PREMIÈRE PARTIE L’importance de la préparation au mariage chrétien
09 Le point de départ pour un itinéraire de préparation au mariage se trouve dans la conscience que le pacte conjugal a été assumé et élevé par le Seigneur Jésus-Christ, dans la force de l’Esprit Saint, au niveau de sacrement de la Nouvelle Alliance. Il associe les conjoints à l’amour oblatif du Christ Époux pour l’Église Son Épouse (cf.
Ep 5,25-32), en faisant d’eux partie et image de cet amour. Il les transforme en une louange au Seigneur et il sanctifie l’union conjugale et la vie des fidèles chrétiens qui honorent ce pacte, donnant naissance à la famille chrétienne, église domestique, « cellule première et vitale de la société » (Apostolicam Actuositatem, 11) et « sanctuaire de la vie » (
EV 92 ; également n° 6, 88 et 94). Le sacrement est donc célébré et vécu au cœur de la Nouvelle Alliance, c’est-à-dire dans le mystère pascal. C’est le Christ, l’Époux parmi nous (cf. Gratissimam Sane, 18 ;
Mt 9,15) qui est la source de toutes les énergies. Les couples et les familles chrétiennes ne sont donc pas isolés ni abandonnés.
Pour les chrétiens, le mariage qui a son origine en Dieu créateur implique en outre une véritable vocation à un état de vie spécifique comportant une grâce particulière. Pour être portée à sa maturation, cette vocation demande une préparation adéquate et spéciale ; elle est un chemin spécifique de foi et d’amour, d’autant plus qu’elle est donnée au couple pour le bien de l’Église et de la société. Et ceci avec toute la signification et la force d’un engagement public, pris devant Dieu et devant la société, qui va au-delà des limites individuelles.
10 En tant que communauté de vie et d’amour, le mariage, aussi bien comme institution divine naturelle que comme sacrement, et malgré les difficultés actuelles, conserve toujours en soi une source d’énergie formidable (cf.
FC 43) qui, par le témoignage des époux, peut devenir une Bonne Nouvelle, contribuer fortement à la nouvelle évangélisation et assurer le futur de la société. Cette énergie doit toutefois être découverte, appréciée et valorisée par les époux eux-mêmes et par la communauté ecclésiale, dans la phase qui précède la célébration du mariage et en constitue la préparation.
Il y a de très nombreux diocèses dans le monde qui sont engagés dans la recherche d’une forme de préparation au mariage toujours plus appropriée. Nombreuses sont les expériences positives qui ont été portées à la connaissance du Conseil Pontifical pour la Famille, et qui, sans aucun doute, prennent toujours davantage corps. Elles apporteront une aide valable lorsqu’elles seront connues et mises en valeur au sein des Conférences Épiscopales et par chaque Évêque dans la pastorale des Églises locales.
Ce que nous appelons ici Préparation comprend un processus vaste et exigeant d’éducation à la vie conjugale, en considérant l’ensemble de ses valeurs. C’est pour cela que, au vu des conditions psychologiques et culturelles actuelles, la préparation au mariage représente une nécessité urgente. De fait, il s’agit d’éduquer au respect et à la préservation de la vie qui, dans le Sanctuaire des familles, doit devenir une véritable culture spécifique de la vie humaine dans toutes ses manifestations et à tous ses âges, pour tous ceux qui font partie du peuple de la vie et pour la vie (cf.
EV 6,
EV 78 et
EV 105). La réalité même du mariage est si riche qu’elle demande au préalable un processus de sensibilisation afin que les fiancés ressentent la nécessité de s’y préparer. La pastorale familiale doit donc orienter tous ses efforts pour optimiser cette préparation, en ayant également recours à des moyens pédagogiques et psychologiques sainement orientés.
Dans un autre document récemment publié par le Conseil Pontifical pour la Famille (8 décembre 1995) et intitulé Vérité et signification de la sexualité humaine : Des orientations pour l’éducation en famille, notre Conseil se propose d’aider les familles dans leur devoir de former leurs enfants dans le domaine de la sexualité.
11 Enfin, le souci de l’Église à ce sujet est devenu plus impérieux étant donné les circonstances actuelles - mentionnées plus haut - où l’on constate d’une part la reprise des valeurs et des aspects importants du mariage et de la famille, avec une floraison de joyeux témoignages de nombreux époux et familles chrétiennes ; et où l’on constate d’autre part l’augmentation du nombre de ceux qui ignorent ou refusent les richesses du mariage dans un manque de confiance où l’on en vient à mettre en doute ou à repousser ses biens et ses valeurs (cf.
GS 48). De nos jours, on assiste avec inquiétude à la diffusion d’une « culture », ou d’une mentalité, qui ne tient plus la famille comme une valeur nécessaire pour les époux, pour les enfants et pour la société. Il y a des attitudes et des mesures, prises en considération dans les législations, qui n’aident pas la famille fondée sur le mariage et qui lui dénient parfois même ses droits. De fait, une atmosphère de sécularisation s’est répandue dans les diverses parties du monde, qui touche spécialement les jeunes et les soumet à la pression d’un milieu séculariste où l’on finit par perdre le sens de Dieu et, par voie de conséquence à perdre aussi le sens profond de l’amour conjugal et de la famille. N’est-ce pas là nier la vérité de Dieu que de condamner la source et de tarir le jaillissement même de ce mystère intime ? (cf.
GS 22). La négation de Dieu sous ses diverses formes implique souvent le refus des institutions et des structures qui appartiennent au plan de Dieu dont la concrétisation a commencé dès la Création (cf.
Mt 19,3 et suiv.). De cette façon, tout est conçu comme étant le fruit de la volonté humaine et ou de consentements susceptibles de changement.
12 Dans les pays où le processus de déchristianisation est plus diffus, la préoccupante crise des valeurs morales apparaît clairement et, en particulier, la perte d’identité du mariage et de la famille chrétienne et donc de la signification même des fiançailles. À ces pertes vient s’ajouter la crise des valeurs au sein de la famille, crise à laquelle contribue un climat diffus de permissivité, même au plan légal. Les moyens de communication sociale contribuent pour beaucoup à cet état de choses en exhibant des modèles contraires à la famille, comme s’il s’agissait de valeurs authentiques. On voit alors se constituer une proposition d’apparence culturelle qui est présentée aux nouvelles générations en alternative à la vision de la vie conjugale et du mariage, à sa valeur sacramentelle et à ses liens avec l’Église.
Les phénomènes qui confirment cette réalité et qui renforcent cette culture sont liés à de nouveaux styles de vie qui dévaluent les dimensions humaines des contractants, avec des conséquences désastreuses pour la famille. Parmi ceux-ci, rappelons la permissivité sexuelle, la chute des mariages ou leur renvoi permanent, l’augmentation des divorces, la mentalité contraceptive, la diffusion de l’avortement volontaire, le vide spirituel et l’insatisfaction profonde qui contribuent à la diffusion de la drogue, de l’alcoolisme, de la violence et du suicide chez les jeunes et les adolescents mêmes.
Dans d’autres parties du monde, les situations de sous-développement - allant jusqu’à la pauvreté extrême, à la misère -, ainsi que la présence concomitante d’éléments culturels contraires ou étrangers à la vision chrétienne, rendent difficiles et précaires la stabilité même de la famille et la mise en œuvre d’une profonde éducation à l’amour chrétien.
13 La situation se trouve encore aggravée par les lois permissives qui modèlent en force une mentalité qui blesse la famille (cf.
EV 59), en fait de divorce, d’avortement et de liberté sexuelle. De nombreux moyens de communication1 répandent et contribuent à renforcer un climat de permissivité ; ils forment un tissu qui empêche chez les jeunes la croissance normale dans la foi chrétienne, la constitution de leur lien avec l’Église et la découverte de la valeur sacramentelle du mariage et des exigences que sa célébration entraîne. Il est vrai qu’une formation au mariage a toujours été nécessaire mais la culture chrétienne en permettait une intégration et une assimilation plus faciles. Aujourd’hui, cela est, parfois, plus laborieux et plus urgent.
14 C’est pour toutes ces raisons que, dans son Exhortation apostolique Familiaris Consortio - qui recueille les fruits du Synode 1980 sur la Famille -, Sa Sainteté Jean-Paul II indique que « de nos jours, la préparation des jeunes au mariage et à la vie familiale est plus nécessaire que jamais » (
FC 66) et qu’il faut « promouvoir des programmes meilleurs et plus intensifs de préparation au mariage, pour éliminer le plus possible les difficultés dans lesquelles se débattent tant de couples, et plus encore pour conduire positivement les mariages à la réussite et à la pleine maturité » (
FC 66).
C’est dans ce sens et pour répondre de façon organisée aux menaces et aux exigences du moment actuel qu’il serait opportun que les Conférences épiscopales s’attachent à publier « un Directoire pour la pastorale familiale » (
FC 66). Dans un tel Directoire devront être recherchés et identifiés les éléments considérés comme nécessaires à une pastorale plus incisive, qui tende à récupérer l’identité chrétienne du mariage et de la famille, afin que celle-ci arrive à être une communauté de personnes au service de la vie humaine et de la foi, cellule première et vitale de la société, communauté croyante et évangélisatrice, véritable « Église domestique, centre de communion et de service ecclésial » (
FC 66), qui « a vocation d’annoncer, de célébrer et de servir l’Évangile de la vie » (
EV 92 ; voir aussi les n°
EV 28,
EV 78,
EV 79 et
EV 105).
15 Étant donné l’importance du thème et après avoir eu connaissance des différentes initiatives prises dans cette direction par nombre de Conférences Épiscopales et d’Évêques diocésains, le Conseil Pontifical pour la Famille invite à poursuivre ce service pastoral avec un engagement renouvelé. Un matériel très utile a été préparé par leurs soins pour aider à la préparation au mariage et à l’accompagnement de la vie familiale. En continuité avec les directives du Siège Apostolique, le Conseil Pontifical propose ici des points de réflexion qui se réfèrent à une partie seulement du Directoire mentionné plus haut : celle traitant de la préparation au sacrement de Mariage. Ces points pourront servir à mieux définir et développer ce qui est nécessaire à la préparation adéquate au mariage et à la vie de la famille chrétienne.
16 La Parole de Dieu, qui vit dans la tradition de l’Église et est approfondie par le Magistère, souligne que, pour les époux chrétiens, le mariage, parce qu’il est participation à l’alliance définitive du Christ avec l’Église, implique de répondre à l’appel de Dieu et d’accepter la mission d’être signe de l’amour de Dieu pour tous les membres de la famille humaine. C’est pourquoi les époux deviennent coopérateurs du Créateur et Sauveur dans le don de l’amour et de la vie. C’est pour cette raison que la préparation au mariage chrétien peut être qualifiée d’itinéraire de foi, qui ne finit pas avec la célébration du mariage mais se continue dans toute la vie familiale, en sorte que notre perspective ne se limite pas au mariage en tant qu’acte, au moment de la célébration, mais s’attache au mariage considéré comme état permanent de vie. C’est pour cela aussi que la préparation est une « occasion privilégiée permettant aux fiancés de redécouvrir et d’approfondir la foi reçue au baptême et nourrie par l’éducation chrétienne. De cette façon, ils reconnaissent et ils accueillent librement la vocation à vivre à la suite du Christ et au service du Royaume de Dieu dans l’état même du mariage » (
FC 51).
Les Évêques ont bien conscience de la nécessité urgente et indispensable de proposer et d’articuler des itinéraires de formation spécifique, dans le cadre d’un processus de formation chrétienne graduel et continu (cf. Ordo Celebrandi Matrimonium, 15). Il ne sera pas en fait inutile de rappeler qu’une préparation véritable est orientée vers une célébration du sacrement de Mariage prenant place en toute liberté et de façon pleinement consciente. Mais cette célébration est la source et l’expression d’implications plus exigeantes et permanentes.
17 De l’expérience de nombreux pasteurs et éducateurs, il ressort que la période des fiançailles peut constituer un temps de découverte réciproque mais aussi d’approfondissement de foi et, par là même, un temps de dons surnaturels particuliers permettant de réaliser une spiritualité personnelle et interpersonnelle ; toutefois, et il faut le regretter, pour beaucoup, cette période, destinée au mûrissement humain et chrétien, peut être troublée par un usage irresponsable de la sexualité qui n’aide pas au mûrissement de l’amour sponsal. Et l’on voit même certains couples en arriver à une sorte d’apologie des relations pré-matrimoniales.
La réussite de l’approfondissement dans la foi réalisé par les fiancés dépend aussi de leur formation antérieure. Par ailleurs, la façon dont est vécue cette période aura certainement une influence sur la vie future des époux et de la famille. D’où l’importance décisive de l’aide offerte aux fiancés par leurs familles respectives et par toute la communauté ecclésiale. Cette assistance passe aussi par la prière : la bénédiction des fiancés prévue dans le De benedictionibus (n°) est à ce point de vue significative ; les signes de cet engagement initial y sont rappelés : la bague, l’échange réciproque de dons, et autres coutumes (n° 209-210). Il faut de toute façon reconnaître la valeur humaine du temps des fiançailles, et les racheter de toute approche banale.
