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§ 262. L’aveugle-né: Jn 9, 1-41
(Jn 9,1-41)
— Assez parallèle au ch. 5: guérisons toutes deux en rapport avec une piscine (Béthesda et Siloé), toutes deux durant le Sabbat, ce qui provoque la réprobation des Pharisiens; d'où controverse, qui remplit la majeure partie du chapitre, sur des thèmes en partie semblables: le «travail» de Dieu et de son Christ (5,17-20 et 9,3-4), et le «Jugement» (5,22-30 et 9,39) — cf. l'analyse de m. gourgues, dans Rech. sr 1982, p. 381-395.
Mais ce qui fait de ce ch. 9 une scène capitale du procès ouvert contre Jésus, c'est d'une part l'enquête méthodique des Pharisiens qui, contre leur gré, a pour résultat d'officialiser le miracle et de le rendre d'autant plus indéniable; d'autre part, l'éventail complet des réactions qui se manifestent:
1) les voisins, qui ne vont pas au-delà du merveilleux de ce miracle (v. 8-12);
2) les Pharisiens, qui vont de la discussion autour d'une objection légaliste (v. 12), au refus assuré, a priori (v. 24), et à l'exclusion (v. 22);
3) les parents qui, par crainte de cette exclusion, n'osent pas s'engager, donc croire* vraiment en Jésus ;
4) l'aveugle-né lui-même, qui accède progressivement à la foi : voir aux v. 33-38*.
Or cette croissance dans la foi est en fonction de la présence du Christ : d'abord ignorée (v. 12), puis retrouvée, sur l'initiative de Jésus lui-même qui provoque alors la < confession > de foi (v. 35-38). En outre, le lien entre foi et engagement, par le témoignage*, n'est pas moins souligné (v. 30-32, par opposition au refus de témoigner des parents, v. 22).
Plus profondément, ces réactions diverses dénotent un mal secret : le péché, dans sa relation à la Lumière (comme l'annonçait déjà Jn 1,11-13* et 3,19-21*). Ni l'aveugle ni ses parents ne sont incriminés (v. 3*); Jésus, par contre, se trouve accusé par les Pharisiens : « c'est un pécheur » (v. 24), mais disculpé par le miraculé (v. 30-33). En définitive, ce sont les Pharisiens qui « demeurent » dans leur aveuglement de pécheurs (v. 41). Accession à la Lumière et libération du péché dépendent donc du ralliement ou non à Jésus, par l'acte de foi.
« Les deux trajets (des Pharisiens et de l'aveugle) sont inverses » (A. Jaubert: Approches..., p. 92). C'est le charme de ce chapitre qu'il soit en même temps si lumineux, allègre, et même non exempt d'ironie de la part de l'aveugle-né aux Pharisiens (v. 27), et pourtant strictement composé (festugière: Observations stylistiques... p. 31 et 35-40. Sur la structure du chapitre, cf. Tableau de m. gourgues, art. cité, p. 385). Comme dit saint Augustin: impossible de s'arrêter à chacun des détails, dont la plupart sont d'ailleurs assez < parlants >. Soulignons au moins :
Jn 9,2-3 // Ex 20,5 2M 7,38 Ez 18,20 Jb 36,22-23 — Le lien entre mal et malheur n'est pas seulement uni-linéaire. Car la solidarité entre les hommes, et même entre les hommes et la nature, rend cette séquence infiniment complexe. Dès l’A.T., Dieu a précisé que, s'il n'y a de culpabilité proprement dite que personnelle — consciente et volontaire, donc dans la liberté (// Ez 18,20), dont tient compte « juste » le Dieu-Juste (Jb 36,22-23 — il n'en reste pas moins que le mal peut avoir des conséquences, héréditaires ou non, sur les générations suivantes (// Ex 20,5 2M 7,38 2M 7, Sur « la colère » de Dieu, cf. § 45 — Mc 3,5a*). On peut dire que toute l'Histoire Sainte nous est donnée comme exemple et avertissement des effets maléfiques du mal (cf. BC I*, p. 98) — Gn 15,16; p. 108-109 et 217-218) — Cf. C.J. Nesmy: La vérité de Fatima, Ed. sos 1986, p. 235-239).
En fait, cet aveugle-né est un bon symbole de la condition humaine, depuis la faute originelle d'Adam et Eve : dès la naissance, il y a en nous une carence — où l'incroyant Edgar Morin voit l'un des 3 caractères (les deux autres étant la duplicité et l'amour), qui nous sont communs. C'est de cette cécité spirituelle que le Christ nous tire, en nous éveillant à la foi (cf. Augustin: Tr. 44, n° 1). « L'aveugle de naissance — qui n'a pas péché (ni lui ni ses parents) — figure la condition native des hommes : l'obscurité dont ils ne sont pas [personnellement] coupables » (A. Jaubert: Approches, p. 90).
Mais il est non moins frappant que Jésus ne réponde pas dans cette ligne de la causalité efficiente (= du péché au malheur comme de cause à effet), mais dans celle de la causalité finale : « pour que les oeuvres de Dieu soient manifestées en cet aveugle » (v. 3). Il en ira de même pour Lazare (11,4) : « Le sens est en avant » (A. Jaubert, ). Il est vrai que la finalité avait été exclue depuis des siècles par les sciences positives ; mais leurs progrès mêmes les contraignent à la ré-introduire, sous le nom de < téléologie >. Comme la grâce, la création s'avère finalisée...
Jn 9,4-5 // Mi 7,8 Is 49,6 1Jn 2,11 Ac 3,1-2 et Ac 10-11 — Tant qu'il fait jour : Puisque le Christ lui-même est Lumière (v. 5), il fait jour aussi longtemps qu'il est avec nous, donc jusqu'à la fin des siècles (Mt 28,20). En ce cas, la nuit est celle des « ténèbres extérieures » (Mt 8,12 — cf. Augustin: Tr. 44, n° 5-6). Mais quand il s'agit de « travailler » et d'« oeuvres », < Jour > peut signifier plutôt les 12 heures de la journée de travail (Jn 11,9-10); et la < Nuit >, plutôt l'Heure des « Puissances de ténèbres » § 338 — Lc 22,53), dans laquelle s'enfoncera Judas après la Cène (Jn 13,30).
il nous faut travailler: Ce < nous > insolite peut être indication que Jésus compte déjà sur son Église pour continuer son oeuvre, et même « en faire de plus grandes » (Jn 14,12*). Ac 3,1-2 et 10-11 souligne le //, y compris dans la « reconnaissance » de l'identité du miraculé, auparavant infirme bien connu de tous (v. 10).
Je suis la Lumière du monde : Cf. 8,12* : «L'affirmation de Jésus-Lumière oriente, dès le début, vers une autre signification que celle de la vue corporelle » (A. Jaubert : Approches..., p. 90). » De même que la guérison du paralytique de Béthesda et la multiplication des pains ont démontré que « le FOs dispose de la Vie » (5,26), qu'il est « le pain vivant descendu du ciel » (Jn 6,50-51) et qu'il donne vie à qui Il veut (5,21), de même la guérison de l'aveugle démontrera à tous les yeux qu'il « est venu dans le monde comme la lumière » (12,46), pour arracher les hommes à l'emprise des ténèbres et les transformer en « fils de lumière » (12,36) — cf. // 1Jn 2,11 — citation extraite du commentaire de D. Mollat dans bvc 23, sept. 1958, p. 24). L'oeuvre du Christ est salvifiquef // Is 49,6).
Jn 9,6 // Gn 2,7 — Il crache à terre et fait de la boue : « parce que le Verbe s'est fait chair » (Augustin), la matière elle-même est devenue porteuse de Salut § 143 — Mc 5,23* et 28-30*; § 157 — Mc 7,33-36*).
Jn 9,7) — Piscine de Siloé : Au Sud-Est de la Cité de David (l'Ophel), alimentée par la source du Gihôn, grâce au canal qui date d'Ézéchias (2Ch 32,30). Là était puisée l'eau vive pour « le grand jour » de la fête des Tentes § 258 — Jn 7,37*). Siloé signifie plutôt < Envoyeur > (des eaux). En en faisant un passif, Jean signifie que notre guérison se trouve dans « l'Envoyé », un des titres que Jésus s'est attribué pas plus loin qu'au v. 4:
Augustin: Sur Jean, Tr. 44, n° 2 (Vives 10,75) : Nisi enim ille fuisset mis-sus, nemo nostrum esset ab iniquitate dimissus (pour garder le jeu de mots, on pourrait traduire en français: Si celui-là n'avait pas été livré, nul d'entre nous n'aurait été délivré de son iniquité). Donc l'aveugle lava ses yeux dans cette piscine appelée < Envoyé > : il fut baptisé dans le Christ.
D'où l'importance de cet Évangile dans la préparation baptismale: après celui de la Samaritaine (Jn 4 — au 3° Dimanche de Carême), et avant celui de la résurrection de Lazare (Jn 11 — au 5° D.), l'Aveugle-né était proclamé solennellement au 4° Dimanche (seulement jusqu'au v. 38).
// 2R 5 Is 8,6-7 — Jésus demande donc à l'aveugle le même acte de foi et d'obéissance, donc d'humilité, qu'Elisée à Naaman. Exemple célèbre, auquel référait déjà Lc 4,27* § 30 . Quant à l'oracle d'Isaïe, on y retrouve l'opposition entre les eaux paisibles et vivifiantes (cf. § 258 — Jn 7,37*), et celles du « torrent » assyrien, qui submergera tout : « Peut-être Saint-Jean voyait-il en ce mépris des eaux de Siloé par l'ancien Israël une annonce de l'endurcissement des Juifs contemporains de Jésus » (D. Mollat: art. cité, p. 25-26).
Jn 9,14-17 // Ps 139,13-14 Ps 145,4 Ps 145,9-10 Ps 145,17 Ps 92,5 Ps 73,28 — Sur l'interprétation par le Christ de la loi du Sabbat, cf. § 44 *. // à la gloire de « l'Oeuvre » créatrice, surtout le « façonnage » de l'homme (cf. plus haut // Gn 2,7).
Cet homme qui t'aurait, à t'en croire, ouvert les yeux : double doute, sur le fait, et sur les dires du miraculé. N'est pas de Dieu : cf. 8,42-43*. 47.
Jn 9,24 // Jos 7,19-21 — Confesse-le* : En hébreu, c'est le verbe de la < Todah >, de la reconnaissance à la fois de la grandeur de Dieu, de ses bienfaits, et de nos péchés — autrement dit : invitation à confesser son péché pour mieux exalter la grandeur et la bonté de Dieu, comme va faire Akân, au v. 20. De même, ici, les Pharisiens engagent l'aveugle-né à « confesser » la vérité, même s'il y avait eu de sa part supercherie ou erreur, pour la gloire de Dieu. Et ce devrait être aussi le but premier de nos < confessions > (cf. § 19 — Mt 3,6*).
Jn 9,27-29 // He 3,5-6 — Voulez-vous, vous aussi... ? Le < aussi > est un aveu implicite que lui, en tous cas, se tient déjà pour un disciple de Celui qui l'a guéri (Augustin: Tr. 44, n° 11).
disciples de Moïse: S'ils l'étaient vraiment, Moïse les conduirait au Christ: cf. § 150 — Jn 5,46*, et // He 3,5-6 He 3,
Jn 9,30-34 // Ps 34,15-17 Ps 66,18 Pr 15,29 Ps 51,7-8 Col 2,13 — La < leçon > que donne le miraculé au v. 31 est si évidemment juste, et conforme à l’A.T. (voir les //), qu'il ne reste à ses contradicteurs que l’injure :
Tu es né tout entier dans le péché : Ce n'est pas vrai au sens, réfuté par le Christ au v. 3, de péchés personnels ou parentaux; mais au sens du < péché originel>, si ! (// Ps 51,7-8). L'erreur des Pharisiens, c'est d'imaginer qu'ils en seraient exempts, eux, « comme s'ils étaient justes » § 234 et 245) — Lc 16,15 et 18,9). Le // Col 2,13 (ou Ep 2,3) — BC i/Ok) s'adresse plus directement aux chrétiens venus du paganisme. Mais Rm 3,9-20 dit fortement que, Juifs ou Grecs, tous sont sous l'empire du péché.
