III - LA PARTICIPATION AU DEVELOPPEMENT DE LA SOCIETE
La famille, cellule première et vitale de la société
42. Puisque "le Créateur a fait de la communauté conjugale l’origine et le fondement de la société humaine", la famille est devenue la "cellule première et vitale de la société".
AA 11
La famille a des liens organiques et vitaux avec la société parce qu’elle en constitue le fondement et qu’elle la sustente sans cesse en réalisant son service de la vie : c’est au sein de la famille en effet que naissent les citoyens et dans la famille qu’ils font le premier apprentissage des vertus sociales, qui sont pour la société l’âme de sa vie et de son développement.
Ainsi donc, en raison de sa nature et de sa vocation, la famille, loin de se replier sur elle-même, s’ouvre aux autres familles et à la société, elle remplit son rôle social.
La vie familiale : expérience de communion et de participation
43. L’expérience même de communion et de participation qui doit caractériser la vie quotidienne de la famille constitue son apport essentiel et fondamental à la société.
Les relations entre les membres de la communauté familiale se développent sous l’inspiration et la conduite de la loi de la "gratuité" qui, en respectant et en cultivant en tous et en chacun le sens de la dignité personnelle comme source unique de valeur, se transforme en accueil chaleureux, rencontre et dialogue, disponibilité généreuse, service désintéressé, profonde solidarité.
Ainsi, la promotion d’une authentique communion de personnes responsables dans la famille devient un apprentissage fondamental et irremplaçable de vie sociale, un exemple et un encouragement pour des relations communautaires élargies, caractérisées par le respect, la justice, le sens du dialogue, l’amour.
De cette façon, comme les Pères du Synode l’ont rappelé, la famille constitue le berceau et le moyen le plus efficace pour humaniser et personnaliser la société : c’est elle qui travaille d’une manière originale et profonde à la construction du monde, rendant possible une vie vraiment humaine, particulièrement en conservant et en transmettant les vertus et les "valeurs". Comme le dit le Concile Vatican II, la famille est le "lieu de rencontre de plusieurs générations qui s’aident mutuellement à acquérir une sagesse plus étendue et à harmoniser les droits des personnes avec les autres exigences de la vie sociale".
GS 52
C’est pourquoi, face à une société qui risque d’être de plus en plus dépersonnalisante et anonyme, et donc inhumaine et déshumanisante, avec les conséquences négatives de tant de formes d’"évasion" - telles que l’alcoolisme, la drogue ou même le terrorisme -, la famille possède et irradie encore aujourd’hui des énergies extraordinaires capables d’arracher l’homme à l’anonymat, de l’éveiller à la conscience de sa dignité personnelle, de le revêtir d’une profonde humanité et de l’introduire activement avec son unicité et sa singularité dans le tissu de la société.
Le rôle social et politique
44. Le rôle social de la famille ne peut certainement pas se limiter a 1’œuvre de la procréation et de l’éducation, même s’il trouve en elles sa forme d’expression première et irremplaçable.
Les familles, isolément ou en associations, peuvent et doivent donc se consacrer à de nombreuses œuvres de service social, spécialement en faveur des pauvres et en tout cas des personnes et des situations que les institutions de prévoyance et d’assistance publiques ne réussissent pas à atteindre.
La contribution sociale de la famille a son originalité qui gagnerait à être mieux connue et qu’il faudrait promouvoir plus franchement, surtout au fur et à mesure que les enfants grandissent, en suscitant le plus possible la participation de tous ses membres.
Il faut à cet égard souligner l’importance toujours plus grande que revêt dans notre société l’hospitalité sous toutes ses formes, en tenant simplement ouverte la porte de sa maison et, mieux encore, de son cœur aux besoins de nos frères, ou en allant jusqu’à s’engager concrètement pour assurer à chaque famille le logement dont elle a besoin comme milieu naturel qui la protège et la fait grandir. Et par-dessus tout la famil1e chrétienne est appelée à écouter la recommandation de l’Apôtre : "Soyez avides de donner l’hospitalité",
Rm 12,13 et donc a pratiquer, à la suite du Christ et avec sa charité, l’accueil de nos frères démunis : " Quiconque donnera à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche, en tant qu’il est un disciple, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense"
Mt 10,42
Le rôle social de la famille est appelé à s’exprimer aussi sous forme d’intervention politique : ce sont les familles qui en premier lieu doivent faire en sorte que les lois et les institutions de l’État non seulement s’abstiennent de blesser les droits et les devoirs de la famille, mais encore les soutiennent et les protègent positivement. Il faut à cet égard que les familles aient une conscience toujours plus vive d’être les "protagonistes" de ce qu’on appelle "la politique familiale" et qu’elles assument la responsabilité de transformer la société ; dans le cas contraire, elles seront les premières victimes des maux qu’elles se sont contentées de constater avec indifférence. L’invitation du Concile Vatican II à dépasser l’éthique individualiste concerne donc aussi la famille en tant que telle.
GS 30
La société au service de la famille
45. La relation étroite entre famille et société exige d’une part l’ouverture et la participation de la famille à la société et à son développement, mais d’autre part elle impose à la société de ne jamais manquer à son devoir fondamental de respecter et de promouvoir la famille.
Il est certain que la famille et la société ont des rôles complémentaires dans la défense et la promotion des biens communs à tous les hommes et à tout homme. Mais la société, et plus précisément l’État, doivent reconnaître que la famille est une "société jouissant d’un droit propre et primordial"
DH 5 et ils ont donc la grave obligation, en ce qui concerne leurs relations avec la famille, de s’en tenir au principe de subsidiarité.
