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Écriture Sainte, inspiration et vérité
19. Un concept clé pour accueillir le texte sacré, en tant que Parole de Dieu faite paroles humaines, est indubitablement celui de l'inspiration. Ici aussi, nous pouvons suggérer une analogie : comme le Verbe de Dieu s'est fait chair par l'action de l'Esprit Saint dans le sein de la Vierge Marie, de même l'Écriture Sainte naît du sein de l'Église par l'action du même Esprit. L'Écriture Sainte est « Parole de Dieu en tant que, sous le souffle de l'Esprit divin, elle est consignée par écrit ».[66] On reconnaît de cette manière toute l'importance de l'auteur humain qui a écrit les textes inspirés et, en même temps, de Dieu reconnu comme son auteur véritable.
Comme les Pères synodaux l'ont affirmé, il apparaît avec force combien le thème de l'inspiration est décisif pour s'approcher de façon juste des Écritures et pour en faire une exégèse correcte,[67] qui, à son tour, doit s'effectuer dans l'Esprit même dans lequel elles ont été écrites.[68] Lorsque s'affaiblit en nous la conscience de son inspiration, on risque de lire l'Écriture comme un objet de curiosité historique et non plus comme l'œuvre de l'Esprit Saint, par laquelle nous pouvons entendre la voix même du Seigneur et connaître sa présence dans l'histoire.
En outre, les Pères synodaux ont souligné avec justesse que le thème de l'inspiration est aussi lié au thème de la vérité des Écritures.[69] C'est pourquoi, un approfondissement de la compréhension de l'inspiration portera sans aucun doute aussi à une plus grande intelligence de la vérité contenue dans les Livres Saints. Comme l'affirmait la doctrine conciliaire sur ce thème, les Livres inspirés enseignent la vérité : « Dès lors, puisque tout ce que les auteurs inspirés ou hagiographes affirment doit être tenu pour affirmé par l'Esprit Saint, il faut par conséquent professer que les Livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les saintes Lettres en vue de notre salut. C'est pourquoi "toute Écriture inspirée de Dieu est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice afin que l'homme de Dieu se trouve accompli, équipé pour toute œuvre bonne" (2Tm 3,16-17, gr.) ».[70]
La réflexion théologique a certainement toujours considéré l'inspiration et la vérité comme deux concepts clé pour une herméneutique ecclésiale des Saintes Écritures. Toutefois, nous devons reconnaître la nécessité actuelle d'approfondir de façon adéquate ces réalités, afin de pouvoir mieux répondre aux exigences relatives à l'interprétation des textes sacrés selon leur nature. Dans cette perspective, je souhaite ardemment que la recherche dans ce domaine puisse progresser et qu'elle porte du fruit pour la science biblique et pour la vie spirituelle des fidèles.
Dieu Père, source et origine de la Parole
20. L'économie de la Révélation a donc son commencement et son origine en Dieu le Père. Par sa Parole « il a fait les cieux, l'univers par le souffle de sa bouche » (Ps 33,6). C'est lui qui fait « resplendir la connaissance de la gloire de Dieu qui rayonne sur le visage du Christ » (cf. 2Co 4,6 cf. Mt 16,17 Lc 9,29).
Dans le Fils, Logos fait chair (cf. Jn 1,14), venu accomplir la volonté de Celui qui l'a envoyé (cf. Jn 4,34), Dieu, source de la Révélation, se manifeste en tant que Père et porte à sa pleine réalisation la divinisation de l'homme, déjà assurée auparavant par les paroles des prophètes et par les merveilles qu'il a réalisées dans la création et dans l'histoire de son Peuple et de tous les hommes. Le sommet de la Révélation de Dieu le Père est offert par le Fils à travers le don du Paraclet (cf. Jn 14,16), Esprit du Père et de son Fils, qui nous « guide vers la vérité tout entière » (cf. Jn 16,13).
21. C'est ainsi que toutes les promesses de Dieu deviennent « oui » en Jésus-Christ (cf. 2Co 1,20). S'ouvre ainsi à l'homme la possibilité de parcourir le chemin qui le conduit au Père (cf. Jn 14,6), pour qu'à la fin « Dieu soit tout en tous » (1Co 15,28).