Par conséquent, aussi bien la richesse du mariage et du sacrement de Mariage, que l’importance décisive de la période des fiançailles - qui, aujourd’hui, se prolonge souvent plusieurs années (avec les difficultés de différents ordres qu’une telle situation entraîne) - impliquent que cette formation soit particulièrement solide.
18 Il s’en suit que la programmation diocésaine et paroissiale de la formation au mariage, suivant en cela des plans pastoraux qui privilégient la pastorale familiale au bénéfice de l’ensemble de la vie ecclésiale, suppose que la formation au mariage trouve son espace propre et son développement et que, entre les diocèses et dans le contexte des Conférences Épiscopales, les meilleures initiatives puissent être vérifiées et portées à connaissance dans un échange d’expériences pastorales. C’est pourquoi il est important de connaître les formes de catéchèse et d’éducation offertes aux adolescents en ce qui concerne les différents types de vocation et l’amour chrétien, ainsi que les itinéraires élaborés à l’intention des fiancés, les modalités suivant lesquelles sont insérés dans cette formation les couples d’époux plus mûrs dans la foi, et les meilleures expériences aptes à créer un climat spirituel et culturel adéquat pour les jeunes qui se préparent au mariage.
19 Dans le processus de formation, selon ce qui est aussi rappelé dans l’Exhortation apostolique Familiaris Consortio, il convient de distinguer trois étapes ou moments principaux, de la préparation au mariage : éloignée, prochaine et immédiate.
Les objectifs fixés pour chaque étape seront atteints si les fiancés - possédant les qualités humaines fondamentales et ayant intégré les vérités de base de la foi - connaissent aussi les principaux contenus théologiques et liturgiques qui rythment les différentes phases de la préparation. En conséquence, dans leurs efforts pour adapter leur vie à ces valeurs, les fiancés réaliseront cette formation authentique qui les prépare à la vie conjugale.
20 La préparation au mariage doit s’inscrire dans l’urgence d’évangéliser la culture - en la pénétrant jusqu’aux racines (cf. Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi,
EN 19) - pour tout ce qui touche à l’institution du mariage : il s’agit de faire pénétrer l’esprit chrétien dans les esprits et dans les comportements, dans les lois et dans les structures de la communauté où vivent les chrétiens (cf.
CEC 2105). Cette préparation, tant implicite qu’explicite, constitue un aspect de l’évangélisation affirmé avec force par le Saint-Père : « La famille est le cœur de la Nouvelle Évangélisation » (...). La préparation elle-même « est une mission qui concerne avant tout les époux, appelés à transmettre la vie, en se fondant sur une conscience sans cesse renouvelée du sens de la procréation, en tant qu’événement privilégié dans lequel est manifesté le fait que la vie humaine est un don reçu pour être à son tour donné » (
EV 92).
Outre les valeurs religieuses, le mariage - en tant que fondement de la famille - déverse en abondance sur la société des biens et des valeurs qui renforcent la solidarité, le respect, la justice et le pardon dans les rapports personnels et collectifs. À son tour, la famille, fondée sur le mariage, attend de la société « d’être reconnue dans son identité et admise en qualité de sujet social » (Gratissimam Sane, 17) et de devenir ainsi « le cœur de la civilisation de l’amour » (ibid. 13).
Le diocèse tout entier doit être engagé dans cette mission et offrir le soutien nécessaire. L’idéal serait de constituer une Commission diocésaine de préparation au mariage, qui comprendrait un groupe pour la pastorale familiale composé de couples d’époux ayant une expérience paroissiale, de délégués des mouvements et d’experts.
La Commission diocésaine aurait pour tâche la formation, l’accompagnement et la coordination dans le domaine de la préparation au mariage, en collaboration avec les centres qui, à différents niveaux, sont engagés dans ce service. La Commission devrait être, à son tour, formée d’un réseau d’équipes de laïcs choisis pour ce faire, qui collaboreraient à la préparation dans son sens large, et non seulement aux cours. Elle devrait bénéficier de l’assistance d’un coordinateur, normalement un prêtre, représentant l’Évêque. Au cas où la coordination serait confiée à un laïc ou à un couple, il serait bon qu’ils puissent profiter de l’assistance d’un prêtre.
Tout cela doit être en rapport avec l’organisation spécifique du diocèse, ses structures propres, ses secteurs éventuellement placés sous la responsabilité d’un Vicaire épiscopal et de vicaires forains.
DEUXIÈME PARTIE Les étapes, ou moments, de la préparation
21 Les moments, ou étapes, qui seront traités ici ne sont pas définis suivant un schéma rigide. En fait, ils ne peuvent être fixés ni par rapport à l’âge des destinataires, ni par rapport à la durée de la préparation. Il est toutefois utile de les connaître en les considérant comme des propositions de parcours ou comme une base de travail, en particulier à cause des contenus, présentés avec ces étapes, qui sont à transmettre. Ils s’articulent suivant trois phases : la préparation éloignée, la préparation prochaine et la préparation immédiate.
A. La préparation éloignée
22 La préparation éloignée embrasse la petite et la moyenne enfance, ainsi que l’adolescence ; elle a lieu surtout au sein de la famille, mais aussi à l’école et dans les groupes de formation, qui peuvent l’aider de façon valable. C’est la période durant laquelle est transmise et comme instillée l’estime pour toute valeur humaine authentique, aussi bien dans les rapports interpersonnels que dans les rapports sociaux, avec ce que cela comporte pour la formation du caractère, pour la maîtrise et l’estime de soi, pour la droiture dans la gestion de ses propres inclinations et pour le respect à l’égard des personnes de l’autre sexe. En outre, une solide formation spirituelle et catéchétique est requise, spécialement pour les chrétiens (cf.
FC 66).
23 Dans sa Lettre aux Familles Gratissimam Sane, Jean-Paul II rappelle deux vérités fondamentales dans la tâche de l’éducation : « la première est que l’homme est appelé à vivre dans la vérité et l’amour ; la seconde est que tout homme se réalise par le don désintéressé de lui-même » (no 16). L’éducation des enfants commence donc dès avant la naissance, dans le milieu où la nouvelle vie du bébé est attendue et accueillie, en particulier à travers le dialogue d’amour entre la mère et son enfant (cf. ibid. 16), et cette éducation se poursuit dans l’enfance, du fait qu’elle est « un "libre don" d’humanité fait par les deux parents : ils communiquent ensemble leur humanité adulte au nouveau-né » (ibid.). « Dans la procréation d’une vie nouvelle, les parents se rendent compte que l’enfant, "s’il est le fruit de leur don réciproque d’amour devient, à son tour, un don pour tous les deux : un don qui jaillit du don"« (
EV 92).
L’éducation chrétienne au sens intégral, impliquant la transmission et l’enracinement des valeurs humaines et chrétiennes - ainsi que l’affirme le Concile Vatican II - « ne poursuit pas seulement la maturité de la personne humaine (...), mais vise principalement à ce que les baptisés, introduits graduellement dans la connaissance du mystère du salut, deviennent chaque jour plus conscients de ce don de la foi qu’ils ont reçu » et « soient formés de façon à mener leur vie propre selon l’homme nouveau dans une justice et une sainteté véritables » (Gravissimum Éducationis,
GE 2).
24 Dans cette période, une éducation courageuse et loyale à la chasteté et à l’amour comme don de soi est absolument nécessaire. La chasteté n’est pas la mortification de l’amour, mais bien la condition d’un amour authentique. En effet, si la vocation à l’amour conjugal signifie vocation au don de soi dans le mariage, il faut réussir à se posséder soi même afin de pouvoir se donner vraiment.
À ce sujet, l’éducation sexuelle assurée par les parents dans les premières années de l’enfance et de l’adolescence est très importante, ainsi que l’a indiqué le document de notre Conseil Pontifical déjà cité plus haut au no 10.
25 Au cours de cette étape, ou moment, de la préparation éloignée, il faut que soient atteints des objectifs spécifiques. Sans avoir la prétention d’en faire une liste complète, nous rappellerons ici, à titre indicatif, que cette préparation devra, avant tout, œuvrer pour que chaque fidèle appelé au mariage comprenne pleinement qu’à la lumière de l’amour de Dieu, l’amour humain occupe une place centrale dans l’éthique chrétienne. En fait, en tant que vocation-mission, la vie humaine est appelée à l’amour qui a sa source et son but en Dieu, « sans exclure la possibilité du don total de soi à Dieu dans la vocation sacerdotale ou religieuse » (
FC 66). Dans ce sens, il convient de rappeler que, même lorsqu’elle s’arrête sur les contenus doctrinaux de caractère anthropologique, la préparation éloignée doit être insérée dans la perspective du mariage où l’amour humain devient non seulement signe, mais encore participation à l’amour entre le Christ et l’Église. Ainsi, l’amour conjugal rend présent parmi les hommes l’amour divin lui-même rendu visible dans la rédemption. Le passage, ou conversion, d’un niveau de foi plutôt extérieur et vague - typique de nombreux jeunes - à une découverte du « mystère chrétien » est un moment essentiel et décisif : il s’agit du passage à une foi qui implique la communion de Grâce et d’Amour avec le Christ Ressuscité.
26 La préparation éloignée aura atteint ses objectifs principaux toutes les fois où elle aura permis d’assimiler les bases pour acquérir toujours davantage les paramètres d’un jugement droit sur la hiérarchie des valeurs, nécessaire pour pouvoir choisir ce que la société offre de meilleur, selon les conseils de saint Paul : « Vérifiez tout ; ce qui est bon, retenez-le » (
1Th 5,19). Il ne faut pas oublier non plus que, par la grâce de Dieu, l’amour est purifié, renforcé et intensifié à travers les valeurs nécessaires liées au don de soi, au sacrifice, au renoncement et à l’abnégation. Déjà dans cette phase de la formation, l’aide pastorale devra être orientée à faire en sorte que la droiture du comportement moral soit inspirée par la foi. Un tel style de vie chrétienne trouve son impulsion, son appui et sa consistance dans l’exemple des parents qui, pour les fiancés, devient un véritable témoignage.
27 Cette préparation ne devra pas perdre de vue le fait si important de l’aide apportée aux jeunes pour qu’ils acquièrent une capacité critique face à leur environnement et pour qu’ils aient également le courage chrétien de ceux qui savent être dans le monde sans être du monde. Dans ce sens, il est opportun de relire la Lettre à Diognète, ce document vénérable des premiers temps chrétiens, à l’authenticité reconnue : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements... tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle... Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveaux nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair ». (V, 1, 4, 6, 7). La formation devra tendre à forger une mentalité et une personnalité capables de ne pas se laisser entraîner par les idées contraires à l’unité et à la stabilité du mariage, et pouvoir ainsi réagir contre les structures du « péché social »qui a une répercussion plus ou moins forte, plus ou moins dommageable, sur toute la communauté ecclésiale et sur toute la famille humaine » (Exhortation apostolique Reconciliatio et Paenitentia, 16). C’est face à ces influences de péché et aux nombreuses pressions sociales que la conscience critique doit être revigorée.
28 Le style de vie chrétienne, dont témoignent les foyers chrétiens, est déjà une évangélisation et le fondement même de la préparation éloignée. En effet, un autre objectif à atteindre est la présentation de la mission éducatrice des parents. C’est dans la famille, église domestique, que les parents chrétiens sont les premiers témoins et formateurs de leurs enfants, pour ce qui est aussi bien de la croissance de la « foi-espérance-charité » que de la configuration de la vocation propre de chacun d’eux. « Les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants et ils ont aussi une compétence fondamentale dans ce domaine : ils sont éducateurs parce que parents » (Gratissimam Sane, 16). C’est dans cette perspective que les parents eux mêmes ont besoin d’aides opportunes et appropriées.
29 Parmi ces aides, il faut avant tout mentionner la paroisse, comme lieu de formation ecclésiale chrétienne : c’est là que l’on apprend un style de vie communautaire (cf. Sacrosanctum Concilium,
SC 42). En outre, il ne faut pas oublier l’école, les autres institutions éducatives, les mouvements, les groupes, les associations catholiques et, bien sûr, les familles chrétiennes elles-mêmes. Une importance particulière dans le processus éducatif des jeunes est assumée par les moyens de communication sociale qui devraient aider de façon positive la famille dans sa mission au cœur de la société, plutôt que de la mettre en difficulté.
30 Ce processus éducatif doit être à cœur aux catéchistes, aux animateurs de la pastorale des jeunes et des vocations et, surtout, aux pasteurs qui, à l’occasion des homélies pendant les célébrations liturgiques - et dans d’autres formes d’évangélisation, lors de rencontres personnelles, dans les itinéraires d’engagement chrétien - profiteront de l’occasion pour souligner et mettre en évidence les idées servant de base à une préparation orientée vers le mariage éventuel (cf. Ordo Celebrandi Matrimonium, 14).
31 Il est donc nécessaire « d’inventer » des modalités de formation permanente des adolescents pendant la période précédant les fiançailles et faisant suite au moment de l’initiation chrétienne ; dans ce contexte, il est de la plus grande utilité de s’informer mutuellement des expériences les plus adaptées à ce but. Réunies dans les paroisses, les institutions et les diverses formes d’associations, les familles aident à créer une atmosphère sociale dans laquelle l’amour responsable soit sain et, là où il se trouve pollué, par exemple par la pornographie, dans laquelle elles puissent réagir en vertu du droit de la famille. Tout ceci fait partie d’une « écologie humaine » (cf. Centesimus Annus, 38).
