01 Vers ce temps-là, Antiochus organisa sa seconde
expédition en Égypte.
02 Or il arriva que, dans toute la ville, pendant près de
quarante jours, apparurent, courant dans les airs, des cavaliers ayant
des vêtements d'or et armés de lances à
la manière des cohortes,
03 ainsi que des escadrons de chevaux rangés en ordre de
bataille, des attaques et des charges de part et d'autre, des
agitations de boucliers et une multitude de piques, des
épées tirées du fourreau, des traits
lancés, un vif éclat d'armures d'or et de
cuirasses de toutes sortes.
04 C'est pourquoi tous priaient pour que ces apparitions leur fussent
favorables.
05 Un faux bruit de la mort d'Antiochus s'étant répandu, Jason ne prit pas moins d'un millier d'hommes et vint attaquer la ville à l'improviste. Les citoyens coururent aux murailles mais la ville finit par être prise, et Ménélas se réfugia dans la citadelle.
06 Jason se livra sans pitié au massacre de ses propres
concitoyens, ne réfléchissant pas qu'une
journée gagnée sur des compatriotes est la
journée la plus tristement perdue, mais s'imaginant
remporter des trophées sur des ennemis, et non sur des gens
de la même nation.
07 D'une part, il ne réussit pas à s'emparer du
pouvoir, et, de l'autre, ses intrigues aboutirent pour lui à
la confusion ; il dut regagner en fugitif le pays des Ammonites.
08 Comme terme de sa vie criminelle, on le vit serré de
près chez Arétas, roi des Arabes, fuyant de ville
en ville, poursuivi par tous, détesté comme
transgresseur des lois, exécré comme le bourreau
de sa patrie et de ses concitoyens, ignominieusement chassé
jusqu'en Égypte.
09 Lui qui avait banni tant de personnes de leur patrie, il
périt sur la terre étrangère,
après s'être rendu à
Lacédémone dans l'espoir d'y trouver un refuge,
en considération de la commune origine.
10 Lui qui avait jeté tant d'hommes sur le sol sans
sépulture, nul ne le pleura et ne lui rendit aucun des
derniers devoirs ; il ne fut pas enseveli dans le tombeau de ses
pères.
11 Ces événements étant
arrivés à la connaissance du roi, il crut que la
Judée faisait défection. Il partit donc
d'Égypte, furieux comme une bête
féroce, et s'empara de la ville à main
armée.
12 Il ordonna aux soldats de tuer sans pitié ceux qui tomberaient entre leurs mains, et d'égorger ceux qui monteraient sur les toits des maisons.
13 Ainsi furent tués des jeunes gens et des vieillards ;
ainsi périrent des hommes faits, des femmes et des enfants ;
ainsi furent égorgés des jeunes filles et des
nourrissons.
14 Le nombre des victimes pendant ces trois jours, fut de quatre-vingt
mille, dont quarante mille furent massacrés et autant furent
vendus comme esclaves.
15 Non content de ces atrocités, il osa
pénétrer dans le temple le plus saint de toute la
terre, ayant pour guide Ménélas,
traître envers les lois et envers sa patrie.
16 Et prenant de ses mains souillées les objets sacrés, et arrachant les offrandes déposées par les autres rois pour rehausser la gloire et la dignité de ce lieu, il les remettait à des mains profanes.
17 Antiochus s'enflait d'orgueil dans son esprit, ne
considérant pas que le Seigneur était
irrité pour peu de temps à cause des
péchés des habitants de la ville, et que
c'était pour cela qu'il détournait ses regards de
ce lieu.
18 Autrement, s'ils n'avaient pas été coupables
d'un grand nombre de péchés, lui aussi, comme
Héliodore, envoyé par le roi Séleucus
pour inspecter le trésor, il aurait
été, dès son arrivée,
flagellé et réprimé dans son audace.
