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II Machabées 5 (TOB)
01 Vers ce temps-là, Antiochus se mit à préparer sa seconde attaque contre l'Égypte.
02 Or il arriva que dans toute la ville, pendant près de 40 jours, apparurent, courant dans les airs, des cavaliers vêtus de manteaux brodés d'or, des troupes armées disposées en cohortes,
03 des escadrons de cavalerie rangés en ordre de bataille, des attaques et des charges lancées de part et d'autre, des boucliers agités, des forêts de piques, des épées tirées, des lancements de traits, des scintillements d'armures d'or et des cuirasses de tout genre.
04 Aussi tous priaient pour que cette apparition fût de bon augure.
05 Or, la fausse rumeur de la mort d'Antiochus s'étant répandue, Jason, ne prenant pas moins d'un millier d'hommes avec lui, dirigea à l'improviste une attaque contre la ville. La muraille forcée et la ville finalement prise, Ménélas se réfugia dans l'Acropole.
06 Jason se livrait sans ménagement au massacre de ses propres concitoyens, sans songer que le succès remporté sur ses frères de race était le plus grand des revers, s'imaginant remporter des trophées sur des ennemis et non sur des compatriotes.
07 D'un côté, il ne réussit pas à s'emparer du pouvoir, et, de l'autre, il finit par se couvrir de honte à cause de sa trahison, et se retira de nouveau dans son exil en Ammanitide.
08 Sa conduite criminelle trouva donc un terme : enfermé chez Arétas, tyran des Arabes, fuyant la ville, poursuivi par tous, détesté comme renégat des lois, exécré comme le bourreau de sa patrie et de ses concitoyens, il échoua en Égypte.
09 Cet homme, qui avait banni de leur patrie un grand nombre de personnes, périt sur une terre étrangère, s'étant rendu à Lacédémone dans l'espoir d'y trouver un refuge en considération d'une commune origine.
10 Lui, qui avait jeté tant d'hommes sur le sol sans sépulture, nul ne le pleura ni ne lui rendit les derniers devoirs, et il n'eut aucune place dans le tombeau de ses pères.
11 Lorsque ces événements furent arrivés à la connaissance du roi, il en conclut que la Judée faisait défection. Il quitta donc l'Égypte, furieux comme une bête sauvage, et prit la ville à main armée.
12 Il ordonna ensuite aux soldats d'abattre sans pitié tous ceux qui leur tomberaient entre les mains et d'égorger ceux qui monteraient dans les maisons.
13 On extermina jeunes et vieux, on supprima femmes et enfants, on égorgea vierges et nourrissons.
14 Il y eut 80.000 victimes en ces 3 jours ; 40.000 tombèrent sous les coups, et le nombre de ceux qui furent vendus comme esclaves ne fut pas moindre.
15 Non content de cela, il osa pénétrer dans le sanctuaire le plus saint de toute la terre, ayant pour guide Ménélas, devenu traître envers les lois et envers sa patrie.
16 Il prit de ses mains impures les vases sacrés, et les offrandes que les autres rois avaient déposées pour le développement, la gloire et la dignité du saint lieu, il les rafla de ses mains profanes.
17 Antiochus s'exaltait en pensée, ne voyant pas que c'était à cause des péchés des habitants de la ville que le souverain Maître était irrité pour peu de temps, et que c'était là la raison de son indifférence apparente envers le lieu saint.
18 S'ils n'avaient pas été plongés dans une multitude de péchés, lui aussi, à l'instar d'Héliodore envoyé par Séleucus pour inspecter le trésor, il aurait été, dès son arrivée, flagellé et détourné ainsi de son audacieuse entreprise.
19 Mais le Seigneur a choisi non pas le peuple à cause du saint lieu, mais le saint lieu à cause du peuple.
20 C'est pourquoi le lieu lui-même, après avoir participé aux malheurs arrivés au peuple, a eu part, dans la suite, aux bienfaits ; abandonné au moment de la colère du Tout-Puissant, il a été de nouveau, en vertu de la réconciliation avec le souverain Maître, restauré dans toute sa gloire.
21 Antiochus donc, après avoir enlevé au Temple 1.800 talents, se hâta de se rendre à Antioche, croyant, dans sa superbe et l'exaltation de son cœur, avoir rendu navigable la terre ferme et la mer praticable à la marche.
