Ressources Catholiques Bible

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CHAPITRE II : PRINCIPAUX CHAMPS D'APOSTOLAT
132. Le Seigneur nous a confié une mission particulière et il ne nous a pas laissés dépourvus de moyens pour l'accomplir. Non seulement il a revêtu chacun de dons personnels pour l'édification de son Corps qu'est l'Église, mais il a confié aussi à toute la communauté ecclésiale des dons particuliers pour lui permettre de continuer sa mission. Le don par excellence, c'est l'Esprit Saint. C'est par lui que nous formons un seul corps et « c'est seulement dans la force de l'Esprit Saint que nous pouvons trouver ce qui est droit et le mettre ensuite en pratique ».[182] Des moyens sont nécessaires pour nous permettre d'agir, mais ils demeurent insuffisants si, à travers « nos capacités de penser, de parler, de sentir, d'agir »,[183] ce n'est pas Dieu lui-même qui nous dispose à collaborer à son œuvre de réconciliation. C'est grâce à l'Esprit Saint que nous devenons vraiment « le sel de la terre » et « la lumière du monde » (Mt 5,13 Mt 5,14).
I. L'ÉGLISE COMME PRÉSENCE DU CHRIST
133. L'Église est « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain ».[184] En tant que communauté de disciples du Christ, nous pouvons laisser voir et communiquer l'amour de Dieu. L'amour « est la lumière - en réalité l'unique - qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans l'obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d'agir ».[185] Cette réalité devient manifeste dans l'Église universelle, diocésaine, paroissiale, dans les CEV (SCC),[186] dans les mouvements et les associations, jusque dans la famille chrétienne, « appelée à être 'une Église domestique', un lieu de foi, de prière et de souci affectueux pour le bien véritable et durable de chacun de ses membres »,[187] une communauté où se vit le geste de paix.[188] Les CEV (SCC), les mouvements et les associations peuvent être des lieux propices, au sein des paroisses, pour accueillir et vivre le don de la réconciliation offert par le Christ, notre paix. Chaque membre de la communauté doit devenir le gardien de l'autre : c'est une des significations du geste de la paix dans la célébration de l'Eucharistie.[189]
II. LE MONDE DE L'ÉDUCATION
134. Les écoles catholiques sont de précieux instruments pour apprendre à tisser dans la société, dès l'enfance, des liens de paix et d'harmonie par l'éducation aux valeurs africaines assumées par celles de l'Évangile. J'encourage les Évêques et les Instituts de personnes consacrées à œuvrer pour que les enfants en âge de scolarisation puissent fréquenter une école : c'est une question de justice pour tout enfant et, bien plus, l'avenir de l'Afrique en dépend. Que les chrétiens, les jeunes en particulier, se dédient aux sciences de l'éducation en vue de transmettre un savoir épris de vérité, un savoir-faire et un savoir-être animés par une conscience chrétienne formée à la lumière de l'enseignement social de l'Église. Il conviendra de veiller également à assurer une rémunération juste au personnel des institutions éducatives de l'Église et à l'ensemble du personnel des structures d'Église pour renforcer la crédibilité de l'Église.
135. Dans le contexte actuel du grand brassage des populations, des cultures et des religions, le rôle des universités et institutions académiques catholiques est essentiel à la recherche patiente, rigoureuse et humble de la lumière qui vient de la Vérité. Seule une vérité qui transcende la mesure humaine, conditionnée par des limites, pacifie les personnes et réconcilie les sociétés entre elles. À cet effet, il convient de créer des universités catholiques nouvelles là où elles n'existent pas encore. Chers frères et sœurs engagés dans les universités et les institutions académiques catholiques, c'est à vous qu'il revient, d'une part, d'éduquer l'intelligence et l'esprit des jeunes générations à la lumière de l'Évangile, et, d'autre part, d'aider les sociétés africaines à mieux comprendre les défis auxquels l'Afrique est confrontée aujourd'hui, en fournissant la lumière nécessaire par vos recherches et vos analyses.
