15) :
Un grand cri a retenti (
in Rama)
, des plaintes et des lamentations ont éclaté de toutes parts. Rama n'est pas ici un nom propre de lieu, mais un nom commun qui signifie
en haut, de sorte que ce passage veut dire : Un grand cri s'est fait entendre dans les airs, d'où il s'est répandu au loin et au large ; car la foule qui le poussait était très-grande ; il était formé par les plaintes des enfants et par les lamentations des mères ; les nombreux parents qui étaient témoins de cette cruauté inouïe, ne pouvaient retenir leur vive douleur qui éclatait en sanglots et en gémissements. Chez les enfants, la douleur finissait avec la vie ; mais chez les mères, elle renaissait par le souvenir, c'est pourquoi le Prophète dit que les lamentations étaient réitérées (
ululatus multus). Il dit aussi :
Un grand cri a été entendu jusqu'en haut, pour signifier peut-être que la mort des Innocents portait ce cri jusqu'au ciel, où leur sang réclamait vengeance contre les meurtriers, suivant cette parole de l'Ecriture :
La voix du faible opprimé pénètre les nues (Ecc. XXXV, 21). — Quoique Bethléem fût située dans la tribu de Juda qui descendait de Lia, et Jérusalem dans la tribu de Benjamin qui provenait de Rachel, l'Écriture dit cependant que Rachel pleurait comme ses propres enfants ceux de Juda, c'est-à-dire de Bethléem. Pourquoi cela ? D'abord parce qu'elle avait été ensevelie à Ephrata près de Bethléem, et que sa sépulture en cet endroit la rendait comme la mère de Bethléem et de ses habitante. C'est peut-être aussi parce que Juda et Benjamin étaient deux tribus unies entre elles et voisines l'une de l'autre, en sorte que le territoire de Benjamin s'étendait jusqu'à Jérusalem. Aussi Hérode avait ordonné que le massacre comprît non-seulement Bethléem, mais encore le pays environnant ; de façon que l'arrêt barbare atteignit beaucoup d'enfants de Rachel dans la tribu de Benjamin. C'est ce qu'insinue l'Évangéliste, pour nous faire comprendre l'énormité du crime commandé par la monstrueuse cruauté d'Hérode. « La férocité d'Hérode ne connut pas de bornes, dit Raban Maur ; pour assouvir sa fureur, Bethléem ne lui suffisait pas, il lui fallut encore le pays environnant
Voir note XLIII. »
Rachel pleura donc ses enfants, sans vouloir être consolée, parce qu'ils n'étaient plus, c'est-à-dire parce qu'ils avaient été enlevés de la terre, et délivrés de tout mal ; car elle savait qu'ils devaient jouir d'une vie éternelle. Rachel dont le nom signifie la brebis ou celle qui voit le principe, représente l'Église dont toute l'application tend à contempler le Seigneur, et qui, après avoir erré sur la terre comme une brebis perdue, sera transportée sur les épaules du divin Pasteur dans le bercail du Ciel. L'Église aussi pleure ses enfants, parce qu'elle gémit de voir les fidèles persécutés. Mais elle ne veut pas recevoir de consolation, parce qu'ils ne sont pas morts véritablement ceux qui par leur trépas ont triomphé du monde ; elle ne désire point qu'ils reviennent avec elle recommencer le combat périlleux contre le monde ; elle se réjouit au contraire de ce qu'ils jouissent du bonheur éternel dans le royaume du Christ où ils portent la couronne du martyre. L'Église pleure donc les bons comme martyrs, parce qu'elle les voit injustement tourmentés ; mais parce qu'elle les regarde comme bienheureux, elle ne veut pas être consolée temporellement, mais éternellement. En outre elle pleure les méchants comme impénitents, parce qu'elle les voit courir à leur damnation ; et elle ne veut pas être consolée parce qu'elle les voit perdus sans ressource.
