§ 193-195. Sur la prière: Lc 11,1-13; (Mt 6,9-13 Mt 7,7-11)
(Lc 11,1-13 Mt 6,9-13 Mt 7,7-11)
— Voir au
§ 62 le commentaire sur le Pater avec, en introduction, les rapports Mt-Lc. Luc y ajoute la circonstance qui fait de ce Pater à la fois une réponse au désir à'apprendre à prier — aujourd'hui non moins qu'au temps du Christ — et une révélation de la prière filiale de Jésus lui-même, dont Le témoigne en toute occasion (
§ 24 ) — Lc 3,21*. — Relevé détaillé, fondant un exposé général, par
A. George : Sur Luc, p. 395-427). C'est pourquoi l'Église a tenu cette prière pour un précieux héritage (< Testamentum > novum), qu'elle avait à transmettre solennellement, à ceux en particulier qui allaient recevoir le baptême, en les exhortant à « renouveler en leur coeur le saint mystère de la prière du Seigneur » qui leur était alors révélé (Gélasien I, 36) — Môhlberg n° 319-328). D'où les //
1Co 11,23 et Ph 4,9, où Paul invoque déjà cette < tradition >, soit de l'eucharistie, soit de la conduite chrétienne.
En outre, Lc regroupe ici deux autres avis sur la prière : persévérance et confiance. La parabole de l'ami importun (
§ 194 ) est proche de celle du juge et de la veuve (
§ 244 ) — Lc 18,1-8). Son application à la prière se trouve indiquée de façon expresse par le « Et moi je vous le dis... » liant à la parabole ce
§ 195 , qui en devient une application. Voir son commentaire au
§ 70 *.
Luc semble prendre soin de ne pas promettre une efficacité à tout coup, en remplaçant notamment « les bonnes choses » en général de Mt 7,11, par « l'Esprit Saint » (
Lc 11,13). De même, on ne retrouvera, dans tout Saint-Luc, d'affirmation que sur la toute-puissance de la foi (
§ 239 ) — 17,5-6), et non de la prière comme en Mc 11,24* (
§ 278 ) — Sur La prière et son efficacité dans l'Évangile de Lc, cf. I.
dupont, dans Rech. sr 1981, p. 45-55). Surtout, en se fondant sur le rôle de l'Esprit, source de cette prière filiale d'après Rm 8,15.26-27,
rupert montre que ce don de l'Esprit, au v. 13, répond à la demande initiale d'apprendre à prier (v. 1); d'où les liens entre les 3 paragraphes:
Rupert de Deutz : Sur Mt v (PL 168,1429): Que demandons-nous? Que cherchons-nous ? L'Esprit Saint. « Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père du ciel donnera l'Esprit bon à ceux qui le lui demandent ! » — sous-entendu : l'Esprit qui vous apprendra à prier ; car vous avez dit : « Seigneur, apprends-nous à prier »...Et si tu cherches le chemin le plus court, pour acquérir la science de la prière, tu n'as qu'à persister à demander au Père, comme si tu étais l'ami importun : « Donne-moi l'Esprit bon, donne-moi l'Esprit Saint! » Et quand il te l'aura donné, tu auras vraiment la science de la prière; et tu seras si véhémentement occupé dans l'oraison, que c'est à peine si tu pourras prononcer un mot. Car le continuel gémissement de l'Esprit devancera l'office de la parole, et prendra pour lui toute la place.
§ 196-198. Jésus et Satan: Lc 11,14-26; (Mt 12,22-30 Mt 12,43-45 Mc 3,22-27)
(Lc 11,14-26 Mt 12,22-30 Mt 12,43-45 Mc 3,22-27)
§ 199. « Bienheureux plutôt... » : Lc 11,27-28
(Lc 11,27-28)
— Au
§ 140 , se trouvait une parole du Christ allant même jusqu'à faire de ceux qui « écoutent la Parole et l'accomplissent, sa mère et ses frères » (Commentaire au
§ 122 *). Mais la différence des intervenants et de l'occasion rendent complémentaires ces deux répliques parallèles.
Au lieu de sa famille, incompréhensive mais qui se croirait volontiers des droits sur Jésus (
§ 115 ) — Mc 3,20-21*), en cette femme anonyme perdue dans la foule, c'est la « vox populi » qui s'élève et ne cessera plus, suivant la prophétie du Magnificat — « toutes les générations diront bienheureuse » la Vierge Marie — que Luc n'avait probablement pas oubliée quand il rédigeait le présent Evangile. Que cette louange vienne plus encore des humbles, unanimes et sans réticence, n'est que plus évangélique...
Comment Jésus la démentirait-il, lui qui est né de ce sein (même mot qu'en Lc 1,41 Lc 1,42 Lc 1,44) et qui s'est nourri de ce lait maternel ? Seulement, suivant son habitude, Il veut élever l'esprit de ceux qui l'écoutent, des sentiments naturels au point de vue sur-naturel, où ce qui compte n'est pas « la chair et le sang » mais l'engagement de la foi. Marie n'est pas moins première en ce domaine, elle « qui a cru », dès le premier instant (Lc 1,45* ; cf. 1,38*).
Mais ce que cet Évangile veut nous révéler surtout, c'est que la Parole du Christ, reçue par la foi (//
1P 1,23 1P 1,25) est en nous comme elle le fut en Marie (
§ 4 ) — Lc 1,38*), « semence » pour nous « ré-engendrer » à la vie divine (ce que ne pourrait un simple « vouloir d'homme »:
Jn 1,12-13*), et nous donner de participer à la Béatitude de Marie, comme à sa parenté (
§ 122 *).
§ 200. Le signe de Jonas et la reine de Saba : Lc 11,29-32
(Lc 11,29-32)
§ 201. Double parabole de la lampe : Lc 11,33-36
(Lc 11,33-36)
§ 202-203. « Malheur à vous, scribes et pharisiens... » : Lc 11,37-54; 12,1
(Lc 11,37-54 Lc 12,1)
— Luc n'a pas retenu la double mise en garde du Christ contre les traditions et le « levain » des Pharisiens (
Mt 15,1-20 Mt 16,6). Mais il en garde l'essentiel ici, en même temps que de la critique et des 7 malédictions que Mt situe plus tard, entre les Rameaux et la Cène (
Mt 23). Voir les commentaires aux
§ 154 -155*,
§ 161 * et
§ 287 -288*.
§ 204. La confession du Christ et de l'Esprit Saint: Lc 12,2-12
(Lc 12,2-12)
—Voir le commentaire (y compris des //) aux versets correspondants de Mt, soit :
§ 101 * pour Lc 12,2-9;
§ 118 * pour le v. 10;
§ 293 * pour les v. 11-12.
205-216. Urgence de la conversion : Lc 12,13-13,9
(Lc 12,13-13,9)
Introduits par le
§ 204 , évoquant de futures persécutions, les
§ 205 -216 ont en commun une perspective eschatologique, de plus en plus évidente et pressante: pour nous détacher des biens de ce monde en nous tournant vers l'autre (
§ 205 -207), nous inviter à la vigilance (
§ 208 -211), enfin discerner dans « les signes des temps » et la venue même du Christ (
§ 212 -213) l'urgence de nous réconcilier et nous convertir (
§ 214 -216).
§ 205-207. Thésauriser pour le royaume: Lc 12, 13-34
(Lc 12,13-34)
— L'occasion vient de ce que l'on a eu recours à Jésus comme on le faisait avec les rabbins, pour qu'il serve de médiateur dans une affaire d'héritage (
Lc 12,13). Or le « Maître » se refuse, par principe (
Lc 12,14), à entrer dans ces questions d'argent, comme Il se défend contre toute exploitation politique, temporelle, de son prestige de thaumaturge, de prophète et de < Messie > (
§ 151 ) —
Jn 6,15*; cf. le < secret messianique >*). Cependant, une fois de plus Il en profite pour hausser l'esprit de ses interlocuteurs des intérêts temporels au « trésor » éternel (
Lc 12,21 et
Lc 12,33-34) qui est le Royaume (v.
Lc 12,31-32): on voit que les 3 paragraphes 205-206-207 aboutissent à une même < leçon >, qui est une mise en garde contre l'excessive préoccupation des biens de ce monde.
Lc 12,14 — « Homme... » : Peut-être cette appellation traduit-elle une certaine « mise à distance » du Christ (Tob) : mais plutôt, semblerait-il, l'écart entre les intérêts trop humains de cet homme et cette sphère du divin qui, en Jésus, s'est incarné. « Qui m'a établi juge ou arbitre ? » //
Ex 2,14 — Bien que les termes ne soient pas matériellement les mêmes, il est difficile de ne pas rapprocher la réponse du Christ du précédent qui se trouvait en Moïse. Et de fait, on le trouve indiqué dès le discours d'Etienne (
Ac 7,27 Ac 7,35). Seulement, comme Moïse n'avait pas à s'imposer de sa propre initiative et par la violence (BC I*, p. 206), mais devait être appelé par le Dieu du Sinaï à devenir, sur-naturellement, non pas seulement « arbitre » des différends terrestres, mais « chef et rédempteur » (
Ac 7,35 — et en cela, il était évidemment le < type > du Nouveau-Moïse — ainsi le Christ décline-t-il cet hommage intéressé parce qu'il a mieux à nous donner qu'un héritage terrestre : bien plutôt, Il vient nous appeler à son propre héritage, céleste, de Fils (
Rm 8,17). Et s'il doit nous départager, c'est en vue du Royaume, par le Jugement dernier (
§ 212 ) — cf.
§ 307 ) —
Mt 25,31-46*).
Lc 12,15 — Indique bien le double propos, et de la parabole, et de tout ce qui suit aux
§ 205 -207 : d'une part convertir l'avarice, qui est un égoïsme et une idolâtrie, en report de confiance filiale (
§ 206 ), qui rendra libre de disposer généreusement de ses biens en aumônes (
§ 206 -207) ; d'autre part, pour encourager à cette difficile conversion, rappeler la précarité des biens de ce monde, par le fait de l'imminence toujours éventuelle de notre mort.
// Pr — Si — Qo: Ce double avertissement est d'une sagesse si naturelle qu'on la retrouverait sans doute dans les proverbes de toutes les nations, à commencer par ces // . L'Évangile hausse la perspective, en substituant à cette prudence, réaliste mais assez limitée (// Pr 18,11 et Pr 27,25-27), la visée sur-naturelle de la charité envers Dieu et envers le prochain (Lc 12,21*).
Lc 12,21 //
Gn 41,33 Gn 41,35-36 Gn 41,42 Gn 41,54-55 — Thésaurise pour lui-même / riche en vue de Dieu : Voilà établie l’alternative : non pas entre pauvreté et richesse, mais entre plénitude terrestre, temporaire, ou céleste, éternelle. D'un côté l'avarice, fermée sur elle-même, stérile et d'avance condamnée par une mort inévitable; de l'autre, la générosité qui distribue aux autres, plus pauvres, ce qu'on a reçu de la libéralité du Créateur et de la nature. Le patriarche Joseph en a été un bon exemple (//
Gn 41-42 — cf. BC I*, p. 178); mais en cela, lui-même présageait le Christ qui, loin de garder avaricieusement pour Lui seul sa nature et sa richesse divine, s'est anéanti en s'incarnant (
Ph 2,6-8), comme le blé jeté en terre (
§ 309 ) —
Jn 12,24*), pour vaincre en sa mort le Démon, lui arracher ses dépouilles et les distribuer aux pauvres (
§ 197 ) —
Lc 11,21-22.
