01 Vers ce temps-là, Antiochus était honteusement
revenu des contrées de la Perse.
02 Car, étant entré dans la ville
nommée Persépolis, il avait tenté de
piller le temple et d'opprimer la ville ; c'est pourquoi la multitude
soulevée eut recours à la force des armes et il
arriva qu'Antiochus, mis en fuite par les habitants du pays, fit une
retraite humiliante.
03 Comme il était dans la région d'Ecbatane, il
apprit ce qui était arrivé à Nicanor
et à l'armée de Timothée.
04 Transporté de fureur, il pensait à venger sur
les Juifs l'injure de ceux qui l'avaient forcé de fuir ; il
commanda donc au conducteur de pousser son char sans
s'arrêter, pour hâter le voyage. La vengeance du
ciel le poursuivait, car il avait dit dans son orgueil :
"Aussitôt arrivé à
Jérusalem, je ferais de cette ville le tombeau des Juifs."
05 Mais le Seigneur, Dieu d'Israël, qui voit toutes choses, le
frappa d'une plaie incurable et horrible à voir : À peine
eut-il proféré cette parole, qu'il fut saisi par
une extrême douleur d'entrailles, avec de cruelles tortures
à l'intérieur.
06 C'était justice, puisqu'il avait
déchiré les entrailles des autres par des
tourments nombreux et inouïs. Mais il ne rabattait rien de son
arrogance ;
07 toujours rempli d'orgueil, il exhalait contre les Juifs le feu de sa
colère et ordonnait de hâter la marche, quand
soudain il tomba du char qui roulait avec fracas, et sa chute fut si
violente que tous les membres de son corps en turent meurtris.
08 Lui qui tout à l'heure croyait commander aux flots de la
mer, dans sa jactance surhumaine, lui qui s'imaginait peser dans la
balance la hauteur des montagnes, ayant été
précipité par terre, il était
porté dans une litière, rendant manifeste aux
yeux de tous la puissance de Dieu.
09 Du corps de l'impie sortaient des essaims de vers ; lui vivant, ses
chairs se détachaient par lambeaux avec d'atroces douleurs,
et l'odeur de pourriture qui s'en exhalait incommodait toute
l'armée ;
10 et celui qui naguère semblait toucher aux astres du ciel,
personne maintenant ne pouvait le porter, à cause de cette
intolérable puanteur.
11 Alors, profondément blessé, il
commença à revenir de ce grand orgueil et
à se connaître lui-même, sous le fouet
divin qui redoublait à chaque moment ses douleurs ;
12 et comme lui-même ne pouvait supporter son infection, il
dit " Il est juste de se soumettre à Dieu et, simple mortel,
ne pas s'égaler insolemment à la
divinité."
13 Mais ce scélérat priait le Souverain
Maître qui ne devait plus avoir pitié de lui,
14 promettant de déclarer libre la ville sainte, vers
laquelle il se hâtait pour l'égaler au sol et en
faire le tombeau de ses habitants ;
15 de rendre semblables aux Athéniens tous les Juifs, qu'il
ne jugeait pas dignes de la sépulture, les destinant, eux et
leurs enfants, à servir de pâture aux oiseaux de
proie et aux bêtes féroces ;
16 d'orner des plus belles offrandes le temple saint qu'il avait jadis
dépouillé, de lui rendre et au delà
tous ses ustensiles sacrés et de subvenir de ses propres
revenus aux frais des sacrifices,
17 et en outre de devenir lui-même Juif, et de parcourir tous
les lieux habités en y proclamant la puissance de Dieu.
18 Mais ses souffrances ne se calmèrent pas, car le juste
jugement de Dieu était venu sur lui ; c'est alors que, voyant
son état désespéré, il
écrivit aux Juifs la lettre ci-dessous transcrite, ayant la
forme d'une supplication, et conçue en ces termes :
19 "Aux Juifs, ses excellents citoyens, le roi et
général Antiochus : Salut, santé et
bonheur parfaits !
20 Si vous vous portez bien, ainsi que vos enfants, si vos affaires
vont selon vos désirs, j'en rends à Dieu les plus
grandes gloires, mettant mon espoir dans le ciel.
