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L'animation biblique de la pastorale
73. Dans cette ligne, le Synode a invité à un engagement pastoral particulier pour faire ressortir la place centrale de la Parole de Dieu dans la vie ecclésiale, recommandant « d'intensifier "la pastorale biblique" non en la juxtaposant à d'autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale ».[254] Il ne s'agit donc pas d'ajouter quelques rencontres dans la paroisse ou dans le diocèse, mais de s'assurer que, dans les activités habituelles des communautés chrétiennes, dans les paroisses, dans les associations et dans les mouvements, on ait vraiment à cœur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole. Ainsi, si « l'ignorance des Écritures est ignorance du Christ »,[255] l'animation biblique de toute la pastorale ordinaire et extraordinaire conduira à une plus grande connaissance de la personne du Christ, Révélateur du Père et plénitude de la Révélation divine.
J'exhorte donc les Pasteurs et les fidèles à tenir compte de l'importance de cette animation : ce sera aussi la meilleure façon de faire face à certains problèmes pastoraux mis en évidence au cours de l'Assemblée synodale liés, par exemple, à la prolifération des sectes qui répandent une lecture déformée et instrumentalisée de la Sainte Écriture. Là où les fidèles ne se forment pas à une connaissance de la Bible selon la foi de l'Église dans le creuset de sa Tradition vivante, on laisse de fait un vide pastoral dans lequel des réalités comme les sectes peuvent trouver un terrain pour prendre pied. C'est pourquoi il est nécessaire de pourvoir aussi à une préparation adéquate des prêtres et des laïcs afin qu'ils puissent instruire le Peuple de Dieu dans une approche authentique des Écritures.
En outre, comme cela a été souligné durant les travaux synodaux, il est bon que dans l'activité pastorale soit favorisé le développement de petites communautés, « composées de familles, enracinées dans les paroisses ou liées aux divers mouvements ecclésiaux ou nouvelles communautés »,[256] dans lesquelles seront encouragées la formation, la prière et la connaissance de la Bible selon la foi de l'Église.
Dimension biblique de la catéchèse
74. Un temps important de l'animation pastorale de l'Église, où l'on peut avec sagesse redécouvrir le caractère central de la Parole de Dieu, est la catéchèse qui, dans ses diverses formes et phases, doit toujours accompagner le Peuple de Dieu. La rencontre des disciples d'Emmaüs avec Jésus décrite par l'évangéliste Luc (cf. Lc 24,13-35) représente, en un certain sens, le modèle d'une catéchèse au centre de laquelle se trouve « l'explication des Écritures », que seul le Christ est en mesure de donner (cf. Lc 24,27-28), en montrant leur accomplissement dans sa personne.[257] C'est ainsi que renaît l'espérance, plus forte que tout échec, qui fait de ces disciples des témoins convaincus et crédibles du Ressuscité.
Dans le Directoire général pour la catéchèse, nous trouvons des indications précieuses pour l'animation biblique de la catéchèse et j'y renvoie volontiers.[258] Ici, je désire surtout souligner que la catéchèse « doit s'imprégner et se pénétrer de la pensée, de l'esprit et des attitudes bibliques et évangéliques par un contact assidu avec les textes eux-mêmes ; ce qui veut aussi rappeler que la catéchèse sera d'autant plus riche et efficace qu'elle lira les textes avec l'intelligence et le cœur de l'Église »[259] et qu'elle s'inspirera de la réflexion et de la vie deux fois millénaire de l'Église. On doit encourager de cette façon la connaissance des figures, des événements et des expressions fondamentaux du texte sacré ; à cette fin, une mémorisation intelligente de certains passages bibliques - particulièrement ceux qui parlent des Mystères chrétiens - peut aussi être profitable. L'activité catéchétique implique toujours de rapprocher les Écritures de la foi et de la Tradition de l'Église, de sorte que ces paroles soient perçues comme vivantes, tout comme le Christ est vivant aujourd'hui là où deux ou trois se réunissent en son nom (cf. Mt 18,20). Elle doit communiquer de façon vitale l'histoire du salut et les contenus de la foi de l'Église, afin que tout fidèle reconnaisse que son contexte personnel de vie appartient aussi à cette histoire.