Comme le montre la croix du Christ, Dieu parle aussi à travers son silence. Le silence de Dieu, l'expérience de l'éloignement du Tout-Puissant et du Père est une étape décisive du parcours terrestre du Fils de Dieu, Parole incarnée. Pendu au bois de la croix, il a crié la douleur qu'un tel silence lui causait : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mc 15,34 Mt 27,46). Persévérant dans l'obéissance jusqu'à son dernier souffle de vie, dans l'obscurité de la mort, Jésus a invoqué le Père. C'est à lui qu'il s'en remet au moment du passage, à travers la mort, à la vie éternelle : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46).
Cette expérience de Jésus est comparable à la situation de l'homme qui, après avoir écouté et reconnu la Parole de Dieu, doit aussi se mesurer avec son silence. Bien des saints et des mystiques ont vécu une telle expérience qui aujourd'hui encore fait partie du cheminement de nombreux chrétiens. Le silence de Dieu prolonge ses paroles précédemment énoncées. Dans ces moments obscurs, il parle dans le mystère de son silence. C'est pourquoi, dans la dynamique de la Révélation chrétienne, le silence apparaît comme une expression importante de la Parole de Dieu.
La réponse de l'homme à dieu qui parle
Appelés à entrer dans l'Alliance avec Dieu
22. Soulignant la multiplicité des formes de la Parole, nous avons pu contempler, à travers toutes ces modalités, Dieu qui parle et qui vient à la rencontre de l'homme, en se faisant connaître dans un dialogue. Bien sûr, comme l'ont affirmé les Pères synodaux, « quand il se réfère à la Révélation, le dialogue comporte le primat de la Parole de Dieu adressée à l'homme ».[71] Le Mystère de l'Alliance exprime cette relation entre Dieu qui appelle par sa Parole et l'homme qui répond, dans la claire conscience qu'il ne s'agit pas d'une rencontre entre deux parties contractantes situées sur un pied d'égalité ; ce que nous appelons l'Ancienne et la Nouvelle Alliance n'est pas un acte d'entente entre deux parties égales, mais un pur don de Dieu. Par ce don de son amour, dépassant toute distance, Dieu fait vraiment de nous ses « partenaires », réalisant ainsi le Mystère nuptial de l'amour entre le Christ et l'Église. Dans cette perspective, chaque homme apparaît comme destinataire de la Parole, interpellé et appelé à entrer dans ce dialogue d'amour par une réponse libre. Chacun de nous est ainsi rendu par Dieu capable d'écouter et de répondre à la Parole divine. L'homme est créé dans la Parole et il vit en elle ; il ne peut se comprendre lui-même s'il ne s'ouvre à ce dialogue. La Parole de Dieu révèle la nature filiale et relationnelle de notre vie. Nous sommes vraiment appelés par grâce à nous conformer au Christ, le Fils du Père, et à être transformés en Lui.
Dieu écoute l'homme et répond à ses demandes
23. Dans ce dialogue avec Dieu, nous nous comprenons nous-mêmes et nous trouvons la réponse aux interrogations les plus profondes qui habitent notre cœur. Car la Parole de Dieu ne s'oppose pas à l'homme, ne mortifie pas ses désirs authentiques, bien au contraire, elle les illumine, les purifie et les mène à leur accomplissement. Comme il est important pour notre temps de découvrir que seul Dieu répond à la soif qui est dans le cœur de tout homme ! À notre époque et surtout en Occident, s'est malheureusement diffusée l'idée que Dieu est étranger à la vie et aux problèmes de l'homme et, plus encore, que sa présence peut être une menace pour son autonomie. En réalité, toute l'économie du Salut nous montre que Dieu parle et intervient dans l'histoire en faveur de l'homme et de son salut intégral. Il est donc important, d'un point de vue pastoral, de présenter la Parole de Dieu dans sa capacité de répondre aux problèmes que l'homme doit affronter dans la vie quotidienne. Jésus se présente justement à nous comme