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§ 365-370. Les apparitions aux apôtres :
C'est le troisième point du témoignage évangélique sur la Résurrection — le plus décisif. La découverte du tombeau vide, puis les apparitions dites < privées >, le préparaient. Le cadre et les modalités sont si différentes que l'on ne peut mettre en Synopse Mt, Lc, Jn (et Mc 16,14-18, au § 376 *). Sur les influences mutuelles possibles et les sources communes hypothétiques, référons à J. Schmitt : Le récit de la Résurrection dans l'Év. de Lc, p. 228-242; A. George: Les récits d'apparition aux Onze, à partir de Lc 24,36-53 (dans «Résurrection et Exégèse... », p. 75-104); J.M. Guillaume, p. 170-201 ; F. Neirynck, dans Mél. J. Dupont, p. 655-680. Plus l'analyse est minutieuse, plus le départage s'avère difficile, surtout entre Lc et Jn, tant les textes sont emmêlés. Ce qui en ressort paradoxalement, c'est d'abord que l'intention doctrinale marquée, de Jn comme de Lc, va de pair avec un plus grand « souci d'exactitude historique » (Nous l'avons souvent constaté de Jn; sur Lc, cf. i. Schmitt, p. 239-241). Mais il est d'autant plus important d'admirer l'extrême convergence, en profondeur, des 4 Évangiles. En Galilée comme à Jérusalem, le Christ se manifeste cette fois au Collège apostolique, lui démontre la réalité corporelle de sa Résurrection, et donne à ses disciples mission d'évangéliser le monde. Les divergences matérielles même peuvent fort bien se rejoindre en leurs significations.
§ 365. L’apparition au cénacle : Lc 24,36-43; Jn 20,19-20
(Lc 24,36-43 Jn 20,19-20)
— Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine (Jn) : Comme au départ de ce ch. 20 § 359 . Le dimanche chrétien est sorti déjà, prolongeant jusqu'à nous la Présence Pascale de Jésus ressuscité à son Église en corps constitué : la 1° fois autour des Apôtres, désormais en assemblée eucharistique, autour du prêtre, sacrement du Christ. Notre dimanche remonte à Pâques même.
Portes fermées (Jn): Cela indique d'abord le climat général, qui est fait de cette même peur dont les Apôtres avaient été saisis devant la haine du monde, dès la Cène (Jn 14,1 Jn 15,18-19), et qui n'avait fait que croître à Gethsemani puis pendant et depuis la Passion. Mais du même coup, Jn nous avertit de l'état glorieux du Christ ressuscité, qui ne se heurte plus à la matière et à ses limites ou incompatibilités spatiales et temporelles : non pas un corps de fantôme < passe- 771 murailles >, mais une humanité jouissant de l'éternité et de l'ubiquité qui rendent Dieu omniprésent même si normalement invisible. C'est pour bien le souligner que Jn répète l'indication « portes closes » 8 jours plus tard, alors qu'il n'est plus question de peur (v. 27).
Jésus vint : « Expression essentielle chez Jn », qui se retrouve au v. 24 et même en 21,13 (alors que Jésus s'y manifeste depuis le v. 4): peut-être faut-il la mettre en rapport avec l'attente de < la venue du Christ > à la Parousie, que proclament nos eucharisties: «... jusqu'à ce qu'il vienne » (1Co 11,26 — cf.D. Mollat: Et. Jo. p. 151 et 163-164). Il se tint au milieu d'eux (Lc-Jn) : Rend compte surtout de la soudaineté de l'apparition : Il est là !...
et Il leur dit: « La paix soit avec vous »: Jn va même répéter le souhait au v. 21. On a beaucoup discuté sur l'authenticité de cette même mention en Saint-Luc, car les mss. reproduisent son v. 36 sous 3 formes: 1) sans « la paix soit avec vous »; 2) avec; 3) avec, prolongé par: « C'est moi (= Je suis*, n'ayez pas peur» (Voir J.M. Guillaume, p. 164-169). Mais de toute façon, on retrouve l'analogue de « n'ayez pas peur » au v. 38a, et « c'est Moi »* au v. 39. Le souhait de « Paix » lui-même est d'ailleurs un antidote à cette peur. Mais il doit surtout être entendu en écho à la promesse que Jésus avait faite de ce don de 5a propre Paix, dans la double finale du Discours après la Cène (Jn 14,27-31 et 16,33). C'est bien la < Pâque > : comme à la nuit de l'Exode où les portes étaient fermées, sous protection du sang de l'Agneau (Ex 12,7 Ex 12,12-13)... Et voilà que le véritable Agneau de Dieu apparaît, côté ouvert, mais sans que soit brisé aucun de ses os. « Paix, joie, création nouvelle dans la puissance de l'Esprit Saint et la rémission des péchés (Lc 24,47'; Jn 20,22-23).., c'est comme l'archétype de la célébration eucharistique chrétienne, qui actualise en effet pour la foi l'apparition du Ressuscité le soir de Pâques » (D. Mollat, p. 164).
Lc 24,37-42; Jn 20,20 // Gn 43,26-27 Gn 45,1-5 Ac 10,39-43, — C'est la < reconnaissance > proprement dite, bien établie par l'un et l'autre Évangélistes, mais différemment; Lc fait plus expressément part de la crainte que l'apparition puisse être d'un fantôme (v. 37). Jésus y répond tout aussi expressément par deux « arguments », comme dira Ac 1,3) le fait que ses membres sont palpables (invitation à les toucher qui montre que le < Noli me tangere > a un autre sens, spirituel, que la défense de toucher physiquement: cf. § 361 — Jn 20,17a*) ; 2) le fait de manger (v. 41-42 // Ac 10,41). Jn ne retient ici que le 1° argument, puisque le Christ se contente de « montrer » ses plaies. Mais, « à l'actif, ayant Jésus pour sujet, ce verbe a toujours en Saint-Jean valeur de révélation° (D. Mollat: Et. Jo. p. 153; Jn 2,18-22 Jn 5,20 Jn 10,32 Jn 14,8-9). En outre, cette < monstrance > va se redoubler en < démonstration > quasi expérimentale à Thomas § 368 . Aussi par la suite, Jn pourra-t-il mettre en valeur, plutôt que le repas partagé, le repas offert § 371 — Jn 21,12*). En Lc lui-même d'ailleurs, gardons-nous de ne voir qu'un argument apologétique en ce pain et ce poisson grillé, mangés par le Christ ressuscité : comme la « fraction du pain » d'Emmaüs, c'est l'accomplissement du mystère qu'annonçait la multiplication des pains (où il y avait aussi des poissons), et qu'instituait la Cène:
J. Guillet : Jésus-Christ hier et aujourd'hui, p. 166-167 : Alors, le Christ i avait prévenu les Apôtres : c'était la dernière fois qu'il buvait avec eux du fruit de la vigne, jusqu' au jour où ils le boiraient tous ensemble dans le Royaume du Père » (Mt 26,29). Et le voici de nouveau attablé parmi eux, « rompant le pain » et le leur partageant... Ces détails, qui retiennent les Évangélistes, ont un sens : dans tous les repas du Ressuscité, la Cène est présente... Il est sans doute vain de chercher à savoir si le pain que Jésus distribua aux disciples d'Emmaüs était ou non le pain eucharistique, mais, à lire l'ensemble des textes évangéliques, il est clair que le Seigneur qui vient s'asseoir à table avec les siens est celui qui s'est fait leur nourriture... pour que ce corps livré, que ce sang répandu jusqu'à la dernière goutte puisse être l'aliment de leur existence et la source de leur action.
Lc et Jn se rejoignent aussi dans la discrétion avec laquelle est évoquée la transformation des Apôtres, de la stupeur et la crainte à la joie et l'émerveillement (Lc 24,37 Lc 24,41 Jn 20,19 Jn 20,20b). En //, une fois encore Joseph, se faisant reconnaître à ses frères : sa préfiguration de la Passion et de la Glorification du Christ se poursuit jusque-là. Mais elle est d'autant plus remarquable qu'elle annonce le mystère même, d'Incarnation et de Rédemption, du Christ « envoyé comme Joseph en précurseur pour nous sauver » (// Gn 45,5).
Quant au // Ac 10,39-43, ce n'est pas pour rien qu'il a été choisi comme 1° lecture de la messe du jour de Pâques. Pierre y explique en effet pourquoi Jésus ressuscité préfère apparaître « non à tout le peuple mais à des témoins choisis d'avance : notre foi chrétienne passe par les Apôtres et par l'Église ; grâce à la Tradition ininterrompue, elle demeure < apostolique > en même temps que < christique > (cf. par ex. Ep 2,20). De cette Tradition, la profession de foi d'Ignace d’Antioche allant à son martyre, est un des plus émouvants chaînons, au début du n° siècle : Aux Smyrniotes 1-3 (SC 10,154-156) : Le Christ a été véritablement cloué pour nous dans sa chair — c'est grâce au fruit de sa Passion divine et bienheureuse que nous avons la vie — afin de lever son étendard à travers les siècles, avec l'argument de la Résurrection, et pour que ses saints et ses fidèles, tant Juifs que Gentils, soient réunis dans l'unique Corps de son Église...
Moi je sais que, même après sa Résurrection, il est dans la chair. Telle est ma foi. Et quand il vint au groupe qui entourait Pierre, il leur dit : Prenez, touchez-moi et voyez que je ne suis pas un esprit sans corps. Et aussitôt ils le touchèrent et ils crurent, saisis par la puissance de sa chair et de son esprit. C'est pourquoi ils méprisèrent la mort, et furent trouvés plus grands que la mort. Et après sa Résurrection, Jésus mangea et but avec eux, comme étant dans sa chair — bien que spirituellement il eût accompli son retour au Père.
Aux Tralliens 9 (SC 10, p. 118) : Soyez donc sourds quand on vous tient des discours qui sont étrangers à Jésus-Christ : qui est de la lignée de David, qui est [fils] de Marie, qui est véritablement né, qui véritablement a été persécuté sous Ponce Pilote, qui véritablement a été crucifié et est mort, au vu des deux, de la terre et des enfers ; qui véritablement est ressuscité d'entre les morts. C'est son Père qui l'a ressuscité, et c'est encore son Père qui, à sa ressemblance, nous ressuscitera, nous qui croyons en lui. En dehors de lui, nous n'avons pas la vie véritable.