Dans cette perspective, il est important de souligner le lien entre la Sainte Écriture et le Catéchisme de l'Église catholique, comme l'a affirmé le Directoire général pour la catéchèse : « En effet, l'Écriture Sainte, "Parole de Dieu mise par écrit sous l'inspiration de l'Esprit Saint" et le Catéchisme de l'Église catholique, expression actuelle de la Tradition vivante de l'Église et norme sûre pour l'enseignement de la foi, sont appelés, chacun à sa façon, et selon son autorité spécifique, à féconder la catéchèse dans l'Église contemporaine ».[260]
Formation biblique des chrétiens
75. Pour atteindre le but souhaité par le Synode de donner un caractère plus fortement biblique à toute la pastorale de l'Église, il est nécessaire qu'il y ait une formation convenable des chrétiens et, en particulier, des catéchistes. À cet égard, il faut porter attention à l'apostolat biblique, méthode très valable pour cette finalité, comme le montre l'expérience ecclésiale. Les Pères synodaux ont, de plus, recommandé que, si possible par la valorisation de structures académiques déjà existantes, soient établis des centres de formation pour laïcs et pour missionnaires, où l'on apprenne à comprendre, à vivre et à annoncer la Parole de Dieu, et que, là où on en voit la nécessité, soient constitués des instituts spécialisés dans les études bibliques pour former des exégètes qui aient une solide compréhension théologique et qui soient sensibles aux contextes de leur mission.[261]
La Sainte Écriture dans les grands rassemblements ecclésiaux
76. Parmi les multiples initiatives qui peuvent être prises, le Synode suggère que, dans les rassemblements, aussi bien au niveau diocésain que national ou international, l'importance de la Parole de Dieu, de son écoute et de la lecture croyante et orante de la Bible soit soulignée le plus possible. Par conséquent, dans les congrès eucharistiques, nationaux et internationaux, aux Journées Mondiales de la Jeunesse et dans les autres rencontres on pourra avec raison trouver de plus amples espaces pour des célébrations de la Parole et pour des moments de formation biblique.[262]
Parole de Dieu et vocations
77. Le Synode, en soulignant l'exigence intrinsèque de la foi d'approfondir la relation avec le Christ, Parole de Dieu parmi nous, a voulu aussi mettre en évidence le fait que cette Parole appelle chacun en termes personnels, révélant ainsi que la vie elle-même est vocation par rapport à Dieu. Cela veut dire que plus nous approfondissons notre relation avec le Seigneur Jésus, plus nous nous apercevons qu'il nous appelle à la sainteté, au moyen de choix définitifs par lesquels notre vie répond à son amour, assumant des tâches et des ministères pour édifier l'Église. Dans cette perspective se comprennent les invitations faites par le Synode à tous les chrétiens d'approfondir leur relation avec la Parole de Dieu en tant que baptisés, mais aussi en tant qu'appelés à vivre selon les divers états de vie. Ici nous touchons l'un des points cardinaux de la doctrine du Concile Vatican II qui a souligné la vocation à la sainteté de tout fidèle, chacun dans son propre état de vie.[263] C'est dans la Sainte Écriture que se trouve révélée notre vocation à la sainteté : « Vous serez saints parce que je suis Saint » (Lv 11,44 Lv 19,2 Lv 20,7). Saint Paul en souligne, à son tour, la racine christologique : dans le Christ, le Père « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard » (Ep 1,4). Ainsi pouvons-nous entendre comme adressé à chacun de nous son salut aux frères et aux sœurs de la communauté de Rome : « À tous les bien-aimés de Dieu . aux saints par vocation, à vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus-Christ. » (Rm 1,7).
a) Parole de Dieu et Ministres ordonnés
78. Avant tout, en m'adressant maintenant aux Ministres ordonnés de l'Église, je leur rappelle ce qu'a affirmé le Synode : « La Parole de Dieu est indispensable pour former le cœur d'un bon Pasteur, Ministre de la Parole ».[264] Évêques, prêtres, diacres ne peuvent en aucune façon penser vivre leur vocation et leur mission sans un engagement ferme et renouvelé de sanctification qui trouve l'un de ses piliers dans le contact avec la Bible.