En vertu de ce principe l’État ne peut pas et ne doit pas enlever aux familles les tâches qu’elles peuvent fort bien accomplir seules ou en s’associant librement à d’autres familles ; mais il doit au contraire favoriser et susciter le plus possible les initiatives responsables des familles. Les autorités publiques, convaincues du fait que le bien de la famille est pour la communauté civile une valeur indispensable à laquelle on ne saurait renoncer, doivent s’employer le plus possible à procurer aux familles toute l’aide - économique, sociale, éducative, politique, culturelle - dont elles ont besoin pour remplir de façon vraiment humaine l’ensemble de leurs obligations.
La charte des droits de la famille
46. L’action réciproque de soutien et de progrès entre la famille et la société est un idéal souvent contredit, et même gravement, par la réalité des faits où l’on constate leur séparation, voire leur opposition.
En effet - comme l’a continuellement fait remarquer le Synode -, la situation de très nombreuses familles en divers pays est fort problématique, quand elle n’est pas franchement mauvaise : les lois et les institutions méconnaissent, contre toute justice, les droits inviolables de la famille et même de la personne humaine, et la société, loin de se mettre au service de la famille, l’attaque violemment dans ses valeurs et dans ses exigences fondamentales. Ainsi la famille, qui selon le dessein de Dieu est la cellule de hase de la société, sujet de droits et de devoirs antérieurs à ceux de l’État et de n‘importe quelle autre communauté, se trouve être la victime de la société, des lenteurs et des retards de ses interventions et plus encore de ses injustices flagrantes.
C’est pourquoi l’Église prend ouvertement et avec vigueur la défense des droits de la famille contre les usurpations intolérables de la société et de l’État. Pour leur part, les Pères du Synode ont rappelé entre autres les droits suivants de la famille :
- le droit d’exister et de s’épanouir en tant que famille, c’est-à-dire le droit pour tout homme, et en particulier pour les pauvres, de fonder une famille et de l’entretenir par des moyens appropriés ;
- le droit d’exercer sa mission pour tout ce qui touche à la transmission de la vie, et d’éduquer ses enfants ;
- le droit à l’intimité de la vie, aussi bien conjugale que familiale ;
- le droit à la stabilité du lien conjugal et de l’institution du mariage ;
- le droit de croire et de professer sa foi, et de la répandre ;
- le droit d’éduquer ses enfants conformément à ses propres traditions et à ses valeurs religieuses et culturelles, grâce aux instruments, aux moyens et aux institutions nécessaires ;
- le droit de jouir de la sécurité physique, sociale, politique, économique, surtout pour les pauvres et les malades ;
- le droit à un logement adapté à une vie familiale décente ;
- le droit d’expression et de représentation devant les autorités publiques, économiques, sociales et culturelles, ainsi que devant les organismes qui en dépendent, et cela directement ou au moyen d’associations ;
- le droit de créer des associations en lien avec d’autres familles et institutions, afin d’accomplir sa mission comme il convient et avec compétence ;
- le droit de protéger les mineurs, par le moyen d’institutions et de lois appropriées, contre les drogues nuisibles, la pornographie, l’alcoolisme, etc. ;
- le droit à des loisirs honnêtes qui favorisent en même temps les valeurs familiales ;
- le droit des personnes âgées à vivre et à mourir dignement ;
- le droit d’émigrer en tant que famille pour rechercher de meilleures conditions de vie. (cf. ‘Proposition’ 42)
Le Saint-Siège, accueillant la demande explicite du Synode, prendra soin d’approfondir ces suggestions, en élaborant une "charte des droits de la famille" à proposer aux milieux intéressés et aux Autorités concernées.
Grâce et responsabilité de la famille chrétienne
47. Le rôle social propre à toute famille est aussi, à un titre nouveau et particulier, celui de la famille chrétienne, fondée sur le sacrement de mariage. En assumant la réalité humaine de l’amour conjugal dans toutes ses dimensions, le sacrement rend les époux et les parents chrétiens capables de vivre leur vocation de laïcs - et c’est leur responsabilité - et donc de "chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu".
LG 31
Le rôle social et politique fait partie de la mission royale, mission de service, à laquelle les époux chrétiens participent en vertu du sacrement de mariage, en recevant à la fois un commandement auquel ils ne peuvent se soustraire et une grâce qui les soutient et les entraîne.
C’est ainsi que la famille chrétienne est appelée à donner devant tous le témoignage d’un dévouement généreux et désintéressé face aux problèmes sociaux, en choisissant en priorité les pauvres et les marginaux. Et c’est pourquoi, en cheminant à la suite du Seigneur dans un amour spécial pour tous les pauvres, elle doit avoir particulièrement à cœur ceux qui ont faim, ceux qui sont démunis, âgés, ceux qui sont malades, drogués, sans famille.
Pour un nouvel ordre International
48. Face à la dimension mondiale qui de nos jours caractérise les différents problèmes sociaux, la famille voit s’élargir de façon tout à fait nouvelle son rôle en ce qui concerne le développement de la société : il s’agit aussi de coopérer à la réalisation d’un nouvel ordre international, car c’est seulement à travers la solidarité mondiale que l’on peut envisager et résoudre les énormes et dramatiques problèmes de la justice dans le monde, de la liberté des peuples, de la paix de l’humanité.
La communion spirituelle des familles chrétiennes, enracinées dans la foi et l’espérance communes et vivifiées par la charité, constitue une énergie intérieure d’où jaillissent, se répandent et croissent justice, réconciliation, fraternité et paix entre les hommes. En tant que "petite" Église, la famille chrétienne est appelée, à l’image de la "grande" Église, à être un signe d’unité pour le monde et à exercer dans ce sens son rôle prophétique, en témoignant du Royaume et de la paix du Christ, vers lesquels le monde entier est en marche.