B. Préparation prochaine
32 La préparation prochaine se déroule durant la période des fiançailles. Elle se distribue selon des cours spécifiques et est distincte de la préparation immédiate qui, habituellement, se concentre pendant les dernières rencontres entre les fiancés et les agents de la pastorale, avant la célébration du sacrement. Il semble opportun que, pendant la préparation prochaine, il y ait possibilité de vérifier la maturation des valeurs humaines caractérisant le rapport d’amitié et de dialogue typique des fiançailles. En vue du nouvel état de vie qui sera vécu par le couple, il faut que soit offerte l’occasion d’approfondir la vie de foi, surtout en ce qui regarde la connaissance de la sacramentalité de l’Église. C’est là une étape importante de l’évangélisation, dans laquelle la foi doit considérer la dimension personnelle et communautaire aussi bien des fiancés, individuellement, que de leurs familles. Dans cet approfondissement, il sera possible également d’identifier leurs difficultés éventuelles à vivre une vie chrétienne authentique.
33 La période de cette préparation coïncide généralement avec celle de la jeunesse et présuppose donc tout ce qui est propre à la pastorale des jeunes proprement dite, en rapport avec la croissance intégrale des fidèles. On ne peut séparer la pastorale des jeunes du milieu familial, comme si les jeunes formaient une sorte de « classe sociale » indépendante et à part. Elle doit renforcer le sens social des jeunes, en premier lieu vis-à-vis des membres de leurs familles, en orientant leurs valeurs vers la future famille qu’ils formeront. Ces jeunes auront été aidés au préalable, dans le discernement de leur vocation, par la communauté et en particulier par les pasteurs qui s’y seront attachés personnellement. La tâche de ce discernement est primordiale et passe avant celle de la préparation aux fiançailles. Lorsque la vocation se concrétise en direction du mariage, elle sera soutenue en premier lieu par la grâce, et, de plus, par une préparation adéquate. Cette pastorale des jeunes devra aussi tenir compte de ce que, à cause de diverses difficultés comme, par exemple, le fait d’une « adolescence prolongée » et, donc, d’une plus longue permanence dans la famille - phénomène nouveau et préoccupant -, l’engagement des jeunes d’aujourd’hui au mariage est, très souvent, renvoyé de façon excessive.
34 Une telle préparation prochaine devra se baser avant tout sur une catéchèse nourrie à l’écoute de la Parole de Dieu, interprétée selon les orientations données par le Magistère de l’Église, en vue d’une compréhension toujours plus pleine de la foi, et du témoignage dans la vie concrète. L’enseignement devra être proposé dans le cadre d’une communauté de foi réunissant des familles, en particulier dans le cadre de la paroisse, qui - dans ce but - participent et collaborent, selon leurs propres charismes et leurs rôles spécifiques, à la formation des jeunes, en élargissant leur influence à d’autres groupes sociaux.
35 Les fiancés devront être éduqués à propos des exigences naturelles liées au rapport interpersonnel homme-femme dans le dessein de Dieu concernant le mariage et la famille : la conscience que c’est la liberté du consentement qui est le fondement de leur union, l’unité et l’indissolubilité matrimoniales, le juste concept de paternité et maternité responsables, les aspects humains de la sexualité conjugale, l’acte conjugal avec ses exigences et ses objectifs, la façon correcte d’éduquer les enfants ; le tout ayant pour but la connaissance de la vérité morale et la formation de la conscience personnelle.
La préparation prochaine devra certainement veiller à ce que les fiancés possèdent les éléments de base de caractère psychologique, pédagogique, légal et médical relatifs au mariage et à la famille. Toutefois, en particulier pour ce qui est de la donation totale et de la procréation responsable, la formation théologique et morale devra être approfondie de façon toute spéciale. En effet, l’amour conjugal est un amour total, exclusif, fidèle et fécond (cf. Humanae Vitae,
HV 9).
Aujourd’hui, la base scientifique des méthodes naturelles de régulation de la fertilité2 est solidement établie. Il est utile de les connaître ; le recours à ces méthodes, pour de justes motifs, ne doit pas en rester au niveau de la simple technique de comportement, mais doit être inséré dans la pédagogie et dans le processus de croissance de l’amour (cf.
EV 97). C’est alors que la vertu de chasteté pratiquée par les époux porte à vivre la continence périodique (cf.
CEC 2366-2371).
Cette préparation devra également garantir que les fiancés chrétiens aient des idées justes et un sincère « sentire cum ecclesia » à propos du mariage lui-même, à propos des rôles respectifs de la femme et de l’homme à l’intérieur du couple, dans la famille et dans la société, à propos de la sexualité et en ce qui concerne l’ouverture aux autres.
36 Il est aussi évident qu’il faudra aider les jeunes à prendre conscience de leurs éventuelles carences au plan psychologique et/ou affectif, en particulier de leur incapacité à s’ouvrir aux autres, et des formes d’égoïsmes qui pourraient empêcher leur engagement total dans le don d’eux-mêmes. Un tel soutien conduira également à découvrir les potentialités et les exigences de croissance humaine et chrétienne de leur existence. C’est pour cela que les responsables devront se préoccuper aussi d’assurer une formation solide de la conscience morale des fiancés, afin de les préparer au choix libre et définitif du mariage, qui s’exprimera dans le consentement mutuel échangé devant l’Église, dans le pacte conjugal.
37 À ce moment de l’itinéraire, des rencontres fréquentes devront se tenir dans un climat de dialogue, d’amitié, de prière, avec la participation de pasteurs et de catéchistes. Ceux-ci devront souligner le fait que « la famille célèbre l’Évangile de la vie par la prière quotidienne, personnelle et familiale : dans la prière, elle loue et remercie le Seigneur pour le don de la vie, et elle invoque lumière et force pour affronter les moments de difficultés et de souffrance, sans jamais perdre l’espérance » (
EV 93). En outre les couples d’époux chrétiens engagés apostoliquement peuvent contribuer, dans une saine optique chrétienne optimiste, à éclairer toujours davantage la vie chrétienne dans le contexte de la vocation au mariage et dans la complémentarité de toutes les vocations. C’est pourquoi cette période ne consistera pas seulement en un temps de réflexion théorique, mais sera aussi un chemin de formation, au cours duquel les fiancés, avec l’aide de la grâce et en fuyant toutes les formes de péché, se prépareront à se donner eux-mêmes en tant que couple au Christ qui soutient, purifie et ennoblit les fiançailles et la vie conjugale. Alors, de cette façon, la chasteté prématrimoniale acquiert toute sa signification, disqualifiant la cohabitation prématrimoniale, les rapports prématrimoniaux et les autres expressions telles que le mariage coutumier, dans le processus de croissance de l’amour.
38 Selon les sains principes pédagogiques de la gradualité et de la globalité de la croissance de la personne, la préparation prochaine ne doit pas négliger la formation aux tâches sociales et ecclésiales spécifiques de ceux qui, par le mariage, créeront les nouvelles familles. L’intimité familiale ne doit pas être conçue comme un intimisme renfermé sur lui-même, mais bien comme une capacité d’intérioriser les richesses humaines et chrétiennes inscrites dans la vie matrimoniale en vue d’un don toujours plus grand de soi aux autres. C’est pour cette raison que, dans une conception ouverte de la famille, la vie conjugale et familiale exige des époux qu’ils se reconnaissent comme des sujets détenteurs de droits mais aussi de devoirs à l’égard de la société et de l’Église. À ce propos, il sera très utile de les inviter à lire et à réfléchir sur les documents suivants de l’Église qui constituent une source dense et encourageante de sagesse humaine et chrétienne : Familiaris Consortio, la Lettre aux Familles Gratissimam Sane, la Charte des Droits de la Famille, Evangelium Vitae, et d’autres encore.
39 De cette façon, la préparation prochaine des jeunes leur permettra de comprendre que l’engagement qu’ils assumeront avec l’échange de leur consentement « devant l’Église » exige d’eux, que, dès le moment des fiançailles, ils commencent - en abandonnant, le cas échéant, les attitudes contraires - un chemin de fidélité mutuelle. Cet engagement humain sera enrichi par les dons spécifiques que l’Esprit Saint accorde aux fiancés qui l’invoquent.
40 Parce que l’amour chrétien est purifié, perfectionné et élevé par l’amour du Christ pour l’Église (cf.
GS 49), les fiancés doivent imiter ce modèle, progressant dans la conscience de ce qu’est la donation, toujours reliée au respect mutuel et au renoncement à soi, qui les aident à croître dans cette donation. Le don réciproque implique donc l’échange mutuel de dons spirituels et de soutien moral, afin que puissent croître l’amour et la responsabilité. « Le don de la personne requiert par nature d’être durable et irrévocable. L’indissolubilité du mariage découle en premier lieu de l’essence de ce don : don de la personne à la personne. Dans ce don réciproque est manifesté le caractère sponsal de l’amour » (Gratissimam Sane, 11).
41 En impliquant l’expérience humaine et sans la séparer de la vie morale, la spiritualité sponsale trouve sa racine dans le Baptême et dans la Confirmation. L’itinéraire de préparation des fiancés devra donc permettre de retrouver les dynamismes sacramentels, en donnant une importance particulière aux sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie. Le sacrement de la Réconciliation glorifie la miséricorde divine envers la misère humaine, fait grandir la vitalité baptismale et les dynamismes spécifiques de la Confirmation. D’où le renforcement de la pédagogie de l’amour racheté qui fait découvrir avec émerveillement la grandeur de la miséricorde de Dieu devant le drame de l’homme, créé par Dieu et racheté par Lui de façon encore plus merveilleuse. En célébrant la mémoire du don du Christ à l’Église, l’Eucharistie développe l’amour effectif propre au mariage dans le don quotidien au conjoint et aux enfants, sans oublier ni négliger le fait que « la célébration qui donne son sens à toute autre forme de prière et de culte est celle qui s’exprime dans l’expérience quotidienne même de la famille, si elle est faite d’amour et de don de soi » (
EV 93).
42 Pour une telle préparation multiple et harmonisée il faut trouver et former adéquatement des responsables « ad hoc ». Il sera donc opportun de créer, à divers niveaux, un groupe d’agents conscients d’être envoyés par l’Église, groupe constitué spécialement par des couples d’époux chrétiens, parmi lesquels il devrait pouvoir y avoir des personnes compétentes en médecine, en droit, en psychologie, ainsi qu’un prêtre, afin qu’ils soient préparés aux rôles qu’ils devront assumer.
43 Pour cela, les collaborateurs et responsables devront être des personnes à la doctrine sûre et à la fidélité sans faille au Magistère de l’Église, de façon à ce que, grâce à une connaissance suffisante et approfondie et au témoignage de leur vie, ils puissent transmettre les vérités de la foi et faire bien connaître les responsabilités en rapport avec le mariage. Il est plus qu’évident que, en tant qu’éducateurs, ces agents pastoraux devront aussi savoir accueillir les fiancés, quels que soient le milieu socio-culturel de ceux-ci, leur formation intellectuelle et leurs capacités concrètes. De plus, leur témoignage d’une vie fidèle et d’un don réciproque joyeux constitue une condition indispensable pour le déroulement de leur mission. Ils pourront s’appuyer sur ces expériences de vie et sur leur expérience des problèmes humains pour éclairer les fiancés, à la lumière de la sagesse chrétienne.
44 Cela implique un programme adéquat de formation des agents. Cette préparation réservée aux formateurs leur donnera la capacité d’exposer, dans une nette adhésion au Magistère de l’Église, selon une méthodologie appropriée et avec une sensibilité pastorale, les lignes fondamentales de la préparation au mariage dont nous avons parlé plus haut et, selon leurs compétences, d’apporter une contribution spécifique à la préparation immédiate présentée dans les numéros 50-59. Ces agents devront recevoir leur formation dans des Instituts Pastoraux idoines et être soigneusement choisis par l’Évêque.
45 Cette période de préparation prochaine vise donc, comme son résultat final, la claire réalisation par les jeunes fiancés des traits essentiels du mariage chrétien : unité, fidélité, indissolubilité, fécondité ; ils doivent être conscients, dans la foi, de la priorité de la Grâce sacramentelle qui associe les époux, en tant que sujets et ministres du sacrement, à l’Amour du Christ Époux de l’Église ; ils doivent faire leur la disponibilité à vivre la mission propre des familles dans le domaine éducatif, social et ecclésial.
46 Comme le rappelle Familiaris Consortio, l’itinéraire formatif des jeunes fiancés devra donc prévoir : l’approfondissement de la foi personnelle et la redécouverte des valeurs des sacrements, ainsi que l’expérience de la prière ; la préparation spécifique à la vie à deux, qui, « en présentant le mariage comme un rapport interpersonnel de l’homme et de la femme à développer de façon continuelle, devra les encourager à approfondir les problèmes de la sexualité conjugale et de la paternité responsable, avec les connaissances essentielles qui leur sont connexes dans l’ordre biologique et médical, et les amenant à se familiariser avec de bonnes méthodes d’éducation des enfants » (
FC 66) ; la « préparation à l’apostolat familial, à la fraternité et à la collaboration avec les autres familles, à l’insertion active dans des groupes, associations, mouvements et initiatives ayant pour finalité le bien humain et chrétien de la famille » (ibid.).