Remarquons ici qu'il y a trois sortes de martyrs : les premiers sont martyrs de fait et de volonté, comme saint Etienne ; les seconds sont martyrs non de fait, mais de volonté, comme saint Jean l'évangéliste ; les troisièmes sont martyrs de fait, mais non pas de volonté, comme les saints Innocents, en qui Jésus-Christ a suppléé par sa grâce à ce qui leur manquait du côté de la volonté, parce qu'ils étaient morts à sa place. Aussi, immédiatement après la Nativité du Sauveur, l'Église célèbre les fêtes consécutives de ces différents Saints, suivant l'ordre de dignité plus ou moins grande de leur martyre ; d'abord la fête de saint Etienne, puis celle de saint Jean, et enfin celle des saints Innocents ; c'est ainsi que Jésus-Christ, le Bien-aimé de l'Église, comme il est dépeint dans le Cantique des cantiques, se montre éclatant de blancheur en saint Jean, étincelant de pourpre en saint Etienne, et l'élu entre mille dans les saints Innocents. — Les saints Innocents, n'ayant pas l'usage de raison, ne pouvaient rendre un témoignage formel à Jésus-Christ ; mais s'ils n'ont pas témoigné par leur parole, ils l'ont fait par leur mort ; en sorte que, dans une acception large, ils peuvent être appelés Martyrs ou témoins de Jésus-Christ ; car d'après son étymologie grecque, le mot martyr signifie témoin. Ce ne sont pas des témoins proprement dits, puisqu'ils ne sont pas morts pour la foi ou pour la justice ; néanmoins ils ont confessé Jésus Christ en quelque manière ; ils ont attesté, certifié sa naissance et son existence, non pas en parlant, mais en mourant (Breviar. Rom.), puisqu'ils ont été massacrés à cause de lui ; et on ne les tuait en masse que pour envelopper Jésus-Christ dans leur nombre. — On peut être martyr pour plusieurs causes : pour la justice, comme Abel ; pour la loi de Dieu, comme les Macchabées ; pour avoir soutenu la vérité, comme Isaïe et Jérémie ; pour avoir réprimandé le vice, comme Jean-Baptiste ; pour le salut du peuple, comme Jésus-Christ ; pour le nom et la foi de Jésus-Christ, comme Etienne ; pour la liberté de l'Église, comme Thomas de Cantorbéry ; à cause de Jésus-Christ ou à la place de Jésus-Christ, comme les Innocents. Aussi L'Église célèbre solennellement la fête de ces derniers ; elle s'abstient cependant de faire entendre certains chants d'allégresse comme le Gloria in excelsis et l'Alléluia. « Tous les enfants qui furent massacrés dans Bethléem, dit saint Chrysostôme (Hom. II, in Natali Innocentium), sont morts innocemment pour Jésus-Christ ; ils sont ainsi devenus les premiers témoins de Jésus-Christ, et méritent tous les honneurs du martyre. » « Heureux enfants ! s'écrie saint Augustin (Serm. De Innocentibus), vous êtes à peine nés, vous n'avez jamais été tentés, vous n'avez pas encore combattu, et vous êtes déjà couronnés comme vainqueurs ! » Puis il ajoute :« Non jamais le féroce tyran n'aurait pu par sa faveur procurer à ces enfants bénis des avantages comparables à ceux qu'il leur a procurés par sa haine ; car plus l'iniquité avait été cruelle envers eux, et plus la grâce divine a été généreuse à leur égard. Et lorsqu'en leurs personnes Hérode poursuivait Jésus-Christ, il préparait à notre Roi une armée formée par ses compagnons d'enfance que décoraient les insignes de la victoire. »
Considérons ici, Chrétiens, comment Jésus encore tout petit enfant commence à souffrir en lui-même et dans les siens ; et si nous l'aimons un peu, empressons-nous de compatir à ses douleurs. « Ô Jésus ! s'écrie saint Anselme » (in Speculo Evangelici sermonis, IV), votre plus tendre enfance elle même n'a pas été à l'abri des persécutions. Vous ne pouviez encore trouver de nourriture que sur le sein de votre mère, et déjà un Ange apparaissant à Joseph qui dormait, lui disait (Matth. II, 13): Levez-vous, prenez l'Enfant et sa Mère, fuyez en Egypte, et demeurez-y jusqu'à ce que je vous dise d'en revenir, car