Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
§ 293. Les persécutions : Mt 24,9-14; Mc 13,9-13; Lc 21,12-19
(Mt 24,9-14 Mc 13,9-13 Lc 21,12-19)
— On est dans les temps intermédiaires, qui sont « les temps des nations » : l'expression est de Lc 21,24*, mais Matthieu le souligne aussi par une inclusion : c'est « dans et devant les nations » que les disciples du Christ seront persécutés (Mt 24,9 et Mt 24,14). Ces nations qui auront à être évangélisées (Mt 28,19*) et finalement jugées (Mt 25,32*).
Si les 3 Synoptiques s'accordent en substance, l'exposé diffère. Ils ont en commun:
1°) L'annonce des persécutions, à la fois de la part des Juifs et des Romains (Mc 13,9), sur dénonciation même des proches (Mc 13,12), « en haine à cause de moi ou de mon Nom » (Mc 13,9 et Mc 13,13 Lc 21,17). Elles ont déjà été prédites par le Christ non seulement dans son discours sur la Mission § 100 — Mt 10,17-25), mais dès l'ouverture du Sermon sur la Montagne, en conclusion des Béatitudes § 50 — Mt 5,11-12*). Cf. aussi § 330 *; et encore Mt 13,21. C'est donc une constante, une des lignes de fond de la vision que le Christ a de l'histoire subséquente. En // Ac 4,2-7 Ac 5,40 en donnent un premier exemple.
2°) La promesse du Salut à qui « tiendra bon » (Mt 24,13 Mc 13,13 Lc 21,19). Les 3 Évangélistes emploient le même terme : c'est l'endurance (c'est-à-dire la constance à travers les épreuves), à laquelle nous exhortent à l'envi saint Paul, saint Jacques, saint Pierre et saint Jean (Rm 5,3-4 2Th 1,4 Jc 1,3-4 1P 2,20 Ap 3,10 et passim: cf. Concordance NT, « Supporter » Ap 4 et P. Jouôn, dans Rech SR 1938, p. 310-311). Nous l'avons déjà rencontrée en Mt 10,22 (autre prédiction des persécutions, dans le discours sur la Mission) et Lc 8,15 où, dans la parabole du Semeur, c'est par l'endurance que le bon grain porte du fruit. On sent que cette endurance est prolongation de la Passion du Christ, si bien que nous avons hésité à traduire Lc 21,19 : « par votre passion vous sauverez vos âmes », en // à Ap 13,10 : « C'est ici la passion et la fidélité des saints » cf. // 2Co 4,16-18 Mt 10,22, nous gardons : « cette passion ».
3°) Il y aura là un témoignage. Mais les 3 Évangélistes le situent différemment. Pour Mc 13,9-10, les souffrances subies par les chrétiens témoigneront devant les Juifs et les Romains, de pair avec la prédication de l'Évangile. Mt 24,14 retient surtout ce dernier point. On sait que le titre de < martyr > vient du grec < Martureô > : je rends témoignage. Lc 21,13 peut s'interpréter soit au sens de Mc 13,9, soit comme d'un témoignage utile aux chrétiens persécutés eux-mêmes, suivant la conclusion de l. hartman sur ce verset (Testimonium linguae, Lund-Copenhague 1963). J. Dupont la résume ainsi (dans Ass. S., n, n° 64, p. 84) : « Le témoignage rendu par les souffrances endurées par les persécutés doit plaider en leur faveur devant le tribunal de Dieu. Elles constitueront, en quelque sorte, les pièces à conviction sur lesquelles se basera la sentence divine qui décide du salut de chaque homme. Le retournement de perspective opéré par Luc est significatif. Il se place au point de vue des persécutés, pour leur montrer l'avantage qu'ils doivent retirer de leurs épreuves », suivant la promesse de Lc 12,8 : « Quiconque m'aura confessé devant les hommes, le Fils de l'homme le confessera devant les anges de Dieu ».
Mt 24,10-12 // Sg 14,22-25 Lm 2,14 — Sur le fond commun, Matthieu introduit sa préoccupation du scandale*, et des divisions que les persécutions risquent d'entraîner (Mt 24,10) : cf. § 176 — Mt 18,6-7*. Il ajoute donc ici que le plus grand péril viendra de l’intérieur : divisions, faux-prophètes séducteurs (comme aux v. 4-5, 23-24 et 26). Ce sont eux qui sont principalement cause que l'iniquité, portée à son comble, dominera : comparer à § 74 — Mt 7,23*, où les faux-prophètes sont précisément accusés de « faire l'iniquité » (cf. e. cothenet, dans BETL 29, p. 302-305). Cette marée montante de l'iniquité est un des reproches fondamentaux de la prédication prophétique ou sapientielle : // Lm 2,14 Sg 14,22-25 et Mi 7,6-7, en // à Mt 10,35-36 § 102 , que Mc 13,12 et Lc 21,16 reprennent ici.
la charité d'un grand nombre se refroidira : Sur l'attention avec laquelle l'Eglise a reçu l'avertissement, dès les premiers siècles — car on note cet attiédissement incapable de résister à l'apostasie, dès les persécutions, celle de Dèce en particulier (Lagrange, Sur Mt, p. 461) — cf. le dossier de M. Aubineau, dans « St. Patristica » IV, p. 3-19. Augustin en situe la cause dans le Péché Originel même : c'est dire que le danger reste permanent. Les Pères relèvent le symbolisme, non seulement biblique mais naturel, entre : charité = ferveur = chaleur (« Dieu est un feu consumant »), et: péché = frigidité = glace (« L'enfer, c'est le froid »), Bernanos, et Dante. Cf. § 264 — Jn 10,22*, et § 339 — Jn 18,18*. D'après le contexte (v. 10), il semblerait qu'il s'agisse plutôt ici de la charité envers le prochain; mais « la charité fraternelle qui s'attiédit est celle-là qui trouvait d'abord sa ferveur dans l'amour du Christ» (Maxime de Turin: Hom95; Pl 57, 474).
Il est non moins important de remarquer combien ces versets soulignent l'opposition entre « le grand nombre » (< Polloï >*, beaucoup, aux v. 10, 11, 12), et le caractère personnel de l'endurance et de la fidélité < jusqu'au bout> (v. 13). À mettre en relation avec « beaucoup d'appelés et peu d'élus » § 282 — Mt 22,14*), et avec « le petit Reste » des Sauvés, d'après les prophètes et notamment Isaïe (cf. A. Feuillet, rb 1948, p. 498-500).
Mt 24,14 rejoint Mc 13, 10 : C'est déjà l'universalisme de la Mission sur lequel se conclura Mt 28,19*, et qui devra remplir l'intervalle de temps nécessaire à cette prédication mondiale entre Pâques-Pentecôte et Fin du monde (v. 14b). Mc introduit cette annonce par le < Il faut >*, indiquant bien que, comme la Passion du Christ, qui est la source du Témoignage et de la Mission des chrétiens, cette proclamation universelle de l'Évangile rentre dans le Dessein de l'amour divin.
Mc 13,11-12; Lc 21,14-18 // Jr 1,8-10 — Mt avait mis ces promesses à la fin de son Discours sur la Mission (10,19-21 et 34-36). Revient avec insistance le verbe « être livré », qui est premièrement celui de la Passion du Christ § 172 — Mt 17,22-23*). Sur l'assistance du Saint-Esprit, voir Lc 12,11-12, et tous les // de ce § 204 , notamment Ac 4,8-13, montrant que cette prédiction s'est réalisée, dès les premières persécutions que les Apôtres eurent à souffrir.
En tout ce passage, on remarque ï'appel à la confiance non moins qu'à la constance, spécialement marqué par Luc: au v. 15, « vos adversaires seront incapables de résister » ; et au v. 18, « pas un cheveu de votre tête... » — ce qui n'est certainement pas à prendre matériellement, pour tous ceux qui ont été mutilés ou décapités ! C'est plutôt un écho à Lc 12,7, sur l'abandon à la Providence que peuvent et doivent vivre les chrétiens (Lc 12,22-31 = Mt 6,25-32, au § 67 * ; cf. J. Dupont : Les 3 apocalypses..., p. 114-120).
Luc précise : « Vous sauverez vos âmes », c'est-à-dire non pas « vos vies » (car beaucoup mourront dans les persécutions), mais la survie éternelle : c'est une application du « qui perd son âme la gagne » § 168 — Mt 16,25*). De fait, le verbe employé par Luc signifie littéralement, lui aussi, « gagner »: « vous gagnerez vos âmes ». Cf. J. Dupont, qui ajoute: « par rapport à Mc, non seulement Lc encourage plutôt qu'il ne menace, mais aussi il se place au point de vue du chrétien individuel qui, risquant sa propre âme, est ainsi assuré de la sauvegarder, indépendamment de l'hypothèse d'une fin prochaine et du salut définitif dont l'espérance serait liée à la venue de cette fin. La promesse faite aux persécutés... prend une valeur générale, valable pour n'importe quel temps ».
De toutes façons, Mt 24,14 (explicitement), et Mc 13,13 (implicitement), précisent bien que tout ce qui précède est la période d'avant la fin (cf. // Is 10,24-25 Ps 119,95-96). Et si les chrétiens doivent tout endurer «jusqu'à la fin », c'est au sens général de « jusqu'au bout » § 316 — Jn 13,1*).
§ 294. «L’abomination de la désolation» : Mt 24,15-22; Mc 13,14-20; Lc 21,20-24
(Mt 24,15-22 Mc 13,14-20 Lc 21,20-24)
— Après la mise en garde contre les faux signes qui pourraient faire illusion § 292 -93), voici, positivement, le signe demandé au § 291 , comme le précise la relation entre Mt 24,14-15a : « Alors viendra la fin : quand donc vous verrez < l'abomination de la désolation > (// Dn et M).
Cette expression est reprise, par Matthieu et Marc, de la célèbre prophétie de sur « les 70 Semaines ». Nous préférons donner en // les trois autres passages de l’A.T. où cette même expression se trouve reprise et en partie expliquée. Il s'agit de « l'érection de la statue de Zeus Olympien par Antiochus Épiphane dans le Temple de Jérusalem, en 168-7 av. J.C. (// 1M 1,54 et 2M 6,1-4), avec cessation du culte de l'Alliance — « le sacrifice perpétuel » (// Da 11,31 et Da 9,27) — durant un temps déterminé (// Da 12,11 et Da 9,27). L'abomination est le terme spécifique pour condamner les idoles, ainsi que la profanation et l'apostasie qu'elles entraînent (// Da 11,31-32): cf. Jr 13,27 Ex 5,9. La désolation : au sens premier de ce mot, « rendre vide en ravageant » (TLF) ; « voulez-vous sans pitié désoler cette terre » (Racine). Suivant l'étymologie du mot grec : action de rendre désert (Jr 4,7 Jr 7,34 Jr 22,5). Cette désolation est donc celle que provoque < l'abomination >, faisant déserter le Temple par Yahvé (Ez 10,18-22 et Ez 11,22-23 Ez 12,20), comme le constate 1M 2,12 1M 4,38. Sur tout ceci, cf. B. Rigaux, dans « Biblica » 1959, p. 675-683.
En quel sens Matthieu et Marc se réfèrent-ils à la célèbre prophétie ? — Qu'il s'agisse en premier lieu de la ruine du Temple, nous en avons trois indices convergents : 1) La prophétie de Daniel visant une profanation antécédente, si Matthieu et Marc la citent, ce doit être pour un nouveau malheur du même genre. 2) Matthieu et Marc ajoutent aussitôt que cela touche les habitants de Judée, donc c'est à propos d'un événement localisé. 3) Luc, évitant une expression trop judaïque pour être comprise de ses lecteurs, de culture grecque, la traduit en clair par : « le siège de Jérusalem ». Et pour que nul ne s'y trompe, il garde le mot de « désolation », comme effet de < l'abomination > que représente la ruine de la Ville Sainte par Titus, en 70. Cela correspond d'ailleurs à ce qu'annonçaient les pleurs du Christ sur Jérusalem § 274 — Lc 19,41-44). Mais ce n'est pas moins explicite ici (Lc 21,24). Or Luc était mieux en mesure que nous de comprendre ce qu'avaient voulu dire Marc et Matthieu.