21 Pour moi, je suis étendu sur un lit, sans force, me
rappelant avec amour les marques d'honneur et de bienveillance que j'ai
reçues de vous.
"À mon retour des contrées de la Perse, étant
tombé dans une maladie cruelle, j'ai jugé
nécessaire de m'occuper du bien-être de tous.
22 Ce n'est pas que je désespère de moi ; j'ai au
contraire une grande confiance de guérir de cette maladie.
23 Mais considérant que mon père, quand il porta
ses armes dans les hautes provinces, désigna son futur
successeur,
24 afin que, en cas d'un malheur inattendu ou de bruits
fâcheux, ceux du royaume, sachant à qui les
affaires étaient remises, ne fussent pas
troublés ;
25 songeant en outre que les monarques limitrophes et des princes
voisins de mes États épient les circonstances et
attendent ce qui arrivera, j'ai désigné pour roi
mon fils Antiochus que, plus d'une fois, lorsque j'ai parcouru mes
provinces supérieures, j'ai confié à
la plupart d'entre vous en vous le recommandant, et je lui ai
écrit la lettre transcrite ci-dessous.
26 Je vous demande donc et vous prie de vous souvenir de mes bienfaits,
tant généraux que particuliers, et de conserver
chacun la bienveillance que vous avez pour moi et pour mon fils.
27 Car je suis persuadé que, plein de douceur et
d'humanité, il réalisera mes intentions et se
montrera condescendant à votre égard."
28 Ainsi ce meurtrier, ce blasphémateur en proie
à d'horribles souffrances, comme il en avait fait endurer
aux autres, mourut sur la terre étrangère, dans
les montagnes, d'une mort misérable.
29 Philippe, son compagnon d'enfance, faisait transporter son corps ;
mais craignant le jeune Antiochus, il se retira en Égypte,
auprès de Ptolémée
Philométor.
01 Cependant Machabée et ses compagnons reprirent, avec
l'aide du Seigneur, le temple et la ville.
02 Ils détruisirent les autels que les étrangers
avaient dressés sur la place publique, ainsi que les bois
sacrés.
03 Puis, après avoir purifié le temple, ils
élevèrent un autre autel et, ayant
tiré du feu des cailloux, ils prirent de ce feu et,
après un intervalle de deux ans, ils offrirent un sacrifice,
firent de nouveau fumer l'encens, allumèrent les lampes et
mirent sur la table les pains de proposition.
04 Cela fait, prosternés par terre, ils prièrent le Seigneur de ne plus faire tomber sur eux de tels maux, demandant, s'ils péchaient encore, d'être châtiés par lui comme il convient, mais de ne plus être livrés à des nations impies et barbares.
05 Le temple avait été profané par les
étrangers le vingt-cinquième jour du mois de
casleu, et il se rencontra qu'il fut purifié à
pareil jour.
06 Et ils firent pendant huit jours une fête à la manière de celle des tabernacles, se souvenant que peu de temps auparavant, ils avaient passé la fête des tabernacles dans les montagnes, dans des cavernes, comme des bêtes sauvages.
07 C'est pourquoi, portant des thyrses, des rameaux verts et des palmes,
ils chantèrent des hymnes à la gloire de celui
qui les avait heureusement amenés à purifier son
temple.
08 Et ils prescrivirent par un édit public et un
décret que toute la nation juive solenniserait chaque
année ces mêmes jours.
09 Telles furent donc les circonstances de la mort d'Antiochus,
surnommé Épiphane ;
10 nous allons exposer maintenant ce qui concerne Antiochus Eupator,
fils de cet impie, en relatant brièvement les maux
causés par les guerres.
11 À son avènement au trône, il mit à
la tête des affaires un certain Lysias, nommé
aussi commandant en chef de l'armée de
Coelé-Syrie et de Phénicie.
12 Car Ptolémée, surnommé Macron,
avait été le premier à observer la
justice envers les Juifs, à cause des violences qu'ils
avaient subies, et s'était efforcé de les
gouverner pacifiquement.