Hérode va chercher l'Enfant pour le faire périr. Depuis ce temps, ô bon Jésus ! vous avez commencé à endurer la persécution ; et vous ne lavez pas endurée seulement en vous-même tout jeune enfant, mais encore dans tous ces tendres enfants dont plusieurs mille ont été massacrés entre les bras même de leurs mères pour assouvir l'infâme barbarie du roi Hérode. » — Hérode est la figure de ces impies qui prétendent pouvoir anéantir la religion chrétienne en versant le sang des fidèles ; et les saints Innocents sont la figure de tous les martyrs qui sont humbles et innocents comme les enfants. La religion fondée sur Jésus-Christ ne sera jamais anéantie ; parce que les persécutions, comme dit saint Léon, loin de l'affaiblir la fortifient. Selon la pensée du Vénérable Bède et de saint Bernard, (Beda in eum locum, Ber. serm. III, de Epiphania) si quelqu'un s'oppose à ce qui peut procurer le salut ou l'avancement spirituel du prochain, l'établissement ou la propagation de l'Église, il ressemble aux Égyptiens qui tâchaient d'exterminer dès le berceau les enfants Israélites, ou plutôt à Hérode même qui cherchait à tuer Jésus-Christ dès sa naissance. Aussitôt que le Sauveur naît, la persécution commence, pour signifier que les élus de Dieu trouveront des persécuteurs dans tous les siècles, comme Jésus-Christ l'a déclaré, en disant (Joan. XV, 20) : S ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; et l'Apôtre par ces paroles: (Ep. II ad. Tim. III, 12). Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ, souffriront persécution. Les enfants qui sont massacrés pour le Seigneur, nous apprennent par leur exemple qu'on mérite d'obtenir la couronne du martyre par l'humilité » selon cette sentence de Jésus-Christ (Luc. XIV, 11). Quiconque s'humilie sera exalté. Or l'innocence des enfants figure l'humilité des âmes simples, dont le Sauveur a dit : (Marc. X, 14.) Laissez venir à moi les petits enfants ; car le royaume des cieux appartient à ceux qui leur sont semblables. Le massacre des enfants, auquel échappe Jésus-Christ, prouve que les persécuteurs peuvent bien ôter la vie aux corps des martyrs, mais qu'ils ne peuvent aucunement enlever aux fidèles Jésus-Christ, pour qui ils endurent la persécution ; car, comme saint Paul l'enseigne: (Ep. ad Rom. XIV, 8). Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes toujours au Seigneur.
Quand Marie et Joseph, avec l'enfant Jésus, entrèrent en Egypte, toutes les idoles de cette contrée croulèrent dans leurs temples, ainsi que l'avait prophétisé Isaïe : (II, 28). Comme autrefois, lorsque les Israélites sortirent de l'Egypte, il n'y eut pas en tout ce pays une seule maison où le premier-né ne fut frappé de mort par l'Ange du Seigneur ; de même, lorsque Marie et Joseph avec l'Enfant Jésus mirent le pied sur le sol égyptien, il n'y eut pas un temple qui ne vit tomber son idole. C'est ainsi qu'on avait vu jadis l'idole de Dagon renversée par terre devant l'Arche du Seigneur. C'est également ainsi que les vices sont abattus dans toute âme où le Seigneur fait son entrée, après que le péché en est sorti. D'après l'Histoire Scolastique, quand Jérémie avait été conduit captif en Egypte, il avait annoncé qu'une Vierge enfanterait miraculeusement, et qu'alors toutes les idoles de l'Egypte seraient détruites avec tous les dieux. En souvenir de cette prophétie, les Égyptiens firent sculpter l'image d'une Vierge avec un enfant, et lui rendirent leurs hommages. Or cette prédiction s'accomplit lorsque Jésus-Christ avec sa Mère arriva dans l'Egypte ; car toutes les idoles tombèrent et par leur chute semblèrent attester que la Vierge avait enfanté. — Cet événement avait été figuré dans ce que l'Histoire Scolastique nous rapporte de Moïse et de Pharaon. Le roi d'Egypte, avait une couronne sur laquelle était gravée l'image d'Hammon, dieu des Egyptiens. La fille du roi, ayant adopté le jeune