19 Mais Dieu n'a pas choisi le peuple à cause de ce lieu ; il
a choisi ce lieu à cause du peuple.
20 C'est pourquoi ce lieu a participé aux malheurs du
peuple, comme il a été ensuite associé
aux bienfaits du Seigneur ; délaissé dans la
colère du Tout-Puissant, il a été de
nouveau, quand le souverain Seigneur s'est
réconcilié avec son peuple, rétabli en
toute sa gloire.
21 Antiochus, ayant donc enlevé au temple dix-huit cents
talents, s'en retourna en hâte à Antioche,
s'imaginant dans son orgueil, à cause de l'enivrement de son
cœur, pouvoir rendre navigable la terre ferme et viable la mer.
22 Mais il laissa des préposés pour tourmenter le
peuple : à Jérusalem, Philippe, originaire de
Phrygie, plus cruel encore que celui qui l'avait établi ;
23 à Garizim, Andronique ; et, outre ceux-ci,
Ménélas qui, avec plus de
méchanceté que les autres, s'élevait
insolemment au-dessus de ses concitoyens
24 et nourrissait des sentiments de haine contre les patriotes Juifs.
De plus, Antiochus envoya l'infâme Apollonius à la
tête d'une armée de vingt-deux mille hommes, avec
ordre de mettre à mort tous les hommes dans la force de
l'âge et de vendre les femmes et les enfants.
25 Arrivé à Jérusalem, Apollonius,
simulant des intentions pacifiques, se tint tranquille jusqu'au saint
jour du sabbat et, lorsqu'il vit les Juifs en train de le
célébrer, il fit prendre les armes à
ses troupes.
26 Et tous ceux qui étaient sortis pour le spectacle, il les
fit massacrer et, parcourant la ville avec ses soldats, il mit
à mort une multitude de personnes.
27 Or, Judas Machabée, lui dixième, se retira
dans le désert, vivant à la manière
des bêtes fauves sur les montagnes, avec ses compagnons, ne
mangeant jamais que des herbes, pour ne pas se souiller.
01 Peu de temps après, le roi envoya un vieillard
d'Athènes pour contraindre les Juifs à abandonner
le culte de leurs pères et les empêcher de vivre
selon les lois de Dieu,
02 et pour profaner le temple de Jérusalem et le
dédier à Jupiter Olympien, et celui de Garizim
à Jupiter Hospitalier, conformément au
caractère des habitants du lieu.
03 L'invasion de ces maux fut, même pour la masse du peuple,
bien pénible et difficile à supporter ;
04 car le temple était rempli d'orgies et de
débauches par des Gentils dissolus et des courtisanes, des
hommes ayant commerce avec des femmes dans les saints parvis et y
apportant des choses défendues.
05 L'autel lui-même était couvert de victimes
impures que la loi interdisait.
06 Il n'était plus possible de célébrer
les sabbats ni les fêtes des pères, ni simplement
de confesser que l'on était Juif.
07 Une amère nécessité amenait les
Juifs aux sacrifices qui se faisaient chaque mois le jour de la
naissance du roi ; aux fêtes des Bacchanales, on les
contraignait de se promener par les rues couronnés de lierre
en l'honneur de Bacchus.
08 Un édit fut rendu, à l'instigation de
Ptolémée, pour que, dans les villes grecques du
voisinage, on prît les mêmes mesures contre les
Juifs et que l'on fit des sacrifices,
09 avec ordre de mettre à mort ceux qui refuseraient
d'adopter les coutumes grecques. On avait donc partout sous les yeux
des scènes de désolation.
10 Ainsi deux femmes, pour avoir circoncis leurs enfants, furent
amenées ; on suspendit leurs enfants à leurs
mamelles, on les traîna publiquement par la ville, et on les
précipita du haut des remparts.
11 D'autres s'étant rendus ensemble dans des cavernes
voisines pour célébrer en secret le jour du
sabbat, furent dénoncés à Philippe, et
on les brûla tous sans qu'ils osassent se
défendre, par respect pour la sainteté du jour.
