Voir l’Appendice XI.
Essayons, nous aussi, de caractériser, mais moins brièvement que les évangélistes, cette prédication nouvelle. Mais nous ne nous occuperons guère ici que de sa forme extérieure.
Nous réserverons pour plus tard l’étude du fond, si riche et transcendante.
Les paroles du Sauveur tiennent une place considérable dans les récits évangéliques, dont elles constituent peut-être le quart. Elles s’y présentent à tout instant sous deux formes principales : les sentences isolées et les discours. Ceux-ci se divisent à leur tour en trois catégories, selon qu’ils nous ont été transmis par les synoptiques, par saint Jean ou sous la forme de paraboles. Sous chacun de ces aspects, leur authenticité ne suscite pas l’ombre d’un doute. Les arguments par lesquels on démontre que nos quatre évangiles sont authentiques et véridiques conviennent, en effet, tout aussi bien aux paroles qu’aux autres détails. Il est vrai qu’elles ont été prononcées d’abord en araméen, langage que parlait habituellement Notre-Seigneur, et que le vêtement grec sous lequel nous les possédons n’est qu’une traduction, qui a fait nécessairement disparaître quelque chose de leur coloris primitif. Mais cette traduction est si exacte, et elle est arrivée jusqu’à nous en passant par des mains si fidèles qu’elle a presque la valeur du texte original. Il est vrai aussi que les paroles de Jésus ne furent pas immédiatement consignées par écrit, et, qu’en allant de bouche en bouche, elles durent subir encore quelques modifications, comme on le voit par les variantes que les divers récits manifestent à leur sujet. Néanmoins, ainsi que le reconnaissent sans la moindre hésitation plusieurs néo-critiques[1150], la mémoire des Orientaux est généralement si sûre et si ferme[1151], les paroles de Notre-Seigneur sont si frappantes par elles-mêmes et si faciles à retenir, les premiers chrétiens les ont conservées avec un si grand soin, à la manière d’un trésor extrêmement précieux, que nous avons les garanties les plus sérieuses de leur authenticité. Elles n’ont guère perdu de la saveur et de la fraîcheur qu’elles avaient lorsque Jésus les prononça[1152].
Nous avons dit précédemment ce qu’il faut penser du caractère spécial des discours du Sauveur, tels qu’on les lit dans le quatrième évangile, et nous donnerons aux paraboles, en temps voulu, toute l’attention qu’elles méritent. Ce que nous avons à dire actuellement de la forme de la doctrine de Jésus s’applique, du reste, à ces deux parties de sa prédication aussi bien qu’à ses autres discours et à ses sentences isolées. Ces dernières sont assez nombreuses, et il n’est guère de page des évangiles qui n’en renferme quelques-unes[1153]. Beaucoup d’entre elles sont si étincelantes de grâce, de force et de vérité, qu’elles sont devenues promptement proverbiales chez tous les peuples de l’Europe[1154]. On les a comparées à des flèches, qui pénètrent profondément dans les esprits pour les éclairer, et dans les cœurs pour les améliorer. Elles rendent hommage tout ensemble à l’intelligence supérieure de Jésus, à la puissance morale de sa personnalité, à sa sainteté surhumaine. Elles ont contribué pour une part considérable à former l’esprit chrétien et à civiliser le monde. On a parfois recueilli les « dires » des grands penseurs et des grands héros ; mais où sont ceux qui pourraient, dans leur ensemble, être rapprochés de ces sentences de Notre-Seigneur ?
Les Orientaux, et les Juifs en particulier, ont toujours goûté ce mode d’enseignement, ces paroles imagées, ailées pour ainsi dire, qui se gravent aussitôt dans la pensée. Les livres de l’Ancien Testament abondent en sentences et en axiomes de ce genre, et plusieurs d’entre eux — les Proverbes, l’Ecclésiaste, l’Ecclésiastique, la Sagesse — en sont presque entièrement composés. À la façon des anciens écrivains de son peuple, Jésus présente souvent ces phrases proverbiales sous la forme qui caractérise la poésie hébraïque. On y rencontre, en effet, ce qu’on nomme le « parallélisme des membres », qui consiste dans la répétition de la pensée principale, au moyen d’expressions plus ou moins variées, qui tantôt la développent et la fortifient, tantôt lui opposent une antithèse[1155], Par exemple :
Les derniers seront les premiers,
et les premiers les derniers[1156].Dieu n’est pas un Dieu des morts,
mais des vivants[1157].Quiconque veut sauver sa vie la perdra ;
quiconque perd sa vie pour moi et l’évangile la sauvera[1158].Ne donnez pas les choses saintes aux chiens
et ne jetez pas des perles devant les pourceaux[1159].
Parfois, au lieu d’un distique, on rencontre trois ou quatre membres de phrases groupés ensemble :
Nous avons joué de la flûte,
et vous n’avez pas dansé.
Nous avons chanté des airs lugubres,
et vous n’avez pas pleuré[1160].Demandez et l’on vous donnera ;
cherchez et vous trouverez ;
frappez à la porte et on vous ouvrira[1161].Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez.
ni pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus.
La vie n’est-elle pas plus que la nourriture,
et le corps plus que le vêtement[1162] ?
Il arrive même que les membres de phrases sont arrangés en strophes symétriques, comme c’est le cas dans cet « hymne d’une beauté accomplie[1163] », d’un lyrisme, ému et émouvant[1164] :
Je te remercie, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux prudents,
et de ce que tu les as révélées aux petits.
Oui, Père, je te remercie, parce qu’il t’a plu ainsi.Toutes choses m’ont été données par le Père,
et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père,
et personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils,
et celui à qui le Fils aura voulu le révéler.Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés,
et je vous soulagerai.
Prenez mon joug sur vous et recevez mes leçons,
parce que je suis doux et humble de cœur.
Et vous trouverez le repos pour vos âmes,
car mon joug est doux et mon fardeau léger.
Néanmoins, ce parallélisme poétique et ce rythme sont loin d’exister dans toutes les paroles de Notre-Seigneur.
« Pour sauver l’homme, écrivait Clément d’Alexandrie, le Christ emploie tous les accents et varie à l’infini son langage. Tantôt il menace et avertit, tantôt il s’indigne, tantôt il exprime sa pitié par des larmes[1165] ». Nous pouvons ajouter : tantôt il instruit, tantôt il moralise, tantôt il converse familièrement, tantôt il s’élève jusqu’aux plus hautes sublimités du langage. Il nous offre tous les genres possibles de prédication : sermon solennel, catéchisme, homélie, dialogue familier, discours polémique, simple riposte souvent écrasante. Plus grave dans les synagogues, son langage devient plus simple avec ses disciples et avec les foules. Il a même, si l’on peut employer cette expression, ses propos de table, qui ne sont point la partie la moins intéressante de son enseignement. En toute circonstance il est un maître : pour consoler, pour blâmer sévèrement, pour encourager, pour mettre à l’épreuve, pour répudier un rôle qui ne lui convient pas. Il soulève des problèmes, il répond aux objections qu’on lui propose, il met à nu les pensées les plus intimes. Et toujours sa parole demeure sobre et digne, même lorsqu’elle prend le ton populaire. Nulle part elle n’est défigurée par ces puérilités, ces détails choquants, dont les écrits des rabbins portent si souvent la marque.