13 Mais pour cela même il fut accusé par des amis
du roi devant Eupator et, comme en toute occasion il s'entendait
appeler traître, pour avoir abandonné Chypre que
lui avait confiée Philométor, et pour avoir
passé du côté d'Antiochus
Épiphane, n'ayant plus qu'une dignité sans
honneur, il perdit courage et se donna la mort par le poison.
14 Or Gorgias, devenu chef militaire de ces provinces, levait des troupes étrangères, et saisissait toutes les occasions de faire la guerre aux Juifs.
15 En même temps que lui, les Iduméens,
maîtres de bonnes forteresses, molestaient les Juifs ; ils
accueillaient ceux qui étaient chassés de
Jérusalem, et tentaient d'entretenir la guerre.
16 Machabée et ses compagnons, après avoir
prié et demandé à Dieu de leur venir
en aide, firent irruption contre les places fortes occupes par les
Iduméens.
17 Les ayant attaquées avec vigueur, ils s'en rendirent
maîtres, et refoulèrent tous ceux qui combattaient
sur les remparts ; ils égorgèrent quiconque
tombait entre leurs mains ; le nombre des tués ne fut pas
inférieur à vingt mille.
18 Neuf mille hommes au moins s'étaient
réfugiés dans deux tours très fortes,
ayant avec eux tout ce qu'il faut pour soutenir un siège.
19 Machabée laissa pour les réduire Simon et
Joseph, ainsi que Zachée et ses compagnons, en nombre
suffisant, et s'en alla de sa personne où il y avait
urgences.
20 Mais les gens de Simon, avides de richesses, se
laissèrent gagner à prix d'argent par
quelques-uns de ceux qui étaient dans les tours et, ayant
reçu soixante-dix mille drachmes, ils en
laissèrent échapper un certain nombre. Lorsqu'on
eut appris à Machabée ce qui s'était
passé,
21 il réunit les princes du peuple et accusa ces hommes
d'avoir vendu leurs frères à prix d'argent, en
laissant échapper des ennemis armés contre eux.
22 Puis il fit mettre à mort ces traîtres et
s'empara aussitôt des deux tours.
23 Et, conduisant à bien toutes ses entreprises militaires,
il tua dans ces deux forteresses plus de vingt mille hommes.
24 Mais Timothée, qui précédemment
avait été défait par les Juifs, ayant
rassemblé une multitude de troupes
étrangères et tiré de l'Asie une
cavalerie nombreuse, s'avançait pour conquérir la
Judée par les armes.
25 À son approche, Machabée et ses compagnons se mirent
à prier Dieu, semant la poussière sur leurs
têtes et ceignant leurs reins de sacs.
26 Prosternés au pied de l'autel, ils demandèrent
au Seigneur de leur être propice, d'être l'ennemi
de leurs ennemis, et l'adversaire de leurs adversaires, comme la loi le
promet.
27 Leur prière achevée, ils prirent les armes,
sortirent de la ville jusqu'à une assez longue distance et,
quand ils furent près de l'ennemi ils
s'arrêtèrent.
28 Aux premières lueurs du jour, des deux
côtés on engagea la bataille, les uns ayant pour
gage du succès et de la victoire, outre leur vaillance, leur
recours au Seigneur, les autres ne prenant pour guide dans le combat
que leur emportement.
29 Au fort du combat, apparurent du ciel aux ennemis, sur des chevaux
aux freins d'or, cinq hommes resplendissants, qui se mirent
à la tête des Juifs.
30 Deux d'entre eux ayant pris Machabée au milieu d'eux, ils le gardaient invulnérable, en le couvrant de leurs armures ; ils lançaient en même temps des traits et la foudre contre les ennemis qui, frappés d'aveuglement et remplis d'épouvante, tombaient en désordre.
31 Vingt mille cinq cents fantassins et six cents cavaliers
périrent ainsi.
32 Timothée s'enfuit dans une place très forte,
appelée Gazara, où commandait
Chéréas.
33 Machabée et ses compagnons, remplis d'une joyeuse ardeur,
l'assiégèrent pendant quatre jours.
34 Confiants dans la force de la place, les
assiégés ne cessaient de blasphémer et
de proférer des paroles impies.