§ 366. L’envoi en mission des apôtres : Lc 24,44-49
(Lc 24,44-49)
— Les v. 44-46 reprennent la même preuve par les Écritures qu'avec les disciples d'Emmaüs — ils sont là, du reste, d'après les v. 35-36. Toutefois, ce ne sont plus tant les yeux qui sont « ouverts », que < l'Intelligence > (voir § 364 — // Sg 4,17 etc.). C'est la condition préalable « pour qu'ils comprennent les Écritures ». Dans le passage correspondant de Saint-Jean, l'image de l'insufflation de l'Esprit Saint donne à cette « ouverture » sa véritable origine § 367 — Jn 20,22*).
C'est cela même que je vous disais quand j'étais avec vous (// Jn 14,25) : Il faudrait citer ici tant de références, explicites ou non, indiquées dans les // des paragraphes de la vie publique du Christ; et notamment au < Fils de l'homme > § 149 , au < Serviteur > d'Isaïe § 255 , au < Fils de David > § 286 ; au Roi et au Pasteur de Za 9,9-10 et 13,7 § 273 et 336). Suivant sa leçon, les Apôtres ont encore multiplié ces // avec L’A.T., soit dans les sermons des Actes, soit dans les récits des Evangiles (double liste de références par A. George, dans bvc 18/1957, p. 65 et 67).
Lc 24,47 // Jl 2,15 Jl 2,17 2M 12,12 Ps 32,1 Ps 85,9 Ps 55,19 Ps 71,23 Ps 72,14 Ps 107,2 Ps 130,7-8 Jr 31,11 Ps 111,9 — La pénitence et la rémission des péchés : Voilà donc la mission essentielle confiée par le Christ à son Église : « prêcher la pénitence »* (= la conversion = le Retour au Père). Cela vaut « pour toutes les nations » et tous les temps, y compris le nôtre. En grec, le verbe < prêcher > est celui du < Kérygme >*, du message proclamé à son de trompe. Et de fait, c'est la formulation, actualisée pour le temps de l'Église, du < Kérygme >, de l'Évangile prêché par Jésus lui-même sitôt après son baptême et sa victoire sur la tentation du désert : « Le Royaume de Dieu (= la vie céleste de résurrection) est à votre portée ; convertissez-vous y, en vous engageant par la foi dans une vie de fidélité au Christ ressuscité » § 28 *).
et la rémission des péchés : Nestlé préfère la version de quelques mss. : « en vue de la rémission des péchés ». De toute façon, pénitence et rémission ne sont pas f seulement juxtaposées : elles doivent se joindre comme l'oeuvre de l'homme accueillant le don de Dieu. Car c'est la rémission des péchés — que nous vaut gratuitement le sacrifice rédempteur du Christ — qui assure à notre pénitence son effet de réconciliation avec Dieu, même si cette pénitence n'en demeure pas moins la condition pour que nous soit effectivement accordée la rémission de nos péchés. C'est bien ce don de rémission que Jésus transmet à son Église, comme le confirme le passage correspondant de Jn 20,23*. Mais Lc revient au même en écrivant que c'est « en son Nom », c'est-à-dire en vertu de son propre < Pouvoir >*, que l'Église prêchera et assurera « la rémission des péchés », par le Baptême d'abord § 370 *), puis par la suite dans Je sacrement de pénitence réconciliante ou de réconciliation pénitente.
en commençant par Jérusalem: Les disciples d'Emmaüs avaient montré que la foi retrouvée retourne à Jérusalem comme à sa source. De là elle doit rejaillir sur « toutes les nations » (Mt 28,19*).
Lc 24,48 // Is 43,10 Is 43,12 — Plus encore que d'être des prêcheurs, être des témoins, dont la vie même soit le premier et le plus convaincant des témoignages* § 1 — Jn 1,7*). Israël avait été le peuple témoin de Yahvé (// Is 43); l'Église doit être le témoin du Christ, lui-même témoin du Père (Jn 1,18*; 3,16-17*). Mais le contexte des versets précédents auxquels réfère le « en » de « vous en serez les témoins », précise que le témoignage portera sur la rémission des péchés non moins que sur la Résurrection. Pierre ne se vantait pas en présentant les Apôtres comme des « témoins choisis » (Ac 10,41, en // au § 365 .
Lc 24,49 // Is 59,21 Pr 1,23 Sg 1,5 Sg 1,7 Ps 51,14 Ps 104,30 Jl 3,1-2 — Et voici*. J’envoie : au présent, même si la suite du verset montre que Lc vise la Pentecôte (qu'il réserve pour le début des Actes). C'est donc Lc, non moins que Jn 20,22*, qui unit Pâques à la Pentecôte, dans le don de l'Esprit par le Christ (voir au § 367 *).
La Promesse du Père : Telle qu'on peut la lire en effet dans les // Prophétiques et sapientiaux. Jl 3,1 en particulier sera cité par saint Pierre dans sa 1° prédication, au matin de la Pentecôte (Ac 2,16-21).
Ainsi Lc a-t-il pris soin que cette dernière parole de Jésus ressuscité nomme le Père, comme sa première parole d'adolescent (2,49), comme son dernier cri s'adressait à Lui (23,46). S'y ajoute cette fois-ci, la mention du Saint-Esprit sous le beau titre de « Promesse du Père » et de « Force d'En Haut » (Sur les rapports entre l'Esprit et la < Puissance >, cf. § 4 — Lc 1,35*). C'est marquer discrètement combien la Révélation du Christ est, par-dessus tout, trinitaire (A. George : Sur Lc, p. 230).
§ 367. L’envoi en mission des apôtres : Jn 20,21-23
(Jn 20,21-23)
— L'articulation entre scène de reconnaissance et mission est bien marquée par la reprise du souhait de « Paix », ainsi que du « ce disant » (v. 19 et 21 ; 20 et 22).
Jn 20,21) — Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie : C'est ce qu'annonçait la prière sacerdotale de Jésus, en l'assortissant d'une consécration qui trouverait elle aussi son origine dans le Christ « se consacrant lui-même » par sa Passion § 334 — Jn 17,17-19*). À présent, cette sanctification est accomplie pour le Christ, et Il va la transmettre à ses Apôtres avec le Saint-Esprit de toute Sainteté (v. 22* — Sur le rapport entre ces 2 versets 21-22 dans la constitution même de l'Église, cf. § 370 * in fine : Pie XII).
« La présentation de Jésus comme envoyé du Père est au centre de la christologie de Jn », définissant sa mission et même, en un sens, son Être de Verbe (révélateur) incarné. Or le « comme » doit être entendu avec la force qu'il prend dans le IV° Évangile (cf. § 320 et § 334 — Jn 13,34* et 17,21-23*) : « Il signifie plus qu'une analogie. Jésus ne compare pas seulement deux réalités ; Il fait participer ses disciples à la vie qu'il reçoit du Père, au lien de connaissance réciproque qui l'unit au Père, à l'amour du Père pour Lui, à la mission qu'il a reçue du Père » (D. Mollat: Et. Jo., p. 155).
Mais soyons réalistes, comme nous y invite Grégoire le Grand (Hom. 26 in Év. — PL 76,1198) : Le Père a envoyé le Fils, et a établi que celui-ci s'incarnerait pour le salut du genre humain. Il a voulu qu'il vienne dans le monde pour la Passion — et cependant le Père aime le Fils qu'il a envoyé à la Passion. A son tour, notre Seigneur a choisi ses Apôtres et les a envoyés, non pas aux joies de ce monde, mais à la Passion en ce monde, comme Lui-même y avait été envoyé... Cette parole est donc très exacte: « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » ; c’est-à-dire : quand je vous envoie au milieu des scandales et des persécutions, je vous aime de cette charité dont le Père m'aime, Lui qui m'a envoyé à la Passion.
Jn 20,22 // Gn 2,7 Ez 37,9-10 1Co 15,45-49 — Il souffla sur eux : Unique emploi dans le N.T.du verbe de Gn 2,7 ou Ez 37,9 (et Sg 15,11 où il s'agit (aussi du souffle vital de l'homme). L'Esprit était au départ de la 1° création î (Gn 1,2 Gn 2,7); c'est maintenant une re-création. C'est Yahvé qui a tout créé par i le Verbe (Jn 1,3*); à présent, le Verbe incarné « restaure l'homme de façon " encore plus admirable, en nous associant à sa divinité, Lui qui a daigné partager notre humanité » (Prière sur le mélange de l'eau et du vin à l'offertoire de la messe): c'est ce que développe le // 1Co 15,45-49, conclusion de ce chapitre fondé sur le < Credo > de la Résurrection (1Co 15,3-5, en // au § 360 . Schmitt, qui a étudié ces versets 22-23 dans les Mél. M. Andrieu (1956), p. 415-423, résume ainsi ses conclusions dans DBS x, 575 : « Il est rare qu'un | verset puisse s'éclairer d'un contexte à ce point apte et concluant... par la référence à ses divers parallèles dans la tradition scripturaire : L'acte pascal est la j réplique de l'acte créateur. Les Douze, pour l'heure, sont les représentants de l'humanité rénovée par la foi et par l'Esprit. À mesure que grandira la Communauté des croyants ils en seront les gardiens dûment habilités à en sauvegarder í la permanence dans la condition nouvelle (v. 23) ». Jean Paul II ajoute que, s'il doit y avoir « ce nouveau commencement, cela vient avant tout de ce qu'entre le premier commencement et toute l'histoire de l'homme, s'est interposé, à partir de la chute originelle, le péché qui s'oppose à la présence de l'Esprit de Dieu dans la création et qui, surtout, s'oppose au don que Dieu fait de lui-même à l'homme pour son salut ». C'est pourquoi le Christ, dans le Discours après la Cène (Jn 16,7), liait ce nouveau commencement au mystère de la Rédemption qui en était la condition (Dominum et vivificantem, n° 13).
Recevez l'Esprit Saint : Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'esprit historicisant VI pose la question : Jérôme : Ép. 120 ad Hedybiam, 9 (PL 22,993; Budé VI, 142): Comment se fait-il que selon Saint-Jean le Seigneur insuffla l'Esprit Saint aux Apôtres, et que selon Saint-Luc il promit de l'envoyer après son Ascension? ... Paul nous apprend à discerner diverses grâces de l'Esprit : « Il y a divers dons, mais c'est le même Esprit » (1Co 12,4s).
J'ose dire en toute liberté que du jour où les Apôtres ont donné leur foi au Seigneur, ils ont toujours eu l'Esprit Saint; et ils n'auraient pu faire aucun miracle sans la grâce de l'Esprit Saint; mais ils l'avaient dans une certaine mesure... Puis, le premier jour de la Résurrection ils reçurent la grâce de l'Esprit pour remettre les péchés, baptiser, faire des fils de Dieu et donner l'Esprit d'adoption ; [enfin] le jour de la Pentecôte, ils reçurent [les autres dons de l'Esprit].