Déjà nous avons eu l’occasion de le dire, la méthode habituelle de Jésus comme orateur, ou comme simple causeur, était plutôt, « intuitive » que « discursive ». « Il ne fait pas de raisonnements, comme Platon ; il ne commente pas, comme un scribe. Il connaît d’une manière pleine et absolue, il contemple par une vision directe. Il rapporte ce qu’il voit et ce qu’il entend.[1166] » Cela n’empêche pas sa parole de se mouvoir d’après les lois ordinaires du raisonnement. Ses pensées s’appellent et se succèdent dans un ordre très logique. Sa dialectique ne laisse rien à désirer[1167]. Il s’adresse directement à l’intelligence, à l’âme, au cœur, parfois aussi à l’expérience personnelle de ses auditeurs[1168]. Il expose clairement les principes, il déduit ses conclusions avec vigueur. Et, en tout cela, brille un talent remarquable pour élever les esprits au-dessus des sens et du terre à terre de la vie, pour les transporter dans les sphères des vérités célestes et du royaume de Dieu. Jamais un mot de trop sur ses lèvres, et il est certain que ses paroles doivent une partie de leur puissance à la concision et à la condensation rigoureuse de leur forme extérieure. D’un autre côté, il n’y a rien d’excessif dans cette concision. La clarté, la juste mesure règnent partout.
Jésus manie vigoureusement l’ironie, l’hyperbole, le paradoxe, comme nous l’avons remarqué en parcourant le Sermon sur la montagne. « Bienheureux les pauvres ! Malheur aux riches ! … Si ton œil droit te scandalise, arrache-le… Quiconque vient à moi, et ne hait pas son père et sa mère, n’est pas digne de moi… Quiconque n’est pas pour moi est contre moi… Perdre sa vie, c’est la gagner… Je suis venu apporter le glaive… Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’être sauvé… Lorsque tu fais un festin, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes proches, mais les pauvres, les boiteux, les aveugles… » Cette manière, volontairement exagérée, d’exprimer sa pensée avait pour but de rendre celle-ci plus saillante et de la faire pénétrer plus avant dans la mémoire des auditeurs. Il faut interpréter les sentences de ce genre d’après leur esprit, et non d’après la lettre seule, car Jésus ne veut imposer à ses disciples que « ce qui est juste[1169] ». Ces licences ne se rencontrent pas seulement en poésie, mais aussi dans le langage ordinaire, auquel elles communiquent plus de ressort et plus de vie.
Les évangélistes citent, de nombreuses questions adressées par le Sauveur, dans les circonstances les plus diverses, à ses apôtres et à ses disciples, à ses amis et à ses adversaires, ou aux foules qui l’entouraient. Un maître intelligent recourt d’ordinaire à ce procédé, que Socrate a rendu célèbre[1170]. Les questions, habilement posées, provoquent la réflexion des auditeurs, et fournissent au maître l’occasion d’expliquer plus à fond sa doctrine. Il n’est donc pas étonnant que Jésus les ait multipliées. Il questionne, ici pour demander un renseignement destiné à préparer un de ses miracles[1171], ou pour introduire une parabole[1172] ; là pour dissimuler à demi un reproche[1173], ou pour faire tirer par ses auditeurs eux-mêmes la conclusion, parfois tragique, de son enseignement[1174]. Souvent aussi, à une question qu’on lui adressait, il répondait par une contre-question, qui obligeait l’interrogateur à réfléchir davantage et à résoudre lui-même son petit problème[1175]. Jésus agissait surtout ainsi, lorsqu’on lui posait une demande insidieuse[1176].
Un autre frappant caractère de la parole du Sauveur, c’est qu’elle est habituellement très concrète, rarement abstraite, si ce n’est dans quelques passages du quatrième évangile ; mais alors Jésus était en face d’auditeurs généralement instruits, qui pouvaient le comprendre sans trop de peine. Lorsqu’il s’adressait au peuple, il donnait à ses instructions la forme qui plaît le plus au peuple. Il multipliait les images, les comparaisons, en habile pédagogue qui connaît l’influence qu’elles exercent sur l’imagination[1177]. Il est peu de pages des évangiles qui ne contiennent une ou plusieurs de ces métaphores très heureuses. C’est ainsi que Jésus comparait le futur prince des apôtres à une pierre fondamentale ; les pharisiens, à des aveugles qui conduisent d’autres aveugles ; Hérode Antipas, à un renard. Il recommandait à ses disciples d’avoir la prudence du serpent et la simplicité de la colombe ; il les envoyait au milieu du monde comme des agneaux parmi les loups. Il voyait un jour Satan tomber du ciel à la façon de la foudre. Ses paraboles et ses allégories ne sont que des métaphores prolongées.
Et quelle merveilleuse couleur locale dans le choix de toutes ces images et comparaisons ! Jésus les prend, à pleines mains, dans tous les domaines de la Palestine d’alors. En étudiant son développement intellectuel, nous avons signalé les impressions profondes que la nature, la vie sociale, politique et religieuse avait fait pénétrer bien avant dans son âme[1178]. Ce fut pour lui, durant son ministère, un riche trésor, duquel il extrayait constamment « des choses anciennes et des choses nouvelles », pour donner plus de relief à sa prédication. Les divers travaux de l’agriculture, les conditions climatériques de la contrée, ses végétaux et ses animaux, sa configuration extérieure, le commerce et l’industrie, les maisons et leur mobilier, les publicains et les soldats, les mille détails de la vie quotidienne et sociale, les institutions politiques, les croyances et les pratiques religieuses, lui fournissent des arguments et des exemples, des « illustrations » pour son enseignement dogmatique ou moral. Ainsi donc, les divers aspects de la Palestine et de son histoire à l’époque de Jésus se reflètent à tout instant dans les récits évangéliques[1179].
Telle est, considérée dans sa forme extérieure, la parole de notre Seigneur Jésus-Christ : admirable sous quelque face qu’on l’envisage ; toujours simple et limpide, même lorsqu’elle devient sublime et s’élance jusqu’au ciel ; jamais affectée ou doctorale ; toujours fraîche et originale, colorée et pittoresque. Qui donc pourrait décrire convenablement son réalisme si vivant, son exquise poésie, sa logique irrésistible, sa force et sa suavité, son éclat et son éloquence, son à-propos et sa grâce, sa profondeur et le parfum qui se dégage d’elle ? Et, n’est-il pas remarquable qu’elle conserve toutes ses qualités, même lorsqu’on la traduit en des langues étrangères ? Dans tout chef-d’œuvre littéraire, la forme et le fond doivent être également parfaits. C’est le cas pour la parole du Sauveur, qui, jusqu’à la fin des temps, exercera sa douce et salutaire influence, séduisant aussi bien les grands que les petits par ses charmes célestes. Nous y entendons le Fils de l’homme, s’adressant aux hommes, ses frères, pour leur indiquer le chemin de la sainteté et leur apprendre où ils trouveront le vrai bonheur. S’il était permis d’appliquer de telles expressions à Jésus, nous dirions qu’il est, sous le rapport du langage, un poète, un esthète de premier ordre, de même qu’il est, au point de vue des idées, le plus grand des penseurs et des docteurs. Mais nous ferons un plus digne éloge de sa prédication, en disant simplement qu’elle possède, dans sa manifestation extérieure comme dans son fond, une perfection incomparable, digne du Messie et du Fils de Dieu. Aussi le Sauveur a-t-il réussi, phénomène très rare, à se rendre saintement populaire[1180], tout en combattant les mœurs courantes et en luttant contre les passions et les préjugés de ses compatriotes. Non, vraiment, « jamais homme n’a parlé comme cet homme[1181] ».