35 Comme le cinquième jour commençait
à poindre, vingt jeunes hommes de la troupe de
Machabée, dont ces blasphèmes avaient
enflammé la colère,
s'élancèrent bravement sur la muraille et, avec
un courage de lions, massacrèrent tout ce qu'ils
trouvèrent devant eux.
36 D'autres montèrent également et attaquèrent les assiégés du côté opposé ; ils mirent le feu aux tours et allumèrent des bûchers sur lesquels ils brûlèrent vifs les blasphémateurs ; d'autres brisèrent les portes et ouvrirent un passage au reste de l'armée, qui s'empara de la ville.
37 Ayant trouvé Timothée caché dans
une citerne, ils le mirent à mort, ainsi que son
frère Chéréas et Apollophane.
38 Ces exploits accomplis, ils bénirent, par des hymnes et
des chants de louanges, le Seigneur qui avait fait de grandes choses
pour Israël et leur avait donné la victoire.
01 Très peu de temps après, Lysias, tuteur et
parent du roi, et régent du royaume, supportant avec peine
ce qui venait d'arriver,
02 rassembla environ quatre-vingt mille hommes et toute sa cavalerie, et
se mit en marche contre les Juifs, comptant bien peupler de Grecs la
ville sainte,
03 assujettir le temple à un tribut, comme tous les autres
sanctuaires des nations, et vendre chaque année la
dignité de grand prêtre ;
04 ne considérant nullement en cela la puissance de Dieu,
mais fier outre mesure de ses myriades de fantassins, de ses milliers
de cavaliers et de ses quatre-vingts éléphants.
05 Étant donc entré en Judée, il
s'approcha de Bethsur, place de difficile accès,
à environ cinq stades de Jérusalem, et la pressa
vivement.
06 Lorsque Machabée et ses compagnons apprirent que Lysias
assiégeait les forteresses, ils prièrent le
Seigneur avec des gémissements et des larmes, et tout le
peuple avec eux, d'envoyer un bon ange pour la délivrance
d'Israël.
07 Machabée le premier prit les armes, et il exhorta les
autres à s'exposer avec lui au péril pour
secourir leurs frères.
08 Tous se mirent en marche avec une généreuse
ardeur ; et, comme ils étaient encore en vue de
Jérusalem, un cavalier vêtu de blanc apparut
à leur tête, agitant une armure d'or.
09 Alors tous ensemble bénirent le Dieu
miséricordieux, et ils furent fortifiés dans
leurs cœurs, prêts à combattre non seulement des
hommes, mais les bêtes les plus farouches, et à
percer des murailles de fer.
10 Ils s'avancèrent en ordre de bataille, ayant un
auxiliaire venu du ciel, et le Seigneur ayant compassion d'eux.
11 S'étant jetés comme des lions sur les ennemis,
ils couchèrent par terre onze mille fantassins et seize
cents cavaliers,
12 et mirent les autres en fuite. La plupart d'entre eux
échappèrent blessés et sans armes ;
Lysias lui-même ne sauva sa vie que par une fuite honteuse.
13 Mais comme il ne manquait pas de sens, il
réfléchit sur sa défaite et,
comprenant que les Hébreux étaient invincibles,
puisque le Dieu tout-puissant combattait avec eux, il leur envoya
14 proposer la réconciliation sous toutes conditions
équitables, s'offrant en conséquence à
persuader au roi la nécessité de devenir leur
ami.
15 Machabée consentit à tout ce que proposait
Lysias, n'ayant en vue que l'intérêt public ; car
toutes les conditions que Machabée transmit par
écrit à Lysias au sujet des Juifs, le roi les
consentit.
16 La lettre que Lysias écrivit aux Juifs était
conçue en ces termes :
17 "Lysias au peuple Juif, salut. Jean et Absalom, que vous m'avez
envoyés, m'ayant remis l'acte signé de vous,
m'ont demandé d'en accomplir les clauses.
18 Tout ce qui devait être soumis au roi, je le lui ai fait
connaître, et il a accordé ce qui était
admissible.