Cela, les familles chrétiennes pourront le réaliser à travers leur service éducatif, c’est-à-dire en offrant aux enfants un modèle de vie fondé sur les valeurs de vérité, de liberté, de justice et d’amour, comme aussi en s’engageant de façon active et responsable pour une croissance vraiment humaine de la société et de ses institutions, ou encore en soutenant de diverses manières les associations qui se consacrent essentiellement aux problèmes de l’ordre international.
IV - LA PARTICIPATION À LA VIE ET À LA MISSION DE L’EGLISE
La famille dans le mystère de l’Église
49. Parmi les tâches fondamentales de la famille chrétienne prend place celle que l’on peut dire ecclésiale, celle qui met la famille au service de l’édification du Royaume de Dieu dans l’histoire, moyennant la participation à la vie et à la mission de l’Église.
Pour mieux comprendre ce qui fonde, ce que comprend et ce qui caractérise une telle participation, il faut étudier les liens multiples et profonds qui relient entre elles l’Église et la famille chrétienne et qui font de cette dernière comme "une Église en miniature" (Ecclesia domestica),
LG 11 AA 11 ; JP II homélie à la messe d’ouverture du 6eme Synode des Évêques, 26/09/1980 n.3) de telle sorte qu’elle soit, à sa façon, une image vivante et une représentation historique du mystère même de l’Église.
C’est avant tout l’Église Mère qui engendre, éduque, édifie la famille chrétienne, en mettant en œuvre à son égard la mission de salut qu’elle a reçue de son Seigneur. En annonçant la Parole de Dieu, l’Église révèle à la famille chrétienne sa véritable identité, autrement dit ce qu’elle est et ce qu’elle doit être selon le dessein du Seigneur. En célébrant les sacrements, l’Église enrichit et fortifie la famille chrétienne avec la grâce du Christ, en vue de sa sanctification pour la gloire du Père. En renouvelant la proclamation du commandement nouveau de la charité, l’Église anime et guide la famille chrétienne au service de l’amour, pour lui permettre d’imiter et de revivre l’amour même de donation et de sacrifice que le Seigneur Jésus nourrit pour l’humanité entière.
À son tour, la famille chrétienne est insérée dans le mystère de l’Église au point de participer, à sa façon, à la mission de salut qui lui est propre : les époux et les parents chrétiens, en vertu du sacrement, " ont ainsi, en leur état de vie et dans leur ordre, un don qui leur est propre au sein du peuple de Dieu".
LG 11 Par conséquent, non seulement ils "reçoivent" l’amour du Christ en devenant une communauté "sauvée", mais ils sont également appelés à "transmettre" à leurs frères le même amour du Christ, en devenant ainsi une communauté "qui sauve". De la sorte, tout en étant fruit et signe de la fécondité surnaturelle de l’Église, la famille chrétienne devient symbole, témoignage, participation de la maternité de l’Église."
LG 41
Une tâche ecclésiale propre et originale
50. La famille chrétienne est appelée à prendre une part active et responsable à la mission de l’Église d’une façon propre et originale, en se mettant elle-même au service de l’Église et de la société dans son être et dans son agir, en tant que communauté intime de vie et d’amour.
Si la famille chrétienne est une communauté dont les liens sont renouvelés par le Christ à travers la foi et les sacrements, sa participation à la mission de l’Église doit se réaliser d’une façon communautaire ; c’est donc ensemble que les époux en tant que couple, les parents et les enfants en tant que famille, doivent vivre leur service de l’Église et du monde. Ils doivent être, dans la foi, "un seul cœur et une seule âme",
Ac 4,32 aussi bien dans l’esprit apostolique commun qui les anime qu’à travers la collaboration qui les engage au service de la communauté ecclésiale et de la communauté civile.
La famille chrétienne, par ailleurs, édifie le Royaume de Dieu dans l’histoire à travers les réalités quotidiennes qui concernent et qui caractérisent sa condition de vie : c’est dès lors dans l’amour conjugal et familial - vécu dans sa richesse extraordinaire de valeurs et avec ses exigences de totalité, d’unicité, de fidélité et de fécondité
HV 9 - que s’exprime et se réalise la participation de la famille chrétienne à la mission prophétique, sacerdotale et royale de Jésus-Christ et de son Église. L’amour et la vie constituent donc le point central de la mission salvifique de la famille chrétienne dans l’Église et pour l’Église.
Le Concile Vatican II 1e rappelle lorsqu’il écrit : " Les familles se communiqueront aussi avec générosité leurs richesses spirituelles. Alors, la famille chrétienne, parce qu’elle est issue d’un mariage, image et participation de l’alliance d’amour qui unit le Christ et l’Église, manifestera à tous les hommes la présence vivante du Sauveur dans le monde et la véritable nature de l’Église, tant par l’amour des époux, leur fécondité généreuse, l’unité et la fidélité du foyer, que par la coopération amicale de tous ses membres".
GS 48 Ayant ainsi précisé ce qui fonde la participation de la famille chrétienne à la mission ecclésiale, il importe maintenant de mettre en lumière ce qu’elle comprend selon une référence triple, mais à vrai dire unique, à Jésus-Christ, Prophète, Prêtre et Roi, en présentant la famille chrétienne comme
1) communauté qui croit et qui évangélise ;
2) communauté en dialogue avec Dieu ;
3) communauté au service de l’homme.
1) La famille chrétienne, communauté qui croit et qui évangélise
La foi, découverte et admiration du dessein de Dieu sur la famille
51. Du fait que la famille chrétienne participe à la vie et à la mission de l’Église qui se tient dans une religieuse écoute de la Parole de Dieu et la proclame avec une ferme confiance,
DV 1 elle vit son rôle prophétique en accueillant et en annonçant la Parole de Dieu ; elle devient ainsi, chaque jour davantage, une communauté qui croit et qui évangélise.