12 Je supplie ceux entre les mains de qui ce livre tombera de ne pas se
laisser déconcerter à cause de ces
calamités, et de croire que ces persécutions ont
eu lieu, non pour la ruine, mais pour la punition de notre race.
13 Quand Dieu ne laisse pas longtemps les pécheurs impunis,
mais qu'il fait tomber sur eux un prompt châtiment, c'est une
marque de grande bonté.
14 En effet, le souverain Maître, pour punir les autres
nations, attend avec patience qu'elles aient comblé la
mesure des iniquités ; ce n'est pas ainsi qu'il a
jugé à propos d'en agir avec nous,
15 afin de n'avoir pas à exercer sur nous sa vengeance,
quand nos péchés auraient atteint leur pleine
mesure.
16 Aussi ne retire-t-il jamais de nous sa miséricorde ; en le
châtiant par l'adversité, il n'abandonne pas son
peuple.
17 Qu'il nous suffise d'avoir rappelé cette
vérité ; après ce peu de mots, il faut
revenir à notre récit.
18 Éléazar, un des premiers docteurs de la loi,
homme déjà avancé en âge et
du plus noble extérieur, était contraint, la
bouche violemment ouverte, de manger de la chair de porc.
19 Mais lui, préférant une mort glorieuse
à une vie criminelle, marchait volontairement au supplice,
ayant craché cette viande,
20 comme doivent y marcher ceux qui ont le courage de rejeter ce qu'il
n'est pas permis de manger par amour de la vie.
21 Les préposés à ce sacrifice impie,
depuis longtemps liés avec Eléazar, le prirent
à part et l'engagèrent à faire
apporter des viandes dont il était permis de faire usage et
préparées par lui, et à feindre de
manger des chairs de la victime, comme le roi l'avait
ordonné,
22 afin que, cela fait, il fût préservé
de la mort et profitât de cette humanité due
à sa vieille amitié pour eux.
23 Mais lui, faisant de sages réflexions, dignes de son
âge, de la haute considération que lui donnait sa
vieillesse et les nobles cheveux blancs qui s'y ajoutaient, de la vie
très belle qu'il avait menée depuis l'enfance, et
surtout de la législation sainte établie par Dieu
même, il répondit en conséquence,
disant qu'on l'envoyât sans tarder au séjour des
morts.
24 "À notre âge, en effet, il ne convient pas de feindre ; de
peur que beaucoup de jeunes gens ne soupçonnent
Eléazar d'avoir, à quatre-vingt-dix ans,
embrassé des mœurs étrangères.
25 Eux-mêmes, alors, à cause de ma dissimulation,
et pour un reste de vie périssable, seraient
égarés par moi, et j'attirerais sur ma vieillesse
la honte et l'opprobre.
26 Et quand j'échapperais pour le présent au
châtiment des hommes, je n'éviterais pas, vivant
ou mort, les mains du Tout-Puissant.
27 C'est pourquoi, si maintenant je quitte cette vie avec courage, du
moins je me montrerai digne de ma vieillesse,
28 et je laisserai aux jeunes gens le noble exemple d'une mort
volontaire et généreuse pour les
vénérables et saintes lois." Ayant ainsi
parlé, il marcha droit vers l'instrument du supplice.
29 Ceux qui l'y conduisaient changèrent en dureté
la bienveillance qu'ils lui avaient montrée un moment
auparavant, regardant comme insensées les paroles qu'il
venait de prononcer.
30 Lorsqu'il fut près de mourir sous les coups, il poussa un
soupir et dit : "Le Seigneur qui a la science sainte voit que, pouvant
échapper à la mort, j'endure sous les
bâtons des douleurs cruelles selon la chair, mais qu'en mon
âme je les souffre avec joie, par respect pour lui."