S. Legasse rappelle, dans
NT 1962, p. 9, que l'emploi de ce verbe par Luc se limite à la distribution des biens aux pauvres: cf.
Lc 18,22 Ac 4,35). Le Christ est donc l'antithèse du riche insensé de la parabole (et aussi du riche de
§ 236 ) —
Lc 16,19-31), comme il était précédemment, à l'inverse du prêtre et du lévite juifs, le Samaritain charitable (
§ 191 *). Et en cela, Il est le modèle du < bon > riche, pour apprendre à distribuer en aumônes « cet argent maudit et s'en faire des amis qui nous reçoivent au ciel » (
§ 233 ) —
Lc 16,9). C'est exactement ce que dit ici l'expression « riche en vue de Dieu » c'est-à-dire, comme l'interprète S. Legasse (Ph ), « la distribution de sa fortune aux pauvres, en vue de se réserver un accueil favorable auprès de Dieu ».
La merveille, une fois de plus, est que « Jésus étant tout dans l'Église »
(Olier) et dans l'humanité, en même temps que modèle du riche, Il s'est si bien solidarisé avec les pauvres qu'en les secourant c'est de Lui qu'on se fait un ami accueillant et nous donnant part à l'héritage céleste, même si la mort vient nous priver de nos biens et héritages terrestres (
§ 307 ) —
Mt 25,31-46).
Il y a tout cela dans le commentaire de Basile — bien plus plein de sens qu'il ne paraîtrait à un lecteur superficiel. S'y ajoute même, vers la fin, un jeu de mots sur cette âme dont le riche avare se congratule, alors qu'il est en réalité sans âme, puisqu'on accumulant son argent c'est au contraire l'âme (= la vie) des pauvres qu'il détient odieusement:
BASILE : Hom. sur le Riche insensé (PG 31, 261 ss; Vives 3, 61 ss): On nous donne ici l'exemple d'un riche qui possédait déjà des richesses et en espérait d'autres. Le Dieu très bénin ne le condamna pas dès le début : on dirait plutôt qu'il espérait, à force de bienfaits, provoquer enfin son esprit à la générosité envers les pauvres. Car, pourquoi fertiliser les champs d'un homme qui n'en ferait rien de bon ? Pour que resplendisse la patience de Dieu ! sa bonté qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes, qui fait lever son soleil sur les mauvais et les bons. Qu'y a-t-il de répréhensible chez cet homme ? Son âpreté, son avarice qui refuse de donner: voilà ce qu'il rend à Dieu son bienfaiteur! Il ne songe pas à la commune nature, il ne pense pas que son superflu doit être donné aux pauvres, il n'a aucune idée du précepte : « N'oublie pas de donner aux pauvres » (Pr 3,27), « Romps le pain pour celui qui a faim » (Is 58,7) : il n'entend pas l'appel de tous les prophètes et de tous les docteurs.
Les greniers trop pleins éclataient, mais le coeur cupide n'était pas rempli. C'est pourquoi furent inutiles ses réflexions et ses projets. « Que vais-je faire ? » dit-il. Qui n'aurait pitié de cet homme ? Il est malheureux parce que sa terre est fertile, pitoyable pour les biens acquis, plus pitoyable encore pour ceux qu'il attend. Il se plaint comme un pauvre : « Que faire ? » dit-il. N'est-ce pas ainsi que se lamente celui qui manque de tout ?...
Prends conscience, ô homme ! Qui est celui qui donne ? Souviens-toi de toi-même : qui es-tu ? De quoi es-tu responsable ? De qui l'as-tu reçu ? Pourquoi as-tu reçu plus que beaucoup d’autres ? Tu es devenu le ministre du Dieu très bon, afin d'administrer pour tes co-serviteurs. Ce qui est entre tes mains, tu dois le considérer comme ne t'appartenant pas. Pour un peu de temps, tu jouis de ces biens, puis ils passent, et l'on t'en demandera un compte strict. « Que ferai-je ? » dis-tu : il fallait dire : « Je remplirai l'âme du pauvre, j'ouvrirai mes greniers, j'inviterai tous les malheureux... Je lancerai cet appel magnifique : Vous tous qui manquez de pain, venez à moi! Que chacun prenne sa part, comme d'une source qui appartient à tous, du bienfait donné par Dieu ! »
Ils étaient là, ceux qui réclamaient l’âme ! Et lui, il dialoguait avec son âme au sujet de ses provisions...Imite donc la terre, ô homme ! Porte du fruit comme elle. Ne te montre pas plus vil que cette terre inanimée. Elle nourrit ses fruits, dont elle ne jouira pas mais qui te serviront; et toi, si tu montrais quelque fruit de bienfaisance, c'est pour toi-même qu'il s'accumulerait. Comme le grain de blé qui tombe à terre enrichit celui qui l'a semé, ainsi le pain offert à l'indigent. Que la fin de ton agriculture soit donc un commencement de semailles célestes.
§ 206. Confiance en dieu pour les besoins temporels : Lc 12,22-32; (Mt 6,25-34)
(Lc 12,22-32 Mt 6,25-34)
— Commentaire au
§ 67 . Mais Le remplace le verset 34 de Mt 6, insistant sur < la spiritualité du moment présent > — « à chaque jour suffit sa peine » — par une promesse du Royaume qui, tout en pouvant fort bien être prise au présent du < déjà-là >, n'en ouvre pas moins sur la perspective eschatologique, accentuée par Saint-Luc en tous ces paragraphes.
Lc 12,32) — Ne crains pas : C'est la parole initiale habituelle, nécessaire pour rassurer ceux à qui le Mystère divin se révèle : cf.
§ 3 ) — Lc 1,12-13*.
petit troupeau: Image très constante, corrélative à celle de Yahvé pasteur de son peuple: Gn48,15; Ps 23; 77,21; 78,52.70-72; 80,2-4; Is 40,11; 49,9-10; Jr31,10; 50,19; Ez 34,11-31; Os 4,16; 13,4-6; Mi 2,12-13; 4,6-7; 7,14. L'Évangile reprend cette image à propos de la foule (
Mt 9,36 Mc 6,34) des « brebis perdues d'Israël » (
Mt 10,6 cf.
Mt 15,24), dans la parabole de la brebis perdue (
§ 178 ) ; et plus spécialement encore pour le « petit troupeau » de l'Église naissante qui aurait eu de quoi craindre, sans l'assurance donnée par son Seigneur : cf. Mt 26,31 ou Mc 14,27; et Jn 10,1-16*; 21,15-17. Il y a de la tendresse dans cette expression, qui réfère également au « petit Reste » annoncé par Isaïe 4,3; 10,20-21 etc... Sur ce verset, cf. w.
pesch, dans « Biblica » 1960, p. 25-40.
§ 207. Le trésor dans le ciel: Lc 12,33-34; (Mt 6,19-21)
(Lc 12,33-34 Mt 6,19-21)
— Commentaire général au
§ 64 *. Là où Mt demandait, en négatif : « Ne thésaurisez pas », Luc dit positivement : « Vendez », comme Jésus le demandera au « jeune homme riche » (
§ 249 *); pour le distribuer aux pauvres : cf.
§ 205 ) — Lc 12,21*. Le Christ a déjà mis les Pharisiens au défi de le faire (
§ 202 ) — Lc 11,41). Il y revient au
§ 231 *. Dans les Actes, cf. 9,36; 10,2.4.31 ; 11,29; 24,17.
des réserves qui ne vieillissent pas: Litt. « des bourses », mais par extension, leur contenu. La < réserve >, qui était précisément interdite dans le cas de la manne, ou « du pain de chaque jour » (
§ 62 ) — Mt 6,11*), est au contraire au principe de la vie éternelle, « engrangée » comme la valeur permanente de nos actes, temporels donc passagers. Trésor : cf. la parabole du
§ 137 *. Le voleur, prépare le
§ 209 *. Le ver, image du temps qui ronge tout; mais jusqu'à l'enfer même, il y a un ver qui ne meurt pas, et ronge le coeur de ceux qui n'ont pas misé sur Dieu (
§ 136 ) — Mt 13,41-43*).
//
Jb 22,23-26 1Ch 29,16 1Ch 29,18 — Ce haussement de nos perspectives temporelles jusqu'à l'éternel, c'est l'essentiel de la conversion — « Si tu reviens... », Jb 22,23) — second article du < Kérygme >*. Et c'est Dieu qui nous donne cette < Métanoïa >, par la foi, espérante et opérante dans la charité: troisième article du Kérygme (cf.
§ 28 ) — Mc 1,14-15*).
§ 208-211. Veiller : Lc 12,35-48
(Lc 12,35-48)
— Trois paraboles illustrant le double thème de la vigilance que demande l'ignorance de l'Heure du Christ (v. 38.40.46). On retrouvera des paraboles analogues entre Rameaux et Passion, en Mc 13,34-36 et Mt 24,42-51 (
§ 300 et
§ 303 -304), dans un contexte non moins eschatologique.
Lc 12,35 //
Ex 12,11-13 Jr 1,17 Ep 6,14-17 1P 1,13, Ayez les reins ceints: Les // Précisent en quel sens il faut être prêts : 1) à partir de l'Egypte vers la vraie Terre Promise du Ciel, associés que nous sommes à « l'Exode » pascal du Christ (
§ 169 ) —
Lc 9,31*) ; 2) à notre vocation chrétienne d'annoncer intrépidement la Parole de Dieu quoi qu'il en coûte, comme Jérémie ; 3) au combat spirituel, que les Hébreux eurent à soutenir au désert, sitôt après avoir été baptisés dans la Mer (
Ex 17,8-14).
et des lampes allumées: Comme dans la parabole des Vierges sages qui, dans Mt, suit immédiatement les présentes paraboles (
§ 305 *). La situation est ici seulement inversée : ce sont les serviteurs qui sont à l'intérieur, pour recevoir le Maître au retour des noces (ou de ses noces, au
§ 305 ). Mais le sens est identique. Sur les lampes allumées, cf.
§ 305 ) — Mt 25,3-4*.
Lc 12,36-37) — Bienheureux : Béatitude, comme en Mt 5 (
§ 50 *) — c'est-à-dire introduction au Royaume, promise cette fois aux « veillants ».
Il se ceindra (répond à : « Ayez les reins ceints », du v. 35), les invitera à se mettre à table... pour les servir. Dans la parabole « du serviteur inutile » (
§ 240 *), Luc lui-même souligne combien l'attitude du Maître se faisant serviteur de ses serviteurs est contraire au réalisme ordinaire. Preuve que se trompent de porte les exégètes dissertant minutieusement des bases réalistes d'après lesquelles seraient construites les paraboles: à l'inverse, c'est bien plutôt à ce qu'il veut nous faire entendre que Jésus adapte l'historiette qui doit en être l'illustration. Mais surtout, par Saint-Jean nous le savons : ce qu'il y a d'inouï dans l'attitude du Maître, est littéralement ce que le Christ fera bientôt à la Cène : se ceindre, laver les pieds de ses Apôtres, les inviter à sa table, et leur servir son corps et son sang (
§ 316 ) — Jn 13*). Est-ce qu'il ne faudrait pas mettre en valeur, dans les paraboles, leur caractère prophétique ? — et pour autant, d'une allégorisation plus voulue qu'on ne l'admet d’ordinaire ? En tous cas, cela nous confirme que, dans la pensée du Christ qui invente cette parabole, « la venue du Maître s'opère dans sa présence personnelle et son action : le Règne de Dieu est là, et la < crise > eschatologique commence »
(A. George, dans Ass. S. 19° D. ord. p. 71 ;
cf. J. DUPONT : La parabole du Maître qui rentre dans la nuit, Mc 13,34-36) — dans Mél. Rigaux, p. 89-116).