De plus, les fiancés recevront une aide préventive de façon à pouvoir ensuite conserver et cultiver l’amour conjugal ; la communication conjugale interpersonnelle ; les vertus et les difficultés de la vie conjugale ; et à savoir surmonter les inévitables « crises » conjugales.
47 Toutefois, le centre de cette préparation devra être constitué par la réflexion de foi à partir de la Parole de Dieu et des directives du Magistère à propos du sacrement de Mariage. Les fiancés devront donc avoir conscience de ce que devenir « una caro » (
Mt 19,6) dans le Christ, dans la force de l’Esprit, par le mariage chrétien, signifie imprimer à sa propre existence un nouvel aspect de la vie baptismale. Par le sacrement, leur amour deviendra l’expression concrète de l’amour du Christ pour son Église (cf.
LG 11). À la lumière des sacrements, les actes conjugaux eux-mêmes, la procréation responsable, l’éducation, la communion de vie, l’aspect apostolique et missionnaire de la vie des époux chrétiens doivent être considérés comme des moments valables d’expérience chrétienne. Bien que ce ne soit pas encore de manière sacramentelle, le Christ soutient et accompagne l’itinéraire de grâce et de croissance des fiancés vers la participation de son mystère d’union avec l’Église.
48 Pour ce qui est d’un éventuel Directoire, qui rassemble les meilleures expériences inhérentes à la préparation au mariage, il semble opportun de rappeler les mots du Saint-Père Jean-Paul II dans son discours conclusif à l’Assemblée plénière du Conseil Pontifical pour la Famille, tenue du 30 septembre au 5 octobre 1991 : « La préparation doctrinale doit absolument pouvoir disposer du temps et des soins nécessaires. La sûreté du contenu doit constituer le centre et l’objectif essentiel des cours, dans une perspective assurant une majeure conscience de la célébration du sacrement de Mariage et de ce qui en découle pour la responsabilité de la famille. Les questions relatives à l’unité et à l’indissolubilité du mariage, et tout ce qui touche aux significations de l’union et de la procréation de la vie conjugale et de son aspect spécifique, doivent être traités avec fidélité et exactitude, selon le clair enseignement de l’Encyclique Humanae Vitae (cf.
HV 11-12). De même pour tout ce qui concerne le don de la vie, que les parents doivent accueillir de façon responsable et dans la joie, en tant que collaborateurs du Seigneur. Il est bon que ces cours privilégient non seulement ce qui se réfère à une liberté mûre et vigilante chez les personnes désireuses de se marier, mais aussi à la mission propre des parents, premiers éducateurs et premiers évangélisateurs de leurs enfants ».
Notre Conseil Pontifical est heureux de constater que se renforce le courant qui porte à un majeur engagement et à une plus grande conscience de l’importance et de la dignité des fiançailles. De même, il exhorte à ce que la durée des cours spécifiques ne soit pas réduite au point qu’ils deviennent une simple formalité. Ils devront, au contraire, disposer d’un temps suffisant pour qu’y soient présentés de façon claire et correcte les arguments fondamentaux précédemment mentionnés.
Le cours peut se dérouler dans chaque paroisse si le nombre des fiancés est suffisant et s’il s’y trouve des collaborateurs préparés, ou dans les Vicariats épiscopaux ou les Vicariats forains ou dans d’autres formes ou structures paroissiales de coordination. Parfois, il pourra être assuré par des personnes déléguées venant de Mouvements familiaux, d’Associations ou de groupes apostoliques, guidées par un prêtre compétent. Il s’agit là d’un domaine qui devrait être coordonné par l’organisme diocésain, agissant au nom de l’Évêque. Le contenu du cours, sans négliger différents aspects de la psychologie, de la médecine et d’autres sciences humaines, doit être centré sur la doctrine naturelle et chrétienne du mariage.
49 Dans cette préparation, tout particulièrement aujourd’hui, il est nécessaire de former et de renforcer l’attachement des fiancés aux valeurs de la défense de la vie. De façon toute spéciale, du fait même qu’ils deviendront église domestique et « Sanctuaire de la vie » (
EV 92-94), ils s’inséreront, à un nouveau titre, dans le « peuple de la vie et pour la vie » (
EV 6 EV 101). La mentalité contraceptive, qui règne aujourd’hui en tant de lieux, et les lois permissives qui se répandent, avec tout ce que cela comporte de mépris pour la vie depuis le moment de la conception jusqu’à la mort constituent un ensemble d’agressions multiples à l’égard de la famille, attaques qui la blessent en ce que sa mission a de plus intime et qui l’empêchent de se développer selon les exigences d’une croissance humaine authentique (cf. Centesimus Annus, 39). C’est pourquoi, aujourd’hui plus qu’auparavant, il est nécessaire de former les esprit et les cœurs de ceux qui créent de nouveaux foyers domestiques, afin qu’ils ne se conforment pas à ces mentalités dominantes. Ils pourront alors, un jour, contribuer, avec leur vie de nouvelles familles, à créer et à développer la culture de la vie en respectant et en accueillant au sein de leur amour les nouvelles vies, comme témoignage et expression de l’annonce, célébration et service de chaque vie (cf.
EV 83-84).
C. Préparation immédiate
50 Là où un itinéraire convenable ou des cours spécifiques ont pu être suivis et accueillis pendant la période de la préparation prochaine (cf. n° 32 et suiv.), les objectifs de la préparation immédiate pourront consister à :
a) synthétiser le parcours de l’itinéraire précédent, plus spécialement dans les contenus doctrinaux, moraux et spirituels en remédiant aux éventuelles carences de la formation de base ;
b) faire vivre des expériences de prière (retraites spirituelles, exercices réservés aux fiancés) aux cours desquelles la rencontre du Seigneur puisse faire découvrir la profondeur et la beauté de la vie surnaturelle ;
c) réaliser une préparation liturgique adaptée, qui prévoie également une participation active des fiancés, avec une attention particulière au sacrement de la Réconciliation ;
d) valoriser, grâce à une connaissance plus approfondie de chacun, les entretiens prévus canoniquement avec le curé.
Ces buts pourront être atteints au cours de rencontres spéciales à caractère intensif.
51 Étant donné l’utilité pastorale et l’expérience positive des cours de préparation au mariage, seules des causes proportionnellement graves peuvent en faire dispenser les fiancés. Ainsi, lorsqu’en vertu de ces causes des couples se présentent pour célébrer leur mariage de façon urgente, sans qu’ait pu être réalisée la préparation prochaine, le prêtre et ses collaborateurs devront proposer aux fiancés des occasions pour récupérer la connaissance appropriée des aspects doctrinaux, moraux et sacramentels spécifiques de la préparation prochaine, et les insérer dans les phases de la préparation immédiate.
Cela est dû à la nécessité de personnaliser concrètement les itinéraires formatifs, afin de saisir toutes les occasions permettant d’approfondir le sens de ce qui se réalise dans le sacrement, sans repousser ceux qui n’ont pas suivi toutes les étapes de la préparation mais révèlent une disposition adéquate à la foi et au sacrement.
52 La préparation immédiate au sacrement de Mariage doit trouver des occasions appropriées pour initier les fiancés au rite matrimonial. Dans cette préparation, outre l’approfondissement qu’ils réalisent de la doctrine chrétienne sur le mariage et la famille, avec une considération particulière pour les devoirs moraux, les fiancés doivent être guidés pour pouvoir prendre une part consciente et active à la célébration nuptiale, en comprenant toute la signification des gestes et des textes liturgiques.
53 Cette préparation au sacrement de Mariage devrait constituer le couronnement d’une catéchèse qui aide les fiancés chrétiens à parcourir à nouveau leur itinéraire sacramentel, de façon pleinement consciente. Il est important qu’ils sachent qu’ils s’unissent dans le mariage en tant que baptisés dans le Christ et que, dans leur vie familiale, ils doivent se comporter en accord avec l’Esprit Saint. Les futurs époux doivent donc se prédisposer à la célébration du mariage afin que celle-ci soient valable, digne et fructueuse, et ce, en recevant le sacrement de Pénitence (cf.
CEC 1622). La préparation liturgique du sacrement de Mariage doit mettre en valeur les éléments rituels actuellement disponibles. Pour que le lien entre le sacrement nuptial et le mystère pascal soit plus clairement défini, la célébration du mariage est normalement insérée dans la célébration eucharistique.
54 Puisque l’Église se rend visible dans le diocèse et que celui-ci s’articule en paroisses, on comprend comment toute la préparation canonico-pastorale au mariage se place dans le cadre de la paroisse et du diocèse. Il est donc plus conforme à la signification ecclésiale du sacrement que le mariage soit, en principe, célébré dans l’église de la communauté paroissiale à laquelle les futurs époux appartiennent (
CIC 1115).
Il est souhaitable que l’ensemble de la communauté paroissiale prenne part à cette célébration, autour des familles et des amis des mariés. Les différents diocèses doivent donc donner des instructions à ce propos, tenant compte des situations locales, mais favorisant aussi avec fermeté une action pastorale qui soit véritablement ecclésiale.
55 Toutes les personnes qui prendront une part active à la liturgie seront invitées aussi à se préparer de façon opportune à l’Eucharistie par le Sacrement de la Réconciliation. Les témoins doivent informés qu’ils ne sont pas seulement les garants d’un acte juridique mais aussi les représentants de la communauté chrétienne qui, à travers eux, participe à un acte sacramentel qui la concerne, du fait que la nouvelle famille sera une nouvelle cellule de l’Église. De par son caractère éminemment social, le mariage exige une participation de la société, et celle-ci est exprimée par la présence des témoins.
56 La famille est le lieu le plus approprié où les parents, en vertu de leur sacerdoce commun, peuvent accomplir des gestes sacrés et administrer certains sacramentaux, selon le jugement de l’Ordinaire du lieu, comme, par exemple, dans les circonstances de l’Initiation chrétienne, dans les événements joyeux ou douloureux de la vie quotidienne, dans la Bénédiction du repas. La prière familiale assume une place toute particulière. Elle créera un climat de foi au cœur du foyer et permettra de vivre, devant les enfants, une paternité et une maternité plus pleines, en les éduquant à la prière et en les introduisant à la découverte progressive de Dieu et à l’entretien personnel avec Lui. Les parents doivent avoir présent à l’esprit qu’en éduquant leurs enfants, ils remplissent leur mission d’annoncer l’Évangile de la vie (cf.
EV 92).
57 La préparation immédiate constitue une occasion propice pour commencer une pastorale matrimoniale et familiale continue. À ce point de vue, il faut faire en sorte que les époux connaissent leur mission dans l’Église. Ils pourront être aidés en cela par la richesse offerte par les divers mouvements familiaux afin de cultiver la spiritualité conjugale et familiale et d’assumer leurs devoirs au sein de la famille, de l’Église et de la société.
58 La préparation des fiancés doit être accompagnée d’une dévotion profonde et sincère à Marie, Mère de l’Église, Reine de la Famille ; ils devront être éduqués à saisir la présence active de Marie dans la Grande Église, comme dans la famille, Église domestique ; tout comme ils devront apprendre à imiter Marie dans ses vertus. Ainsi, la Sainte Famille, c’est-à-dire le foyer de Marie, Joseph et Jésus, fera découvrir aux fiancés « combien l’éducation en famille est douce et irremplaçable » (cf. Paul VI, Discours à Nazareth, 5 janvier 1964).
59 Tout ce qui est proposé, de façon créative, dans les différentes communautés, pour approfondir ces phases de la préparation prochaine et immédiate et les rendre plus appropriées, devrait être porté à l’attention de l’Église tout entière qui s’en trouvera enrichie.
TROISIÈME PARTIE La célébration du mariage
60 La préparation au mariage aboutit à la vie conjugale au travers de la célébration du sacrement. Celle-ci est le point culminant de l’itinéraire de préparation suivi par les fiancés. Elle est source et origine de la vie conjugale. C’est pourquoi la célébration ne peut se réduire à une simple cérémonie, fruit de cultures et de conditionnements sociologiques. Toutefois, des coutumes louables propres aux différents peuples et ethnies peuvent être suivies pendant la célébration (cf. Sacrosanctum Concilium,
SC 77 ;
FC 67), à condition qu’elles expriment en tout premier lieu la réunion de l’assemblée ecclésiale comme signe de la foi de l’Église, qui, dans le sacrement, reconnaît la présence du Seigneur ressuscité qui unit les époux dans l’Amour trinitaire.
61 Il appartient aux Évêques de donner des instructions précises, par l’intermédiaire des Commissions liturgiques diocésaines, et d’en contrôler l’application pratique afin que la célébration du mariage se conforme à l’indication donnée par l’article 32 de la Constitution de la Liturgie ; ceci dans le but de mettre extérieurement en évidence l’égalité des fidèles et d’éviter toute apparence de luxe. On favorisera de toutes les façons possibles la participation active des personnes présentes à la célébration nuptiale. On fournira les livrets nécessaires pour que les assistants puissent saisir et apprécier la richesse du rite.
