La Parole de Dieu et la prière mariale
88. Rappelant le lien indissociable entre la Parole de Dieu et Marie de Nazareth, j'invite, en union avec les Pères synodaux, à promouvoir parmi les fidèles, surtout dans leur vie de famille, les prières mariales comme une aide pour méditer les saints Mystères racontés par l'Écriture. Un moyen très utile est, par exemple, la récitation personnelle ou communautaire du
saint Rosaire,[302] qui reprend avec Marie les Mystères de la vie du Christ,
[303] que le Pape Jean-Paul II a voulu enrichir avec les Mystères lumineux.
[304] Il est opportun que l'énonciation des différents Mystères soit accompagnée de brefs passages de la Bible relatifs au Mystère annoncé, afin de favoriser la mémorisation de certaines expressions significatives de l'Écriture relatives aux Mystères de la vie du Christ.
Par ailleurs, le Synode a recommandé d'encourager parmi les fidèles la récitation de la prière de
l'Angelus Domini. Il s'agit d'une prière simple et profonde qui, en union avec la Mère de Dieu, nous permet de nous « remémorer chaque jour le Mystère du Verbe incarné ».
[305] Il est opportun que le Peuple de Dieu, les familles et les communautés de personnes consacrées soient fidèles à cette prière mariale que la Tradition nous invite à réciter à l'aurore, à midi et au coucher du soleil. Dans la prière de l'
Angelus Domini, nous demandons à Dieu, par l'intercession de Marie, qu'il nous soit donné d'accomplir comme elle la volonté de Dieu et d'accueillir en nous sa Parole. Cette pratique peut nous aider à approfondir en nous un authentique amour pour le Mystère de l'Incarnation.
Diverses prières anciennes de l'Orient chrétien qui, par leur référence à la
Theotokos, à la Mère de Dieu, retracent toute l'histoire du salut, méritent d'être connues, appréciées et répandues aussi. Nous pensons en particulier à l'
Akathistos et à la
Paraklesis. Il s'agit d'hymnes de louange chantés sous forme de litanies, imprégnés de la foi ecclésiale et de références bibliques, qui aident les fidèles à méditer avec Marie les Mystères du Christ. En particulier, l'hymne sacré à la Mère de Dieu, dit
Akathistos - c'est-à-dire que l'on chante debout -, représente l'une des expressions les plus élevées de la piété mariale de la Tradition byzantine.
[306] Prier en utilisant ces mots dilate l'âme et la dispose à la paix qui vient d'en-haut, de Dieu, à cette paix qui est le Christ lui-même, né de Marie pour notre salut.
La Parole de Dieu et la Terre Sainte
89. En nous souvenant du Verbe de Dieu qui se fait chair dans le sein de Marie de Nazareth, notre cœur se tourne, à présent, vers cette Terre où s'est accompli le Mystère de notre Rédemption et depuis laquelle la Parole de Dieu s'est répandue jusqu'aux confins de la terre. En effet, par l'action de l'Esprit Saint, le Verbe s'est incarné en un moment précis et en un lieu déterminé, sur un coin de terre aux confins de l'empire romain. C'est pourquoi, plus nous voyons l'universalité et l'unicité de la Personne du Christ, plus nous considérons avec gratitude cette Terre où Jésus est né, a vécu et s'est donné lui-même pour nous tous. Les pierres sur lesquelles notre Rédempteur a marché demeurent pour nous riches de souvenirs et continuent à « crier » la Bonne Nouvelle. C'est pourquoi les Pères synodaux ont rappelé l'heureuse expression qui désigne la Terre Sainte, « le cinquième Évangile ».
[307] Combien il est important qu'en ces lieux se trouvent des communautés chrétiennes, malgré les nombreuses difficultés ! Le Synode des Évêques exprime sa profonde proximité à tous les chrétiens qui vivent sur la Terre de Jésus, en témoignant leur foi dans le Ressuscité. Là, les chrétiens sont appelés à servir non seulement comme « un phare de la foi pour l'Église universelle, mais aussi comme un levain d'harmonie, de sagesse et d'équilibre dans la vie d'une société qui, traditionnellement, a été et continue d'être pluraliste, multiethnique et multi-religieuse ».