En réalité, ni Jn ni Lc ne se soucient du jour exact, puisque le même Lc précisant au début des Actes que l'Ascension eut lieu après « 40 jours », semblerait la situer dans son Evangile au soir même de Pâques § 374 *). Ce qu'ont à nous révéler Jn et Lc, c'est bien plutôt l'unique mystère qui, même s'il s'étale dans le temps en une suite d'événements « historiques », est dans sa réalité d'un seul tenant puisqu'il baigne dans l'Eternel*, donc dans la « tota simul et perfecta possessio ». Et c'est pourquoi, bien que la source des eaux vives du Saint-Esprit ne doive s'ouvrir qu'à la suite de la glorification du Christ § 258 — Jn 7,39*), cette glorification se réalise non seulement dans la Résurrection, mais dans « l'exaltation » sur la Croix elle-même § 309 — Jn 12,23*).
C'est vrai que Jésus avait dit à ses Apôtres qu'il Lui fallait partir, pour leur 775 envoyer l'Esprit (Jn 16,7). Mais « encore fallait-il que le Fils révèle à ses disciples qu'il était, associé à son Père, dispensateur de I Esprit » de la Nouvelle Création, comme Il avait présidé à la première Genèse. Et c'est ce qu'il manifeste en insufflant l'Esprit au soir de Pâques (Cyrille d’Alexandrie : Sur Lc XII — PG 74,713; traduit dans bvc n° 14/1956, p. 51-56). Un rite («souffler») accompagné d'une Parole qui en explique le sens (« Recevez le Saint-Esprit »), c'est la définition même qu'Augustin donne du < sacrement >...
Jn 20,23 — C'est la confirmation, après Résurrection, du < Pouvoir >* de rémission des péchés qui, dans les Synoptiques, a déjà été institué avant § 165 et 180) — Mt 16,19 Mt 18,18*), comme l'apparition au bord du lac de Jn 21 rappelle la pêche miraculeuse du § 38 . Mais cette fois le couple « remettre -retenir » est plus clair que « lier et délier »*. Remettre est évidemment en relation avec la « la rémission des péchés » dans le verset correspondant de Lc 24,47. Si l'on se rappelle que c'est un < Pouvoir > tellement divin que Jésus lui-même ne pouvait prétendre l'exercer qu'en union avec son Père (pardon et guérison du paralytique, au § 40 , on mesure ce qu'a de surhumain (sur-naturel) la transmission de cette grâce de rémission aux Apôtres et à leurs successeurs. Pour une oeuvre aussi divine, il fallait non seulement la garantie que Dieu et le Christ ratifieraient « au ciel » ce que décideraient sur terre les confesseurs, mais l'assistance de l'Esprit divin lui-même — qui vient précisément d'être insufflé aux Apôtres. Grandeur de ce sacrement, au coeur de l'Église...
§ 368. L’apparition à thomas : Jn 20,24-29
(Jn 20,24-29)
— L'esprit réaliste de cet Apôtre transparaît déjà dans les deux autres occasions où Saint-Jean nous en a parlé : 11,16 et 14,5. Mais ce n'est pas dire qu'il fût moins fidèle et attaché au Christ. Au contraire, il n'avait pas hésité à braver ce qu'il estimait un danger de mort, pour suivre le Christ § 266 — Jn 11,16-17). S'il ne croit pas aussitôt, ce n'est pas qu'il ne le désire ! On le verra bien à sa réaction immédiate, dès qu'il aura retrouvé son « Seigneur ».
Jn 20,24 — Thomas n'était pas avec eux : Cela ne l'empêche pas plus d'avoir part à la mission, et au don de l'Esprit, et au Pouvoir de remettre les péchés, que ne l'avaient été Eldad et Médad de recevoir l'Esprit de prophétie, bien qu'éloignés du collège des 70 Anciens (Nb 11,26-29).
Jn 20,25 — Nous avons vu... — Si je ne vois : Après l'apparition centrale du § 365 , où voir et croire vont de pair — Jésus « montrant ses plaies » aux Apôtres pour qu'ils puissent être des « témoins » de sa Résurrection — l'apparition à Thomas, symétrique de celle à Marie-Madeleine, rétablit la priorité du croire sur le voir (cf. L. Dupont, dans « Biblica » 1973, p. 491-495). À cette femme aimante, Jésus aussitôt reconnu s'était dérobé (comme aux disciples d'Emmaùs); à l'Apôtre exigeant de pouvoir juger par lui-même, le Christ s'offre, pour une vérification sensible qui le conduira à l'acte de foi (v. 28*), grâce auquel les disciples à venir puissent croire en se passant de voir (v. 29*).
Jn 20,26 // Nb 6,23-26 — Huit jours après : donc encore le dimanche. De ce fait, le Christ semble encourager, instituer l'Assemblée dominicale au cours de laquelle, suivant sa promesse, « Il vient (Jn 20,19*) et se tient au milieu de nous ». Portes fermées, comme au v. 19*. « Paix avec vous » : Comme aux v. 19 et 21. Le // de la Bénédiction d'Aaron montre que la Paix découle du Face à Face.
Jn 20,27 (et Jn 20,25) // Nb 12,6-8 1Jn 1,1-2 — Il semblerait que rien ne comble l'homme autant que la connaissance immédiate et sensible du voir et du toucher. Mais on n'atteint que les apparences. D'où le désir paradoxal de Moïse, comblé de vision et n'en demandant pas moins de voir au-delà : dans sa bonté, Dieu tente l'impossible pour y répondre (Ex 33,18-20 — BC I*, p. 268-273).
Il en va ici de même. Si la requête de Thomas n'était que la provocation sceptique : « Si Dieu existe, que son intervention me le prouve », ne se verrait-il pas opposer le même refus que celui de Jésus aux Pharisiens demandant « des signes » § 120 — Mt 12,38-41) ? Comme le rire d'Abraham et de Sara, la réplique de Thomas aux Apôtres ne viendrait-elle pas plutôt de la peur d'une désillusion, d'autant plus redoutée que le désir secret de son coeur serait de retrouver Jésus vivant ?
Voir et toucher la marque de ses clous dans ses mains... et la plaie de son côté, répond en tous cas par avance à toutes les tentatives de dissoudre la réalité d'une résurrection corporelle de ce même et unique Jésus, crucifié, mort et enseveli au vu de tous les assistants. Jusque dans sa gloire, Jésus demeure à jamais « l'Agneau de Dieu comme égorgé, portant et enlevant le péché du monde, et lui envoyant les 7 dons de l'Esprit Saint » § 24 — Jn 1,29 // Ap 5,6).
saint Léon : 1° Sermon pour l'Ascension (PL 54,398; SC 74,137) : Les traces des clous et de la lance furent maintenus, pour guérir les blessures des coeurs incrédules : non plus par une foi hésitante, mais par une connaissance certaine, les Apôtres tiendraient fermement que la même nature — identiquement la même — avait été déposée dans le sépulcre et siégeait sur le trône de Dieu le Père.
Grégoire le Grand : Hom. 26 in Ev. (PL 76,1197-98) : Choses étonnantes, et contradictoires : son corps est incorruptible — et Il le donne à palper. Ce qui se palpe est nécessairement corruptible ; et ce qui est incorruptible ne peut se palper... Mais de manière admirable, notre Rédempteur se montre incorruptible pour nous inviter à la récompense — et palpable, pour nous confirmer dans la foi. Il démontrait par là que son corps, après la Résurrection, était toujours de la même nature, mais était d'une autre gloire.
Hom, 29 in Év. (PL 76,1213) : Les disciples tardèrent à croire à la Résurrection du Seigneur : n'y voyons pas tant une faiblesse de leur part qu'une assurance pour la fermeté de notre foi. Car c'est bien parce qu'ils doutaient, que la résurrection leur fut démontrée avec un luxe de preuves à l'appui. Et quand nous lisons ces récits, ne sommes-nous pas affermis par leurs doutes mêmes ? Marie-Madeleine, si prompte à croire, ne m'a pas été aussi utile que Thomas dans sa lenteur. Celui-ci, parce qu'il doutait, toucha les cicatrices du Crucifié, et guérit ainsi, d'avance, le doute qui pourrait aujoura"hui blesser nos coeurs.
En même temps, nous reconnaissons bien le coeur du Christ, plein de sollicitude pour la Onzième brebis, isolée, errante dans sa foi, au devant de laquelle « Il vient ». Il ne se fait pas seulement visible et palpable : Il est reconnaissable dans la délicatesse de ce reproche voilé, où n'en éclate que mieux son omni-science et son omniprésence, puisqu'il a entendu la violente réplique de Thomas, survenu après son départ, au soir de Pâques. Autrement dit, la preuve de l'identité du Christ glorifié avec le Jésus terrestre est triplement convaincante, aux sens, à la raison et au coeur.
Jn 20,28 // Ps 100,3-5 — La réaction de Thomas est immédiate. Plus question de vérifier : c'est tout prouvé. Les motifs de croire s'éclipsent devant le soleil de la foi — et de toute façon, le croire est bien au-delà de ce qui a été vu, ici comme pour Jean au v. 8* § 360 .
Mon Seigneur* et mon Dieu : Deux titres proprement divins. Avec, sous-jacente, la reconnaissance éperdue qu'expriment si bien les Ps 93 et 96-100 (qu'il serait bon de relire dans cette optique, mais dans une traduction tenant compte de leur sens messianique, comme celle du pc) : « Le Seigneur a pris possession de son Règne... Le Seigneur, c'est Dieu même... Confessez qu'il est Dieu ! »
Jn 20,29 // Ha 2,4 1P 1,8-9 — Conclusion sur le < voir-croire >, avec supériorité du < croire-sans-voir >. Toutefois, celui-ci est fort de tous les voir dont les Apôtres peuvent désormais être les témoins, comme vont le conclure les v. 30-31 :
§ 369. Première conclusion du IV° évangile : Jn 20,30-31
(Jn 20,30-31)
— Comme Saint-Luc en son Prologue, comme Saint-Marc en la déclaration qui ouvre son Évangile, Saint-Jean précise lui-même < l'effet > visé, correspondant à celui des autres Évangélistes : la foi, et par la foi, la Vie — éternelle bien entendu (// 1Jn 1,1 — celle-là même qu'annonçait le Prologue. Quant aux < moyens >, nous sommes prévenus que Jn n'a pas prétendu tout dire, et en particulier de ce qui se trouve dans les Synoptiques : le IV° Évangile est à lire comme un faisceau convergent de signes que « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (= Mc 1,1). Et s'il 777 faut méditer en ce sens les miracles, depuis Cana qui fut « le commencement des signes » § 29 — Jn 2,11*), à plus forte raison ces v. 30-31 doivent-ils inclure les apparitions du Ressuscité dont tout ce chapitre vient de parler. Elles sont donc, elles aussi, des < signes >, pour annoncer non plus l'Heure de la Passion, évidemment, mais la vie de l'Église, telle que la définissait le Discours après la Cène, et la rencontre éternelle avec le Christ lors de la Parousie, dont les « christophaníes Pascales » donnent au moins un aperçu (Cf. A. Feuillet, dans Rech. sr 1975, p. 577-592).