L’obéissance de la foi est demandée également aux époux et aux parents chrétiens :
Rm 16,26 ils sont appelés à accueillir la Parole du Seigneur qui leur révèle la merveilleuse nouveauté - autrement dit la "bonne nouvelle" - de leur vie conjugale et familiale rendue par le Christ sainte et sanctifiante. En effet, c’est seulement dans la foi qu’ils peuvent découvrir et admirer dans une gratitude joyeuse la dignité à laquelle Dieu a voulu élever le mariage et la famille en en faisant le signe et le lieu de l’alliance d’amour entre Dieu et les hommes, entre Jésus-Christ et l’Église son Épouse.
Déjà, la préparation au mariage chrétien est qualifiée d’itinéraire de foi ; elle se situe en effet comme une occasion privilégiée permettant aux fiancés de redécouvrir et d’approfondir la foi reçue au baptême et nourrie par l’éducation chrétienne. De cette façon, ils reconnaissent et ils accueillent librement la vocation à vivre à la suite du Christ et au service du Royaume de Dieu dans l’état même du mariage.
Le moment fondamental de l’expression de la foi des époux en tant que tels est celui de la célébration du sacrement de mariage qui, par sa nature profonde, est la proclamation, dans l’Église, de la Bonne Nouvelle sur l’amour conjugal : il est Parole de Dieu qui "révèle" et "accomplit" le projet plein de sagesse et d’amour que Dieu a sur les époux, introduits dans la participation mystérieuse et réelle à l’amour même de Dieu pour l’humanité. Si la célébration sacramentelle du mariage est en elle-même proclamation de la Parole de Dieu, tous ceux qui sont, à des titres divers, protagonistes et célébrants doivent en faire une "profession de foi", accomplie au sein de l’Église et avec l’Église, communauté de croyants.
Cette profession de foi demande à être prolongée tout au long de la vie des époux et de la famille. Dieu, en effet, qui a appelé les époux "au" mariage continue à les appeler "dans" le mariage.
HV 25 Dans et à travers les faits, les problèmes, les difficultés, les événements de 1’existence de tous les jours, Dieu vient à eux en leur révélant et en leur proposant les "exigences" concrètes de leur participation à l’amour du Christ pour l’Église, en rapport avec la situation particulière - familiale, sociale et ecclésiale - dans laquelle ils se trouvent.
La découverte du dessein de Dieu et l’obéissance à ce dessein doivent se réaliser simultanément dans la communauté conjugale et familiale, à travers l’expérience humaine de l’amour vécu dans l’Esprit du Christ entre les époux comme entre les parents et les enfants.
Pour cela, comme la grande Église, la petite Église domestique a besoin d’être continuellement et intensément évangélisée : d’où le devoir d’éducation permanente dans la foi.
Le ministère d’évangélisation de la famille chrétienne
52. Dans la mesure où la famille chrétienne accueille l’Évangile et mûrit dans la foi, elle devient une communauté qui évangélise. Écoutons à nouveau Paul VI : " ... la famille, comme l’Église, se doit d’être un espace où l’Évangile est transmis et d’où l’Évangile rayonne. Au sein donc d’une famille consciente de cette mission, tous les membres de la famille évangélisent et sont évangélisés. Les parents non seulement communiquent aux enfants l’Évangile mais peuvent recevoir d’eux ce même Évangile profondément vécu. Et une telle famille se fait évangélisatrice de beaucoup d’autres familles et du milieu dans lequel elle s’insère ".
EN 71
Comme l’a répété le Synode en reprenant mon appel de Puebla, l’avenir de l’évangélisation dépend en grande partie de l’Église domestique. (JP II, discours à la 3eme assemblée des Évêques de l’Amérique latine, 28/1/1979, IV, a) Cette mission apostolique de la famille est enracinée dans le baptême et reçoit de la grâce sacramentelle du mariage une nouvelle impulsion pour transmettre la foi, pour sanctifier et transformer la société actuelle selon le dessein de Dieu.
La famille chrétienne, surtout aujourd’hui, est spécialement appelée à témoigner de l’alliance pascale du Christ, grâce au rayonnement constant de la joie de l’amour et de la certitude de l’espérance, dont elle doit rendre compte : "La famille chrétienne proclame hautement à la fois les vertus actuelles du Royaume de Dieu et l’espoir de la vie bienheureuse".
LG 35
La nécessité absolue de la catéchèse familiale émerge avec une force singulière dans des situations déterminées, que l’Église enregistre malheureusement en divers endroits : " Là où une législation antireligieuse prétend même empêcher l’éducation de la foi, là où une incroyance diffuse ou bien un sécularisme envahissant rendent pratiquement impossible une véritable croissance religieuse, cette sorte d’Église qu’est le foyer reste l’unique milieu où enfants et jeunes peuvent recevoir une authentique catéchèse".
LG 35
Un service ecclésial
53. Le ministère d’évangélisation qui revient aux parents chrétiens est original et irremplaçable. Il revêt les caractères distinctifs de la vie familiale, tissée, comme elle devrait l’être, d’amour, de simplicité, d’engagement concret et de témoignages quotidiens.
CTR 68
La famille doit former les enfants à la vie pour permettre à chacun d’accomplir en plénitude son devoir selon la vocation qu’il a reçue de Dieu. En effet, la famille ouverte aux valeurs transcendantes, au service joyeux du prochain, à l’accomplissement généreux et fidèle de ses obligations et toujours consciente de sa participation au mystère de la croix glorieuse du Christ, devient le premier et le meilleur séminaire de la vocation a une vie consacrée au Royaume de Dieu.
Le ministère d’évangélisation et de catéchèse qui incombe aux parents doit accompagner la vie des enfants, y compris pendant leur adolescence et leur jeunesse, lorsque ceux-ci, comme cela se produit souvent, contestent ou rejettent carrément la foi chrétienne reçue dans les premières années de leur vie. De même que, dans l’Église, le travail de l’évangélisation ne s’effectue jamais sans souffrance pour l’apôtre, de même, dans la famille chrétienne, les parents doivent affronter avec courage et grande sérénité d’âme les difficultés que leur ministère d’évangélisation rencontre parfois auprès de leurs propres enfants.