[308]
La Terre Sainte reste encore aujourd'hui un but de pèlerinage du Peuple chrétien, comme démarche de prière et de pénitence, ainsi qu'en témoignaient, déjà dans l'antiquité, des auteurs comme saint Jérôme.
[309] Plus nous tournons notre regard et notre cœur vers la Jérusalem terrestre, plus s'embrasent en nous le désir de la Jérusalem céleste, véritable but de tout pèlerinage, et la passion pour que le nom de Jésus, en qui seul réside le salut, soit reconnu par tous (cf.
Ac 4,12).
TROISIÈME PARTIE : VERBUM MUNDO
« Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui l'a fait connaître »
La mission de l'Église : annoncer la Parole de Dieu
La Parole du Père et vers le Père
90. Saint Jean insiste sur le paradoxe fondamental de la foi chrétienne : d'une part, il affirme que « Nul n'a jamais vu Dieu » (
Jn 1,18 1Jn 4,12). En aucune manière, nos images, nos concepts ou nos mots ne peuvent définir ou mesurer la réalité infinie du Très-Haut. Il reste le
Deus semper maior. D'autre part, Jean affirme que réellement « le Verbe s'est fait chair » (
Jn 1,14). Le Fils unique qui est tourné vers le sein du Père, a révélé le Dieu que « personne n'a jamais vu » (
Jn 1,18). Jésus-Christ vient chez nous, « plein de grâce et de vérité » (
Jn 1,14) qui à travers lui nous sont données (
Jn 1,17) ; en effet, « tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce » (
Jn 1,16). De cette manière, l'évangéliste Jean, dans son Prologue, contemple le Verbe, de son habitation en Dieu à son Incarnation, jusqu'à son retour dans le sein du Père, emportant avec lui notre humanité qu'il a assumée pour toujours. Par cette sortie du Père et par ce retour à lui (cf.
Jn 13,3 Jn 16,28 Jn 17,8 Jn 17,10), il se présente à nous comme le 'Narrateur' de Dieu (cf.
Jn 1,18). Le Fils, en effet, affirme saint Irénée de Lyon, « est le Révélateur du Père ».
[310] Jésus de Nazareth est, pour ainsi dire, l''exégète' de Dieu que « personne n'a jamais vu ». « Il est l'image du Dieu invisible » (
Col 1,15). Ici, s'accomplit la prophétie d'Isaïe sur l'efficacité de la Parole du Seigneur : comme la pluie et la neige qui descendent des cieux pour irriguer et faire germer la terre, ainsi la Parole de Dieu « ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli ma mission » (
Is 55,10s). Jésus-Christ est cette Parole définitive et efficace qui est venue du Père et qui est retournée à Lui, en réalisant parfaitement sa volonté dans le monde.
Annoncer au monde le « Logos » de l'espérance
91. Le Verbe de Dieu nous a communiqué la vie divine qui transfigure la face de la terre, faisant toutes choses nouvelles (cf.
Ap 21,5). Sa Parole fait de nous non seulement les
destinataires de la Révélation divine, mais aussi ses messagers. Lui, l'envoyé du Père pour faire sa volonté (
Jn 5,36-38 Jn 6,38-40 Jn 7,16-18), nous attire à lui-même par sa vie et par sa mission. L'Esprit du Ressuscité habilite ainsi notre vie à l'annonce efficace de la Parole dans le monde entier. C'est l'expérience de la première communauté chrétienne qui voyait la Parole se répandre grâce à la prédication et au témoignage (cf.
Ac 6,7). Je voudrais ici me référer particulièrement à la vie de l'Apôtre Paul, un homme totalement saisi par le Seigneur (cf.
Ph 3,12) - « je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (
Ga 2,20) - et par sa mission : « malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile » (
1Co 9,16), conscient que tout ce qui est révélé dans le Christ, est réellement le salut de tous les Gentils, la libération de l'esclavage du péché pour entrer dans la liberté des fils de Dieu.
En effet, ce que l'Église annonce au monde est le
Logos de l'espérance (cf.
1P 3,15) ; l'homme a besoin de la 'grande Espérance' pour vivre son présent, la grande Espérance qui est « Dieu qui possède un visage humain et qui nous 'aima jusqu'à la fin' (
Jn 13,1) ».