79. Pour ceux qui sont appelés à l'épiscopat, et qui sont les premiers annonciateurs autorisés de la Parole, je désire réaffirmer ce qui a été dit par le Pape Jean-Paul II dans l'Exhortation apostolique post-synodale Pastores gregis. Pour nourrir et faire progresser sa vie spirituelle, l'Évêque doit toujours mettre « à la première place la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. Tout Évêque devra toujours se confier et se sentir confié "à Dieu et à son message de grâce, qui a le pouvoir de construire l'édifice et de faire participer les hommes à l'héritage de ceux qui ont été sanctifiés" (Ac 20,32). C'est pourquoi, avant d'être un transmetteur de la Parole, l'Évêque, avec ses prêtres et comme tout fidèle, bien plus comme l'Église elle-même, doit être un auditeur de la Parole. Il doit être comme "à l'intérieur" de la Parole, pour se laisser garder et nourrir par elle, comme dans le sein maternel ».[265] À l'imitation de Marie, Virgo audiens et Reine des Apôtres, je recommande à tous mes frères dans l'épiscopat la lecture personnelle fréquente et l'étude assidue de la Sainte Écriture.
80. À l'attention des prêtres aussi, je voudrais rappeler les paroles du Pape Jean-Paul II qui, dans l'Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, a rappelé que « le prêtre est avant tout Ministre de la Parole de Dieu. Il est consacré et envoyé pour annoncer à tous l'Évangile du Royaume, appelant tout homme à l'obéissance de la foi et conduisant les croyants à une connaissance et à une communion toujours plus profonde du Mystère de Dieu, à nous révélé et communiqué par le Christ. C'est pourquoi le prêtre lui-même doit tout d'abord acquérir une grande familiarité avec la Parole de Dieu. Il ne lui suffit pas d'en connaître l'aspect linguistique ou exégétique, ce qui est cependant nécessaire. Il lui faut accueillir la Parole avec un cœur docile et priant, pour qu'elle pénètre à fond dans ses pensées et ses sentiments et engendre en lui un esprit nouveau, "la pensée du Christ" (1Co 2,16) ».[266] Ainsi, ses paroles, et plus encore ses choix et ses attitudes seront toujours plus transparents à l'Évangile, l'annonceront et en rendront témoignage. « C'est seulement "en demeurant" dans la Parole que le prêtre deviendra parfait disciple du Seigneur, connaîtra la vérité et sera vraiment libre ».[267]
En définitive, l'appel au sacerdoce demande d'être consacrés « dans la vérité ».Jésus lui-même formule cette exigence à l'égard de ses disciples : « Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17,17-18). Les disciples sont en un certain sens « attirés dans l'intimité de Dieu par leur immersion dans la Parole de Dieu. La Parole de Dieu est, pour ainsi dire, le bain qui les purifie, le pouvoir créateur qui les transforme dans l'être de Dieu ».[268] Et puisque le Christ lui-même est la Parole de Dieu faite chair (Jn 1,14), qu'il est « la vérité » (Jn 14,6), alors la prière de Jésus au Père « Consacre-les par la vérité » veut dire au sens le plus profond : « Fais qu'ils ne soient qu'un avec moi, le Christ. Attache-les à moi. Attire-les en moi. Et, de fait, il n'existe qu'un seul prêtre de la Nouvelle Alliance, Jésus-Christ lui-même ».[269] Il est donc nécessaire que les prêtres renouvellent toujours plus profondément leur conscience de cette réalité.