celui qui est venu pour que nous puissions avoir la vie en abondance (cf. Jn 10,10). Pour cela, nous devons déployer tous nos efforts pour que la Parole de Dieu apparaisse à chacun comme une ouverture à ses problèmes, une réponse à ses questions, un élargissement des valeurs et en même temps comme une satisfaction apportée à ses aspirations. La pastorale de l'Église doit être attentive à illustrer avec soin comment Dieu écoute les besoins de l'homme et son cri. Saint Bonaventure affirme dans le Breviloquium : « Le fruit de l'Écriture Sainte n'est pas quelconque, c'est la plénitude de l'éternelle félicité. Car elle est l'Écriture Sainte dans laquelle sont les paroles de la vie éternelle ; elle est donc écrite, non seulement pour que nous croyions, mais aussi pour que nous possédions la vie éternelle dans laquelle nous verrons, nous aimerons et où nos désirs seront universellement comblés ».[72]
Dialoguer avec Dieu à travers ses paroles
24. La Parole divine introduit chacun de nous dans un dialogue avec le Seigneur. Le Dieu qui parle, nous apprend comment nous pouvons parler avec lui. Spontanément vient à l'esprit le Livre des Psaumes, dans lequel Dieu nous donne les paroles avec lesquelles nous pouvons nous adresser à lui, lui présenter notre vie dans un colloque avec lui, transformant ainsi la vie même en un mouvement vers Dieu.[73] Dans les Psaumes, en effet, nous trouvons toute la gamme des sentiments que l'homme peut éprouver dans son existence et qui sont présentés avec sagesse à Dieu : la joie et la douleur, l'angoisse et l'espérance, la peur et l'anxiété trouvent ici leur expression. Avec les Psaumes, nous pensons aussi aux nombreux autres textes de la Sainte Écriture qui expriment la manière dont l'homme s'adresse à Dieu sous la forme d'une prière d'intercession (cf. Is 33,12-16), d'un chant de joie pour la victoire (cf. Is 15), ou d'une lamentation pour la mission à remplir (cf. Jr 20,7-18). De cette façon, la parole que l'homme adresse à Dieu devient à son tour Parole de Dieu, confirmant le caractère de dialogue de toute la révélation chrétienne.[74] L'existence tout entière de l'homme devient, dans cette perspective, un dialogue avec Dieu qui parle et écoute, qui appelle et engage notre vie. La Parole de Dieu révèle que toute l'existence de l'homme se situe dans le champ de l'appel divin.[75]
La Parole de Dieu et la foi
25. « À Dieu qui révèle il faut apporter 'l'obéissance de la foi' (Rm 16,26 cf. Rm 1,5 2Co 10,5-6), par laquelle l'homme s'en remet tout entier librement à Dieu, en présentant 'à Dieu qui révèle la pleine soumission de l'intelligence et de la volonté' et en donnant de plein gré son assentiment à la Révélation qu'il a faite ».[76] Avec ces paroles, la Constitution dogmatique Dei Verbum a exprimé, de manière précise, l'attitude de l'homme devant Dieu. La réponse propre de l'homme à Dieu qui parle est la foi. En cela il est évident que « pour accueillir la Révélation, l'homme doit ouvrir sa conscience et son cœur à l'action de l'Esprit Saint qui lui fait comprendre la Parole de Dieu présente dans les Écritures Saintes ».[77] En effet, c'est précisément la prédication de la Parole divine qui fait surgir la foi, par laquelle nous adhérons de tout notre cœur à la vérité révélée et nous nous confions totalement au Christ : « la foi naît de ce qu'on entend, et ce qu'on entend, c'est l'annonce de la parole du Christ » (Rm 10,17). C'est toute l'histoire du salut qui, de façon progressive, nous montre ce lien intime entre la Parole de Dieu et la foi qui s'accomplit dans la rencontre avec le Christ. Avec lui, la foi prend la forme de la rencontre avec une personne à laquelle on confie sa propre vie. Le Christ Jésus demeure aujourd'hui dans l'histoire, dans son Corps qui est l'Église ; ainsi, notre acte de foi est simultanément un acte personnel et ecclésial.