Jn9, 34-38 // He 13,12 Ex 34,8 Jos 23,8 1S 2,35-36 — Exclu de la Synagogue (v. 22), le miraculé est en contrepartie accueilli par le Christ, dont « il porte l'opprobre », et qui sera comme lui mené hors des portes de Jérusalem, pour être sacrifié sur le Golgotha (// He 13 — cf. § 352 , Mt 27,33*). Né tout entier dans le péché, comme nous tous, cet ex-aveugle est donc « sauvé tout entier » comme tous ceux qui auront le courage de témoigner leur foi (Augustin).
Crois-tu en le Fils de l'homme: L'aveugle-né a reconnu en «cet homme» (v. 11) « un prophète » (v. 17), dont les Oeuvres dépassent tout ce qu'on avait entendu dire (v. 32), et qui est donc « de Dieu » (v. 33). Jésus complète sa foi en l'amenant à reconnaître son Être divin de Fils de l'homme* : (v. 35) son Seigneur (v. 37) et son Dieu, comme l'indique la prosternation*, signe de l'adoration (v. 38, et // Ex 34,8 Jos 23,8 1S 2,35-36 — comparer avec Thomas, § 368 -Jn 20,28*).
Jn 9,39-41 // Pr 26,12 — C'est le renversement évangélique du < Magnificat >. Je suis venu en ce monde pour que... : Voilà donc le but de l'Incarnation. Le jugement décisif : Il a lieu « en ce monde », dès notre vie terrestre; ce n'est donc pas le Jugement dernier. Il permet de le prévenir et le tourner, dès à présent, en notre faveur : cf. § 149 — Jn 5,22.24*, mais aussi § 11 — Lc 2,34-35*).
Vous dites : nous voyons : Cf. v. 24.29.34. Faute de s'ouvrir à « la Lumière venue dans le monde », les Pharisiens sont de ces « aveugles » qui, au surplus, se croyant « guides », entraîneront avec eux dans le fossé § 155 — Mt 15,14; cf. 23,24-26), ceux qui n'ont pas, comme l'aveugle-né, le courage de rester fidèles à la Lumière.
§ 263. Le bon pasteur: Jn 10,1-21
(Jn 10,1-21)
— Indications de la continuité littéraire du < discours > de ce ch. 10 avec les faits du ch. 9 : d'abord l’« Amen, amen je vous le dis », qui l'introduit, car cet avertissement solennel ne vient pas d'ordinaire en début, mais en cours de discussion ; de même, en finale (Jn 10,21), le rappel du miracle qui fait comme une inclusion*, renforcée par la mention du < schisme > par lui provoqué (Jn 10,19 ; cf. Jn 9,16). D'autre part, malgré la répartition entre deux périodes — fête des Tentes puis, à partir de Jn 10,22, fête de la Dédicace - Jn 10,22-39 est bien la suite de Jn 10,1-18 (voir Introduction au § 264 . Les deux chapitres sont donc bien, thématiquement, d'un seul tenant.
Quant au discours lui-même, il se développe méthodiquement : la comparaison de la porte (Jn 10,1) sera expliquée aux v. Jn 10,7-10; du pasteur (Jn 10,2), aux v. Jn 10,11-18; et des brebis (Jn 10,3), aux v. Jn 10,27-30 (Sur tout ceci, A. Feuillet, « Mél Bibliques », p. 486-87. Mais pour avoir une idée des discussions, cf. A. George, dans bvc, mai 1963, p. 23-25).
Nous nous trouvons devant le type même de ce que Saint-Jean appelle une « parabole » (Jn 10,6), mais d'un genre un peu différent de celles des Synoptiques (désignées d'ailleurs d'un autre mot: < Parabole >, et non, comme ici, < Paroïmia >): la part du < récit > se trouve réduite et devient secondaire, tandis que par contre, les symboles se trouvent précisés en détail, si bien qu'ils prennent un tour plus allégorique (cf. BC I*, p. 19-20). L. Cerfaux (Rec. Cerfaux II, p. 17-26) a montré comment ces < comparaisons >, d'abord énigmatiques, provoquent premièrement une incompréhension (v. 6b) qui elle-même appelle une explication, pour éclairer ces « aveugles » (donc en lien avec Jn 9,39-41).
Même les Synoptiques mettent en garde contre cet écueil que peuvent devenir des paraboles à qui « les entend sans comprendre » § 127 *) ; et Jean citera le même redoutable oracle d'Is 6,9-10 (au § 310 — Jn 12,37-41*). Mais en réalité, c'est tout l'enseignement du Christ, miracles-signes compris, qui est « en paraboles » — c'est-à-dire à comprendre comme significatif de la Vérité divine, Au-Delà invisible et indicible § 333 — Jn 16,25*).
Jn 10,1-5 // Mi 2,12-13 Ps 95,7 — Présentation antithétique : à l'unique Bon Pasteur s'opposent le voleur (Jn 10,1), l'étranger (Jn 10,5) ou le mercenaire (Jn 10,12). Avec, chaque fois, un signe distinctif : entrée par la porte ou par effraction (a), familiarité des brebis ou effroi (Jn 10,3-5), vie donnée ou recherche égoïste (Jn 10,11-13). Sur le thème du Pasteur et de ses brebis, cf. § 97 — Mt 9,36*; § 178 *, 206*, 230*; et les multiples // groupés en ce § 263 .
Le bercail : amorce d'emblée le thème de l'unité par rassemblement (Jn 10,16*),
// Mi 2,12f — Et une rumeur s'élèvera de la multitude des hommes : Texte hébreu incertain. Nous traduisons la version adoptée par Vg et NéoVg. TOB : « Et d'elles [de ces brebis] sortira une rumeur humaine ». Semble préférable à Dhorme ou BJ : « et ils murmureront loin des hommes ».
Jn 10,3-4 — Les brebis écoutent* la voix (et // Ps 95,8) : le verbe de la foi. Connaissent sa voix: cf. Jn 10,14-15*. Appelle chacune par son nom (et // Is 43,1) : Annonce déjà la personnalisation et l'intimité des rapports (Jn 10,14-15*).
Il les fait sortir : « Terme technique du vocabulaire de l'Exode (Ex 3,10 Ex 6,27, etc. ; Ac 7,36 Ac 13,17 He 8,9). L'idée évoquée est donc claire : < faire sortir >, c'est libérer de la servitude. « Ce verbe, employé dans l’A.T. pour décrire la libération d'Israël de la captivité égyptienne, est appliqué ici contre Israël lui-même : le peuple juif ayant manifesté son aveuglement devant la lumière véritable (Jn 9,39-41), Jésus-Messie doit « faire sortir ses brebis » du judaïsme, pour constituer la nouvelle communauté messianique » (I. de la Potterie: La Vérité h. .., p. 821). Cela confirme aussi à quel point le ch. 10 fait suite au ch. 9.
Il marche devant elles (et // Mi 2,13 : « Comme pour le verbe précédent, Jean utilise à nouveau le vocabulaire type de l'Exode: Dieu marchait devant son peuple comme un pasteur... » (Dt 1,30 Ps 68,8 Mi 2,13 — la potterie: Ibid.).
Jn 10,6 — Voir l'Introd. à ce paragraphe. C'est donc la conclusion de la < parabole > proprement dite, et l'appel à son interprétation : v. Jn 10,7-18 et Jn 10,26-30.
Jn 10,7-10 // Ps 118,19-20 — C'est moi la Porte : Même < Ego eïmi > qu'en Jn 8,24*; mais employé cette fois avec un attribut, comme aux Jn 10,11* et Jn 10,14* (et encore Jn 6,35 ou Jn 15,1). Le sens en est double, et complémentaire. En premier lieu, le Christ se dit être Celui qu'annonçaient les Prophètes comme le Pasteur à venir. Mais, outre ce sens proprement messianique, le < je suis > révèle une identification qui fait de l'Être même de Jésus le vrai et unique Pasteur (divin), le vrai et unique Pain vivifiant, la vraie Vigne, etc. dont les pasteurs, pains et vignes ne sont qu'une figure naturelle, « à l'image » du Seul (cf. A. Feuillet: Les < Ego eïmi >... p. 213-222).
La Porte : par laquelle entre le berger (Jn 10,1-2 et Jn 10,7-9), mais aussi ouvrant sur le Salut et la Vie éternelle (Jn 10,9): comme au // Ps 118,19-20 Gn 28,17 Ps 78,23 Mt 7,13-14 (la Porte étroite, c'est donc Lui-même!) et Mt 25,10, le sens, revient à Jn 14,6, « je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Mt 7,13-14 conjugue aussi Porte, Voie et Vie: cf. § 72 *).
Tous ceux qui sont venus se substituer à moi : On traduit d'ordinaire : « tous ceux venus avant moi »; mais cela fait faux-sens (que l'on dénonce en note), car Moïse (Is 63,11), Josué (Nb 27,16-18), David (2S 5,2 2S 24,17 Ps 78,70-72), etc. ont été pasteurs agréés de Dieu. Et de même, dans le N.T. les Apôtres et leurs successeurs tiendront du Christ lui-même la mission de « paître ses brebis » § 372 — Jn 21,15-17) — mais ayant passé par la Porte de l'ordination.
Les voleurs ou larrons (Jn 10,1 et Jn 10,8) désignent sans doute premièrement les Pharisiens auxquels s'adresse la parabole, et qui viennent de rejeter la brebis miraculée par le Christ au ch. 9 (// Ez 34,2-4). Mais, par-delà, se trouvent dénoncés tous les < Maîtres > qui ne se recommandent pas de Lui.
Il entrera et sortira (et // Ps 121,8) : Image de liberté paisible, sous le regard de Dieu : Nb 27,16-17 (en liaison aussi avec le thème du Pasteur et de son troupeau); Dt 28,6 1S 29,6 2R 19,27. Pâturages : Cf // Jr 23,3 Is 49,9-10 Ps 23,1-14, c'est de Lui-même — de son corps eucharistique, du sang versé pour nous (Jn 10,15), bref : de sa vie donnée — que le Bon Pasteur nourrit ses brebis (d'où l'image traditionnelle du pélican). « Avec la formule classique des grandes déclarations johanniques (les < Ego eïmi >), Jésus définit les dons qu'il assure aux siens : le salut, la liberté, la vie » (A. George: art. cité, p. 22).
Jn 10,11-13 // Ez 34,23-24 — Le Bon Pasteur : même identité de l'< Ego eïmi > qu'aux v. 7 ou 9. Mais ce titre est messianique, comme dans le // Ez 34,23-24 Mi 5,3 et encore Is 40,11 (origine biblique de l'iconographie du Pasteur portant son agneau), ou Ct 1,7, opposition au mercenaire, sans attaches ni intérêt pour les brebis à lui confiées, le vrai Pasteur se tient lié à ses brebis, prêt à donner sa vie (à laquelle ce Pasteur les préfère donc !).
Les loups ne viennent pas seulement de l'extérieur: § 73 — Mt 7,15 et // Ac 20
Le mercenaire s’enfuit : Même les vrais pasteurs peuvent avoir à fuir et se cacher (par exemple lors de persécutions : Mt 10,23 2Co 11,33). La fuite qui trahirait dans les ministres du Bon Pasteur une âme de mercenaire, est spirituelle. Car « ce sont nos émotions qui mettent en mouvement nos âmes... Craindre c'est spirituellement fuir », notamment quand on a peur de faire les réprimandes nécessaires (Augustin : Tr. 46,7-8).