// Ex 4,2-8 Ex 14,31 Nb 14,11 Nb 14,22 Dt 34,10 — Que ce soit au temps de l'Exode ou à la Pâque du Christ, « dans les deux cas le même lien est établi entre le signe et la foi ; dans les deux cas les signes sont mis en rapport avec la contemplation de la gloire divine. L'expression « signes et prodiges » qui, dans les Actes, désigne les miracles accomplis par Jésus ou par ses disciples, est appliquée une fois par Etienne aux prodiges de l'Exode » (A. Feuillet: Ibid. p. 582).
OrD. MOLLAT a montré (dans Et. Jo., p. 97-100) que ce // Entre signes du Pentateuque et de l'Évangile était encore plus généralisé :
— Multiplication des signes : Ex 10,1-2 ; 11,9 // Jn 20,30
Dt4, 34; 6,22
— Ont vu gloire et signes : Nb 14,21-24 // Jn 2,11
— Signe comme épreuve : Dt 4,34; 7,19 // Jn 6,6
— Endurcissement : Nb 14,11 // Jn 12,37
— Coeur pour connaître, Dt 29,1-3 // Jn 12,40-41
yeux pour voir :
— Conclusion : Envoyé de Dieu : Dt 34,11 // Jn 20,30
De Cana aux apparitions de Pâques, le Christ est le Nouveau Moïse*, proposant à la foi de ses disciples de vivre mystiquement ce que signifiait le 1° Exode : Toute la célébration de la nuit Pascale est faite pour nous y engager.
§ 370. L’envoi en mission des apôtres : Mt 28,16-20
(Mt 28,16-20)
— À mettre en rapport avec les paragraphes correspondants de Lc et Jn § 366 et 367), et Mc 16,15-18 § 376 , même si le cadre en est différent. Pour l'essentiel, on retrouve : apparition aux Onze, reconnaissance du Christ, mission catholique d'évangélisation et de sacramentalisation, garantie éternelle.
Mt 28,16 // Ex 24,9 — La Galilée... rendez-vous : Cf. § 359 — Mt 28,7*. Sur la montagne : Sans précision, de sorte qu'elle garde valeur symbolique, associant le Mont des Béatitudes (Mt 5-7), Le Thabor (Mt 17), et sans doute plus fondamentalement le Sinaï (// Ex 24,9) ou le Temple et le Mont Sion (Ps 68,17 Ps 125,1-2), ou « les monts d'où viendra mon secours » (Ps 121,1), ou enfin le Mont des Oliviers de la dernière réunion et de l'Ascension (Ac 1,12).
Mt 28,17) — Ils le virent et se prosternèrent : Toujours le couple < voir-croire >, puisque cette prosternation est un geste d'adoration; mais aussi peut-être ici, de supplication ou de contrition, comme semblerait l'indiquer la remarque annexe : eux qui avaient douté.
C'est la traduction classique, et seule logique. Elle a été contestée pour raison de grammaire (BJ et Tob: « mais quelques-uns eurent des doutes ». Ou bien même w. grundmann : « les disciples sont partagés entre la foi et le doute »). x. LÉON-DUFOUR, utilisant la grammaire « ordinaire » de Ragon, et l'avis d'A. Pelletier, ose enfin « affronter les sourires sceptiques » de ses pairs, et penser que « s'impose » la traduction : « eux qui avaient [auparavant] douté » (dans Mél. J. Dupont, p. 195-197). Le verbe indique d'ailleurs davantage l'hésitation que le doute intellectuel : c'est le reproche fait par Jésus à Pierre qui, s'étant lancé sur les eaux à la rencontre du Christ, a pris peur § 152 — Mt 14,31). A son habitude, Mc aggrave ce grief en incrédulité et dureté de coeur § 376 — Mc 16,14*).
Mt 28,18-20) — La mission proprement dite (v. 19-20 a) se trouve encadrée par deux Paroles solennelles de « Toute-Puissance » (v. 18) et de Présence (éternelle) pour toute la suite des temps. En cette souveraine assurance, est perceptible le ton même de Dieu « éternel et tout-puissant ».
Mt 28,18 // 2Ch 36,22-23 — Le rapprochement fait par b.J. malina (dans nts 1970-71, p. 87-103) joue non seulement par la structure — autorité, mission, garantie du « Dieu-avec-nous » — mais aussi par la situation, puisque ce sont aussi les derniers versets du 2° Livre des Chroniques, ouvrant ainsi, comme l'Évangile de Matthieu, sur l'à-venir.
Toute-Puissance: La Puissance est un nom de Dieu, notamment dans la déclaration du Christ devant le Sanhédrin : « Vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite de la Puissance » § 342 — Mt 26,64 // Da 7,14). Jésus avait témoigné dès sa vie publique § 40 — Mc 2,10*) de ce < Pouvoir >* divin (< Exousia >*), qui lui revenait de droit comme Verbe incarné. Mais à présent « toute puissance » est donnée (passivum divinum, sous-entendant : par le Père) à son humanité glorifiée elle-même, sans limite (toute puissance), dans le ciel comme sur terre (et aux Enfers, ajoute Ph 2,9-11, en // au § 168 . Les Onze voient Jésus « né de la descendance de David selon la chair, établi Fils de Dieu en toute puissance, selon l'Esprit de sainteté par sa résurrection des morts » (Rm 1,3-4, en // à Lc 1,32, qui se trouve donc ici accompli).
Athanase : Traité sur < Tout m'a été donné par mon Père > (Mt 11,27 — PG 25,212) : Ces mots concordent avec ce qui est dit en Saint-Jean: « Le Père aime le Fils et Il a tout donné en sa main » (Jn 3,35). Il Lui a tout donné pour que, de même que tout a été fait par Lui, tout put aussi être renouvelé en Lui. Non pour que de pauvre Il devienne riche, ni que, faible, Il reçoive la Puissance : à Dieu ne plaise ! Mais pour que, Sauveur, il restaure toutes choses, en Lui.
Mt 28,19-20 a // 2Ch 36,22-23 Jr 1,7-8 Ez 2,3 Ag 1,13-14 Ps 22,28-29 Ps 111,6 Ps 67,6-7 — Allez : C'est l'envoi. Mission triple : « Enseigner, baptiser, garder les commandements ». Enseignez : Le verbe grec dit bien qu'il ne s'agit pas simplement d'un enseignement intellectuel, mais de « faire des disciples »*, c'est-à-dire des chrétiens qui entreprennent à la suite de leur Maître, l'apprentissage de « la Voie » § 364 — Lc 24,15*).
toutes les nations (// Lc 24,47) : Universalisme spécialement marqué dans Saint-Matthieu : (cf. § 84 — Mt 8,11* ; § 307 — Mt 25,32*). Durant ses années de vie publique, Jésus s'en était volontairement tenu à Israël § 99 et 156) — Mt 10,5-6.23; 15,24). Le temps est arrivé de l'Évangélisation mondiale, proposant le salut « jusqu'aux extrémités des îles » : Is 42,4-6.10; 49,6 etc... Le miracle est que cette mission < catholique >, confiée à une poignée d'humbles gens, se soit réalisée, envers et contre tout...
Baptisez-les : Par-delà la matérialité du rite, doit s'entendre de l'entrée en Alliance — dont le signe était, dans l'A.T., la circoncision (Gn 17 — BC I*, p. 101-102). Désormais, ce sera « le baptême dans l'eau et dans l'Esprit», annoncé au § 78 — Jn 3,5*. Le passage de la mer le préfigurait aussi (Ex 14-15 — Bc I*, p. 228-231; cf. 1Co 10,1-5, en // à BC I / Jw).
au nom de: L'Alliance avec Dieu est intérieure, donc s'imprime dans notre être — 2Co 1,22 ou Ep 1,13 et 4,30 disent que l'Esprit Saint nous marque de son sceau — d'où le < nom nouveau > que reçoit le circoncis ou le baptisé (Gn 17 — BC I*, p. 100-101). Un nom personnel, mais aussi un nom de famille : < chrétien > puisque frère du Christ; < enfant de Dieu >, puisque fils.
du Père, du Fils et du Saint-Esprit: C'est l'énoncé le plus achevé du mystère de l'Unité (« au nom de » est au singulier) et de la Trinité dans l'égalité, des Personnes divines (marquée par l'énumération linéaire du « et... et... » en ex aequo). Mais durant toute sa vie terrestre, Jésus a révélé en acte sa vie trinitaire*, toute polarisée « vers le Père... Moi en Toi et Toi en Moi ». Cf. par exemple : § 1 — Jn 1, 1 b-c*; § 24 — Mt 3,17*; § 110 — Mt 11,25*; § 260 — Jn 8,13-18* et 29-30* (Dom Guillerand). «O Trinité sans division, ô Unité sans confusion, ô Lumière en trois Personnes : Père, Fils et Esprit... » (Syméon le Nouveau Théologien II, 129).
garder tout ce que je vous ai commandé : Après la doctrine et la source sacramentelle, la pratique. Mt rejoint Saint-Jean: « garder mes commandements » ou « ma Parole » § 327 — Jn 14,15*), mais aussi le Discours inaugural — il a lieu également « sur la montagne » — qui insistait sur la nécessité de traduire en actes notre adhésion à l'intégralité de la Loi (Mt 5,17-19 Mt 7,13-27).
Mt 28,20 b // Is 43,5-7 Ex 3,12 Ex 33,15-16 Gn 39,2 — Avec vous : Garantie de toute vocation (cf. les //), et privilège du disciple*. C'est le nom même de Jésus : < Emmanuel >, < Dieu-avec-nous > § 17 — Mt 1,23*). Mais la réciproque n'est pas moins souhaitable : < nous-avec-Lui > (cf. § 337 — Mt 26,37-38*). Ainsi l'Alliance avec Abraham s'était ouverte sur l’assurance : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17,1); ainsi Joseph en Egypte (comme l'Eglise est dans le monde). Mais c'est mieux encore l'accompagnement de Moïse et d'Israël par Yahvé, durant l'Exode, qui préfigure celui du Christ à son Eglise, dans la Nouvelle Alliance (// Ex 3 et 33).