Le péché comme non-écoute de la Parole de Dieu
26. La Parole de Dieu révèle inévitablement aussi la possibilité dramatique, de la part de la liberté de l'homme, de se soustraire à ce dialogue d'alliance avec Dieu pour lequel nous avons été créés. La Parole divine, en effet, dévoile aussi le péché qui habite le cœur de l'homme. Nous trouvons très souvent, aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament, la description du péché comme non-écoute de la Parole, comme rupture de l'Alliance et donc comme fermeture à l'égard de Dieu qui appelle à la communion avec lui.[78] En effet, l'Écriture Sainte nous montre comment le péché de l'homme est essentiellement désobéissance et 'non-écoute'. C'est vraiment l'obéissance radicale de Jésus jusqu'à la mort de la croix (cf. Ph 2,8) qui démasquera totalement ce péché. Dans son obéissance s'accomplit la Nouvelle Alliance entre Dieu et l'homme et nous est donnée la possibilité de la réconciliation. Jésus, en effet, a été envoyé par le Père comme victime d'expiation pour nos péchés et pour ceux du monde entier (cf. 1Jn 2,2 1Jn 4,10 He 7,27). Ainsi, la possibilité miséricordieuse de la Rédemption nous est offerte et le début d'une vie nouvelle dans le Christ. C'est pourquoi, il est important que les fidèles soient formés à reconnaître la racine du péché dans la non-écoute de la Parole du Seigneur et à accueillir en Jésus, le Verbe de Dieu, le pardon qui nous ouvre au salut.
Marie, « Mère du Verbe de Dieu » et « Mère de la foi »
27. Les Pères synodaux ont déclaré que le but fondamental de la XIIe Assemblée était avant tout de « renouveler la foi de l'Église dans la Parole de Dieu » ; c'est pourquoi, il est nécessaire de regarder là où la réciprocité entre la Parole de Dieu et la foi s'est accomplie parfaitement, c'est-à-dire en la Vierge Marie, « qui par son 'oui' à la Parole de l'Alliance et à sa mission, accomplit parfaitement la vocation divine de l'humanité ».[79] La réalité humaine, créée par le Verbe, trouve vraiment son plein accomplissement dans la foi obéissante de Marie. De l'Annonciation à la Pentecôte, elle se présente à nous comme la femme totalement disponible à la volonté de Dieu. Elle est l'Immaculée Conception, celle qui est « pleine de la grâce » de Dieu (cf. Lc 1,28), docile à la Parole divine de façon inconditionnelle (cf. Lc 1,38). Sa foi obéissante place son existence à chaque instant face à l'initiative de Dieu. Vierge à l'écoute, elle vit en pleine syntonie avec la volonté divine ; elle garde dans son cœur les événements de la vie de son Fils, en les ordonnant en une seule mosaïque (cf. Lc 2,19 Lc 2,51).[80]
À notre époque, il est nécessaire que les fidèles soient initiés à mieux découvrir le lien entre Marie de Nazareth et l'écoute croyante de la Parole divine. J'exhorte aussi les chercheurs à approfondir le plus possible le rapport entre la mariologie et la théologie de la Parole. On pourra en tirer un grand bénéfice autant pour la vie spirituelle que pour les études théologiques et bibliques. En effet, ce que l'intelligence de la foi a saisi concernant Marie se situe au centre le plus intime de la vérité chrétienne. En réalité, l'Incarnation du Verbe ne peut être pensée en faisant abstraction de la liberté de cette jeune fille qui, par son assentiment, coopère de façon décisive à l'entrée de l'Éternel dans le temps. Elle est la figure de l'Église à l'écoute de la Parole de Dieu qui, en elle, s'est faite chair. Marie est aussi le symbole de l'ouverture à Dieu et aux autres ; de l'écoute active qui intériorise, qui assimile et où la Parole divine devient la matrice de la vie.