31 C'est ainsi qu'il quitta la vie, faisant de sa mort, non seulement
pour la jeunesse, mais pour tout le peuple, un exemple de courage et un
mémorial de vertu.
01 Il arriva aussi qu'on prit sept frères avec leur
mère, et que le roi voulut les contraindre, en les
déchirant à coups de fouets et de nerfs de bœuf,
à manger de la chair de porc, interdite par la loi.
02 L'un d'eux, prenant la parole au nom de tous, dit : "Que demandes-tu,
et que veux-tu apprendre de nous ? Nous sommes prêts
à mourir plutôt que de transgresser la loi de nos
pères."
03 Le roi, outré de colère, commanda de mettre sur
le feu des poêles et des chaudières.
Aussitôt qu'elles furent brûlantes,
04 il commanda de couper la langue à celui qui avait
parlé au nom de tous, puis de lui enlever la peau de la
tête et de lui trancher les extrémités,
sous les yeux de ses autres frères et de leur
mère.
05 Lorsqu'on l'eut ainsi complètement mutilé, il
ordonna qu'on l'approchât du feu, respirant encore, et qu'on
le fît rôtir dans la poêle. Pendant que
la vapeur de la poêle se répandait au loin, ses
frères et leur mère s'exhortaient mutuellement
à mourir avec courage :
06 "Le Seigneur Dieu voit, disaient-ils, et il a vraiment compassion de
nous, selon que Moïse l'a annoncé, dans le cantique
qui proteste en face contre Israël, en disant : Il aura
pitié de ses serviteurs."
07 Le premier étant mort de cette manière, on
amena le second pour le supplice, et après lui avoir
arraché la peau de la tête avec les cheveux, on
lui demanda s'il voulait manger du porc avant d'être
torturé dans tous les membres de son corps.
08 Il répondit dans la langue de ses pères : "
Non !" C'est pourquoi il subit à son tour les mêmes
tourments que le premier.
09 Au moment de rendre le dernier soupir, il dit :
"Scélérat que tu es, tu nous ôtes la
vie présente, mais le Roi de l'univers nous ressuscitera
pour une vie éternelle, nous qui mourons pour être
fidèles à ses lois."
10 Après lui, on tortura le troisième. À la
demande du bourreau, il présenta aussitôt sa
langue et tendit intrépidement ses mains,
11 et il dit avec un noble courage : "Je tiens ces membres du Ciel, mais
à cause de ses lois je les méprise, et c'est de
Lui que j'espère les recouvrer un jour."
12 Le roi lui-même et ceux qui l'accompagnaient furent
frappés du courage de ce jeune homme, qui comptait pour rien
les tortures.
13 Lui mort, on fit subir au quatrième les mêmes
tourments.
14 Sur le point d'expirer, il dit : "Heureux ceux qui meurent de la main
des hommes, avec l'espérance qu'ils tiennent de Dieu
d'être ressuscités par lui ! Pour toi, ta
résurrection ne sera point pour la vie."
15 On amena ensuite le cinquième, et on le tortura. Mais
lui, fixant les yeux sur le roi, dit :
16 "Tu as, quoique mortel, pouvoir parmi les hommes, et tu fais ce
que tu veux. Mais ne crois pas que notre race soit
abandonnée de Dieu.
17 Pour toi, attends, et tu verras sa grande puissance, comme il te
tourmentera toi et ta race."
18 Après lui, on amena le sixième.
Près de mourir, il dit : " Ne te fais pas de vaine illusion ;
c'est nous-mêmes qui nous sommes attiré ces maux,
en péchant contre notre Dieu ; aussi nous est-il
arrivé d'étranges calamités.
19 Mais toi, ne t'imagines pas que tu seras impuni, après
avoir osé combattre contre Dieu."
20 La mère, admirable au-dessus de toute expression et digne
d'une illustre mémoire, voyant mourir ses sept fils dans
l'espace d'un seul jour, le supporta
généreusement, soutenue par son
espérance dans le Seigneur.