22 Mais il laissa des préposés pour faire du mal à la nation ; à Jérusalem, Philippe, phrygien de race, de caractère plus barbare encore que celui qui l'avait institué ;
23 sur le mont Garizim, Andronique, et en plus de ceux-ci Ménélas, qui s'élevait avec plus de méchanceté que les autres au-dessus de ses concitoyens. Nourrissant à l'égard des Juifs une hostilité foncière,
24 le roi envoya le Mysarque Apollonius à la tête d'une armée de 22.000 hommes avec ordre d'égorger tous ceux qui étaient dans la force de l'âge et de vendre les femmes et les enfants.
25 Arrivé en conséquence à Jérusalem et jouant le personnage pacifique, Apollonius attendit jusqu'au saint jour du sabbat où, profitant du chômage des Juifs, il commanda à ses subordonnés une prise d'armes.
26 Tous ceux qui étaient sortis pour assister au spectacle, il les fit massacrer et, envahissant la ville avec ses soldats en armes, il abattit un grand nombre de personnes.
27 Or Judas le Maccabée, avec une dizaine d'autres, se retira dans le désert ; lui et ses compagnons vivaient à la manière des bêtes sur les montagnes, ne mangeant jamais que des herbes pour éviter toute souillure.
 
II Machabées 6 (TOB)
01 Peu de temps après, le roi envoya Géronte l'Athénien pour forcer les Juifs à s'éloigner des lois de leurs pères et à cesser de régler leur vie sur les lois de Dieu,
02 pour profaner le Temple de Jérusalem et le dédier à Zeus Olympien et pour dédier à Zeus Hospitalier celui du mont Garizim, comme le demandaient les habitants du lieu.
03 L'invasion de ces maux, même pour la masse, était pénible et intolérable.
04 Le Temple était en effet rempli de débauches et d'orgies : des païens se divertissaient avec des courtisanes, avaient commerce avec des femmes dans les parvis sacrés et y apportaient des choses défendues.
05 L'autel était couvert des victimes impures, interdites par les lois.
06 Il n'était pas permis de célébrer le sabbat ni d'observer les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser qu'on était juif.
07 On était conduit par une amère contrainte à participer tous les mois à un repas rituel, le jour de la naissance du roi, et quand arrivaient les fêtes dionysiaques, on était forcé d'accompagner, couronné de lierre, le cortège de Dionysos.
08 Un décret fut rendu, à l'instigation des habitants de Ptolémaïs, pour que dans les villes grecques du voisinage on tînt la même conduite à l'égard des Juifs et que ceux-ci prissent part au repas rituel,
09 avec ordre d'égorger ceux qui ne se décideraient pas à adopter les coutumes grecques. On pouvait prévoir dès lors la calamité imminente.
10 Ainsi 2 femmes furent déférées en justice pour avoir fait circoncire leurs enfants. On leur fit faire en public le tour de la ville, leurs enfants suspendus aux mamelles, avant de les précipiter du haut des remparts.
11 D'autres s'étaient rendus ensemble dans les cavernes voisines pour y célébrer en cachette le jour du sabbat. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble parce qu'ils renonçaient à se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour.
12 Je recommande donc à ceux qui auront ce livre entre les mains de ne pas se laisser décourager à cause de ces calamités, mais de penser que ces persécutions ont eu lieu, non pas pour la ruine, mais pour l'éducation de notre race.
13 Quand les impies ne sont pas laissés longtemps à eux-mêmes, mais que les châtiments les atteignent promptement, c'est un signe de grande bonté.
14 Pour châtier les autres nations, le souverain Maître attend en effet avec longanimité qu'elles arrivent à combler la mesure de leurs iniquités ; mais ce n'est pas ainsi qu'il a jugé juste d'agir avec nous,
15 afin qu'il n'ait pas à nous punir à la dernière extrémité, à un moment où nos péchés auraient atteint leur terme.
16 Aussi ne retire-t-il jamais de nous sa miséricorde : en le formant par l'adversité, il n'abandonne pas son peuple.
17 Qu'il nous suffise d'avoir rappelé cette vérité ; après ces quelques mots, il nous faut revenir à notre récit.
18 Eléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint tandis qu'on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc.
19 Mais préférant une mort glorieuse à une vie infâme, il avançait volontairement vers le supplice de la roue.
20 Il cracha ce qu'il avait dans la bouche, comme doivent le faire ceux qui ont le courage de repousser ce qu'il n'est pas permis de manger par amour de la vie.