Lc 12,38 ; (
Mc 13,35-36 Mt 24,42 — Si l'anecdote est différente, en Lc et en Mc, la pointe en est semblable: le Retour du Maître risque de venir de nuit aussi bien qu'au matin, exigeant des serviteurs qu'ils soient toujours veillants. L'office des « Vigiles », fait pour être célébré de nuit, est l'application directe et littérale de cet Évangile. Qu'il ne vous trouve pas endormis (Mc) : ce sera le cas à Gethsémani (
§ 337 *).
Bienheureux seront-ils (Lc) : La répétition souligne que la visée de ces paraboles, comme du Jugement dernier lui-même, est que l'avertissement serve à nous mettre en bonne position, pour la venue du Christ.
Sur la vigilance, nous avons regroupé au
§ 300 les //
Jos 1,7-8 Pr 4,23 Pr 16,17 Si 32,23 Si 32, la note de
dhorme sur Si 32,23, « âme » prend ici le sens de « la conscience personnelle droite qui permet la décision réfléchie » (= la < Suneidésis > de Paul, dans Rm et Co) ». C'est un nouvel exemple de l'appauvrissement qu'il y aurait à éviter ce mot « âme », comme c'est de mode dans les traductions plus récentes.
Lc 12,39-40; (Mt 24,43-44 — Comprenez que... : Situe cette seconde parabole comme explication de la nécessaire vigilance. Comme un voleur : Ce n'est pas que le Christ se compare à un voleur (comme le disent gravement certains exégètes !), car la comparaison ne porte que sur l'heure inattendue. Expression passée en proverbe : // Ap 3,3 cf. Ap 16,15 1Th 5,1-3 2P 3,10, toujours dans une perspective eschatologique de Jugement. La mention du Fils de l'homme accroît encore, ici, la charge apocalyptique de l'avertissement.
//
1M 12,27-28 2M 3,23-27 (et
Nb 4,16 1S 26,15-16, en // au
§ 303 ) — Tel Jonathan, le serviteur fidèle doit être sur ses gardes ; ce qui suffirait le plus souvent à dissuader le malfaiteur. Mais viendrait-il comme Héliodore, c'est Dieu surtout qui nous garde Lui-même. Il est non moins admirable que la révérence de David envers le Sacré, toujours présent dans « l'Oint du Seigneur » qu'était Saûl, ait mieux gardé celui-ci qu'Abner, le commandant de sa garde (//
1S 26).
Lc 12,41-42 — L'intervention de Pierre — ainsi mise en vedette une fois de plus par Lc (cf.
§ 323 ) —
Lc 22,31-32*) — permet à Luc d'indiquer que cette 3° parabole vise plus spécialement ceux qui, comme les Apôtres, ont vocation à .' intendants sur le Royaume*. En grec, < Oikonomos > : se retrouve en
Lc 16,1-8* ; saint Paul se donne lui-même ce titre « d'intendant des mystères de Dieu, auquel il importe d'être fidèle » (//
1Co 4,1-2).
Lc 12,46 Mt 24,51 — Le maître le retranchera : Litt. « le coupera en deux »: allusion possible à ; « mais plus probablement, terme technique, attesté dans les écrits de Qumrân, désignant l'excommunication ou la mise en quarantaine » (note Tob, à
Mt 24,51). Sa part avec les infidèles (Lc) ou les hypocrites (Mt — au sens rappelé dans l'introduction aux
§ 60 -63). Mt précise sans ambages que ces deux menaces signifient l'Enfer.
// Gn 39,1-4 Gn 39,22-23 Gn 41,39-43 Est 6,1-9 Est 7,8-9 — Le Livre d'Esther tout entier illustre les sorts inverses d'un serviteur fidèle mais sans ostentation, Mardochée, sauvé in extremis des machinations d'Aman, serviteur ambitieux et vindicatif, de sorte que, conformément à l'Évangile, l'humble soit finalement exalté, tandis que l'élévation rêvée par l'autre se transforme en pendaison.
Mieux encore Joseph est le loyal serviteur, à qui sa fidélité vaut d'abord la mort de l'emprisonnement, suivie de sa glorification: figure du Christ,
le fidèle Serviteur, par excellence, et de son Mystère pascal qui va être évoqué précisément par Saint-Luc au
§ 212 *.
Lc 12,47-48 — Conclusion de la parabole précédente, précisant que le jugement ne tiendra pas compte seulement de la gravité objective des torts du serviteur infidèle, mais aussi de ce qu'il a connu ou non la volonté du Maître, donc de sa responsabilité subjective (= la pleine connaissance et liberté, dont le catéchisme fait, conformément à cet Évangile, une des conditions de la gravité du péché).
on redemandera davantage à qui l'on a confié beaucoup: Annonce la parabole des talents (
Lc 19,11-27 — commentaire au
§ 306 , c'est-à-dire à la version de Mt 25, qui joint les deux paraboles en un même groupe,
§ 302 -307*).
En somme, par les 3 paraboles précédentes, Jésus demande à toute son Église — des membres de sa hiérarchie aux simples < fidèles > — vigilance et fidélité pour répondre à sa triple venue : la première au temps de l'Évangile, qui se répercute depuis lors en venue pour chacun de nous, par l'Évangile et par les sacrements, jusqu'à ce que le Christ puisse embrasser toutes les générations dans sa dernière et solennelle venue, à la Fin des temps (cf. la conclusion de A. George : art. cit. p. 73). C'est bien le triple < Adventus > qu'enseigne et pratique l'Église, en particulier dans sa liturgie de l'Avent et de Noël.
§ 212-216. Le jugement à l’oeuvre : Lc 12,49; 13,9
(Lc 12,49 Lc 13,9)
— C'est le second versant de l'ensemble eschatologique en cours depuis le
§ 205 * : l'exhortation à se convertir (
§ 213 -216). Mais une fois de plus, ce 2° article du < Kérygme > se voit précédé d'un émouvant appel au Mystère pascal qui le fonde (
§ 212 ) — qui est donc à la jonction des deux versants).
Lc 12,49 — Propre à Luc. C'est une des rares occasions où, dans les Synoptiques, Jésus nous fait part de ce qu'a été sa vie intérieure. Auparavant, il y avait eu le
§ 110 *, manifestant l'intimité de Jésus à son Père. Y répondra la prière de Gethsémani, où le Christ maintiendra son union à la volonté divine de Rédemption des hommes, « jusqu'à la mort et la mort de la croix » (
§ 337 * ;
Ph 2,6-11). Or ces versets 49-50 de Lc 12 confirment que Jésus a vécu « tendu dans une attente ardente » de sa Passion-Glorification, comme le révélait déjà implicitement sa première Parole, à 12 ans (
§ 18 ) —
Lc 2,49*), visant le même « Exode » vers lequel Il aspire en sa Transfiguration (
§ 169 ) —
Lc 9,31*).
Je suis venu : Confirmation que « la venue » du Maître, dans les paraboles précédentes, n'était pas seulement celle de la Fin des temps. Il est déjà là, incarné, « venu » pour la rédemption des pécheurs (
§ 42 * et
§ 255 *), même si sa mort est encore à venir, comme le disent précisément ces versets 49-50.
jeter un feu : Quel feu ? — A été exclu, au
§ 183 ) —
Lc 9,54, le feu vengeur de la foudre. Encore moins Jésus pourrait-il désirer le feu de la Géhenne ! Ce n'est pas non plus une métaphore évoquant les ravages des divisions annoncées aux v. 51-53, auxquels correspond bien plus normalement l'image du glaive, que l'on trouve précisément dans la version parallèle de
Mt 10,34 (ou dans la prophétie de Syméon:
§ 11 ) —
Lc 2,34-35*). C'est sans doute le feu annoncé déjà par Jean-Baptiste : non pas tant le feu du Jugement dernier (
Lc 3,9), que celui qui est lié au baptême du Christ — comme ici, en ces v. 49-50, le feu et le baptême vont de pair : « Lui, Il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le Feu » (
§ 22 -
Lc 3,16. Et ceci porte à conclure, avec
A. Feuillet, que l'attente du Christ portait sur la Pentecôte à venir, où l'Esprit sera donné précisément sous forme de langues de feu (Baptême et Tentation... p. 67-68).
Origène (Hom 20 sur Jr — PG 13,532) et L'Évangile de Thomas (n° 86) rapportent l'un et l'autre une Parole du Christ que J. Jérémias pense pouvoir être authentique (Paroles inconnues... p. 66-73) : « Qui est près de moi est près du feu ; qui est loin de moi est loin du Royaume ». En ce sens, le feu serait fonction de la proximité, donc de la venue du Christ, provoquant l'alternative annoncée aux v. 51-53: ou brûler avec Lui, ou s'exclure du Royaume.
//
Gn 22,6 Ex 19,16 1R 18,36-38 Dt 4,24 Ml 3,2-3 — Sur le symbolisme du < Feu >, cf.
§ 20 in fine. Dans
ta. T., Dieu « prend pour serviteur le feu dévorant » (
Ps 104,4), soit pour châtier l'impiété de Sodome (
Gn 19,24), de l'Egypte (
Ex 9,24), ou de Nadab et Abihu (
Lv 10,2), etc... (
2R 1,10 2R 1,12 Am 1,4 Am 1,7 Am 1,
Am 1, ), comme un avertissement de l'enfer (
Is 66,15-16 Ez 38,22 Ez 39,6 Ml 3,19), soit pour purifier ses élus de toutes leurs impuretés (outre le //
Ml 3,2-3 Si 2,5 Is 4,4 Za 13,9 — comme en un purgatoire ? — soit encore pour consumer en holocauste les victimes des sacrifices et sceller par là son Alliance avec Abraham, l'Israël du Sinaï, ou le peuple infidèle, rudement sommé de revenir à Yahvé par Elie (voir les //). Mais si cet embrasement tient à la nature du Tout de Dieu (//
Dt 4,24), qu'on ne peut donc prendre à moitié, il est impossible que son approche, même incarnée, ne soit consumante...
quelle est ma volonté sinon qu'il flambe ? — Même sous cette forme interrogative, cette exclamation est un souhait. Aussi beaucoup traduisent : « Comme je voudrais qu'il soit déjà allumé », qui paraît plus parallèle au v. 50 : « combien je suis angoissé jusqu'à... » Mais justement, le parallélisme n'est pas exact :
Lc 12,50 // Mc 10,38 Rm 6,3-5 — Mais : Traduit le < dé > grec, marquant sinon une opposition (A. George, dans Ass. S. 2° D. ord, p. 64 n. 7), du moins une < distanciation > et une répartition. Si désireux que soit le Christ de voir le Feu de l'Esprit Saint communiquer sa ferveur au monde, il sait bien que la Pentecôte ne pourra venir qu'une fois « accompli le baptême » de sa Passion-Résurrection. C'est bien « un préalable » (A. George).
j'ai à être baptisé d'un baptême: Dans le //
Mc 10,38, le Christ emploiera la même image, sous la même forme redoublée: « Pour Jésus comme pour ses auditeurs, ce terme signifie une ablution de purification (cf.