Passages correspondants : Matth., viii, 5-13 ; Luc., vii, 1-10. Voir l’Appendice XIII.
Les deux évangélistes qui racontent la guérison du serviteur du centurion, la rattachent de très près au Sermon sur la montagne. Saint Matthieu ne mentionne dans l’intervalle que la guérison d’un lépreux. Saint Luc, avec sa précision accoutumée, établit une liaison encore plus étroite entre les deux faits : « Lorsque Jésus, dit-il, eut achevé de faire entendre au peuple toutes ces paroles, il entra dans Capharnaüm », et c’est peu après que le prodige semble avoir eu lieu.
Là, résidait — avec un détachement de soldats qui gardaient le port et la route commerciale — un centurion, au service du tétrarque Hérode Antipas ; car ce prince avait réorganisé d’après le système romain sa petite armée, composée presque uniquement de mercenaires étrangers[1182]. Le nom même l’indique[1183], un centurion était préposé à une compagnie de cent hommes, c’est-à-dire à la sixième partie de la cohorte, qui formait la dixième partie de la légion, composée à son tour d’environ six mille hommes. Il y avait donc soixante centurions dans chaque légion[1184]. Celui qui est le héros de ce récit était certainement païen, comme le prouve, à elle seule, la réflexion faite par le Sauveur à son sujet : « Je n’ai pas trouvé une si grande foi dans tout Israël ». Tout au plus pourrait-on le ranger parmi les prosélytes, et encore sans raisons très convaincantes. Comme les autres officiers du même grade que signalent les écrits du Nouveau Testament[1185], il avait une âme noble et généreuse, et il nous est présenté sous des traits sympathiques. Son séjour en Palestine lui avait permis de contempler de près le judaïsme, et, à la suite de tant d’autres païens, il avait été attiré par la splendeur de ses dogmes et l’élévation de sa morale. Il avait évidemment entendu parler de Jésus[1186], de sa sainteté, de sa bonté, de ses miracles, en particulier de la guérison du fils de l’officier royal de Capharnaüm[1187], qui avait fait tant de bruit. Il est même très probable qu’il l’avait rencontré dans les rues de la ville, et qu’il avait assisté à quelqu’une de ses prédications. Il avait donc conçu pour lui une haute estime, sans avoir eu cependant de relations personnelles avec lui.
Ce centurion avait à son service un esclave[1188], « qui lui était cher », suivant la remarque de saint Luc[1189]. Un fait de ce genre était extrêmement rare chez les Grecs et les Romains, qui traitaient d’ordinaire leurs esclaves avec le dernier mépris et avec une dureté souvent cruelle[1190]. Le cas contraire était tellement exceptionnel[1191], que Cicéron[1192] s’excuse d’avoir témoigné de l’attachement à l’un de ces malheureux. La réflexion de l’évangéliste explique donc l’intérêt extraordinaire que le centurion portait à son serviteur, et les démarches actives qu’il va faire en sa faveur, lorsqu’il le verra subitement en proie à une crise de paralysie, qui le faisait horriblement souffrir, et qui mettait sa vie dans un danger prochain[1193]. Les moyens ordinaires étaient visiblement insuffisants ; mais Jésus était là, et le centurion, dans sa désolation, ne douta pas qu’il ne pût guérir promptement et miraculeusement le malade.
Ici, nous avons à signaler une divergence assez notable qui existe entre les deux narrateurs, pour la marche des faits. D’après saint Matthieu, le centurion alla lui-même trouver le Sauveur, et lui adressa directement sa demande. Suivant saint Luc, il ne serait pas venu en personne, mais il aurait envoyé coup sur coup à Jésus deux députations, chargées de lui présenter sa requête. Il n’y a cependant pas de contradiction réelle entre les récits. L’auteur du premier évangile, qui abrège considérablement, va droit au fait principal, en supprimant les détails secondaires. En vertu du principe « On est censé faire soi-même ce qu’on fait par l’intermédiaire d’autrui », il prête au centurion la démarche que ses délégués accomplirent et les paroles qu’ils prononcèrent en son nom. Cette manière d’agir est très correcte, et maint historien profane l’emploie aussi à l’occasion. Nous suivrons néanmoins la narration de saint Luc, qui est plus complète et plus exacte.
N’osant donc pas, dans sa modestie profonde, s’adresser personnellement à Jésus, le centurion lui députa quelques-uns des notables[1194] de la ville, pour lui adresser cette demande pleine de foi : « Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, atteint de paralysie, et il souffre extrêmement ». Les délégués, se souvenant des bienfaits dont l’officier païen avait comblé la ville, oublièrent leurs préventions juives et plaidèrent chaudement sa cause. « Il mérite, ajoutèrent-ils à la requête, que vous lui accordiez cette faveur, car il aime notre nation, et il nous a bâti lui-même une synagogue ». Sa bienveillance s’était donc manifestée par des actes, dont le plus important — très significatif de la part d’un païen — avait consisté à faire généreusement construire à ses frais une des synagogues de Capharnaüm, la plus belle et la plus riche de toutes, certainement, si elle est identique à celle dont nous avons mentionné plus haut[1195] les ruines considérables, découvertes à Tell-Hoûm. Quelque temps auparavant, l’empereur Auguste avait publié, au sujet des synagogues juives, un édit louangeur[1196], dont ce centurion avait tiré la conséquence pratique.
Jésus accueillit la demande des notables avec la plus grande bonté. « J’irai, répondit-il, et je le guérirai.[1197] » Et il se dirigea aussitôt avec eux vers la demeure du centurion. Celui-ci, averti de l’approche du thaumaturge, revint sur sa première décision et se hâta d’envoyer à la rencontre de Jésus une seconde ambassade, composée, cette fois, de plusieurs de ses amis, qui étaient chargés de lui dire : « Seigneur, ne prenez pas tant de peine[1198], car je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. C’est pour cela que je ne me suis pas jugé digne de venir moi-même auprès de vous ; mais dites seulement une parole[1199], et mon serviteur sera guéri ». Langage admirable de foi et d’humilité, qui a mérité d’être inséré par l’Église dans les prières liturgiques que le prêtre récite au moment de la communion. Pour motiver ce brusque changement d’avis, le centurion fit en même temps proposer à Jésus, par ses amis, ce raisonnement tout militaire, emprunté aux faits dont il était chaque jour l’acteur et le témoin : « Car moi, qui suis un homme soumis à des chefs, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va, et il va ; et à l’autre : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait ». Il connaît donc, par son expérience de tous les instants, les prompts résultats du commandement ; il sait aussi ce que c’est qu’obéir. S’il est capable lui, simple officier subalterne, de produire de merveilleux effets par sa parole, et si celle de ses chefs obtient aussi de lui, même à distance, tout ce qu’elle exige, à plus forte raison un ordre de Jésus, le puissant thaumaturge, réussira-t-il à accomplir tout ce qu’il voudra. Il n’a qu’à commander, même de loin, à la maladie, et, toute grave qu’elle soit, elle disparaîtra sur-le-champ.