On ne devra pas oublier que le service accompli par les époux et par les parents chrétiens en faveur de l’Évangile est essentiellement un service ecclésial, ou mieux rentre dans le cadre de l’Église entière comme communauté évangélisée et évangélisante. En tant qu’il est enraciné dans l’unique mission de l’Église et qu’il en dérive, et en tant qu’ordonné à l’édification de l’unique Corps du Christ,
1Co 12,4-6 Ep 4,12-13 le ministère d’évangélisation et de catéchèse de 1’Église domestique doit demeurer en union étroite et s’harmoniser consciemment avec tous les autres services d’évangélisation et de catéchèse existant et agissant dans la communauté ecclésiale, soit diocésaine, soit paroissiale.
Prêcher l’Évangile à toute créature
54. L’universalité sans frontières est l’horizon spécifique de l’évangélisation animée intérieurement par l’élan missionnaire. Elle est, en effet, la réponse à la consigne explicite et non équivoque du Christ : "Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création".
Mc 16,15
La foi et la mission évangélisatrice de la famille chrétienne possèdent, elles aussi, ce souffle missionnaire catholique. Le sacrement de mariage, qui reprend et propose à nouveau le devoir, déjà enraciné dans le baptême et dans la confirmation, de défendre et de diffuser la foi,
LG 11 établit les époux et les parents chrétiens comme témoins du Christ "jusqu’aux confins de la terre"
Ac 1,8 comme véritables "missionnaires" de l’amour et de la vie.
Une certaine forme d’activité missionnaire peut être accomplie déjà à l’intérieur de la famille. Cela se vérifie lorsque quelque membre de celle-ci n’a pas la foi ou n’est pas cohérent avec elle dans sa pratique. Les autres membres de la famille doivent alors lui donner un témoignage vécu de leur foi, apte à le stimuler et à le soutenir dans son cheminement vers la pleine adhésion au Christ Sauveur.
1P 3,1-2
Animée par l’esprit missionnaire déjà au-dedans d’elle-même, l’Église domestique est appelée à être un signe lumineux de la présence du Christ et de son amour également pour "ceux qui sont loin", pour les familles qui ne croient pas encore et même pour les familles chrétiennes qui ne vivent plus en cohérence avec la foi reçue. L’Église domestique est appelée "par son exemple et par son témoignage" à éclairer "ceux qui cherchent la vérité".
LG 35 AA 11
De même qu’à l’aube du christianisme Aquila et Priscille se présentaient comme un couple missionnaire
Ac 18 Rm 16,3-4 ainsi aujourd’hui l’Église témoigne d’une continuelle nouveauté et d’une incessante floraison, grâce à la présence d’époux et de familles chrétiennes qui, au moins pendant un certain temps, vont dans les terres de mission pour annoncer l’Évangile en servant l’homme avec l’amour de Jésus-Christ.
Les familles chrétiennes apportent une contribution particulière à la cause missionnaire de l’Église en cultivant les vocations missionnaires parmi leurs fils et leurs filles
AGD 39 et, plus généralement, par un travail d’éducation qui "prépare leurs enfants dès leur jeune âge à découvrir l’amour de Dieu envers tous les hommes ".
AA 30
2) La Famille chrétienne, communauté en dialogue avec Dieu
Le sanctuaire domestique de l’Église
55. L’annonce de l’Évangile et son accueil dans la foi atteignent leur plénitude dans la célébration sacramentelle. L’Église, communauté qui croit et qui évangélise, est aussi un peuple sacerdotal, c’est-à-dire revêtu de la dignité du Christ Souverain Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle et participant à son pouvoir.
LG 10
La famille chrétienne est, elle aussi, insérée dans l’Église, peuple sacerdotal. Par le sacrement de mariage, dans lequel elle est enracinée et d’où elle tire sa subsistance, elle est continuellement vivifiée par le Seigneur Jésus, appelée et engagée par Lui à dialoguer avec Dieu par les moyens de la vie sacramentelle, de l’offrande de son existence et de la prière.
Tel est le rôle sacerdotal que la famille chrétienne peut et doit accomplir en union étroite avec toute l’Église, à travers les réalités quotidiennes de la vie conjugale et familiale ; de cette manière la famille chrétienne est appelée à se sanctifier et à sanctifier la communauté ecclésiale et le monde.
Le mariage, sacrement de sanctification mutuelle et acte de culte
56. Le sacrement de mariage, qui reprend et spécifie la grâce sanctificatrice du baptême, est bien une source spéciale et un moyen original de sanctification pour les époux et pour la famille chrétienne. En vertu du mystère de la mort et de la résurrection du Christ, à l’intérieur duquel le mariage chrétien fait entrer à nouveau, l’amour conjugal est purifié et sanctifié : Cet amour, par un don spécial de sa grâce et de sa charité, le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et l’élever".
GS 49
Le don de Jésus-Christ n’est pas épuisé dans la célébration du sacrement de mariage, mais il accompagne les époux tout au long de leur existence. Le Concile Vatican II le rappelle explicitement lorsqu’il dit que Jésus-Christ "continue de demeurer (avec les époux), afin que, par leur don mutuel, (ils) puissent s’aimer dans une fidélité perpétuelle, comme lui-même a aimé l’Église et s’est livré pour elle.... C’est pourquoi les époux chrétiens, pour accomplir dignement les devoirs de leur état, sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial ; en accomplissant leur mission conjugale et familiale avec la force de ce sacrement, pénétrés de l’Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d’espérance et de charité, ils parviennent de plus en plus à leur perfection personnelle et à leur sanctification mutuelle ; c’est ainsi qu’ensemble ils contribuent à la glorification de Dieu "
GS 48
La vocation universelle à la sainteté s’adresse aussi aux époux et aux parents chrétiens : pour eux, elle est spécifiée par la célébration du sacrement et traduite concrètement dans la réalité propre de l’existence conjugale et familiale.