§ 202 ) —
Lc 11,38, où nous avons effectivement traduit par < faire des ablutions > le verbe < Baptizein >). Jésus doit entendre par là sa mort (cf.
§ 254 ) —
Lc 10,38*) comme jugement de purification pour son peuple (le jugement par l'eau est lié comme ici au jugement par le feu en 17,26-29 et en
2P 2,5-6 2P 3,6-7). Le comprend sans doute ce baptême de Jésus comme l'origine du baptême chrétien pour le pardon des péchés (
Ac 2,38 Ac 22,16) ». Note de la Tob. Ainsi, la théologie du sacrement du baptême n'est pas, comme on l'a dit, de l'invention de saint Paul, mais trouve son principe dans les Paroles mêmes du Christ (Sur ce point, cf. l'exposé et les références d'
A. FEUILLET : Baptême et Tentation... p. 68-69) — qui conclut) :
« Nous penserions volontiers que la relation entre Baptême et Passion n'est encore qu'implicite, non seulement chez Matthieu, mais encore chez Marc, en dépit de
Mc 10,38-39. Mais Luc a explicité ce rapport. Chez lui, tous les événements de la vie publique de Jésus, à partir du Baptême inclusivement, sont conçus comme une marche religieuse vers la ville sainte et vers la mort. Replacée dans son contexte, la sentence de
Lc 12,49-50 opère la liaison entre le baptême qui ouvre la carrière terrestre de Jésus et le baptême douloureux qui la termine... » (Ac). C'est encore étendre le sens et l'importance de la grande section, propre à Luc, de « La montée vers Jérusalem » (Cf. Introd. aux
§ 183 -245).
et combien je suis angoissé: Ce verbe exprime davantage qu'une simple anxiété subjective: il explique d'où vient cette oppression intime. « Comme chez les Septante, quand Luc emploie le verbe < Sunéchein >, c'est pour marquer: à l'actif, une pression ou une contrainte physique (Lc 8,45 Lc 19,43 Lc 22,63 Ac 7,57) ; au passif, l'action dominatrice de la maladie (Lc 4,38 Ac 28,8), de la crainte (Lc 8,37), de la parole évangélique (Ac 18,5). Il veut donc dire ici que Jésus se trouve face à une obligation qui s'impose impérieusement à Lui (Vg. < Coarctor >). Cette déclaration équivaut à celles où Jésus annonce qu'« Il faut que le Fils de l'homme souffre » (Lc 9,22 Lc 17,25 Lc 22,37 Lc 24,7 Lc 24,26 Lc 24,44) ». A. GEORGE : art. cit. p. 66).
Lc 12,51-53 Mt 10,34-36) //
Lc 2,34, au
§ 102 *.
§ 213. Les signes des temps : Lc 12,54-56 ; (Mt 16,2-3)
(Lc 12,54-56 Mt 16,2-3)
— « Premier élément de cette section (ce que nous avons appelé < second versant > dans l'introduction à ces
§ 212 -216), sur la décision à prendre sans délai ».
À présent, Jésus s'adresse « à la foule » des auditeurs « qui n'ont pas su discerner l'événement que constitue sa présence... dernier délai offert à Israël pour accéder au salut : cette année de grâce que Jésus proclamait dans sa prédication inaugurale à Nazareth» (
§ 30 ) — Lc 4,18-19*).
A. GEORGE : Interpréter ce temps, dans
bvc juillet 1965, p. 18-23.
Commentaire de ce
§ 213 à la fin du
§ 120 . Hypocrites : cf. Introd. au
§ 60 . Ici, plutôt que simulateurs ou même pervers, signifie surtout : aveugles.
§ 214. Se réconcilier avant le jugement: Lc 12,57-59; (Mt 5,25-26)
(Lc 12,57-59 Mt 5,25-26)
— Commentaire au
§ 54 . Le v. 57, de transition, est en rapport avec le verset précédent : devant des signes si nombreux, comment n'en tirez-vous pas les conséquences pratiques ? Le sens eschatologique et pratique de la parabole se trouve donc accentué, davantage que dans Saint-Matthieu, par le contexte antécédent et subséquent de Saint-Luc.
Les // Suggèrent que, se réconcilier exigeant que l'on se concilie l'adversaire, s'il faut y mettre de nous-même il ne convient pas moins de mettre aussi Dieu en jeu, Lui qui peut agir sur le coeur des autres, comme sur le nôtre.
§ 215. « Si vous ne faites pénitence... » : Lc 13,1-5 // 2M 5,11-12
(Lc 13,1-5 // 2M 5,11-12)
—Pour une fois, Jésus en appelle non à des paraboles de son invention, mais à des « faits divers », soit qu'ils dépendent des hommes (v. 1-2), soit purement accidentels (v. 4). L'histoire confirme que Pilate n'hésitait pas à verser le sang pour étouffer toute tentative de soulèvement. Cela explique sans l'excuser, la crainte de Caïphe (
§ 267 ) — Jn 11,47-50*).
Lc 13,2.4 //
Jb 6,2 — Plus grands pêcheurs... plus lourd sur la conscience (Litt. < plus endettés >, de la dette dont nous sommes bien insolvables : cf.
§ 182 ) — Mt 18,24-25*) : Mais le plus ou le moins ne joue précisément pas ici entre les différents hommes: la question posée porte plus généralement sur le rapport interne entre la méchanceté et le malheur, comme déjà dans le cas exemplaire de Job. Ici comme au
§ 262 ) — Jn 9,2-3*, l'Évangile dénie l'individualisation de cette relation mystérieuse : non, il est impossible d'établir un lien direct et unilatéral d'effet à cause entre ce que nous avons à souffrir et nos propres actes (ou ceux de nos parents, dans le cas de l'aveugle-né). Certes ils jouent, mais dans un ensemble indissociable où chacun cause et subit tout à la fois les effets produits par tous, et par l'ensemble de la société dont nous sommes membres. Si bien que certains peuvent avoir à payer plus ou moins que leurs fautes propres, et porter les conséquences des carences d'autrui — de même que nous bénéficions aussi tous plus ou moins de ce que les autres ont apporté à l'amélioration de la société. Ce n'est < injuste > que d'un point de vue individualiste, abstrait; mais concrètement, c'est la traduction de ce fait que justement « nul n'est une île », et que toute destinée est à la fois personnelle mais solidaire des autres.
Cette solidarité naturelle, sociale, se redouble dans l'ordre surnaturel, du Royaume, où « nous sommes tous membres les uns des autres, chacun pour sa part » (Rm 12,4-5 1Co 12,12-27). C'est le mystère de la Communion des saints, et de « la réversibilité des mérites », si justement chère à Léon Bloy, car c'est par elle que s'opère notre Rédemption par un Autre. « Une âme qui s'élève, c'est le monde entier qu'elle élève » (Elisabeth Leseur).
Le Livre de Job, dans son ensemble, vise plutôt une spiritualité de confiance, qui s'en remet à la Sagesse providentielle de Dieu pour < justifier > (rendre justes) ces disparités du sort, dont Job est particulièrement accablé. Il en ressortira, comme dans le cas de l'Aveugle-né de Jn 9, le bienfait de la manifestation éclatante de la Gloire de Dieu et de la fidélité de Job, qui répare et surpasse toutes ces < injustices > temporaires. Mais ce n'est pas une raison pour s'aplatir et nier l'évidence du manque de proportion entre les souffrances de Job et sa conduite antérieure. D'où les rectifications indignées de Job au simplisme de ses 3 « amis », notamment dans ces en. 6-7 et 9-10, dont l'essentiel est repris par l'Église dans son Office pro defunctis, pour y reconnaître un des plus bouleversants témoignages de la condition humaine, et de son appel au Dieu qui rend justice. (Nous donnons ce // Jb 6,2 suivant la version de la Vulgate qui, dans sa logique, souligne bien l'écart entre malheur et mal).
Partant de là, l'Évangile en tire la leçon : si les malheurs subis ne proviennent pas exclusivement de ceux qui en sont accablés, mais de tous, alors chacun doit faire pénitence, sous peine que tous finalement périssent également -comme on l'a vu dans les catastrophes qui ont marqué la fin des Royaumes d'Israël et de Juda (2R 17,7 2R 17,23 cf. 2R 24,20); comme on le verra en 70 après Jésus-Christ. Comment le même avertissement ne vaudrait-il pas, à plus forte raison encore pour les chrétiens, membres du Royaume de la Communion des saints? Et de fait, c'est cet évangile de l'urgence qu'il y aurait à faire pénitence par solidarité avec le genre humain, que répètent spectaculairement les apparitions de La Salette, Lourdes ou Fatima.
Faites pénitence : Traduit le verbe < Métanoeïn > = convertissez-vous = Revenez à Dieu (cf.
§ 19 ) — Mt 3,2*). Mais ici comme dans la prédication de Jean-Baptiste, l'invitation porte avant tout sur l'urgence de produire « un digne fruit de pénitence » (
§ 20 ) — Mt 3,8*). L'aspect < Retour > sera mis en valeur par l'Enfant prodigue (
§ 232 ) — Lc 15,17-20*).
// Jr 4,1-4 Jr 14,7-9 — L'appel à la pénitence est la fonction essentielle de tous les prophètes : qu'on se rappelle Jonas, ou le bilan général de la prédication prophétique rappelé par Jr 23,1-13, avec la même insistance pour prévenir la catastrophe autrement inévitable (cf. A. Uleyn : Fonction prophétique, ch. 1e). Cet appel n'est pas moins au coeur de l'Évangile, comme le 2° point du < Kérygme >.
§ 216. Parabole du figuier stérile : Lc 13,6-9
(Lc 13,6-9)
— Dans la ligne générale de ces paragraphes (voir l’Introd. aux
§ 212 -216), cette parabole vise à faire comprendre qu'il reste encore présentement le temps, mais limité, de « produire un digne fruit de pénitence » (
§ 20 ) — Mt 3,8*). Par la suite, entre Rameaux et Passion, Mt et Mc parleront d'un figuier effectivement maudit, et du jour au lendemain, desséché (
§ 276 et
§ 278 *), parce que dès lors, « le temps de la visite » où il était encore possible de reconnaître le Christ et de revenir à Dieu par la Foi en son Envoyé, sera pratiquement passé.
Autant « demeurer sous sa vigne et son figuier », comme Nathanaël avant sa vocation, était signe de paix et de bien-être, non seulement physique ou social, mais spirituel par la méditation nourrissante des Écritures (
§ 25 -Jn 1,48*), autant le dessèchement de cet arbre devait paraître symbole redoutable des malheurs d'Israël qu'annonçaient les prophètes par cette image (voir //
Os 9,10-16 et Ha 3,17, en // au
§ 276 ; cf. en outre
Is 34,4 Jr5,17;
Is 8,13 Os 2,14 Jl 1,7 Jl 1,12 Am 4,9 etc. ). Mais, en conclusion de cette section (
§ 205 -216), l'avertissement vaut pour toutes les générations qui ont à se dépêcher de reconnaître le Christ et à se convertir, avant que vienne
la fin.