81. Je voudrais me référer aussi à la place de la Parole de Dieu dans la vie de ceux qui sont appelés au diaconat, non seulement comme degré précédant l'ordre du presbytérat, mais comme service permanent. Les Normes fondamentales pour la formation des diacres permanents affirment que de « l'identité théologique du diaconat, dérivent avec clarté les traits de sa spiritualité spécifique, qui se présente essentiellement comme une spiritualité du service. Le modèle par excellence est le Christ serviteur, qui a vécu totalement au service de Dieu pour le bien des hommes ».[270] Dans cette perspective on comprend que, dans les différentes dimensions du ministère diaconal, « un élément caractéristique de la spiritualité diaconale est la Parole de Dieu, dont le diacre est appelé à être l'annonciateur autorisé, en croyant ce qu'il proclame, en enseignant ce qu'il croit, en vivant ce qu'il enseigne ».[271] Je recommande donc que les diacres nourrissent leur vie d'une lecture croyante de la Sainte Écriture avec l'étude et la prière. Qu'ils soient introduits à « la Sainte Écriture et à sa juste interprétation ; à la théologie de l'Ancien et du Nouveau Testament ; au rapport réciproque entre l'Écriture et la Tradition ; en particulier à l'usage de l'Écriture dans la prédication, dans la catéchèse et dans l'activité pastorale en général ».[272]
b) La Parole de Dieu et les candidats à l'Ordination
82. Le Synode a accordé une importance particulière au rôle décisif de la Parole de Dieu dans la vie spirituelle des candidats au sacerdoce ministériel : « Les candidats au sacerdoce doivent apprendre à aimer la Parole de Dieu. Que l'Écriture soit donc l'âme de leur formation théologique, en soulignant la circularité indispensable entre exégèse, théologie, spiritualité et mission ».[273] Les aspirants au sacerdoce ministériel sont appelés à une profonde relation personnelle avec la Parole de Dieu, en particulier dans la Lectio divina, pour que leur vocation elle-même se nourrisse de cette relation : c'est dans la lumière et dans la force de la Parole de Dieu que chacun peut découvrir, comprendre, aimer et suivre sa vocation propre et accomplir sa mission, faisant grandir dans le cœur les pensées de Dieu, de sorte que la foi, en tant que réponse à la Parole, devienne le nouveau critère de jugement et d'évaluation des hommes et des choses, des événements et des problèmes.[274]
Cette attention à la lecture priante de l'Écriture ne doit en aucune façon alimenter une dichotomie par rapport à l'étude exégétique demandée au temps de la formation. Le Synode a recommandé que les séminaristes soient aidés concrètement à voir la relation entre l'étude biblique et la prière avec l'Écriture. Étudier les Écritures doit rendre plus conscient du Mystère de la Révélation divine et nourrir une attitude de réponse priante au Seigneur qui parle. De même, une authentique vie de prière ne pourra que faire grandir dans l'âme du candidat le désir de connaître toujours plus le Dieu qui s'est révélé dans sa Parole comme amour infini. Par conséquent, on devra apporter le plus grand soin à cultiver dans la vie des séminaristes cette réciprocité entre étude et prière. Dans ce but, il faut que les candidats soient initiés à une étude de la Sainte Écriture par des méthodes qui en favorisent une telle approche intégrale.
c) Parole de Dieu et Vie consacrée
83. En ce qui concerne la Vie consacrée, le Synode a rappelé avant tout qu'elle « naît de l'écoute de la Parole de Dieu et accueille l'Évangile comme règle de vie ».[275] Vivre à la suite du Christ, chaste, pauvre et obéissant, est ainsi une « "exégèse" vivante de la Parole de Dieu ».[276] L'Esprit Saint, grâce auquel la Bible a été écrite, est le même Esprit qui éclaire « d'une lumière nouvelle la Parole de Dieu aux fondateurs et aux fondatrices. D'elle tout charisme est né et d'elle, toute règle veut être l'expression »,[277] en donnant vie à des itinéraires de vie chrétienne caractérisés par la radicalité évangélique.
Je voudrais rappeler que la grande Tradition monastique a toujours considéré la méditation de l'Écriture Sainte comme un élément constitutif de sa spiritualité propre, en particulier sous la forme de la Lectio divina. Aujourd'hui encore, les anciennes et nouvelles réalités de consécration particulière sont appelées à être de véritables écoles de vie spirituelle où les Écritures sont lues selon l'Esprit Saint dans l'Église, afin que tout le Peuple de Dieu puisse en bénéficier. Le Synode recommande donc que dans les communautés de Vie consacrée, ne manque jamais une formation solide à la lecture croyante de la Bible.[278]
Je désire encore me faire l'interprète de la sollicitude et de la gratitude que le Synode a exprimées à l'égard des formes de vie contemplative qui, en vertu de leur charisme spécifique, consacrent une grande partie de leurs journées à imiter la Mère de Dieu, qui méditait assidûment les paroles et les gestes de son Fils (cf. Lc 2,19 Lc 2,51), et Marie de Béthanie qui, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole (cf. Lc 10,38). Ma pensée se tourne en particulier vers les moines et moniales cloîtrés qui, par leur séparation du monde, se trouvent plus intimement unis au Christ, cœur du monde. Plus que jamais, l'Église a besoin du témoignage de ceux qui s'engagent à « ne rien préférer à l'amour du Christ ».[279] Le monde actuel est souvent trop absorbé par les activités extérieures dans lesquelles il risque de se perdre. Les contemplatifs et les contemplatives, par leur vie de prière, d'écoute et de méditation de la Parole de Dieu nous rappellent que l'homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (cf. Mt 4,4). Par conséquent, tous les fidèles doivent bien se souvenir qu'une telle forme de vie « indique au monde d'aujourd'hui la chose la plus importante, et c'est même en fin de compte la seule chose décisive : il existe une ultime raison pour laquelle il vaut la peine de vivre, qui est Dieu et son amour impénétrable ».[280]