Toutefois, il n'est pas exclu que la prochaine ruine du Temple vaille elle-même comme symbole des < abominations > qui entacheront l'ère chrétienne, et notamment l'Antichrist, « exigeant un culte et allant jusqu'à s'asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, proclamant qu'il est Dieu » (2Th 2,4 Ap 13). Le fait surprenant que Marc réfère à cette < abomination > (au neutre, en grec) par un pronom au masculin, laisserait supposer qu'il prend l'expression en un sens personnalisé, désignant ainsi l'Antichrist. Donc, derrière le premier plan de la ruine du Temple, se profilent plus largement les événements « apocalyptiques ». C'est peut-être pourquoi Matthieu et Marc nous invitent à prendre ce signe pour nous-mêmes : toi qui lis, comprends !...
Mt 24,16-20 Mc 13,14-18 Lc 21,21-23a — Conduite à tenir dès que l'on verra le signe : fuir. Marc, suivi par Matthieu, insiste sur la promptitude; Luc, sur l'éloignement nécessaire. Comme Lot : // Gn 19,17-26 Gn 19,
fuir dans les montagnes: comme Lot encore. Mais le symbole est naturel, puisque d'une part, les pays montagneux ont de tout temps été le refuge devant l'occupation d'un pays, et que d'autre part, leur élévation même porte à y trouver Dieu « d'où viendra mon secours » (Ps 121,1-2 cf. // Ps 11).
// Jr 25,13 Dt 32,35 Ps 94,1-4 — Luc abrège sur les circonstances aggravantes, mais pour dire plus expressément que le malheur de Jérusalem est une « vengeance » de la « colère » de Dieu — donc au sens divin où le mal provoque un Père qui nous aime à se dresser contre le péché qui nous sépare de Lui, et à s'en venger en nous en rachetant et sauvant : cf. // Ps 94,17-20, la < colère > et la < vengeance >, cf. § 20 — Mt 3,7* ; § 59 — // Si 12,6* ; et BC I*, p. 338).
pour que s'accomplisse* tout ce qui est écrit: Référence explicite aux nombreuses prophéties sur la destruction de Jérusalem, dont nos // donnent un échantillon.
Mt 24,21-22 Mc 13,19-20 Lc 21,22-24 — Après la recommandation (verbes à l'impératif), l'explication, comme précédemment (Mc 13,5-7 et Mc 13,8, ou Lc 21,8-9a et 9b) : car... Une détresse : Mt et Mc reprennent à , le mot de < tribulation >, à forte connotation eschatologique (cf. pc III, p. 52, 54, 56). Luc y susbstitue le mot < Anankè >, évoquant la nécessité pressante, donc la « détresse » où l'on est jeté, mais aussi le < destin > qui, pour les grecs, était fatalité, mais en langage évangélique, relève du < Il faut >* du dessein de Salut de Dieu qui embrasse l'histoire entière du monde.
une détresse telle qu'il n'y en a pas eu depuis... (// Dt 12,1 et Jl 2,2) : Emphase et généralisation caractéristiques du genre littéraire apocalyptique (cf. RB 1948, p. 497-498). Marc renforce encore . Là aussi, Luc préfère traduire concrètement (Lc 21,24). En soi, le massacre des habitants de Jérusalem et la dispersion des Juifs ne seraient malheureusement pas une calamité unique, entre tant de génocides, que ce soit dans l'Antiquité ou de nos jours. Ce qu'il y a d'unique, c'est que ce malheur soit ici imputé à « la colère »* de Dieu, pour rentrer dans son Dessein de Salut (v. 22b).
jusqu'à ce que soient révolus les temps des nations : À s'en tenir au seul début de ce même v. Lc 21,24, on pourrait comprendre qu'il s'agit seulement du temps limité où Jérusalem serait foulée aux pieds, comme au temps des Maccabées ou de l'Exil à Babylone (// 1M 3,51 Ps 79,1-3), comme dans les // Da 12,11 et Ap 11,2, où ce temps est symboliquement comptabilisé. Mais étant donné l'ampleur eschatologique des perspectives, il convient plutôt d'entendre ces « temps des nations » comme de ceux où Dieu patientera pour laisser à « la totalité des païens » la possibilité de se greffer au vieux tronc d'Abraham, jusqu'à ce que les Juifs eux-mêmes se réconcilient à leur tour, réalisant ainsi la fin (= le but) du dessein de Salut universel, comme saint Paul l'explicite en Rm 9-11. Le fait que Luc emploie ici le mot < Kairos >*, et au pluriel — donc : « des temps favorables » — appuie en ce sens. Saint Paul encore dégage en clair la leçon, qui vaut pour tous, juifs ou païens : « Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu, et demeure en cette bonté, autrement tu seras retranché toi aussi » (Rm 11,22 — cf. v. 25-29, en // au § 45 .
Mt 24,22 Mc 13,20 — Nulle chair*. « Thème apocalyptique juif (Livre d'Hénoch) : la détresse finale sera abrégée soit pour que les élus puissent être atteints par la mission (cf. v. 14), soit pour qu'ils échappent à la destruction totale; autre interprétation, plus probable: à cause des élus, l'humanité entière sera épargnée... » (Note TOB), comme Sodome aurait pu l'être s'il s'y était trouvé seulement 10 justes... 'A cause des élus qu'il a élus (Mc) : la redondance met en valeur ce que le mot d'élus, à lui seul, impliquait déjà : au pire des catastrophes, l'amour dont Dieu nous aime nous sauvera (cf. le chant triomphal de Rm 8,28-39). A. Feuillet souligne que par là, Jésus reprend à son compte une révélation fondamentale dans la théologie prophétique : le Dieu de l'Alliance préservera « un Reste » à Israël, Peuple premièrement élu. Cf. déjà la conclusion de la parabole des ouvriers de la onzième heure § 252 — Mt 20,16 et § 282 — Mt 22,14*). Et aussi, bien entendu, Rm 9,27-29 et 11,1-7 (RB 1948, p. 498-500).
§ 295-296. L’entre-deux: Mt 24,23-25 et 26-28; Mc 13,21-23 (Lc 17,23-24 Lc 17,37b)
(Mt 24,23-28 Mc 13,21-23 Lc 17,23-24 Lc 17,37b)
— Dans ces « temps des nations », de durée indéterminée, qui vont de la destruction du Temple § 294 à la Parousie proprement dite § 297 , le danger reste le même que durant « le commencement des douleurs » § 292 *) : la séduction des faux-Christs, et des faux-prophètes. Mt le répète même par deux fois, d'abord sous la forme retenue par Mc 13,21-23, ensuite comme Le en son premier paragraphe sur « les jours du Fils de l'homme » (17,23-24). De l'une à l'autre, il n'y a qu'une précision supplémentaire, « ici et là » devenant une manifestation du Christ « dans le désert » ou « dans le cellier » c'est-à-dire : intérieurement ou secrètement, comme le suggère la réponse du Christ qui introduit précisément le discours précité, en Lc 17,20-21 : « Le Règne de Dieu n'arrive pas de telle manière... que l'on puisse dire : < Il est ici > ou < Il est là >. Il est au-dedans de vous » § 242 *). On voit par le // Dt 13,2-5 que la séduction des faux-prophètes est déjà prévue par Moïse. Exemplaire, la réaction énergique de saint Paul, au début de Ga 1,6-12 !
Pourtant, ici, comme il s'agit de signes précédant la manifestation glorieuse et définitive du Règne de Dieu, l'insistance porte sur la visibilité : « Ouvrez les yeux... Comme l'éclair... Alors apparaîtra... Ils verront... » Vision qui ne survient cependant expressément, notons-le, qu'au § 297 *.
Je vous ai tout dit d’avance : Comme en Jn 13,19; 14,29; 15,15 et 16,4. Mieux que Joseph (// Gn 41,25-28) ou Daniel (2,28-30, en // au § 292 , le Christ sait où Il va, pour que soit « parfait » (ou accomplI*) le Dessein d'amour du Père sur le monde § 24 — Mt 3,17b*).
(Lc 17,25-36): Entre l'image de l'éclair (v. 24) et des aigles (v. 37), Luc avait inséré l'annonce de la Passion du Christ par suite du rejet de « cette génération* (v. 25), puis l'exemple des contemporains de Noé ou de Lot (v. 26-30), que Mt reporte au § 302 *, enfin la promptitude nécessaire le moment venu (y. 31-36), avec les images qui sont celles de Mt et Mc au § 294 . En somme, les Evangiles distribuent différemment les Paroles du Christ, mais ce sont bien les mêmes, qu'ils s'efforcent de retransmettre (< Concordantia discordantium >*). Toutefois, les contextes différents colorent autrement les mêmes Paroles ainsi authentifiées. Les conseils de fuite immédiate, qui convenaient plus concrètement au temps du siège de Jérusalem § 294 *), s'appliquent d'après Luc au « En ce jour-là... où le Fils de l'homme se révélera » (v. 31 et 30). Nouveau signe qu'entre l'approche de la destruction du Temple et celle de la Fin du monde il y a rapport d'un événement exemplaire (comme aussi le Déluge ou la Fin de Sodome) à ce qu'il annonce.
Mt 24,27; (Lc 17,24) // Ps 19,6-7 Ha 3,3-4 — Pour clore l'Entre-Deux, une double image marquant le caractère transcendant et irrésistible de l'intervention divine pour mettre Fin aux « temps des nations » :
Comme l'éclair : cette première image répond à ce qui précède (« car... ») ; donc elle souligne d'abord l'aspect éclatant du « Jour » (Lc) de « l'Avènement » du Christ, nommé ici de son titre eschatologique de < Fils de l'homme >*:
Jérôme: Sur Mt IV, 24 (PL 26, 179): Le second Avènement du Seigneur se manifestera non pas dans l'humilité comme le premier, mais dans la Gloire. Il serait donc fou de chercher dans une cachette Celui qui est la lumière du monde entier.
Chrysostome: 2° Hom. « De cruce et latrone » (Vives 4, p. 37): Le premier avènement du Christ fut caché : il venait en effet chercher ce qui était perdu. Mais au second avènement, il n'en ira pas ainsi : « Comme l'éclair part de l'Orient et apparaît jusqu'à l'Occident, tel sera l'avènement du Fils de l'homme ». Soudain, à tous, il apparaîtra. Point ne sera besoin que personne interroge : quand un éclair se produit, nous n'avons pas besoin de demander s'il y a eu un éclair. Ainsi, au second avènement, nul n'aura besoin de demander si le Christ est venu.
Mais il y a aussi et surtout dans l'éclair un phénomène < céleste >, symbolique de l'intervention divine (Zeus, Dieu de la foudre), instantanée (< en un éclair >) et foudroyante. C'est donc dire ici que toute résistance de ce qui s'oppose (par le Mal) au triomphe du Règne de Dieu et de son Christ, sera < foudroyée >. C'est dire encore que, si l'image de l'éclair n'entraîne pas nécessairement celle des aigles (comme en Lc 17, où elles sont séparées par 11 versets), elles s'enchaînent pourtant fort bien, l'éclair cadavérisant « le corps », sur lequel vont converger les aigles.
Mt 24,28 Lc 17,37b // Gn 15,11-18 Ap 19,17-18 — Les images guerrières du combat eschatologique (Ez 38-39 Ap 19-20) n'ont que trop déchaîné les représentations sanguinaires du Jugement dernier comme d'un carnage monstrueux. Au surplus, caricaturées, elles sont devenues grand-guignolesques, et tellement usées que l'on n'ose plus guère en parler. Cependant, le // de Gn 15,11-17 nous en avertit déjà : en ces images, ce qui se trouve révélé n'est rien moins que le Mystère de l'Avènement du Règne de Dieu par le sacrifice du Christ (cf. BC I*, p. 97-98). Prolongé dans le sacrifice eucharistique du « Corps » du Christ, il rassemble les croyants, les communie, les porte et les surélève, tels des aigles (Dt 32,10-11, en // au § 222 , les invitant à se donner eux-mêmes en aliment, dans une < communion > mutuelle... C'est ce que suggère déjà saint Jérôme, et que D. Barsotti développe :
Jérôme: Sur Mt IV, 24 (PL 26, 179): Nous sommes instruits du mystère du Christ par un exemple naturel : on dit que les aigles et les vautours sentent les cadavres, même d'au-delà des mers, et se rassemblent sur cette proie. Si donc des oiseaux sans raison sentent par leur sens naturel où gît un cadavre qui est peu de chose et dont ils sont séparés par de si grands espaces et par les flots de la mer, combien plus, nous et toute la multitude des croyants, nous nous empresserons vers Celui dont l'éclair sort de l'Orient et paraît jusqu'à l’Occident ! Mais sous le nom de « corps » — « ptôma » qui est exactement le cadavre — nous pouvons aussi entendre la Passion du Christ à laquelle nous sommes appelés... afin que par elle nous puissions parvenir jusqu'au Verbe de Dieu...