136. La mission confiée par l'Exhortation apostolique Ecclesia in Africa aux institutions universitaires catholiques conserve toute sa pertinence. Mon bienheureux prédécesseur y a écrit : « Les Universités et les Instituts supérieurs catholiques en Afrique ont un rôle important à jouer dans la proclamation de la Parole salvifique de Dieu. Ils sont un signe de la croissance de l'Église dans la mesure où ils intègrent dans leurs recherches les vérités et les expériences de la foi, et aident à les intérioriser. Ils se mettent ainsi au service de l'Église en lui fournissant du personnel bien préparé ; en étudiant des questions théologiques et sociales d'importance ; en développant la théologie africaine ; en promouvant la tâche de l'inculturation [.] en publiant des livres et en diffusant la pensée catholique ; en entreprenant toutes les recherches que leur confient les Évêques et en contribuant à une étude scientifique des cultures [.]. Les centres culturels catholiques offrent à l'Église des possibilités de présence et d'action dans le domaine des mutations culturelles. Ils constituent, en effet, des forums publics qui permettent de faire connaître très largement, dans un dialogue créatif, les convictions chrétiennes sur l'homme, la femme, la famille, le travail, l'économie, la société, la politique, la vie internationale, l'environnement. Ils sont ainsi des lieux d'écoute, de respect et de tolérance ».[190] Les Évêques veilleront à ce que ces institutions universitaires conservent leur nature catholique, en prenant toujours des orientations fidèles à l'enseignement du Magistère de l'Église.
137. Pour apporter une contribution forte et qualifiée à la société africaine, il est indispensable de proposer aux étudiants une formation à la Doctrine sociale de l'Église. Cela aidera ainsi l'Église en Afrique à préparer, avec sérénité, une pastorale qui rejoint l'être de l'Africain et le réconcilie avec lui-même dans l'adhésion au Christ. Il incombe aux Évêques, encore une fois, de soutenir une pastorale de l'intelligence et de la raison qui crée une habitude de dialogue rationnel et d'analyse critique dans la société et dans l'Église. J'avais dit à Yaoundé : « Ce siècle permettra peut-être, avec la grâce de Dieu, la renaissance, sur votre continent, mais certainement sous une forme différente et nouvelle, de la prestigieuse École d'Alexandrie. Pourquoi ne pas espérer qu'elle puisse fournir aux Africains d'aujourd'hui et à l'Église universelle de grands théologiens et des maîtres spirituels qui contribueraient à la sanctification des habitants de ce continent et de l'Église entière ? ».[191]
138. Il est bon que les Évêques encouragent les aumôneries à l'intérieur des universités et des institutions éducatives de l'Église, et en créent dans les établissements publics. La chapelle de l'aumônerie en sera comme le cœur. Elle permettra à l'étudiant de rencontrer Dieu et de se placer sous son regard. Elle permettra également à l'aumônier qui sera choisi avec soin pour ses vertus sacerdotales, d'exercer son ministère pastoral d'enseignement et de sanctification.
III. LE MONDE DE LA SANTÉ
139. L'Église, de tout temps, s'est préoccupée de la santé. L'exemple vient du Christ lui-même qui, après avoir proclamé la Parole et guéri les malades, a confié à ses disciples la même autorité afin « qu'ils guérissent toute maladie et toute infirmité » (Mt 10,1 cf. Mt 14,35 Mc 1,32 et Mc 34 Mc 6,13 et Mc 55). C'est ce même souci des malades que l'Église, à travers ses institutions de santé, continue de manifester aux souffrants. Comme l'ont souligné les Pères synodaux, l'Église est résolument engagée dans la lutte contre les infirmités, les maladies et les grandes pandémies.[192]
140. Que les institutions de santé de l'Église et toutes les personnes qui y travaillent à divers titres, s'efforcent de voir en chaque malade un membre souffrant du Corps du Christ. Des difficultés de toute sorte se dressent sur votre chemin : le nombre croissant des malades, l'insuffisance des moyens matériels et financiers, la défection des organismes qui vous ont longtemps soutenus et vous abandonnent, tout cela vous donne parfois l'impression d'un travail sans résultats tangibles. Chers personnels de la santé, soyez les porteurs de l'amour compatissant de Jésus aux personnes qui souffrent ! Soyez patients, soyez forts et gardez courage ! Pour ce qui concerne les pandémies, les moyens financiers et matériels sont indispensables mais attachez-vous aussi sans relâche à informer et à former la population et surtout les jeunes.[193]
141. Il convient que les institutions de santé soient gérées selon les règles éthiques de l'Église, y assurant les services en conformité avec son enseignement et exclusivement en faveur de la vie. Qu'elles ne deviennent pas une source d'enrichissement pour les particuliers. La gestion des fonds octroyés doit viser à la transparence et servir surtout le bien du malade. Enfin, chaque institution de santé devrait avoir une chapelle. Sa présence rappellera au personnel (direction, gestionnaires, médecins et infirmiers ...) et au malade que Dieu seul est le Maître de la vie et de la mort. Il convient également de multiplier, dans la mesure du possible, les petits dispensaires qui assurent des soins de proximité et de premiers secours.