Moïse, résolut un jour de le présenter à Pharaon ; celui-ci, par mode d'amusement, pose la couronne sur la tête de l'enfant qui la jette par terre et la brise. Comme le roi furieux voulait le tuer, on lui fit observer que l'enfant avait agi sans réflexion. Ainsi Moïse, par la permission de Dieu, échappa à la colère de Pharaon, de même, par la providence de Dieu, Jésus-Christ échappa au glaive d'Hérode. Moïse vint au monde pour tirer de l'Egypte les enfants d'Israël, et Jésus-Christ s'est fait homme pour délivrer les hommes de l'enfer. Moïse mit en pièces le dieu de l'Egypte ainsi que la couronne des Pharaons, et Jésus-Christ a réduit à néant les dieux de l'Egypte ainsi que toutes les idoles. — Cette ruine des idoles avait encore été figurée par la statue que le roi Nabuchodonosor vit en songe (Daniel, II) : Une pierre, sans le secours d'aucun bras, se détacha de la montagne, alla heurter contre les pieds de cette statue, la mit en pièces, la réduisit en poussière, et devint ensuite elle-même une grande montagne. Cette pierre était la figure de Jésus-Christ qui est né de la Vierge Marie, sans l'intervention d'aucun homme, qui par son séjour en Egypte a détruit toutes les idoles, quelle qu'en fut la matière, et qui, après avoir détruit l'idolâtrie, a établi sa religion dans le monde entier. Jésus-Christ est ainsi devenu une montagne si grande et si haute, qu'il remplit le ciel et la terre de son immensité.
La fuite de Jésus-Christ en Egypte, à cause de la persécution d'Hérode, figure la dispersion des Apôtres parmi les Gentils, devant la persécution que les Juifs avaient soulevée contre eux. Le retour du Sauveur en Judée, après la mort d'Hérode, figure la conversion d'Israël, vers la fin des temps. Selon Remi d'Auxerre, Joseph portant Jésus, conduisant Marie, fuyant la persécution d'Hérode et passant en Egypte, représente les Apôtres qui prêchèrent l'Évangile, fondèrent l'Église, éprouvèrent la persécution des Juifs, et transportèrent parmi les Gentils la foi de Jésus-Christ et de l'Église, après avoir abandonné les Juifs à cause de leur incrédulité. De plus, le temps que Joseph resta en Egypte représente celui qui doit s'écouler depuis L'Ascension du Seigneur jusqu'à l'avènement de L'Antechrist ; et la mort d'Hérode figure l'extinction de la haine des Juifs contre les chrétiens, vers la fin des siècles. — Par son séjour en Egypte, Jésus-Christ dissipa dans ce pays les ténèbres de l'ignorance, manifesta la vanité et le néant des idoles, rétablit le culte et l'adoration du vrai Dieu. Le feu de la foi qu'il avait allumé, s'étendit de telle sorte qu'il gagna bientôt les déserts ; car par la présence du Seigneur dont ils furent honorés, ils ne tardèrent pas à paraître des lieux plus excellents que le paradis et plus illustres que le ciel même. « Maintenant, dit saint Chrysostôme (hom. VIII, in Matth.), si vous venez visiter les solitudes de l'Egypte, elles vous sembleront plus dignes que le paradis ; car elles sont peuplées par des légions nombreuses d'anges revêtus de corps mortels. Vous verrez toute cette contrée remplie par l'armée du Christ, et vous y admirerez le troupeau royal du souverain Pasteur qui fait briller sur la terre la vie des Esprits bienheureux. Les choeurs si variés des astres qui scintillent au firmament, frappent moins nos regards étonnés, que les innombrables cellules des anachorètes qui rendent l'Egypte si célèbre. Ces saints personnages consacrent les veilles de la nuit à la méditation et aux chants divins ; ils emploient les heures du jour à la prière et aux travaux manuels ; ils retracent ainsi dans leur genre de vie les vertus et les exercices dont les hommes apostoliques leur ont laissé la règle et l'exemple. »