D. Barsotti: L'Apocalypse, p. 285-286: [Commentaire du // Ap 19,17),On annonce la condamnation du monde, qui est en même temps la participation à la Passion du Christ. Les oiseaux, les aigles, doivent descendre sur le sacrifice immolé... Qu'est-ce que ce banquet sacrificiel ? Si la fin du monde est une extension de la Passion jusqu'aux dimensions de l'univers, la fin est aussi le sacrifice suprême et total de la création, une ablation qui comporte après elle une consommation, qui est la gloire et qui est la communion, car le sacrifice commence et s'achève dans la communion.
Comme le dit Origène, ce n'est pas seulement le corps et le sang de Jésus qui sont nourriture et breuvage, pain et vin, pour l'homme : nous-mêmes (et c'est notre raison de vivre), nous devons être nourriture et breuvage pour tous. Nous ne pouvons être dans le Christ qu'en vivant son sacrifice. Mais en participant à cette Passion, en vivant ce sacrifice, nous préparons dans notre corps et dans notre âme une nourriture et un breuvage pour tous les oiseaux du ciel, pour toute la création de Dieu. Nous devons être, nous autres, l'aliment de la création. La communion au sacrifice s'identifie à une communion universelle. À travers nous et à travers le Christ, c'est un unique amour qui vit : l'amour de Dieu, qui est nourriture et breuvage pour tous.
« Venez, rassemblez-vous pour le grand banquet de Dieu ». Le banquet sacrificiel, dans les évangiles synoptiques, est le symbole de la vie éternelle. La vie éternelle sera cette universelle communion d'amour, la vie d'un amour où chacun de nous, totalement, se donne et reçoit les autres. À cette impénétrabilité des esprits qui est propre à i économie présente succédera la pleine compénétration qui fera vivre chacun pleinement dans l'autre ; et unique sera la vie de tous.
C'est ce banquet qui succède à l'immolation. La véritable fin, c'est la manducation du sacrifice, et c'est la vie. Tu vis aujourd'hui dans ton sacrifice : tu dois vivre occis et égorgé, sur la place du monde, et ta chair sera dévorée par tous les oiseaux. Et c'est la vie éternelle, et c'est la communion d'amour.
« Pour manger les chairs des rois, les chairs des gouverneurs, les chairs des puissants, les chairs des chevaux et des cavaliers, les chairs de tous, libres et esclaves, petits et grands ». Chaque commensal est lui-même nourriture et breuvage.
§ 297. « Le fils de l'homme venant sur les nuées » : Mt 24,29-31 ; Mc 13,24-27 ; Lc 21,25-28 // Is 13,10 Is 34,4)
(Mt 24,29-31 Mc 13,24-27 Lc 21,25-28) // Is 13,10 Is 34,4)
— Au paragraphe précédent, l'image de l'éclair et des aigles était donnée pour détourner de suivre quelque « faux-Christ », et non pas comme la suite pour ainsi dire chronologique des événements. Ce calendrier des signes est repris maintenant : « Après la tribulation* de ces jours » — qui peuvent donner des siècles, « mille ans étant aux yeux de Dieu comme le jour d'hier qui passe... » (Ps 90,4, cité par 2P 3,8, pour introduire 2P 3,11-13 qu'on trouvera un peu plus loin en //) — aussitôt, précise Mt, viendront les bouleversements cosmiques prévus par toute la tradition apocalyptique, d'Isaïe à Saint-Pierre (voir les //), en de puissantes images littéraires, qu'il ne faut certes pas prendre pour une description scientifique de la Fin du monde. Les Évangiles sont d'ailleurs d'une belle sobriété, se bornant à l'enténèbrement et l'ébranlement des astres : « Dans les apocalypses juives et chrétiennes, remarque Lars Hartman (Ass. S. II, n° 64, p. 50), le commencement des temps correspond à la Fin. Nous sommes donc ramenés par ce passage aux ténèbres et au chaos qui régnaient avant la création (Gn 1,2 cf. la dé-création du Déluge, BC I*, p. 77), chaos qui précédera cette fois la nouvelle création ». Mais, dans son apparente simplicité, le discours prend pourtant l'ampleur et la solennité qui conviennent à son sommet. Par exemple, en Saint-Marc, « par l'emploi régulier d'expressions doubles : < en ces jours-là, après cette tribulation... et alors, et alors... le soleil — la lune... les étoiles hors du ciel — les puissances dans les cieux > ; avec assonance en grec des verbes < obscurci — ébranlées > (J. Dupont, p. 27-28).
Lc ajoute mention de la mer, et surtout de la terreur que causeront aux nations (qui ont eu « leur temps » depuis la chute de Jérusalem, Lc 21,24*), « les signes donnés du ciel » : suivant le plan concentrique de Luc § 292 in fine), nous sommes revenus au 2° cercle, amorcé dès le v. 11.
Ces images traduisent la foi qui est celle de toute la Bible, depuis les premiers chapitres de la Genèse. Comme Dieu est Lumière, Il est Roc, inébranlable. Tout change et tout passe, mais « Toi, toujours le même, Tu es » (Ps 102,27-28). Sur Lui repose la relative stabilité du ciel ou l'évolution de la terre ; même les eaux primordiales et les tempêtes de la mer, Dieu les maîtrise (Gn 1,9 Ps 93,3-4 cf. § 24 — Mt 3,17* — inauguration des temps messianiques). « L'agitation des peuples, Il les apaise » (Ps 65,8), du moins pour autant que la prétention des hommes à se passer de Lui, et leur imprévoyance, ne les mènent pas à la catastrophe. Alors même, l'annonce n'est pas < la fin de tout > : ce qui nous est « promis », ce sont « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » où Dieu, par son Christ, régnera totalement et définitivement (// 2P 3,12-13).
Mt 24,30 Mc 13,26 Lc 21,27 // Ex 19,9-10 Ex 19,20 Ps 18,10 Da 7,13-14 Et alors... et alors. Ainsi redoublé, signifie plutôt < en même temps > que < à la suite >, si bien que l'on peut tenir l'obscurcissement des astres annoncé aux versets précédents comme le simple contrecoup de l'invasion de Lumière divine, « telle que les astres les plus brillants s'effaceront » (Chrysostome, Loc. cit.).
Nous en arrivons en effet à la Parousie proprement dite : manifestation glorieuse du Christ, et rassemblement des élus (verset suivant). Toutefois, Mt la fait encore précéder d'un « signe du Fils de l'homme », et de la réaction des « tribus de la terre ». Quel est donc ce signe ?
On peut le comprendre de deux façons, moins opposées qu'il ne paraît d'abord. 1°) Le plus communément, la tradition ancienne l'a interprété comme le signe de la croix : « Ce signe de la croix sera dans le ciel, quand le Seigneur viendra pour le Jugement » (Répons de la fête du 14 septembre). Mais 2°), on fait remarquer à présent que « le signe du Fils de l'homme » peut équivaloir à : « le signe que sera le Fils de l'homme » — tout comme « le signe de Jonas » = « le signe qu'est Jonas » § 120 — Mt 12,38-42). Donc le signe s'identifierait avec la manifestation glorieuse elle-même du Fils de l'homme. Cela expliquerait pourquoi Mc et Lc ne font pas mention de ce signe ; mais par contre, suivant cette seconde hypothèse, pourquoi Mt parle-t-il d'un signe, dès lors qu'il se confondrait avec la Parousie elle-même ?
« Le signe, objecte Pierre le Vénérable, ne s'identifie pas avec la réalité qu'il signifie. Autre est le signe, autre ce dont il est le signe. Le signe du Fils de l'homme ne peut donc être la substance même du Fils de l'homme. Alors ? Réfléchissez, cherchez, faites votre enquête. Quel signe aura donc assez de prix, assez de gloire, assez de splendeur pour être choisi comme étendard dans le ciel, à ce moment où le Fils de l'homme lui-même descendra du ciel en puissance et majesté ? ...Le vrai signe du Fils de l'homme, je vais vous le montrer : c'est ce qui, par excellence, proclame qu'il est fils d'homme. Mais qu'est-ce donc qui le proclame fils d'homme, mieux que la mort — cette mort à laquelle nul fils d'homme n’échappe ? Or cette mort, le Christ a voulu la souffrir sur la croix : c'est là que je voulais en venir. En mourant, tout Fils de Dieu qu'il est, il nous a donné par la croix le signe qu'il est cependant fils d'homme. Puisqu'elle le signale comme vrai fils d'homme, la croix est vraiment le signe du Fils de l'homme... La croix étincellera dans le ciel pour apprendre aux terriens qu'ils ne peuvent monter au ciel, sinon par elle » (L'esprit de Cluny, p. 83-84) — Extrait de « Bibliotheca Cluniacensis », p. 1170-71)
C'est mettre en relief la valeur positive, bénéfique, en même temps qu'émouvante du signe de cette croix, même glorifiée. Et à l'appui de cette interprétation, Pierre le Vénérable cite encore l'oracle où Isaïe annonce que « le Seigneur dressera un étendard (= le signe de la croix glorieuse) vers les nations », et qu'il « rassemblera les exilés d'Israël ». Les 4 termes soulignés, qui se retrouvent dans le discours évangélique, témoignent de la pertinence de ce rapprochement. Seulement, au v. 10 Isaïe prédisait que ce serait « la racine de Jessé [qui] serait érigée comme l'étendard des peuples » (Is 11,10-12 se trouve en // au § 125 : et cela convient mieux encore à la seconde hypothèse. A. Feuillet établit ainsi comment cette dernière cadre avec la perspective qui est à la fois celle de l'Évangile et celle des prophètes (dans RB 1949, p. 351-356) :
Les pharisiens ayant demandé « un signe venant du ciel », Jésus a répliqué : « Il n'en sera pas donné d'autre à < cette génération >* (cf. § 299 *) que le signe de Jonas » § 160 — Mt 16,1-4; cf. 12,38-42*), c'est-à-dire le Christ ressuscité, signe probant. Mais comment cela se fera-t-il ? — On peut le déduire de l'affirmation parallèle de Mt 26,64 où Jésus, annonçant comme ici : « vous verrez le Fils de l'homme... et venant sur les nuées du ciel », précise qu'il apparaîtra « siégeant à la Droite de la Puissance » = dans sa Gloire Pascale de la Résurrection et de l'Ascension « à la droite du Père ». Le vrai signe du Fils de l'homme serait donc bien la manifestation de sa Gloire.