Jérôme : Sur Mt IV,28 (PL 26,218) : En promettant qu'il est avec ses disciples jusqu'à la consommation des siècles, le Christ promet à la fois qu'ils seront toujours victorieux, et que Lui-même ne délaissera jamais ceux qui croient en Lui.
Plus fondamentalement, « le Christ parle ici à ses fidèles comme à un seul corps, et même pas seulement aux Apôtres, car les Apôtres ne demeureraient pas jusqu'à la consommation des siècles. » Cette solennelle Promesse vaut donc pour l'Église constituée dans sa hiérarchie... « Mieux encore que les prophètes antiques, envoyés au seul peuple d'Israël, et qui se récusèrent souvent, les Apôtres ne répliquèrent rien, alors que le Christ les envoyait dans le monde entier, se fondant sur sa Parole que, dans les circonstances difficiles même. Il serait avec V Eglise pour rendre tout facile » (d'après jean damascène : Fragmenta in Mt; PG 96,1411). En particulier, cette divine assistance est la source de son infaillibilité « lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs » (1° Concile du Vatican, du 1839 ou fc 484) — Sur l'ensemble de la question, voir « Catholicisme » v, 1549-1571).
D'une si constante — « tous les jours » — intime et active Présence, Jésus avait indiqué le répondant: c'est le Paraclet, envoyé par Lui-même et le Père « pour qu'il reste avec vous éternellement, auprès de vous et en vous » § 327 — Jn 14,16-17* ; cf. Jn 16,7-11). Mt et Jn se rejoignent donc, pour définir le mystère de l'Église qui est, comme le Christ lui-même, Verbe incarné, à la fois humaine (en ses pasteurs comme en ses membres) et divine (en son Chef et en son Inspirateur). Cesserait donc montrer qu'on n'y a rien compris que d'opposer comme on le fait l'Église < juridique > ou < l'institution > à une < Communion >, hors-cadre parce que toute spirituelle : « Il ne peut y avoir aucune opposition, aucun désaccord réels entre la mission dite invisible du Saint-Esprit et la fonction juridique, reçue du Christ, des Pasteurs et des Docteurs ; car — comme en nous le corps et l'âme — elles se complètent et s'achèvent mutuellement, elles proviennent d'un seul et même Sauveur, qui n'a pas seulement dit en insufflant l'Esprit : < Recevez le Saint-Esprit >, mais qui a encore ordonné hautement et clairement: < Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie > et < Qui vous écoute, m'écoute > » (Pie XII : Enc. Mystici Corporis, fin de la 1° Partie).
jusqu'à la consommation des siècles: Ainsi, loin de clore une histoire passée, cette finale en point d'orgue de Saint-Matthieu — non moins que celles de Mc 16,20, Lc 24,47-49.53*, et Jn 21,19.23.25* — s'ouvre sur le temps de l'Église, lui-même ouvrant sur l'Éternité.
§ 371-373. L’apparition au bord du lac: Jn 21,1-23
(Jn 21,1-23)
— Après la finale explicite de Jn 20,30-31, le ch. 21 risque d'être tenu pour un simple appendice. Pourtant, d'une part l'analyse serrée du vocabulaire, du style et de la pensée, témoigne d'une telle imbrication d'éléments « qui ne peuvent provenir que de Jean », et d'autres « qu'on ne peut raisonnablement (?) lui attribuer » que, si le < texte > qui en résulte n'est pas de Jn lui-même, il doit être « d'un disciple même de saint Jean, habitué de longue date à l'entendre raconter ses souvenirs, tout pénétré par là de son enseignement et même, dans une certaine mesure, de son style, qui aura mis par écrit un récit entendu de la bouche même de son maître » (M.E. Boismard, dans RB 1947, p. 473-501) ; E. Delebecque tient même que les v. 1-23 seraient « de la main de Jn » (« Biblica » 1986, p. 335). D'autre part et surtout, ce ch. 21 n'est pas moins capital que le reste du IV° Évangile, puisqu'on y voit confirmer non seulement la Résurrection du Christ, mais la fécondité promise à son Église, la primauté de Pierre, et la perspective eschatologique dont le mystère doit éclairer notre marche sur la terre.
§ 371. La nouvelle pêche miraculeuse : Jn 21,1-14
(Jn 21,1-14)
— C'est d'abord une nouvelle apparition de reconnaissance, comme l'affirme triplement le 1° verset (par 2 fois) et le dernier : « Jésus se manifesta ». Le montre aussi tout le développement intermédiaire, où l'on va, sinon de la non-espérance (v. 2-3*) en tout cas du non-savoir (v. 4), au réconfort et à la fécondité d'une certitude intime que « c'est le Seigneur » (v. 7 et 12b).
Jn 21,2-3a — Simon-Pierre, Thomas, Nathanaël, Jacques et Jean + deux disciples = 7, dont seulement 5 des Onze, mais nommés comme par le témoin — Jn naturellement — d'une scène bien réelle. Le petit dialogue du v. 3 n'est pas moins réaliste. Serait-ce que, comme les disciples d'Emmaüs renonçant à tous les espoirs messianiques, ils retournent tranquillement à la pêche, comme si de rien n’était ? — Mais ce qui était possible pour Cléophas et son compagnon avant de savoir le Christ ressuscité, comment penser que ce le soit pour Pierre, après qu'il a reçu l'Esprit Saint pour la rémission des péchés, et pour Thomas, converti, « coeur brûlant » pour « mon Seigneur et mon Dieu » ? Comme le suppose Augustin (Sur Jn, Tr. 122), ne serait-ce plutôt une confirmation que les Apôtres peuvent bien pourvoir eux-mêmes à leur subsistance par tout métier honnête, comme saint Paul en donne lui-même l'exemple (2Th 3,8-9) ? Ce n'est pas pour autant « regarder en arrière après avoir mis la main à la charrue » § 184 — Lc 9,62). Mais surtout, il est clair que si le IV° Évangile prend soin de nous rapporter avec plus de détails qu'aucune autre cette « 3° apparition » (v. 14), ce doit être parce qu'il y voit un dernier < signe >, mémorable et digne de foi :
Jn 21,3b-l 1) — Cette nuit-là, ils ne prirent rien : Le parallélisme de cette pêche avec celle que raconte Saint-Luc, dans les premiers temps de la vocation des Apôtres, s'impose (cf. § 38 — Lc 5,1-11). On a beaucoup discuté de sa réalité historique. P. Benoît reconnaît honnêtement qu'il y a des arguments pour les 3 solutions possibles : « un fait peut évidemment se renouveler », ou bien il n'y aurait eu qu'une seule pêche miraculeuse, soit que Saint-Luc l'anticipe, soit que Saint-Jean au contraire l'ait reculée jusqu'après la Résurrection. « Il est très difficile de prendre parti » (Passion et Résurrection, p. 342-343). Mais en tout état de cause, la comparaison de l'une à l'autre leur donne un sens complémentaire, dont nous avons à tirer parti. C'est un exemple-type du < symbole >* qui, par le rapprochement d'éléments disjoints mais réadaptables entre eux, reprend toute sa signification. En Lc 5 tout comme en Jn 21, après une nuit sans rien prendre, la présence du Christ amène dans les filets une prise surabondante (messianique). Mais à la 1° pêche miraculeuse, Jésus est dans la barque, les filets tendent à se rompre, et l'on se hâte de recueillir les poissons dans les barques, même au risque de les couler. Dans la 2° pêche, Jésus est cette fois sur le rivage; il est bien -v spécifié que les filets devront être jetés « à droite » (v. 6), et qu’ils ne se déchirèrent pas » (v. 11), malgré un nombre de poissons également surabondant, mais cette fois bien déterminé : 153, et de taille, si bien que Pierre tire jusqu'à terre le filet (v. 11).
« Il y a là un grand mystère (< Sacramentum >) », commente Augustin, § orfèvre en ce domaine. L'interprétation vient d'ailleurs de l'Évangile même : f « Le Royaume des cieux est semblable à un filet... On le tire sur le rivage et l'on î trie bons et mauvais poissons. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde... » § 138 — Mt 13,47-50). Or la pêche miraculeuse d'après la Résurrection aboutit elle aussi i à la terre ferme de l'éternel, où Jésus nous a « précédés » : c'est la pêche du Juge- > ment définitif, où le Christ enjoint à ses Apôtres de jeter le filet « sur la droite de la barque » de l'Église, pour ne recueillir que les Élus (Mt 25,33). Par contre, dans la 1° pêche miraculeuse, celle de Lc 5, figure de la fécondité de la mission ; apostolique au cours des temps, Jésus est « dans la barque », « avec vous » comme Il vient de le promettre en Mt 28,20; et Il la mène « en eau profonde ».
Récoltant de toutes parts les poissons, bons ou mauvais — comme elle ne sépare 781 pas encore le bon grain de l'ivraie — l'Église voit ses filets risquer de se rompre, par les schismes qui la déchirent. Et sous le poids du tout-venant (puisque, semblables à leur Maître, papes ou évêques hésitent à « éteindre la mèche qui fume encore », et supportent les mauvais chrétiens), la barque paraît souvent prête à couler (Sur Jn, Tr. 122,6-7).
filet plein de grands poissons : 153 // 2Ch 2,16-17 2Ch 3,1, On s'accorde à penser qu'un nombre si particulier ne doit pas être sans signification, comme le nombre des Apôtres et disciples qui est de 7, symbole de totalité. 153 est la somme des 17 premiers nombres : 1 + 2 + 3 + 4 ... 17 quel en est le sens ? D'après Jérôme ce serait le nombre, reçu à l'époque, des différentes espèces de poissons, si bien que dans le filet se trouverait rassemblée la catholicité des hommes (pour des raisons purement mathématiques, X. Léon-Dufour y voit la même signification : Résurrection et Message, note de la p. 221-222). D'après Augustin 17 est la somme de 10, chiffre du < décalogue > donc de la Loi, et de 7, nombre traditionnel des dons de l'Esprit ce qui est aussi intéressant, car seraient ainsi réunis dans le filet à la fois Juifs et païens ; et cela correspondrait peut-être à la double multiplication des pains, dont la 1° est de 5 pains pour 5000 hommes, alors que la 2°, qui est de 7 pains pour 4000 hommes, semble symboliser plutôt « toutes les nations » (cf. § 159 *) — le rapprochement semble d'autant plus indiqué que la suite nous référera encore à cette multiplication des pains (cf. v. 12-13*). Dans le même sens, il est au moins curieux que le nombre des étrangers en Israël recensés par Salomon soit du chiffre apparenté de 153 600, ces étrangers font penser aux païens greffés sur le vieux tronc d'Israël (Rm 11,16-24). Est-ce trop subtil ? Mais on admet bien le symbolisme des 40 jours ou années de désert, et des 50 de la Pentecôte (qui sont 40 + 10, ou 7 x 7 + 1). Et justement ici, dit encore Augustin 153 est 50, doublement placé sous le chiffre 3, par la multiplication (= 150) et par addition (150 + 3 = 153). On a cherché aussi à expliquer 153 par la < gématrie > (= interprétation arithmétique des mots : chaque lettre de l'alphabet grec ou hébreu ayant valeur chiffrée, tout mot peut être désigné par la somme de ses lettres). Ainsi, 153 pourrait être le < chiffre > de < l'Église de l'Agapè > (H. Kruse: vd 1960, p. 129-148).