62 Gardant en mémoire que, là où deux ou trois personnes sont rassemblées au nom du Christ, Celui-ci est présent parmi eux (cf.
Mt 18,20), la célébration, dont le style doit être sobre (style qui doit se retrouver aussi dans les réjouissances associées), ne doit pas seulement être expression de la communauté de foi, mais être aussi une raison de louange au Seigneur. Célébrer le mariage dans le Seigneur et devant l’Église signifie professer que le don de la grâce fait aux époux par la présence et par l’amour du Christ et de Son Esprit exige une réponse active, avec une vie de culte en esprit et vérité, dans la famille chrétienne, « Église domestique ». Afin justement que la célébration soit comprise non seulement comme un acte légal, mais aussi comme un moment de l’histoire du salut des époux et, au travers de leur sacerdoce commun, pour le bien de l’Église et de la société, il sera opportun que toutes les personnes présentes soient aidées à participer activement à la célébration elle-même.
63 Il reviendra donc au célébrant principal de recourir à tout ce qu’offre le rituel, en particulier dans sa seconde édition particulière promulguée en 1991 par la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, afin de mettre en évidence le rôle du ministre du sacrement de Mariage qui est, pour les chrétiens de Rite latin, propre aux époux, ainsi que la valeur sacramentelle de la célébration communautaire. Avec la formule d’échange des consentements, les époux pourront toujours rappeler l’aspect personnel, ecclésial et social que celle-ci entraîne pour leur vie entière, comme le don de l’un à l’autre jusqu’à la mort.4
Le Rite oriental réserve au prêtre assistant le rôle de ministre du mariage. Dans tous les cas et selon la loi de l’Église, la présence du prêtre ou du ministre délégué dans ce but est nécessaire pour que l’union matrimoniale soit valable ; cette présence manifeste avec évidence le sens public et social de l’alliance sponsale pour l’Église comme pour la société tout entière.
64 Acte étant pris que le mariage est, ordinairement, célébré pendant la Messe (cf. Sacrosanctum Concilium,
SC 78,
FC 57), lorsqu’il s’agit d’une union entre un ou une catholique et un ou une baptisé(e) non catholique, la célébration se déroulera selon les dispositions liturgico-canoniques spéciales (cf. Ordo Celebrandi Matrimonium [OCM] 79-117).
65 La participation à la célébration sera d’autant plus active que l’on fera usage de monitions introduisant au sens des textes liturgiques et du contenu des prières. Ces monitions devront être assez sobres pour favoriser le recueillement et la compréhension de l’importance de la célébration (cf. OCM 52, 59, 65, 87, 93, 99), en évitant que celle-ci ne se transforme en un moment didactique.
66 Le célébrant qui préside, et qui explicite à l’assemblée le sens ecclésial de cet engagement conjugal, fera son possible pour que les époux, ainsi que leurs parents et les témoins, soient activement impliqués dans la compréhension de la structure du rite, plus particulièrement dans les éléments caractéristiques de celui-ci, comme : la Parole de Dieu, le consentement échangé et ratifié, la bénédiction des signes rappelant le mariage (anneaux, etc.), la bénédiction solennelle des époux, le rappel des époux au centre de la Prière Eucharistique. « Les diverses Liturgies sont riches en prières de bénédiction et en épiclèses demandant à Dieu Sa Grâce et Sa bénédiction sur le nouveau couple, spécialement sur l’épouse » (
CEC 1624). En outre, il faudra expliquer le geste de l’imposition des mains sur les « sujets-ministres » du sacrement. Il sera expressément rappelé à l’attention de toutes les personnes présentes le fait de se tenir debout, d’échanger le signe de paix et autres rites fixés par les autorités compétentes, etc.
67 Afin que le style de la célébration soit sobre et noble en même temps, le célébrant qui préside devra être aidé par des assistants, des personnes qui animent et soutiennent le chant des fidèles, guident les réponses et proclament la Parole de Dieu. Avec une attention particulière et concrète pour ceux qui se marient et pour leur situation, et en évitant absolument toute préférence à l’égard des personnes, le célébrant devra, lui-même, se conformer à la vérité des signes employés dans l’action liturgique. Ainsi, en accueillant et en saluant les fiancés, leurs parents s’ils sont présents, les témoins et les personnes de l’assistance, il se fera l’interprète vivant de la communauté qui accueille les nouveaux époux.
68 La proclamation de la Parole de Dieu devra être assurée par des lecteurs appropriés et préparés. Ils peuvent aussi être choisis parmi les présents, en particulier les témoins, les membres des deux familles, les amis, mais il ne semble pas opportun de confier cette proclamation aux époux eux-mêmes : en effet, c’est à eux, en tout premier lieu, que s’adresse la Parole de Dieu proclamée. Toutefois, le choix des lectures peut se faire en accord avec eux, dans la phase de la préparation immédiate. De cette façon, il leur sera plus facile de mettre la Parole de Dieu à profit en la traduisant dans la pratique.
69 L’homélie, qui ne doit jamais manquer, sera centrée sur la présentation du « grand mystère » qui se célèbre devant Dieu, devant l’Église et devant la société. « Saint Paul synthétise le thème de la vie familiale dans l’expression "grand mystère"« (cf.
Ep 5,32 ; Gratissimam Sane, 19). À partir des textes proclamés dans la Parole de Dieu et/ou des prières liturgiques, il sera nécessaire d’éclairer la signification du sacrement et d’en illustrer ensuite les conséquences dans la vie des époux et dans les familles. Toute allusion superflue à la personnalité des époux eux-mêmes devra être évitée.
70 Les offrandes peuvent être portées à l’autel par les époux, si le rite se déroule pendant la célébration de la Messe. De toute façon, préparée de la manière la plus appropriée, la prière des fidèles ne doit être ni trop longue ni abstraite. Selon l’opportunité pastorale, la Sainte Communion pourra être distribuée sous les deux espèces.
71 Il faudra être attentif à ce que les détails de la célébration matrimoniale soient caractérisés par un style sobre, simple, authentique. Le ton de la fête ne devra en aucune manière être troublé par un luxe excessif.
72 La bénédiction solennelle accordée aux époux veut rappeler que, dans le sacrement de Mariage, le don de l’Esprit Saint est également invoqué, lui grâce à qui les époux deviennent plus constants dans la concorde mutuelle et soutenus en esprit dans l’accomplissement de leur mission, et aussi dans les difficultés de leur vie future. Dans le cadre de cette célébration, il conviendra certainement de présenter la Sainte Famille de Nazareth comme modèle de vie pour les époux chrétiens.
73 Tandis que pour ce qui touche aux périodes de préparation éloignée, prochaine et immédiate, il convient de rassembler les expériences en cours afin de pouvoir réaliser un changement radical de mentalité et de pratique pour ce qui est de la célébration, les agents pastoraux devront concentrer toute leur attention à suivre et à faire comprendre ce qui est déjà fixé et établi dans le rituel liturgique. Il est évident qu’une telle compréhension dépendra de tout le processus de préparation et du niveau de maturité chrétienne de la communauté.
* * *
Chacun peut remarquer que nous avons proposé ici certains éléments en vue d’une préparation organique des fidèles appelés au sacrement de Mariage. Il est souhaitable que les jeunes couples soient opportunément accompagnés, en particulier pendant les cinq premières années de la vie conjugale, dans des cours post-matrimoniaux se déroulant dans les paroisses ou dans les vicariats forains, conformément au Directoire pour la Pastorale Familiale cité dans les numéros 14 et 15, en référence à l’Exhortation apostolique Familiaris Consortio.
Le Conseil Pontifical pour la Famille confie ces lignes-guides aux Conférences Épiscopales afin que celles-ci les utilisent pour leurs propres directoires.
Les Conférences épiscopales et les Évêques individuellement devront avoir le souci de les appliquer dans les communautés ecclésiales. Ainsi, chaque fidèle aura à l’esprit que le sacrement de Mariage, ce grand mystère (
Ep 5,21 et suiv.), est la vocation de nombreux membres du Peuple de Dieu.
Cité du Vatican, 13 mai 1996.
Alfonso Cardinal López Trujillo Président du Conseil Pontifical pour la Famille
+ Francisco Gil Hellín Secrétaire
Vade-mecum pour les confesseurs
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PRÉSENTATION
Le Christ continue, au moyen de son Église, la mission qu’il a reçue de son Père. Il envoie les douze annoncer le Royaume et inviter à la pénitence, à la conversion et à la metanoia (cf.
Mc 6,12). Jésus-Ressuscité leur transmet son propre pouvoir de réconciliation : « Recevez l’Esprit-Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis » (
Jn 20,22-23). Grâce à l’effusion de l’Esprit qu’Il a réalisée, l’Église poursuit la prédication de l’Évangile en invitant à la conversion et en administrant le sacrement de la rémission des péchés, par lequel le pécheur repenti obtient la réconciliation avec Dieu et avec l’Église, et voit s’ouvrir devant lui la voie du salut.
Le présent Vademecum a pour origine la sensibilité pastorale du Saint-Père qui a confié au Conseil Pontifical pour la Famille la tâche de préparer cet opuscule, et venir ainsi en aide aux confesseurs. D’après son expérience en tant que prêtre et évêque, le Saint-Père a pu constater l’importance d’orientations claires et sûres auxquelles les ministres du sacrement de réconciliation pouvaient toujours se référer lors du dialogue avec les âmes. À partir du Concile Vatican II, l’abondante doctrine du Magistère de l’Église sur le mariage ou la famille a rendu nécessaire une bonne synthèse relative à certains thèmes de la morale concernant la vie conjugale.
Si, au niveau doctrinal, l’Église a une ferme conscience des exigences du sacrement de Pénitence, on ne peut nier que dans la pratique pastorale il y a eu, quant à la traduction de ces enseignements, un certain vide. La doctrine est donc le fondement qui sert de support à ce « Vademecum », sans toutefois trop la souligner même si, en divers passages, elle est évoquée. Nous connaissons bien toute la richesse qui a été apportée à la Communauté chrétienne par l’Encyclique Humanae Vitae, illuminée ensuite par l’Encyclique Veritatis Splendor, et les Exhortations apostoliques Familiaris Consortio et Reconciliatio et Paenitentia. Nous savons aussi comment le Catéchisme de l’Église Catholique a pu fournir un résumé synthétique et efficace de la doctrine à propos de ces questions.
« Susciter dans le cœur de l’homme la conversion et la pénitence, lui offrir le don de la réconciliation est la mission connaturelle de l’Église, (...) une mission qui ne finit pas avec quelques affirmations théoriques ni par la proposition d’un idéal éthique sans énergie suffisante pour la mise en œuvre, mais une mission qui tend à s’exprimer par des fonctions ministérielles précises pour une pratique concrète de la pénitence et de la réconciliation » (Exhort. Apost. Reconciliatio et Paenitentia, n.
RP 23).
Nous somme heureux de remettre aux prêtres ce document qui a été soigneusement préparé, ceci grâce à la collaboration de professeurs et de quelques pasteurs, tous compétents.
Nous remercions tous ceux qui ont apporté leur contribution et qui ont permis la réalisation de ce document. L’expression de notre vive gratitude s’adresse tout particulièrement à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et au tribunal de la Pénitencerie Apostolique.
INTRODUCTION
But du document
La famille, que le Concile œcuménique Vatican II a définie comme sanctuaire domestique de l’Église, ou encore, « cellule première et vitale de la société »,
[01] est un objet privilégié de l’attention pastorale de l’Église. « En un moment historique où la famille subit de nombreuses pressions qui cherchent à la détruire ou tout au moins à la déformer, l’Église, sachant que le bien de la société et son bien propre sont profondément liés à celui de la famille, a une conscience plus vive et plus pressante de sa mission de proclamer à tous le dessein de Dieu sur le mariage et sur la famille ».
[02]
Durant ces dernières années, l’Église, à travers l’enseignement du Saint-Père et par une vaste mobilisation spirituelle des pasteurs et des laïcs, a redoublé de sollicitude afin d’aider le peuple des croyants. Ce peuple doit considérer avec gratitude et plénitude de foi les dons que Dieu dispense à l’homme et à la femme, unis par le sacrement du mariage. Ainsi ces derniers pourront suivre un authentique chemin de sainteté et offrir un véritable témoignage évangélique dans les situations concrètes qu’ils sont appelés à vivre.
Les sacrements de l’Eucharistie et de la Pénitence ont un rôle fondamental au long de ce cheminement vers la sainteté conjugale et familiale. Le premier de ces sacrements renforce l’union au Christ, source de grâce et de vie. Le second reconstruit la communion conjugale. Si elle a été détruite, il l’accroît et la perfectionne
[03] lorsqu’elle est menacée ou déchirée par le péché.