Or Jésus fait cette déclaration à Caïphe en réponse à l'accusation de s'être fait fort de « rebâtir le Temple en trois jours », comme Il avait effectivement prophétisé qu'il le ferait « du Temple de son corps, en signe de son autorité » § 77 — Jn 2,18-22*). Dès lors, les correspondances deviennent évidentes : à ses disciples demandant les signes préludant à la ruine du Temple de Jérusalem § 291 *),
Jésus a répondu au § 294 *. Mais comme si souvent, Il dépasse la question, assez matérielle, pour ouvrir une perspective supérieure, < sur-naturelle > : « Jésus ressuscité et glorieux, c'est là comme la contrepartie de la ruine du Temple : il semblerait y avoir anéantissement du plan divin ; en réalité, il y a progrès » (p. 353) ; à ce temple de pierre, le Christ va substituer le Nouveau Temple de son corps, sacrifié et glorifié, non seulement lors de sa manifestation glorieuse à la Fin des temps, mais devenu signe (si l'on osait, on dirait: corps-sacrement) de sa présence en tous lieux et en tout temps. Être en effet « à la droite du Père », c'est être avec le Père et comme Lui omniprésent, non seulement par sa divinité, mais jusque dans l'humanité de son corps — comme le réalisera en particulier la Présence réelle eucharistique. Plus généralement, c'est bien la promesse qu',11 fera à son Église, juste avant de remonter à son Père, au dernier verset de l'Évangile selon Saint-Matthieu § 370 , ouvrant ainsi une perspective qui va jusqu'à la Parousie. La preuve c'est que, par cette glorification-là, encore secrète, < mystique >, mais qui n'en commence pas moins dès la Croix nous dit Saint-Jean, Il va pouvoir « attirer à Lui tous les hommes » § 309 — Jn 12,28* et 32*). Et par là nous rejoignons plus intérieurement la première hypothèse, faisant de la croix elle-même le signe qui révèle à tous le Fils de l'homme, et nous tourne vers Lui. C'est d'ailleurs ce que confirme la suite de ce verset :
et toutes les tribus de la terre se lamenteront: // Ap 1,7 Za 12,12-14 — Comme l'Apocalypse, Saint-Matthieu reprend ici la prophétie de Zacharie, en l'universalisant puisque « les familles d'Israël » deviennent « toutes les tribus de la terre ». Mais l'esprit en reste le même, que le prophète avait nommé en son v. 10 « un esprit de grâce et de supplication », c'est-à-dire que cette « lamentation des tribus » est manifestation extérieure d'un « mouvement de pénitence et de conversion », qui est exactement ce que demandait le < Kérygme >*, l'essentiel de la prédication du Christ § 28 — Mt 4,17*): « Faites pénitence* car le Règne de Dieu est proche » (comparer avec § 298 — Lc 21,31*). Le // avec le « signe de Jonas » prend toute sa force: comme Jonas, sorti du « grand poisson », amène par sa prédication les Ninivites à la conversion qui les sauve, ainsi Jésus entraînera dans son mystère pascal et son Royaume tous ceux qui recevront cette grâce. Ce qui est annoncé ici, c'est rien de moins que la victoire de l'Évangile...
Chrysostome: Suite de la 2° homélie « De cruce et latrone » (Vives IV, 37) : De même que le Seigneur a dit à Thomas : Mets ici ton doigt, Il offrira alors ses plaies et sa croix pour montrer qu'il est bien Celui qu'ils ont crucifié. Voilà un signe salutaire, grand, éclatant, de la bienveillance divine.
On le voit, aux terreurs de la Fin du monde, les chrétiens opposent leur espérance (Lc 21,28*): pour eux, la Parousie est le Retour triomphal de Celui qui est l'Envoyé du Père, non pour condamner le monde mais pour le sauver!
et ils verront: Après les signes, on en vient enfin à la vision béatifique, comme nous passerons de l'image transitoire de ce monde à la Réalité divine, et du temps à l'Éternité...
le Fils de l'homme venant sur les nuées: // — Le Christ s'était déjà appliqué cette prophétie au § 168 — Mc 8,38. Surtout, Il n'hésitera pas à le faire encore solennellement, devant le Sanhédrin, sachant qu'il donnait ainsi à Caïphe le motif que celui-ci cherchait pour Le condamner, tant il était tenu pour blasphématoire de s'attribuer un titre aussi divin § 342 — Mc 14,62*). Et pourtant, si Daniel visait bien le Règne éternel de Dieu, c'était précisément que « l'Ancien des jours » le donnerait à ce « Fils d'homme » — qui l'avait bien mérité, puisque c'est par le sacrifice de la croix qu'il avait fondé le Règne de Dieu. Les nuées : ne sont bien entendu pas seulement des nuages porteurs (comme dans l'imagerie du // Ps 18,10), mais l'épaisseur de « la Nuée obscure » où se révèle quelque chose de la Gloire, de la Puissance, et de l'Omniprésence aimante de Dieu aux hommes § 169 — Mt 17,5-6).
L'application à Jésus de ce qui, dans l'eschatologie vétéro-testamentaire, était attribué à Yahvé « ne veut pas dire que Dieu n'est plus présent dans le tableau de la Fin, mais plutôt que l'avènement du Christ signifie l'intervention même de Dieu au Jour de Yahvé. C'est le royaume de Dieu qui apparaît, la puissance de Dieu qui se manifeste, le salut de Dieu qui se réalise par le Fils de l'homme: Deum verum de Deo vero » (L. Hartman, loc. cit. p. 50-51).
Mt 24,31 Mc 13,27 Lc 21,28 — // Enverra ses anges* : < Il > c'est le < Fils de l'homme >, dans une fonction divine comme le soulignera He 1,5-14 He 1,
au son de la grande trompe : // Is 27,13 Ex 19,11 Ex 19,13 Jos 6,20 1Th 4,16-17 1Th 5,23 1Co 15,52-53 1Co 15,22-23 2P 3,11-13) : Cette image de la trompe, les grands romantiques en ont tiré un parti impressionnant, dans leur orchestration de la strophe « Tuba, mirum spargens sonum » du Dies irae. Le son de trompe rappelle pourtant d'abord le Sinaï (// Ex 19), donc la Première Alliance de Dieu en faveur des hommes, ou son intervention, à Jéricho (// Jos 6). Or c'est ce qu'il y a de plus remarquable en tout ce discours : le terrible Jugement dernier n'y apparaît tout au plus qu'indirectement: « A notre avis, c'est pour respecter la tendance et le but du discours eschatologique que Marc ne parle ici ni de V écrasement du mal ni du jugement du monde, bien que les passages vétérotestamentaires utilisés dans les v. 24-25 pour décrire la scène de la Parousie traitent tous du jugement divin. Le ton d'exhortation et de consolation qui caractérise cet enseignement fait aussi apparaître le rassemblement* des élus comme le but même de la Parousie » (l. hartman, loc. cit. p. 51).
Les // Néotestamentaires (1Th, 1Co, 2P ou 1Jn), eux aussi, exhortent à la confiance, dans une attente qu'il faut même préserver de l'impatience.
L'ampleur cosmique, universelle, < catholique >, de ce Salut est marquée par une double image, empruntée comme par hasard à l’A.T. (dont on ne reconnaît pas assez l'universalisme prophétique) : ce < rassemblement > viendra « des quatre vents » (Za 2,10, avec ouverture universaliste au v. 15), et atteindra soit « d'une extrémité du ciel à l'autre » (Mt — Ps 19,6-7, en // au § 296 , soit « de l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel » (Me — // Dt 30,4 Ps 103,11-12). Et comme le § 294 sur la ruine de Jérusalem s'achevait sur la promesse consolante d'une abréviation des < douleurs >, « à cause des élus que Dieu a élus », de même la Parousie se parfait sur l'immense ré-union des élus (J. Dupont, p. 28). Il ne sera mention du Jugement dernier, avec risque de damnation, que dans les conclusions pratiques prolongeant ce discours eschatologique, et sous forme parabolique, donc d'images (cf. § 304 -307*; cf. § 136 — Mt 13,41*).
Lc 21,28 va dans le même sens réconfortant, par des images plus individuelles. Quand tout cela commencera d'arriver : Le parallélisme avec la formule du v. 31 montre bien que ce v. 28 lui-même fait transition avec le § 298 . Redressez-vous et levez la tête : À l'inverse de Caïn, allant « tête baissée » vers le premier meurtre (Gn 4,6-7 cf. BC I*, p. 70). J. Dupont relève le double contraste: d'une part entre « l'angoisse des nations... et des hommes séchant de frayeur, dans l'attente » des ravages provoqués par les bouleversements cosmiques sur « la terre habitée » (v. 25-26), et l'attente confiante des croyants — comme il arriva au temps des Plaies d'Egypte (voir BC I / ly ; BC I*, p. 217-219) - et d'autre part entre le « tenez bon » durant les épreuves (Lc 21,19*), où « l'attitude est celle d'un homme qui s'arc-boute, qui rentre la tête entre ses épaules », et le « relevez la tête » de l'espérance, les deux allant d'ailleurs fort bien de pair (p. 132-133). Sur le symbolisme du < courbé — redressé >, cf. § 217 — Lc 13,11-12*.
votre délivrance : C'est le mot de la < Rédemption >, plus caractéristique du vocabulaire de saint Paul, mais que nous avons déjà rencontré aux § 11 — Lc 2,38* ; cf. Lc 1,68; 24,21 ; et § 255 — Mt 20,28*). Approche: Voir à Lc 21,31*.
§ 298. Parabole du figuier : Mt 24,32-33; Mc 13,28-29; Lc 21,29-31
(Mt 24,32-33 Mc 13,28-29 Lc 21,29-31)
Après le sommet du § 297 , nous en arrivons à la < péroraison >, « partie essentielle du discours, parce que c'est elle qui donne la dernière impulsion aux esprits et qui décide de la volonté des auditeurs » (Littré).
La structure en est bien définie : Résumé de ce qui précède § 298 et conclusion pratique § 300 -307), l'un et l'autre sous forme de paraboles*. Au centre § 299 , une triple affirmation, donnant enfin réponse mitigée à la première des deux questions initiales : « Quand cela arrivera-t-il ? » § 291 *).
Mt 24,32 Mc 13,28 Lc 21,29-30 — En Marc et Matthieu, image sentie, et même avec une pointe d'émotion, de quelqu'un qui s'y connaît puisqu'il choisit le figuier, dont l'éveil tardif se fait à proximité (« déjà ») de l'été. En ajoutant au contraire « et tous les arbres », Luc montre qu'il n'a pas compris la pertinence de l'exemple du figuier, comme tel. Mais à tout le moins, l'été ne peut être le symbole d'un Jugement vengeur (A. Feuillet, RB 1949, p. 82-83). Par conséquent, dans la ligne qui est décidément celle de tout ce discours < eschatologique >, cette première conclusion vise à susciter non la terreur, mais tout au contraire l'espérance des fidèles, même au milieu des castastrophes historiques ou cosmiques : elles sont le signe de l'approche de l'été du Règne messianique (Lc 21,31). N'est-ce pas ce dernier, au surplus, qu'évoque plus généralement l'image du figuier, avec le souvenir de la Première Alliance ? § 25 — Jn 1,48 // Ct 2,13). C'est d'ailleurs un trait général des Evangiles qu'ils recourent à toutes sortes de paraboles tirées de la nature pour nous inviter à discerner les signes que « le Règne de Dieu est proche » — ce qui est, on se le rappelle, l'annonce essentielle de la prédication du Christ et des Apôtres — même s'il n'a encore d'apparences que modestes (cf. J. Dupont, p. 36-37, citant les § 213 et 131, 133, 134; cf. son étude plus poussée, dans RB 1968, p. 526-548).
proche: est donc un des mots caractéristiques de la « Bonne Nouvelle ». Mais le discours eschatologique précise à quelles conditions : C'est à partir du moment où l'on a su discerner les signes, soit de « la désolation » de Jérusalem que laisse présager son siège par les légions romaines (Lc 21,20), soit de la Parousie (Lc 21,28 et Lc 21,31) ; par contre il faut se garder de croire aux faux oracles de ceux qui se prétendraient « prophètes » (Lc 21,8).
Mt 24,33 Mc 13,28 Lc 21,31 — Pour que l'application soit encore plus claire, Luc remplace l'imprécision du « sachez que c'est proche » (Mt-Mc), en nommant le < ce >, qui est « le Règne de Dieu ». Au surplus, le parallélisme entre les v. Lc 21,28 et Lc 21,31 de Luc montre que c'est notre « délivrance » par la Rédemption du Christ, qui va permettre enfin « le Règne de Dieu ». Mais par conséquent aussi, dans la mesure même où le Christ nous a déjà rachetés par son Sacrifice, la « délivrance » et l'instauration du Règne de Dieu ne doivent pas seulement nous apparaître comme réservées à la Fin des temps : ils sont « tout proches » de quiconque accepte d'y croire (Rm 10,8-13), que ce soit dans la vie du Christ - puisque nous sommes à la veille de la Cène et de la Passion — ou dans nos vies dès que nous les ouvrons au Christ (cf. la 1° assertion du § 299 *).