[311] Pour cette raison, l'Église est missionnaire dans son essence. Nous ne pouvons pas garder pour nous-mêmes les paroles de la vie éternelle, qui nous ont été données dans la rencontre avec Jésus-Christ : elles sont destinées à tous, à tout homme. Toute personne de notre temps, qu'elle le sache ou non, a besoin de cette annonce. Puisse le Seigneur lui-même, comme au temps du prophète Amos, susciter dans les hommes une faim et une soif nouvelles des paroles du Seigneur (cf.
Am 8,11). Notre responsabilité est de transmettre à notre tour ce que nous avons reçu par grâce.
De la Parole de Dieu, vient la mission de l'Église
92. Le Synode des Évêques a insisté sur la nécessité de redonner vigueur dans l'Église à la conscience missionnaire, présente au sein du Peuple de Dieu depuis ses origines. Les premiers Chrétiens ont considéré l'annonce missionnaire comme une nécessité dérivant de la nature même de la foi : ils croyaient en un Dieu qui était le Dieu de tous, l'unique et vrai Dieu qui s'était révélé dans l'histoire d'Israël et, finalement, en son Fils, donnant ainsi la réponse qu'au fond d'eux-mêmes tous les hommes attendent. Les premières communautés chrétiennes ont compris que leur foi n'appartenait pas à une tradition culturelle particulière - distincte suivant les peuples -, mais au domaine de la vérité, qui concerne de manière égale tous les hommes.
C'est encore saint Paul qui, par sa vie, nous éclaire sur le sens de la mission chrétienne et sur son universalité originelle. Pensons à l'épisode des
Actes des Apôtres sur l'Aréopage d'Athènes (cf.
Ac 17,16-34). L'Apôtre des Gentils entre en dialogue avec des hommes de cultures diverses, en étant conscient que le Mystère de Dieu, Connu-Inconnu, dont chaque homme a la perception, quoique confuse, s'est réellement révélé dans l'histoire : «
ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer » (
Ac 17,23). En effet, la nouveauté de l'annonce chrétienne est la possibilité de dire à tous les peuples : « Il s'est montré, lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à lui est ouvert. La nouveauté de l'annonce chrétienne ne réside pas dans une pensée, mais dans un fait : Dieu s'est révélé ».
[312]
La Parole et le Règne de Dieu
93. Par conséquent, la mission de l'Église ne peut être considérée comme une réalité facultative ou optionnelle de la vie ecclésiale. Il s'agit de laisser l'Esprit Saint nous configurer au Christ même, en participant ainsi à sa mission : « de même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (
Jn 20,21), de manière à communiquer la Parole par toute notre vie. La Parole elle-même, nous envoie vers nos frères : c'est la Parole qui illumine, purifie et convertit ; nous ne sommes, nous, que des serviteurs.
Il est nécessaire donc, de redécouvrir toujours davantage l'urgence et la beauté d'annoncer la Parole, en vue de l'avènement du Règne de Dieu prêché par le Christ lui-même. En ce sens, renouvelons en nous la conscience, combien familière chez les Pères de l'Église, que l'annonce de la Parole a comme contenu le Règne de Dieu (cf.
Mc 1,14-15), qui
est la personne même de Jésus (l'
Autobasileia) comme le rappelle bien Origène.
[313] Le Seigneur offre le salut à tous les hommes de toute époque. Nous comprenons tous combien il est nécessaire que la lumière du Christ illumine tous les domaines de l'humanité : la famille, l'école, la culture, le travail, le temps libre et les autres secteurs de la vie sociale.
[314] Il ne s'agit pas d'annoncer une parole de consolation, mais une parole de rupture qui invite à la conversion, qui rend possible la rencontre avec Dieu, germe d'une humanité nouvelle.
Tous les baptisés responsables de l'annonce
94. Puisque tout le Peuple de Dieu est un peuple « envoyé », le Synode a réaffirmé que « la mission d'annoncer la Parole de Dieu est le devoir de tous les disciples de Jésus-Christ, comme conséquence de leur Baptême ».