d) La Parole de Dieu et les fidèles laïcs
84. Le Synode a très souvent tourné son attention vers les fidèles laïcs, les remerciant de leur généreux engagement dans la diffusion de l'Évangile dans les différents milieux de leur vie quotidienne, au travail, à l'école, en famille et dans l'éducation.[281] Cette tâche, qui vient du Baptême, doit pouvoir se développer à travers une vie chrétienne toujours plus consciente, capable de rendre raison de l'espérance qui est en nous (cf. 1P 3,15). Jésus, dans l'Évangile de Matthieu, indique que « le champ c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume » (Mt 13,38). Ces paroles s'appliquent particulièrement aux laïcs chrétiens qui vivent leur vocation personnelle à la sainteté dans une existence selon l'Esprit qui s'exprime « de façon particulière dans leur insertion dans les réalités temporelles et dans leur participation aux activités terrestres ».[282] Ils ont besoin d'être formés pour discerner la volonté de Dieu grâce à une familiarité avec la Parole de Dieu, lue et étudiée dans l'Église, sous la conduite des Pasteurs légitimes. Ils peuvent tirer cette formation des écoles de grandes spiritualités ecclésiales, à la racine desquelles se trouve toujours l'Écriture Sainte. Que selon leurs possibilités, les diocèses eux-mêmes fassent, en ce sens, des offres de formation aux laïcs ayant des responsabilités ecclésiales particulières.[283]
e) La Parole de Dieu, le mariage et la famille
85. Le Synode a éprouvé la nécessité de souligner aussi le rapport entre la Parole de Dieu, le mariage et la famille chrétienne. En effet, « en annonçant la Parole de Dieu, l'Église révèle à la famille chrétienne sa véritable identité, autrement dit ce qu'elle est et ce qu'elle doit être selon le dessein du Seigneur ».[284] Il faut donc ne jamais perdre de vue que la Parole de Dieu est à l'origine du mariage (cf. Gn 2,24) et que Jésus lui-même a voulu inclure le mariage parmi les institutions de son Royaume (cf. Mt 19,4-8), faisant un Sacrement de ce qui était inscrit à l'origine dans la nature humaine. « Dans la célébration sacramentelle, l'homme et la femme prononcent une parole prophétique de don mutuel, d'être "une seule chair", signe du Mystère de l'union du Christ et de l'Église (cf. Ep 5,31-32) ».[285] La fidélité à la Parole de Dieu amène également à constater qu'aujourd'hui cette institution est attaquée sous de nombreux aspects par la mentalité ambiante. Face au désordre général des sentiments et à l'apparition de modes de pensée qui banalisent le corps humain et la différence sexuelle, la Parole de Dieu réaffirme la bonté originelle de l'être humain, créé homme et femme, et appelé à l'amour fidèle, réciproque et fécond.
Du grand Mystère nuptial, provient une incontournable responsabilité des parents à l'égard de leurs enfants. En effet, c'est à la paternité et à la maternité vécues de façon authentique qu'il revient de communiquer et de témoigner du sens de la vie dans le Christ : à travers leur fidélité et l'unité de la vie de famille, les époux sont pour leurs enfants les premiers messagers de la Parole de Dieu. La communauté ecclésiale doit les soutenir et les aider à développer la prière en famille, l'écoute de la Parole et la connaissance de la Bible. C'est pourquoi le Synode souhaite que chaque foyer ait sa Bible et la conserve dignement, afin de pouvoir la lire et l'utiliser dans la prière. L'aide nécessaire peut être fournie par les prêtres, les diacres ou les laïcs bien préparés. Le Synode a recommandé aussi la création de petites communautés composées de familles, où l'on pratique la prière et la méditation commune de passages choisis des Écritures.[286] Que les époux se rappellent, en outre, « que la Parole de Dieu est aussi un précieux soutien dans les difficultés de la vie conjugale et familiale ».[287]
Dans ce contexte, je désire souligner encore ce que le Synode a recommandé au sujet de la tâchedes femmes à l'égard de la Parole de Dieu. La contribution du « génie féminin » - comme l'appelait le Pape Jean-Paul II,[288] - à la connaissance de l'Écriture et à la vie entière de l'Église, est plus grande aujourd'hui que par le passé et touche aussi désormais le domaine des études bibliques elles-mêmes. Le Synode s'est arrêté en particulier sur le rôle indispensable des femmes dans la famille et dans l'éducation, dans la catéchèse, dans la transmission des valeurs. En effet, elles « savent susciter l'écoute de la Parole, la relation personnelle avec Dieu et transmettre le sens du pardon et du partage évangélique »,[289] comme elles savent aussi être porteuses d'amour, modèles de miséricorde et artisans de paix, communicatrices de chaleur et d'humanité dans un monde qui, trop souvent, juge les personnes selon les critères froids de l'exploitation et du profit.