Jn 10,14-15 : Je connais : Au sens biblique § 110 — Mt 11,27* ; et § 188 — Lc 10,22*). « Le bon Pasteur connaît parce qu'il aime, dans la mesure où il aime, et il aime parce qu'il connaît » (Dom Guillerand: L'abîme de Dieu, p. 341).
de même que le Père me connaît: Un des emplois caractéristiques de cette conjonction < Kathôs > par Saint-Jean, étudiée par o. de Dinechin: La similitude. .., p. 195-207. Elle a ceci de propre qu'elle établit « une relation entre deux relations, rapprochement non pas de deux substantifs, mais de deux propositions qui elles-mêmes expriment chacune, dans la plupart des cas, une relation entre des personnes ». Ici : la relation « connaître » entre Pasteur brebis, est mise en // avec le « connaître » Père Fils. « Ce type de relation en // est pour l'évangéliste une synthèse privilégiée d'un point fondamental de la révélation en Jésus : sa différence du Père et sa similitude à lui < En Arche >* fondent sa présence actuelle et son action significative parmi les hommes » (p. 207). Autrement dit: nous commençons de découvrir ici que le modèle de nos rapports avec le Christ — et entre nous — c'est rien de moins que la vie trinitaire entre le Père et le Fils : quelle plus grande intimité pourrions-nous rêver, de brebis à Pasteur et vice versa (car il est clair que cette révélation insiste sur la réciprocité) ! Le Discours après la Cène — où le < Kathôs > revient abondamment — indiquera les aspects complémentaires de cette similitude § 320 — Jn 13,34*).
Jn 10,16-18 — Développement sur deux points déjà sommairement indiqués :
— Jn 10,16 : L'unité du bercail (Jn 10,1) implique le rassemblement, annoncé par les Prophètes: // Mi 2,12 Jr 23,3 Ez 34,13 Ez 37,21 Is 56,8,
Les « brebis de Dieu » sont donc à la fois « le petit troupeau » de Lc 12,32 § 206 ou le « petit Reste » d'Isaïe, et pourtant innombrables, de par la catholicité du bercail ; à la fois rassemblées dans cet enclos fermé par la Porte, et encore en partie dispersées, comme l'est encore à présent l'Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, « gouvernée par les mêmes < recteurs > (« rectoribus »), < vicaires > de ton Oeuvre, que tu as mis à leur tête, comme pasteurs » (Préface des Apôtres: on a souligné les mots venant de l'Évangile).
— Jn 10,17-18 (et // 1P 2,25 1P 2,24) : Annonce conjuguée de sa mort rédemptrice — à la fois dans l'obéissance au Père et dans la liberté de ce don volontaire (// Ps 54,8 — ainsi que de la Résurrection (comme déjà en Gn 49,9 — BC I*, p. 190, Origène et Augustin).
[comme Premier-né d'une multitude de frères): Les crochets, comme d'habitude, indiquent une glose, mais jugée nécessaire pour que les expressions prennent leur sens total, en fonction d'un contexte plus large. À soi seul en effet, « donner pour reprendre » ne serait pas vraiment donner. En réalité, « le commandement » reçu du Père par le Christ, c'est le Dessein éternel de Salut. Le Christ l'accomplit dans la mesure où, sa mort nous ayant rachetés, sa résurrection lui donne « pouvoir de nous y associer... et de transformer notre corps d'humiliation en le configurant à son corps de Gloire » (Ph 3,17-21, en // au § 168 . Il nous a donné la vie au point de participer à sa Gloire éternelle !...
Tout cela en exemple (// 1P 5,1-4). Grégoire le Grand: Hom. 14 in Ev. (PL 76,1127): Mes frères bien-aimés, vous avez entendu, dans la lecture de l'Évangile, la doctrine qui doit vous instruire ; vous avez appris en même temps le danger qui est nôtre. Voici qu'en effet Celui qui est < bon >, non par un don enrichissant sa nature, mais essentiellement bon, nous dit : « Je suis le Bon Pasteur ». Et il présente la forme de cette bonté que nous avons à imiter, en disant : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis ». Ce qu'il enseigne, il l'a fait; ce qu'il commande, il en a donné l'exemple.
Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis, afin de pouvoir changer son Corps et son Sang en notre sacrement, et nourrir de sa chair les brebis qu'il avait rachetées. La voie du mépris de la mort nous est montrée, pour que nous la suivions; la forme qui doit s'imprimer sur nous, est en place.
D'abord, il nous faut donner miséricorDieusement aux brebis du Christ nos biens extérieurs. Et enfin, si c'est nécessaire, offrir notre mort même pour ces brebis. C'est en commençant par le premier de ces dons, le plus facile, que l'on parvient au second, qui est le don suprême. Et comme l'âme, qui nous fait vivre, est d'une valeur incomparablement supérieure aux biens terrestres que nous possédons extérieurement, comment pourrait-on croire que celui qui ne donne pas ces biens extérieurs pour les brebis, donnera sa vie pour elles ?
Il y en a qui, aimant les richesses terrestres plus que les brebis, perdent le nom de < pasteur >. C'est d'eux que le Christ dit plus loin : « Le mercenaire, qui n'est pas pasteur, et qui n'a pas droit sur les brebis, voit le loup venir, abandonne les brebis, et s'enfuit ». On ne l'appelle plus < pasteur > mais < mercenaire >, celui qui conduit les brebis non en vertu d'un amour profond mais pour un salaire temporel. Le mercenaire, c'est celui qui occupe la place du pasteur mais ne cherche pas à gagner les âmes. Il aspire plutôt aux avantages terrestres, jouit des honneurs d'une prélature, profite des gains matériels, et prend plaisir aux révérences que lui font les hommes.
Jn 10,19-21 // Ac 26,24-25 — C'est comme un refrain : le Christ est signe de contradiction, sur lequel on se divise: Jn 7,12 Jn 7,30-31 Jn 7,40-43 Jn 7,45-52 Jn 8,30-31 Jn 9,16; cf. § 11 — Lc 2,34*; § 117 — Mt 12,24*; et § 212 — Lc 12,51-53. // A un démon: Jn 7,20 et 8,48.
§ 264. Jésus se déclare le fils de Dieu : Jn 10,22-39 // 1M 4,52-59 Ac 5,12-13
(Jn 10,22-39 // 1M 4,52-59 2M 1,7-10 2M 1,18-32 2M 2,16 2M 10,1-8 Ac 5,12-13)
— Cette fête de la dédicace, anniversaire de la purification du Temple sous Judas Maccabée, en 164 av. J.c., tombe en décembre.
C'était l’hiver : Si le fameux : « C'était la nuit » de Jn 13,30 n'est pas sans signification, pourquoi la notation de la saison ne serait-elle pas aussi intentionnelle ? « C'était l'hiver, et le coeur de ses auditeurs était glacé, car ils tardaient à venir au Feu divin : on s'en approche en effet par la foi » (Augustin: Tr 48, n°3).
Sous le portique de Salomon : Le // Ac 5,12-13 (comme aussi 3,11) montre que, même sur le lieu de réunion, les Apôtres ont continué à se régler sur l'exemple du Christ. À plus forte raison ils ont redit son enseignement sans avoir la prétention d'y rien ajouter ni modifier.
L'intervalle des 3 mois qui sépare la fête des Tentes (ch. 7-9) de la Dédicace, n'était pas si grand qu'il risque de faire oublier la question de l'origine § 256 — Jn 7,11-53*), car c'était déjà celle de Nicodème § 78 — Jn 3,2), et ce sera encore celle du Grand Prêtre, sur laquelle Jésus sera condamné par le Sanhédrin § 342 *). Tout au plus, entre-temps, les esprits sont-ils restés « en suspens ». Tout cela compose donc parfaitement...
Jn 10,24) — Dis-le nous ouvertement : s'oppose à « en paraboles » (voir § 333 — Jn 16,25*). En fait, c'est la même question qu'en 8,25.
Jn 10,25-30) — Reprise synthétique achevée de la controverse des ch. 7 à 10,21. Il y a là une remarquable progression, vers l'une des cimes de la Révélation. Même si tout d'abord, et une fois de plus, Jésus évite de se dire le Christ pour éviter les malentendus que l'attente d'un messie temporel et dominateur faisait craindre (< secret messianique >*). Il commence donc par se référer à son enseignement antécédent, tout comme en 8,25*, et à « ses oeuvres »*, comme en 5,36; 9,3; 14,11 ; 15,24. Ce « témoignage »* des oeuvres sera invoqué plus spécialement aux v. 31-33 et 37-38.
Jn 10,26 = 8,47* § 261 — Grégoire le Grand), avec cette variante que la condition pour croire, au lieu d'être [né] de Dieu, devient : « être de mes brebis ». Ce qui revient au même, mais en réintégrant la parabole de 10,1-18.
Jn 10,27-28 : Rappelle les liens essentiels entre le Pasteur et ses brebis : écoute (= croire), connaissance mutuelle et vie donnée (10,3 et 14-15).
Jn 10,29 // Pr 28,5 1Co 2,14 Dt 32,39 Is 43,13 Dt 33,3 Rm 8,31-39 -À présent, on remonte à la source de la foi, qui est le Père, nous attirant à son Fils § 163 — Jn 6,44-45) et nous donnant, du fait de notre filiation adoptive, «pouvoir de devenir enfants de Dieu » (1,12-13*), de renaître § 78 — 3,3*), d'être vraiment « de Dieu » § 261 — 8,31-47), et de recevoir l'Esprit de Dieu qui seul peut faire « comprendre tout » à ceux qui cherchent Dieu (// Pr 28,5 1Co 2,14).
Que tout vienne de l'initiative du Père — y compris « l'Envoi » de son Fils § 78 — Jn 3,16*), mais pour nous confier à Lui (Jn 17,2 Jn 17,12 Jn 17,24 — c'est la Révélation même du < Mystère >, non seulement dans Saint-Jean, mais en saint Paul (par exemple : Ep 1-3). Ici, le Christ ajoute encore cette garantie: si Lui, « le plus fort », peut nous arracher de l'emprise du démon § 117 — Mt 12,29* ; cf. § 22 — Mt 3,11*), qui donc nous prendrait à Lui, puisque seul serait, en un sens, « plus grand que Lui » le Père § 328 — Jn 14,28*), et que c'est précisément ce Père « Plus grand que tous » qui nous garde en sa main, par la main de son Fils? Au moment de donner effectivement sa vie, le Christ lui-même témoignera solennellement à son Père qu'il en est bien ainsi (Jn 17,6 et 12). Telle est donc notre assurance, le fondement inébranlable de notre espérance chrétienne — et déjà dans l’A.T. (// Dt 32,39 et Is 43,13); seulement, désormais, tous les peuples sont admis à cette espérance (// Dt 33,3 — nous sommes dans la main de Dieu, notre Père, plus grand, plus fort, plus fidèle que tout. Notre espérance est aussi forte que Dieu ! D'où l'hymne triomphale du // Rm 8,31-39 Rm 8,
Il est vrai que certains manuscrits, suivis par les Pères latins en général, donnent de ce v. 29 une autre lecture : « Le Père, ce qu'il m'a donné est plus grand que tout ». Nestlé, Lagrange, H. van den Bussche adoptent cette version. Mais, avec toutes les traductions récentes (y compris Chouraqui et Tresmontant), nous nous en tenons au texte qui est celui, à la fois plus cohérent et plus significatif, que les Pères grecs ont commenté.
Jn 10,30) — D'un dernier bond, le Christ remonte, comme en 10,15*, au sommet absolu : les deux « mains » des v. 28 et 29 n'en sont qu'une. Distinction des Personnes (« Moi » et Toi « le Père »), au point de faire un « nous », mais dans l'Unité du < je suis » indivis, éternel: c'est le mystère même de la vie trinitaire.