Ne méprisons pas trop vite ces spéculations : Dieu n'est pas seulement le créateur de la nature, et la providence qui rectifie l'histoire des hommes : Il est aussi savant géomètre, et les sciences contemporaines montrent comment, à l'origine de toutes choses, il y a une organisation mathématique, au moins jusqu'à l'émergence du cerveau et de la liberté humaine... Mais le symbolisme des poissons doit être également remarqué :
// Ez 47,1-2 — L'image des eaux vivifiantes a bien été reprise par Jn, non seulement à la fin de l'Apocalypse, ch. 22,1-2, directement // à Ez 47, mais aussi dans son Évangile : 7,37-39* et 19,34*. Or ces eaux sont non seulement nourricières pour les arbres qui poussent sur ses rives (Ez 47,12 // Ap 22,2), mais poissonneuses (Ez 47,9-10). « Ainsi le poisson est la marque que l'eau est vivante. Le chapitre d'Ezechiel paraît bien l'origine du symbolisme du poisson dans le christianisme primitif. Il avait tout son sens pour les Juifs qui connaissaient une mer sans poissons, la Mer Morte. On a interprété ce symbolisme en milieu grec, en faisant de < Ichthus > l'anagramme de < lèsous Christos Théou Uios Sôtèr >. Mais cette interprétation est secondaire. Le symbolisme du poisson vient du milieu juif ... » (J. Daniélou, dans St. Év. II, 1964, p. 162-163). Jn l'utilise pour donner à cette pêche miraculeuse valeur de signe : avant qu'apparaisse Jésus ressuscité, c'est la nuit, et la mer semble sans poissons ; mais avec le matin, Jésus étant sur le rivage (de l'éternité), la mer se peuple de poissons, que le filet des Apôtres peut réunir en < Église de l'Agapè >, et amener jusqu'en cette éternité...
Jn 21,5.9.12-13) — Cependant le poisson a, dans cette scène, un autre rôle : celui d'être « à manger » (v. 5), tellement qu'il y a un poisson déjà sur les braises (v. 9), avant même que les 153 n'aient été tirés du filet (v. 10-11). Et tout se termine sur l'invitation à manger. Non qu'il s'agisse, comme en Lc 24,41-43*, d'apporter une nouvelle preuve de la résurrection corporelle de Jésus, puisqu'il n'est même pas dit expressément que Celui-ci prenne lui-même de ce poisson : c'est plutôt le thème du repas*, avec rappel moins de la Cène que de la multiplication des pains : menu semblable, pain et poisson, que Jésus donne aux disciples, pour qu'ils les servent à la foule § 151 — Mc 6,41). Mais bien entendu, ce repas ne peut évoquer la multiplication des pains sans qu'il prenne un sens général < eucharistique >.
Jn 21,7.12b — Chemin faisant, discrètement, Saint-Jean laisse entrevoir le coeur de ceux qui sont en scène. Au v. 5, « Enfants » est une appellation très générale mais qui, venant de Celui qui est encore un inconnu pour les Apôtres, prend une résonance plus paternelle. Au v. 7, on retrouve l'intuition aimante de Jean, et sa promptitude (cf. § 360 , ainsi que la spontanéité sans réserve de Pierre § 152 et 165) — Mt 14,28-31 ; 16,16* etc...). Au v. 12, « aucun n'osait lui demander... » : Respect, discrétion, communion sans paroles, joie émerveillée, devant la certitude à laquelle toute la scène doit nous conduire, nous aussi : « C'est le Seigneur ! » (v. 7 et 12).
§ 372. La confirmation de pierre : Jn 21,15-19
(Jn 21,15-19)
— La primauté générale de Pierre a été instituée lors de la confession de Césarée § 165 — Mt 16,17-19*). La charge de « confirmer ses frères » lui a donné aussi primauté et autorité sur les autres Apôtres § 323 — Lc 22,31-32*). Mais le Christ avait alors précisé : « quand tu seras revenu, confirme tes frères ». Ce verbe « revenir » étant celui de la < conversion >, c'était une première prédiction, encore implicite, du reniement. Pierre en est < revenu > presque aussitôt par ses larmes de repentir § 340 — Lc 22,62*). Mais après la contrition, cette faute publique demandait une < confession > et réparation au vu et au su des autres Apôtres :
Jn 21,15- 17 : Le // Ct 7,11 donne le ton de cette confession : entre Jésus et Pierre, c'est une affaire d'amour, et plus précisément de vérité dans l'amour. On ne pourrait imaginer de façon plus délicate pour le Christ de référer au reniement, sans le nommer, juste pour l’effacer : modèle laissé aux prêtres qui, par la suite, auront à aider les pénitents à se confesser; ne bénéficiant pas de la clairvoyance de Celui qu'ils représentent, comme ils doivent être prudents et attentifs à ne pas blesser...
« M'aimes-tu... ? » : En grec, il y a successivement les deux verbes de l’amour : < Agapein > et < Philein >. Les deux premières fois, Jésus emploie le premier verbe, et Pierre répond par le second. La troisième fois, c'est le seul verbe < Philein > qui se trouve répété par 3 fois (v. 17). Dans un Evangile aussi strictement composé, il est probable que ce n'est pas sans signification. Mais à notre connaissance, nul ne l'a jusqu'ici expliqué de façon probante. On peut au moins retenir que les deux premières fois, Jésus emploie le mot qui désigne l'amour proprement divin d'Agapè, et ne pose la question < phileis me > qu'à la 3° reprise, rejoignant ainsi la réponse à laquelle Pierre s'est tenu dès l'origine : < philô se >, je t'aime. Mais en tous cas, la question était une épreuve. Car en demandant : « M'aimes-tu plus que ceux-ci », Jésus donnait à Pierre l'occasion de montrer qu'il était guéri de sa propension à se mettre au-dessus des autres : « Quand même tous seraient scandalisés, pas moi ! » § 336 — Mc 14,29).
« Seigneur, tu sais...» : Pierre a donc bien tiré la leçon de son (momentané) reniement. Il n'affirme plus de lui-même, préférant s'en remettre au jugement de son Maître — mais en commençant par un « Oui » témoignant que son amour ne lui fait pas de doute pour autant. C'est la conscience intime qu'exprime Jeanne d'Arc en sa célèbre réponse : « Si je n'y suis Dieu m'y mette, si j'y suis Dieu m'y tienne ; et je serais la plus dolente au monde si je croyais n'être point en la grâce de Dieu ». De la charité comme de Dieu, nous n'avons pas de certitude directe, ni sensible, ni psychologique, ni intellectuelle; mais nous en sommes d'autant plus sûrs par la foi et l'espérance, fondées en Celui à qui nous faisons plus confiance qu'à nous-même: « Toi, tu sais! »
La troisième fois, Pierre fut attristé : C'est donc effectivement par la triple reprise que l'allusion à Gethsémani devient claire. En même temps, elle montre que la réparation demande à être proportionnée, de sorte qu'à la triple défaillance répondent trois actes d'amour.
« Pais mes agneaux... Pais mes brebis (bis) : Jn 20,21-22 avaient défini la mission apostolique, prolongement de celle du Christ, sous l'influx du même Esprit d'amour. Ce que Jn 21,15-25 y ajoute, ce sont les liens étroits que doivent garder ses envoyés avec Jésus lui-même : dans son Église, la fonction pastorale doit être le fruit de l'amour du Maître.
// 2S 12,7-8 2S 12,13 2S 5,1 Ps 78,70-72 — David, pécheur, provoqué lui aussi par le prophète Natân à la < confession >, lui aussi délégué à être < pasteur d'hommes >, rappelle que le vrai Pasteur d'Israël, c'est Yahvé lui-même, dont le premier Envoyé est évidemment < le fils de David > : comparer // 2S 5,1 « Toi, David, qui faisais sortir et rentrer Israël », et Ps 78,72, avec Jn 10,3-4 « Quand Il les a fait sortir, Il marche devant elles » § 263 .
Jn 21,18-19 // Ac 21,11-12 — C'est d'abord le martyre de Pierre qui est expressément annoncé. Tu étendras les mains ferait même peut-être allusion à sa crucifixion. En tous cas, cette mort prend valeur glorifiante* pour Dieu, à l'image de celle du Christ § 309 — Jn 12,23-32*) : cas limite d'une assimilation qui doit jouer dans la vie entière de l'apôtre-pasteur.
« Viens avec moi » : < Suivre > le Maître, ou < l'accompagner > sont en effet les deux verbes caractéristiques du disciple*. C'est le second qui se trouve répété ici aux v. 19 et 22, rejoignant Mt 16,24 (« qu'il porte sa croix et vienne avec moi »), et 28,20* (la constance de la < Concordantia discordantium > est encore plus impressionnante dans ces paragraphes sur la Résurrection). Mais on doit surtout comprendre que c'est dans leur charge pastorale même que les successeurs du Christ auront « les mains liées », pour la mener non pas en tous sens, au gré de leurs caprices ou de leurs intérêts, mais « en devenant les modèles du troupeau » (1P 5,1-4, en // au § 263 qui doit tout entier suivre le Christ en ses pasteurs.
§ 373 et 375. La destinée de Pierre et de Jean : Jn 21,20-25
(Jn 21,20-25)
— I. de la Potterie a montré, par l'analyse de la structure, les correspondances et par conséquent la profonde unité de ces 6 versets, dont les 2 derniers éclairent le sens de l'épisode relaté aux v. 20-23 et qui, à lui seul, resterait bien anecdotique, surtout pour une finale (« Biblica » 1986, p. 343-359). Complémentairement à la vocation de Pierre, c'est de celle de Jean qu'il s'agit, sous son titre de « disciple » (3 fois) ou de pronoms s'y rapportant (6 fois).