21 Elle exhortait chacun d'eux en la langue de ses pères et,
remplie des plus nobles sentiments, elle raffermissait par un
mâle courage sa tendresse de femme.
22 Elle leur disait : " Je ne sais comment vous avez apparu dans mes
entrailles ; ce n'est pas moi qui vous ai donné l'esprit et
la vie ; ce n'est pas moi qui ai assemblé les
éléments qui composent votre corps.
23 C'est pourquoi le Créateur du monde, qui a
formé l'homme à sa naissance et qui
préside à l'origine de toutes choses, vous rendra
dans sa miséricorde et l'esprit et la vie, parce que
maintenant vous vous méprisez vous-mêmes pour
l'amour de sa loi."
24 Antiochus se crut insulté et soupçonna un
outrage dans ces paroles. Comme le plus jeune était encore
en vie, non seulement il lui adressa des exhortations, mais il lui
promit avec serment de le rendre riche et heureux, s'il abandonnait les
lois de ses pères, d'en faire son ami et de lui confier de
hauts emplois.
25 Le jeune homme ne prêtant à ces offres aucune
attention, le roi appela la mère et l'engagea à
donner à l'adolescent des conseils de salut.
26 Lorsqu'il l'eut longtemps exhortée, elle accepta de
persuader son fils.
27 S'étant donc penchée vers lui et raillant le
tyran cruel, elle parla ainsi dans la langue de ses pères :
"Mon fils, aie pitié de moi, qui t'ai porté neuf
mois dans mon sein, qui t'ai allaité trois ans, qui t'ai
entretenu, nourri et élevé jusqu'à
l'âge où tu es.
28 Je t'en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre, vois tout
ce qu'ils contiennent, et sache que Dieu les a
créés de rien, et que la race des hommes est
arrivée ainsi à l'existence.
29 Ne crains pas ce bourreau, mais sois digne de tes frères
et accepte la mort, afin que je te retrouve, avec tes
frères, au temps de la miséricorde."
30 Comme elle parlait encore, le jeune homme dit : " Qu'attendez-vous ?
Je n'obéis pas aux ordres du roi ; j'obéis aux
prescriptions de la loi qui a été
donnée par Moïse à nos pères.
31 Et toi, l'auteur de tous les maux
déchaînés sur les Hébreux,
tu n'éviteras pas le bras de Dieu.
32 Car c'est à cause de nos péchés que
nous souffrons ;
33 et si, pour nous châtier et nous corriger, notre Seigneur,
qui est vivant, nous a montré un moment sa
colère, il se réconciliera avec ses serviteurs.
34 Mais toi, ô impie et le plus
scélérat de tous les hommes, ne t'enorgueillis
pas follement, te livrant à de vaines espérances,
quand tu lèves la main contre les serviteurs de Dieu ;
35 car tu n'as pas encore échappé au jugement du
Dieu tout-puissant qui surveille toutes choses.
36 Nos frères, après avoir enduré une
souffrance passagère, sont échus à
l'alliance de Dieu pour une vie éternelle ; mais toi, par le
jugement de Dieu, tu porteras le juste châtiment de ton
orgueil.
37 Quant à moi, ainsi que mes frères, je livre
mon corps et ma vie pour les lois de mes pères, suppliant
Dieu d'être bientôt propice envers son peuple et de
t'amener, par les tourments et la souffrance, à confesser
qu'il est le seul Dieu,
38 et puisse, en moi et en mes frères, s'arrêter
la colère du Tout-Puissant, justement
déchaînée sur toute notre race !"
39 Le roi, transporté de fureur, sévit contre
celui-ci plus cruellement encore que contre les autres, ne pouvant
supporter qu'on se jouât de lui.
40 Ainsi mourut ce jeune homme, pur de toute idolâtrie et se
confiant entièrement au Seigneur.