LG 41 C’est là que prennent naissance la grâce et l’exigence d’une authentique et profonde spiritualité conjugale et familiale qui s’inspire des thèmes de la création, de l’alliance, de la croix, de la résurrection et du signe sacramentel, thèmes sur lesquels le Synode est revenu à maintes reprises.
Le mariage chrétien, comme tous les sacrements "qui ont pour fin de sanctifier les hommes d’édifier le Corps du Christ, enfin de rendre le culte à Dieu ",
SC 59 est en lui-même un acte liturgique de glorification de Dieu dans le Christ Jésus et dans l’Église. En le célébrant, les époux chrétiens proclament leur reconnaissance envers Dieu pour le don sublime qui leur a été accordé de pouvoir revivre dans leur existence conjugale et familiale l’amour même de Dieu pour les hommes et du Seigneur Jésus pour l’Église, son Épouse.
Et de même que le don et l’obligation de vivre chaque jour la sainteté reçue découlent pour les époux du sacrement de mariage, de même la grâce et l’obligation morale de transformer toute leur vie en un continuel sacrifice spirituel
1P 2,5 LG 34 découlent de ce même sacrement. C’est également aux époux et aux parents chrétiens, en particulier dans le domaine des réalités terrestres et temporelles qui caractérisent leur existence, que s’appliquent les paroles du Concile : "C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration"
LG 34
Mariage et Eucharistie
57. Le devoir de sanctification qui incombe à la famille chrétienne a sa racine première dans le baptême et sa plus grande expression dans l’Eucharistie à laquelle le mariage chrétien est intimement lié. Le Concile Vatican I a voulu rappeler la relation spéciale qui existe entre l’Eucharistie et le mariage en demandant que "le mariage soit célébré ordinairement au cours de la messe" :
SC 78 il est absolument nécessaire de découvrir et d’approfondir cette relation, si on veut comprendre et vivre intensément les grâces et les responsabilités du mariage et de la famille chrétienne.
L’Eucharistie est la source même du mariage chrétien. Le sacrifice eucharistique, en effet, représente l’alliance d’amour entre le Christ et l’Église, en tant qu’elle a été scellée par le sang de sa croix. C’est dans ce sacrifice de la nouvelle et éternelle Alliance que les époux chrétiens trouvent la source jaillissante qui modèle intérieurement et vivifie constamment leur alliance conjugale. En tant que représentation du sacrifice d’amour du Christ pour l’Église, l’Eucharistie est source de charité. Et dans le don eucharistique de la charité, la famille chrétienne trouve le fondement et l’âme de sa "communion" et de sa "mission" : le Pain eucharistique fait des différents membres de la communauté familiale un seul corps, une manifestation et une participation à la vaste unité de l’Église ; d’autre part, la participation au Corps "livré" et au Sang "versé" du Christ devient pour la famille chrétienne une source inépuisable de dynamisme missionnaire et apostolique.
Le sacrement de la conversion et de la réconciliation
58. L’accueil de l’appel évangélique à la conversion adressé à tous les chrétiens, parfois infidèles à la "nouveauté" du baptême qui les a constitués "saints", est un élément essentiel et permanent du devoir de sanctification incombant à la famille chrétienne. La famille chrétienne elle-même n’est pas toujours cohérente avec la loi de la grâce et de la sainteté baptismale, proclamée de nouveau par le sacrement de mariage.
Le repentir et le pardon mutuel au sein de la famille chrétienne, si importants dans la vie quotidienne, trouvent leur moment sacramentel spécifique dans la pénitence chrétienne. Au sujet des époux, Paul VI écrivait dans l’encyclique Humanae vitae
"Si le péché avait encore prise sur eux, qu’ils ne se
découragent pas, mais qu’ils recourent avec une humble persévérance à la miséricorde de Dieu, qui est accordée en abondance dans le sacrement de pénitence".
HV 25
La célébration de ce sacrement acquiert une signification particulière au plan de la vie familiale : déjà, dans la foi, les époux et tous les membres de la famille découvrent que le péché contredit l’alliance avec Dieu et aussi l’alliance entre époux et la communion de la famille ; ils sont conduits maintenant à la rencontre de Dieu "riche en miséricorde"
Ep 2,4 lequel, en accordant son amour plus puissant que le péché,
DM 13 reconstruit et perfectionne l’alliance conjugale et la communion familiale.
La prière familiale
59. L’Église prie pour la famille chrétienne et l’éduque à vivre en généreuse cohérence avec le don et le rôle sacerdotaux, reçus du Christ, Souverain Prêtre. En réalité, le sacerdoce baptismal des fidèles, vécu dans le mariage-sacrement, constitue pour les époux et pour la famille le fondement d’une vocation et d’une mission sacerdotales par lesquelles leur existence quotidienne se transforme en un "sacrifice spirituel agréable à Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ" :
1P 2,5 c’est ce qui se produit, non seulement par la célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements et par l’offrande d’eux-mêmes à la gloire de Dieu, mais aussi par la vie de prière, qui est dialogue priant avec le Père par Jésus-Christ dans l’Esprit Saint.
La prière familiale a ses caractéristiques. Elle est une prière faite en commun : mari et femme ensemble, parents et enfants ensemble. La communion dans la prière est à la fois un fruit et une exigence de cette communion qui est donnée par les sacrements de baptême et de mariage. Aux membres de la famille chrétienne peuvent s’appliquer de manière spéciale les paroles par lesquelles Jésus promet sa présence : "Je vous le dis en vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ".