Pierre se retournant, voit... (v. 20)... En le voyant, il dit (v. 21) : On peut reconnaître en cette formule introductrice le < schème de révélation >* (cf. § 354
— Jn 19,26*): c'est nous prévenir que la définition du « disciple que Jésus aimait » comme étant « celui qui reposa sur la poitrine du Maître » (référant bien entendu à Jn 13,23-25), est ici donnée comme un titre révélateur. La Tradition l'avait d'ailleurs bien compris : se basant sur Jn 7,37-39 et « les fleuves d'eau-vive, symbole du Saint-Esprit, qui doivent « couler de son sein », on expliqua la profondeur contemplative du IV° Évangile par cette source du Coeur de Jésus, où Jean avait pu puiser en reposant sur la poitrine du Christ (cf. § 317 , et k. Rahner: zkt 1931, p. 103-108). C'est à ce titre, et à l'attitude spirituelle dont il est l'image, que les v. 22-23 puis 24-25 donnent valeur typique, en rapport avec la vocation de Pierre, définie aux versets précédents § 372 .
Jn 21,21-22) — « Et celui-ci? Vient-il ? » : Litt. « Mais celui-ci, quoi ? » BJ : « Seigneur, et lui ? » — Cependant, pour imprécise que soit la question, elle doit correspondre au « Viens avec moi » du v. 19; d'où notre traduction, Tob accentue en interprétant : « Que lui arrivera-t-il ? ».
— « Si je veux... » : Réponse dilatoire, comme cette autre fois où la mère de Jacques et de Jean voulait influer sur la destinée de ses fils : — «11 appartient au Père d'en décider » § 254 — Mt 20,23). Toutefois, Jésus laisse apparaître deux indications positives. D'abord, Il caractérise la vocation de Jean comme consistant à « demeurer »*. Mot capital, remarque I. de la Potterie, qui se trouve dès la première approche de Jésus par André et par « l'autre disciple » : « Ils demeurèrent auprès de Lui ce jour-là » § 25 — Jn 1,38-39*). Il définit surtout l'union intime des disciples, soit avec le Maître § 327 — Jn 14,25), soit avec le Paraclet qui ne demeurera pas seulement auprès d'eux mais en eux (Jn 14,17*). Jean, à l'écoute du coeur de Jésus, est « modèle et symbole du parfait disciple » qui, à force de demeurer au coeur à coeur avec son Maître, entre dans son intimité au point de demeurer en Lui, et Lui en son disciple » (Jn 15,4). Peut-être même serait-ce pour quoi la Vulgate, au lieu de traduire simplement : « Si je veux... », écrit : « Sic eum volo manere », Je veux qu'il demeure ainsi, dans cette position, dans cette profonde communion contemplative.
De soi, la réponse du Christ paraît dubitative : « Si je veux... ». Mais veut-il ? — Or, en réalité, c'est une approbation, puisqu'à la question de Pierre : « Et lui ? », ou plus précisément : « Vient-il aussi ? », Jésus répond pratiquement : « Laisse-le ». En somme, c'est la même réaction qu'avec Marthe : Marie est « assise à ses pieds, écoutant la Parole », comme Jean, appuyé sur sa poitrine, « demeurait en sa Parole et en son Amour » (Jn 8,31 Jn 15,9); l'une et l'autre ont « la meilleure part, qui ne leur sera pas enlevée » § 192 .
Mais en outre, le Christ ajoute : « Si je veux... jusqu'à ce que je vienne » : ce qui ouvre une perspective eschatologique. Elle ne doit certainement pas être prise matériellement, comme un délai de durée définie, et encore moins, relativement proche, car une telle interprétation se trouve précisément démentie au v. 23. Celle-ci, au surplus, aurait le tort de prendre « demeurer » au sens de : < sur la terre >, alors que comme nous l'avons vu, il s'agit plutôt pour Jean de demeurer à l'écoute. Mais à elle seule, la réponse du Christ revenait à dire que cette vocation contemplative n'était pas limitée dans le temps, et pouvait se maintenir jusqu'à la Parousie, ou même au-delà, dans l'éternité où l'écoute de la foi s'épanouira en vision béatifiante.
Par conséquent, plutôt qu'une simple hyperbole — « demeurer jusqu'à ce que je vienne » signifiant : indéfiniment — c'est plutôt une dimension nouvelle, sur laquelle s'ouvre, à chaque instant, la vie chrétienne. Car, tout en restant sur terre, donc dans le flux du temps, elle est déjà, par sa source et son aboutissement, reliée à l'Éternel. N'est-ce pas ainsi que nous-mêmes avons à communier au Corps et au Sang du Christ, dans l'Eucharistie, « annonçant sa mort jusqu'à ce qu'il vienne » (1Co 11,26) ?
// Ps 54,6 Is 62,11-12 So 1,14 Ap 22,17 — Sans s'appliquer directement au présent paragraphe, ces parallèles sont dans le même ton d'attente eschatologique — qui aurait à vivifier notre espérance !
— « Quel rapport avec toi ? » : Litt. « Quoi pour toi ? » On traduit d’ordinaire : « Que t'importe ! » Mais il faut tenir compte du contexte : d'une part, Pierre avait posé la question : « Vient-il ? », c'est-à-dire : doit-il aller comme moi avec Toi, paissant agneaux et brebis, fût-ce au risque du martyre ? Et d'autre part, ce qu'il y avait de positif dans la réponse du Christ laissait place à une autre façon de « demeurer avec Lui », et mieux : en Lui. C'est donc sur la différence entre les deux Voies possibles que porte ici l'affirmation du Christ. En une page célèbre (reprise dans le nouveau bréviaire : lj, p. 475-76), par où il conclut ses 124 traités sur Saint-Jean, Augustin commente :
L'Église connaît deux genres de vie qui lui ont été révélés et recommandés par Dieu. L'une de ces vies est dans la foi, l'autre dans la vision ; l'une pour le temps du voyage, l'autre pour la demeure d'éternité ; l'une dans le labeur, l'autre dans le Repos ; l'une sur la route, l'autre dans la Patrie ; l'une dans le travail de l'action, l'autre dans la récompense de la contemplation. La première est symbolisée par l'Apôtre Pierre, la seconde par Jean... Suivre le Christ en allant jusqu'à la mort, c'est la plénitude de la patience ; demeurer jusqu à ce que le Christ vienne, c'est la plénitude de la science qui doit le faire connaître... Cependant, que nul ne sépare ces glorieux Apôtres. Tous deux se rejoignaient dans ce que Pierre symbolisait ; et en ce que Jean symbolisait, tous deux se rejoindraient plus tard... Ce n'est donc pas Pierre seul mais toute l'Église qui lie et délie les péchés ; et ce n est pas Jean seul qui boit à la source qu’est la poitrine du Seigneur. Il a révélé sa contemplation dans l'Evangile, répandu par le Seigneur lui-même en tout l'univers, pour que chacun, suivant sa capacité, puisse y boire.
§ 375. Jn 21,24-25
Jn 21,24-25.
— La réponse du Christ au v. 22 était somme toute si définitive que Jean se borne à la répéter au v. 23b. Mais il en tire l'application pour nous, en ces deux derniers versets de son Évangile.
I. de la Potterie a montré (toujours dans « Biblica » 1986, p. 347-350 et 356-359) d'abord les liens entre cette finale et celle de Jn 20,30-31, comme avec les versets précédents (v. 21-23). En 20,30-31, c'était une rétrospective sur le rôle de l'Évangéliste qui, entre tant de < signes > non-écrits avait choisi de composer son Évangile « afin que vous croyiez... » § 369 *). Au ch. 21 « dont l'orientation est ecclésiale » — donc du stade suivant — on part cette fois du donné de l'Évangile (v. 24) — verbe au passé), visant le présent (où ce disciple lui-même témoigne) et l'avenir où, quoi qu'il arrive, le mystère de Jésus provoquera toujours la contemplation de l'Église, sans qu'elle s'épuise jamais.
Cette stricte cohérence des deux finales nous dispense d'entrer dans les discussions sur leur authenticité, ainsi que sur les additions et remaniements hypothétiques, si remarquables que soient en particulier les études de L. Vaganay et M.E. Boismard, dans RB 1936, p. 512-528, et 1947, p. 473-501 : quels qu'aient pu être les états antérieurs, dans sa forme définitive et canonique (c'est-à-dire: suivant laquelle tout cet Évangile, de A à Z est devenu pour les croyants Règle de foi), cette seconde finale fait corps avec tout le reste, pour nous encourager à en approfondir le sens inépuisable :
Jn 21,24) — Son témoignage* est vrai (Alèthès*) : Cf. Jn 1,7-8* ; § 150 — Jn 5,31-32*; et § 260 — Jn 8,13.14.17 (où < Alèthès > est traduit : digne de foi). D'après I. de la Potterie, « l'emploi d'Alèthès en 21,24 met en lumière la valeur de Révélation de ce témoignage, en // avec 20,31, et par conséquent dans le même but : « que vous croyiez... »
Jn 21,25 : rappelle, lui, Jn 20,30. Mais en outre, les versets 24-25 correspondent entre eux, et doublement: d'une part entre ce qui a été écrit et pourrait être écrit (bis); d'autre part entre le témoignage (bis), évidemment en rapport avec ce qui en est écrit, et qui reste en tout cas à comprendre. Comme entre 20,30-31 et 21,24-25 (Introd. à ce §), de 24 à 25 on passe du passé-présent (l'Évangile une fois écrit, le témoignage reste) à un futur éventuel, invitant à se mettre dès maintenant au travail.
L'hyperbole évidente du v.25 pourrait n'être lue, comme on le faisait depuis le XVI° siècle, qu'en un sens matériel, spatial : «... le monde entier ne pourrait contenir les livres... ». Mais à divers indices, I. de la Potterie montre que l'on peut aussi traduire, comme l'avaient fait d'anciens commentateurs jusqu'à Bonaventure (cité p. 344) : «... ne pourrait comprendre ce qui en aurait été écrit ». Ce qui signifie d'abord que, si précieux soit l'Évangile, il n'épuise pas la fonction de < témoignage > du Disciple : « elle va au-delà de l'écrit ». Pour en pénétrer la Révélation, qui dépasse toute < compréhension > humaine, l'attitude spirituelle du « disciple que Jésus aimait » doit devenir notre modèle. Comme lui, apprenons à « demeurer » à l'écoute du Coeur du Christ comme le Verbe lui-même était, et revient, incarné, « dans le sein du Père », où Il a appris tout ce qu'il est venu nous révéler (Jn 1,18* — Le rapprochement, génial, est d'Origène, art. cit. p. 359; cf. aussi la finale d'Augustin).