§ 217-229. Le royaume et son festin
Scandée par deux miracles de même type (
§ 217 et
§ 223 ), double série de paraboles, sur le Royaume (
§ 218 -220) et sur le Repas (
§ 224 -229), centrée sur un double paragraphe prophétique (
§ 221 -222). Venant après une autre section (
§ 205 -216) également unifiée autour du paragraphe concernant aussi la prochaine Passion (
§ 212 *), on a peine à penser que de telles compositions soient purement fortuites, et n'aient pas elles aussi un but, un sens, à chercher. D'autant plus que le groupement ne semble guère s'imposer comme un ordre historique: par leur cadre comme par leurs thèmes, les
§ 217 à 223 se rattachent au ministère en Galilée, tandis qu'au moins le
§ 226 est dans le ton, propre à la dernière semaine, du divorce déjà pratiquement opéré entre Jésus et les Pharisiens (cf. l'Introd. aux
§ 276 -289, paragraphes parmi lesquels a situé la parabole des Invités au festin (
§ 282 ), et qui se terminent par l'apostrophe à Jérusalem donnée par Lc au
§ 222 ).
§ 217. Guérison de la femme courbée : Lc 13,10-17
(Lc 13,10-17)
— // Enseignait dans une synagogue : Nous revoilà dans le cadre galiléen (Lc 4,15 Lc 4,28 Lc 4,33 Lc 4,38 Lc 4,44 Lc 6,6). Un jour de sabbat : Idem (Lc 4,16 Lc 4,31 Lc 6,6). Le miracle, accompli malgré le sabbat, suivi de la controverse avec les Pharisiens, est également du type de Lc 6,6-11 (ainsi que de Lc 14,1-6, dans la présente section).
Lc 13,11-12 // Gn 4,5 Qo 1,15 Pr 18,14 Ps 57,7 Rm 11,9-10 = Ps 69,24 Ps 119,28 — Qui avait un esprit d’infirmité : Ne vise pas tant la cause (démoniaque ?) du mal, que ses effets, sa portée spirituelle. Les // En témoignent, car on y trouve un constant symbolisme, passant de la posture physique à une attitude d'âme. Aller « tête baissée » (Gn 4,6) est mauvais signe. Être courbé, tordu, est une des images du péché dans l’A.T., l'autre étant celle du manque, au sens de ce qui « défaut » (qui n'a pas ce qu'il faut) et par conséquent rate la cible (cf. A. GELIN : Le péché dans /'A.T., dans Théologie du péché, Desclée et Cie 1960, p. 23-47) : le // Qo 1,15 met en parallélisme les deux images. Ce mal n'atteint donc pas seulement la colonne vertébrale de l'homme, mais « son échine » morale aussi (// Rm 11,10). Et quand le moral est abattu, comment soutiendrait-il la vie de l'homme (// Pr 18,14)? Dans notre itinéraire spirituel, nous avons à nous « redresser » comme l'aurait fait, paraît-il, notre lointain ancêtre « homo erectus », d'où seraient venus les développements de l'activité manuelle et des capacités du cerveau: l'action et la contemplation. D'où la régression du péché. D'où la valeur symbolique du présent miracle : en guérissant cette femme, le Christ donne l'image du redressement de l'humanité qu'il vient opérer. C'est sans doute pourquoi aussi, Jésus prend l'initiative: c'est Lui qui appelle cette fille d'Eve, en lui donnant son beau titre de « Femme » -représentant non seulement toutes ses congénères, mais tous les descendants de « la Mère des vivants » — et en nommant sa guérison une « délivrance ».
Lc 13,13 //
Ps 146,8 Ps 113,7 Ps 30,2-3 Ba 2,18 — Il lui imposa les mains :
§ 35 ) — Lc 4,40* ;
§ 143 ) — Lc 8,41*. À l'instant même : Rien ne résiste à cette divine Toute-Puissance. Elle se redressa : Litt. « elle fut redressée », < passivum divinum >*. Elle rendait gloire à Dieu : Comme souvent, à la suite des miracles, notamment dans Saint-Luc : 5,25.26; 7,16; cf. 17,15.18; 18,43. Jn 11,4(
§ 266 ) nous dira qu'outre leur rôle de signes, les miracles du Christ comme toute sa vie et sa mort même, ont pour but cette gloire* qui vient à Dieu de ce qu'il sauve l'homme de son mal, et lui donne de « redresser la tête » (
§ 297 ) — Lc 21,28). Les // Ici tirés des psaumes et de Baruch rendent grâces à Dieu de cette gloire.
Lc 13,14-16) — La controverse (parallèle à celle du
§ 223 ) — Lc 14,5). Non seulement les Pharisiens considéraient ce < travail > de guérison comme interdit, mais les Esséniens de Qumrân déniaient formellement l'exemple du boeuf à tirer du puits (Doc. de Damas, Constitutions, III, n° 13-14) — dans Textes de Qumrân n, p. 194). Ne nous moquons pas de ces étroitesses du passé : il y a seulement deux ans, tel médecin débordé par l'afflux des malades, dut néanmoins réduire le temps de ses soins pour ne pas s'attirer d'ennui des Pharisiens sociaux d'aujourd'hui, en outrepassant le nombre d'heures légalement autorisées.
Il y a six jours I le sabbat : Rappel du sens religieux de l’interdiction : garder le rythme divin du Créateur (
Gn 2,1-3 et Ex 31,13-17, que l'on trouvera en // au
§ 44 , avec son commentaire).
Le Seigneur lui répondit :I-
de la potterie observe que, dans la réponse toute parallèle, en Lc 14,3 (
§ 223 ), il y a seulement: « Jésus dit... » « À première vue, aucune différence entre les deux récits, et l'utilisation de < o Kurios > en 13,15 et de < o lèsous > en 14,3 peut sembler plus ou moins fortuite et dépourvue de signification. Mais à y regarder de près, on constate que, dans le cas de l'hydropique (14,3), Jésus parle avant défaire le miracle et soumet simplement aux Pharisiens et aux légistes un problème de morale. Dans le cas de la femme courbée, Jésus parle à deux reprises: quand l'Évangéliste rapporte ses paroles à la femme (13,12) ou qu'il décrit l'indignation du chef de la synagogue (v. 14), il utilise encore le nom « Jésus » ; mais après l'intervention publique du chef de la synagogue, lorsque Luc veut décrire la réaction véhémente que cette prise de position provoqua chez Jésus (v. 15-16), il s'exprime autrement: c'est maintenant « le Seigneur » qui réplique (v. 15a) ... affirmant son entière liberté et son autorité vis-à-vis des prescriptions de la Loi» (Le titre de Kurios..., p. 133-134).
Hypocrite* : Peut être ici doublement reproche d'une simulation: d'une part en effet, sous prétexte de faire la leçon à la foule, c'est Jésus qu'en réalité vise le chef de la synagogue ; d'autre part et surtout, il y a hiatus entre le rigorisme prêché ici par ce dernier, et la conduite effective de chacun, lorsque l'intérêt de ses bêtes entre en jeu.
cette fille d'Abraham: Nous disions plus haut < fille d'Eve >. Mais comme descendante d'Abraham, cette femme est au surplus une coreligionnaire méritant la sympathie et l'aide du Pharisien; mieux encore, ce titre suggère sans doute que c'est une croyante, et qu'une fois de plus, le miracle est réponse à la foi, comme pour Zachée, qui méritera d'être appelé, lui aussi, « fils d'Abraham » (
§ 269 ) — Lc 19,9*).
Lc 13,17 // Ps 70,4-5 Ps 71,24 — Bilan : les adversaires I le peuple...
§ 218-220. Paraboles du sénevé, du levain, et de la porte étroite : Lc 13,18-30
(Lc 13,18-30)
— La première parabole (et la seconde, pour Mt), se trouve déjà dans le en. 13 de Mt et le ch. 4 de Mc (
§ 133 *-134*, auxquels on se reportera donc pour le commentaire, y compris pour le sens des // Du
§ 219 ).
La 3° parabole (
§ 220 ) regroupe plusieurs Paroles que l'on retrouve dispersées en Mt — avec leur commentaire, pour ce qui est commun à Luc et à Mt.
Lc 13,22-23 — Reprise du leitmotiv de < La montée à Jérusalem > (Introd. aux
§ 183 -245). Il va être dramatiquement scandé aux
§ 221 -222, centre de la section des
§ 217 -229 : ainsi, ce refrain n'est-il pas seulement procédé artificiel, mais bien ce qui donne à la diversité des Paroles en tous ces paragraphes, leur < sens > et leur tonalité propre, dure et tendue.
Comme pour la parabole du bon Samaritain, ou celle du trou de l'aiguille (
§ 191 * et
§ 250 *), c'est une réponse à la question posée. Ici : le plus ou moins grand nombre des sauvés. Y répondra plus directement encore la parabole des Invités au festin qui, dans Saint-Luc, se trouve précisément à la fin de la présente section (
§ 226 * — mais voir surtout la formulation plus expresse, dans la version de
Mt 22,14*, au
§ 282 ) : S'il y a peu d'élus, ce n'est pas que tous ne soient pas appelés, c'est que peu y répondent. Et s'il y en a peu à répondre, c'est qu'il faut passer par la Porte étroite du sacrifice (
§ 227 -28*, faisant donc suite à la parabole des Invités). D'où l'exhortation, ici : « Faites l'effort » nécessaire (dans le même sens,
Lc 16,16 — commentaire au
§ 107 ).
Lc 13,24 //
Gn 28,12-17 Jn 1,51 Ap 4,1 Ap 21,25 Ps 24,6-10 Ps 118,19-21 Ps 9,14-15 — Commentaire général au
§ 72 *. // Sur l'image de « la porte du ciel ». Celle-ci est vraiment < à notre porte >, invisible mais présente comme le songe l'a révélée à Jacob (//
Gn 28,17), et aussi < à notre portée >, comme le Royaume sur qui elle est désormais ouverte (//
Jn 1,51 —
§ 25 *), et reste ouverte (// Ap) depuis que « Le Vaillant », notre Rédempteur, y est entré, nous entraînant à sa suite (//
Ps 24,6-10 Ps 118,19-21, etc.).
Lc 13,25-30 — Commentaire du v. 25 au
§ 305 ) —
Mt 25,10-12* ;v. Lc 13,26-27 au
§ 74 *; v. 28-29 au
§ 84 *.
//
Ps 6,9 Ps 6,11 — Éloignez-vous de moi : Le rejet n'est pas (pas encore) définitif, tant qu'il est possible de « changer de voie », pour passer la Porte étroite; mais ne s'en profile pas moins le Jugement dernier. Luc l'attribue au « Père de famille » (
Lc 13,25)... « Il Vous dira... » Dans
Mt 7,23, parlant à la première personne, Jésus dit : « Je leur déclarerai... » : Le Jugement est au Fils comme à son Père. Par un tout autre biais, les Synoptiques n'en concordent pas moins avec
Jn 5,22-30* (
§ 149 )...
Il y a des premiers qui seront des derniers (
Lc 13,30) : Venant à la suite de l'annonce du transfert de l'élection d'Israël à toutes les nations ex-païennes (
Lc 13,28-29) — sur ce mystère, cf.
§ 84 *), cette Parole s'applique à ce même drame. Mais il est notable que la formule en soit seulement partitive : « il y a des premiers... » laissant place à d'autres premiers (d'autres Israélites de race) qui, par leur adhésion au Christ, resteront des premiers. De même que les derniers (païens) ne seront pas tous automatiquement greffés sur l'Alliance d'Abraham. En Mt et Marc, un contexte différent donne à cette même Parole un sens plus général (cf.
§ 251 et 252) —
Mt 19,30 et
Mt 20,16*).