[315] Aucun croyant dans le Christ ne peut se sentir étranger à cette responsabilité qui provient de l'appartenance sacramentelle au Corps du Christ. Cette conscience doit être réveillée dans chaque famille, paroisse, communauté, association et mouvement ecclésial. L'Église, comme Mystère de communion, est donc tout entière missionnaire et chacun, selon son état de vie, est appelé à donner une contribution décidée à l'annonce chrétienne.
Les Évêques et les prêtres, selon la mission qui est la leur, sont appelés les premiers à une existence liée par le service de la Parole, à annoncer l'Évangile, à célébrer les Sacrements et à former les fidèles dans la connaissance authentique des Écritures. Les diacres sont aussi appelés à collaborer, selon la mission qui leur est propre, à cette œuvre d'Évangélisation.
La Vie consacrée brille dans toute l'histoire de l'Église par la capacité d'assumer explicitement la tâche de l'annonce et de la prédication de la Parole de Dieu, dans la
mission ad gentes et dans les situations les plus difficiles. Attentive aussi aux nouvelles conditions de l'Évangélisation, elle ouvre avec courage et audace de nouvelles voies et relève de nouveaux défis pour l'annonce efficace de la Parole de Dieu.
[316]
L
es laïcs sont appelés à exercer leur mission prophétique, qui découle directement de leur Baptême, et à témoigner de l'Évangile dans la vie quotidienne partout où ils se trouvent. À ce propos, les Pères synodaux ont exprimé « la plus vive estime, la reconnaissance et les encouragements pour le service de l'Évangélisation que tant de laïcs, en particulier les femmes, offrent avec générosité et esprit d'engagement, dans les communautés dispersées à travers le monde, à l'exemple de Marie-Madeleine, premier témoin de la joie pascale ».
[317] En outre, le Synode reconnaît avec gratitude que les mouvements ecclésiaux et les communautés nouvelles sont, dans l'Église, une grande force pour l'Évangélisation en notre temps, poussant l'Église à développer de nouvelles formes d'annonce de l'Évangile.
[318]
La nécessité de la « missio ad gentes »
95. En exhortant tous les fidèles à l'annonce de la Parole divine, les Pères synodaux ont réaffirmé la nécessité pour notre temps d'un engagement décidé dans la «
missio ad gentes » En aucune façon, l'Église ne peut se limiter à une pastorale de l'« entretien » en faveur de ceux qui connaissent déjà l'Évangile du Christ. L'élan missionnaire est un signe clair de la maturité d'une communauté ecclésiale. Les Pères ont, en outre, exprimé avec force la conscience que la Parole de Dieu est la vérité salvatrice dont chaque homme a besoin en tout temps. À cette fin, l'annonce doit être explicite. L'Église doit aller vers tous avec la force de l'Esprit (cf.
1Co 2,5), et continuer de manière prophétique à défendre le droit des personnes à la liberté d'entendre la Parole de Dieu, en cherchant les moyens les plus efficaces pour la proclamer, même au risque de la persécution.
[319] L'Église se sent débitrice envers tous de l'annonce de la Parole qui sauve (cf.
Rm 1,14).
Annonce et Nouvelle Évangélisation
96. Le Pape Jean-Paul II, dans le sillage de ce que le Pape Paul VI avait déjà exprimé dans l'Exhortation apostolique
Evangelii nuntiandi, a rappelé de bien des façons aux fidèles la nécessité d'une nouvelle saison missionnaire pour tout le Peuple de Dieu.
[320] À l'aube du troisième millénaire, non seulement tant de peuples ne connaissent pas encore la Bonne Nouvelle, mais tant de Chrétiens ont besoin que leur soit ré-annoncée de façon persuasive la Parole de Dieu, afin qu'ils puissent expérimenter concrètement la force de l'Évangile. Beaucoup de frères sont « baptisés mais pas suffisamment évangélisés ».
[321] Souvent des nations, auparavant riches de foi et de vocations, perdent leur propre identité sous l'influence d'une culture sécularisée.
[322] L'exigence d'une Nouvelle Évangélisation, ressentie avec tant de force par mon vénérable Prédécesseur, doit être réaffirmée sans peur, dans la certitude de l'efficacité de la Parole divine. L'Église, sûre de la fidélité de son Seigneur, ne se lasse pas d'annoncer la Bonne Nouvelle de l'Évangile et invite tous les Chrétiens à redécouvrir combien il est beau de marcher à la suite du Christ.