Pour aider les époux à connaître le chemin qui mène à la sainteté, et les aider à remplir leur mission, la formation de la conscience est fondamentale. L’accomplissement de la volonté de Dieu dans le domaine spécifique de leur vie de conjoints, c’est-à-dire leur vie de communion conjugale au service de la vie est lui aussi fondamental. La lumière de l’Évangile et la grâce du sacrement représentent le binôme indispensable pour l’élévation et la plénitude de l’amour conjugal qui trouve sa source en Dieu Créateur. En effet, « cet amour, par un don spécial de sa grâce et de sa charité, le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et l’élever ».
[04]
Pour accueillir les exigences de l’amour authentique et du plan de Dieu dans leur vie quotidienne, le moment où les conjoints demandent et reçoivent le sacrement de Réconciliation représente un événement salvifique de la plus grande importance. C’est l’occasion d’un approfondissement lumineux de la foi, et un secours précis pour réaliser le plan de Dieu dans leur vie.
« C’est le sacrement de la Pénitence ou de Réconciliation qui aplanit la route de chacun, même quand il est accablé par de lourdes fautes. Dans ce sacrement, tout homme peut expérimenter de manière unique la miséricorde, c’est-à-dire l’amour qui est plus fort que le péché ».
[05]
Puisque l’administration du sacrement de la Réconciliation est confiée au ministère des prêtres, le présent document est adressé spécifiquement aux confesseurs. Il a pour objet d’offrir quelques dispositions pratiques pour la confession et l’absolution des fidèles en matière de chasteté conjugale. Plus concrètement, avec ce vade-mecum ad praxim confessariorum, on veut aussi donner un point de référence aux pénitents mariés pour qu’ils puissent retirer un plus grand profit de la pratique du sacrement de Réconciliation et vivre leur vocation à une paternité/maternité responsable en harmonie avec la loi divine enseignée avec autorité par l’Église. Ce document servira aussi pour aider ceux qui se préparent au mariage.
Le problème de la procréation responsable représente un point particulièrement délicat dans l’enseignement de la morale catholique dans le domaine conjugal, mais bien plus dans le domaine de l’administration du sacrement de Réconciliation. Dans ce sacrement, la doctrine rencontre les situations concrètes et le cheminement spirituel de chacun des fidèles. Il demeure nécessaire de rappeler des points précis qui, dans la pastorale, permettent d’affronter d’une manière adaptée les nouvelles modalités de la contraception et l’aggravation du phénomène tout entier.
[06] Par le présent document, on n’entend pas répéter l’enseignement de l’Encyclique Humanae Vitae, ni celui de l’Exhortation Apostolique Familiaris Consortio ou ceux contenus dans les diverses interventions du Magistère ordinaire du Souverain Pontife. Il s’agit seulement d’offrir des suggestions ou des orientations pour le bien spirituel des fidèles qui ont recours au sacrement de Réconciliation. Il s’agit de dépasser les éventuelles divergences ou incertitudes présentes dans la pratique des confesseurs.
La chasteté conjugale dans la doctrine de l’Église
La tradition chrétienne a toujours défendu la bonté de l’union conjugale et de la famille contre les nombreuses hérésies présentes dès les débuts de l’Église. Voulu par Dieu dès la création, rapporté par le Christ à son origine première et élevé à la dignité de sacrement, le mariage est une communion intime d’amour et de vie des époux intrinsèquement ordonnée au bien des enfants que Dieu voudra leur confier. Le lien naturel qui existe, tant pour le bien des conjoints et des enfants que pour celui de la société, ne dépend plus des décisions humaines.
[07]
La vertu de la chasteté conjugale « comporte l’intégrité de la personne et l’intégralité du don »,
[08] et à travers elle, la sexualité « devient personnelle et vraiment humaine lorsqu’elle est intégrée dans la relation de personne à personne, dans le don mutuel entier et temporairement illimité de l’homme et de la femme ».
[09] Cette vertu, se référant aux rapports intimes des époux, requiert de leur part qu’ils maintiennent « dans un contexte d’amour véritable, la signification totale d’une donation réciproque et d’une procréation à la mesure de l’homme ».
[10] C’est pourquoi, parmi les principes fondamentaux de la vie conjugale, il faut rappeler « le lien indissoluble que l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l’acte conjugal : union et procréation ».
[11]
Les souverains pontifes de ce siècle ont écrit divers documents qui reprennent les principales vérités morales à propos de la chasteté conjugale. Parmi ceux-ci, on peut rappeler spécialement l’Encyclique Casti Connubii (1930) de Pie XI,
[12] de nombreux discours de Pie XII,
[13] l’Encyclique Humanae Vitae (1968) de Paul VI,
[14] l’Exhortation Apostolique Familiaris Consortio, (
FC 1)
[15] la Lettre aux Familles Gratissimam Sane (
LF 1)
[16] (1994) et l’Encyclique Evangelium Vitae (
EV 1) (1995) de Jean-Paul II. De plus, on doit aussi mentionner la Constitution Pastorale Gaudium et Spes (
GS 1)
[17] (1965) et le Catéchisme de l’Église Catholique (
CEC 1)
[18] (1992). En outre, en conformité avec ces enseignements, certains textes provenant des Conférences épiscopales sont eux aussi importants. Il en va de même pour ceux qui ont été élaborés par les pasteurs ou les théologiens qui ont développé et approfondi cette matière. Il est bon de rappeler aussi l’exemple donné par de nombreux époux dont l’engagement à vivre chrétiennement l’amour humain demeure un apport très efficace pour la nouvelle évangélisation des familles.
Les biens du mariage et le don de soi
Par le sacrement du Mariage, les époux reçoivent du Christ Rédempteur le don de la grâce qui confirme et élève la communion de l’amour fidèle et fécond. La sainteté, à laquelle ils sont appelés, est avant tout une grâce donnée.
Les personnes appelées à vivre dans le mariage réalisent leur vocation à l’amour
[19] dans la pleine donation de soi. Le langage du corps exprime adéquatement cette donation.
[20] Le don de la vie aux enfants qui sont le signe et le couronnement de l’amour conjugal
[21] provient du don mutuel des époux.
La contraception, en s’opposant directement à la transmission de la vie, trahit et fausse l’amour d’oblation qui est le propre de l’union matrimoniale : elle « altère la valeur de la donation totale »,
[22] et contredit le plan d’amour de Dieu proposé aux époux.
VADE-MECUM À L’USAGE DES CONFESSEURS
Le présent vade-mecum comprend un ensemble d’éléments que les confesseurs prendront en considération pour l’administration du sacrement de Réconciliation. Ainsi pourront-ils mieux aider les conjoints à vivre chrétiennement leur vocation à la paternité ou maternité dans leurs circonstances personnelles ou sociales.
1. La sainteté matrimoniale
-1 Tous les chrétiens doivent être opportunément informés sur leur vocation à la sainteté. L’invitation à la sequela Christi s’adresse en effet à tous, et chaque fidèle doit tendre à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité dans son état respectif.
[23]
-2 La charité est l’âme de la sainteté. En raison de sa nature intime, la charité - don que le Saint-Esprit met dans le cœur -
assume et élève l’amour humain et le rend capable du don parfait de soi. La charité rend plus facile le renoncement à soi, elle rend plus aisé le combat spirituel et plus joyeux le don de soi-même.
[24]
-3 Il n’est pas possible pour l’homme de réaliser une parfaite donation de soi par ses propres forces. Il en devient capable en vertu de la grâce du Saint-Esprit. En effet, c’est le Christ qui révèle la vérité originaire du mariage. En libérant l’homme de la dureté du cœur, il le rend capable de réaliser entièrement cette vérité.
[25]
-4 Sur le chemin qui mène à la sainteté, le chrétien fait l’expérience de la faiblesse humaine mais aussi de la bienveillance et de la miséricorde du Seigneur. C’est pourquoi la clef de voûte de l’exercice des vertus chrétiennes - et par le fait même de la chasteté conjugale - s’appuie sur la foi qui nous rend conscients de la miséricorde de Dieu et repose sur la contrition du cœur qui accueille humblement le pardon divin.
[26]
-5 Les époux réalisent la pleine donation de soi dans la vie matrimoniale et dans l’union conjugale. Pour les chrétiens, cette union est vivifiée par la grâce du sacrement. Leur union spécifique et la transmission de la vie sont des engagements propres à leur sainteté matrimoniale.
[27]
2. L’enseignement de l’Église sur la procréation responsable
-1 On doit enseigner aux époux la valeur inestimable et le prix de la vie humaine. Qu’ils soient aidés à s’engager pour faire de leur propre famille un sanctuaire consacré à la vie :
[28] « dans la paternité et la maternité humaines, Dieu lui-même est présent selon un mode différent de celui qui advient dans toute autre génération "sur la terre"«.
[29]
-2 Il faut que les parents considèrent leur mission comme un honneur et une responsabilité, puisqu’ils deviennent coopérateurs du Seigneur dans l’existence d’une nouvelle personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, sauvée et destinée, dans le Christ, à une Vie de bonheur éternel.
[30]
« C’est précisément dans ce rôle de collaborateurs de Dieu, qui transmet son image à la nouvelle créature, que réside la grandeur des époux disposés "à coopérer à l’amour du Créateur et du Sauveur, qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir Sa propre famille"«.
[31]
-3 De là découlent la joie et l’estime qu’ont les chrétiens pour la paternité et la maternité. Cette paternité-maternité est appelée « responsable » dans les récents documents de l’Église pour souligner la conscience et la générosité des époux à propos de leur mission de transmettre la vie qui a en elle-même une valeur d’éternité. Elle est appelée responsable pour souligner aussi leur rôle d’éducateurs. Certainement il revient aux époux - qui demanderont conseil à cet effet - de choisir, d’une manière équilibrée et dans un esprit de foi, la « dimension » de leur famille. Ainsi pourront-ils décider le moyen concret de la réaliser dans le respect des critères moraux de la vie conjugale.
[32]
-4 L’Église a toujours enseigné la malice intrinsèque de la contraception, c’est-à-dire de chacun des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds. Cet enseignement doit être considéré comme doctrine définitive et irréformable. La contraception s’oppose de manière grave à la chasteté matrimoniale, elle est contraire au bien de la transmission de la vie (aspect de procréation du mariage), et contraire au don réciproque des conjoints (aspect d’union du mariage). Elle blesse l’amour véritable et nie le rôle souverain de Dieu dans la transmission de la vie humaine.
[33]
-5 Une malice morale spécifique, et plus grave encore, se trouve dans l’usage des moyens qui ont un effet abortif parce qu’ils empêchent la fixation de l’embryon fécondé depuis peu ou entraînent son expulsion dès le début de la grossesse.
[34]
-6 Le comportement des conjoints, toujours fondamentalement ouverts à la vie, qui ne vivent leur intimité que dans les périodes infécondes, s’ils sont guidés par des motifs sérieux de paternité et maternité responsables, est profondément différent de toute pratique contraceptive tant du point de vue anthropologique que moral, parce qu’il s’enracine dans une conception différente de la personne et de la sexualité.
[35] Le témoignage des couples qui, depuis des années, vivent en harmonie avec le plan du Créateur et qui utilisent d’une manière licite, lorsqu’il y a une raison proportionnellement sérieuse, les méthodes dites « naturelles » à juste titre, confirme que les époux peuvent vivre intégralement, d’un commun accord et dans une totale donation, les exigences de la chasteté et de la vie conjugale.
« La famille chrétienne est une communion de personnes, trace et image de la communion du Père et du Fils dans l’Esprit Saint. Son activité procréatrice et éducative est le reflet de l’œuvre créatrice du Père » (Catéchisme de l’Église Catholique, n.
CEC 2205).
« Coopérer avec Dieu pour appeler de nouveaux êtres humains à la vie, cela signifie contribuer à la transmission de l’image et ressemblance divines que reflète quiconque est "né d’une femme"« (Jean-Paul II, Lettre aux Familles Gratissimam Sane, 2 février 1994, n.
LF 8).
3. Orientations pastorales pour les confesseurs
-1 En ce qui concerne l’attitude à observer avec les pénitents en matière de procréation responsable, le confesseur devra tenir compte de quatre aspects :
a) l’exemple du Seigneur qui « est capable de se pencher sur chaque enfant prodigue, sur chaque misère humaine et surtout sur chaque misère morale, sur le péché » ;
[36]
b) la précaution et la prudence dans les questions concernant ces péchés ;
c) l’aide et l’encouragement prodigués au pénitent pour qu’il puisse atteindre le repentir suffisant et qu’il accuse intégralement les péchés graves ;
d) les conseils qui font avancer progressivement sur le chemin de la sainteté.
-2 Que le ministre de la Réconciliation ait toujours présent à l’esprit que le sacrement a été institué pour les hommes et les femmes qui sont pécheurs. Il accueillera les pénitents qui viennent au confessionnal en présupposant, hormis la preuve contraire manifeste, la bonne volonté de se réconcilier avec le Dieu de miséricorde.
[37] Cette bonne volonté, quoique à différents degrés, naît d’un cœur contrit et humilié (
Ps 50,19).
-3 Quand un pénitent occasionnel vient recevoir le sacrement, qu’il ne s’est pas confessé depuis un certain temps et se trouve dans une situation générale grave, il faudra, avant de poser des questions directes et concrètes liées à la procréation responsable ou à la chasteté, l’éclairer pour qu’il comprenne ces devoirs dans une vision de foi. Pour cette raison, si l’accusation des péchés a été trop succincte ou mécanique, il est nécessaire de l’aider à replacer sa vie devant Dieu par des questions générales sur les différentes vertus et/ou obligations, selon la condition personnelle de l’intéressé.