Jn 10,31-33) — Cette fois encore, les juifs ont très bien compris. Comme après la déclaration d'éternité de 8,58, ils veulent le lapider, « parce qu'étant homme, il se fait Dieu » — mais c'est exactement ce qu'il est : l'Homme-Dieu !
Jn 10,34-36 // Ps 82,5-8 — Loin de se rétracter, Jésus étend la filiation divine aux hommes eux-mêmes. C'est pour nous la communiquer qu'il a été < envoyé >. Mais la citation qu'il fait du Ps 82) — appliqué par le judaïsme contemporain à l'ensemble du Peuple élu — est à double tranchant. Car c'est en réalité une menace de déchéance (v. 7) pour ceux qui, faute de l'Intelligence de la foi, ont « entendu sans comprendre » § 310 — Jn 12,37-40*), et faute de s'ouvrir à la Lumière (8,12; 9,5), « s'enfoncent dans les ténèbres » (// Ps 82,5), comme sont en train de faire ces contradicteurs. Par contre, aux fidèles, le Christ reconnaît ici comme certifié par les Écritures, une divinisation par filiation.
En quel sens faut-il l’entendre ? Etant donné que le raisonnement est un a fortiori par lequel Jésus réclame le droit de se dire lui-même « Fils de Dieu » aussi bien que nous, cela suppose que soit donné tout son poids de réalité (= de divinité finalement reçue) à notre propre adoption filiale. Si en effet, le Christ vient de se proclamer Dieu — mieux encore qu'« à part entière » : au sens total, trinitaire de ce Nom (v. 30*) — il faut que notre propre divinisation ne soit pas complètement hétérogène, sans quoi son raisonnement ne vaudrait plus rien. Ainsi, pour nous qui croyons à la divinité au sens strict du Christ, le raisonnement fait refluer sur sa prémisse (= sur la base de l'a fortiori = sur la citation scripturaire) une valorisation extrême. Oui, vraiment ! comme le traduira saint Pierre, nous sommes appelés à devenir « participants de la nature divine » (2P 1,4). La révélation du Mystère trinitaire, d'où vient le Christ (v. 30) va de pair avec la révélation du mystère de notre union divinisante au Christ (v. 34-35). C'est ce que confirmera le Discours après la Cène...
§ 265. Jésus se retire au-delà du Jourdain : Jn 10,40-42
(Jn 10,40-42)
— Premier des retraits (Jn 11,54 et 12,36) correspondants à ceux de Galilée (Introd. aux § 146 -182). Chrysostome : Sur Jn 10,40-42 : Après avoir dit des choses grandioses, Jésus se retire, il cède la place à la colère, pour que son absence même la calme et l'endorme. Mais pourquoi l'Évangéliste indique-t-il le lieu ? Parce que Jésus s'y est retiré précisément pour rappeler à la mémoire des Juifs ce que Jean avait fait et avait dit, et le témoignage qu'il avait porté. Revenant en ces lieux, ils ont aussitôt pensé à Jean; c'est pourquoi ils disent : « Jean n'a fait aucun signe ». Autrement, pourquoi avoir ajouté cette précision ? L'évangéliste l'ajoute, parce que ce lieu rappelle Jean-Baptiste et son témoignage. Et les Juifs sont amenés à construire des syllogismes irréfutables : Jean n'a fait aucun signe — or, Jésus fait des signes — donc il est plus grand que Jean-Baptiste ; et si nous avons cru en celui qui ne faisait pas de signes, nous croirons bien davantage en celui qui fait des signes. Mais ce Jean était-il habilité à porter témoignage, lui qui ne faisait aucun signe ? — Le raisonnement se poursuit : oui, il n'a fait aucun signe, mais tout ce qu'il a dit du Christ se révèle vrai; donc, ce n'est pas le Christ qui est tenu pour digne de foi à cause du témoignage de Jean : c'est Jean qui est tenu pour digne de foi à cause des oeuvres du Christ.
« Et beaucoup crurent en lui. » Bien des choses, en effet, leur revenaient à l’esprit : ils se rappelaient les paroles de Jean, disant qu'un plus fort que lui viendrait, l'appelant « lumière, vie, vérité » ; ils se rappelaient la voix venue d'en haut, l'Esprit apparaissant sous la forme d'une colombe et manifestant Jésus à tous... Vois-tu combien le retour en ce lieu — où Jean avait baptisé — leur profita !
§ 266. La résurrection de Lazare : Jn 11,1-44
(Jn 11,1-44)
— Après le Verbe-Lumière, donnant à l'Aveugle-né de voir et de croire, voici le Verbe-dé-Vie, ressuscitant Lazare (ch. 11), et attirant par sa mort tous les hommes à Lui, dans sa Résurrection et sa Gloire (12,24-32*).
Jn 11,1-2) — Présentation des personnages. Nous connaissions Marthe et Marie par Lc 10,38-42 § 192 . Mais on sent bien ici que pour la postérité, c'est déjà Marie qui l'emporte, Marthe venant en second seulement, comme sa soeur, et Lazare comme leur frère. C'était Marie qui avait oint le Seigneur... : Cette onction caractérise donc Marie, soeur de Lazare, pour la postérité, comme le Christ l'avait annoncé § 313 — Mt 26,13). Mais s'agit-il bien de l'onction faite à Béthanie, quelques jours avant la mort du Christ § 272 — Jn 12,1-8) — donc seulement par la suite, puisqu'à présent, nous n'en sommes qu'à Jn 11,2 ? Ou bien, y aurait-il un rapport avec une onction antécédente, relatée par Luc seul, dès le ch. 7,36-50 (et le seul, par contre, qui ne parle pas de la scène de Béthanie) ? Donc un rapport aussi entre Marie de Béthanie et la pécheresse de Lc 7,36-50 ? — Voirau§ 272) — Jn 12,3*. Mais pour une vue d'ensemble sur la pécheresse, Marie de Béthanie et Marie de Magdala aussi, cf. § 361 -Jn 20,11-18*.
Lazare: Mentionné seulement par Jean, et toujours à propos de sa résurrection (12,1.2.9.10.17). Mais ce nom, d'ailleurs fréquent puisqu'il est une autre forme d'Éléazar (= « Dieu a secouru »), et dont le premier titulaire fut le fils même d'Aaron et d'Élisheba (Ex 6,23 et passim), est aussi celui que Jésus donne au pauvre de la parabole du mauvais riche, peut-être non sans dessein (cf. § 236 — Lc 16,27-31*). Béthanie: Non la bourgade au-delà du Jourdain (Jn 1,28), où Jésus vient précisément de se retirer (10,40), mais la Béthanie qui se trouve près de Jérusalem, sur le revers du Mont des Oliviers (cf. v. 18).
Jn 11,3 // Is 38,1-5 Sg 16,13 — Discrétion de la demande, mais confiance en la force de l'amitié. Chacun de nous peut en espérer autant, et pour chacun de ceux que nous avons à recommander. Mais au départ, reste que c'est Dieu seul qui a pouvoir sur la vie et la mort (v. 22), conformément à ce qu'enseignait l’A.T. : // Is 38,1-5 Sg 16,13 Sg 16, ce fait, l'autorité avec laquelle Jésus ressuscitera Lazare (v. 43-44*), est une nouvelle manifestation de son Pouvoir divin.
Jn 11,4-10 // Ps 73,24 (assez // à Jn 9,3-5 : comparer 11,4 à 9,2-3*, et 11,9-11 à 9,4-5*) — Toujours la visée polarisée par la finalité, le Dessein de Salut que le Christ vient accomplir : « Le < pour > n'indique pas la cause ou le motif, car la maladie venait d'ailleurs, et avait une autre cause (physique). Le Christ s'en est servi pour la Gloire de Dieu. Le < pour > indique donc ici l'issue, le terme de l'événement (Chrysostome : Éclaircissements sur L'Évangile de Saint-Jean — Ed. Gaume, t. 8/1, p. 423).
Mais la gloire ne fait que rejaillir sur Dieu (et sur le Christ lui-même : Jn 12,9 Jn 12,12). D'où vient cet éclat en effet, sinon de la résurrection de Lazare, préfigurant l'entrée des hommes sauvés par le Christ dans la Gloire de la Sainte Trinité (// Ps 73,24 Jn 17,21-26*) ? Le but et l'issue à la fois, de toute l'oeuvre du Christ, c'est cette entrée de l'humanité universelle dans la Gloire de Dieu — à l'opposé de toute recherche vaniteuse d'une gloire égoïste (cf. v. 40*).
Ainsi nous est révélé comment la mort est vue par Dieu : non comme un point final, mais comme l'étape — que la faute originelle ne Lui permet plus de nous éviter (Gn 3,19 Sg 2,23-24 — BC I/r et u; BC I*, p. 63-64) — mais qui, par la grâce du Christ, nous associera à sa Gloire céleste, éternelle.
N'y a-t-il pas 12 heures (v. 9) = le temps du travail. Toujours la perspective des « oeuvres » que Jésus a conscience d'être venu accomplir... Avec l'assurance que, jusqu'à < l'Heure > où viendra la nuit, le temps de travailler lui est à la fois compté et laissé. (Donc ici, le Christ parle moins de la Lumière comme de Lui, que de « la lumière de ce monde »). Pendant la nuit, par contre, pour avancer il faudrait que la Lumière vienne de l'intérieur (v. 10): ce qui est vrai premièrement du Christ-Lumière, il le montrera bien à l'Heure des Ténèbres où s'accomplira son < Oeuvre > par excellence, notre Rédemption. Mais c'est vrai aussi de celui qui, croyant en la Parole du Christ, est éclairé de cette Lumière intérieure, sans intermittence, au point de devenir lui-même « fils de lumière » et « Lumière du monde » § 262 — Jn 9,5* et § 309 — Jn 12,36; cf. § 52 — Mt 5,14*).
Ce retard délibéré du Christ à venir auprès de « celui qu'il aime », alors que sa seule présence ferait revivre le mourant (v. 21 et 32), doit nous apprendre pourquoi, si souvent, dans la vie spirituelle, alors que nous appelons à l'aide, alors même que nous sommes en péril grave, Jésus semble rester lointain et se taire. C'est qu'il Lui faut nous apprendre « le redoublement de l'espérance », le « spem contra spem », la confiance absolue en Lui quand bien même il n'y aurait plus d'espoir, humainement. Ainsi fit Abraham, ainsi dut faire Israël en Egypte (BC I*,p. 114-119 et 213.215). Abraham crut « que Dieu est assez puissant pour ressusciter les morts ». L'histoire du sacrifice d'Isaac, ou celle de Lazare, est « une parabole » de l'épreuve par laquelle notre foi doit passer pour se purifier (He 11,17-19, en bc/Cn).
Jn 11,11-15 // Ac 7,60 cf. plus loin // Dn 12,2; 2M 12,43-44) — L'image du < sommeil > de la mort est si habituelle (cf. encore : 1R 19,5; Ps 13,4; Si 48,11; Jr 51,39.57; 1Co 15,6.18.20; 1Th 4,14.15; 5,10), qu'on s'étonnerait de voir les Apôtres ne pas la comprendre. Mais il est vrai que Jésus ajoute, du même coup, « et je vais pour le réveiller », au sens de, le ressusciter, ce qui implique de la part du Christ une confiance si extraordinaire en son pouvoir de donner la vie, qu'il y avait alors, pour les Apôtres, quelque excuse à comprendre le tout en son sens le plus bénin.
Jn 11,16-17 // Lc 22,28-29 Rm 6,8 — Thomas : Le même qui demandera des preuves (Jn 20,24-29*). Mais sa générosité et son dévouement au Christ n'en sont pas moins mis en évidence par Saint-Jean, ici.