§ 221. Mourir à Jérusalem : Lc 13,31-33
(Lc 13,31-33)
— Sur le sens et la structure de ce paragraphe, cf. A. Denaux, dans BETL 32, p. 245-285.
Lc 13,31) — En cette heure-là : Relie volontairement l'épisode à ce qui précède, et nous donne un premier indice de sa signification : au
§ 220 , Jésus était précisément « en route » vers Jérusalem (
Lc 13,22*). Le conseil des Pharisiens au v. 31 n'est donc pas à l'origine de cette montée, même si elle va favoriser leur ténébreux dessein.
certains Pharisiens s'approchèrent: Ceux-là lui seraient-ils favorables, et leur conseil, de bonne foi ? Beaucoup de commentateurs le prennent ainsi. Mais on ne comprendrait alors, ni l'ambiguïté de la réponse, ni surtout le ton hostile, et encore moins la violence des v. 34-35 qui, suivant Saint-Luc, font bien partie de la réponse du Christ. Même si Le est moins totalement négatif que Mt à l'égard des Pharisiens, il a mis en garde contre leur hypocrisie, au
§ 203 ) — Lc 12,1. Au surplus, on ne voit pas dans les Évangiles qu'Hérode ait voulu la mort du Christ, mais plutôt qu'il était curieux de voir ce faiseur de miracles (
§ 146 et
§ 348 ). En mettant faussement Jésus en garde contre Hérode, le but des Pharisiens ne serait-il pas surtout — comme l'indique la mise en avant du verbe redoublé, à l'impératif: « Sors et pars d'ici » — de lui faire abandonner son ministère galiléen, où la sympathie du peuple lui était un rempart (cf.
§ 312 ) — Lc 22,2), et même peut-être de l'attirer en Judée, où il serait plus vulnérable?... La réponse de Jésus se fait en 2 versets, dont
A. Denaux a montré la structure parallèle, correspondant à la double allégation des Pharisiens.
Lc 13,32) — Répond à : « Hérode veut te tuer ». Dites à ce renard : À l'opposé du lion, redoutable, le renard n'est qu'un tyran, subalterne, fuyard et méprisable. Par ce seul mot, le Christ a déjà témoigné que le vrai danger ne vient pas d'Hérode, et qu'il le sait bien. Par contre, en répliquant : « dites-le... », il laisse entendre qu'il tient ces Pharisiens doucereux comme étant du même parti, contre Lui.
//
Ne 6,10-13 — Mieux encore que Néhémie, Jésus n'est pas homme à se laisser impressionner par la menace, même s'il a déjà une fois choisi de se retirer pour se dérober à la dangereuse curiosité d'Hérode (cf. Introd. aux
§ 146 -182), en allant évangéliser les terres païennes du côté de Tyr et Sidon ou de la Décapole. Les Pharisiens, qui ne devaient pas l'ignorer, pouvaient tenter de provoquer un nouveau retrait. Mais Néhémie préfigurait surtout le Christ en refusant de même le piège qui lui était tendu, pour ne pas interrompre son travail de restauration de Jérusalem et d'Israël (
Ne 4,15 et 6,3, en // au
§ 148 in fine).
Voici : Le ton change, annonçant l'irruption de l'événement où éclatera la Toute-Puissante Sagesse — vraiment impérative celle-là — de Dieu en son Dessein de Salut (cf. BC I*, p. 42-43).
aujourd'hui et demain I le troisième jour : // Ex 19,10-11 ; Os 6,1-2 — Il y a ici opposition entre < aujourd'hui et demain > (= encore quelque temps), où Jésus poursuivra son action bienfaisante comme par le passé, et ce < troisième jour >* — expression qui est pour nous, plus encore qu'au temps de Moïse ou des prophètes (// Ex et Os), évocateur de sa < Passion > et Résurrection. C'est leur transcendance que le « Voici » initial annonçait.
je suis consommé: « Le verbe < téléioun > signifie à l'actif < rendre quelqu'un parfait > (< téléios >), et au passif < devenir ou être parfait > ». Mais en outre, « il y a contamination avec < téléin > : à l'actif < faire venir au terme > (< télos >), au passif < atteindre le but >. En soi donc, le verbe < téléiousthaï > peut indiquer soit (a) l'accomplissement, la consommation, la perfection, soit (b) le but, la fin, le terme ». Ici, la forme passive porte à entendre, plutôt que < j'atteins le but >, < je suis conduit au terme ; je suis porté au point de consommation > ; cela veut dire que le sujet de l'action est Dieu [= passivum divinum*] ; c'est Lui qui mettra un terme à l'activité de Jésus ; c'est Lui qui définit quand et comment la mission de Jésus sera accomplie ». En somme aux projets d'Hérode (ou de ces Pharisiens), Jésus oppose la volonté de Dieu, qui le mène, comme le confirme le « Il faut » du v. 33 (A. Denaux, p. 271-272).
On se souvient que ce thème de l'accomplissement* caractérise l'oeuvre du Christ. Il annonce présentement que le réalisera et sa mort rédemptrice (
§ 355 ) — Jn 19,30*), et sa résurrection (« le troisième jour »). On voit comme est atterrante la traduction de la
TOB : « le troisième jour, c'est fini ».
Lc 13,33) — Mais: oppose le v. 33 moins au v. 32 qu'à l'impératif des Pharisiens: « Sors, pars d'ici », auquel le Christ répond maintenant: s'il faut qu'il aille se jeter dans la gueule du lion, à Jérusalem, ce n'est pas par crainte du renard (qui n'y avait pas juridiction), ni en se fiant naïvement au conseil hypocrite des Pharisiens, mais bien de par le < Il faut > du dessein divin de Salut (
§ 18 -
Lc 2,49* et
§ 78 ) — Jn 3,14*).
Il n'y a en effet pas lieu de voir une contradiction entre « aujourd'hui et demain je chasse les démons » (v. 32) et « aujourd'hui et demain, je vais vers Jérusalem » (v. 33), puisque Jésus a fait tant de miracles justement sur la route. Mais il est vrai par contre, qu'en ce v. 33, il n'y a plus d'opposition comme au v. 32 entre « aujourd'hui et demain / le troisième jour » : c'est bien plutôt une succession linéaire de son cheminement, « aujourd'hui, demain et le jour suivant », car c'est bien vers cette mort que toute la volonté salvatrice du Père, donc toute l'obéissance rédemptrice du Fils, est tendue (
§ 212 ) — Lc 12,49-50*). « En poursuivant sa route, Jésus semble tomber dans le piège que lui tendent ses adversaires. En réalité, leurs manoeuvres aboutissent, sans qu'ils s'en doutent, à réaliser le plan divin »
(A. Denaux, p. 285).
Il ne peut se faire qu'un prophète : // 1R 19,1-3 — Implicitement, Jésus se reconnaît donc prophète ; et peut-être Le le met-il intentionnellement en // avec Élie, averti lui aussi que la Reine voulait sa mort, ce qui le fait fuir. Car, en tous cas, il semble que le troisième Évangile aime à présenter le Christ comme le Prophète, complémentairement à Mt qui soulignerait plutôt le // avec Moïse (Références et bibliographie dans A. Denaux, p. 282-84 et n. 114).
périsse hors Jérusalem: Transition vers l'apostrophe du
§ 222 . Mais plus profondément, transparaît ici l'aimantation de Jésus vers Jérusalem, remarquée dès le
§ 11 ) — Lc 2,38*, et au
§ 169 ) — Lc 9,31*. Cf. encore Lc 9,51.53; 13,22; 17,11 ; 18,31. Car c'est là que tout doit s'accomplir* :
§ 253 ) — Lc 18,31*.
Mais ce que Lc 13,32-33 nous fait sentir, quasi physiquement, c'est à quel point Jésus vit comme un homme « dont les jours sont comptés... Mystère de dépendance et de pauvreté... Une des formes de la richesse est d' < avoir du temps devant soi >, de pouvoir à son aise disposer des moments qui viennent... Pour nous, < le temps est toujours bon > (Jn 7,6), tissu indifférencié que nous employons à tous les usages. Mais Jésus n'a point le choix, il n'a jamais qu'une heure, et ne peut jamais faire autre chose que ce que le Père lui demande. Parce qu'il est constamment attentif, rien ne lui échappe des minutes que le Père lui donne... » (J. GUILLET : Jésus-Christ..., p. 98-100).
§ 222. Avertissement à Jérusalem: Lc 13,34-35; (Mt 23,37-39)
Lc 13,34-35 Mt 23,37-39
-Située par Mt entre Rameaux et Passion, en conclusion des invectives du Christ contre les scribes et Pharisiens (
§ 287 -289), cette apostrophe à Jérusalem y vient donc logiquement à la suite de l'accusation des persécutions et crimes commis dans la Ville Sainte. Par contre, Luc a déjà cité ces invectives et accusations au
§ 202 . Il en a donc séparé cette finale, préférant la rattacher à la prédiction du v. 33. Et de ce fait, les nombreux meurtres de prophètes antécédents (v. 34 a — cf.
§ 288 ) —
Mt 23,34-35) apparaissant comme la pré-figure de la mort du Christ, cela explique pourquoi il convenait que
le Prophète qui les accomplit tous périsse lui aussi à Jérusalem. — Commentaire de ce paragraphe au
§ 289 .
§ 223 -226. Ces 4 paragraphes regroupent autour d'un même repas (14,1) 1 guérison et 3 paraboles par où le Christ fait la leçon, d'abord aux invités, (v. 7) puis à son hôte lui-même (v. 12), enfin à « l'un des convives » (v. 15). La mention du repas revient d'ailleurs aux v. 8.12.15-16.24) — comme celle du pain revenait en Mt et Mc dans les
§ 146 à 182 (voir Introd. à ces §). C'est donc un nouvel exemple de la composition des Evangiles, beaucoup moins soucieuse de la stricte succession chronologique des dits et faits de la vie de Jésus, que de leur donner < sens > et convergence, sans dédaigner même les ressources formelles des genres littéraires reçus à l'époque (Sur ce point, cf. x.
de MEEUS : Composition de
Lc 14 et genre symposiaque, dans
etl 1961, p. 847-870. Plus généralement,
cf. b. STANDAERT : L'Év. selon Marc).
Si par ailleurs, on se réfère tant aux nombreux conseils donnés par les Sapientiaux sur la bonne conduite, à table, qu'aux coutumes contemporaines de Jésus (strack-billerbeck, IV, 2P 611-639), on mesure à quel point la perspective évangélique leur est transcendante.
§ 223. Guérison de l'Hydropique: Lc 14,1-6; (Mt 12,9-14 Mc 3,1-6)
(Lc 14,1-6 Mt 12,9-14 Mc 3,1-6)
— Ce miracle en jour de sabbat est parallèle non seulement à celui de la femme courbée du
§ 217 * — dont il diffère précisément par le cadre du repas (v. 1) — mais à celui fait par le Christ en faveur de l'homme à la main desséchée (
§ 45 ) — Lc 6,6-11*). Ce miracle est commun à Mt et Mc (reproduits ici en //), mais on a bien montré comment Lc 6,6-11 se rattache plutôt à Mc 3,1-6, tandis que la guérison de l'hydropique ressemble plus directement à Mt 12,9-14 (cf. Rec. Cerfaux
1P 440).