21 Ceux qui présidaient à ce repas rituel interdit par la Loi prirent Eléazar à part, parce que cet homme était pour eux une connaissance de vieille date, et l'engagèrent à se faire apporter des viandes dont il lui était permis de faire usage et préparées par lui, mais à feindre de manger la portion des chairs de la victime prescrite par le roi :
22 en agissant ainsi, il serait préservé de la mort et profiterait de cet acte d'humanité dû à leur vieille amitié pour lui.
23 Mais lui, voulant agir dans l'honneur, de façon digne de son âge, de l'autorité de sa vieillesse et de ses vénérables cheveux blanchis dans le labeur, digne d'une conduite parfaite depuis l'enfance, mais surtout de la sainte législation établie par Dieu, répondit en conséquence qu'on l'envoyât sans tarder au séjour des morts.
24 Et il ajouta : « À notre âge, il est indigne de feindre ; autrement beaucoup de jeunes gens, croyant qu'Eléazar a embrassé à 90 ans le genre de vie des étrangers,
25 s'égareraient eux aussi à cause d'une dissimulation qui ne me ferait gagner, bien mal à propos, qu'un petit reste de vie. Je ne ferais qu'attirer sur ma vieillesse souillure et déshonneur,
26 et quand même je me soustrairais pour le présent au châtiment des hommes, je n'échapperais, ni vivant ni mort, aux mains du Tout-Puissant.
27 En quittant donc maintenant la vie avec courage, je me montrerai digne de ma vieillesse,
28 ayant laissé aux jeunes le noble exemple d'une belle mort, volontaire et généreuse, pour les vénérables et saintes lois ». Ayant prononcé ces paroles, il alla tout droit au supplice de la roue.
29 Ceux qui l'y conduisaient changèrent en malveillance la bienveillance qu'ils avaient eue pour lui peu auparavant, parce que le discours qu'il venait de tenir était à leur point de vue de la folie.
30 Mais lui, sur le point de mourir sous les coups, dit en soupirant : « Au Seigneur qui possède la science sainte, il est manifeste que, pouvant échapper à la mort, j'endure dans mon corps des douleurs cruelles sous les fouets, mais qu'en mon âme je les souffre avec joie à cause de la crainte qu'il m'inspire ».
31 C'est ainsi que cet homme quitta la vie, laissant par sa mort, non seulement aux jeunes, mais à la grande majorité de la nation, un exemple de noble courage et un mémorial de vertu.
 
II Machabées 7 (TOB)
01 Il arriva aussi que 7 frères furent arrêtés avec leur mère et que le roi voulut les contraindre, en leur infligeant les fouets et les nerfs de bœufs, à toucher à la viande de porc interdite par la Loi.
02 L'un d'eux, se faisant leur porte-parole, dit : « Que vas-tu demander et apprendre de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères ».
03 Le roi, devenu furieux, fit mettre sur le feu des poêles et des chaudrons.
04 Dès qu'ils furent brûlants, il ordonna de couper la langue de celui qui avait été leur porte-parole, de lui enlever la peau de la tête et de lui trancher les extrémités sous les yeux de ses frères et de sa mère.
05 Lorsqu'il fut complètement mutilé, il commanda de l'approcher du brasier, respirant encore, et de le faire passer à la poêle. Tandis que la vapeur se répandait autour de la poêle, les autres avec leur mère s'exhortaient mutuellement à mourir courageusement ; ils disaient :
06 « Le Seigneur Dieu voit, et en vérité il a compassion de nous, comme Moïse l'a annoncé par le cantique qui proteste ouvertement en ces termes : Et il aura pitié de ses serviteurs ».
07 Quand le 1er eut ainsi quitté la vie, on amena le second au supplice. Après lui avoir arraché la peau de la tête avec les cheveux, on lui demandait : « Mangeras-tu du porc plutôt que de subir la torture de ton corps, membre par membre ? »
08 Mais il répondit dans la langue de ses pères : « Non ! » C'est pourquoi lui aussi subit les tortures l'une après l'autre.
09 Au moment de rendre le dernier soupir, il dit : « Scélérat que tu es, tu nous exclus de la vie présente, mais le roi du monde, parce que nous serons morts pour ses lois, nous ressuscitera pour une vie éternelle ».