Te lapider: Le danger de mort était bien réel (Jn 5,18 Jn 7,1 Jn 7,19-20 Jn 7,25 Jn 8,37-40 Jn 10,31). Jésus en étant parfaitement conscient, c'est librement qu'il décide d'affronter cette menace de mort (10,17-18), et même en quelque sorte, la provoque.
Jn 11,19) — L'affluence laisse prévoir en effet le retentissement du miracle (v. 45), provoquant la hâte des Pharisiens à se débarrasser de Lui § 267 .
Jn 11,20-27 // Da 12,1-2 2M 12,43-44 Jb 19,25-27 Jn 5,24 et Mt 16,16 — Marthe courut... Marie était à la maison : Correspond aux caractères des deux soeurs, tels qu'ils apparaissent dans l'épisode retenu par Saint-Luc § 192 — Concordantia discordantium *). Ils transparaissent aussi dans la différence entre la déclaration de Marthe, plus active — par la demande expresse et la profession de foi — et la remise de Marie au Christ (par laquelle, il est vrai, Marthe aussi avait commencé : comparer v. 21 et 32, avec le commentaire de Cyrille d’Alexandrie, au v. 32*).
Il y a double progression : au début, Marthe croit à la Résurrection finale (v. 24), que l'Écriture elle-même n'enseigne de façon expresse que tardivement (les // Tirés de Dn et 2M étant du II° siècle avant J.C., et Job remontant tout au plus après l'Exil, entre 538 et 330). Mais le Christ lui révèle qu'étant la Vie même, croire en LuI* donc adhérer à Lui, c'est être assuré de vivre de sa vie éternelle, non seulement une fois mort (v. 25), mais dès maintenant (v. 26 et // Jn 5,24 cf. Jn 6,39-40 Jn 6,44-54). La réaction de Marthe est typique du « Oui » de la foi : elle cherche moins à le croire (à pénétrer le sens de cette révélation, pleine de mystère), qu'à faire confiance au Révélateur : «Je crois absolument» -c'est-à-dire au sens de la foi totale, qui est assurance inébranlable d'une confiance absolue, et non le < je crois > incertain d'une opinion humaine.
D'où la seconde progression de Marthe. Au v. 22, elle tenait seulement Jésus pour un homme agréé de Dieu (un peu comme l'Aveugle-né, au ch. 9,31, avant que Jésus survienne et provoque sa confession de foi proprement dite). Au v. 27, également provoquée par le Christ, Marthe reconnaît en Lui : « Le Seigneur, le Christ, le Fils de Dieu, venu [du Père] dans le monde », en qui l'on peut donc « croire absolument »). Confession de foi qui rejoint celle de Pierre (// Mt 16,16). Sur l’expression : « Celui qui vient dans le monde », cf. Jn 1,9; 6,14; Mt 11,3.
Jn 11,28-31 // Ex 3,4 1S 3,4 — Le Maître est là, et Il t'appelle : C'est toute la vocation, et toute la Bonne Nouvelle de l’Évangile : « Le Royaume est là, à votre porte, convertissez-vous, et venez » (Mc 1,15) :
Vite, elle se leva : Comme la Vierge de la Visitation § 5 — Lc 1,39*), comme l'Épouse du Cantique, dont ces quelques versets ont la tonalité — même si A.J. Festugière n'a pas tort de dire que dans l'ensemble, il n'y a pas en ce ch. 11 « cette sorte d'allégresse que l'on trouvait dans le récit de l'Aveugle-né ». Lui-même note d'ailleurs que le tempo s'accélère, à mesure que l'on se rapproche du < climax >* qu'est le v. 43 (Observations stylistiques, p. 45).
Mais le verbe est aussi celui du réveil et de la résurrection. De sa prostration et de son deuil, à cet appel Marie s'éveille et ressuscite, elle, la première, avant Lazare.
Jn 11,32-35 // Mc 12,27 Jg 10,16 2S1, Jg 26 Jn 12,27 — Cyrille d’Alexandrie: Sur Jn 11,32 (PG 74,52-53) : Marie dit que son frère est mort parce que le Seigneur était absent. D'après ses paroles, il est permis de penser qu'elle s'adresse à lui comme à Dieu même — bien qu'elle se trompe en croyant qu'il n'est pas présent quand son corps est absent. Quand elle s'adresse à lui comme à Dieu même, elle voit plus loin que Marthe, car elle ne dit pas : « Ce que tu demanderas à Dieu, il te le donnera ». C'est pourquoi le Seigneur, qui avait longuement instruit Marthe, ne répond rien à Marie. Il ne reproche pas à Marie d'avoir osé lui dire, aveuglée par sa douleur : « Si tu avais été ici ! » — lui qui remplit tout le créé ! Il nous donne l'exemple : nous ne devons pas faire de reproches à ceux qui sont dans un deuil récent et véhément. Le Seigneur ne dialogue donc pas avec Marie comme avec Marthe : il acquiesce, plutôt ; il entre dans les mêmes sentiments, et il manifeste sa nature humaine : il pleure et faiblit quand il la voit pleurer, et que pleurent avec elle les Juifs qui l'entourent.
Parce que le Christ n'était pas seulement Dieu par nature, mais qu'il était homme aussi, le voici souffrant une faiblesse humaine. Quand la douleur, en effet, commença de l'émouvoir, et que dans sa sainte chair des larmes vinrent à ses yeux, il ne les laissa pas simplement couler, comme nous faisons, mais il «frémit en l'Esprit », ce qui veut dire: sous la motion de l'Esprit, il réprima la tendance de sa chair ; alors celle-ci, ne supportant pas l'action puissante de la nature divine qui lui était unie, trembla, bouleversée, redoublant son deuil.
A. Guillerand : L'abîme de Dieu, p. 366 : Minute unique qui situe la famille de Béthanie à une place à part dans l'Évangile et dans l'histoire chrétienne, non pas au-dessus, mais en face des Douze, dans une lignée parallèle qui se continue le long des siècles et qui est la lignée contemplative.
La cause en effet de ce trouble est clairement indiquée au v. 33 : ce sont les larmes de Marie et de ses visiteurs. Donc, si Jésus est ému, c'est de compassion, au sens déjà rencontré § 39 — Mt 8,3*), où il ne s'agit pas seulement d'une sympathie humaine, mais des « entrailles de la Miséricorde » divine. Plus profondément qu'une émotion de sensibilité, c'est en Esprit; c'est son Amour qui frémit. Nous retrouverons ce trouble profond au § 309 — Jn 12,27 ; au § 317 — Jn 13,21 ; et, avec d'autres mots, lors de son Agonie : § 337 — Mc 14,33-34*.
Quand, au v. 35, Jésus pleure, c'est cette fois à propos de Lazare (v. 34). Mais pourquoi ? puisque Lui-même l'a bien voulu, et qu'au surplus tout annonce qu' // Sait depuis le début, ce qu'il va faire ? — Ah ! parce que vouloir la volonté crucifiante du Père, de toute sa foi, son espérance et sa charité n'empêche pas d'en souffrir ! L'abandon filial chrétien n'est pas impassibilité stoïque, mais plutôt affaire de coeur, d'un coeur chaleureux, tendre, humain.
Toutefois, il y a plus en Jésus que cette humanité. On se trouve devant son Mystère. « Quand il a vu que l'homme fait à son image était mort, le Seigneur a versé des larmes, pour couvrir les nôtres. Car lui-même est mort exactement pour ceci : pour que nous échappions à la mort... Les Juifs pensaient qu'il pleurait la mort de Lazare ; mais lui, touché de compassion, il pleurait sur tous les morts, sur toute l'humanité, juridiquement soumise au mal de la mort... Il était saisi de douleur en pensant à nos calamités » (Cyrille d’Alexandrie : Sur Jn 11,35 — PG 74,56).
Jn 11,38-41a — Une grotte fermée par une pierre: comme la tombe du Christ § 357 — Mt 27,60*). Tu verras la Gloire de Dieu : Ce qu'on verra, c'est Lazare vivant — tant il est vrai que « la Gloire de Dieu, c'est la vie de l'homme ; et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu » (Irénée: Adv. Hoer. IV, 20,7 - SC 100, p. 648). Telle est bien la Gloire, attendue dès le v. 4 :
A. Guillerand: L'abîme de Dieu, p. 368: La maladie et la mort de Lazare, sa propre absence et jusqu'à ces menues circonstances d'un cadavre que la putréfaction gagne, tout a pour but le terme unique, terme de tout, de ce qui est grand et de ce qui est vulgaire et même répugnant : Dieu glorifié, et Dieu glorifié par la foi des âmes. La gloire donc dans la foi, dans la foi qui voit cette gloire... Voilà ce qui seul compte pour Jésus, et ce qui le place, en cet instant, tellement au-dessus de toute cette assistance attentive uniquement à ce qui va se passer. Voilà où il attire et conduit. Voilà où on le rejoint.
Jn 11, 41b-42) — Jésus leva les yeux au ciel : Attitude caractéristique du Christ en prière § 151 — Mt 14,19*). Père, je te rends grâces : Prière filiale, dont la tonalité fondamentale est de gratitude (cf. § 110 — Mt 11,25*).
Tu m'écoutes toujours : C'est la contrepartie du « Je suis descendu du ciel pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé. Or sa volonté, c'est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite » § 163 — Jn 6,38-40). L'accord est total du Fils au Père, donc aussi du Père au Fils. Mais ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que le Christ nous fasse part de sa certitude d'être exaucé § 333 -Jn 16,23-24*; // 1Jn 5,14).
Cette gratitude du Christ ne va pourtant pas sans conscience du sacrifice de sa vie, et donc de sa propre mort, par où devront être gagnées la délivrance du péché et de la mort, et la Résurrection de Lazare comme de nous tous. Son attitude en toute cette histoire le manifeste : Lui qui aurait pu éviter cette épreuve, ne l'épargne pas, même à des amis; seulement, Il vient la partager, au point d'en être lui-même bouleversé (v. 33), n'hésitant pas à risquer la mort en revenant si près de Jérusalem (v. 16) ; bien plus, Il provoque par ce miracle retentissant, son arrestation et sa mort § 267 ). « Ainsi l'action de grâces du Seigneur n'est pas seulement proche de la souffrance humaine, elle passe par elle, elle la porte sans en rien laisser perdre, jusqu'à la suprême détresse. Elle est plus forte que la mort et elle exulte, non pas de l'avoir empêchée d'accomplir son oeuvre, mais de triompher d'elle après l'avoir subie et lui avoir laissé déployer tout son pouvoir » (A. Guillet: Jésus-Christ..., p. 146-147). C'est bien de cette façon que Jésus nous rachètera par sa Passion : non pas en supprimant le péché et la mort, mais en mourant pour communiquer à nos souffrances et à notre mort, valeur de rédemption.
// 1R 18,36 — Tel est bien le rôle du miracle, habilitant celui qui en a été l'instrument — suivant la juste conclusion de l'Aveugle-né (9,31-33) — et l'habilitant pour sa mission, sacrificielle...
Jn 11,43-44) — Jésus cria d'une voix forte : Comme sur la croix, juste avant de mourir § 355 — Lc 23,46) : « Ces deux cris viennent d'un même coeur, sont inspirés par la même mission, constituent un acte unique et identique. Il n'y a pas ici seulement le miracle de la résurrection. Il y a ici derrière les apparences, dans les profondeurs de l'esprit, une lutte qui se déroule... Le Christ dompte la mort, en domptant celui qui règne par la mort : Satan. L'ennemi de la rédemption, le voilà. C'est contre lui que se dresse Jésus ». (r guardini: Le Seigneur 1P 153).