Parole de Dieu et témoignage chrétien
97. Les horizons immenses de la mission ecclésiale, la complexité de la situation présente demandent aujourd'hui des modalités nouvelles pour communiquer de façon efficace la Parole de Dieu. L'Esprit Saint, premier agent de toute Évangélisation, ne manquera jamais de guider l'Église du Christ dans cette action. Il est important toutefois que chaque forme d'annonce soit structurée par la relation intrinsèque entre
communication de la Parole de Dieu et témoignage chrétien. De cela dépend la crédibilité même de l'annonce. D'une part, la Parole est nécessaire pour communiquer ce que le Seigneur lui-même nous a dit ; d'autre part, il est indispensable de donner crédibilité à cette Parole par le témoignage afin qu'elle n'apparaisse pas comme une belle philosophie ou une utopie, mais plutôt comme une réalité que l'on peut vivre et qui fait vivre. Cette réciprocité entre Parole et témoignage rappelle la manière par laquelle Dieu lui-même s'est communiqué dans l'Incarnation de son Verbe. La Parole de Dieu rejoint les hommes « à travers la rencontre avec des témoins qui la rendent présente et vivante ».
[323] En particulier, les nouvelles générations ont besoin d'être initiées à la Parole de Dieu « à travers la rencontre et le témoignage authentique de l'adulte, l'influence positive des amis et la grande compagnie de la communauté ecclésiale ».
[324]
Il y a un rapport étroit entre le témoignage de l'Écriture, comme attestation que la Parole de Dieu donne d'elle-même, et le témoignage de vie des croyants. L'un implique l'autre et y conduit. Le témoignage chrétien communique la Parole attestée dans les Écritures. Les Écritures, à leur tour, expliquent le témoignage que les Chrétiens sont appelés à donner dans leur propre vie. Ceux qui rencontrent des témoins crédibles de l'Évangile sont ainsi amenés à constater l'efficacité de la Parole de Dieu en ceux qui l'accueillent.
98. Dans ce va-et-vient entre le témoignage et la Parole, nous comprenons l'affirmation du Pape Paul VI dans l'Exhortation apostolique
Evangelii nuntiandi. Notre responsabilité ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes ; il faut arriver à l'annonce explicite de la Parole de Dieu. C'est seulement ainsi que nous serons fidèles à la mission du Christ : « La Bonne Nouvelle, proclamée par le témoignage de la vie, devra donc être tôt ou tard proclamée par la Parole de vie. Il n'y a pas d'Évangélisation vraie si le nom, l'enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le Mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas annoncés ».
[325]
Le fait que l'annonce de la Parole de Dieu demande le témoignage de la vie personnelle est bien présent dans la conscience chrétienne depuis l'origine. Le Christ lui-même est le témoin fidèle et vrai (cf.
Ap 1,5Ap 3,14), témoin de la vérité (cf.
Jn 18,37). Je voudrais ici me faire le porte-parole des innombrables témoignages que nous avons eu la grâce d'entendre durant l'Assemblée synodale. Nous avons été profondément touchés par les récits de ceux qui ont su vivre leur foi et donner un témoignage lumineux de l'Évangile y compris sous des régimes hostiles au Christianisme ou dans des situations de persécution.
Tout ceci ne doit pas nous faire peur. Jésus a dit lui-même à ses disciples « Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. Si l'on m'a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (
Jn 15,20). Je désire donc élever vers Dieu avec toute l'Église un hymne de louange pour le témoignage de tant de frères et sœurs qui, encore à notre époque, ont donné leur vie pour communiquer la vérité de l'amour de Dieu révélé dans le Christ crucifié et ressuscité. J'exprime également la gratitude de toute l'Église aux Chrétiens qui ne capitulent pas devant les obstacles et les persécutions à cause de l'Évangile. En même temps, nous nous tournons avec une affection profonde et solidaire vers les fidèles de toutes ces communautés chrétiennes, en Asie et en Afrique en particulier, qui, aujourd'hui, risquent leur vie ou la marginalisation sociale à cause de la foi. Nous voyons ainsi réalisé l'esprit des Béatitudes de l'Évangile pour ceux qui sont persécutés à cause du Seigneur Jésus (cf.