[38] Il faudra rappeler d’une manière positive l’appel à la sainteté de l’amour et l’importance des devoirs dans le domaine de la procréation et de l’éducation des enfants.
-4 Lorsque le pénitent pose des questions - même s’il s’agit de demandes implicites - ou s’il lui arrive de demander des éclaircissements sur des points concrets, le confesseur doit répondre d’une manière adaptée, mais toujours avec prudence et discrétion,
[39] sans approuver d’opinions erronées.
-5 Le confesseur est tenu d’avertir les pénitents à propos des transgressions de la loi de Dieu, graves in se. Il doit faire en sorte qu’ils désirent l’absolution, le pardon du Seigneur avec le ferme propos de rectifier leur conduite. La récidive dans les péchés de contraception n’est cependant pas en elle-même un motif pour ne pas donner l’absolution ; on ne peut refuser l’absolution que s’il manque une contrition suffisante ou la résolution de ne pas retomber dans le péché.
[40]
-6 Le pénitent qui se confesse habituellement au même prêtre recherche souvent quelque chose d’autre que la simple absolution. Il faut que le confesseur puisse orienter le fidèle. Cela sera plus facile s’il existe une véritable direction spirituelle - même si on n’utilise pas cette expression - pour l’aider à grandir dans toutes les vertus chrétiennes, et par conséquent, avancer dans la sanctification de la vie matrimoniale.
[41]
-7 Le sacrement de Réconciliation requiert de la part du pénitent une douleur sincère, l’accusation formellement intègre des péchés mortels et le ferme propos, avec l’aide de Dieu, de ne plus jamais retomber. En principe il n’est pas nécessaire que le confesseur cherche à savoir si les péchés, quant à leur malice, ont été commis à cause d’une ignorance invincible ou par une erreur de jugement non coupable. Quand bien même ces péchés ne seraient pas imputables, ils ne cesseraient pas pour autant d’être un mal et un désordre. Ceci vaut aussi pour la malice objective de la contraception : elle introduit dans la vie conjugale des époux une habitude mauvaise. Il est donc nécessaire de s’efforcer opportunément de libérer la conscience morale de ces erreurs
[42] qui sont en contradiction avec la nature du don total dans la vie conjugale.
Tout en considérant que la formation des consciences doit surtout être réalisée lors de la catéchèse générale ou spécifique aux époux, il est toujours nécessaire d’aider les conjoints, même au cours du sacrement de Réconciliation, à s’examiner sur les devoirs spécifiques de la vie conjugale. Si le confesseur estime qu’il est nécessaire d’interroger le pénitent, qu’il le fasse avec discrétion et respect.
-8 Sur le plan de la chasteté conjugale aussi, on doit considérer le principe toujours valable selon lequel il est préférable de laisser les pénitents dans leur bonne foi pour les cas où l’erreur est due à une ignorance subjectivement invincible, quand on prévoit que le pénitent, même s’il entend vivre de sa foi, ne changerait pas de conduite et en viendrait même à pécher formellement. Toutefois, dans ces cas aussi, le confesseur doit encourager ces pénitents, par la prière, par l’exhortation à la formation de la conscience, par le rappel de l’enseignement de l’Église, pour qu’ils accueillent dans leur vie le plan de Dieu, y compris dans ces exigences concrètes.
-9 La « loi de gradualité » pastorale, que l’on ne peut pas confondre avec la « gradualité de la loi » qui en amoindrit les exigences, consiste à chercher une rupture décisive avec le péché et un cheminement progressif vers l’union totale à la volonté de Dieu et à ses aimables exigences.
[43]
-10 La prétention de faire de sa propre faiblesse le critère de la vérité morale demeure en revanche inacceptable. Dès la première annonce de la parole de Jésus, le chrétien comprend qu’il y a une « disproportion » entre d’une part la loi morale, naturelle et évangélique, et d’autre part la capacité de l’homme. Il comprend aussi que la reconnaissance de sa propre faiblesse est la voie nécessaire et sûre pour ouvrir les portes de la miséricorde de Dieu.
[44]
-11 On ne refusera pas l’absolution sacramentelle à celui qui, après avoir péché gravement contre la chasteté conjugale, s’est repenti et, malgré les rechutes, montre qu’il veut lutter pour s’abstenir de pécher de nouveau. Le confesseur évitera toute méfiance vis-à-vis de la grâce de Dieu ou des dispositions du pénitent : il n’exigera pas de garanties absolues d’une conduite irrépréhensible
[45] à l’avenir que le pénitent ne peut humainement pas donner. Ceci est établi selon la doctrine reconnue et la pratique suivie par les Saints Docteurs et les confesseurs à propos des pénitents habituels.
-12 Quand le pénitent est disposé à recevoir l’enseignement moral, spécialement dans le cas où il fréquente d’une manière habituelle le sacrement et lorsqu’il observe une attitude confiante quant à son influence spirituelle, il est bon d’encourager à la confiance dans la Providence pour que le pénitent s’examine d’une manière sérieuse en la présence de Dieu. Dans ce but, on vérifiera la solidité des motifs pour lesquels on désire limiter la paternité ou la maternité, et la licéité des méthodes choisies pour différer ou éviter une nouvelle conception.
-13 Les cas de coopération au péché du conjoint, qui volontairement rend infécond l’acte unitif, présentent des difficultés spéciales. Dans un premier temps, il faut distinguer la coopération proprement dite de la violence ou de l’imposition injuste de la part d’un des conjoints auxquelles l’autre ne peut s’opposer.
[46], 561). Une telle coopération peut être licite quand sont réunies les trois conditions suivantes. Il faut que :
-1.l’action du conjoint coopérant ne soit pas déjà en elle-même illicite ;
[47]
-2.il existe des motifs proportionnellement graves pour coopérer au péché du conjoint ;
-3.on cherche à aider le conjoint à abandonner un tel comportement (avec patience, par la prière, dans la charité, par le dialogue : mais pas nécessairement à ce moment, ni à chaque occasion).
-14 En outre, on devra soigneusement apprécier la coopération au mal devant l’usage des moyens qui peuvent avoir des effets abortifs.
[48]
-15 Les époux chrétiens sont témoins de l’Amour de Dieu dans le monde. Par conséquent, ils doivent être convaincus, qu’avec l’aide de la foi et malgré l’expérience de la faiblesse humaine, il est possible d’accomplir la volonté du Seigneur dans la vie conjugale, ceci avec la grâce divine. Pour obtenir la maîtrise de soi,
[49] le recours fréquent et persévérant à la prière, à l’Eucharistie et la Réconciliation est indispensable.
-16 On demande aux prêtres d’avoir, dans la catéchèse et dans l’accompagnement des futurs époux au mariage, des critères uniformes aussi bien dans l’enseignement que dans le domaine du sacrement de Réconciliation, dans une fidélité complète et totale au magistère de l’Église, à propos de la malice de l’acte contraceptif.
Les évêques y veilleront avec un soin particulier : les fidèles sont souvent scandalisés de ce manque d’unité aussi bien dans la catéchèse que dans le Sacrement de Réconciliation.
[50]
-17 Cette pastorale de la confession sera d’autant plus efficace si elle demeure fermement liée à une catéchèse constante et forte sur la vocation chrétienne à l’amour conjugal et sur ses dimensions de joie et d’exigence, de grâce et d’engagement personnel.
[51] Elle sera efficace aussi si l’on institue des centres et si l’on nomme des consulteurs auprès desquels le confesseur pourra renvoyer le pénitent pour qu’il ait une connaissance adéquate des méthodes naturelles.
-18 En vue d’appliquer concrètement les directives morales au sujet de la procréation responsable, il est nécessaire que l’important travail des confesseurs soit complété par la catéchèse. Dans cet engagement, un soigneux éclaircissement sur la gravité moral du péché concernant l’avortement rentre en ligne de compte.
[52]
-19 Pour ce qui concerne l’absolution du péché d’avortement, l’obligation de tenir compte des normes canoniques demeure toujours. Si le repentir est sincère, et s’il est difficile de s’adresser à l’autorité compétente à qui est réservée la remise de la censure, tout confesseur peut absoudre selon les dispositions du can.
CIC 1357. Il peut suggérer une réparation adaptée en vue de la pénitence et indiquer la nécessité du recours, éventuellement en proposant de le rédiger et le transmettre à qui de droit.
[53]
CONCLUSION
À notre époque, l’Église considère comme un de ses principaux devoirs de proclamer et d’introduire dans la vie le mystère de la miséricorde. Ce mystère s’est révélé au plus haut degré en la personne de Jésus-Christ.
[54]
Le lieu par excellence d’une telle proclamation et de l’accomplissement de la miséricorde est la célébration du sacrement de la Réconciliation.
Cette première des trois années de préparation au Troisième millénaire, dédiée à Jésus-Christ, unique Sauveur du monde, hier, aujourd’hui et toujours (cf.
He 13,8) peut être l’occasion d’un travail de mise-à-jour pastorale et d’approfondissement catéchétique dans les diocèses. Cela pourrait se faire concrètement dans les sanctuaires, où l’on accueille tant de pèlerins et où l’on administre le Sacrement du pardon avec une grande disponibilité des confesseurs.
Que les prêtres demeurent entièrement disponibles à ce ministère dont dépendent la béatitude éternelle des époux, et aussi en grande partie, la sérénité et le bonheur de la vie présente : qu’ils soient pour eux vraiment des témoins vivants de la miséricorde du Père !
Cité du Vatican, le 12 février 1997.
Alfonso Cardinal López Trujillo
Président du Conseil Pontifical pour la Famille
+ Francisco Gil Hellín
Secrétaire
[01] Conc. cum. Vatican II, Décret sur l’apostolat des laïcs Apostolicam Actuositatem, 18 novembre 1965, n.
AA 11.
[02] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, n.
FC 3.
[03] 3 Cf. Jean-Paul II, Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, n.
FC 58.
[04] Conc. cum. Vatican II, Const. Past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n.
GS 49.
[05] Jean-Paul II, Enc. Dives in Misericordia, 30 novembre 1980, n.
DM 13.
[06] 2 On tiendra compte de l’effet abortif des nouvelles préparations pharmaceutiques. Cf. Jean-Paul II, Enc. Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n.
EV 13.
[07] 2 Cf. Conc. cum. Vatican II, Const. Past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n.
GS 48.
[08] 2 Catéchisme de l’Église catholique, 11 octobre 1992, n.
CEC 2337.
[10] Conc. cum. Vatican II, Const. Past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n.
GS 51.
[11] Paul VI, Enc. Humanae Vitae, 25 juillet 1968, n.
HV 12.
[12] Pie XI, Enc. Casti Connubii, 31 décembre 1930.
[13] Pie XII, Discours au Congrès de l’Union catholique italienne des sages-femmes, 2 octobre 1951 ; Discours au Front de la Famille et aux Associations des familles nombreuses, 27 novembre 1951.
[17] 3 Conc. cum. Vatican II, Const. Past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, 7 décembre 1965.
[18] 3 Catéchisme de l’Église catholique, 11 octobre 1992.
[19] 3 Cf. Conc. cum. Vatican II, Const. Past. sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n.
GS 24.
[20] Cf. Jean-Paul II. Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981 n.
FC 32.
[21] 3 Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n.
CEC 2378 ; cf. Jean-Paul II, Lettre aux Familles Gratissimam Sane, 2 février 1994, n.
LF 11.
[22] Jean-Paul II, Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, n.
FC 32.
[23] « En divers genres de vie et parmi des occupations différentes, c’est une unique sainteté que cultivent ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu ; obéissant à la voix du Père et adorant le Père en esprit et en vérité, ils suivent le Christ pauvre, humble et chargé de la croix, pour mériter de participer à sa gloire. Chacun doit, selon ses capacités et sans aucune hésitation, s’engager dans la voie de la foi vive qui éveille l’espérance et opère par la charité » (Conc. cum. Vatican II, Const. dogm. sur l’Église Lumen Gentium, 21 novembre 1964, n.
LG 41).
[24] « La charité est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés » (Catéchisme de l’Église Catholique, n.
CEC 826). « L’amour amène l’homme à se réaliser par le don désintéressé de lui-même. Aimer signifie donner et recevoir ce qu’on ne peut ni acquérir ni vendre, mais seulement accorder librement et mutuellement » (Jean-Paul II, Lettre aux Familles Gratissimam Sane, 2 février 1994, n.
LF 11).
[25] Cf. Jean-Paul II, Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, n.
FC 13.
[26] « Reconnaître son péché, et même - en approfondissant la réflexion sur sa propre personnalité - se reconnaître pécheur, capable de péché et porté au péché, est le principe indispensable du retour à Dieu. (...) Se réconcilier avec Dieu suppose et inclut que l’on se détache avec lucidité et détermination du péché où l’on est tombé. Cela suppose donc et inclut que l’on fasse pénitence au sens le plus complet du terme : se repentir, manifester son regret, prendre l’attitude concrète du repenti, celle de quiconque se met sur le chemin du retour au Père. (...) Dans la situation concrète de l’homme pécheur, où il ne peut y avoir de conversion sans reconnaissance de son péché, le ministère de réconciliation de l’Église intervient en toute hypothèse avec une finalité ouvertement pénitentielle, c’est-à-dire visant à ramener l’homme à la "connaissance de soi"« (Jean-Paul II, Exhort. Apost. post-synodale Reconciliatio et Paenitentia, 2 décembre 1984, n.