Et à présent, Jésus ne demande plus à son Père. Il use de son Pouvoir de résurrection (Jn 5,26-27). Il commande à la mort : « Lazare, sors ! » Et « le mort entend la voix du Fils de Dieu » (5,25), parce qu'il est de ses brebis (ch. 10). « Il va sortir » (// Jn 5,28-29), avec les bandelettes et le suaire dont il peut être débarrassé comme Jésus s'en débarrassera de lui-même (// Jn 20,6). Cette résurrection de Lazare est comme une répétition générale de celle de Jésus — non plus au 4° jour (v. 39), il est vrai, mais au 3°... Mais c'est aussi, par conséquent, la préfiguration de la nôtre :
Cyrille d’Alexandrie: Sur Jn 11,43-44 (PG 74,64-65): La résurrection de Lazare est le type de la résurrection générale des morts, et notre Seigneur a voulu qu'elle en présente les traits. Nous savons par l'Apôtre Paul qu'à l'avènement du Juge la grande trompe sonnera, commandant à tous les gisants qu'ils se relèvent, sur toute la face de la terre. Au moment où les corps humains devront se recomposer, et chaque âme relever, pour ainsi dire, sa tente, le commandement du Seigneur retentira d'abord, et le signal de la résurrection sera donné. Le Seigneur cria donc pour appeler Lazare, comme par une représentation anticipée de la résurrection que nous attendons.
« Déliez-le, et laissez-le aller. » Cela encore est un signe qui concerne la résurrection universelle : quand délié du péché et de la corruption de la mort, chacun ira, libre... quand le Christ, au temps de la résurrection, nous retirera des tombeaux de la terre et nous commandera de marcher, libres.
Augustin: Tr 22,7 (PL 35,1578 ; Vives 9,505) : La voix du Seigneur a été entendue par Lazare à travers la pierre : qu'elle pénètre nos coeurs de pierre.
Jn 11,45-46 // Lc 16,31 Jn 15,24 — Que Jésus se comporte humainement, quand il pleure (v. 35-37), ou divinement, quand il ressuscite Lazare, toujours les interprétations s'opposent diamétralement, suivant que l'on est prêt ou non à croire en Lui (comme aux ch. 7 à 10). La bienveillance ou la malveillance des jugements vient moins de leur objet (qui est le même pour les croyants ou non), que de nous : c'est encore une application de « la paille et la poutre » § 68 — Mt 7,3-5). La conclusion de la parabole de l'autre Lazare et du mauvais riche (// Lc 16,31) prend valeur prophétique.
§ 267. La prophétie de Caïphe : Jn 11,47-54
(Jn 11,47-54)
— Comme sur les points jugés par lui essentiels, l'Evangéliste lui-même commente ici les faits. Pourquoi ne lui ferait-on pas confiance ? N'est-il pas le mieux placé pour juger du sens de la mort du Christ (v. 51-52) ?
// Ac 4,15 — Les Actes des Apôtres reproduisent fidèlement la vie et les oeuvres du Maître : cf. 4,13-14, en // au § 256 ; 3,1-2.10-11, en // au § 262 ; 3,16 et 14,8-10, en // au § 268 ; 5,12-13, en // au § 264 .
Jn 19,48-49) — Les Romains viendront : Le danger de répression violente par Pilate n'était pas illusoire; cf. § 215 — Lc 13,1-2*. «Ils se disent cela, comme se reprochant à eux-mêmes de n'avoir pas tué Jésus avec Lazare (Jn 12,10*). Ils s'exhortent mutuellement au crime : ils ne supportent pas que les foules croient au Christ. Ils estiment qu'ils sont injustement chassés de leurs positions — ils devraient savoir qu'elles appartiennent à Dieu » (Cyrille d’Alexandrie : Sur Jn 11,50 — PG 74,68).
Caïphe était grand-prêtre cette année-là : Non pas au sens de « seulement cette année-là », car il le fut de 18 à 36 ap. J.c. : cf. § 19 — Lc 3,2*, et josèphe : Ant. Jud. 18,35) — vol. IX, p. 28-30. « Vois-tu combien est grande la puissance pontificale? Parce qu'il était parvenu au rang de Grand Prêtre, et bien qu'il fût indigne de cette fonction, il prophétisa, ne discernant pas lui-même ce qu'il disait. La grâce (charis) se servit de sa bouche seulement, et ne toucha pas son coeur impur » (Chrysostome : Sur Jn, hom. 65,1) — Vives 14, p. 197).
// 2S 17,1-3 — Interprété d'après la Septante (comme Dhorme, Segond, Bj, Tob). Litt. « Comme le retour de tous, l'homme que tu cherches ». La passion de David, lors de la conjuration d'Absalom, est une saisissante préfiguration de celle du Christ : cf. aux § 317 , § 338 surtout, et § 351 -352, les // Tirés de 2S 15-16
Gn 45,3-5 ; 50,20) — Plus encore, l'histoire de Joseph annonce la Passion et la Résurrection du Christ. Ici comme là, le Dessein éternel de Dieu tire le bien du mal (cf. BC I*, p. 165 ss. et 195).
// Ex 28,29 — Ce rôle du Christ, que Caïphe prophétise, était celui qui revenait en réalité au grand prêtre. De ce fait, sans le savoir, Caïphe annonce également le remplacement des grands prêtres de la lignée d'Aaron par l'Unique Eternel Grand Prêtre : He 5,1-10 et 7,11-28 (bc i/Lz et Lx); He 9,11-20, en // au § 352 .
// 1Jn 2,2 2Co 5,14 — C'est l'affirmation fondamentale du Credo : « Pour nous, Il a été crucifié ». Lui-même l'a prédit : Il donnera sa vie « en rachat de la multitude » § 255 — Mt 20,28*, et Is 53,10-11, en // à ce même §).
Tout se met en place pour la Passion. Les controverses de Jn 7-8 et 10, appuyées par les deux miracles retentissants de l’Aveugle-né puis de Lazare, provoquent d'une part la décision, par les autorités juives, de « faire mourir » Jésus, et d'autre part l'enthousiasme de la foule des Rameaux § 273 -75) qui — après un dernier duel verbal d'une violence extrême § 279 -307) — pressera les adversaires du Christ d'accepter l'offre de Judas § 312 -314)...
268-275. vers l'intronisation, au temple
§ 268. L’aveugle de Jéricho : Mt 20,29-34; Mc 10,46-52; Lc 18,35-43
(Mt 20,29-34 Mc 10,46-52 Lc 18,35-43)
— Avec les Synoptiques, nous reprenons l'ultime montée à Jérusalem, depuis Jéricho. Mais chacun des Évangélistes en traite les épisodes suivant son dessein propre. On est heureux de voir enfin reconnaître que les recherches sur la genèse supposée des textes ont trop et trop longtemps « encombré » l'exégèse, et qu'il vaut mieux en revenir à l'analyse de chacun des récits, pris comme un tout et dans « son originalité rédactionnelle » (a. paul, dans Cahiers Bibliques de « Foi et Vie », n° 9, 1970, p. 44-69).
En Mt, ce qui frappe immédiatement, c'est qu'il y a 2 aveugles, tout comme dans le miracle similaire de 9,27-31*. Mais alors qu'en ce § 95 , la foi surtout était mise en valeur (9,28-29*), cette fois la scène devient accompagnement quasi processionnel, comme d'ailleurs en Mc et Lc (comparer Mt 20,34 Mc 10,52b et surtout ) : c'est le début de ce qui va se grossir en « procession des Rameaux »).
Pour Mc, ce miracle est récit de transition qui, tout à la fois, conclut la 2° partie (voir § 115 *; Introd. aux § 146 -182, et aux § 183 -245), en ouvrant la 3° partie. Bartimée est un dernier exemple du disciple appelé à suivre le Christ (v. 49 et 52b — comparer aussi « que veux-tu que je fasse pour toi », du v. 51, avec la même question à Jacques et Jean, au § 254 — Mc 10,36). Mais l'invocation au « Fils de David » annonce à la fois les acclamations des Rameaux (11,10), et la controverse avec les Pharisiens sur le Messie, fils ou Seigneur de David (12,35-37). Sur tout ceci, cf. B. standaert: L'Év. selon Mc, p. 119-125. En outre, cette 3° partie, qui commence donc sur ce miracle et va se poursuivre par la reconnaissance messianique des Rameaux, puis la Passion, est le développement de la séquence déjà annoncée aux § 162 et § 165 -168) — Mc 8,22-39: 1) guérison d'un autre aveugle (de Bethsaïde), 2) confession de Pierre à Césarée, 3) annonce de la Passion du Christ, et de la nécessaire association des disciples aux souffrances rédemptrices de leur maître.
Lc joint à ce miracle la conversion de Zachée § 269 , dont le parallélisme est souligné par la même réaction de la foule, d'abord peu accueillante, puis enthousiasmée (18,39 et 19,7; 18,43b), ainsi que par l'intégration du miraculé comme de Zachée dans le peuple de Dieu (v. 43) et des « fils d'Abraham » (19,9*).
Mais à travers ces orientations plus particulières, le sens de l'épisode est tout à fait convergent, dans les trois Synoptiques : on est au départ d'une montée triomphale. Que ce soit à la sortie (Mt-Mc) ou à l'entrée de Jéricho (Lc — parce qu'il va placer ensuite l'épisode de Zachée, qui se passe dans Jéricho), Jésus avance sur la route, suivi d'une foule nombreuse, à laquelle vont se joindre d'abord l'aveugle, jusque-là immobile, « assis au bord de la route », puis Zachée, monté sur son arbre pour voir le Christ passer par là (Lc 18,35 et 19,4). La mise en mouvement de Bartimée est particulièrement spectaculaire en Mc (v. 50*).
Mt 20,30; Mc 10,48; Lc 18,38 // Si 47,22 Lc 1,68-72 Is 9,5-6 — Fils de David, etc. : Cf. le miracle similaire, au § 95 — Mt 9,27-31.
Mt 20,32; Mc 10,49-50; Lc 18,40 // Ac 14,8-10 — Jésus, s’arrêtant : double contraste, avec le mouvement itinérant, et avec l'égoïsme inconscient de la foule (et du < groupe >), qui, volontiers, « passerait outre » comme le prêtre et le lévite de la parabole du Bon Samaritain. Jésus, lui, a toujours le temps, comme le Bon Samaritain, comme avec l'hémorroïsse § 143 — Mc 5,30-34*, J. Guillet). C'est qu'il se soucie de tous ; aussi a-t-il entendu ce qu'il y avait de détresse dans ce « cri », que les autres voudraient faire taire. Il a discerné en ce malheureux une de ces brebis qu'il veut ramener au bercail § 263 — Jn 10,16* et § 230 - Lc 15,4-7*). Et Il l'appelle, non moins que Marie de Béthanie : c'est d'ailleurs le même verbe «Lève-toi» de la résurrection § 266 — Jn 11,28-29*). Et lui, jetant son manteau (Mc) : dans sa hâte à quitter tout ce qui gênerait ses mouvements pour aller au Christ, comme Pierre et André, Jacques et Jean (Mc 1,16-20); comme le Jeune Homme riche n'a pas su faire (Mc 10,17-31). Sautant sur ses pieds : C'est le même empressement que Marie § 266 — Jn 11,29*) ; la même guérison spirituelle déjà que celle de l'impotent du // Ac 14,10 Ac 14,
Mt20, 34;Mc 10,51-52;Lc 18,42-43 // Ac 3,16 He 11,6 — Propre à Mt: ému de compassion (cf. § 39 — Mt 8,3*), Jésus toucha ses yeux (cf. § 143 — Mc 5,21-23). Propre à Mc : Rabbouni : ajoute l'affection au simple < Rabbi >, titre de déférence qui signifie originellement < Mon Seigneur >, et pratiquement: < Maître > (Jn 1,38 Jn 1,49 Jn 3,2 Jn 4,31 Jn 6,25 Jn 9,2 Jn 11,8 Mc 11,21 Mc 14,45 — cf. surtout § 287 — Mt 23,7-8*). Le seul autre emploi de < Rabbouni > dans les Évangiles est le cri du coeur de Marie de Magdala au tombeau, quand elle s'entend appeler par Jésus ressuscité (Jn 20,16): un rapprochement de plus entre cette vocation et celles de l'une et l'autre Marie...