C'est proche, aux portes (Mt-Mc) : Aux portes de la ville, où le Christ est proche d'entrer en Roi vainqueur (Ps 24), pour que Dieu y règne, suivant la promesse des < psaumes du Règne > (Ps 93 Ps 96 à Ps 101). Nouvelle image, admirable, d'un Au-Delà dont nous séparent seulement les portes derrière lesquelles nous nous tenons enfermés, comme les Apôtres au soir de Pâques où le Christ vint frapper, pour souper avec qui lui ouvrira § 365 — Jn 20,19 et Ap 3,20.
Plus directement encore que Luc, Marc et Matthieu réfèrent le « c'est proche » non seulement au Règne de Dieu, mais au Seigneur lui-même — que ce Retour soit celui de la Parousie proprement dite (ce v. Mc 13,29 référant au v. Mc 13,26, avec la correspondance : « Ils verront... vous verrez »), ou bien l'une de ces innombrables « Venues » du Christ et de son Règne en nos coeurs de croyants § 101 - Mt 10,23*). En tous cas, on voit ici que le Roi, son Règne et son Royaume s'identifient à Jésus-Christ, si bien qu'en des termes différents, Mt-Mc et Lc disent en réalité le même et unique Mystère que, sous d'autres formes, chanteront également Saint Jean et saint Paul.
§ 299. « Mes paroles ne passeront pas » : Mt 24,34-36; Mc 13,30-32; Lc 21,32-33
(Mt 24,34-36 Mc 13,30-32 Lc 21,32-33)
— C'est la conclusion solennelle du discours proprement dit, en 3 phrases qui ne paraissent s'opposer que dans la mesure où elles reprennent en clair ce qui a fait la tension jusqu'ici implicite du discours eschatologique, à partir de la question elle-même. Celle-ci, on se le rappelle, était deux fois dédoublée. D’abord : Quand, et à quels signes ? En outre : les signes de la ruine du Temple et (ou) de ton Avènement et de la Fin du monde § 291 *).
À la première question : « quand », le Christ n'avait encore rien répondu, et Il va maintenant lui opposer une fin de non-recevoir (Mt 24,36 Mc 13,32). Sur les signes au contraire, d'événements soit historiques comme la prise de Jérusalem en 70, soit eschatologiques, tout le discours a porté, insistant sur leur successive proximité. C'est là-dessus encore que portent les deux premiers versets :
Mt 24,34-35 Mc 13,30-31 Lc 21,32-33 // Mc 1,15 Mt 5,18 2P 3,10 Ap 6,14 Ap 21,1 — Amen, je vous le dis... mes paroles ne passeront pas : Ainsi encadrée, la déclaration centrale ne saurait être plus formelle et intangible. Au Sermon sur la Montagne, Jésus avait assuré que la Loi de l'Alliance (mosaïque, renouvelée par Lui) durerait au moins autant que « le ciel et la terre » (// Mt 5,18 voir au § 53 *), donc jusqu'à la Fin du monde. Mieux encore ici : l'opposition entre « le ciel et la terre passeront » et « la Parole qui ne passe pas » est en effet celle que tout l’A.T. établit entre le transitoire de cette création temporelle et l'éternité de Dieu : cf. Is 40,8 Is 51,6 Is 54,10 Jr 33,25-26. Par conséquent ces deux premiers versets reviennent à réclamer pour ce qu'il vient de dire, l'autorité absolue de la Parole de Dieu. Les Paroles du Verbe éternel dépassent le temps et valent pour l'éternité...
Cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive : On discute à l'infini sur les deux sujets de la phrase. Cette génération* peut en effet être comprise soit en un sens (moderne) strictement temporel, soit avec sa signification originelle (comme le font les Pères), moins de durée que de similitude — « génération dépravée et perverse, peuple insensé, sans sagesse » (Dt 32,5-6), opposée à la « génération des justes et des coeurs droits » (Ps 112,2 — cf. F. Prat, dans Rech. SR 1927, p. 321-324). En quel sens convient-il de l'entendre ici ? C'est le contexte qui l'indique.
Or « que tout cela n'arrive » fait évidemment écho non seulement à la question initiale : « dis-nous quand cela arrivera » § 291 *), mais aussi au § 294 : « Priez pour que cela n'arrive pas... » Comme, dans les deux cas, il s'agissait de la ruine du Temple, on est tout à fait en droit de penser qu'à la conclusion aussi, et que par conséquent, même prise au sens le plus temporellement restreint, « cette génération » contemporaine du Christ serait encore là en 70.
Toutefois, plus largement examiné, le contexte invite à comprendre cette phrase en un sens moins strictement temporel. D'abord, il serait curieux que, juste avant de refuser d'envisager précisément le « quand cela arrivera », le Christ précise avec cette solennité un terme si particulier et daté (les commentateurs ne se font pas faute de souligner la contradiction). Ensuite, il est bien difficile que, dans l'esprit d'un auditeur, le « tout cela » n'évoque ce qui vient d'être dit, englobant à la fois ruine du Temple et bouleversements cosmiques, sinon même la Parousie proprement dite. Plus généralement, ce n'est pas la première fois que le Christ parle de son Retour comme assez proche pour que le voient au moins certains des contemporains : § 100 — Mt 10,23*, et § 168 — Mt 16,28*. Nous avions conclu alors que toute « venue du Fils de l'homme » n'était pas nécessairement reculée à la Fin des temps, même quand il s'agissait « du Règne de Dieu venant avec puissance » (comme ici, au § 297 — Mt 24,30). Ce pouvait être tout aussi bien l'ère nouvelle inaugurée avec la Résurrection et l'Ascension, que la Parousie eschatologique.
Or que dit précisément notre phrase ? L'essentiel en est dans le jeu entre les deux verbes : « passer — arriver ». « Arriver », qui est ce que nous demandons du Règne : « qu'il arrive ! » — avec la proximité que ce verbe laisse présager, à la différence de la traduction officielle, affaiblie : « que ton Règne vienne » § 62 - Mt 6,10*); mais aussi avec la permanence du < fait > : < c'est arrivé >, par opposition à tout le reste, qui passe. Et pour mieux le marquer encore, ce verbe < passer > est répété 3 fois en 2 versets. Si le Christ donne à cette phrase une telle solennité, c'est qu'elle résume son Évangile : Le Règne s'approche, il arrive, il est à votre portée, il est là (en moi) pour toujours. C'est le premier des deux thèmes de ce discours : celui de la proximité, sur lequel nous reviendrons en finale de ce paragraphe. Mais voici, en contrepoint, le second thème :
Mt 24,36 Mc 13,32 (et absent de Luc) : Quant à ce jour et cette heure, nul ne sait : De soi, « la conjonction des termes < jour > et < heure > montre que l'accent est mis sur le caractère précis des indications chronologiques » (A. Feuillet, RB 1949, p. 87). C'est dans le même sens que va revenir comme un avertissement réitéré le rappel de cette ignorance du « moment favorable » (< Kaïros >*, en Mc 13,33), du « jour » (Mt 24,42), de « l'heure » (Mt 24,44), et encore « du jour et de l'heure » (Mt 24,50 Mt 25,13). Toutefois, il est bien possible que « ce jour » ait en outre le sens transcendant d'une intervention divine, messianique ou eschatologique, dont se charge, dans les écrits des prophètes, l'expression < Ce Jour-là> : voir Am 8,3 Am 8,9 Am 8,13 Am 9,11 Mi 4,6 Mi 5,9 Mi 7,11 So 1,9-10 (avec, aux v. So 1,14-16, la célèbre strophe sur le Jour de Yahvé, < Dies irae >) ; So 3,11 So 3,16, etc... C'est d'autant plus probable qu'au verset suivant, Mt enchaîne expressément avec la Parousie de Fin du monde que préfigure le Déluge § 302 .
nul ne sait, ni les anges, ni le Fils, mais le Père seul: Il n'est pas sûr qu'en Matthieu « ni le Fils » (qui manque en certains mss.) ne soit pas une addition, s'alignant sur Marc. Mais en tous cas, Matthieu renforce la même assertion en précisant : seul sait le Père. On a énormément discuté sur cette < ignorance > du Fils, comme si elle risquait d'être, de la part du Christ, aveu d'infériorité ou de limites à son omniscience. Les Ariens en tirèrent argument pour nier qu'il fût Dieu, égal à son Père. Mais l'on n'eut pas de peine à répliquer :
Disons rapidement que Jésus, c'est-à-dire le Verbe de Dieu, a fait tous les temps — « sans lui, rien ne vint à l'existence » (Jn 1,3). Or, dans « tous les temps » est compris le Jour du Jugement. Comment donc le Christ pourrait-il ignorer une partie de ce dont il connaît le tout ? Et encore : Qu'est-ce qui est le plus grand : connaître le Père, ou connaître le Jugement ? Comment pourrait-il connaître le « plus » et ne pas connaître le « moins » ? Nous lisons dans l'Écriture : « Tout ce qui est au Père est à moi ». Si tout ce qui est au Père est au Fils, comment le Père se réserverait-il la connaissance d'un certain Jour, et ne voudrait-il pas la communiquer au Fils ?
... Interrogé par les Apôtres après la Résurrection, le Christ leur répond : « Il ne vous appartient pas de savoir les temps et les moments que le Père a posés dans sa puissance » (Ac 7,7). En disant « Il ne vous appartient pas », il montre que Lui, sait; mais qu'il ne convient pas que les Apôtres sachent : toujours incertains de la venue du Juge, ils doivent vivre chaque jour comme si le Jugement était pour demain (JÉRÔME : Sur Mt IV — PL 26, 181).
En réalité, ce qui est impressionnant, c'est tout au contraire la gradation : au-dessus des hommes, au-dessus même « des anges dans le ciel », il y a le fils. C'est même le seul endroit de l'Évangile où Jésus se donne un tel titre, à l'absolu et pour ainsi dire sur le même plan que le Père — comme, il est vrai, son attitude filiale envers « Abba Pater » en témoigne constamment. Et son refus de répondre à la question « du jour et de l'heure » doit relever du même souci qui, ailleurs, le portait à s'en remettre à la décision du Père, pour le choix de la place éternelle destinée à Jacques et à Jean § 254 — Mt 20,23* ; cf. Lc 12,32 Jn 6,44.
Ce n'est pas que le Père ne confie pas tout au Fils § 110 — Mt 11,27*). Mais d'abord, nous devons éviter d'imaginer faussement que Dieu a tout déterminé d'avance. Car si la science divine est infaillible et totale, c'est que pour elle, rien n'est au futur, mais que tout est au présent éternel. C'est aussi pourquoi ce savoir peut englober même nos actes vraiment libres et qui, par conséquent, restent aléatoires jusqu'à ce que notre liberté ait tranché dans un sens ou dans l'autre. Dieu ne pourrait donc les < prévoir >. Par contre, comme c'est Lui qui nous donnera ce Pouvoir de liberté (le moment venu), mais que son éternité le rend contemporain de tous les instants de sa création — futurs aussi bien que présents ou passés — l'issue de chacun de nos actes comme la Fin du monde entier Lui sont connus, par Présence éternelle et non par prévision.
D'autre part, dans le gouvernement providentiel de l'histoire du monde, c'est Dieu qui, dans sa Sagesse suprême et son Amour bienveillant, détermine < le temps favorable > (< Kaïros >*) à ses interventions, que ce soit l'Incarnation, l'instauration du Royaume ou la Parousie. Même si le Fils est nécessairement au courant, puisqu'il est < l'Envoyé >, l'initiative n'est pas moins réservée au Père (seul), qui envoie (Jn 3,16-17 ou Ga 4,4). De sorte qu'au terme de son étude sur « Le Logion de l'ignorance », J. Winandy paraphrase ainsi l'audacieux raccourci des Evangiles : « Au sujet de ce jour ou de cette heure, personne n'est informé. Ils n'ont aucun lien discernable avec le cours de l'histoire. Les anges eux-mêmes, le Fils lui-même, ne sauraient les prévoir. Tout ce qu'on peut dire à leur sujet, c'est qu'ils surviendront quand le Père le jugera bon » (RB 1968, p. 63-79).