10 Après lui, on supplicia le 3ème. Il présenta aussitôt sa langue comme on le lui ordonnait et tendit ses mains avec intrépidité.
11 Il fit cette déclaration courageuse : « C'est du ciel que je tiens ces membres, à cause de ses lois je les méprise, et c'est de lui que j'espère les recouvrer ».
12 Le roi lui-même et son entourage furent frappés de la grandeur d'âme de ce jeune homme qui comptait les souffrances pour rien.
13 Ce dernier une fois mort, on soumit le 4ème aux mêmes tortures cruelles.
14 Sur le point d'expirer, il dit : « Mieux vaut mourir de la main des hommes en attendant, selon les promesses faites par Dieu, d'être ressuscité par lui, car pour toi il n'y aura pas de résurrection à la vie ».
15 On amena ensuite le 5ème et on le tortura.
16 Fixant les yeux sur le roi, il lui dit : « Tu es puissant parmi les hommes bien qu'étant corruptible. Tu fais ce que tu veux, mais ne crois pas que notre race soit abandonnée de Dieu.
17 Pour toi, prends patience et tu verras sa grande puissance, comme il te tourmentera, toi et ta descendance »
18 après celui-ci, ils amenèrent le 6ème : sur le point de mourir, il dit : « Ne te fais pas de vaines illusions, car c'est à cause de nous-mêmes que nous endurons ces souffrances, ayant péché envers notre Dieu ; aussi nous est-il arrivé d'étranges calamités.
19 Mais toi, ne t'imagine pas que tu resteras impuni, toi qui as entrepris de faire la guerre à Dieu ».
20 Éminemment admirable et digne d'une excellente renommée fut la mère, qui voyait mourir ses 7 fils en l'espace d'un seul jour et le supportait avec sérénité, parce qu'elle mettait son espérance dans le Seigneur.
21 Elle exhortait chacun d'eux dans la langue de ses pères. Remplie de nobles sentiments et animée d'un mâle courage, cette femme leur disait :
22 « Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes entrailles ; ce n'est pas moi qui vous ai gratifiés de l'esprit et de la vie, et ce n'est pas moi qui ai organisé les éléments dont chacun de vous est composé.
23 Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé l'homme à sa naissance et qui est à l'origine de toute chose, vous rendra-t-il dans sa miséricorde et l'esprit et la vie, parce que vous vous sacrifiez maintenant vous-mêmes pour l'amour de ses lois ».
24 Antiochus se crut méprisé et soupçonna un outrage dans ces paroles. Le plus jeune était encore en vie, et non seulement il lui parlait pour l'exhorter, mais il lui donnait avec serment l'assurance de le rendre riche et très heureux s'il abandonnait la tradition de ses pères, d'en faire son ami et de lui confier de hauts emplois.
25 Mais le jeune homme ne prêtant aucune attention à ses paroles, le roi fit approcher la mère et l'exhorta à donner à l'adolescent des conseils pour sauver sa vie.
26 Lorsqu'il l'eut longuement exhortée, elle consentit à persuader son fils.
27 Elle se pencha donc vers lui et, mystifiant le tyran cruel, elle dit dans la langue de ses pères : « Mon fils, aie pitié de moi qui t'ai porté dans mon sein 9 mois, qui t'ai allaité 3 ans, qui t'ai nourri et élevé jusqu'à l'âge où tu es – et qui ai pourvu à ton entretien.
28 Je te conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre, contemple tout ce qui est en eux et reconnais que Dieu les a créés de rien et que la race des hommes est faite de la même manière.
29 Ne crains pas ce bourreau, mais te montrant digne de tes frères, accepte la mort, afin que je te retrouve avec tes frères au temps de la miséricorde ».
30 À peine achevait-elle de parler que le jeune homme dit : « Qu'attendez-vous ? Je n'obéis pas aux ordres du roi, j'obéis aux ordres de la Loi qui a été donnée à nos pères par Moïse.
31 Et toi, l'inventeur de toute la calamité qui s'abat sur les Hébreux, tu n'échapperas pas aux mains de Dieu,
32 car si nous souffrons, nous autres, c'est à cause de nos propres péchés.
33 Si, pour notre châtiment et notre éducation, notre Seigneur, qui est vivant, s'est courroucé un moment contre nous, il se réconciliera de nouveau avec ses serviteurs.