IV. LE MONDE DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION
142. L'Exhortation apostolique Ecclesia in Africa considérait que les médias modernes ne sont pas seulement des instruments de communication, mais aussi un monde à évangéliser.[194] Ils doivent servir une communication authentique qui est une priorité en Afrique, car ils sont un levier important pour le développement du continent[195] et pour l'évangélisation. Les « médias peuvent constituer une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille humaine et l'ethos des sociétés, quand ils deviennent des instruments de promotion de la participation de tous à la recherche commune de ce qui est juste ».[196]
143. Nous savons tous que les nouvelles technologies de l'information peuvent devenir de puissants instruments de cohésion et de paix ou bien des promoteurs efficaces de destruction et de division. Ils peuvent servir ou desservir sur le plan moral, propager le vrai comme le faux, proposer le laid comme le beau. La masse de nouvelles ou de contre-nouvelles, ainsi que celle d'images, peut être intéressante tout comme elle peut conduire à une forte manipulation. L'information peut très facilement devenir de la désinformation, et la formation de la déformation. Les médias peuvent promouvoir une humanisation authentique, mais ils peuvent tout autant entraîner une déshumanisation.
144. Les médias éviteront cet écueil s'ils « sont structurés et orientés à la lumière d'une image de la personne et du bien commun qui en respecte les valeurs universelles. Les moyens de communication sociale ne favorisent pas la liberté de tous et n'universalisent pas le développement et la démocratie pour tous simplement parce qu'ils multiplient les possibilités d'interconnexion et de circulation des idées. Pour atteindre de tels objectifs, il faut qu'ils aient pour visée principale la promotion de la dignité des personnes et des peuples, qu'ils soient expressément animés par la charité et mis au service de la vérité, du bien et d'une fraternité naturelle et surnaturelle ».[197]
145. L'Église doit être davantage présente dans les médias afin d'en faire non seulement un instrument de diffusion de l'Évangile mais aussi un outil pour la formation des peuples africains à la réconciliation dans la vérité, à la promotion de la justice et à la paix. Pour cela, une solide formation des journalistes à l'éthique et au respect de la vérité, les aidera à éviter l'attrait du sensationnel, ainsi que la tentation de la manipulation de l'information et de l'argent vite gagné. Que les journalistes chrétiens n'aient pas peur de manifester leur foi ! Qu'ils en soient fiers ! Il est bon également d'encourager la présence et l'activité de fidèles laïcs compétents dans le monde des communications publiques et privées. Tel le levain dans la pâte, ils continueront à témoigner de l'apport positif et constructif que l'enseignement du Christ et de son Église apporte au monde.
146. Aussi, l'option prise par la première Assemblée Spéciale pour l'Afrique de considérer la communication comme un axe majeur de l'évangélisation s'est-elle avérée fructueuse pour le développement des médias catholiques. Il conviendrait, peut-être aussi, de coordonner les structures existantes comme cela se fait déjà dans certains endroits. Améliorer de cette façon l'utilisation des médias contribuera à une plus grande promotion des valeurs défendues par le Synode : la paix, la justice et la réconciliation en Afrique,[198] et permettra à ce continent de participer au développement actuel du monde.