Les deux écrivains sacrés font remarquer qu’en entendant cette parole, le Sauveur ne put retenir un mouvement d’admiration[1200]. Sans doute, comme on l’a dit avec beaucoup d’à-propos, ne rien admirer est une règle de la perfection divine, car, dans le sens strict, l’admiration suppose la surprise, et même, jusqu’à un certain point, une ignorance incompatible avec la science infinie du Sauveur. Mais le Christ était homme, en même temps qu’il était Dieu, et c’est son âme humaine qui éprouva cette impression d’étonnement et d’admiration. Il était soumis, nous l’avons démontré[1201], à tous ceux des sentiments de notre nature qui n’attestaient pas la faiblesse et la déchéance.
Le centurion méritait un éloge public, et Jésus le lui adressa sans retard. Se tournant vers la foule qui l’entourait, il s’écria, tout ému : « En vérité, je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une foi aussi grande[1202] ». Même en Israël ! Ces mots disent beaucoup, car Notre-Seigneur avait tout fait, par sa prédication, par ses miracles, par la sainteté de sa vie, pour exciter chez ses compatriotes la foi en sa mission divine, en ses pouvoirs miraculeux, en sa nature surhumaine ; et cependant, bien qu’il eût conquis un nombre considérable de disciples fidèles, il en était peu, parmi eux, à cette époque de son ministère, dont la foi fût aussi parfaite que celle du centurion[1203].
Contemplant l’avenir, et envisageant le centurion comme le type des païens innombrables qui devaient croire en lui, Jésus ajouta : « Aussi je vous dis que beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident, et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux ; mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. Là il y aura des pleurs et des grincements de dents ». Cette prophétie du Sauveur, joyeuse pour les Gentils, tragique pour les Juifs, jette une vive lumière sur l’avenir de son Église. On est tout d’abord étonné de ne pas la trouver ici dans le troisième évangile, qui mentionne si volontiers tout ce qui est avantageux aux païens. Mais saint Luc se réservait de la citer plus loin[1204], Jésus l’ayant répétée dans une autre circonstance. Elle est exprimée dans un langage au coloris tout hébraïque. Les « fils du royaume », ce sont les Juifs, qui, en vertu des promesses divines, en étaient les héritiers-nés et avaient droit d’y entrer les premiers. Aussi, quel châtiment pour eux d’en être exclus en masse[1205], alors que les païens convertis y accourront de toutes les parties du monde ! Mais le vieillard Siméon avait depuis longtemps annoncé que le Christ serait une occasion de ruine pour de nombreux Israélites[1206], de même que les anciens prophètes[1207] avaient prédit la large place qui serait accordée dans l’Église au monde de la gentilité[1208]. Comme dans Isaïe et en d’autres passages du Nouveau Testament[1209], le bonheur dont jouiront les élus dans le royaume des cieux est représenté sous la figure d’un banquet, célébré le soir, dans une salle splendidement éclairée[1210], tandis qu’une profonde obscurité règne au dehors. Ceux qui, par leur faute, ne participeront point à ce festin, présidé par les trois patriarches les plus glorieux d’Israël, seront donc rejetés dans les « ténèbres extérieures ». Leur douleur et leur désespoir sont brièvement et tragiquement décrits par la formule : « Là il y aura des pleurs et des grincements de dents ».
Après l’éloge de la foi du centurion, vint sa consolante récompense, qui consista dans la guérison du malade, opérée à distance, par un puissant acte de volonté. Les amis de l’officier eurent la joie de la constater, lorsqu’ils lui rapportèrent chez lui les paroles du Sauveur.
De ce grand prodige, nous passons à un miracle incomparablement plus grand, celui de la résurrection du fils de la veuve, qui n’est raconté que par saint Luc[1211]. En quelques lignes discrètes, l’évangéliste psychologue en a tracé un tableau émouvant, dramatique. Ce nouvel incident nous transporte à Naïm[1212], bourgade de la Galilée méridionale, qui n’est citée nulle part ailleurs dans la Bible. Son nom, qui signifie en hébreu la « Belle », la « Gracieuse », était justifié par sa situation. Elle était bâtie sur le versant septentrional du Petit Hermon — actuellement Djébel ed Douhy (ou ed Dâhy) —, au sud-est de Nazareth, non loin de Sunem, à une heure à l’ouest d’Endor. De l’éminence sur laquelle elle se dressait, elle contemplait à ses pieds la vaste et fertile plaine d’Esdrelon ; en face, au nord, le Thabor et les collines boisées de la Basse Galilée, que surmonte le pic neigeux du Grand Hermon. Cette belle perspective n’a guère changé ; mais Naïm n’est plus qu’un misérable hameau, composé de pauvres huttes, éparpillées parmi les décombres du passé[1213].
Cet autre miracle eut lieu peu de temps après la guérison de l’esclave paralytique ; le lendemain, d’après une variante du texte original[1214]. Peu importe, du reste, car, en partant le matin de Capharnaüm, Jésus avait le temps de parcourir les 38 km environ qui séparent cette ville de Naïm, où il pouvait arriver le soir, à l’heure où les funérailles ont souvent lieu en Orient. Il était alors accompagné, non seulement de ses apôtres, mais encore d’une foule considérable, qui ne se lassait pas de le voir et de l’entendre. Dans la circonstance présente, cette affluence fut toute providentielle, car elle devait multiplier les témoins du nouveau prodige.
Au moment où le Sauveur, après avoir gravi la rampe qui conduit comme autrefois à Naïm, allait franchir avec son escorte la porte en maçonnerie dont étaient munies la plupart des localités palestiniennes, un autre cortège — lugubre celui-là — la franchissait en sens contraire[1215]. On emportait au cimetière, situé, selon la coutume juive, à quelque distance des habitations, en dehors de la ville, un jeune homme mort à la fleur de l’âge, fils unique, qui laissait une mère veuve et désormais sans appui, sans espoir et sans joie. Par sympathie pour une douleur si navrante, qui est signalée dans la Bible[1216] et ailleurs comme l’image du malheur porté à son comble — « orba cum flet unicum mater ; alors-que une-mère veuve pleure son-fils-unique[1217] » —, la plupart des habitants de la bourgade avaient tenu à assister aux funérailles.