34 Mais toi, ô impie et le plus infect de tous les hommes, ne t'élève pas vainement, te berçant d'espoirs incertains et levant la main contre ses serviteurs,
35 car tu n'as pas encore échappé au jugement du Dieu tout-puissant qui voit tout.
36 Car nos frères, après avoir enduré maintenant une douleur passagère en vue d'une vie intarissable, sont tombés pour l'alliance de Dieu, tandis que toi, par le jugement de Dieu, tu porteras le juste châtiment de ton orgueil.
37 Pour moi, je livre comme mes frères mon corps et ma vie pour les lois de mes pères, en conjurant Dieu d'être bientôt clément pour notre nation et de t'amener par des épreuves et des fléaux à confesser qu'il est le seul Dieu.
38 Je prie enfin que sur moi et sur mes frères s'arrête la colère du Tout-Puissant justement déchaînée sur notre race ! »
39 Hors de lui, le roi sévit contre le dernier frère encore plus cruellement que contre les autres, le sarcasme lui étant amer.
40 Ce jeune homme mourut donc sans s'être souillé et avec une parfaite confiance dans le Seigneur.
41 Enfin la mère mourut la dernière, après ses fils.
42 Nous en resterons là sur la question des repas rituels et des tortures monstrueuses.
 
II Machabées 8 (TOB)
01 Or Judas Maccabée et ses compagnons, s'introduisant secrètement dans les villages, appelaient à eux leurs frères de race et, s'adjoignant ceux qui étaient restés fidèles au judaïsme, ils en rassemblèrent près de 6.000.
02 Ils suppliaient le Seigneur d'avoir les yeux sur le peuple que tout le monde accablait, d'avoir pitié du Temple profané par les impies,
03 d'avoir compassion de la ville qu'on détruisait et réduisait au niveau du sol, d'écouter le sang qui criait jusqu'à lui,
04 de se souvenir aussi du massacre inique des enfants innocents et enfin de déchaîner son indignation contre ceux qui avaient blasphémé son nom.
05 Dès qu'il fut à la tête d'un corps de troupe, Maccabée devint invincible aux nations, la colère du Seigneur s'étant changée en miséricorde.
06 Tombant à l'improviste sur des villes et des villages, il les brûlait et, occupant les positions favorables, il infligeait à l'ennemi des revers sans nombre.
07 Pour de telles attaques, il choisissait surtout la complicité de la nuit, et la renommée de sa vaillance se répandait partout.
08 Voyant cet homme prendre petit à petit de l'importance et remporter des succès de plus en plus fréquents, Philippe écrivit à Ptolémée, stratège de Cœlésyrie et de Phénicie, de venir au secours des affaires du roi.
09 Celui-ci, ayant à sa disposition Nikanor, fils de Patrocle, du rang des premiers amis, l'envoya aussitôt, à la tête d'une armée d'au moins 20.000 hommes de toutes nations, pour qu'il exterminât toute la race des Juifs. Il lui adjoignit Gorgias, général de métier ayant l'expérience des choses de la guerre.
10 Or Nikanor envisageait d'acquitter le tribut de 2.000 talents dû par le roi aux Romains au moyen de la vente des Juifs qu'on ferait prisonniers.
11 Il envoya aussitôt aux villes maritimes une invitation à venir acheter des esclaves juifs, promettant de leur en céder 90 pour un talent ; il ne s'attendait pas à la sanction qui devait s'ensuivre pour lui de la part du Tout-Puissant.
12 La nouvelle de l'avance de Nikanor parvint à Judas. Quand il eut fait part aux siens de l'apparition imminente de l'armée ennemie,
13 les lâches et ceux qui manquaient de foi en la justice de Dieu prirent la fuite et gagnèrent d'autres lieux.
14 Les autres vendaient tout ce qui leur restait et priaient en même temps le Seigneur de sauver ceux qui avaient été vendus par l'impie Nikanor avant même que la rencontre eût lieu,
15 sinon à cause d'eux, du moins à cause des alliances conclues avec leurs pères et parce que sur eux a été invoqué son nom auguste et plein de majesté.