CHAPITRE III : « LÈVE-TOI, PRENDS TON GRABAT ET MARCHE ! »
(Jn 5,8)
I. L'ENSEIGNEMENT DE JÉSUS À LA PISCINE DE BETHESDA
147. Chers frères dans l'épiscopat, chers fils et filles d'Afrique, après avoir fait le tour des principales actions et des quelques moyens proposés par l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques pour l'accomplissement de la mission de l'Église, je souhaiterais revenir sur certains points qui ont déjà été abordés auparavant de manière diffuse.
148. L'évangile de saint Jean nous présente au chapitre 5 une scène saisissante, près de la piscine de Bethesda. « Sous ces portiques gisaient une multitude d'infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l'eau » (Jn 5,3), c'est-à-dire l'occasion de la guérison. Il se trouvait parmi eux « un homme qui était infirme depuis trente-huit ans » (Jn 5,5), mais qui n'avait personne pour l'aider à se plonger dans la piscine. Et voici que Jésus entre dans sa vie. Tout change lorsque Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ! » (Jn 5,8). « Et aussitôt, dit l'évangéliste, l'homme fut guéri » (Jn 5,9). Il n'avait plus besoin de l'eau de la piscine.
149. L'accueil de Jésus offre à l'Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre. Comme l'apôtre Pierre l'a déclaré dans les Actes des Apôtres (Ac 3,6), je redis que ce n'est ni d'or, ni d'argent que l'Afrique a d'abord besoin ; elle désire se mettre debout comme l'homme de la piscine de Bethesda ; elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. C'est donc cette rencontre avec Jésus que l'Église doit offrir aux cœurs meurtris et blessés, en mal de réconciliation et de paix, assoiffés de justice. Nous devons offrir et annoncer la Parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie.
II. LA PAROLE DE DIEU ET LES SACREMENTS
A. LES SAINTES ÉCRITURES
150. Selon saint Jérôme, « ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ ».[199] La lecture et la méditation de la Parole de Dieu nous donnent non seulement « la science éminente de Jésus-Christ » (Ph 3,8), mais encore, elles nous enracinent plus profondément dans le Christ et orientent notre service de la réconciliation, de la justice et de la paix. La célébration de l'Eucharistie dont la première partie est la liturgie de la Parole, en constitue la source et le sommet. Je recommande donc que l'apostolat biblique soit promu dans chaque communauté chrétienne, dans la famille et dans les mouvements ecclésiaux.
151. Que chaque fidèle du Christ prenne l'habitude de la lecture quotidienne de la Bible ! Une lecture attentive de ma récente Exhortation apostolique Verbum Domini, fournira des indications pastorales utiles. On veillera donc à initier les fidèles à la vénérable et fructueuse tradition de la lectio divina. C'est la Parole de Dieu qui peut aider à la connaissance de Jésus Christ et opérer les conversions qui aboutissent à la réconciliation, puisqu'elle passe au crible « les sentiments et les pensées du cœur » (He 4,12). Les Pères du Synode encouragent les communautés chrétiennes paroissiales, les CEV (CCS), les familles et les associations et les mouvements ecclésiaux à des moments de partage de la Parole de Dieu.[200] Ils deviendront ainsi davantage des lieux où la Parole de Dieu qui édifie la communauté des disciples du Christ, est lue ensemble, méditée et célébrée. Cette Parole régénère sans cesse la communion fraternelle (cf. 1P 1,22-25).
B. L'EUCHARISTIE
152. Pour bâtir une société réconciliée, juste et pacifique, le moyen le plus efficace est une vie d'intime communion avec Dieu et avec les autres. En effet, autour de la table du Seigneur sont réunis des hommes et des femmes d'origines, de cultures, de races, de langues, et d'ethnies différentes. Ils forment une seule et même unité grâce au Corps et au Sang du Christ. À travers le Christ-Eucharistie, ils deviennent consanguins, et donc authentiquement frères et sœurs, grâce à la Parole, au Corps et au Sang de Jésus-Christ lui-même. Ce lien de fraternité est plus fort que celui de nos familles humaines, celui de nos tribus. « Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'Aîné d'une multitude de frères » (Rm 8,29). L'exemple de Jésus les rend capables de s'aimer, de donner leur vie les uns pour les autres, car l'amour dont chacun est aimé doit se communiquer en acte et en vérité.[201] Il est donc indispensable de célébrer en communauté le dimanche, Jour du Seigneur, comme aussi les fêtes de précepte.