41 Enfin la mère mourut la dernière,
après ses enfants.
42 Mais en voilà assez au sujet des sacrifices et des
excessives cruautés d'Antiochus.
01 Cependant Judas Machabée et ses compagnons, s'introduisant
secrètement dans les villages, appelaient autour d'eux leurs
parents, et, s'adjoignant ceux qui étaient restés
fidèles au judaïsme, ils rassemblèrent
ainsi une troupe d'environ six mille hommes.
02 Ils conjuraient le Seigneur de regarder son peuple que tout le monde
foulait aux pieds, d'avoir aussi pitié de son temple
profané par les impies,
03 d'avoir compassion de la ville dévastée qui
allait se trouver au niveau du sol, et d'écouter la voix du
sang qui criait vers lui,
04 de se souvenir du meurtre criminel des petits enfants innocents et
des outrages faits à son nom, et de montrer sa haine contre
les méchants.
05 Une fois à la tête d'une troupe nombreuse,
Machabée devint invincible aux nations, car la
colère du Seigneur s'était changée en
miséricorde.
06 Tombant à l'improviste sur les villes et les villages, il
les brûlait ; occupant les positions les plus favorables, il
infligeait des défaites à de nombreux ennemis.
07 C'est surtout la nuit qu'il choisissait pour favoriser le
succès de ces sortes d'expéditions. Le bruit de
sa valeur se répandit en tous lieux.
08 Philippe ne fut pas longtemps à voir quels
progrès faisait cet homme, et les succès de plus
en plus fréquents qu'il remportait ; il écrivit
donc à Ptolémée, chef militaire de la
Coelé-Syrie et de la Phénicie, de venir en aide
aux affaires du roi.
09 Ptolémée s'étant mis à
l'œuvre sans tarder, fit partir Nicanor, fils de Patrocle, un des
principaux favoris du roi, à la tête d'au moins
vingt mille hommes de diverses nations, pour qu'il exterminât
la race entière des Juifs ; il lui adjoignit Gorgias,
général fort expérimenté
dans les choses de la guerre.
10 Nicanor comptait bien procurer au roi, sur la vente des captifs pris
en Judée, le tribut de deux mille talents dû aux
Romains.
11 Il s'empressa d'envoyer aux villes maritimes l'invitation
à venir acheter des esclaves Juifs, promettant de leur en
donner quatre-vingt-dix pour un talent : il ne songeait pas à
la vengeance du Tout-Puissant qui allait tomber sur lui.
12 Dès que Judas eut appris la marche de Nicanor, il informa
ses compagnons de l'approche de l'armée.
13 Alors les uns, frappés de crainte et manquant de foi en
la justice de Dieu, prirent la fuite et passèrent en
d'autres lieux ;
14 les autres vendirent tout ce qui leur restait et, en même
temps, ils priaient le Seigneur de les délivrer de l'impie
Nicanor, qui les avait vendus avant même que la bataille fit
engagée :
15 sinon à cause d'eux, du moins en considération
des alliances faites avec leurs pères, et parce que son nom
saint et auguste avait été nommé sur
eux.
16 Machabée ayant réuni ceux qui
étaient restés avec lui, au nombre de six mille
hommes, les exhorta à ne pas craindre les ennemis, et
à ne pas se troubler devant la multitude des nations qui
marchaient injustement contre eux, mais à combattre
vaillamment,
17 ayant devant les yeux l'indigne profanation accomplie par elles
contre le lieu saint, l'outrage de la ville ravagée, ainsi
que la ruine des institutions des ancêtres.
18 "Eux, dit-il, se confient dans leurs armes et des charges hardies ;
nous, c'est en Dieu, maître de toutes choses, qui peut d'un
signe renverser ceux qui viennent nous attaquer et l'univers
même, que nous mettons notre confiance."