§ 224. Sur le choix des places : Lc 14,7-11
(Lc 14,7-11)
— Sur leur répartition et leur honorabilité respective, cf.
f. prat, dans Rech. sr 1925, p. 512-522. Nous retrouverons cette question à la Cène (
§ 317 *).
// Pr 25,6-7 — Le conseil est le même que celui du Christ. Mais au lieu d'une simple précaution d'amour-propre, Lc 14,11 l'élève jusqu'à en faire une parabole de l'humilité évangélique, ainsi que le confirmera le v. 11. Et comme toujours, ce qu'il enseigne, Jésus en donnera le premier l'exemple, suivant l'exclamation de l'abbé Huvelin: « Vous avez tellement pris la dernière place que jamais personne n'avait pu vous la ravir ». On sait comment le Père de Foucauld s'en inspira toute sa vie : « J'ai une répugnance extrême pour tout ce qui tendrait à m'éloigner de cette dernière place que je suis venu chercher (à la Trappe), dans cette abjection dans laquelle je désire m'enfoncer toujours plus à la suite de Notre Seigneur (1891)... Descendons le plus possible, comme le Verbe, comme Jésus; établissons définitivement, sur la terre, notre place parmi les plus petits ; à la dernière place. Mettons, comme le Verbe, nos délices à être avec les plus petits (1896) », etc. (Cf. J-F. six : Itinéraire spirituel de Ch. de Foucauld, Table des Thèmes, p. 453).
Lc 14,11; (
Mt 18,4) //
Pr 8,13 Pr 29,23 Ps 113,5-8 (et Ez 21,31, en // au
§ 287 ) — C'est un autre avertissement du < retournement évangélique > annoncé dès le Magnificat. Reviendra encore en
Lc 18,14 (
§ 245 *) et
Mt 23,12 Mt 23, commentaire au
§ 174 in fine.
§ 225. Sur le choix des invités : Lc 14,12-14 // Dt 14,28 2S 9,6-13
(Lc 14,12-14) // Dt 14,28 2S 9,6-13)
— Ce désintéressement était donc demandé et pratiqué dès l’A.T. À plus forte raison est-ce une simple application de l'Évangile du Sermon sur la montagne : « Prêtez sans rien attendre en retour, et vous serez les Fils du Très Haut... Père des miséricordes » (
§ 59 ) — Lc 6,32-36).
Lc 14,14 //
Si 11,26 Pr 24,12 (et Si 12,2 en // au
§ 59 ) — La visée d'une récompense n'est pas exclue par l'Évangile; et comment pourrait-elle l'être quand son objet n'est autre que l'accomplissement de l'amour, par union au Christ et à Dieu (
§ 25 *) ? Mais cette charité n'en est pas moins si désintéressée qu'elle s'exerce tout aussi bien même si « l'on ne savait pas », au moment même, reconnaître en tous ces pauvres qu'on accueille, le Christ qui s'en est fait solidaire (
§ 307 *).
à la résurrection des justes: La vraie résurrection, c'est celle des justes (dans le même sens, cf.
§ 285 ) — Lc 20,35-36*). Ce n'est pas dire qu'il n'y aurait pas de résurrection pour les injustes (
Ac 24,15 ou
Mt 25,31-46). Mais cette dernière est < par malheur > ; le dessein de Dieu, c'est la résurrection pour la vie et la béatitude divine, éternelle.
§ 226. Les invités au festin : (Lc 14,15-24); (Mt 22,1-10)
(Lc 14,15-24 Mt 22,1-10)
— Commentaire et // Complémentaires au
§ 282 .
§ 227-228. Sur le renoncement.
Le cadre du repas cède à celui de la route, leitmotiv de ces
§ 183 -245. Ce qu'y ajoute le v. 25, c'est la mention de ces foules nombreuses qui continuent donc de « le suivre »*. Commentaire du
§ 227 et de ses // au
§ 103 . Voir à
Lc 14,33* son rapport avec les v. 26-27.
Lc 14,28-33 — Paraboles accouplées, comme il est fréquent (Lc 5,36-38 Lc 13,18-21 Lc 14,4-10 Liste complète dans J. JEREMIAS : Les paraboles..., p. 94-96). Ici, elles indiquent deux aspects complémentaires de notre vie chrétienne : à construire, à défendre...
Si courtes soient-elles, ces paraboles comportent deux temps : au préalable, une réflexion sur les moyens à mettre en oeuvre (v. 28 et 31-32); puis, une fois l'oeuvre entreprise, le ridicule de celui qui, faute de moyens, n'atteindrait pas le but (v. 29-30). Le v. 33 répondra surtout à ce 2° aspect.
//
2Ch 32,5-8 2M 8,12-18 2M 10,25-30 2M 11,6-9 2M 11,13-15 Ps 18,10 — Ézéchias conjugue lui aussi reconstruction et défense de Jérusalem. Mais il sait surtout, comme Judas Maccabée, ce qu'enseigne toute l'Histoire Sainte: c'est que, pour se construire et se défendre, le peuple élu a mieux encore que ses propres ressources: il peut et doit compter avant tout sur Dieu. Telle est bien, et plus encore, l'espérance chrétienne : pour une oeuvre humainement impossible (surnaturelle = au-dessus de toutes forces d'homme), nous avons une < ressource > infaillible : celle du « plus fort » (
§ 21 ) — Mt 3,11*).
Lc 14,33 — Verset construit sur le même modèle que les v. 25-26, avec lesquels il fait donc inclusion* des deux paraboles précédentes. Ce sont en effet trois conditionnelles, sine qua non : « s'il ne renonce... il ne peut être mon disciple ». Dans le // de Mt 10,37-39, il y a aussi trois conditions, dont les deux premières correspondent à celles de Luc. La troisième, qui est de « perdre sa vie à cause de moi » (v. 39), trouve son correspondant en Luc 14,26, où l'Évangéliste ajoute qu'il fallait « haïr jusqu'à sa propre vie ». Toujours la correspondance des Evangiles à travers leurs différences — fût-ce au risque de surcharger le bel équilibre du balancement deux par deux de la formule matthéenne (au v. 37).
Mais Luc prend soin de rattacher plus directement ce v. 33 aux deux paraboles qu'il a insérées entre 27 et 33 : « Ainsi chacun de vous... » Étudiant ce verset (nrt 1971, p. 561-582), J. Dupont montre d'une part que l'on ne peut trouver d'échappatoire à la claire affirmation de l'Évangile que cette condition s'impose non seulement à quelques disciples choisis (par exemple aux religieux), mais à chacun des disciples du Christ, y compris ceux qui restent « dans la foule » (v. 25) — c'est-à-dire, par définition, les < laïcs >.
D'autre part, on ne peut échapper non plus à la netteté de l'affirmation : l'exigence porte sur le renoncement à tous ses biens, ce qui correspond à ce que nous lisons par ailleurs en Lc 5,11 ; 18,22; 21,4; Ac 2,44; 4,32. Va dans le même sens la mise en garde contre le danger des richesses : Lc 12,13-34) — cf. Introd. aux
§ 205 -207; 16,1-13.19-31 ; 18,24-30. Enfin, ici même, Luc vient de renchérir sur Mt en allongeant la liste des proches qu'il faut savoir faire passer après le Christ : non seulement père et mère, et enfants, mais femme, frères et soeurs, et soi-même (comparer
Mt 10,37 à
Lc 14,26).
Mais tout cela n'empêche que, dans Ac 5,4) — c'est-à-dire au moment même où l'on vient d'affirmer qu'entre chrétiens, tout était mis en commun (4,34) — Pierre tient à reconnaître expressément au disciple du Christ la liberté de disposer de ses biens « à son gré ». Si l'on ne veut pas tomber dans la contradiction entre ce « chacun doit renoncer à tous ses biens » et la pratique de l'Eglise dès les premiers jours, il semble qu'il faille donc bien comprendre que le Christ ne fait pas tant de cette déclaration finale la conclusion des paroles au sens où il s'agit de réflexion et de renoncement préalables pour (et donc avant de) venir à Lui comme disciples — renoncement à tous leurs biens que les appelés à la vie religieuse n'hésitent pas à consentir effectivement, d'emblée. Le Christ viserait plutôt ici, pour tout le monde, la disposition d'esprit (= le détachement = la pauvreté dans l'Esprit) d'avoir à « être vraiment disciples de Jésus en se montrant prêts à renoncer à tous leurs biens plutôt que de ne pas mener à bonne fin l'entreprise dans laquelle ils se sont engagés : plutôt que d'échouer dans l'obtention d'un but qui ne peut être ici que leur salut... Les formes peuvent être diverses, suivant les circonstances et les vocations personnelles. Il ne sera pas demandé à tous les croyants de verser leur sang pour leur foi, et on ne saurait prendre la déclaration de Lc 14,33 comme une prescription légale sans tomber dans un nouveau Pharisaïsme. Il reste vrai cependant que le sacrifice de la vie (Lc 9,24 Lc 14,26 Lc 17,33) et le renoncement à tous les biens terrestres entrent dans la définition d'un disciple du Messie crucifié... Celui qui n'est pas capable d'entrer dans ces dispositions ne peut se croire vrai disciple du Christ (art. cit. p. 576 et 582).
§ 229. « Si le sel s’affadit... » : Lc 14,34-35; (Mt 5,13 Mc 9,50)
(Lc 14,34-35 Mt 5,13 Mc 9,50)
§ 230-232. Jésus, manifestation de la miséricorde
En regroupant ces 3 paraboles — dont la première, seule, nous est connue par ailleurs (
Mt 18,12-14 — au centre de la section de « La montée à Jérusalem » (
§ 183 -245) — Introd.), et plus généralement, de tout son Évangile, Luc montre ce qui est à ses yeux le sens même de la mission du Christ. D'où l'importance de bien comprendre cet ensemble. Il a été heureusement fort bien étudié par
w.r. farmer, dans
nts 8 (1961-62), p. 301-316;
e. rasco, dans BETL 25, p. 165-183;
P. bonnard, dans « Cah. bibliques de Foi et Vie » n° 12 (1973), p. 25-37 et 72-79;
J. Dupont, dans « Gregorianum » (cf.
§ 178 *), BETL 40 (cf.
§ 230 *), et Ass. S. n, 55 et 17 (24° D. Ord. et 4° D. Carême) et I, 29, (2° D. de Carême);
R. WAELKENS : Analyse structurale, dans
rtl 1977, p. 160-169, etc.
Composition : Elle est du même type qu'en Lc 13,1-9 (et, de façon moins complète, Lc 14,25 Lc 14,28-32 ou Lc 16,14 Lc 16,19-32) : une courte introduction provoque la réponse du Christ, procédant par questions symboliques jumelées, reprise en une troisième parabole, plus développée.
Thème : Davantage qu'à exalter la miséricorde et la grâce prévenante de Dieu (v. 4*.8.20*), ou bien à exhorter ses auditeurs à la pénitence (v. 7*. 10.17-20*), le Christ invite par ces paraboles à se réjouir avec Dieu de ce qu'est retrouvé ce qui était perdu (v. 4-6.8-9.23-24.32).
« Perdu-retrouvé » nous rappelle cet autre couple < chercher-trouver > (
§ 18 ) — Lc 2,45* et
§ 70 ) — Mt 7,7-8*), mais avec cette différence que le sujet, cette fois, n'est plus l'homme en quête de Dieu, mais bien Dieu en quête de l'homme — ce qui est une définition du Christ, envoyé par le Père nous chercher et nous sauver, par son Incarnation rédemptrice (cf.