À dix minutes de Naïm, dans la direction de l’est, à l’endroit où se trouvait probablement le champ des morts, on voit encore plusieurs sépulcres taillés dans le roc. Ils sont précisément au bord de la montée qu’avait suivie Jésus pour arriver à l’entrée de la ville. Les rabbins, auxquels n’avait échappé aucune des possibilités de la vie, avaient fixé des règles spéciales, pour le cas où se produirait la rencontre de deux cortèges de ce genre. Naturellement, comme le dictait d’ailleurs un sentiment de respect et d’humanité, les vivants devaient laisser passer le convoi funèbre, et même se joindre à lui pour l’accompagner jusqu’au cimetière. Mais Jésus va faire mille fois mieux encore. À la vue de cette mère désolée, son cœur fut rempli d’une profonde pitié[1218]. Au moment où elle passait auprès de lui, en avant de la bière et derrière les pleureuses à gages[1219], il lui dit avec douceur : « Ne pleure pas ! » Pour parler ainsi, il fallait qu’il fût absolument sûr du résultat qu’il avait en vue ; autrement, ce mot d’encouragement n’aurait été, comme il l’est souvent sur les lèvres des hommes, qu’une banalité, et même un non-sens. Mais Jésus ne console jamais en vain ; il est la source de toute vraie joie, et il sait mettre fin aux afflictions les plus profondes[1220].
S’approchant donc, il toucha la bière ouverte, peu profonde, sur laquelle était étendu, à la façon orientale, le défunt enveloppé dans un linceul et la tête découverte. Frappés de la majesté qui brillait sur le visage de Jésus, les porteurs, qui étaient habituellement choisis parmi les amis et les voisins du mort, comprirent ce geste, qu’ils interprétèrent comme un ordre, et ils s’arrêtèrent immédiatement. Alors, au milieu du silence et de l’attention de tous, le divin Maître, s’adressant au mort, dont le visage était livide et les mains jointes sur sa poitrine, prononça ces simples mots, mais avec l’accent d’une autorité irrésistible : « Jeune homme[1221], je te le dis, lève-toi ! » Il lui parlait comme s’il avait été seulement endormi. Sa mort n’avait été, en réalité, qu’une sorte de sommeil transitoire ; car aussitôt, son âme s’unissant de nouveau à son corps, il se dressa sur son séant et se mit à parler[1222] : ce qui était le signe d’un retour complet à la vie. Admirons la facilité avec laquelle le Sauveur opéra un tel prodige. Comme le disait éloquemment Massillon[1223], « il ressuscite les morts comme il fait les actions les plus communes ; il parle en maître à ceux qui dorment d’un sommeil éternel, et l’on sent bien qu’il est le Dieu des morts comme des vivants, jamais plus tranquille que lorsqu’il opère les plus grandes choses ». Il y a vraiment, suivant une autre parole très heureuse, « quelque chose d’ineffablement doux[1224] » dans le trait final : « Et il le rendit à sa mère ». L’expression était rigoureusement exacte, puisque la mort avait enlevé à la malheureuse veuve ce fils unique. Mais voici que Jésus la remettait en possession de son précieux trésor.
La sensation produite par ce miracle fut immense. Dans l’entourage immédiat, tous furent d’abord saisis d’une sorte d’effroi, à la vue de ce cadavre qui revenait à la vie sous leurs yeux. Mais ils s’élevèrent ensuite à des sentiments plus nobles. « Un grand prophète a surgi parmi nous, disaient-ils entre eux, et Dieu a visité son peuple. » Depuis de longs siècles, la présence d’aucun prophète n’avait honoré et réjoui la nation théocratique, et son Dieu lui avait fait des visites terribles pour châtier ses fautes. Mais Jésus était au moins égal à un prophète envoyé du ciel, puisqu’il ressuscitait les morts, comme autrefois Élie et Élisée[1225]. Le Seigneur, qui l’avait muni d’une telle puissance, montrait ainsi qu’il n’avait pas abandonné son peuple. Saint Luc achève son récit en disant que, de Naïm et de ses alentours les plus rapprochés, le bruit du prodige gagna bientôt la Judée entière[1226], et même toutes les régions avoisinantes.
À différentes reprises, les évangélistes nous ont montré Jésus sous les traits d’un thaumaturge tout-puissant, à la voix duquel la nature modifiait ses lois les plus stables, tandis que les maladies de tout genre, les démons aussi et la mort même, s’enfuyaient devant lui. Le moment nous paraît donc favorable pour jeter un regard d’ensemble sur ses prodiges, comme nous l’avons fait naguère sur sa prédication. Nous verrons que, de ce côté encore, le Christ est absolument unique dans l’histoire du monde[1227].
Pour désigner ses miracles, les évangélistes emploient plusieurs expressions caractéristiques. Ils les nomment tour à tour des « prodiges[1228] » ou actions éclatantes, dignes d’admiration ; des « forces[1229] », c’est-à-dire des actes qui manifestent la puissance supérieure de celui qui les accomplit ; des « signes[1230] » d’une mission divine ; des « œuvres[1231] » par excellence. Dans l’intention des écrivains sacrés, ces noms ne correspondent pas à des catégories distinctes de miracles ; ils marquent seulement les aspects divers sous lesquels on peut les considérer.
Les anciens prophètes avaient annoncé que le Messie accomplirait de nombreux miracles. Isaïe en particulier, décrivant les bienfaits du Christ[1232], avait dit en un beau langage : « Alors les yeux des aveugles verront, et les oreilles des sourds seront ouvertes ; alors le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée ». Jésus ne réalisa pas moins bien cette partie du plan divin que toutes les autres. Au reste, dès lors qu’il se présentait comme l’envoyé spécial du ciel, comme le Sauveur d’Israël et du monde, il était nécessaire qu’il fournît des preuves par lesquelles il serait pleinement accrédité ; or, l’une des meilleures consista précisément dans ses miracles. Si l’on éliminait de sa vie ses prodiges, la foi des premiers chrétiens deviendrait une énigme presque insoluble. Il est bon d’ajouter que Jésus, en tant que Verbe incarné, était un miracle perpétuel, une « Merveille », comme le surnommait Isaïe[1233] et que, d’après les convenances divines et humaines de sa mission, il a dû opérer de nombreux prodiges.