La lecture orante de la Sainte Écriture et la 'Lectio divina'
86. Le Synode a insisté à plusieurs reprises sur l'exigence d'une approche priante du texte sacré comme élément fondamental de la vie spirituelle de tout croyant, dans les divers ministères et états de vie, en se référant notamment à la Lectio divina.[290] La Parole de Dieu est, en effet, à la base de toute spiritualité chrétienne authentique. Les Pères synodaux se sont ainsi mis en syntonie avec ce qu'affirme la Constitution dogmatique Dei Verbum : « Que les fidèles (.) approchent de tout leur cœur le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie, qui est remplie des paroles divines, soit par une pieuse lecture, soit par des cours faits pour cela ou par d'autres méthodes qui, avec l'approbation et le soin qu'en prennent les Pasteurs de l'Église, se répandent de manière louable partout de notre temps. Mais la prière - qu'on se le rappelle - doit accompagner la lecture de la Sainte Écriture ».[291] La réflexion conciliaire entendait reprendre la grande Tradition patristique qui a toujours recommandé d'approcher l'Écriture en établissant un dialogue avec Dieu. Comme le dit saint Augustin : « Ta prière est ta parole adressée à Dieu. Quand tu lis, c'est Dieu qui te parle ; quand tu pries, c'est toi qui parles avec Dieu ».[292] Origène, l'un des maîtres de cette lecture de la Bible, soutient que l'intelligence des Écritures demande, plus encore que l'étude, l'intimité avec le Christ et la prière. Il est convaincu, en effet, que la voie privilégiée pour connaître Dieu est l'amour, et que l'on n'acquiert pas une authentique scientia Christi sans s'éprendre de Lui. Dans la Lettre à Grégoire, le grand théologien d'Alexandrie recommande : « Applique-toi principalement à la lecture des divines Écritures : applique-toi bien à cela (.) En t'appliquant à les lire avec l'intention de croire et de plaire à Dieu, frappe, dans ta lecture, à la porte de ce qui est fermé, et il t'ouvrira, le portier dont Jésus a dit : "À celui-là le portier ouvre". En t'appliquant à cette divine lecture, cherche avec droiture et avec une confiance inébranlable en Dieu le sens des divins Écrits, caché au grand nombre. Ne te contente pas de frapper et de chercher, car il est absolument nécessaire de prier pour comprendre les choses divines. C'est pour nous y exhorter que le Sauveur a dit non seulement : "Frappez et l'on vous ouvrira" et "Cherchez et vous trouverez", mais aussi : "Demandez et l'on vous donnera"«.[293]
Toutefois, à ce propos, il faut éviter le risque d'une approche individualiste, en se rappelant que la Parole de Dieu nous est précisément donnée pour construire la communion, pour nous unir dans la vérité durant notre marche vers Dieu. C'est une Parole qui s'adresse à chacun personnellement, mais c'est aussi une Parole qui construit la communauté, qui construit l'Église. C'est pourquoi le texte sacré doit toujours être abordé dans la communion ecclésiale. En effet, « il est très important d'effectuer une lecture communautaire (.), car le sujet vivant de l'Écriture Sainte c'est le Peuple de Dieu, c'est l'Église. (.) L'Écriture n'appartient pas au passé, car son sujet, le Peuple de Dieu inspiré par Dieu lui-même, est toujours le même, et la Parole est donc toujours vivante dans le sujet vivant. C'est pourquoi il est important de lire l'Écriture Sainte et d'entendre l'Écriture Sainte dans la communion de l'Église, c'est-à-dire avec tous les grands témoins de cette Parole, en commençant par les premiers Pères jusqu'aux saints d'aujourd'hui, jusqu'au Magistère actuel ».[294]
Par conséquent, dans la lecture orante de l'Écriture Sainte, le lieu privilégié est la liturgie, l'Eucharistie en particulier, durant laquelle, en célébrant le Corps et le Sang du Christ présent dans le Sacrement, se rend présente parmi nous la Parole elle-même. En un certain sens, la lecture priante, personnelle et communautaire, doit toujours être vécue en relation avec la célébration eucharistique. Comme l'adoration eucharistique prépare, accompagne et continue la célébration eucharistique,[295]de même la lecture priante, personnelle et communautaire, prépare, accompagne et approfondit ce que l'Église célèbre en proclamant la Parole, dans le cadre liturgique. En mettant en aussi étroite relation Lectio et liturgie, on peut mieux saisir les critères qui doivent guider cette lecture dans le contexte de la pastorale et de la vie spirituelle du Peuple de Dieu.