153. Je ne désire pas faire ici un exposé théologique sur l'Eucharistie. Dans l'Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis, j'en ai esquissé les grands traits. J'exhorte, ici, toute l'Église en Afrique à soigner tout particulièrement la célébration de l'Eucharistie, mémorial du Sacrifice du Christ Jésus, signe d'unité et lien de charité, banquet pascal et gage de la vie éternelle. L'Eucharistie doit être célébrée avec dignité et beauté en suivant les normes établies. L'Adoration eucharistique, personnelle et communautaire, permettra d'approfondir ce grand mystère. Dans cette ligne, un Congrès eucharistique continental pourrait être célébré. Il soutiendrait l'effort des chrétiens dans leur souci de témoigner des valeurs fondamentales de communion dans toutes les sociétés africaines.[202]
154. Pour que le mystère eucharistique soit respecté, les Pères synodaux rappellent que les églises et les chapelles sont des lieux sacrés à réserver uniquement aux célébrations liturgiques en évitant, autant que possible, qu'elles deviennent de simples espaces de socialisation ou des espaces culturels. Il convient de promouvoir leur fonction première qui est celle d'être un lieu privilégié de rencontre entre Dieu et son peuple, entre Dieu et sa créature fidèle. Il convient en outre de veiller à ce que l'architecture de ces édifices cultuels soit digne du mystère célébré et conforme à la législation ecclésiastique et au style local. Ces constructions doivent être faites sous la responsabilité des Évêques, après avoir entendu l'avis de personnes compétentes en liturgie et en architecture. Que l'on puisse dire en en franchissant le seuil : « En vérité, le Seigneur Dieu est en ce lieu [.] Ce n'est rien de moins qu'une Maison de Dieu et la porte du ciel » (Gn 28,16-17) ! Ces lieux atteindront également leur finalité s'ils sont une aide à la communauté, régénérée dans l'Eucharistie et les autres Sacrements, pour prolonger leur action dans la vie sociale en perpétuant l'exemple même du Christ (cf. Jn 13,15).[203] Cette « cohérence eucharistique »[204] interpelle toute conscience chrétienne (cf. 1Co 11,17-34).
C. LA RÉCONCILIATION
155. Pour aider les sociétés africaines à guérir des blessures de la division et de la haine, les Pères du Synode invitent l'Église à se souvenir qu'elle porte en son sein les mêmes blessures et amertumes. Dès lors, elle a besoin que le Seigneur l'en guérisse pour qu'elle atteste, de manière crédible, que le Sacrement de la Réconciliation panse et guérit les cœurs meurtris. Ce Sacrement renoue les liens rompus entre la personne humaine et Dieu et restaure les liens dans la société. Il éduque aussi nos cœurs et nos esprits pour que nous apprenions à vivre « en esprit d'union, dans la compassion, l'amour fraternel, la miséricorde, l'esprit d'humilité » (1P 3,8).
156. Je rappelle l'importance de la confession individuelle qu'aucun autre acte de réconciliation ou aucune autre paraliturgie ne peut remplacer. J'encourage, donc, tous les fidèles de l'Église, clergé, personnes consacrées et laïcs, à redonner sa place véritable au Sacrement de la Réconciliation dans sa double dimension personnelle et communautaire.[205] Les communautés qui n'ont pas de prêtres, à cause des distances ou pour d'autres raisons, peuvent vivre le caractère ecclésial de la pénitence et de la réconciliation à travers des formes non sacramentelles. Les chrétiens en situation d'irrégularité peuvent se joindre ainsi à la démarche pénitentielle de l'Église. Comme l'ont indiqué les Pères synodaux, la forme non sacramentelle peut être considérée comme un moyen de préparation des fidèles à une réception fructueuse du Sacrement,[206]mais elle ne pourra pas devenir une norme habituelle, et encore moins remplacer le Sacrement lui-même. J'exhorte de tout cœur les prêtres à vivre ce Sacrement personnellement, et à se rendre vraiment disponibles pour sa célébration.