19 Si donc vous persévérez dans votre bon vouloir
vis-à-vis du gouvernement, je m'efforcerai aussi
désormais de contribuer à votre bonheur.
20 Quant à certains détails, j'ai
donné des explications à vos envoyés
et aux miens pour en conférer avec vous.
21 Portez-vous bien. L'an cent quarante-huit, le vingt-quatre du mois
de Dioscorinthe."
22 La lettre du roi était ainsi conçue : "Le roi
Antiochus à son frère Lysias, salut.
23 Notre père ayant été
transféré parmi les dieux, nous, -- voulant que
ceux de notre royaume se livrent sans trouble au soin de leurs
affaires,
24 et ayant appris que les Juifs ne consentent pas, comme le voulait
notre père, à adopter les mœurs grecques, mais
qu'ils préfèrent leurs coutumes
particulières et demandent, en conséquence, qu'il
leur soit permis de vivre selon leurs lois,
25 désirant donc que cette nation ne soit pas non plus
troublée, -- nous ordonnons que le temple leur soit rendu et
qu'ils puissent vivre selon les coutumes de leurs ancêtres.
26 Tu feras donc bien d'envoyer vers eux et de leur tendre la main,
afin que, connaissant nos intentions, ils aient confiance et se livrent
joyeusement au soin de leurs propres affaires."
27 La lettre du roi à la nation juive était ainsi conçue :
" Le roi Antiochus au sénat des Juifs et aux autres Juifs,
salut.
28 Si vous vous portez bien, cela répond à nos vœux, et nous-mêmes nous sommes en bonne santé.
29 Ménélas nous a fait connaître votre désir de revenir et d'être à vos propres affaires.
30 Ceux donc qui se mettront en marche jusqu'au trentième jour du mois de Xantique, jouiront de la pais et de la sécurité.
31 Que les Juifs usent de leurs aliments et suivent leurs lois comme auparavant, sans que nul d'entre eux soit aucunement inquiété pour les fautes commises par ignorance.
32 J'ai envoyé Ménélas, qui fous
donnera de pacifiques assurances.
33 Portez-vous bien. L'an cent quarante-huit, le quinze du mois de
Xantique."
34 Les Romains adressèrent aussi aux Juifs une lettre ainsi
conçue :
" Quintus Memmius et Titus Manlius, légats des Romains, au
peuple Juif, salut.
35 Les choses que Lysias, parent du roi, vous a accordées,
nous vous les accordons aussi.
36 Quant à celles qu'il a jugé devoir soumettre au roi, envoyez-nous quelqu'un sans délai, après les avoir bien examinées, afin que nous les exposions au roi, comme il convient de le faire pour vous, car nous nous rendons à Antioche.
37 Hâtez-vous donc, faites partir vos
députés, afin que nous sachions, nous aussi,
quelles sont vos intentions.
38 Portez-vous bien. L'an cent quarante-huit, le quinze de Xantique."
01 Ce traité conclu, Lysias s'en retourna auprès du roi, et les Juifs se mirent à cultiver leurs champs.
02 Or les généraux de la contrée, Timothée et Apollonius, fils de Gennée, ainsi que Hiéronyme et Démophon, auxquels il faut ajouter Nicanor, gouverneur de Chypre, ne les laissaient pas tranquilles ni vivre en paix.
03 Cependant les habitants de Joppé commirent un crime
abominable. Ils invitèrent les Juifs qui demeuraient parmi
eux à monter avec leurs femmes et leurs enfants sur des
barques préparées par eux, comme s'ils n'avaient
contre eux aucune inimitié,
04 mais agissaient en vertu d'une décision prise en commun
par la ville. Les Juifs acceptèrent, comme des gens qui
désirent la paix et n'ont aucune défiance. Mais
lorsqu'ils furent au large, on les coula à fond, au nombre
de plus de deux cents au moins.
05 Dès que Judas eut appris la cruauté commise
contre des hommes de sa nation, il donna des ordres à ses
compagnons, et, après avoir invoqué Dieu,
06 le juste juge, il marcha contre les meurtriers de ses
frères, mit le feu pendant la nuit aux constructions du
port, brûla les navires et passa au fil de
l'épée ceux qui y avaient cherché un
refuge.