RP 13).
[27] « La vocation universelle à la sainteté s’adresse aux époux et aux parents chrétiens : pour eux, elle est spécifiée par la célébration du sacrement et traduite concrètement dans la réalité propre de l’existence conjugale et familiale. C’est là que prennent naissance la grâce et l’exigence d’une authentique et profonde spiritualité conjugale et familiale qui s’inspire des thèmes de la création, de l’alliance, de la Croix, de la résurrection et du signe sacramentel » (Jean-Paul II, Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, n.
FC 56).
[28] 3 « L’Église croit fermement que la vie humaine, même faible et souffrante, est toujours un magnifique don du Dieu de bonté. Contre le pessimisme et l’égoïsme qui obscurcissent le monde, l’Église prend parti pour la vie, et dans chaque vie humaine elle sait découvrir la splendeur de ce "Oui", de cet "Amen", qu’est le Christ. Au "non" qui envahit et attriste le monde, elle oppose ce "Oui" vivant, défendant ainsi l’homme et le monde contre ceux qui menacent la vie et lui portent atteinte » (Jean-Paul II, Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, n.
FC 30).
[29] Jean-Paul II, Lettre aux familles Gratissimam Sane, 2 février 1994, n.
LF 9.
[30] « Dieu Lui-même qui a dit : "il n’est pas bon que l’homme soit seul" (
Gn 2,18) et "qui dès l’origine a fait l’être humain homme et femme" (
Mt 19,4) a voulu lui donner une participation spéciale dans son œuvre créatrice ; aussi a-t-il béni l’homme et la femme, disant : "soyez féconds et multipliez-vous" (
Gn 1,28). Dès lors, un amour conjugal vrai et bien compris, comme toute la structure de la vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-estimer pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux disponibles pour coopérer courageusement à l’amour Créateur et du Sauveur qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille » (Conc. cum. Vatican II, Const. Apost. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n.
GS 50).
[31] Jean-Paul II, Enc. Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n.
EV 43 ; cf. Conc. cum. Vatican II, Const. Past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n.
GS 50.
[32] « Les époux savent qu’ils sont les coopérateurs de l’amour du Dieu Créateur et comme ses interprètes. Ils s’acquitteront donc de leur charge en toute responsabilité humaine et chrétienne, et, dans un respect plein de docilité à l’égard de Dieu, d’un commun accord et d’un commun effort, ils se formeront un jugement droit : ils prendront en considération à la fois et leur bien et celui des enfants déjà nés ou à naître ; ils discerneront les conditions aussi bien matérielles que spirituelles de leur époque et de leur situation ; ils tiendront compte enfin du bien de la communauté familiale, des besoins de la société temporelle et de l’Église elle-même. Ce jugement, ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent l’arrêter devant Dieu. Dans leur manière d’agir, que les époux chrétiens sachent bien qu’ils ne peuvent pas se conduire à leur guise, mais qu’ils ont l’obligation de toujours suivre leur conscience, une conscience qui doit se conformer à la loi divine ; et qu’ils demeurent dociles au magistère de l’Église, interprète autorisée de cette loi à la lumière de l’Évangile.
[33] L’Encyclique Humanae Vitae déclare illicite « toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement des ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation ». Le texte ajoute : « on ne peut invoquer comme raisons valables, pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, le moindre mal ou le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédé ou qui suivront, et dont ils partageraient l’unique et identique bonté morale. En vérité, s’il est parfois licite de tolérer un moindre mal afin d’éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand, il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien, c’est-à-dire de prendre comme objet d’un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et par conséquent une chose indigne de la personne humaine, même avec l’intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux. C’est donc une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond, et par conséquent intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde » (Paul VI, Enc. Humanae Vitae, 25 juillet 1968, n.
HV 14).
[34] « L’être humain sera respecté et traité comme personne dès sa conception et, par conséquent, à partir du moment où sont reconnus les droits de la personne humaine, parmi lesquels surtout celui qui est inviolable, le droit à la vie pour chaque être humain innocent » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation Donum Vitae, 22 février 1987,
n. 1 ).
[35] « Si donc il existe, pour espacer les naissances, de sérieux motifs, dus soit aux conditions physiques ou psychologiques des conjoints, soit à des circonstances extérieures, l’Église enseigne qu’il est alors permis de tenir compte des rythmes naturels, inhérents aux fonctions de la génération, pour user du mariage dans les seules périodes infécondes et régler ainsi la natalité sans porter atteinte aux principes moraux que Nous venons de rappeler.
[36] 3 Jean-Paul II, Enc. Dives in Misericordia, 30 novembre 1980, n.
DM 6.
[37] « Comme à l’autel où il célèbre l’Eucharistie, et comme en chacun des sacrements, le prêtre, ministre de la Pénitence, agit "in persona Christi". Le Christ, qui est rendu présent par le prêtre et qui accomplit par lui le mystère de la rémission des péchés, apparaît bien comme frère de l’homme, pontife miséricordieux, fidèle et compatissant, pasteur toujours à la recherche de la brebis perdue, médecin qui guérit et réconforte, maître unique qui enseigne la vérité et montre les chemins de Dieu, juge des vivants et des morts, qui juge selon la vérité et non d’après les apparences » (Jean-Paul II, Exhort Apost. post-synodale Reconciliatio et Paenitentia, 2 décembre 1984, n.
RP 29).
[38] Congrégation du Saint Office, Normae quaedam de agendi ratione confessariorum circa sextum Decalogi praeceptum, 16 mai 1943.
[39] « Que le prêtre procède avec prudence et discrétion quand il pose des questions, en tenant compte de la condition et de l’âge du pénitent, et qu’il s’abstienne de s’enquérir du nom du complice » (Code de droit canonique, Canon
CIC 979).
[40] Cf. Denzinger-Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum,
DS 3187.
[41] « L’aveu au prêtre constitue une partie essentielle du sacrement de Pénitence : "Les pénitents doivent, dans la confession, énumérer tous les péchés mortels dont ils ont conscience après s’être examinés sérieusement, même si ces péchés sont très secrets et s’ils ont été commis seulement contre les deux préceptes du Décalogue, car parfois ces péchés blessent plus grièvement l’âme et sont plus dangereux que ceux qui ont été commis au su de tous"« (Catéchisme de l’Église Catholique, n.
CEC 1456).
[42] 3 « Si - au contraire - l’ignorance est invincible, ou le jugement erroné sans responsabilité du sujet moral, le mal commis par la personne ne peut lui être imputé. Il n’en demeure pas moins un mal, une privation, un désordre. Il faut donc travailler à corriger la conscience morale de ses erreurs » (Catéchisme de l’Église Catholique, n.
CEC 1793).
[43] « Les époux, dans la sphère de leur vie morale, sont eux aussi appelés à cheminer sans se lasser, soutenus par le désir sincère et agissant de mieux connaître les valeurs garanties et promues par la loi divine, avec la volonté de les incarner de façon droite et généreuse dans leurs choix concrets. Ils ne peuvent toutefois considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais ils doivent la regarder comme un commandement du Christ Seigneur leur enjoignant de surmonter sérieusement les obstacles. "C’est pourquoi ce qu’on appelle la ‘loi de gradualité’ ou voie graduelle ne peut s’identifier à la ‘gradualité de la loi’, comme s’il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses. Tous les époux sont appelés à la sainteté dans le mariage, selon la volonté de Dieu, et cette vocation se réalise dans la mesure où la personne humaine est capable de répondre au précepte divin, animée d’une confiance sereine en la grâce divine et en sa propre volonté". De même il appartient à la pédagogie de l’Église de faire en sorte que, avant tout, les conjoints reconnaissent clairement la doctrine d’Humanae Vitae comme norme pour l’exercice de la sexualité et s’attachent sincèrement à établir les conditions nécessaires à son observation » (Jean-Paul II, Exhort. Apost. Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, n.
FC 34).
[44] « Dans ce contexte se situe une juste ouverture à la miséricorde de Dieu pour le pécheur qui se convertit et à la compréhension envers la faiblesse humaine. Cette compréhension ne signifie jamais que l’on compromet ou que l’on fausse la mesure du bien et du mal pour l’adapter aux circonstances. Tandis qu’est humaine l’attitude de l’homme qui, ayant péché, reconnaît sa faiblesse et demande miséricorde pour sa faute, inacceptable est au contraire l’attitude de celui qui fait de sa faiblesse le critère de la vérité sur le bien, de manière à pouvoir se sentir justifié par lui seul, sans même avoir besoin de recourir à Dieu et à sa miséricorde. Cette dernière attitude corrompt la moralité de toute la société, parce qu’elle enseigne le doute sur l’objectivité de la loi morale en général et le refus du caractère absolu des interdits moraux portant sur des actes humains déterminés, et elle finit par confondre tous les jugements de valeur » (Jean-Paul II, Enc. Veritatis Splendor, 8 août 1993, n.
VS 104).
[45] 3 « S’il n’y a pas de doute pour le confesseur sur les dispositions du pénitent, et que celui-ci demande l’absolution, cette dernière ne sera ni refusée, ni différée » (Code de droit canonique, can.
CIC 980).
[46] « L’Église le sait fort bien aussi : il n’est pas rare qu’un des deux époux subisse le péché plus qu’il ne le commet, lorsque, pour une raison tout à fait grave, il laisse se produire une perversion de l’ordre, qu’il ne veut pas lui-même ; il en reste, par suite, innocent pourvu qu’alors il se souvienne aussi de la loi de charité, et ne néglige pas de dissuader et d’éloigner du péché son conjoint » (Pie XI, Enc. Casti Connubii, AAS 22 1930)
[48] « Du point de vue moral, il n’est jamais licite de coopérer formellement au mal. Cette coopération a lieu lorsque l’action accomplie, ou bien de par sa nature, ou bien de par la qualification qu’elle prend dans un contexte concret, se caractérise comme une participation directe à un acte contre la vie humaine innocent ou comme l’assentiment donné à l’intention immorale de l’agent principale » (Jean-Paul II, Enc. Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n.
EV 74).
[49] « Cette discipline, propre à la pureté des époux, bien loin de nuire à l’amour conjugal, lui confère au contraire une plus haute valeur humaine. Elle exige un effort continuel, mais grâce à son influence bienfaisante, les conjoints développent intégralement leur personnalité en s’enrichissant de valeurs spirituelles : elle apporte à la vie familiale des fruits de sérénité de paix, et elle facilite la solution d’autres problèmes ; elle favorise l’attention à l’autre conjoint, aide les époux à bannir l’égoïsme, ennemi du véritable amour, et approfondit leur sens de responsabilité. Les parents acquièrent par là la capacité d’une influence plus profonde et plus efficace pour l’éducation des enfants ; l’enfance et la jeunesse grandissent dans la juste estime des valeurs humaines et dans le développement serein et harmonieux de leurs facultés spirituelles et sensibles » (Paul VI, Enc. Humanae Vitae, 25 juillet 1968, n.
HV 21).
[50] Pour les prêtres, « la première tâche - spécialement pour ceux qui enseignent la théologie morale - est d’exposer sans ambiguïté l’enseignement de l’Église sur le mariage. Soyez les premiers à donner, dans l’exercice de votre ministère, l’exemple d’un assentiment loyal, interne et externe, au Magistère de l’Église. Cet assentiment est dû, vous le savez, non pas tant à cause des motifs allégués que plutôt en raison de la lumière de l’Esprit-Saint, dont les pasteurs bénéficient à un titre particulier pour exposer la vérité.
[51] « Devant le problème d’une honnête régulation des naissances, la communauté ecclésiale doit aujourd’hui s’efforcer de susciter des convictions et d’offrir une aide concrète à ceux qui veulent vivre la paternité et la maternité de façon vraiment responsable.
[52] « Depuis le 1er siècle, l’Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet enseignement n’a pas changé. Il demeure invariable. L’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme une fin ou comme un moyen, est gravement contraire à la loi morale » (Catéchisme de l’Église Catholique n.
CEC 2271 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration sur l’avortement, 18 novembre 1974).
[53] Il faut rappeler que « ipso iure » la faculté d’absoudre au for interne en la matière, comme pour toutes les censures non réservées au Siège Apostolique et non déclarées, appartient à tout évêque même titulaire, au pénitencier diocésain ou d’une église collégiale (can.
CIC 508), ainsi qu’aux chapelains des maisons de soins, de prisons, et durant les voyages maritimes (can.
CIC 566 $ 2). Les confesseurs appartenant à un Ordre mendiant ou à certaines Congrégations religieuses modernes jouissent par privilège de la faculté d’absoudre de la censure relative à l’avortement.
[54] Cf. Jean-Paul II, Enc. Dives in Misericordia, 30 novembre 1980, n.
DM 14.