28. À ce point, je désire attirer l'attention sur la familiarité de Marie avec la Parole de Dieu. C'est ce qui resplendit avec une force particulière dans le Magnificat. Ici, en un certain sens, on voit comment elle s'identifie à la Parole, comment elle entre en elle ; dans ce merveilleux cantique de foi, la Vierge exalte le Seigneur avec sa propre Parole : « Le Magnificat, - portrait, pour ainsi dire, de son âme - est entièrement tissé de fils de l'Écriture Sainte, de fils extraits de la Parole de Dieu. On voit ainsi apparaître que, dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y rentre avec un grand naturel. Elle parle et pense au moyen de la Parole de Dieu ; la Parole de Dieu devient sa parole, et sa parole naît de la Parole de Dieu. De plus, se manifeste ainsi que ses pensées sont au diapason des pensées de Dieu, que sa volonté consiste à vouloir avec Dieu. Étant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée ».[81]
En outre, la référence à la Mère de Dieu nous montre comment l'agir de Dieu dans le monde implique toujours notre liberté parce que, dans la foi, la Parole divine nous transforme. De même, notre action apostolique et pastorale ne pourra jamais être efficace si nous n'apprenons pas de Marie à nous laisser modeler par l'œuvre de Dieu en nous : « l'attention pleine d'amour et de dévotion à la figure de Marie comme modèle et archétype de la foi de l'Église, est d'une importance capitale pour opérer aujourd'hui aussi un changement concret de paradigme dans la relation de l'Église avec la Parole, aussi bien dans l'attitude d'écoute orante qu'à travers la générosité de l'engagement pour la mission et l'annonce ».[82]
Contemplant chez la Mère de Dieu une existence totalement modelée par la Parole, nous découvrons que nous sommes, nous aussi, appelés à entrer dans le Mystère de la foi par laquelle le Christ vient demeurer dans notre vie. Chaque chrétien qui croit, nous rappelle saint Ambroise, conçoit et engendre en un certain sens, le Verbe de Dieu en lui-même : s'il n'y a qu'une seule Mère du Christ selon la chair, en revanche, selon la foi, le Christ est le fruit de tous.[83] Donc ce qui est arrivé à Marie peut arriver en chacun de nous, chaque jour, dans l'écoute de la Parole et dans la célébration des Sacrements.
L'herméneutique de l'Écriture sainte dans l'Église
L'Église, lieu originaire de l'herméneutique de la Bible
29. Un autre grand sujet s'est imposé lors du Synode, sur lequel j'entends maintenant attirer l'attention, c'est l'interprétation de l'Écriture Sainte dans l'Église. Le lien intrinsèque entre la Parole et la foi met bien en évidence que l'authentique herméneutique de la Bible ne peut se situer que dans la foi ecclésiale qui a, dans le 'oui' de Marie, son paradigme. Saint Bonaventure affirme à ce sujet que, sans la foi, on n'a pas la clé d'accès au texte sacré : « C'est de cette connaissance de Jésus-Christ que découle, telle une source, la certitude et l'intelligence contenue dans toute l'Écriture Sainte. En conséquence, il est impossible d'entrer dans la connaissance de l'Écriture Sainte sans cette foi venant du Christ. Cette foi est lumière, porte et aussi fondement de toute l'Écriture ».[84] Et saint Thomas d'Aquin, en mentionnant saint Augustin, insiste avec force : « Même la lettre de l'Évangile tue s'il manque, à l'intérieur de l'homme, la grâce de la foi qui guérit ».[85]
Cela nous permet de rappeler un critère fondamental de l'herméneutique biblique : le lieu originaire de l'interprétation scripturaire est la vie de l'Église. Cette affirmation n'indique pas la référence ecclésiale comme un critère extrinsèque auquel les exégètes doivent se plier, mais elle est demandée par la réalité même des Écritures et par la manière dont elles se sont formées dans le temps. En effet, « les traditions de la foi formaient le milieu vital dans lequel s'est insérée l'activité littéraire des auteurs de l'Écriture Sainte. Cette insertion comprenait aussi la participation à la vie liturgique et à l'activité extérieure des communautés, à leur monde spirituel, à leur culture et aux péripéties de leur destinée historique. L'interprétation de l'Écriture Sainte exige donc, de manière semblable, la participation des exégètes à toute la vie et à toute la foi de la communauté croyante de leur temps ».[86] Par conséquent, « puisque la Sainte Écriture doit aussi être lue et interprétée à la lumière du même Esprit que celui qui la fit rédiger »,[87] il convient que les exégètes, les théologiens et tout le Peuple de Dieu la considèrent pour ce qu'elle est réellement, la Parole de Dieu qui se communique à nous à travers une parole humaine (cf. 1Th 2,13). Ceci est une donnée constante contenue implicitement dans la Bible même : « aucune prophétie de l'Écriture ne vient d'une intuition personnelle. En effet, ce n'est jamais la volonté d'un homme qui a porté une prophétie : c'est portés par l'Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2P 1,20-21). Du reste, c'est le propre de la foi de l'Église de reconnaître dans la Bible la Parole de Dieu ; comme le dit admirablement saint Augustin, « je ne croirais pas en l'Évangile si l'autorité de l'Église ne m'y entraînait pas ».[88] C'est l'Esprit Saint qui anime la vie de l'Église et qui la rend capable d'interpréter authentiquement les Écritures. La Bible est le Livre de l'Église et, de son immanence dans la vie ecclésiale, jaillit aussi sa véritable herméneutique.