87. Dans les documents qui ont préparé et accompagné le Synode, on a parlé de diverses méthodes pour approcher avec fruit et dans la foi les Écritures Saintes. Toutefois, l'attention la plus grande a été portée sur la Lectio divina, qui « est capable d'ouvrir au fidèle le trésor de la Parole de Dieu, et de provoquer ainsi la rencontre avec le Christ, Parole divine vivante. ».[296] Je voudrais rappeler brièvement ici ses étapes fondamentales : elle s'ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu : que dit en soi le texte biblique ?Sans cette étape, le texte risquerait de devenir seulement un prétexte pour ne jamais sortir de nos pensées. S'en suit la méditation (meditatio)qui pose la question suivante : que nous dit le texte biblique ? Ici, chacun personnellement, mais aussi en tant que réalité communautaire, doit se laisser toucher et remettre en question, car il ne s'agit pas de considérer des paroles prononcées dans le passé mais dans le présent. L'on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre question : que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole ? La prière comme requête, intercession, action de grâce et louange, est la première manière par laquelle la Parole nous transforme. Enfin, la Lectio divina se termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que lui pour juger la réalité, et nous nous demandons : quelle conversion de l'esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ? Saint Paul, dans la Lettre aux Romains affirme : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12,2). La contemplation, en effet, tend à créer en nous une vision sapientielle de la réalité, conforme à Dieu, et à former en nous « la pensée du Christ » (1Co 2,16). La Parole de Dieu se présente ici comme un critère de discernement : « elle est vivante, (.) énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l'âme, jusqu'aux jointures et jusqu'aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4,12). Il est bon, ensuite, de rappeler que la Lectio divina ne s'achève pas dans sa dynamique tant qu'elle ne débouche pas dans l'action (actio), qui porte l'existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité.
Ces étapes se trouvent synthétisées et résumées de manière sublime dans la figure de la Mère de Dieu, modèle pour tous les fidèles de l'accueil docile de la Parole divine. Elle « conservait avec soin toutes ces choses, en les méditant dans son cœur » (Lc 2,19 cf. Lc 2,51), elle savait trouver le lien profond qui unit les événements, les faits et les réalités, apparemment disjoints, dans le grand dessein de Dieu.[297]
Je voudrais rappeler en outre ce qui a été recommandé durant le Synode en ce qui concerne l'importance de la lecture personnelle de l'Écriture, aussi comme pratique pénitentielle, qui prévoit la possibilité, selon les dispositions habituelles de l'Église, d'acquérir l'indulgence, pour soi ou pour les défunts.[298] La pratique de l'indulgence [299] implique la doctrine des mérites infinis du Christ - que l'Église, comme Ministre de la Rédemption, dispense et applique, mais implique également celle de la communion des saints et nous dit « combien nous sommes unis intimement dans le Christ les uns avec les autres et combien la vie surnaturelle de chacun peut bénéficier aux autres ».[300] Dans cette perspective, la lecture de la Parole de Dieu nous soutient dans notre itinéraire de pénitence et de conversion, nous permet d'approfondir le sens de notre appartenance ecclésiale et nous soutient dans une familiarité plus grande avec Dieu. Comme l'affirmait saint Ambroise : lorsque nous prenons en main avec foi les Écritures Saintes et les lisons avec l'Église, l'homme revient se promener avec Dieu dans le paradis.[301]
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