07 Comme la place était fermée, il s'en alla, mais
avec le dessein de revenir et de détruire toute la
cité des Joppites.
08 Ayant appris que ceux de Jamnia se proposaient aussi de traiter de la
même manière les Juifs domiciliés chez
eux,
09 Judas attaqua de même pendant la nuit les habitants de
Jamnia et brûla le port avec les vaisseaux, en sorte que la
lueur de l'incendie fut aperçue jusqu'à
Jérusalem, éloignée de deux cent
quarante stades.
10 Comme ils s'étaient éloignés de
là de neuf stades, marchant contre Timothée, des
Arabes tombèrent sur Judas, au nombre d'au moins cinq mille
hommes de pied et de cinq cents cavaliers.
11 Le combat fut acharné ; mais, avec l'aide de Dieu, Judas
et ses compagnons l'emportèrent ; vaincus, les nomades
demandèrent à Judas de leur tendre la main
droite, promettant de lui donner du bétail et de lui
être utiles en d'autres choses.
12 Judas, persuadé qu'ils pouvaient en effet lui rendre
beaucoup de services, consentit à leur accorder la paix et,
après qu'on se fut donné la main, ils se
retirèrent sous leurs tentes.
13 Judas attaqua ensuite une ville forte, entourée de
remparts avec des ponts-levis, et habitée par des hommes de
diverses nations : elle s'appelait Caspin.
14 Les assiégés, confiants dans la force de leurs murailles et bien pourvus de vivres, se montrèrent grossiers, insultant Judas et ses compagnons, et proférant même des blasphèmes et des paroles impies.
15 Judas et les siens, après avoir invoqué le souverain Maître du monde qui, au temps de Josué, renversa les murs de Jéricho sans béliers ni machines, se précipitèrent sur les murailles comme des lions furieux.
16 Ayant pris la ville par la volonté du Seigneur, ils y
firent un immense carnage, au point que l'étang voisin,
large de deux stades, semblait rempli du sang qui y avait
coulé.
17 De là, par une marche de sept cent cinquante stades, ils
atteignirent le Charax, où demeurent les Juifs qui sont
appelés Tubiens.
18 Ils ne rencontrèrent pas Timothée en ces
lieux-là ; comme il n'avait rien pu y faire, il s'en
était allé, après avoir
laissé en un certain endroit une garnison très
forte.
19 Mais deux des généraux de Machabée,
Dosithée et Sosipater, allèrent attaquer cette
forteresse et tuèrent ceux que Timothée y avait
laissés, au nombre de plus de dix mille hommes.
20 De son côté, Machabée ayant
rangé son armée par cohortes, leur donna le
commandement de ces corps et s'avança contre
Timothée, qui avait avec lui cent vingt mille fantassins et
deux mille cinq cents cavaliers.
21 Informé de l'approche de Judas, Timothée fit
diriger les femmes, les enfants et leur avoir vers le lieu
nommé Carnion ; car c'était un endroit
inexpugnable et d'accès difficile, à cause des
passes étroites de toute la contrée.
22 Dès que la première cohorte de Judas parut,
l'épouvante s'empara des ennemis ; car la puissance de Celui
qui voit tout se manifestait à eux d'une manière
effrayante, et ils prirent la fuite les uns d'un
côté, les autres de l'autre, de telle sorte qu'ils
se faisaient de mutuelles blessures et se transperçaient de
leurs propres épées.
23 Judas les poursuivit avec acharnement, frappant tous ces hommes
criminels, et il en fit périr jusqu'à trente
mille.
24 Timothée, étant tombé
lui-même entre les mains des soldats de Dosithée
et de Sosipater les conjura avec beaucoup d'astuce de le laisser partir
sain et sauf, affirmant qu'il tenait en son pouvoir les parents et les
frères de beaucoup d'entre eux et, que s'il mourrait, ils ne
seraient pas épargnés.
25 Il les assura par de longs discours qu'il était résolu à renvoyer ces hommes sans leur faire aucun mal, si bien que les Juifs le relâchèrent pour sauver leurs frères.