Mt 18,19-20
La prière familiale a comme contenu original la vie même de la famille qui, à travers ses divers épisodes, est interprétée comme une vocation venant de Dieu et réalisée comme une réponse filiale à son appel : joies et peines, espoirs et tristesses, naissances et anniversaires, commémoration du mariage des parents, départs, absences et retours, choix importants et décisifs, la mort des êtres chers, etc., sont des signes de la présence aimante de Dieu dans l’histoire de la famille, et ces événements doivent aussi devenir un moment favorable d’action de grâces, de supplication et d’abandon confiant de la famille entre les mains du Père commun qui est aux cieux. D’autre part, la dignité et la responsabilité de la famille chrétienne comme Église domestique ne peuvent être vécues qu’avec l’aide continuelle de Dieu, qui lui sera immanquablement accordée si elle est implorée dans la prière avec confiance et humilité.
Éducateurs de la prière
60. Sur la base de leur dignité et de leur mission, les parents chrétiens ont le devoir spécifique d’éduquer leurs enfants à la prière, de les introduire à la découverte progressive du mystère de Dieu et à l’entretien personnel avec lui : "C’est surtout dans la famille chrétienne, riche des grâces et des exigences du sacrement de mariage, que dès leur plus jeune âge les enfants doivent, conformément à la foi reçue au baptême, apprendre à découvrir Dieu et à l’honorer ainsi qu’à aimer le prochain".
GE 3 CTR 36
L’exemple concret, autrement dit le témoignage vivant des parents, est un élément fondamental et irremplaçable de l’éducation à la prière : c’est seulement en priant avec leurs enfants que le père et la mère, tandis qu’ils accomplissent leur sacerdoce royal, pénètrent profondément le cœur de leurs enfants, en y laissant des traces que les événements de la vie ne réussiront pas à effacer. Écoutons de nouveau l’appel que le Pape Paul VI a adressé aux parents : "Mamans, apprenez-vous à vos petits les prières du chrétien ? Les préparez-vous, en collaboration avec les prêtres, aux sacrements du premier âge : la confession, la communion, la confirmation ? Les habituez-vous, s’ils sont malades, à penser aux souffrances du Christ, à invoquer l’aide de la Sainte Vierge et des saints ? Récitez-vous avec eux le Rosaire en famille ? Et vous, les pères, savez-vous prier avec vos enfants, avec toute la communauté familiale, au moins quelquefois ? Votre exemple, accompagné de la droiture de votre pensée et de vos actes, appuyé par quelques prières communes, vaut bien une leçon de vie. C’est un acte de culte particulièrement méritoire. Vous apportez ainsi la paix entre les murs de votre foyer : "Pax huic domui". Ne l’oubliez pas, c’est ainsi que vous construisez l’Église". (Audience générale du 11/8/1976)
Prière liturgique et privée
61. Entre la prière de l’Église et celle de chacun des fidèles, il y a un rapport profond et vital, comme l’a clairement réaffirmé le Concile Vatican II.
SC 12 Or, un but important de la prière de l’Église domestique est de constituer, pour les enfants, une introduction naturelle à la prière liturgique de l’Église entière, aussi bien dans le sens d’une préparation à la prière liturgique que dans le sens d’une extension de celle-ci au domaine de la vie personnelle, familiale et sociale. D’où la nécessité d’une participation progressive de tous les membres de la famille chrétienne à l’Eucharistie, surtout le dimanche et les jours de fête, et aux autres sacrements, en particulier ceux de l’initiation chrétienne des enfants. Les directives conciliaires ont ouvert une nouvelle possibilité à la famille chrétienne, qui a été comptée parmi les groupes auxquels la récitation en commun de l’Office divin a été recommandée. (Institutio Generalis de liturgia Horarum, 27) La famille chrétienne aura également soin de célébrer, même à la maison et de manière adaptée aux membres présents, les périodes et les fêtes liturgiques.
Pour préparer et prolonger à la maison le culte célébré à l’église, la famille chrétienne recourt à la prière privée, qui présente une grande variété de formes : cette variété, tout en témoignant de l’extraordinaire richesse de la prière chrétienne animée par l’Esprit Saint, répond aux diverses exigences et situations concrètes de celui qui se tourne vers le Seigneur. Outre les prières du matin et du soir, sont à conseiller expressément, conformément d’ailleurs aux indications des Pères du Synode, la lecture et la méditation de la Parole de Dieu, la préparation aux sacrements, la dévotion et la consécration au Cœur de Jésus, les différentes formes de piété envers la Vierge Marie, la bénédiction de la table, les pratiques de dévotion populaire.
Dans le respect de la liberté des fils de Dieu, l’Église a proposé et continue de proposer aux fidèles quelques pratiques de piété avec une insistance particulière. Parmi celles-ci, il faut rappeler la récitation du chapelet : "Nous voudrions maintenant, en continuité avec les intentions de nos prédécesseurs, recommander vivement la récitation du Rosaire en famille... Il n’y a pas de doute que le chapelet de la Vierge Marie doit être considéré comme une des plus excellentes et des plus efficaces "prières en commun" que la famille chrétienne est invitée à réciter. Nous aimons penser, en effet, et nous espérons vivement que si la rencontre familiale devient un temps de prière, le Rosaire en est une expression fréquente et appréciée" (Paul VI Exh. Ap. Marialis cultus MCU 52 MCU 54). Ainsi, la vraie dévotion mariale, qui s’exprime dans des relations sincères avec la Vierge et dans l’imitation de ses attitudes spirituelles, constitue un instrument privilégié pour alimenter la communion d’amour de la famille et pour développer la spiritualité conjugale et familiale. La Mère du Christ et de l’Église est aussi, et de manière spéciale, la Mère des familles chrétiennes, des Églises domestiques.