19 Il énuméra aussi devant eux les exemples
antiques de la protection de Dieu ; et comment, sous
Sennachérib, les cent quatre-vingt mille hommes avaient
péri ;
20 et comment, dans la bataille livrée aux Galates en
Babylonie, ceux qui prenaient part à l'action
étant en tout huit mille, avec quatre mille
Macédoniens, et ceux-ci étant vivement
pressés, les huit mille avaient détruit cent
vingt mille ennemis, grâce au secours qui leur
était venu du ciel, et avaient remporté un grand
profit.
21 Après les avoir, par ces souvenirs, remplis de confiance
et disposés à mourir pour les lois et pour la
patrie, il divisa son armée en quatre corps.
22 À la tête de chaque corps, il mit ses frères
Simon, Joseph et Jonathas, leur donnant à chacun quinze
cents hommes.
23 En outre, il ordonna à Eléazar de faire la lecture du Livre saint ; puis, ayant donné pour mot d'ordre : Secours de Dieu ! Judas prit le commandement du premier corps et attaqua Nicanor.
24 Le Tout-Puissant leur étant venu en aide, ils
tuèrent plus de neuf mille ennemis, blessèrent et
mutilèrent la plus grande partie des soldats de Nicanor et
les mirent tous en fuite.
25 Ils prirent aussi l'argent de ceux qui étaient venus pour
les acheter. Ayant poursuivi assez loin les fuyards,
26 ils revinrent sur leurs pas, arrêtés par le
temps, car c'était la veille du sabbat ; c'est pourquoi ils
ne continuèrent pas leur poursuite.
27 Ayant donc ramassé les armes des ennemis et recueilli
leurs dépouilles, ils
célébrèrent le sabbat,
bénissant mille fois et louant le Seigneur qui les avait
délivrés pour ce jour, ayant résolu de
leur montrer un commencement de miséricorde.
28 Après le sabbat, ils distribuèrent une part du
butin à ceux qui avaient souffert de la
persécution, aux veuves et aux orphelins ;
eux-mêmes et leurs enfants se partagèrent le
reste.
29 Cela fait, ils se mirent à prier tous ensemble, conjurant
le Seigneur miséricordieux de se réconcilier
entièrement avec ses serviteurs.
30 Ils tuèrent aussi plus de vingt mille hommes des troupes
qui combattaient sous les ordres de Timothée et de
Bacchidès, et s'emparèrent vaillamment de hautes
forteresses. Ils divisèrent leur immense butin, en faisant
deux parts égales, l'une pour eux-mêmes, l'autre
pour les persécutés, les orphelins et les veuves,
ainsi que pour les vieillards.
31 Ils recueillirent les armes et les déposèrent
toutes avec soin en des lieux convenables, et transportèrent
à Jérusalem le reste du butin.
32 Ils mirent à mort Phylarque, qui accompagnait
Timothée ; c'était un homme très
pervers, qui avait fait beaucoup de mal aux Juifs.
33 Pendant qu'ils fêtaient leur victoire dans leur capitale,
Callisthène et quelques autres, qui avaient livré
aux flammes les saintes portes du temple, s'étant
réfugiés dans une petite maison, ils les y
brûlèrent et leur rendirent ainsi le juste salaire
de leurs profanations.
34 Le triple scélérat Nicanor, qui avait fait
venir les mille marchands pour leur vendre les Juifs,
35 humilié, grâce au secours du Seigneur, par ceux
qu'il croyait plus faibles que lui, se dépouilla de ses
vêtements d'honneur et, prenant à travers champs
comme un fuyard, sans escorte, il rentra seul à Antioche, au
désespoir d'avoir perdu son armée.
36 Et lui qui avait promis de parfaire le tribut aux Romains avec le
prix des captifs de Jérusalem, il publiait maintenant que
les Juifs avaient Dieu pour défenseur et qu'ainsi ils
étaient invulnérables, parce qu'ils
obéissaient aux lois qu'il leur avait prescrites.