Mt 5,11). En même temps, nous ne cessons pas d'élever notre voix pour que les gouvernants des nations garantissent à tous la liberté de conscience et de religion, tout comme celle de pouvoir témoigner publiquement de sa propre foi.
[326]
Parole de Dieu et engagement dans le monde
Servir Jésus dans ces « petits qui sont ses frères »
99. La Parole divine éclaire l'existence humaine et appelle la conscience de chacun à revoir en profondeur sa propre vie, car toute l'histoire de l'humanité est soumise au jugement de Dieu : « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui » (
Mt 25,31-32). À notre époque, nous considérons souvent, de manière superficielle, la valeur de l'instant qui passe, comme s'il était sans importance pour l'avenir. Au contraire, l'Évangile nous rappelle que chaque instant de notre existence est important et doit être vécu avec intensité, sachant que chacun devra rendre compte de sa propre vie. Au chapitre 25 de l'Évangile de Matthieu, le Fils de l'Homme juge comme fait ou comme n'étant pas fait envers lui, ce que nous aurons fait ou n'aurons pas fait à un seul de ces « petits qui sont mes frères » (
Mt 25,40 Mt 25,45) : « J'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi » (
Mt 25,35-36). C'est donc la Parole de Dieu elle-même qui nous rappelle la nécessité de notre engagement dans le monde et notre responsabilité face au Christ, Seigneur de l'Histoire. En annonçant l'Évangile, encourageons-nous les uns les autres à accomplir le bien et à agir pour la justice, la réconciliation et la paix.
La Parole de Dieu et l'engagement dans la société en faveur de la justice
100. La Parole de Dieu pousse l'homme à des relations animées par la droiture et par la justice ; elle atteste la valeur précieuse, face à Dieu, de tous les efforts de l'homme pour rendre le monde plus juste et plus habitable.
[327] C'est la Parole de Dieu elle-même qui dénonce sans ambiguïté les injustices et qui promeut la solidarité et l'égalité.
[328] À la lumière des paroles du Seigneur, reconnaissons donc « les signes des temps » présents dans l'histoire, ne refusons pas de nous engager en faveur de ceux qui souffrent et sont victimes de l'égoïsme. Le Synode a rappelé que s'engager pour la justice et la transformation du monde est une exigence constitutive de l'Évangélisation. Comme le disait le Pape Paul VI, il s'agit « d'atteindre et comme de bouleverser par la force de l'Évangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d'intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l'humanité, qui sont en opposition avec la Parole de Dieu et le dessein du salut ».
[329]
Dans ce but, les Pères synodaux ont eu une pensée particulière pour ceux qui sont engagés dans la vie politique et sociale. L'Évangélisation et la diffusion de la Parole de Dieu doivent inspirer leur action dans le monde à la recherche du véritable bien de tous, dans le respect et dans la promotion de la dignité de toutes les personnes. Certes, l'Église n'a pas directement pour mission de créer une société plus juste, même s'il lui revient le droit et le devoir d'intervenir sur les questions éthiques et morales qui concernent le bien des personnes et des peuples. C'est surtout les fidèles laïcs, formés à l'école de l'Évangile, qui ont la tâche d'intervenir directement dans l'action sociale et politique. C'est pourquoi le Synode recommande de promouvoir une formation adéquate selon les principes de la Doctrine sociale de l'Église.
[330]
101. De plus, je désire attirer à nouveau l'attention de tous sur l'importance de défendre et de promouvoir les
droits humains de toutes les personnes, fondés sur la loi naturelle inscrite dans le cœur de l'homme et qui, comme tels, sont « universels, inviolables, inaliénables ».
[331] L'Église souhaite qu'à travers l'affirmation de ces droits, la dignité humaine soit plus efficacement reconnue et universellement promue,
[332] comme un trait imprimé par Dieu créateur sur sa créature que Jésus-Christ a pris sur lui et rachetée par son Incarnation, sa mort et sa Résurrection. C'est pourquoi la diffusion de la Parole de Dieu ne peut que renforcer l'affirmation et le respect des droits humains de toutes les personnes.
[333]