157. Pour encourager la réconciliation, à titre collectif, je recommande vivement, comme l'ont souhaité les Pères synodaux, de célébrer tous les ans dans chaque pays africain « un jour ou une semaine de réconciliation, particulièrement pendant l'Avent ou le Carême ».[207] Le S.C.E.A.M. pourra contribuer à sa réalisation et, en accord avec le Saint-Siège, promouvoir une Année de la réconciliation au niveau continental pour demander à Dieu un pardon spécial pour tous les maux et blessures que les êtres humains se sont infligés les uns aux autres en Afrique, et pour que se réconcilient les personnes et les groupes qui ont été blessés dans l'Église et dans l'ensemble de la société.[208] Il s'agirait d'une Année jubilaire extraordinaire « pendant laquelle l'Église en Afrique et dans les îles adjacentes rend grâce avec l'Église universelle et prie pour recevoir les dons de l'Esprit Saint »,[209] spécialement le don de la réconciliation, de la justice et de la paix.
158. Pour de telles célébrations, il sera utile de suivre le conseil des Pères synodaux : « Que la mémoire des grands témoins qui ont donné leur vie au service de l'Évangile et du bien commun ou pour la défense de la vérité et des droits humains soit gardée et fidèlement rappelée ».[210] À cet égard, les saints sont les véritables étoiles de notre vie, eux « qui ont su vivre dans la droiture. Ils sont des lumières d'espérance. Certes, Jésus Christ est la lumière par antonomase, le soleil qui se lève sur toutes les ténèbres de l'histoire. Mais pour arriver jusqu'à Lui nous avons besoin aussi de lumières proches - de personnes qui donnent une lumière en la tirant de sa lumière et qui offrent ainsi une orientation pour notre traversée ».[211]
III. LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION
159. Avant de conclure ce document, je désire revenir à nouveau sur la tâche de l'Église en Afrique qui est celle de s'engager dans l'évangélisation, dans la missio ad gentes, ainsi que dans la nouvelle évangélisation, afin que la physionomie du continent africain se modèle toujours plus sur l'enseignement toujours actuel du Christ, vraie « lumière du monde » et authentique « sel de la terre ».
A. PORTEURS DU CHRIST « LUMIÈRE DU MONDE »
160. L'œuvre urgente de l'évangélisation se réalise de manière différente, selon la diversité des situations de chaque pays. « Au sens propre, il y a la mission ad gentes pour ceux qui ne connaissent pas le Christ. Au sens large, on parle d' "évangélisation" pour ce qui concerne l'aspect ordinaire de la pastorale, et de la "nouvelle évangélisation" pour ceux qui ne suivent plus une conduite chrétienne ».[212] Seule l'évangélisation qui est animée par la force de l'Esprit-Saint, devient la « loi nouvelle de l'Évangile » et porte des fruits spirituels.[213] Le cœur de toute activité évangélisatrice est l'annonce de la personne de Jésus, le Verbe de Dieu incarné (cf. Jn 1,14), mort et ressuscité, pour toujours présent dans la communauté des fidèles, dans son Église (cf. Mt 28,20). Il s'agit d'une tâche urgente non seulement pour l'Afrique, mais pour le monde entier, car la mission que le Christ rédempteur a confiée à son Église n'a pas encore atteint sa pleine réalisation.