Va, ta foi t'a sauvé* (Mc-Lc) : Si Mt ne le répète pas, c'est qu'il avait insisté sur la foi dans son premier récit du miracle des deux aveugles § 95 — Mt 9,28). Sur le rapport < Foi et Miracle, cf. Table des Thèmes. Si Bartimée est « venu près de Jésus », c'est d'abord par sa foi ; c'est elle qui l'a porté à « bondir », dès son appel. Et il l'accompagnait sur la route : La foi ne l'a pas seulement guéri : elle l'engage et le rend disciple : « Car il ne pouvait voir qu'à la condition de suivre le Christ, de prêcher le Seigneur, de dépasser le siècle » (ambroise : Sur Le vin, 84) — SC 52, p. 136). Glorifiant Dieu : comme le peuple louait Dieu (Lc) : cf. § 10 — Lc 2,20*; et § 217 — Lc 13,13*.
En voyant cela : Comme après le miracle de l’Aveugle-né, il y a rapprochement entre le miraculé et les spectateurs. Seulement, cette fois, ils voient aussi et rendent grâces à Dieu avec Bartimée, au lieu que les Pharisiens s'étaient aveuglés eux-mêmes § 262 — Jn 9,39-41*).
§ 269. La vocation de Zachée : Lc 19,1-10
(Lc 19,1-10)
— Voir l'introduction au § 268 , // Le. N'est pas sans rapport non plus avec la vocation de Lévi § 41 -42*) ; et la conclusion (v. 10) évoque le refrain des 3 paraboles de la Miséricorde § 230 -232) — Lc 15,6.9.24.32). Ainsi, d'un bout à l'autre de son Évangile, Saint-Luc annonce la Bonne Nouvelle de la vocation des pécheurs — à la conversion, certes ! (19,8), mais aussi à une communion aussi intime avec le Christ que de le recevoir à demeure, « chez soi » (v. 5-7 ; cf. § 327 — Jn 14,23, et son // Ap 3,20).
Au surplus, avec saint ambroise, félicitons-nous avec humour de ce que cet Évangile — et quelques autres : rappelons-nous, en Lc 8,3, les femmes qui assistent Jésus et les Apôtres « de leurs ressources », ou encore, Joseph d'Arimathie - « nous permette de rentrer en grâces avec les riches puisqu'ils sont appelés, eux aussi, à la même communion et générosité que Zachée: le crime n'est pas dans les richesses, mais de mal en user » (Sur Lc VIII, 84-85) — SC 52, p. 137).
Lc 19,1-4 // Mt 21,31 Ps 106,4-5 — Publicain*. Petit de taille : « Il n'avait pas encore vu Jésus, c'est donc vrai qu'il était petit » (ambroise); et d'autant plus noyé dans la foule. Car elle est toujours là. Le retrait dont parle Jn 6,66 est surtout spirituel,: la plupart n'ont pu « suivre »* par la foi l'enseignement du Christ sur le mystère eucharistique ; mais ce n'est pas dire que l'on ne continue pas d'être friand de miracles. La vue rendue à Bartimée vient de raviver l'enthousiasme populaire, et il faut être sensible à cette liesse qui « accompagne » le Christ, et va le porter triomphalement jusque dans le Temple § 273 et 275).
Reste que, pour accéder à la rencontre plus personnelle, il est bon et parfois nécessaire d'émerger de cette < ambiance > émotive et contagieuse (cf. § 143 — Mc 5,40), en s'élevant par un acte plus délibéré, donc plus libre, de foi, d'espérance et de charité — comme Zachée montant sur le sycomore nous en donne l'image; même si, au départ, il ne cherchait qu'à « voir Jésus ».
Lc 19,5-7 // Ps 122,1-2 — Jésus leva les yeux : Il y a bien, pour commencer, contact physique. Mais aussi, comme pour l'aveugle, une attention particulière qui est déjà rencontre, et appel § 268 — Mc 10,49*).
Il faut*. Aujourd’hui : Comme Jésus dira au bon larron : « Aujourd'hui tu seras avec moi... » § 353 — Lc 23,43) ; cet < aujourd'hui > revient au v. 9*. Que je m’arrête : Comme avec l'aveugle (Mc 10,49*); mais c'est aussi le verbe de Saint-Jean : < demeurer >*. En ta maison : Avec l'intimité qu'impliqué le seul fait de s'inviter ainsi. Comme toujours, dans la réciprocité de l'amitié et du don : « moi en eux, mais eux avec moi » (Jn 17,21-24). Et comme Il demande à boire à la Samaritaine : pour mieux lui révéler le don (préalable) de Dieu (Jn 4,7-10). Recevoir le Christ « en notre maison » ou « entrer dans son Royaume », c'est le même et unique mystère de notre union mutuelle. D'où le // Ps 122,1-2, évoquant au surplus l'entrée à Jérusalem et jusque dans le Temple, qui va de pair avec l'entrée dans la maison de ce pécheur — comme, une fois de plus, on va le reprocher au Christ (cf. § 42 — Lc 5,30* ; cf. 15,2, au § 230 .
Zachée se hâta de descendre : répondant au « descends vite » du Christ. Voir § 268 — Mc 10,50*, et § 266 — Jn 11, 29: « Vite, Marie se leva ». Mais cf. d'abord la première rencontre de Gn 18, où Dieu reçoit l'hospitalité d'Abraham également sous le signe de l'empressement (BC I*, p. 106) — Gn 18,6-8). Or, ici, on voit que le zèle de l'amour est réciproque !
Lc 19,8-10 // Ex 21,37 2S 12,1-6 — Debout, dans sa petite taille : les Evangiles sont aussi visuels. VoicI*. Donner aux pauvres : Sur l'insistance des < Evangiles >, et spécialement Saint-Luc, à encourager la distribution des biens, cf. § 60 *, § 205 *, § 253 — Lc 16,9*; et 249) — Lc 18,21-22*.
Mais, outre le don, il y a le devoir de restitution : « car l'un ne va pas sans l'autre, et les largesses n'ont pas de mérite si l'injustice subsiste » (ambroise: ). La Loi du Sinaï exigeait de rendre soit le double (Ex 22,3 Ex 22,6), ou avec intérêt (Lv 5,21-24 Nb 5,6-7), soit parfois le quadruple (// Ex 21,37 cf. // 2S 12,6). Zachée choisit donc le plus.
Aujourd’hui : Une fois encore. C'est l'« hodie » de la Présence (cf. § 10 -Lc 2,11*; et § 30 — Lc 4,21*). Le salut est venu : car c'est Lui-même, Jésus.
Lui aussi est fils d’Abraham : // Ga 3,7; Rm 4,16 — Comme la femme courbée était « fille d'Abraham » § 217 — Lc 13,16*); et à l'inverse des Pharisiens, « fils du diable » § 261 — Jn 8,33-47*). C'est toujours le transfert de l'héritage, passant de la descendance charnelle, mais infidèle, du patriarche, à sa descendance spirituelle par la foi — transfert annoncé dès Mt 8,11-12* § 84 , et de façon particulièrement provocante en Mt 21,31 (en // au début de ce § 269 . Mystère que saint Paul a pris pour thème central des Épîtres aux Galates et aux Romains (cf. //), et qu'il fait rentrer — comme Jésus en conclusion de cette scène (Lc 19,10 — dans le plus grand mystère de la Sagesse providentielle du dessein divin de Salut, dépassant toute compréhension humaine (Rm 11,33-35).
§ 270. La parabole des mines : Lc 19,11-27.
(Lc 19,11-27)
Pour le commentaire, se reporter au § 306 , Mt regroupant cette parabole (des talents) avec celles des dix vierges et du Jugement dernier, en son ch. 25.
§ 271. L'approche de la pâque : Jn 11,55-57
(Jn 11,55-57)
— Pour nous, qui savons la suite — mais donc aussi pour Jésus, qui ne la savait pas moins — ce rappel de la Pâque, au milieu de ce trajet triomphal, est rappel de la Passion qui vient.
afin de se purifier: // Nb 9,6-13; 2Ch 30,17 Ac 21,26 — Le souci de se présenter < pur >* à la fête — que manifesteront encore les Pharisiens, au matin du Vendredi-Saint (Jn 18,28 — n'est pas méprisable. C'est au contraire une nécessité pour s'unir au Dieu très Saint : « Prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël ! » (Am 4,12). Encore faut-il que l'on cherche surtout la pureté « en Esprit et en vérité » § 81 — Jn 4,23-24*). Jn 11,56-57) — Rappelle § 256 — Jn 7,12-13.
§ 272. L’onction de Béthanie : Jn 12,1-11 ; (Mt 26,6-13 Mc 14,3-9 cf. aussi Mc 12,3) — Lc 7,36-50*)
(Jn 12,1-11 Mt 26,6-13 Mc 14,3-9 Lc 7,36-50*
— « peu de problèmes exégétiques ont été autant discutés au cours des siècles que le rapport [entre ces 4 textes, ainsi qu'entre Marie de Béthanie, la pécheresse de Lc 7 et Marie-Madeleine] ». Sans prétendre trancher, ni même donner un exposé complet du débat, nous suivrons ici, dans leur ensemble, les remarques d'A. Feuillet dans R.Th. 1975, pv357-394 et dans « Esprit et Vie » 1985, p. 193-203. Les différences entre les Évangélistes semblent s'opposer si l'on prend chaque récit comme un tout achevé ; par contre dès lors qu'on cherche à tirer des variantes leur apport propre, elles s'agencent entre elles comme les morceaux d'un puzzle dont l'unité se dégage à mesure que l'on progresse (et même s'il reste encore des fragments non repérés).
Mt, Mc et Jn ont d'abord en commun le cadre : peu avant la Pâque (Jn : 6 jours; Mt-Mc : 2 jours), à Béthanie, au cours d'un repas (Mc-Jn), une femme répandit sur Jésus un parfum précieux, ce que les disciples réprouvent mais que Le Christ justifie et loue hautement (voir Jn 12,7-8*).
Mt et Mc nous disent que c'était « dans la maison de Simon le lépreux ». Jean précise que « Lazare ressuscité était l'un des convives » et que « Marthe servait » (comme au § 192 — Lc 10,38-42), et que surtout la femme qui verse le parfum, c'est Marie, leur soeur. Précisions diverses, mais non contradictoires. « Marthe sert, Marie répand l’onction : ainsi, par toutes deux, se parachève la dilection totale » (Cyrille d’Alexandrie: Pg 74,73).
Jn 12,3; (Mc 14,3 Mt 26,7) : Un vase d'albâtre (Mt)... qui n'avait jamais été ouvert (Mc-Jn) : Le mot < Pistikos > ne se retrouve pas ailleurs dans la Bible. On le traduit souvent : de nard pur, ou de vrai nard, en supposant que ce mot vient de < Pistos >, digne de foi, donc authentique. Mais nous nous référons à un récit du P. Lagrange ; après rédaction de ses commentaires des Évangiles, il avait trouvé dans les souks de Terre Sainte un < parfum de confiance > (= nardi pistici) qui se vendait dans des flacons fermés comme nos ampoules de pharmacie (donc invérifiable jusqu'à ce qu'on en brise l'ouverture). C'était bien un parfum que l'on acquerrait < de confiance > < digne de confiance > < pistikos >. Un cas entre autres de la pérennité des traditions... D'où notre traduction qui cherche à rendre le caractère définitif du geste de Marie, brisant le col du vase (Mc) pour en répandre le parfum.