Prière et vie
62. On ne devra jamais oublier que la prière est une partie constitutive essentielle de la vie chrétienne ; cultivée dans sa totalité et comme une réalité centrale, elle appartient même à notre "humanité" : elle est "l’expression première de la vérité intérieure de l’homme, la condition première de l’authentique liberté de l’esprit". (JP II Discours au sanctuaire de Mentorella 29/10/1978)
C’est pourquoi la prière ne représente pas du tout une évasion des tâches quotidiennes, mais elle constitue l’impulsion qui porte plus fortement la famille chrétienne à assumer ses responsabilités de cellule première et fondamentale de la société humaine et à s’en acquitter pleinement. En ce sens, la participation effective à la vie et à la mission de l’Église dans le monde est proportionnelle à la fidélité et à l’intensité de la prière par laquelle la famille chrétienne s’unit à la Vigne féconde qu’est le Christ Seigneur.
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La fécondité de la famille chrétienne au plan de son service spécifique de promotion humaine, qui de soi ne peut pas ne pas contribuer à la transformation du monde, découle aussi de l’union vitale avec le Christ, alimentée par la liturgie, par l’offrande de soi-même et par la prière. (JP I Discours à des évêques d’Amérique, 21/09/1978)
3) La famille chrétienne, communauté au service de l’homme
Le commandement nouveau de l’amour
63. L’Église, peuple prophétique, sacerdotal et royal, a la mission d’orienter tous les hommes vers l’accueil, dans la foi, de la Parole de Dieu, vers la célébration et la proclamation de celle-ci dans les sacrements et dans la prière, et enfin vers sa manifestation à travers les réalités concrètes de la vie conformément au don et au commandement nouveau de l’amour.
La vie chrétienne trouve sa loi, non dans un code écrit, mais dans l’action personnelle du Saint-Esprit qui anime et guide le chrétien, c’est-à-dire dans "la loi de l’Esprit, qui donne la vie dans le Christ Jésus" :
Rm 8,2 "L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné".
Rm 5,5
Cela vaut également pour le couple et pour la famille chrétienne : leur guide et leur règle est l’Esprit de Jésus, répandu dans les cœurs par la célébration du sacrement de mariage. En continuité avec le baptême dans l’eau et dans l’Esprit, le mariage propose à nouveau la loi évangélique de l’amour, et par le don de l’Esprit la grave plus profondément dans le cœur des époux chrétiens : leur amour, purifié et sauvé, est un fruit de l’Esprit qui agit dans le cœur des croyants et se manifeste en même temps comme le commandement fondamental de la vie morale qui s’impose à leur liberté responsable.
La famille chrétienne est ainsi animée et guidée par la loi nouvelle de l’Esprit Saint, et elle est appelée à vivre son "service" d’amour de Dieu et du prochain en étroite communion avec l’Église, peuple royal. Comme le Christ exerce son pouvoir royal en se mettant au service des hommes,
Mc 10,45 de même le chrétien trouve le sens authentique de sa participation à la royauté de son Seigneur en partageant l’esprit et l’attitude de service qui furent les siens envers l’homme : "Ce pouvoir, il (le Christ) l’a communiqué à ses disciples, pour qu’ils soient eux aussi établis dans la liberté royale, et que, par le renoncement à eux-mêmes et par une vie sainte, ils vainquent en eux le règne du péché
Rm 6,12, bien plus, pour que, servant le Christ également dans les autres, ils puissent, dans l’humilité et la patience, conduire leurs frères jusqu’au Roi dont il est dit que le servir c’est régner. En effet, le Seigneur désire étendre son règne également par les fidèles laïcs : règne de vérité et de vie, règne de sainteté et de grâce, règne de justice, d’amour et de paix ; dans ce règne, la création elle-même sera délivrée de l’esclavage de la corruption pour connaître la liberté glorieuse des fils de Dieu
Rm 8,21)".
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Découvrir en tout frère l’image de Dieu
64. Animée et soutenue par le commandement nouveau de l’amour, la famille chrétienne vit l’accueil, le respect, le service de tout homme, considéré toujours dans sa dignité de personne et de fils de Dieu.
Il doit en être ainsi, tout d’abord à l’intérieur et au bénéfice du couple et de la famille, grâce à l’engagement quotidien dans la promotion d’une authentique communauté de personnes, fondée et alimentée par la communion des cœurs. Ensuite, ce comportement doit se développer dans le cercle plus vaste de la communauté ecclésiale, à l’intérieur de laquelle la famille chrétienne est insérée : grâce à la charité de la famille, l’Église peut et doit assumer une dimension plus familiale, en adoptant un style de relations plus humain et plus fraternel.
La charité dépasse l’horizon des frères dans la foi, parce que "tout homme est mon frère" ; en chaque homme, surtout s’il est pauvre, faible, souffrant et injustement traité, la charité sait découvrir le visage du Christ et un frère à aimer et à servir.
Pour que le service de l’homme soit vécu par la famille de manière évangélique, il faudra s’empresser de mettre en œuvre ce que dit le Concile Vatican II : "Pour que cet exercice de la charité soit toujours au-dessus de toute critique et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ notre Seigneur à qui est offert en réalité tout ce qui est donné au pauvre "
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La famille chrétienne, tout en construisant l’Église dans la charité, se met au service de l’homme et du monde, en réalisant vraiment la "promotion humaine" dont les différents aspects ont été synthétisés dans le message du Synode aux familles : " Une autre tâche de la famille est celle de former des hommes à l’amour et de vivre l’amour dans tous les rapports avec les autres, de manière que la famille ne se ferme pas sur elle-même mais qu’elle demeure ouverte à la communauté, y étant poussée par le sens de la justice et par le souci des autres, comme par le devoir de sa propre responsabilité envers la société tout entière". (Message du 6e Synode des Évêques aux familles chrétiennes 24/10/1980 n.12).