Arrivés dans la province de la Thébaïde, Joseph et Marie se rendirent dans une ville appelée Héliopolis ; là, ils louèrent une maisonnette où ils demeurèrent sept ans, comme étrangers et voyageurs ; ils y vécurent dans la pauvreté et l'indigence. Mais durant tout ce temps quels furent leurs moyens de subsistance ? Étaient-ils réduits à la mendicité ? On rapporte de Marie que la quenouille et l'aiguille étaient ses deux ressources, pour se procurer les choses nécessaires à elle-même et à son Enfant. Ainsi, Notre-Dame se livrait à ce double travail, d'abord pour en retirer quelque salaire, ensuite pour pratiquer la pauvreté qu'elle chérissait tant. Que de dédains ne durent pas essuyer de tels exilés ! À combien d'injustices ne furent-ils pas exposés ! Mais le Seigneur n'était-il pas venu pour affronter les contradictions, au lieu de les fuir ? Ne vous semble-t-il pas voir l'Enfant Jésus, tourmenté quelquefois par la faim, demander du pain à sa mère qui ne pouvait satisfaire son besoin ? Ah ! Comme les entrailles de Marie durent être douloureusement émues en face de ces rigueurs de la pauvreté ! Elle tâchait de consoler et de fortifier son enfant par de douces paroles, en attendant que son travail lui eut fourni le pain nécessaire. Quelquefois aussi, elle devait retrancher quelque chose de sa propre nourriture, afin de le réserver à Jésus. Mais, si Marie ne pouvait gagner ses aliments que par des œuvres manuelles, comment faisait-elle pour trouver des vêtements ? Il est bien probable qu'elle n'avait rien en double, rien de superflu, rien qui respirât le luxe, car tout cela est contraire à la pauvreté qu'elle avait embrassée ; aussi, quand même elle eût pu se procurer tous les objets précieux, elle n'aurait pas voulu en faire l'acquisition, parce qu'elle aimait trop la pauvreté. Marie employait-elle son temps, comme le font beaucoup d'autres personnes, à des ouvrages frivoles ? Non certes ; car de tels ouvrages ne se font point sans péril et sans faute, pour plusieurs raisons que nous exposerons plus tard. Contemplons maintenant Notre Dame au milieu de ses diverses occupations et de ses travaux continuels ; avec quelle diligence ! avec quelle exactitude ! avec quelle patience ! avec quelle humilité ! elle remplit sa tâche ! Cependant elle ne néglige pas les soins qu'elle doit à son Fils et à sa maison ; elle veille à tout et pourvoit à tout ; néanmoins elle prolonge autant qu'elle peut ses prières et ses oraisons pendant la nuit. Ah ! compatissons de tout notre cœur aux fatigues de Marie, et comprenons combien la Reine du ciel a souffert avant d'entrer dans le royaume de Dieu. N'oublions pas non plus saint Joseph qui de son côté travaillait comme un ouvrier infatigable, à son métier de charpentier. Quelle ample matière à noire pieuse compassion ! Demeurons quelque temps par la méditation en la compagnie de ces saints personnages ; demandons-leur ensuite la permission de nous retirer ; mettons nous à genoux pour recevoir la bénédiction de l'Enfant Jésus d'abord, puis de sa digne Mère, et ensuite de son père nourricier ; saluons-les les larmes aux yeux et la douleur dans l'âme, en pensant qu'ils sont bannis loin de leur patrie, et que ce bannissement va se prolonger l'espace de sept années, pendant lesquelles ils devront gagner leur vie à la sueur de leur front.
Prière
Seigneur Jésus-Christ, qui, dès votre plus tendre enfance, avez voulu souffrir la persécution et l'exil, et qui alors avez laissé tuer des enfants pour vous, accordez à un misérable comme moi d'endurer patiemment pour vous des maux semblables et même la mort, s'il le faut ; faites que je méprise toute prospérité mondaine, et que je ne redoute aucune adversité temporelle. Ô bienheureux Enfants, premières fleurs et prémices des martyrs, vous que l'innocence et que le martyre ont rendus dignes de former le cortège et la cour du Dieu et du Roi nouveau-né, daignez suppléer par votre grâce et votre extrême innocence à mon infirmité et à ma misère, pour m'obtenir du très-doux Sauveur le pardon et la rémission de mes péchés. Ainsi soit-il.