§ 230 , in fine). D'où son attirance pour les pécheurs (
§ 41 -42) — Lc 5,27-32* et
§ 269 ) — Lc 19,1-10*), manifestant ainsi qu'en la Personne de Jésus, le Royaume est à notre portée, pourvu que nous nous convertissions en croyant à la Bonne Nouvelle (
§ 28 *). Toutefois, ici, le Christ présente ce qui est donc le Kérygme* lui-même, en tenant compte des carences propres à ses interlocuteurs (v. 1-3*).
§ 230. La brebis perdue : Lc 15,1-7; (Mt 18,12-14)
(Lc 15,1-7 Mt 18,12-14)
— Tous les publicains et les pécheurs : La situation est du même type que lors de la conversion de Lévi (
§ 41 -42) — Lc 5,27-32), à ceci près que cette fois, ce n'est pas tant Jésus qui vient parmi les publicains que les pécheurs qui s'approchent de Lui pour l'entendre (ce qui est l'attitude même de la foi).
— Mais pourquoi : Tous ? alors surtout que les paraboles vont jouer sur une seule des brebis, ou des drachmes, et le seul fils prodigue? Faudrait-il en conclure que ces premiers versets cadrent mal avec les paraboles qu'ils introduisent, et seraient une jonction (mal faite ?) due à l'invention de Luc ? (bonnard, p. 32). Mais d'une part, ce « tous » ne figure pas dans tous les mss. et d'autre part, n'y aurait-il pas là une précision voulue ?
C'est qu'il s'agit de l'amour du Père, comme du Christ qu'il envoie : nous sommes donc bien aimés, chacun personnellement, « par ton nom », en ce que nous avons d'unique, autant que si « nous étions seuls au monde ». Mais ce qui est donné à chacun, « tous l'ont tout entier » ; car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4). Et < tous > ont à se reconnaître pécheurs, donc à se tenir pour les bénéficiaires de ces 3 paraboles...
Lc 15,2) — Les Pharisiens et les scribes murmuraient : C'est précisément ce que fera le fils aîné ; on peut donc déjà pressentir que cette seconde partie de la 3° parabole vise plus directement ces Pharisiens (cf. v. 28-32*).
« Celui-ci reçoit les pécheurs » : Tout l’A.T. appelle au repentir et au < Retour >* les pécheurs. Mais ils n'étaient réadmis dans la communauté sainte d'Israël qu'après s'être < rachetés > par une effective < pénitence >. Alors que Jésus peut les admettre d'emblée, puisqu'il sait que cette < rédemption >, il s'en chargera — ce que ses interlocuteurs étaient excusables de ne pas savoir encore, mais que les paraboles vont annoncer. En tous cas, gardons-nous de mépriser tous ces Pharisiens, caricaturés pour mieux les rejeter : ce serait justement faire comme eux, dont le tort est surtout de condamner les autres (A. Maillot : Les paraboles..., p. 125).
et Il mange avec eux: Ce thème du repas sera repris aux v. 23-24 et 32. Il nous renvoie au repas chez Lévi ou Zachée (
§ 42 * et
§ 269 *), mais aussi au chapitre précédent, qui était précisément sur le thème du festin, offert à tous, et en particulier aux pauvres (
§ 223 -226*).
Lc 15,4-7; (
Mt 18,12-14 — Voir le commentaire général au
§ 178 . Revenons seulement sur quelques points particuliers à Luc : Alors que Mt jouait sur un balancement égal entre les deux aspects de la sollicitude divine : « si un homme perd une brebis... il part... ; s'il la retrouve... joie », Luc rompt l'équilibre, d'une part en liant les deux parties par le verbe-crochet « trouver » (v. 4-5) — cf.
J. Dupont, betl, p. 334-35), et de l'autre en développant surtout cette seconde partie: image évocatrice de la brebis portée sur les épaules (//
Is 40,11), triple mention de la joie aux v. 5.6.7.
de retour à la maison : < Maison > est moins en situation à ce v. 5 qu'aux v. 8 et 25. Serait-ce pour souligner par cette triple mention qu'à chaque parabole, il s'agit bien de la même réintégration du pécheur dans l’Église !
On peut en effet hésiter sur l'identification de ceux que représentent la brebis, la drachme ou le fils perdus : mais qu'il s'agisse des païens appelés à la première conversion, ou des chrétiens qui auraient à s'amender, les uns comme les autres sont appelés à être « de la maison de Dieu, concitoyens des saints » (Ep 2,19-20, en // au
§ 173 ).
il assemble amis et voisins... : « Réjouissez-vous avec moi »: C'est l'essentiel de la réponse aux murmures des Pharisiens (v. 2), fils aînés de la 3° parabole qui se refusent à entrer dans la maison où le prodigue vient d'être reçu (v. 28) ; mais cette invitation ne vise pas moins les chrétiens rigoristes des premiers siècles, opposés à une trop facile réconciliation de leurs frères, pécheurs. « De toutes manières, le chapitre dénonce une attitude d'ostracisme, inséparable de la tendance à constituer des groupes choisis d'hommes d'élite, foyers d'intolérance, fermés sur eux-mêmes, incapables d'amour à l'égard des gens qu'on méprise » (J. Dupont: Ass. S. II, 24° D., p. 76 et 78).
de la joie... plus que pour 99 justes : Litt. ce « plus » n'existe qu'en Mt 18,13; en Lc, il est sous-entendu, aussi pourrait-on traduire également: « de la joie... pour un seul pécheur et non pour les 99 justes » (rasco, p. 175) — Cf. Lc 5,32 : « pas les justes mais les pécheurs »). Même alors, bien entendu, il ne s'agirait pas d'une exclusion des justes ! mais simplement de ce que la parabole répond seulement à la question concrète posée, qui ne vise que les pécheurs, sans traiter du cas des justes (J. Dupont, betl 40, p. 345, n. 38).
qui n'ont pas besoin de pénitence: En donnant à cette expression le sens ironique de: « qui croient n'avoir pas besoin de pénitence », non seulement on expliciterait ce qui est tout au plus suggéré, mais on affaiblirait la parabole. Que Dieu se réjouisse d'une vraie conversion plus que de la suffisance d'un faux-juste, cela va de soi. Mais qu'il mette sa sollicitude et sa joie dans la conversion des pécheurs plus que dans les vrais justes, voilà bien la merveille inouïe (rasco, p. 177) !
dans le ciel: Cela peut être une façon de désigner Dieu sans le nommer, par respect pour le Nom ineffable (Tob, qui cite: Da 4,23 1M 3,18 et dans Lc, ici même aux v. Lc 18 et Lc 21, ou Lc 20,4) ; mais le // Du v. 10 montre que cette joie est bien partagée par « les anges du ciel » et tous les saints.
En tous cas, dans la double version de Lc (brebis et drachme) non moins que dans celle de Mt, c'est bien « le Père des cieux » qui a toute l'initiative, de la sollicitude comme de la joie: « Si un homme... et s'il réussit... » La pénitence ne sera mentionnée que plus tard, incidemment et en conclusion (v. 7) : « Dieu nous a aimés le premier » (1Jn 4,19); Il a envoyé son Fils à notre recherche avant que nous ayons à revenir vers Lui, comme le fils prodigue.
Mais plus précisément ; Jésus répond ici aux murmures des Pharisiens sur sa propre conduite. En invoquant celle de Dieu, Il ne se borne pas à la donner comme son modèle justificateur — ce qui vaut pour n'importe quel homme : « Soyez miséricodieux comme votre Père est miséricodieux » (
Lc 6,36). En réalité, c'est Lui-même qui, de par son Envoi (son Incarnation), est la divine Miséricorde venue à notre recherche; et quant Il < oeuvre >* — par exorcismes, miracles, pardon des péchés, évangélisation des pauvres (
§ 106 ) — Mt 11,5-6*) — c'est son Père qui est à l'oeuvre, en Lui, comme à juste titre on attribue l'action du bras ou de la main à celui qui les met en mouvement. Si bien qu'à travers la conduite de Jésus, se manifestent les façons d'agir de son Père : « Philippe, qui m'a vu a vu le Père... Cela même que fait le Père, c'est cela également que fait le Fils » (
Jn 14,9 et 5,19* au
§ 149 ). Pour être dite moins expressément que dans Saint-Jean, c'est bien la même révélation de l'unité du Père et du Fils : « // Y a identification concrète entre la conduite de Dieu et celle de Jésus, écrit Dom
3. dupont- Par Jésus, c'est Dieu lui-même qui tente un dernier effort pour sauver les pécheurs et leur accorder les bienfaits de son Règne... En Jésus, c'est Dieu qui agit » (Les implications christologiques de la parabole de la brebis perdue, dans art. cit. BETL 40, p. 346-350). « Jésus est dans son ministère celui par qui la joie et la miséricorde divine se manifestent à nous »
(rasco, P- 182).
péguy a chanté dans Le Mystère du Porche de la Deuxième Vertu ces trois «paraboles de l'espérance. Ensemble. Soeurs également chères, également secrètes. Et comme plus intérieures que toutes les autres. Répondant à une voix intérieure plus profonde... » (Pléiade, p. 621) :
Par cette brebis égarée Jésus a connu la crainte dans l'amour.
Et ce que la divine espérance met de tremblement dans la charité même.
Et Dieu a eu peur d'avoir à la condamner... (p. 569).
Effrayant amour, effrayante charité,
Effrayante espérance, responsabilité vraiment effrayante,
Le Créateur a besoin de sa créature, s'est mis à avoir besoin de sa créature.
Il ne peut rien faire sans elle... (p. 613).
Nous pouvons lui manquer.
Ne pas répondre à son appel.
Ne pas répondre à son espérance. Faire défaut. Manquer. Ne pas être là.
Effrayant pouvoir... (p. 614).
Mais le lyrisme des Pères est tellement plus riche d'allusions à toute l'histoire du Salut ! (Pour mieux le faire sentir, nous ajoutons les références) :
ambroise : Sur le Ps 119, sermon 22 (PL 15, 1520-21) : Sur le v. 176 et dernier : « J'errais comme brebis perdue : cherche ton serviteur, car je n'ai pas oublié ta Parole » — « Viens Seigneur Jésus, cherche ta brebis lasse ! Elle s'est égarée pendant que tu tardais, toi qui résides sur les montagnes (Ps 121,1) ...Les montagnes ! n'hésite pas à y laisser tes quatre-vingt-dix-neuf brebis : dans les montagnes (du ciel) les loups rapaces (Ac 20,29) ne pouvant les attaquer: une seule fois, le serpent a pu nuire dans le Paradis; sa proie qu'il y trouva une fois, il ne l'y trouve plus depuis qu'Adam fut chassé de là (Gn 3). Viens à moi, qui supporte les attaques des loups. Viens à moi qui me suis égaré loin de tes brebis d'en haut : tu ne les attristeras pas, elles se réjouiront, elles aussi, du retour du pécheur (Lc 15,7). Trouve-moi, prends-moi, emporte-moi : pour le médecin, il y a encore en moi un espoir de guérison (Mt 9,12).
Viens ! Tu feras le Salut sur la terre (Ps 74,12) et la joie dans le ciel. Prends-moi dans cette chair qui, en Adam, tomba. Reçois-moi, non de Sara (Gn 21) mais de Marie : il faut que tu me reçoives d'une vierge pure (2Co 11,2 — et même d'une Vierge exemptée par grâce, de toute tache de péché... »