161. L'« Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu » (Mc 1,1) est le chemin sûr pour rencontrer la Personne du Seigneur Jésus. Scruter les Écritures nous permet de découvrir toujours plus le véritable visage de Jésus, révélation de Dieu le Père (cf. Jn 12,45), et son œuvre de salut. « Redécouvrir la centralité de la Parole divine dans la vie chrétienne nous fait retrouver la signification la plus profonde de ce que le Pape Jean-Paul II a rappelé avec force : poursuivre la missio ad gentes et entreprendre de toutes nos forces la nouvelle évangélisation ».[214]
162. Conduite par l'Esprit-Saint, l'Église en Afrique doit annoncer - en le vivant - le mystère du salut à ceux qui ne le connaissent pas encore. L'Esprit Saint que les chrétiens ont reçu au Baptême est le feu d'amour qui pousse à l'action évangélisatrice. Après la Pentecôte, les disciples « remplis de l'Esprit Saint » (Ac 2,4) sont sortis du Cénacle, où, par peur, ils s'étaient enfermés, pour proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. L'évènement de la Pentecôte, nous permet de mieux comprendre la mission des chrétiens, « lumière du monde » et « sel de la terre » sur le continent africain. Le propre de la lumière est de se diffuser et d'éclairer de nombreux frères et sœurs qui sont encore dans les ténèbres. La missio ad gentes engage tous les chrétiens d'Afrique. Animés par l'Esprit, ils doivent être porteurs de Jésus-Christ, « lumière du monde », partout sur le continent, dans tous les domaines de la vie personnelle, familiale et sociale. Les Pères synodaux ont souligné « l'urgence et la nécessité de l'évangélisation qui est la mission et la véritable identité de l'Église ».[215]
B. TÉMOINS DU CHRIST RESSUSCITÉ
163. Le Seigneur Jésus exhorte encore aujourd'hui les chrétiens d'Afrique à prêcher en son nom « à tous les peuples, la conversion et le pardon des péchés » (Lc 24,47). Pour cela, ils sont appelés à être témoins du Seigneur ressuscité (cf. Lc Lc 24,48). Les Pères synodaux ont souligné que l'évangélisation « consiste essentiellement à rendre témoignage au Christ dans la puissance de l'Esprit par la vie, puis par la parole, dans un esprit d'ouverture aux autres, de respect et de dialogue avec eux, en s'en tenant aux valeurs de l'Évangile ».[216] Pour ce qui est de l'Église en Afrique, ce témoignage doit être au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
164. L'annonce de l'Évangile doit retrouver l'ardeur des débuts de l'évangélisation du continent africain, attribuée à l'évangéliste Marc, suivi par une « foule innombrable de saints, de martyrs, de confesseurs et de vierges ».[217] Avec gratitude, il faut se mettre à l'école de l'enthousiasme de nombreux missionnaires qui, pendant plusieurs siècles, ont sacrifié leur vie pour apporter la Bonne Nouvelle à leurs frères et sœurs africains. Au cours de ces dernières années, l'Église a commémoré en différents pays le centenaire de l'évangélisation. Elle s'est justement engagée à diffuser l'Évangile à ceux qui ne connaissent pas encore le nom de Jésus-Christ.
165. Afin que cet effort devienne toujours plus efficace, la missio ad gentes doit aller de pair avec la nouvelle évangélisation. En Afrique aussi, les situations qui requièrent une nouvelle présentation de l'Évangile, « nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes et dans ses expressions »,[218] ne sont pas rares. En particulier, la nouvelle évangélisation doit intégrer la dimension intellectuelle de la foi dans l'expérience vive de la rencontre avec Jésus-Christ présent et agissant dans la communauté ecclésiale. Car à l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. La catéchèse doit donc intégrer la partie théorique, constituée de notions apprises par cœur, à celle pratique, vécue au niveau liturgique, spirituel, ecclésial, culturel et caritatif, afin que la semence de la Parole de Dieu, tombée sur une terre fertile, laisse de profondes racines et puisse grandir et parvenir à maturité.
166. Pour que cela advienne, il est indispensable d'employer de nouvelles méthodes qui sont à notre disposition aujourd'hui. Quand il s'agit des moyens de communication sociale dont j'ai déjà parlé, il ne faut pas oublier ce que j'ai noté récemment dans l'Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini : « Saint Thomas d'Aquin, en mentionnant saint Augustin, insiste avec force : "Même la lettre de l'Évangile tue s'il manque, à l'intérieur de l'homme, la grâce de la foi qui guérit"« .[219] Conscients de cette exigence, il faut aussi toujours se rappeler qu'aucun moyen ne peut ni ne doit se substituer au contact personnel, à l'annonce verbale, ainsi qu'au témoignage d'une vie chrétienne authentique. Ce contact personnel et cette annonce verbale doivent exprimer la foi vive qui engage et transforme l'existence, et l'amour de Dieu qui touche et rejoint chacun tel qu'il est.