30. Saint Jérôme rappelle que nous ne pouvons jamais lire seuls l'Écriture. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l'erreur. La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l'inspiration de l'Esprit Saint. C'est seulement dans cette communion avec le Peuple de Dieu, dans ce 'nous' que nous pouvons réellement entrer dans le cœur de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire.[89] Le grand savant, pour qui « l'ignorance des Écritures est l'ignorance du Christ »,[90] affirme que l'ecclésialité de l'interprétation biblique n'est pas une exigence imposée de l'extérieur ; le Livre est vraiment la voix du Peuple de Dieu pérégrinant, et c'est seulement dans la foi de ce Peuple que nous sommes, pour ainsi dire, dans la tonalité juste pour comprendre la Sainte Écriture. Une authentique interprétation de la Bible doit toujours être dans une harmonieuse concordance avec la foi de l'Église catholique. Saint Jérôme s'adressait ainsi à un prêtre : « Reste fermement attaché à la doctrine traditionnelle qui t'a été enseignée, afin que tu puisses exhorter selon la saine doctrine et réfuter ceux qui la contredisent ».[91]
Les approches du texte sacré qui font abstraction de la foi peuvent suggérer des éléments intéressants, en s'arrêtant sur la structure du texte et sur ses formes, cependant, une telle tentative ne pourrait être qu'un préliminaire, structurellement incomplet. En effet, comme l'a affirmé la Commission biblique pontificale, faisant écho à un principe partagé par l'herméneutique moderne, « le juste sens d'un texte ne peut être donné pleinement que s'il est actualisé dans le vécu de lecteurs qui se l'approprient ».[92] Tout cela met en relief la relation entre la vie spirituelle et l'herméneutique de l'Écriture. En effet, « avec la croissance de la vie dans l'Esprit grandit, chez le lecteur, la compréhension des réalités dont parle le texte biblique ».[93] L'intensité d'une authentique expérience ecclésiale ne peut que développer une intelligence de la foi authentique à l'égard de la Parole de Dieu ; réciproquement, on doit dire que lire dans la foi les Écritures fait grandir la vie ecclésiale même. De là, nous pouvons comprendre d'une façon nouvelle l'affirmation bien connue de saint Grégoire le Grand : « les paroles divines grandissent avec celui qui les lit ».[94] De cette façon, l'écoute de la Parole de Dieu introduit et accroît la communion ecclésiale entre ceux qui cheminent dans la foi.
« L'âme de la théologie sacrée »
31. « Que l'étude de la Sainte Écriture soit comme l'âme de la théologie sacrée » :[95] cette expression de la Constitution dogmatique Dei Verbum nous est devenue au cours des ans toujours plus familière. On peut dire que l'époque qui a suivi le Concile Vatican II, en ce qui concerne les études théologiques et exégétiques, a fréquemment fait référence à cette expression comme signe de l'intérêt renouvelé pour la Sainte Écriture. La XIIe Assemblée du Synode des Évêques s'est souvent référée à cette affirmation pour indiquer la relation entre la recherche historique et l'herméneutique de la foi en référence au texte sacré. Dans cette perspective, les Pères ont constaté avec joie la réalité de l'étude accrue de la Parole de Dieu dans l'Église au long des dernières décennies et ont exprimé avec conviction une vive reconnaissance aux nombreux exégètes et théologiens qui, avec dévouement, engagement et compétence ont donné et donnent une contribution essentielle à l'approfondissement du sens de l'Écriture, en affrontant les problèmes complexes que notre temps pose à la recherche biblique.[96] Ils ont également manifesté des sentiments de sincère gratitude à l'égard des membres de la Commission biblique pontificale qui se sont succédé au cours de ces années et qui, en lien étroit avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, continuent à offrir leur apport qualifié pour aborder les questions particulières inhérentes à l'étude de la Sainte Écriture. Le Synode a voulu, en outre, s'interroger sur le statut actuel des études bibliques et sur leur importance dans le domaine théologique. En effet, du rapport fécond entre exégèse et théologie dépend pour une large part l'efficacité pastorale de l'action de l'Église et la vie spirituelle des fidèles. C'est pourquoi, je crois important de reprendre certaines réflexions apparues dans les échanges sur ce thème au cours des travaux du Synode.
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