Le devoir sacré de la Tradition (// Dt 4,9 Dt 4,39 Dt 5,3-4) n'est pas seulement la transmission tout extériorisée d'un < Credo > : elle doit être d'abord une assimilation en chaîne : « Montrez-vous mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ... parfait imitateur du Père » (1Co 11,1 Jn 5,19 Col 1,15).
Ainsi le IV° Évangile s'était ouvert sur la Révélation de « Celui qui, se référant tout entier au sein du Père, l'a fait sortir de l'inconnaissable » (1,18); après qu'il sera retourné au sein du Père (Jn 20,17 Lc 2,49), « le disciple que Jésus aimait » vivra encore longtemps, « demeurant » dans ce coeur à coeur où l'Esprit Saint lui donne d'approfondir le Verbe. Au terme de son Évangile, il nous passe le flambeau pour qu'à notre tour nous demeurions en cet Amour (qui est le Saint-Esprit), qui nous fera demeurer en cette Parole inépuisable.
§ 374. L’ascension : Lc 24,50-53
(Lc 24,50-53)
— On a nié l'événement par suite de la difficile conciliation des documents les plus anciens entre eux. La plus manifeste de ces contradictions est entre les deux ou trois textes qui nous en parlent explicitement : Lc 24,50-51; Ac 1,3-11, enfin Mc 16,19; mais comme ce dernier se rapproche de Lc § 376 *), l'opposition se joue entre les deux premiers. Cependant, puisque ces deux versions proviennent du même auteur, il est à présumer que lui-même ne devait pas lire une contradiction qui annulerait son témoignage, en situant le départ du Christ expressément « 40 jours après la Résurrection » en Ac 1,3 et, semble-t-il au contraire, le soir même de Pâques en son Évangile (24,50*). Nous avons déjà fait allusion à cette difficulté § 359 -376, Introduction ; § 367 — Jn 20,22 in fine). Pour une étude plus générale de la question, cf. v. larranaga: LAscension de Notre-Seigneur dans le N.T.(Rome, 1938. Plus simplement, nous nous référerons ici à P. Benoît: L'Ascension, RB 1949, p. 161-203; résumé en: Passion et Résurrection, p. 386-87):
1. « Il n'y a rien [dans le récit de l'Ascension tel qu'en Ac 1,9-11] qui ne puisse être admis par quiconque ne rejette pas a priori la possibilité du surnaturel et du miracle » (p. 161). Ajoutons que Lucie témoigne avoir vu en 1917, lors des apparitions de Fatima, la Dame « s'élever doucement dans la direction du Levant jusqu'à disparaître dans l'immensité du ciel » (4° Mémoire — Lucie raconte Fatima, 4° Éd. DDB 1976, p. 180, 181, 183, 184). Certes, ce n'est pas « vérité; d'Évangile » (= de foi); mais pour ceux qui n'accordent pas la confiance de la; foi, et ne veulent juger que sur la science, il y a là un fait solidement attesté, que la critique la plus acharnée n'a pu ébranler (cf. C.J. Nesmy : La vérité de Fatima, 2° Éd. s.o.s. 1986, p. 155-172). Si cela peut être arrivé dans une apparition très secondaire, pourquoi pas lors de cette Ascension ?
2. « La Tradition est unanime à affirmer le triomphe céleste du Christ après sa Résurrection », mais le plus souvent de façon théologique, comme un mystère d'exaltation éternelle, où le Christ a donc pu entrer du fait même de cette résurrection, dès Pâques. Cela n'empêche pas Lc, et à sa suite les témoins qui parlent de l'Ascension en sa réalité historique, de la situer après un certain délai de temps : les 40 jours d'Ac 1,3 (p. 172-173).
3. Cette diversité s'explique par la complexité de l'événement. D'une part, la réalité essentielle de l'Ascension est l'accès de l'humanité du Christ, corps et âme, à l'exister divin, éternel, omniprésent, glorieux. Tout cela n'est perceptible qu'à la foi, non à la vue, et par conséquent « déborde l'histoire », au même sens que la Résurrection avec laquelle ce mystère d'exaltation est lié (cf. Introd. aux § 359 -376). Mais d'autre part, pour bien nous assurer de la réalité de ce mystère, Dieu a fait voir aux Apôtres ce qu'il pouvait avoir de sensible, à savoir le départ de la terre comme une < Ascension >, le ciel étant le symbole universel du monde de Dieu, y compris dans le judaïsme et le N.T.(« Notre Père qui es aux cieux... »). Sous cet aspect, l'Ascension est un fait suffisamment attesté pour être vraiment qualifié d'< historique >.
Il faut seulement se garder de ne retenir que ce point de vue, extérieur, anecdotique, et donc relativement secondaire, du < mystère > de foi qu'est avant tout la glorification* du Christ. Par opposition aux détails imaginés par les Apocryphes pour < raconter > l'Ascension, les témoignages du N.T.sont de la plus grande discrétion sur les modalités de l'événement, nous invitant à méditer plutôt ce que peut être la réalité céleste (éternelle, divine) où l'humanité ressuscitée de Jésus se trouve exaltée « à la droite du Père » § 376 *).
4. A l'essentiel du mystère, n'accède que notre foi — et notre espérance d'y prendre part... Comme d'habitude, cette foi a pourtant de quoi s'appuyer: a) sur « la constatation expérimentale du départ de Jésus vers les cieux », b) sur l'annonce qu'en avaient faite les Écritures (voir les //, ici et au § 376 — Mc 16,19*, notamment le // Ps 110*), c) et enfin sur la preuve « par le don merveilleux et sensible de l'Esprit », que le Christ avait promis « si je m'en vais... » § 331 — Jn 16,7; cf. P. Benoît, art. cit., p. 195).
Lc 24,50 — Puis : La particule grecque distingue l'Ascension de l'apparition au soir de Pâques § 365 -366), mais sans indiquer à proprement parler une succession temporelle entre les deux événements : ils sont d'un seul tenant, 40 jours se sont écoulés entre l'une et l'autre scène.
Il les conduisit vers Béthanie : Le village était situé derrière le Mont des Oliviers, par où il fallait donc passer en venant de Jérusalem. Topographiquement « vers Béthanie » de Lc 24,50 « se concilie sans la moindre peine avec l'Ascension depuis le Mont des Oliviers » d'Ac 1,12.
et levant les mains, Il les bénit // Si 50,20: Pour comprendre l'importance de cette solennelle bénédiction, confiée par Dieu à Aaron (Nb 6,22-27), se rappeler l'efficience religieuse de cet acte de < bénir > dans l'A.T. (cf. bc I*, p. 87-88 et Table, p. 377). Aussi, pour Jésus, « cette bénédiction conclut son oeuvre de salut » (A. George : Résurrection et Exégèse, p. 80), au point que Pierre, inspiré du Saint-Esprit, osera dire que « Dieu a ressuscité son Serviteur et l'a envoyé nous bénir, pour qu'en nous s'accomplisse la Promesse de bénédiction catholique faite à Abraham » (Ac 3,26 et 25, en // à Gn 12,2-3 en BC ilBe).
Lc 24,51) — Et il arriva : Désigne un < événement > dans sa réalité temporelle même. Pendant qu'il les bénissait : En soulignant la simultanéité, Lc lie cette bénédiction avec l'Ascension qui va l’éterniser : pour toujours, le Christ est notre intercesseur (He 7,25), obtenant et nous transmettant la Bénédiction du Père. Il se sépara d’eux : Si l'on admet que la glorification du Christ est acquise dès Pâques, l'Ascension est un changement non pas tant pour Jésus, désormais < éternisé >, que dans ses relations avec ses Apôtres : visiblement Il s'en sépare, pour être invisiblement, sacramentellement, « avec eux tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles » (Mt 28,20*).
Et Il était enlevé au ciel : Entre parenthèses, comme v. 52a, parce que non retenu dans l'édition critique de Nestlé. Mais J.M. Guillaume maintient ces deux phrases, et il rapproche à bon droit cette Ascension de l'annonce qu'en faisait implicitement Lc 9,51, quand Jésus « affermit sa face pour marcher vers Jérusalem, aux jours où Il devait être enlevé » § 183 *) : le verbe n'est pas le même en grec, il est vrai, mais se retrouve en Ac 1,2.11.22, pour désigner l'Ascension. Ainsi toute la montée à Jérusalem, la Passion et la Résurrection du Christ convergent à ce but, indiqué d'ailleurs dès Lc 2,49 (Lc interprète..., p. 224-227 et 206).
Lc 24,52-53 // Si 50,21-22 — S'étant prosternés devant Lui : Signe d'adoration, donc reconnaissance de la divinité du Christ; mais aussi, attitude normale pour recevoir la < bénédiction > de Dieu aux hommes (// Si 50,21). Y répond normalement la < bénédiction > des hommes à Dieu (Gn 14,19-20 — Bc I*, p. 93-94). Lc relève souvent cette louange à Dieu où passe l'enthousiasme de ceux qui ont été témoins des < merveilles de Dieu > § 217 — Lc 13,13*; cf. Lc 2,20). Ils revinrent à Jérusalem, comme les disciples d'Emmaüs (v. 33): c'est de là qu'une fois reçu l'Esprit, ils repartiront pour la Mission (v. 47 et 49). Dans une grande joie : La joie messianique annoncée par la naissance de Jean-Baptiste § 3 — Lc 1,14*) et de Jésus § 10 — Lc 2,10). Constamment dans le Temple : C'est ainsi que le m0 Evangile avait commencé, par l'apparition de l'Ange à Zacharie, dans le Temple § 3 — Lc 1,9). Ces rapprochements entre le début et la fin ne doivent pas être sans intention (J.M. Guillaume, p. 206-207) : par cette inclusion, l'Évangéliste met toute la Bonne Nouvelle sous le signe de la Joie, du Retour au Père, dès maintenant dans le Temple de la prière. Mais il ne faut pas moins noter que cette finale de Lc, loin de marquer un terme à l'espérance messianique, ainsi que le déploraient les disciples d'Emmaüs (Lc 24,21), ouvre au contraire sur « le temps de l'Eglise ». Elle n'annonce pas seulement les Actes des Apôtres, mais concorde avec les finales, si différentes, de Mt § 370 ), de Jn § 375 *), et enfin de Mc § 376 — Mc 16,20*).
§ 375. Voir, avant le § 374 , § 373 -375.
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