Il a surabondamment rempli cette condition de sa nature et de son rôle. Certaines formules, qui reviennent en plusieurs endroits des évangiles, supposent qu’indépendamment des miracles racontés par les écrivains sacrés avec quelques détails, Notre-Seigneur, durant la courte durée de sa vie publique, a opéré des prodiges presque innombrables. « Jésus, écrivait saint Matthieu[1234], parcourait toute la Galilée, … prêchant l’évangile du royaume, et guérissant toute langueur et toute infirmité parmi le peuple. Et sa renommée se répandit dans toute la Syrie ; et on lui présenta tous ceux qui étaient malades, atteints de langueur et de diverses souffrances, et les possédés du démon, et les lunatiques, et les paralytiques ! et il les guérit. » Saint Jean[1235] nous a montré le Sauveur multipliant les miracles à Jérusalem au début de son ministère, et les synoptiques nous ont fait assister à un déploiement remarquable de sa puissance miraculeuse à Capharnaüm[1236]. À l’occasion d’un rapide séjour de Jésus dans la plaine de Génésareth, saint Marc nous apprend[1237] que « les gens du pays… se mirent à apporter de tous côtés les malades sur des lits, partout où ils entendaient dire qu’il était. Et en quelque lieu qu’il entrât, dans les bourgs, dans les villages ou dans les villes, on mettait les malades sur les places publiques, et on le priait de leur laisser seulement toucher la frange de son vêtement ; et tous ceux qui le touchaient étaient guéris ». Saint Matthieu nous apprend aussi, au moment de la seconde multiplication des pains, que « des foules nombreuses s’approchèrent de Jésus, ayant avec elles des muets, des aveugles, des boiteux, des estropiés et beaucoup d’autres malades ; et elles les jetèrent à ses pieds, et il les guérit : en sorte que les foules étaient dans l’admiration, voyant les muets parler, les boiteux marcher, les aveugles voir, et elles glorifiaient le Dieu d’Israël[1238] ». « Le Christ, lorsqu’il viendra, fera-t-il plus de miracles que n’en fait celui-ci ? » s’écriaient, au cœur même de Jérusalem, des hommes frappés du grand nombre des prodiges opérés par Notre-Seigneur[1239]. Ces formules réitérées nous permettent d’affirmer, sans exagération, que, du cœur et des mains de Jésus, des centaines et des milliers de miracles durent s’échapper. Ce fut, dit saint Thomas d’Aquin[1240], comme « un océan ineffable de prodiges », sans parler des prophéties surnaturelles du Sauveur, dont nous aurons à parler plus tard[1241].
Si le nombre des miracles opérés par Jésus-Christ est incalculable, le chiffre de ceux dont nous possédons un récit détaillé est relativement limité. Il n’y en aurait pas plus de quarante, d’après l’opinion qui leur accorde la place la plus considérable ; quelques auteurs n’en comptent même pas plus de trente-trois[1242]. Celui des évangélistes qui en raconte le plus ne va pas au-delà de vingt. C’est que, sur ce point comme pour l’enseignement du Sauveur et l’ensemble de ses actes, il n’était pas possible de tout dire. Les premiers biographes du Sauveur ne nous ont donc pareillement conservé ici que des extraits, des morceaux choisis. Notre piété eût été heureuse d’être mieux informée encore ; mais le compte rendu détaillé de cent autres prodiges ne nous aurait rien appris de plus, touchant les traits essentiels de la vie de Jésus. Non seulement un récit intégral de tous ses miracles aurait été difficile, comme le fait remarquer saint Jean[1243] ; mais il eût été inutile, puisque les extraits qui sont arrivés jusqu’à nous, choisis avec un jugement exquis par les écrivains sacrés[1244], suffisent largement pour nous faire connaître Notre-Seigneur en tant que thaumaturge, et pour démontrer la divinité de sa mission.
Nous avons vu que Jésus accomplit son premier miracle à Cana, au début de sa vie publique. Les prodiges que les évangiles apocryphes attribuent à son enfance et à son adolescence[1245], sont donc certainement apocryphes, indépendamment des détails merveilleux, invraisemblables, souvent choquants et grossiers, qui démontrent à eux seuls leur fausseté. À partir de l’inauguration de son ministère, les miracles du Sauveur ne cessèrent pas d’accompagner sa prédication. Ils paraissent cependant avoir été plus nombreux pendant « l’année heureuse », et avoir ensuite subi une décroissance, à cause de la diminution de la foi des masses populaires. Leur glorieuse série ne prit fin qu’après la résurrection de Jésus, par la seconde pêche miraculeuse.
Il est intéressant d’étudier, comme nous l’écrivions ailleurs[1246], la caractère spécial des miracles de Notre-Seigneur dans chacun des évangiles. Saint Matthieu les expose avec la noble simplicité qui distingue toute son œuvre. Comme on le sait, il a pour méthode de grouper souvent ses matériaux d’après un ordre logique ; c’est ce qu’il a fait aussi pour un certain nombre des prodiges de Jésus. Dans les chapitres ix et x de son évangile, il en a réuni jusqu’à dix — la moitié de ceux qu’il expose —, pour mettre en bloc sous les yeux de ses lecteurs des exemples multiples et variés de la toute-puissance du divin Maître. Le petit livre de saint Marc a été appelé à bon droit « l’évangile des miracles ». En effet, il vole, pour ainsi dire, de prodige en prodige, et les merveilles opérées par le Sauveur nous apparaissent, dans ses pages si vivantes, sous le jour le plus brillant. Dans les miracles du Sauveur racontés par saint Luc, nous retrouvons, du côté du thaumaturge, la douce bonté, l’incomparable sympathie qui caractérisent le Fils de l’homme d’après le troisième évangile ; du côté du narrateur, le peintre habile qui décrit à merveille, le médecin qui s’entend à signaler les circonstances pathologiques[1247] comme aussi le disciple de Paul, qui insiste sur la nature universelle du salut apporté aux hommes par Jésus-Christ. Saint Jean, on l’a vu, n’expose en détail qu’un petit nombre de miracles[1248]. Mais on s’aperçoit promptement, en parcourant ses comptes rendus, de l’importance qu’il attache à ces « œuvres » de son Maître bien-aimé[1249]. Il les a choisis admirablement, parmi les plus grands qu’ait opérés Notre-Seigneur[1250], et Jésus lui-même y rattache presque toujours des discours importants, qui roulent d’ordinaire sur sa propre personne, et son rôle tout divin[1251]. En outre, tandis que les synoptiques aiment à signaler l’impression produite par les miracles de Notre-Seigneur sur les foules amies[1252], saint Jean note volontiers celle qu’en éprouvaient les ennemis du Sauveur[1253].
En étudiant séparément les miracles de Notre-Seigneur, on s’aperçoit bientôt qu’il règne parmi eux la plus heureuse variété, attendu qu’ils ont été accomplis sur tous les domaines possibles. On a tout naturellement cherché à les classer, et on les a groupés de différentes manières[1254]. La classification suivante nous paraît être la plus naturelle et la plus logique : il y a les miracles accomplis directement sur la nature (par exemple, le changement de l’eau en vin aux noces de Cana, l’apaisement de la tempête sur le lac, la marche sur les eaux, etc. ), les guérisons surnaturelles, l’expulsion des démons, les victoires remportées sur des volontés hostiles (notamment, l’expulsion des vendeurs du temple, la manière dont Jésus déjoua les projets homicides des habitants de Nazareth), enfin la résurrection des morts. C’est aux guérisons que les évangélistes ont accordé la plus large place, et elles se rapportent aux maladies ou aux infirmités les plus diverses : à la fièvre, à la lèpre, à l’hydropisie, à la paralysie, à l’hémorragie, à la cécité, à la surdité, au mutisme congénital, aux maladies de langueur et à mainte autre sorte d’infirmités.
La réalité historique et la crédibilité de tous ces miracles, à quelque catégorie qu’ils appartiennent, sont garanties par des arguments de premier ordre, fournis, les uns par la critique textuelle, d’autres par le caractère des évangélistes, d’autres encore par les prodiges considérés en eux-mêmes.