16 Maccabée ayant donc rassemblé ses hommes au nombre de 6.000 les exhortait à ne pas s'effrayer devant les ennemis et à ne pas se préoccuper du grand nombre de païens qui les attaquaient injustement, mais de combattre avec vaillance,
17 en ayant devant les yeux l'outrage criminel commis par eux contre le saint lieu, le traitement indigne infligé à la ville bafouée, enfin la ruine de leurs traditions.
18 « Eux, ajouta-t-il, se fient aux armes et aux actes audacieux, tandis que nous, nous plaçons notre confiance en Dieu le tout-puissant, capable de renverser d'un seul signe de tête ceux qui marchent contre nous et avec eux le monde entier ».
19 Et il leur énuméra aussi les cas de protection dont leurs aïeux furent favorisés : sous Sennakérib, quand périrent 185.000 hommes,
20 en Babylonie dans une bataille contre les Galates, où le nombre total de ceux qui prenaient part à l'action s'élevait à 8.000 hommes avec 4.000 Macédoniens et où, les Macédoniens mis en difficulté, les 8.000 anéantirent 120.000 ennemis, grâce au secours qui leur était venu du Ciel, et firent un grand butin.
21 Après les avoir remplis de courage par ces paroles et disposés à mourir pour les lois et pour la patrie – et ayant divisé son armée en 4 corps,
22 – il mit à la tête de chaque corps ses frères Simon, Joseph et Jonathan, plaçant sous les ordres de chacun d'eux 1.500 hommes.
23 De plus, il ordonna à Esdrias de lire le livre saint ; après avoir donné pour mot d'ordre « secours de Dieu », il prit la tête de la 1ère cohorte et attaqua Nikanor.
24 Le Tout-Puissant étant devenu leur allié, ils massacrèrent plus de 9.000 ennemis, blessèrent et mutilèrent la plus grande partie des soldats de Nikanor et les mirent tous en fuite.
25 Ils mirent la main sur l'argent de ceux qui étaient venus pour les acheter. Après les avoir poursuivis assez loin, ils revinrent sur leurs pas, pressés par l'heure,
26 car on était la veille du sabbat et pour ce motif ils ne s'attardèrent pas à les poursuivre.
27 Quand ils eurent ramassé les armes des ennemis et enlevé leurs dépouilles, ils se mirent à célébrer le sabbat, multipliant les bénédictions et louant le Seigneur de leur avoir réservé pour ce jour les premières gouttes de la rosée de sa miséricorde.
28 Après le sabbat, ils distribuèrent une part du butin aux victimes de la persécution, aux veuves et aux orphelins, et partagèrent le reste entre eux et leurs enfants.
29 Ayant disposé ainsi du butin, ils firent une supplication commune, priant le Seigneur miséricordieux de se réconcilier entièrement avec ses serviteurs.
30 Au cours des campagnes contre les soldats de Timothée et de Bakkhidès, ils en tuèrent plus de 20.000 et s'emparèrent avec entrain de hautes forteresses. Ils divisèrent un butin encore plus important en 2 parts égales, l'une pour eux-mêmes, l'autre pour les persécutés, les orphelins et les veuves, sans oublier les vieillards.
31 Ayant recueilli avec soin les armes ennemies, ils les entreposèrent en des lieux appropriés ; quant au reste des dépouilles, ils les transportèrent à Jérusalem.
32 Ils supprimèrent le phylarque de l'entourage de Timothée, homme très impie qui avait causé beaucoup de mal aux Juifs.
33 Pendant qu'ils célébraient les fêtes de la victoire dans leur patrie, ils brûlèrent ceux qui avaient incendié les portes saintes et s'étaient réfugiés avec Kallisthène dans une même maisonnette, recevant ainsi le digne salaire de leur profanation.
34 Le triple scélérat Nikanor, qui avait amené les 1.000 marchands pour la vente des Juifs,
35 humilié grâce à l'aide du Seigneur par les gens qu'il jugeait être ce qu'il y avait de plus bas, dépouillant son habit d'apparat, fuyait à travers champs à la manière d'un esclave échappé. Délaissé de tous, il parvint à Antioche, favorisé par une chance extraordinaire, alors que son armée était détruite.
36 Et celui qui avait promis aux Romains de constituer un tribut avec le prix des captifs de Jérusalem proclamait que les Juifs avaient un défenseur, que les Juifs étaient invulnérables pour la bonne raison qu'ils suivaient les lois que leur avait prescrites ce défenseur.

2ème Livre des Maccabées

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