C. MISSIONNAIRES À LA SUITE DU CHRIST
167. L'Église qui chemine en Afrique est appelée à contribuer à la nouvelle évangélisation également dans les pays sécularisés, d'où provenaient auparavant de nombreux missionnaires et qui aujourd'hui manquent malheureusement de vocations sacerdotales et à la vie consacrée. Entre-temps, un grand nombre d'Africains et d'Africaines ont accueilli l'invitation du Maître de la moisson (cf. Mt 9,37-38) à travailler à sa vigne (cf. Mt 20,1-16). Sans diminuer l'élan missionnaire ad gentes dans les différents pays, et même sur le continent tout entier, les Évêques d'Afrique doivent accueillir avec générosité l'invitation de leurs confrères des pays qui manquent de vocations, et venir en aide aux fidèles privés de prêtres. Cette collaboration, qui doit être réglementée par des accords entre l'Église qui envoie et celle qui reçoit, devient un signe concret de fécondité de la mission ad gentes. Bénie par le Seigneur, Bon Pasteur (cf. Jn 10,11-18), elle soutient ainsi de façon précieuse la nouvelle évangélisation dans les pays d'ancienne tradition chrétienne.
168. L'annonce de la Bonne Nouvelle fait naître dans l'Église de nouvelles expressions, appropriées aux nécessités du temps, des cultures, et aux attentes des hommes. L'Esprit Saint ne manque pas de susciter aussi en Afrique des hommes et des femmes qui, rassemblés en différentes associations, mouvements, et communautés, consacrent leur vie à la diffusion de l'Évangile de Jésus-Christ. Selon l'exhortation de l'Apôtre des nations - « n'éteignez pas l'Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophéties ; mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » (1Th 5,19-22) - les Pasteurs ont le devoir de veiller afin que ces nouvelles expressions de la fécondité pérenne de l'Évangile s'insèrent dans l'action pastorale des paroisses et des diocèses.
169. Chers frères et sœurs, à la lumière du thème de la deuxième Assemblée spéciale pour l'Afrique, la nouvelle évangélisation concerne, en particulier, le service de l'Église en vue de la réconciliation, de la justice et de la paix. Par conséquent, il est nécessaire d'accueillir la grâce de l'Esprit Saint qui nous invite : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5,20). Les chrétiens sont donc tous invités à se réconcilier avec Dieu. Alors, vous serez en mesure de devenir des artisans de la réconciliation au sein des communautés ecclésiales et sociales dans lesquelles vous vivez et œuvrez. La nouvelle évangélisation suppose la réconciliation des chrétiens avec Dieu et avec eux-mêmes. Elle exige la réconciliation avec le prochain, le dépassement des barrières de toutes sortes comme celles provenant de la langue, de la culture et de la race. Nous sommes tous fils d'un seul Dieu et Père « qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45).
170. Dieu bénira un cœur réconcilié, en lui accordant sa paix. Le chrétien deviendra ainsi un artisan de paix (cf. Mt 5,9) dans la mesure où, enraciné dans la grâce divine, il collabore avec son Créateur à la construction et à la promotion du don de la paix. Le fidèle réconcilié deviendra aussi promoteur de la justice en tout lieu, surtout dans les sociétés africaines divisées, en proie à la violence et à la guerre, qui ont faim et soif de la vraie justice. Le Seigneur nous invite : « Cherchez d'abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33).
171. La nouvelle évangélisation est une tâche urgente pour les chrétiens en Afrique, car eux aussi doivent ranimer leur enthousiasme d'appartenir à l'Église. Sous l'inspiration de l'Esprit du Seigneur ressuscité, ils sont appelés à vivre, au niveau personnel, familial et social, la Bonne Nouvelle et à l'annoncer avec un zèle renouvelé aux personnes proches et lointaines, en employant pour sa diffusion les nouvelles méthodes que la Providence divine met à notre disposition. En louant Dieu le Père pour les merveilles qu'il continue d'accomplir dans son Église en chacun de ses membres, les fidèles sont invités à vivifier leur vocation chrétienne dans la fidélité à la Tradition ecclésiale vivante. Ouverts à l'inspiration de l'Esprit Saint, qui continue de susciter différents charismes dans l'Église, les chrétiens doivent poursuivre ou entreprendre avec détermination le chemin de la sainteté pour devenir toujours plus apôtres de la réconciliation, de la justice et de la paix.
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