1° Les textes évangéliques qui racontent les miracles de Notre-Seigneur présentent, aussi bien que les autres parties de sa biographie, toutes les conditions requises d’authenticité, d’intégrité, de véracité. Sous ce triple rapport, rien ne les distingue des autres récits. Les attaquer ou les rejeter, uniquement à cause de l’élément surnaturel qu’ils renferment, serait une injustice d’autant plus manifeste, que la part faite à cet élément, quoique considérable, n’est point exagérée et ne dépasse nulle part les limites de la vraisemblance. Mais il y a plus — et ce fait a une grande importance : il est absolument impossible d’éliminer les miracles de l’histoire du Sauveur, sans mutiler celle-ci de la façon la plus arbitraire, et sans la rendre parfois inintelligible. Les prodiges de Jésus forment, en effet, un tissu compact avec son enseignement et les autres actes de sa vie, de sorte qu’on ne saurait les arracher de ce tissu sans le mettre tout à fait en pièces[1255].
2° Les évangélistes ne sont pas moins dignes de foi, lorsqu’ils racontent les miracles de Notre-Seigneur, que dans toutes leurs autres narrations. Ils manifestent alors la même simplicité, la même honnêteté. Ils se contentent d’un exposé habituellement très bref, tout objectif, dans lequel on n’aperçoit jamais le moindre trait qui puisse éveiller la crainte qu’ils embellissent ou exagèrent, à plus forte raison qu’ils inventent. N’oublions pas que deux d’entre eux, saint Matthieu et saint Jean, avaient été témoins oculaires des miracles de leur Maître, et que les deux autres, saint Marc et saint Luc, connaissaient ces mêmes faits par les témoignages les plus sûrs. Si on les soupçonnait d’avoir été crédules, Jésus protesterait en leur faveur, lui qui, à l’occasion de plusieurs de ses miracles[1256] reprocha au contraire aux apôtres leur étonnante incrédulité. Notons encore que, lorsqu’ils exposent simultanément le même fait miraculeux, ils le font d’une manière indépendante, avec des nuances qui sont une garantie de leur véracité.
3° Les miracles du Sauveur étaient faciles à constater. « Ils ont eu lieu sur les places publiques, en présence de foules nombreuses, qui représentaient toutes les conditions, devant des ennemis acharnés[1257] », qui avaient tout intérêt à protester s’ils avaient remarqué quelque chose de louche, mais qui durent plutôt s’incliner malgré eux devant l’évidence des faits. « Que ferons-nous ? se disaient-ils amèrement[1258], car cet homme fait beaucoup de miracles ». Cet aveu est pour nous du plus grand prix. Enfin, une autre preuve décisive consiste dans l’attitude prise par Jésus lui-même, en face de ses miracles. Dans plusieurs circonstances, il a prononcé, au sujet de ses « œuvres » merveilleuses, des paroles caractéristiques, qui montrent qu’il avait, en les accomplissant, la pleine conscience d’un thaumaturge qui n’a pas la plus légère hésitation concernant ses pouvoirs surnaturels. Il chasse les démons par l’Esprit de Dieu[1259] ; il fait allusion aux deux multiplications des pains comme à deux miracles très réels[1260] ; il affirme que ses miracles rendent en sa faveur le témoignage le plus évident[1261].
Il est donc aisé de croire à la réalité des miracles évangéliques. Ils défient toutes les attaques[1262]. Aussi, dix-neuf siècles consécutifs en ont-ils fait la base de leur foi en Jésus et en son Église. « Et quels hommes, quels génies y ont cru, simplement, fortement, à la suite des apôtres et de leurs successeurs ! Les Polycarpe, les Justin, les lrénée, les Origène et les Clément d’Alexandrie[1263], les Léon et les Grégoire le Grand, les Lactance et les Hilaire, les Jérôme et les Augustin, les Basile, les Grégoire de Nazianze et les Jean Chrysostome ; plus tard, saint Anselme comme Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, Dante comme Milton, Bossuet comme Fénelon, Newton comme Pascal. Ces savants, ces penseurs, ces saints, ces philosophes, ces théologiens…, n’ont pas cru aux miracles de Jésus-Christ sans peser les motifs qu’ils avaient de les accepter[1264]. Nous sommes en noble, nombreuse et excellente société, nous qui croyons aux prodiges évangéliques[1265] ».
Quelques caractères spéciaux des miracles du Sauveur méritent aussi d’attirer notre attention. Tout d’abord, il est touchant de voir qu’il n’en a opéré aucun dans un intérêt personnel. « Il souffre de la faim après son jeûne de quarante jours, et il lui serait aisé, comme le démon le lui suggère, de changer en pain les pierres du désert ; mais il se gardera bien de recourir à ce facile moyen. Il a soif au bord du puits de Jacob, n’ayant rien pour puiser de l’eau ; mais il ne fera pas jaillir une onde miraculeuse, tout exprès pour se désaltérer. Il pourrait, en se précipitant du sommet du temple, convertir les habitants de Jérusalem et se procurer une gloire brillante ; mais il rejette avec horreur cette autre proposition de l’esprit mauvais. Il aurait gagné à sa cause un certain nombre de ses ennemis, en consentant, sur leur demande, à accomplir quelques merveilles extraordinaires ; mais il refusa énergiquement de les satisfaire[1266]. Il permet à ses bourreaux de mettre les mains sur lui, de le conspuer, de le frapper cruellement, lui qui n’avait qu’à exprimer un simple désir à son divin Père[1267] pour voir accourir à sa défense douze légions célestes[1268] ».
En revanche — et le contraste est saisissant —, à part de rares exceptions[1269], les miracles évangéliques furent des manifestations éclatantes de la bonté miséricordieuse et de l’amour compatissant de Jésus, qui ne se lassait pas d’alléger les souffrances physiques ou morales de l’humanité déchue[1270]. Sa bonté infinie, qui se traduisait ainsi en actes merveilleusement salutaires, apparaît très visiblement dans les récits sacrés, qui la signalent comme le motif déterminant de plusieurs de ses prodiges. « En sortant de la barque, il vit une foule nombreuse, et il en eut compassion, et il guérit leurs malades[1271] ». Quelques jours après, il multiplia par deux fois miraculeusement les pains[1272], pour venir en aide aux multitudes qui l’avaient suivi dans un lieu désert, et qui auraient souffert de la faim sans sa généreuse intervention[1273].
Bien que Jésus ait accompli des miracles incessants sur tous les domaines possibles, il n’en a cependant jamais été prodigue. Son activité miraculeuse « se distingue par ce qu’on peut nommer une réserve (non moins) miraculeuse[1274] ». Le Christ opère toujours ses miracles dans un but très précis : chacun d’eux correspond à une nécessité dans l’ordre physique ou dans l’ordre moral. Dès que le besoin est satisfait, le thaumaturge devient immédiatement économe. Avec cinq pains et deux poissons, il rassasie plusieurs milliers d’hommes ; mais il veut que ses apôtres recueillent les restes du frugal repas, de crainte qu’ils ne se perdent.