26 Cependant Judas marcha sur Carnion et le sanctuaire d'Atargatis,
où il tua vingt-cinq mille hommes.
27 Après avoir mis en déroute et
exterminé ces ennemis, Judas conduisit son armée
contre Ephron, ville forte où habitait une multitude de
diverses nations ; de robustes jeunes gens rangés devant les
murailles, les défendaient vaillamment, et la ville
même était pourvue d'une quantité de
machines et de traits.
28 Mais les Juifs, ayant invoqué le Tout-Puissant, Celui qui
brise par sa puissance les forces de l'ennemi, se rendirent
maîtres de la ville et couchèrent par terre
vingt-cinq mille des hommes qui l'occupaient.
29 Partis de là, ils marchèrent contre la ville
des Scythes, à six cents stades de Jérusalem.
30 Mais les Juifs qui y résidaient ayant
témoigné qu'ils avaient été
traités avec bienveillance par les habitants, et que, dans
les temps malheureux, ils en avaient reçu de bons offices,
31 Judas et les siens remercièrent les Scythopolitains et
les exhortèrent à continuer dans la suite leur
bienveillance envers ceux de leur race.
Après quoi, ils rentrèrent à
Jérusalem, au moment où allait commencer la
fête des Semaines.
32 Après la Pentecôte, ils marchèrent
contre Gorgias, qui commandait dans l'Idumée.
33 Celui-ci sortit, ayant avec lui trois mille fantassins et quatre
cents cavaliers.
34 On en vint aux mains, et il arriva qu'un petit nombre de Juifs
tombèrent.
35 Un certain Dosithée, cavalier du corps de
Bacénor, homme vaillant, se saisit de Gorgias et, le tirant
par sa chlamyde, il l'entraînait vigoureusement,
désirant prendre vivant cet homme maudit ; mais un des
cavaliers Thraces se jetant sur Dosithée, lui trancha
l'épaule, et Gorgias put s'enfuir à
Marésa.
36 Cependant les hommes d'Esdrin combattaient depuis longtemps et se
trouvaient épuisés de fatigue ; alors Judas
supplia le Seigneur de se montrer leur auxiliaire et leur chef dans le
combat.
37 Puis entonnant à haute voix, dans la langue de ses
pères, le cri de guerre avec les hymnes, il tomba
à l'improviste sur les hommes de Gorgias et les mit en
déroute.
38 Ensuite Judas, ayant rallié son armée, la
conduisit à la ville d'Odollam, et, le septième
jour de la semaine étant arrivé, ils se
purifièrent selon la coutume et
célébrèrent le sabbat en ce lieu.
39 Le jour suivant, Judas vint avec les siens, selon qu'il
était nécessaire, relever les corps de ceux qui
avaient été tués, pour les inhumer
avec leurs proches dans les tombeaux de leurs pères.
40 Ils trouvèrent, sous les tuniques de chacun des morts,
des objets consacrés, provenant des idoles de Jamnia et que
la loi interdit aux Juifs ; il fut donc évident pour tous que
cela avait été la cause de leur mort.
41 Tous bénirent donc le Seigneur, juste juge qui rend
manifestes les choses cachées.
42 Puis ils se mirent en prières, demandant que le
péché commis fût entièrement
pardonné ; et le valeureux Judas exhorta le peuple
à se garder pur de péché, ayant sous
les yeux les conséquences du péché de
ceux qui étaient tombés.
43 Puis, ayant fait une collecte où il recueillit la somme
de deux mille drachmes, il l'envoya à Jérusalem
pour être employée à un sacrifice
expiatoire. Belle et noble action, inspirée par la
pensée de la résurrection !
44 Car, s'il n'avait pas cru que les soldats tués dans la
bataille dussent ressusciter, c'eût été
chose inutile et vaine de prier pour des morts.
45 Il considérait en outre qu'une très belle
récompense est réservée à
ceux qui s'endorment dans la piété,
46 et c'est là une pensée sainte et pieuse.
Voilà pourquoi il fit ce sacrifice expiatoire pour les
morts, afin qu'ils fussent délivrés de leurs
péchés.