Au surplus, si l'on suit le mouvement du texte, il est clair que la phrase ne porte pas tant sur l'exclusion du Fils, mais plutôt sur le fait que cela « regarde exclusivement le Père ». C'est ce que dira plus clairement Luc : ayant à son habitude supprimé de son Évangile ce verset ambigu, il en redonnera la teneur au début des Actes, en faisant mieux apparaître que c'était une discrète fin de non-recevoir à l'indiscrète question du « quand donc ? » : « Laissons au Père son secret ». Dans le passage précité, Jérôme faisait déjà état de ce verset.
C'est aussi le seul sens convenable pour garder cohérence et convergence aux trois versets de ce paragraphe. Alors qu'il vient d'égaler sa Parole à celle de Dieu, comment le Christ infirmerait-il son dire dès le verset suivant, par une ignorance qui rendrait bien suspecte l'absolue certitude et permanence de sa réponse ? Mais à l'inverse, s'il insiste finalement sur l'inopportunité de connaître « le jour et l'heure », cela confirme que mieux vaut donc ne pas prendre non plus en un sens trop uniquement temporel et compté « cette génération qui ne passera pas avant que le Règne arrive ». Comme si souvent, dans l'Évangile, l'apparente difficulté de concilier question et réponse est en réalité une invitation à surmonter la perspective naturelle, temporelle, limitée, humaine, pour entrer dans la perspective divine, éternelle, totale qui est celle du dessein de Salut.
Et ce que le Christ veut en définitive nous inculquer, ce sur quoi vont revenir tous les développements qui vont suivre ces 3 versets capitaux, ce n'est pas de savoir à l'avance les déroulements de l'histoire, de la ruine du Temple à la Fin du monde, ni de guetter sans cesse les signes des événements, proches ou eschatologiques. Ce que l'Évangile nous révèle est bien davantage que simplement < historique > : c'est la réalité théologique — ou si l'on préfère, mystique et sacramentelle. La proximité, non pas tant de la Parousie que du Règne de Dieu, par le Christ, donc de l'ère messianique, ne se chiffre pas en jours, mois, années ou siècles : c'est une Présence, encore cachée pour une part, mais déjà en partie manifestée. C'est le < déjà-là >* en même temps que le < pas encore >. Ce Règne est donc plus proche encore qu’imminent : il est de l'autre côté du voile, où la foi nous invite à pénétrer, dès maintenant et pour toujours.
C'est cela qui importe, et non le calendrier de la Fin du monde, que nous n'avons pas besoin de savoir puisqu'« à chaque jour suffit sa peine » et que nous devons vivre dans la confiance en la Providence de notre Père des cieux § 67 — Mt 6,25-34) et dans l'attente vigilante. C'est même pour mieux nous y inciter que, comme le dira Mc 13,33, en nous donnant la certitude de la proximité, le Christ préfère nous tenir dans l'incertitude sur le moment où Il vient.
Veillez ! Telle est bien la leçon pratique tirée du discours eschatologique, tant par Marc ou Luc § 300 -301) et Matthieu § 302 -307) que par la Tradition chrétienne :
Les // 2P 3,10 Ap 6,14 Ap 21,1) rappellent que là même où ils parlent de la précarité du monde, les Apôtres ne versent pas dans le catastrophisme, car ils « attendent le ciel nouveau et la terre nouvelle » du Royaume. Aussi prêchent-ils pour apaiser (// Ph 4,5-7), non moins que pour nous réveiller de notre fausse sécurité (// 1Th 5,1-3), à partir des mêmes considérants que l’Évangile : « Le Seigneur est proche... », mais on ne sait ni « les temps et les moments » où surviendront «les douleurs de l'enfantement» (à rapprocher de § 292 — Mt 24,8*).
§ 300. Fin du discours de saint marc: Mc 13,33-37; Mt 25,14-15; 25,13 Lc 19,12-13; 12,36-38; 12,41 //Jos 1,7-8; Sg 6,12.15 Pr 4,23 16,17 Si 32,23
(Mc 13,33-37 Mt 25,14-15 Mt 25,13 Lc 19,12-13 Lc 12,36-38 Lc 12,41) // Jos 1,7-8 Sg 6,12 Sg 6,15 Pr 4,23 Sg 16,17 Si 32,23)
-Ce choix de parallèles témoigne que le thème de la vigilance est constant, dès l’A.T., et que loin d'avoir pour terme seulement l'attente eschatologique, c'est une attitude fondamentale de la spiritualité: cf. § 208 -211* pour le commentaire général des paragraphes que, de son côté, Saint-Luc donne sur ces mêmes conseils (Lc 12,35-48 — Cf. J. Dupont, dans Mél. Rigaux, p. 89-116).
a remis le gouvernement à ses serviteurs: C'est l'< Exousia > (cf. § 40 — Mc 2,8-12*). La parabole vise donc en premier lieu les Apôtres, à qui le Christ a transmis son < Pouvoir > sur son Église. Et « le portier », spécialement désigné, évoque tout naturellement saint Pierre. Qu'il n'aille pourtant pas en tirer vanité, car l'Évangéliste ajoute: « à minuit, au chant du coq », annonciateur du reniement (// Mc 14,71-72). Mais plus encore s'impose le rapprochement entre la présente recommandation et Gethsémani, où « le Maître » devait « trouver endormis » Pierre, Jacques et Jean, et leur dire alors : « Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation... » § 337 — Mc 14,37-38*). Toutefois, comme l'ajoute ici Mc (v. 37) : cet ordre de veiller, le Christ le donne à tous...
§ 301. Fin du discours de saint Luc : Lc 21,34-36
(Lc 21,34-36)
— Même conclusion que Mc, mais sans parabole (déjà donnée par Lc aux § 208 -210*).
Soyez sur vos gardes : Reprend les mises en garde du discours proprement dit, notamment § 292 — Lc 21,8*). Mais cette fois, l'avertissement est purement moral, le « piège » venant de nous-même, sans qu'il y ait besoin de « faux-prophètes » pour nous « séduire ». Aussi Le emploie-t-il un autre verbe, signifiant : « Faites attention à vous-mêmes ». La crapule : simple transposition française du mot grec pour désigner « la grossière débauche, surtout dans le boire » (littré). Mais « les soucis de la vie » peuvent suffire à ce que « vos coeurs s'appesantissent ». Ce verbe est proche de l'un de ceux qui, dans la Septante, caractérisent < l'endurcissement du coeur > de Pharaon (Ex 8,28 Ex 9,7 Ex 9,34 - bc I*, p. 213-215). Et Samuel fait déjà le rapprochement (1S 6,6). L'image est claire d'un appesantissement qui maintient le coeur captif « des choses de la terre », voire « du ventre », au lieu d'attendre du Sauveur délivrance et résurrection qui nous ouvrent la Cité des cieux (= Ph 3,17-21, en // au § 168 . L'image du piège ou du filet (Lc 21,35 // Qo 9,12 Is 24,17-18) est donc tout à fait cohérente. Ce qui frappe, c'est la généralité de l’image : le filet s'abattra sur tous les vivants de toute la terre...
Lc 21,36 // 2M 15,13-14 Ep 6,18 — Veillez donc et priez : comme à Gethsémani (voir § 300 *). Lc premier discours de Lc sur « les jours du Fils de l'homme » (17,22-37) se concluait de même sur l'injonction de « toujours prier sans se lasser », même si Dieu tarde à faire justice aux élus parce qu'il veut laisser aux autres le temps de revenir à Lui § 244 — Lc 18,1 et 7*). « Cette attente chrétienne comme une attitude active de prière caractérisait déjà la religion du judaïsme » ajoute J. Dupont (Les 3 apocalypses..., p. 140-142). À preuve Anne (Lc 2,37-38) ou « les douze tribus d'Israël » au témoignage de Paul dans Ac 26,6-7. Les deux // 2M 15,13-14 ou Ep 6,18 le disent aussi. Tous ces textes insistent sur la constance de cette prière : « en tout temps (Lc 21,36), constamment, dans une continuelle assiduité (// 2M et Ep), jour et nuit (Lc 18,7 Lc 2,37), avec persévérance, sans relâche (Ac 26,7) et sans jamais se lasser » (Lc 18,1).
afin d'avoir la force: vertu nécessaire, trop rarement rappelée, notamment pour « l'endurance » § 293 — Lc 21,19*). Et afin de vous tenir debout : cf. v. 28 : « Redressez-vous et levez vos têtes » § 297 *). En présence du Fils de l'homme : comme toutes les nations seront « devant Lui » au Jugement dernier (Mt 25,32). En grec, ici et là, c'est le même mot. Mais alors qu'en Mt, il y a de quoi trembler, Lc accentue — ici comme durant tout le discours eschatologique — la note d'espérance < réconfortante > (au sens où la force à demander dans la prière, c'est l'espérance qui la donne — Ph 4,13).
§302. «Comme aux jours du déluge... » : Mt 24,37-41; Lc 17,26-27.34-35 // Gn 6,5 à 7,23 ; Is 24,18-20
Mt 24,37-41 Lc 17,26-27 Lc 17,34-35 // Gn 6,5-7,23 Is 24,18-20
— Lc 17,28-30 rappelait en outre Lot en Sodome : ce sont les deux exemples classiques du Jugement dernier (// Is 24), chaque fois imprévu par les contemporains, parce qu'ils « n'y comprennent rien » (Mt 24,39 Ps 92,7). Que la Parousie survienne à l'improviste (pour les insensés qui n'en discernent pas les signes) reste donc l'essentiel de ces § 302 -303.
Jérôme: Sur Mt IV (PL 26,182): Comment accorder ce qui est écrit plus haut: « Les nations se lèveront contre les nations », avec l'image de paix [qu'évoquent les jours précédant le déluge] ? Nous devons penser avec l'Apôtre qu'après les guerres, les épidémies, les famines, et autres fléaux dévastant le genre humain, une courte trêve viendra, prometteuse de paix, afin que la foi des croyants soit éprouvée: espèrent-ils toujours qu'après ces maux le Juge viendra ? C'est ce que nous lisons chez Paul : Quand ils diront : « Paix et Sécurité ! », alors soudain le coup de la mort viendra sur eux, comme la douleur d'une femme en travail, et ils n’échapperont pas (1Th 5,3).
Mt 24,40-41) — L'un sera pris et l'autre laissé: Comme le remarque A. Feuillet, ce tri montre que, même si la Parousie est deux fois nommée, il ne s'agit pas uniquement de la Fin du monde où, par définition, tout le monde sera pris.
Ce qui est laissé, par delà le cataclysme (comme après Déluge ou destruction de Sodome), c'est < le Reste > promis par Yahvé aux prophètes (cf. déjà au § 294 — Mt 24,22*; ou plus généralement : Vtb < Reste >).
§ 303. Parabole du maître de maison vigilant : Mt 24,42-44; (Lc 12,39-40) — voir au [§ 209>209]*) // Nb 4,16 1S 26,9-16 Pr 27,18)
Mt 24,42-44 Lc 12,39-40 // Nb 4,16 1S 26,9-16 Pr 27,18
— Les versets 42 et 44 se répètent, pour mieux insister sur le thème amorcé au § 299 : « Le Christ montre clairement pourquoi Il a dit plus haut : < Ce jour, nul ne le sait > : il ne convient pas que les Apôtres le sachent. Toujours incertains dans cette attente, ils doivent croire toujours qu'il est sur le point de venir » (Jérôme; ); et « veiller », que ce soit « sur la Demeure », le Temple de l'Esprit que nous avons tous à être (// Nb 4,16), ou sur le Maître lui-même, confié à notre garde (// 1S 26 et Pr 27,18).
Mt 24,43) — À travers cette parabole en un seul verset, se dessine le sort contrasté des Juifs incrédules et des disciples du Christ, vigilants (A. Feuillet, dans RB 1949, p. 359-360). Le voleur : // Ap 3,3; cf. § 209 — Lc 17,39-40*.