Mais en outre, n'est-il pas vraisemblable qu'en employant ce mot insolite, l'Évangéliste joue également sur le rapprochement: < Pistikos > — < Pistis >, suggérant par là même que le plus précieux, pour le Christ, c'est la foi ou la fidélité dont témoigne le geste surprenant de Marie ?
Il n'aurait rien d'étonnant si elle s'était bornée à répandre le parfum sur la tête de Jésus (Mt-Mc), car c'était si coutumier que, dans la scène avec la pécheresse de Lc 7,36-50, le Christ reproche à Simon de ne pas avoir oint d'huile sa tête. Mais d'après Jean, Marie a versé le parfum sur les pieds de Jésus. Ce n'est pas contradictoire /ion plus, car elle peut fort bien avoir fait les deux. Mais il se trouve que le IV° Évangile, par ailleurs, suit Me : ils ont en commun < Pistikos >, l'estimation des 300 deniers, et le « Laissez-la » (Jn 12,7*). Si maintenant l'Évangéliste préfère parler de l'onction sur les pieds, en ajoutant que Marie les essuie ensuite avec ses cheveux, ce ne doit pas être sans intention. Or tout ici est surprenant : non seulement la quantité de parfum (« une livre romaine » = 327 gr.) et le prix (300 deniers = 300 journées de travail) sont exorbitants, mais la soeur de Lazare enfreint les coutumes en se livrant à une tâche normalement attribuée aux esclaves, comme d'oindre les pieds de l'hôte; et plus encore lorsque, pour les essuyer, elle dénoue ses cheveux.
Or le lecteur des Évangiles a déjà été témoin d'un geste tout aussi excessif : celui de Lc 7,36-50 où la pécheresse essuie également de ses cheveux les pieds de Jésus qu'elle vient de baigner de ses larmes, avant de les oindre de parfum. Il semble difficile aujourd'hui — étant donné tout ce que l'on sait des recoupements entre les Évangiles de Lc et de Jn — de ne pas mettre en relation les deux épisodes. On est même amené à penser, comme a. lemonnyer déjà (Rech. sr 1928, p. 103-117), que si Jn caractérise Marie comme celle « qui avait oint le Seigneur... et qui avec ses cheveux lui avait essuyé les pieds », ce doit être que son geste n'avait pas été fait par une autre avec laquelle on risquerait de la confondre, et que par conséquent, la femme laissée discrètement dans l'anonymat par Lc 7 serait bien, elle aussi, Marie de Béthanie (A. Feuillet en arrive à une conclusion semblable).
Dans ce cas, au surplus, tout s’éclaire : l'onction de Béthanie < fait mémoire > (au sens liturgique, où le rite rend présence à un événement passé) de la première onction, celle qui avait scellé la rencontre, le pardon, et l'amour humblement reconnaissant de cette femme pour le Sauveur. Le parallélisme des circonstances: un repas, chez un autre Simon — est pour Marie l'occasion de renouveler l'expression de sa gratitude, toujours aussi vive, en un geste mal compris par les assistants, mais qui pour elle se trouve chargé de toute une signification. Et l'attention aimante de Jésus le saisit parfaitement.
la maison fut remplie de l'odeur du parfum: Venant de Saint-Jean, la remarque n'est sans doute pas anodine. Il y a d'abord le symbolisme de « la bonne odeur des sacrifices » (Gn 8,21 Lv passim ; Esd 6,10 Jdt 16,16 Ep 5,2). Mais plus directement encore, ce sont les croyants eux-mêmes qui, par leur exemple comme par leurs paroles deviennent « en tout lieu », la bonne odeur du Christ, qu'ils font ainsi connaître et aimer (// 2Co 2,14-15). Par suite, que l'odeur du parfum ait rempli la maison comme, dans la vision d'Isaïe 6,3, « la gloire de Yahvé emplit la terre », pourrait bien être une image prophétique de ce que le Christ annoncera précisément en terminant : « ce qu'a fait cette femme sera prêché dans le monde entier », et son parfum emplira donc l'univers. Si Saint-Jean, curieusement, ne reproduit pas cette Parole ultime, ne serait-ce pas qu'il estimait avoir dit l'équivalent au figuré ? C'est ce que supposent également la Tob (note c) et A. Feuillet, (sans toutefois donner comme ici à l'appui les // 2Co 2,14-15 et Is 6).
// Rt 3,1 1R 10,10 Ct 1,12 — Entre Ruth aux pieds de Booz pour obtenir de lui qu'il exerce en sa faveur le < droit de rachat > en l'épousant, et Marie aux pieds de son < Rédempteur >, il y a le rapport — et toutes les différences — de la figure à la réalité mystique, ainsi annoncée en image. De même, le jeune Salomon en toute sa gloire était figure du Christ, et l'hommage de la Reine de Saba se retrouve en la prodigalité même de Marie. Enfin, le // Ct 1,12 donne le ton, qui est celui de l'amour.
Jn 12,4-6; (Mt 26,8-9 Mc 14,4-5 — Jn précise que l'attaque « des disciples » (Mt-Mc) est menée par Judas. Voleur, et à bonne source, puisqu'il « tenait la bourse » (cf. 314*). Ainsi les édifiantes indignations en faveur des pauvres (aujourd'hui, obligatoirement : « des plus pauvres ») peuvent-elles couvrir toutes sortes de motifs inavouables — ce qui n'est pas une raison pour taire ou ignorer l'urgence et l'importance des besoins...
Jn 12,7-8; (Mt 26,10-12 Mc 14,6-8) // Dt 15,9-11 — Laisse-la : au sens de : « Laisse-la tranquille », ou « Laisse-la faire ». Un noble geste (Mt-Mc): On traduit d'ordinaire: « une bonne oeuvre » (Vg : bonum opus), comme l'est effectivement d'« ensevelir les morts »: cf. l'exemple de Tobie, 1,17-19; 2,3-8; cela complète la liste des oeuvres de la charité de Mt 25,35-36. Mais, dans le cas présent, la reconnaissance de cette < bonne oeuvre > viendra seulement en 2° lieu, au v. 8 de Me. Ici, encore que le grec associe le < kalos-kagathos >, c'est bien la beauté, la noblesse de l'acte qui est valorisée. Contre le calcul trop uniquement raisonnable des disciples (et secrètement intéressé de Judas), Jésus commence par nous rappeler que — même pour le bien de l'humanité — il faut préserver le droit d'actes ou d'oeuvres qui vaillent en eux-mêmes, pour leur beauté morale et même artistique : car les hommes n'en ont pas moins besoin que d'affection et de pain.
toujours, vous avez les pauvres avec vous: au présent. Ce n'est pas une prédiction démobilisatrice, même si chaque époque aura en effet ses pauvres (et dans la nôtre, on parle d'un surcroît de < nouveaux pauvres >). Le Christ songe d'autant moins à détourner de secourir des pauvres qu'il cite ici une prescription du Deutéronome (// 15,9-11) sur l'année sabbatique, destinée à empêcher l'accaparement définitif des terres, et par conséquent de valeur si fondamentalement < sociale>, qu'elle ne fut qu'exceptionnellement pratiquée (BC I*, p. 352-53). Toute l'Écriture, et notamment Lc, encourage cette générosité : par exemple Ps 112,5-6, en // à Mt et Mc, au § 313 .
Mais moi, vous ne m'avez pas toujours : Comme Jésus en avait prévenu dès les premières controverses, à propos du jeûne : « viendront les jours où l'Époux leur sera enlevé » § 43 — Mc 2,19-20*). Jésus l'a su, dès le début. Mais à présent, ces jours sont si proches qu'on fait bien de penser déjà à sa sépulture.
Pour ma sépulture : La justification de l'acte < fou > de Marie vient du sens que Jésus lui reconnaît. Mc l'explique le plus clairement : on embaume les morts; le geste de Marie prend par conséquent valeur symbolique, pré-figurative, de ce que les saintes femmes voudront faire au matin de Pâques § 359 *) ; mais en réalité, nous savons qu'elles seront devancées par la Résurrection : Marie, elle a fait ce qu'elle avait en son pouvoir, par anticipation. Avec A. Feuillet, notons que cette explication par le symbolisme de la sépulture ne vaudrait plus s'il n'y avait eu que l'onction de la tête — la seule mentionnée par Mc, mais qui n'a pas de rapport avec la mort. L'onction ne prend son sens funéraire que pour l'embaumement des pieds, que nous connaissons seulement par Saint-Jean : ainsi, même là où les Évangélistes diffèrent, ils se complètent au point que le sens est à la jonction de ce qui deviendrait incohérent, si l'on s'en tenait aux données d'un seul Évangile.
Disant au fond la même chose, Jean paraît obscur — Me aidant à l'interpréter. C'est d'abord que Jn met davantage en valeur la portée symbolique, rituelle — d'où notre traduction : [ce rite] — de la prodigalité de Marie. Mais en outre, il le fait à sa manière, de façon elliptique, sous-entendant : [cela est arrivé] afin qu'elle observe effectivement ce rite de sépulture. C'est R. schnackenburg, cité par A. Feuillet, qui a montré qu'une telle formule, explicite en Jn 19,36, reste le plus souvent sous-jacente: cf. 12,38; 13,18; 15,25; 18,9.32; 19,24.
Marie aurait-elle donc eu connaissance < prophétique > de la mort prochaine de Jésus ? L'Évangile ne le dit pas, et nous n'avons donc pas à entrer dans cette question. Mais sans même parler d'une possible révélation intérieure, ne pouvait-elle en avoir un pressentiment, soit par elle-même, soit par un phénomène de < communication de pensée > avec Celui auquel son amour l'unissait si profondément. Car Lui, en tout cas, le savait, comme le montre l'aplomb de sa prédiction.
Bérulle : Élévation... vers sainte Magdelaine, p. 566 : Quoi, Seigneur, vous êtes vivant et donnant vie aux morts, et le Lazare depuis peu ressuscité est lors même en votre compagnie, et vous parlez de mort en ce banquet et en cette action. Pas un ne pense à votre mort, car vous êtes la vie, et Magdelaine n'y pense pas, car vous êtes sa vie : comment donc ne sachant rien de votre mort, prévient-elle votre mort, et votre sépulture ? Le secret de la Croix ne lui est pas révélé... elle ne sait pas que ces pieds qu'elle arrose de ses liqueurs, seront bientôt percés et cloués... Mais vous le savez, Seigneur, et vous le savez pour elle, car votre esprit et le sien n'est qu'un, et elle opère saintement de votre connaissance sans la connaissance: et son esprit n'étant qu'un avec le vôtre, la connaissance de l'un conduit l'amour de l'autre...
(Mt 26,13 Mc 14,9 — On aurait pu penser que l'éloge était hyperbolique. Mais pas du tout, car cette nouvelle prédiction s'est réalisée à la lettre, jusqu’à nous. Comme nous en avertissait le « Amen, je vous le dis », loin que l'Évangile grossisse les faits ou les paroles de Jésus, c'est la Réalité de son Mystère qui dépasse toute parole... (Sur l'omission, par Saint-Jean, de cette prophétie, Jn 12,3 « et la maison fut remplie de l'odeur du parfum »).
Jn 12,9-11) — Rappel du rôle décisif que la résurrection de Lazare joue dans la précipitation du dénouement — celui que précisément Jésus vient d'annoncer à propos de l'onction de Marie.
Ils résolurent de tuer aussi Lazare : Quel projet stupide, quelle aveugle répression ! Le Seigneur qui eut le pouvoir de ressusciter Lazare quand il était mort, ne le pourrait-il plus quand il aurait été tué?... Eh bien ! le Seigneur a fait les deux: Il a ressuscité le défunt Lazare, et Il s'est ressuscité lui-même, que l'on avait tué... (Augustin : Sur Jn, Tr. 50 in fine — Vives 10, p. 148).
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