Nous avons admiré déjà la sérénité majestueuse, le calme tout divin avec lesquels Jésus accomplissait les œuvres les plus merveilleuses. En aucune circonstance, même lorsqu’il commandait aux flots courroucés, aux démons, aux maladies les plus incurables, à la mort même, nous ne remarquons en lui la moindre hésitation ou l’effort le plus léger. Les moyens employés par lui sont d’une étonnante simplicité. Le plus souvent, il lui suffit d’un mot, d’un geste, d’un attouchement. « Je le veux, sois guéri[1275] » ; « Lève-toi, prends ton grabat et marche[1276] » ; « Il dit à la mer : Tais-toi et calme-toi ![1277] » ; « Lazare, viens dehors[1278] ». Parfois il guérit à distance[1279]. À part une seule exception[1280], voulue évidemment par le thaumaturge, le résultat était instantané, complet, définitif. Ainsi, la belle-mère de Simon-Pierre fut si bien guérie, qu’elle put remplir immédiatement son rôle de maîtresse de maison ; les paralytiques de Capharnaüm et de Béthesda s’en allèrent chez eux en portant leur lit sur leurs épaules ; la fille de Jaïre, à peine éveillée du sommeil de la mort, fut capable de prendre de la nourriture.
D’ordinaire, Jésus attendait, pour opérer ses prodiges, qu’on fît appel à sa puissance ou à sa bonté[1281]. Cependant, il prenait quelquefois lui-même l’initiative la plus bienveillante, comme on le vit lors des deux pêches miraculeuses, des deux multiplications des pains, de la résurrection du fils de la veuve et de celle de Lazare, de la guérison de divers malades. Son cœur aimant ne pouvait résister à la vue de certaines souffrances.
De quelque côté qu’on les considère, les miracles du Christ constituent donc un fait unique dans l’histoire de l’humanité. Ce sont, comme il l’a dit lui-même[1282], des « œuvres qu’aucun autre n’a faites ». Cette appréciation, qui était aussi celle des foules juives[1283], a été ratifiée par le jugement de tous les siècles chrétiens. Non, jamais le monde n’a été témoin d’œuvres aussi grandioses, aussi belles, aussi transcendantes, aussi divines que les miracles de notre Seigneur Jésus-Christ. Ils sont, du reste, en parfaite harmonie avec tous les autres détails de la vie de l’Homme-Dieu. Et, selon la remarque si juste de saint Augustin[1284], tous ces miracles « ont leur propre langage pour tous ceux qui savent les comprendre » ; langage très clair, très éloquent, très convaincant pour quiconque l’écoute sérieusement, sans parti pris.
Que nous disent-ils donc ? quel enseignement nous fournissent-ils au sujet du Sauveur et de sa mission ? Quelle était leur raison dernière dans sa pensée et dans celle de Dieu, son Père, lorsqu’il les opérait ? Il n’a pas manqué de nous éclairer là-dessus, par des paroles mémorables, qui mettent dans un vif relief le témoignage que lui rendent ses miracles. Nous l’avons entendu s’écrier, dans sa discussion avec les autorités juives, après la guérison du paralytique de Béthesda : « Les œuvres — c’est-à-dire les prodiges —, que le Père m’a donné d’accomplir, les œuvres mêmes que je fais, rendent de moi le témoignage que c’est le Père qui m’a envoyé[1285] ». Plus tard, lorsque le précurseur délégua, de sa prison de Machéronte, deux de ses disciples chargés d’obtenir de Jésus une réponse catégorique, officielle, à cette question : « Êtes-vous le Messie ? » Notre-Seigneur, qui avait fait plusieurs miracles sous les yeux des délégués, leur dit : « Allez et répondez à Jean… ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’évangile est annoncé aux pauvres[1286] ». Ce témoignage était d’autant plus net, qu’il était emprunté à des oracles d’Isaïe relatifs au Messie[1287]. Un autre jour, lorsqu’il réfuta énergiquement le blasphème des scribes et des pharisiens, qui l’accusaient d’expulser les démons grâce au concours de Satan, Jésus tira cette conclusion péremptoire : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, il suit de là que le royaume de Dieu est venu au milieu de vous[1288] ». Il suivait aussi de là, en même temps, que le Messie, fondateur du royaume de Dieu, avait dû faire son apparition, et que le Messie ne différait pas de Jésus en personne. Ailleurs[1289], le divin Maître reproche à ses apôtres de ne pas croire assez en lui, malgré les miracles dont ils avaient été témoins. Enfin, à une des heures les plus solennelles de sa vie, sur le chemin de Gethsémani, le Sauveur dit à ses disciples[1290] : « Si je n’étais pas venu et que je ne leur eusse point parlé (aux Juifs demeurés incrédules), ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse de leur péché… Si je n’avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant, ils ont vu et ils me haïssent, moi et mon Père ». Les miracles de Jésus condamnaient donc l’incrédulité des Juifs, parce qu’ils démontraient jusqu’à l’évidence que Dieu l’avait muni de pleins pouvoirs.
Nous étions par conséquent en droit d’affirmer que le langage des miracles du Sauveur est très précis et très éloquent. Ils prouvent de la façon la plus rigoureuse que Jésus est l’envoyé de Dieu par excellence, le Messie d’Israël et le Sauveur du genre humain. C’est ce que comprenaient les foules, qui croyaient « en son nom, voyant les miracles qu’il faisait[1291] » ; qui s’écriaient, après la résurrection du fils de la veuve : « Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple[1292] » ; ou bien, après la guérison d’un possédé[1293] : « N’est-ce point là le Fils de David ? » Nicodème aussi l’avait compris, lorsqu’il faisait cette juste réflexion[1294] : « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur, car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est pas avec lui ». Si la foi des premiers disciples et des apôtres fut si prompte et si vive, c’est qu’elle était basée en partie sur les miracles du Sauveur[1295]. Voilà pourquoi l’évangéliste saint Jean a écrit, sous l’impression d’un sentiment douloureux[1296] : « Quoique Jésus eût fait tant de miracles, ils (les Juifs) ne croyaient point en lui ». En regard des prodiges du Sauveur, cette incrédulité lui paraissait impossible, monstrueuse en quelque sorte. Enfin, le même saint Jean fait cette autre réflexion, aux dernières pages de son évangile[1297] : « Jésus opéra encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles qui ne sont point écrits dans ce livre. Ceux-ci ont été écrits, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le fils de Dieu, et que, le croyant, vous ayez la vie en son nom ».
Ainsi donc, « une conclusion s’impose. Dans la pensée de ceux qui avaient été témoins des miracles de Jésus-Christ, comme dans la sienne propre, cette série d’étonnants prodiges contenait la preuve décisive, irréfragable, de son union étroite avec Dieu, de sa mission spéciale, de son rôle messianique. C’était là sa lettre de créance et l’attestation infaillible de sa dignité souveraine[1298] ». Jusqu’à quel point fournissent-ils la preuve de sa divinité ? Nous aurons à étudier plus tard cette autre question[1299].
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