§ 304. Le serviteur fidèle et sage: Mt 24,45-51 ; — (Lc 12,42-46) — voir au [§ 210>210]*) // Qo 5,7)
(Mt 24,45-51 Lc 12,42-46) // Qo 5,7)
— Jusqu'ici, le discours annonçait des catastrophes collectives, provenant des fautes collectives, indépendamment de la culpabilité propre aux victimes elles-mêmes. Car cette culpabilité est toujours personnelle, puisqu'elle est strictement mesurée par le degré de conscience et de liberté avec lequel chacun a pu participer au < péché du monde > § 24 — Jn 1,29*). Lc 13,1-5 nous avait prévenus que le malheur pouvait donc atteindre, collectivement, même des innocents § 215 *). Mais, dans les § 304 à 306, comme dans Ez 18, il est précisé que la rétribution finale sera d'abord personnelle. C'est ce que la Tradition chrétienne appelle : < Jugement particulier >, pour le distinguer du Jugement dernier, universel même s'il reste lui aussi, personnel (cf. § 307 *). Les 3 paraboles maintenant regroupées par Mt vont traiter méthodiquement de ce Jugement particulier, personnel :
Mt 24,45; (Lc 12,42) // Qo 5,7 — Quel est le serviteur (Lc : l'intendant) fidèle et sage : Nous avions déjà rencontré un couple de qualités analogue pour conclure le discours sur la Mission proprement dit : « prudents comme des serpents et simples comme des colombes ». C'est en effet le même mot < phronimos >, qui signifie : prudent, sensé § 75 — Mt 7,24), avisé, sage § 99 — Mt 10,16*) ; et d'autre part, il y a beaucoup d'affinité entre la fidélité et la simplicité tout comme, à l'inverse, avoir < le coeur double > interdit de s'engager à fond comme l'exige la foi en Christ.
que le maître a établi sur sa maison : C'est dire que cette parabole vise directement ceux qui sont préposés au service de l'Église. Le principe hiérarchique énoncé par le // Qo 5,7 est donc bien en vigueur ici : les Apôtres ou leurs successeurs sont délégués par le Christ, lui-même envoyé par le Père, avec cette garantie que pour autant, ni le Fils ni son Père ne cessent de veiller sur eux, et à travers eux sur l'Église. Tout < chef > doit s'en faire le serviteur, comme le Christ lui-même, le tout premier § 255 — Mt 20,25-28*). Dans le reste du N.T.« apôtres et évêques sont présentés avec insistance comme des intendants, des serviteurs de Dieu et du Christ » (voir liste de références donnée par A. Feuillet, dont nous suivons l’interprétation : RB 1950, p. 66-71). Leur tâche, c'est de donner en son temps la mesure de blé (Lc). Bien que la parabole n'y fasse pas expressément allusion, nous ne pouvons oublier que « la nourriture » annoncée par Jésus en Saint-Jean, ch. 6, est « sa chair, pour la vie du monde », et qu'il va effectivement, au cours de la Cène désormais toute proche, charger ses Apôtres de la transmettre.
bossuet: Méditations, 87° jour, p. 296-97 : Il faut donc être fidèle, et se donner tout entier au peuple de Dieu. Mais outre la fidélité, il faut la prudence, pour donner dans le temps, pour donner avec mesure... Deux choses à régler, le fond et la manière. Le fond : il faut donner, soyez fidèle. La manière : il faut donner à propos, et avec les proportions, les convenances requises... »
// Ps 127,1 Pr 8,34 Pr 2,6 Pr 2,8 Pr 2,10-11 Pr 4,6 — Dans le prolongement du // Qo 5,7 nous regroupons quelques autres textes sapientiaux, nous assurant que si le Christ nous requiert de veiller, premièrement et bien plus fidèlement c'est Lui, Seigneur fidèle et Sagesse infaillible, qui veille sur nous !...
Mt 24,46 ; (Lc 12,43) // Pr 8,34 Ap 16,15 Ps 130,6 — Il faut entendre ici « Bienheureux » au sens fort où la Béatitude fait « entrer dans la joie du Maître » § 306 — Mt 25,21*) — donc l'accès du Bonheur céleste, divin, éternel. L'écart infini entre les services rendus et la récompense suffirait à rappeler que cette parabole est une simple image, où l'anecdote terrestre demande à être transposée dans la Réalité mystique, qui va être précisée au v. 47.
Le maître, en arrivant : Une telle simplicité évoque davantage la rencontre personnelle entre le Christ et l'âme du serviteur fidèle s'éveillant à l'Au-Delà, que le branle-bas universel de la Fin du monde.
Mt 24,47; (Lc 12,44 — Amen, je vous le dis : annonce que nous en arrivons au plus important de la révélation. Il l'établira sur tous ses biens : « Pesez ces mots: Il leur donnera tout ce qu'Il possède : c'est un Dieu qui parle: que ne possède-t-il pas ? Mais tout est à nous, dès que nous usons bien de ce qu'il nous donne » (bossuet, Ibld., p. 297-98). « Ici le Christ présente le ciel comme une intendance supérieure confiée aux Apôtres... : ayant bien rempli leur tâche ici-bas, ils seront plus que jamais là-haut à son service... pour le gouvernement de l'Église » (A. Feuillet, rb 1950, p. 68). C'est ce qu'annonçait aussi Mt 19,28* § 251 , et que la parabole des talents applique à tous les fidèles § 306 *) : « Dans les deux cas la doctrine de l'au-delà est exactement la même : Jésus ne nous fait entrer dans la béatitude céleste (avant la Parousie suprême) que pour nous faire participer plus efficacement à ce qui constitue l'essence même de l’Évangile : l'expansion du Règne de Dieu » (Ibid. p. 69).
Mt 24,48-51 ; (Lc 12,45-46) // Ez 12,22-23 — Sort inverse pour le mauvais serviteur. La conjoncture est celle du § 299 : l'incertitude sur « le jour et l'heure » (Mt 24,36*) n'empêche pas la certitude que « le maître viendra ».
Il le retranchera: ...sera parmi les hypocrites: Voir au § 210 — Lc 12,46*.
Et sa part : Au sens où le Prodigue avait « voulu prendre sa part », là où le Père lui offrait la communion totale § 232 — Lc 15,13*, garrigues). À l'opposé, pour le fidèle : « Le Seigneur est ma part d'héritage et ma coupe » (Ps 16,5).
des pleurs et des grincements de dents : Propre à Mt. C'est une des images classiques de l’Enfer : cf. § 136 — Mt 13,41-43*.
§ 305. Les vierges sages et les vierges folles : Mt 25,1-13 ; (Lc 13,25)
(Mt 25,1-13 Lc 13,25)
— Au paragraphe précédent, le bon serviteur devait être fidèle et sage. Les deux paraboles suivantes reprennent — et cette fois pour tous les chrétiens — cette double exigence : de sagesse avec les vierges sages, et de fidélité avec les serviteurs fidèles aux intérêts du maître § 306 *). Les Evangiles sont parfaitement construits ; et ils ne sont pas moins équilibrés s'il est vrai que les vierges sont une image de la vie contemplative, et les serviteurs, de la vie active § 306 *).
Pour la première de ces paraboles, nous pouvons nous appuyer sur les commentaires patristiques — spécialement nombreux comme chaque fois que l'Évangile est plus important — mais également sur la double étude qu'A. Feuillet a publiée, montrant les oeillères que ses a priori imposent à l'exégèse précédente (dans RB 1950, p. 71-79 et R. Th. 1984, p. 399-424) — Bibliographie à la fin du ch. 6 de J. Lambrecht, p. 211-212). Non seulement l'explication à partir des coutumes matrimoniales palestiniennes se heurte à plusieurs invraisemblances, mais il est anachronique de supposer aux Évangélistes la conception que les écrivains « réalistes » de la fin du XIX° pouvaient se faire de la littérature... Ici comme ailleurs et plus qu'ailleurs on ne peut exclure de la parabole un sens allégorique (ou plutôt : symbolique) sans la réduire à des banalités morales sur la nécessité d'être prêt. Dès le premier verset, nous sommes avertis de sa portée < mystique > :
Mt 25,1) — L'anecdote terrestre se présente comme une image de la Réalité sur-naturelle du « Royaume des cieux ». L'enjeu en est « la rencontre de l'Époux ». Quel ? sinon le Christ, au dire de Jean-Baptiste et de Jésus lui-même § 43 — Mc 2,19-20*; § 79 — Jn 3,29-30*; § 282 — Mt 22,2*).
Par contre, l'Épouse n'est nommée que dans quelques versions, dont la Vulgate, sans doute par une addition du bon sens, puisqu'à des noces on attend aussi une Épouse. Mais l'omission originelle dans l'Évangile s'explique par des motifs bien plus significatifs: soit que, suivant les Pères, ces noces doivent être entendues comme celles, tout intérieures à Jésus, en qui notre nature humaine se marie à la nature divine, pour être non plus seulement en « une seule chair », mais en la seule Personne, divine, du Verbe incarné (voir plus loin saint Hilaire, et § 29 — Jn 2,8-9*) ; soit parce que les dix vierges représentent toute l'humanité, sage ou folle, invitée à s'unir à Dieu (A. Feuillet). Les deux interprétations sont complémentaires : car c'est par suite de son Incarnation* et du mystère de l'unicité de ses deux natures sous la seule personne divine que le Christ peut nous agréger tous à Lui. Ainsi, dans ce mystère d'épousailles (tant de l'Incarnation que de l'Église) s'accomplit le mystère nuptial d'unité entre les hommes et Dieu même, que les prophètes avaient annoncé de Yahvé (cf. bérulle).
elles sortirent à la rencontre // Gn 24,64-65) — Sur l'image que la rencontre de Rébecca et d'Isaac nous donne des noces du Christ et de l'Église, cf. les textes des Pères dans BC I*, p. 125-127. Chacune de nos âmes est ainsi en attente de l'Époux, « toute son existence est résumée par ces mots : elle est sortie (comme Abraham en Gn 12,1*) à Sa rencontre » (RB 1950, p. 73).
« Cependant ce ne doit pas être un hasard si l'exigence la plus fondamentale de la vie chrétienne: celle de la réceptivité (antérieure même à l'exigence des bonnes oeuvres exprimée par la parabole subséquente des talents : l'homme en effet, ne peut donner quelque chose à Dieu que s'il a d'abord reçu de lui) se trouve incarnée par le monde féminin, auquel est assignée de façon spéciale la noble vocation d'épouse du Christ, assurément plus glorieuse que celle de serviteur mise en relief dans les deux autres paraboles, où le mot serviteur se trouve répété jusqu à dix fois... C'est que le statut du monde féminin, tel que le Créateur l'a voulu, et plus spécialement la condition de la femme épouse, traduisent à merveille cet état d'humble et totale réceptivité et celui de réciprocité aimante dans le don de soi qui doivent être V attitude fondamentale de l'humanité entière en réponse aux avances de Dieu qui veut l'associer à sa vie et à sa félicité» (R. Th. 1984, p. 407; cf. BC I*, p. 49-50: yves fauquet, < Voici >).
elles prirent des lampes: « Ces lampes minuscules sont, plutôt que des flambeaux, des < veilleuses >, en symbole de la vigilance (d. buzy: Paraboles, p. 479).
Mt 25,2-4) — Les Pères se sont plu à chercher une signification à chaque détail de la parabole, dans un esprit proprement < allégorique >. À condition de ne pas raidir le sens, comme si cette interprétation devait être tenue pour rigoureuse et exclusive de toute autre, cela répond au but de cette histoire exemplaire. Pour garder à ces explications leur souplesse, citons deux commentaires dont les différences n'ont guère d'importance, au regard de leur similitude, en profondeur :
Hilaire : Sur Mt, ch. 27 (PL 14, 1059-1060) : L'Époux et l'Épouse, c'est notre Seigneur, Dieu incarné... Par le service de cette vie, nous nous préparons à aller au-devant de la résurrection des morts. Les lampes sont la lumière des âmes, qui resplendissent du sacrement de baptême. L'huile est le fruit de l'oeuvre bonne. Les vases sont les corps humains. En eux est caché le trésor de la conscience droite. Les marchands sont ceux qui ont besoin de la miséricorde des fidèles : leur commerce consiste à ce que leur indigence soit comblée par notre oeuvre bonne... Les noces sont l'entrée dans l'immortalité... Le retard de l'Époux est le temps de la pénitence ; le sommeil de ceux qui attendent est le repos des croyants et la mort temporaire. La clameur au milieu de la nuit est la trompette qui précède l'avènement du Seigneur et réveille tous les hommes. La lampe à la main est le retour de l'âme dans le corps.
Grégoire de Nysse : De instituto christiano (jaeger, p. 82-83) : Le fruit de la prière... C'est la simplicité, la charité, l'esprit d'humilité, la patience, l'innocence et le reste... Avec de tels fruits, la prière devient belle — mais s'ils manquent, elle perd sa peine. Et ce qui est vrai de la prière l'est de toute la voie philosophique [= le monachisme]. Si elle a cette fécondité, elle est vraiment la voie de la justice, et elle conduit vers sa fin authentique ; mais si elle en reste privée, son nom se vide de toute signification, et elle ressemble aux vierges folles, à qui l'huile manque pour les noces quand le moment est venu.
Elles n'avaient pas dans leur âme la lumière qui est le fruit de la vertu, ni dans leur pensée la lampe de l'Esprit. C'est pourquoi l'Écriture les appelle «folles », et avec raison, car leur vertu s'est éteinte avant l'arrivée de l'Epoux; aussi les a-t-il exclues de la récompense, c'est-à-dire des noces d'en haut. Parce qu’elles n’avaient pas la force de l'Esprit, il ne leur a pas compté le zèle de leur virginité ; et il a eu entièrement raison. Car à quoi bon travailler une vigne, si elle ne porte pas de fruits ? C'est pour les fruits, que le vigneron assume son labeur.
Et à quoi bon le jeûne, la prière et les veilles, s'il n'y a ni paix, ni joie, ni chanté, ni les autres fruits de la grâce de l'Esprit ? Pour eux, le frère épris de la joie d'en haut n'épargne pas sa peine. Ils attirent l'Esprit; le frère reçoit la grâce; dans son humilité et son courage au travail, la grâce de l'Esprit fait pousser la récolte — et il en jouit avec bonheur.
[Précédemment (p. 50), Grégoire de Nysse expliquait comment ces lampes allumées symbolisent la préparation spirituelle à la venue du Christ, « éblouissant de sainteté ».] Celui qui désire s'unir à quelqu'un doit évidemment adopter sa manière d'être, en l'imitant. C'est donc une nécessité pour l'âme qui désire devenir l'épouse du Christ, de se rendre conforme à la beauté du Christ par la puissance [de l'Esprit]. Car il n'est pas possible que soit jamais uni à la Lumière celui qui ne brille pas du reflet de cette lumière. Et j'ai appris de l'Apôtre Jean : « Quiconque a cette espérance se sanctifie, comme le Christ lui-même est saint » (1Jn 3,3). — Trad. fr» : Le But divin, Téqui, p. 55-57 et 24.
Certes ! dans la vie spirituelle, la lampe ne va pas sans huile. Mais comme vient de le rappeler admirablement Grégoire de Nysse, cette lumière est d'abord intérieure. La prière doit porter fruits, mais, suivant déjà Ga 5,23, ce sont en premier lieu les fruits intimes de l'Esprit, produits par « la force de l'Esprit » : simplicité, charité, humilité, patience, innocence... paix, joie, et encore, surtout, la charité. Les oeuvres extérieures viendront aussi en compte, dans la parabole des talents puis au Jugement dernier § 306 -307*). Mais il faut être sensible à la tonalité propre de cette parabole des dix vierges, qui est amoureuse...
Car c'est ce à quoi nous sommes appelés, premièrement et définitivement. Dès la mention de l'Époux, nous sommes avertis que l'aventure dont il s'agit est la même que celle du Ps 45, ou du Cantique des Cantiques, comme le montre A. Feuillet (R. Th. 1984, p. 411-417). D'où nos // — celui de Ct 2,8-14 donnant justement le ton.
Mt 25,5) — Comme l'Époux tardait : Ce n'est pas tant que la Fin du monde ne vienne pas. Mais dans la vie spirituelle aussi, le Christ se fait attendre, même quand son ami Lazare est à la mort ! § 266 — Jn 11,5-6*).
elles somnolèrent toutes: Le sommeil physique n'empêche donc pas la vigilance nécessaire, qui est spirituelle: « Je dors, et mon coeur veille » (// Ct 5,2a). S'endormir durant l'oraison comme il arriva, confesse-t-elle, à Thérèse de Lisieux, ne sera pas reproché, pourvu qu'il y ait provision d'huile. Peut-être même y a-t-il ici une allusion à la « torpeur » sur-naturelle où l'approche du divin plonge Abraham (Gn 15,12 — BC I*, p. 98) ainsi que les Apôtres, à la Transfiguration comme à Gethsémani § 169 — Lc 9,32*; § 337 — Lc 22,45*). « Veiller, dit A. Feuillet, c'est penser à Jésus, ressentir son absence comme un vide immense... Il pourra y avoir des heures de lassitude... Même alors il ne faudra pas cesser d'attendre ».
Mt25,6 // Ex 12,23 Ex 12,29 ;Is 26,8-9) — Au milieu de la nuit : Le ton vengeur de l'Exode est si différent de celui de la parabole (et plus encore celui du // Sg 18,13-16, en // à BC I // Jh), qu'on refuse parfois ce parallèle. Et pourtant, ici et là, c'est fondamentalement le même mystère de la Pâque, du passage de Dieu, pour le salut des vierges sages comme du Peuple élu marqué du sang de l'Agneau, ou bien pour la perte des vierges folles et des Égyptiens:
Jérôme : Sur Mt IV (PL 26,184-85) : Suivant la tradition des Juifs, le Christ viendra au milieu de la nuit, comme au temps de l'Egypte quand la Pâque fut célébrée, que l'Exterminateur vint, que le Seigneur passa sur les tentes. Et les linteaux de nos fronts sont consacrés par le sang de l'Agneau. C'est de là, je pense, que vient la tradition apostolique de ne pas renvoyer le peuple avant minuit, dans la Vigile Pascale, parce qu'on attend la venue du Christ.
Cette vive attente se continue dans les « vigiles » nocturnes de l'Office monastique. Il culmine dans la proclamation finale de l'Évangile, qui éclate comme une sorte de < Parousie >, de Retour du Christ en la célébration de sa Parole :
T. herwegen : Sinn und Geist der Benedictinerregel, p. 162-163 : Combien était fort, jadis, le sentiment de la présence du Christ à la lecture de l'Evangile, ou même dès qu'apparaissait le Livre des Évangiles, toute l'antiquité chrétienne en témoigne jusqu'au Haut Moyen Age... Amalaire de Metz décrit ainsi le chant de l'Évangile : « Le prêtre, et le peuple tout entier, se tournent vers l'Orient, jusqu'à ce que le diacre commence à < faire parler le Seigneur > »... Ici est évoquée une pensée qui, longtemps, resta très vivante dans le coeur des fidèles : celle de la Parousie. L'Évangile posé sur le trône signifie ce que l'on a appelé la < préparation du trône >, pour le Jugement dernier. À cette pensée de la Parousie est liée très étroitement la tenue des moines ou des fidèles, debout tous ensemble, attitude des serviteurs qui attendent, et aussi la < crainte >* avec laquelle il faut écouter l'Évangile. On peut également rappeler ici que presque tous les communs des saints contiennent un évangile de la Parousie. Comme la Parousie était attendue dans la nuit, et surtout la nuit de Pâques, la lecture de l'Évangile aux Vigiles des dimanches porte particulièrement le caractère d'un symbole du retour du Christ pour le Jugement. Et c'est encore dans ce sens que l'Amen, qui ailleurs n'a pas coutume de suivre l'Évangile, a ici une importance et une signification particulières.
C'est la nuit, tant que ne survient pas le Christ — Lumière du monde, et de chacun de nos coeurs. De cette attente nocturne, de cette recherche qui, apparemment, tarde à trouver, Joseph et Marie en quête de Jésus resté au Temple, témoignent non moins que la pécheresse de Lc 7,36-50 § 18 — Lc 2,45-46* et 123*). Vierges sages ou folles l'ont aussi au coeur. C'est le couple < chercher-trouver >* dont nous avons vu l'importance dans la vie spirituelle. Voir Ct 3,1-3, en // à ces mêmes § 18 et § 123 . Ici, nous préférons Is 21,11-12 et surtout 26,8-9 également indiqué par A. Feuillet, qui a en outre l'avantage de mettre l'attente et la recherche spirituelle < de nuit > en rapport avec le Jugement, comme dans notre parabole. Toutefois celle-ci évoque, davantage que la recherche active dont parlent Ct 3 et Is 26, la pure attente du coeur aimant, comme au // Ct 5,2 Ct 5,
un cri retentit: Pour nous réveiller (Is 51,17 Is 52,1) et pour annoncer, surtout: « Voici votre Dieu ! Il règne... » (Is 40,6-9 Is 52,7 Jr 31,6). Mais c'est Elisabeth elle-même qui pousse un cri quand Jésus vient à elle et à Jean-Baptiste, porté en Marie § 5 — Lc 1,41-42*). De toutes façons, note A. Feuillet, il y a toujours surprise, parce que c'est toujours une visite de la grâce.
« Sortez... » : Comme Abraham en Gn 12,1 (voir Mt 25,1 «elles sortirent... »).
Mt 25,7-10 — Le « chacun pour soi » des vierges sages serait bien égoïste s'il ne s'agissait du Jugement où chacun est jugé à titre personnel — même si, heureusement ! notre pauvreté et nos péchés seront rachetés par le Christ, dans la Communion des saints.
celles qui étaient prêtes entrèrent: Au § 208 , sur le même thème de la vigilance, Lc 12,35 a une parabole assez parallèle, où il montre les serviteurs en tenue d'Exode, « reins ceints et lampes allumées ». Suivant les cas, c'est le Christ qui frappe, à qui doit aussitôt être ouverte notre porte (Lc 12,36 et // Ct 5,6 cf. Âp Ct 3,20) ; ou bien c'est à l'inverse nous-mêmes qui frappons à la porte de la salle des noces (Mt 25,10-11). En réalité, c'est < moi en eux > aussi bien qu'eux en moi.
Mt 25,11-12; (Lc 13,25) // Sg 5,3-13 — Cette réponse terrible se trouve déjà au § 74 — Mt 7,23 : Même d'avoir prophétisé, chassé les démons, accompli des miracles, qui plus est « en son Nom », ne suffirait pas pour qu'il nous reconnaisse des siens. Tant est vrai qu'en définitive, « nous ne serons jugés que sur l'amour », et d'abord l'amour du Christ, attendu, désiré, espéré comme l'Époux. L'irréparable ne provient évidemment pas de la seule étourderie d'avoir oublié l'huile, mais de « l'état d'impréparation à la réception de l'Époux, causée par un manque d'amour, en un contexte où l'amour est tout, et où son absence prend une allure de folie » (R. Th. 1984, p. 407). De même, la porte refermée est une image, pour nous avertir quand il en est encore temps que le ciel étant le monde saint et parfait de Dieu, pour en être, il faut être passé par la Porte étroite, qui est le Christ § 72 et 263) — Jn 10,9*). C'est de Lui que nous recevons l'Esprit capable d'infuser dans nos coeurs cet amour et cette attente (= cette espérance) par quoi nous sommes peu à peu sanctifiés et par-faits. Pour éviter les regrets de ces folles ou du // Sg 5,3-13, il faut se dépêcher de répondre à l'exhortation du Veilleur : « Convertissez-vous ».
Mt 25,13 — Conclusion sur le motif de 24,42 et 32. « Ces paroles montrent bien que tout ce que le Christ a dit sur les deux hommes qui sont dans le champ, sur les deux femmes qui tournent la meule, sur le père de famille qui confie ses biens à son serviteur, et sur les dix vierges, Il l'a dit pour que nous-mêmes, ignorant le jour du Jugement, nous préparions avec soin la lumière de nos bonnes oeuvres » (Jérôme: Sur Mt IV — Pl 26,186).
suivant