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CHAPITRE III : LES ÉGLISES PARTICULIÈRES
Le progrès des jeunes églises
AG 19
Quand l'assemblée des fidèles est déjà enracinée dans la vie sociale et modelée jusqu'à un certain point sur la culture locale, qu'elle jouit d'une certaine stabilité et fermeté, l'œuvre de la plantation de l'Église dans ce groupe humain déterminé atteint dans une certaine mesure son terme ; ayant ses ressources propres, fussent-elles insuffisantes, en clergé local, en religieux et en laïcs, elle est enrichie de ces ministères et institutions qui sont nécessaires pour mener et développer la vie du peuple de Dieu sous la conduite de l'évêque.
Dans ces jeunes églises, la vie du peuple de Dieu doit acquérir sa maturité dans tous les domaines de la vie chrétienne, qui doit être renouvelée selon les dispositions de ce Concile ; les assemblées de fidèles deviennent de jour en jour plus consciemment des communautés de foi, de liturgie et de charité ; par leur activité civile et apostolique les laïcs travaillent à instaurer dans la cité un ordre de charité et de justice ; les moyens de communication sociale sont employés de manière opportune et prudente grâce à une vie vraiment chrétienne, les familles deviennent des séminaires d'apostolat des laïcs et de vocations sacerdotales et religieuses. La foi enfin est enseignée au moyen d'une catéchèse adaptée, elle est célébrée dans une liturgie conforme au génie du peuple, et, par une législation canonique convenable, elle passe dans les institutions honorables et dans les coutumes locales.
Les évêques, chacun avec leur presbyterium, de plus en plus pénétrés du sens du Christ et de l'Église, doivent sentir et vivre avec l'Église universelle. Intime doit demeurer la communion des jeunes églises avec l'Église tout entière ; elles doivent en joindre les éléments traditionnels à leur culture propre, pour accroître la vie du Corps mystique par des échanges mutuels [01]. On doit donc cultiver les éléments théologiques, psychologiques et humains qui peuvent contribuer à favoriser ce sens de la communion avec l'Église universelle.
Ces églises, situées très souvent dans des contrées plus pauvres du globe, souffrent encore d'une insuffisance, d'ordinaire très grave, de prêtres, et d'un manque de subsides matériels. Aussi ont-elles un très grand besoin que l'action missionnaire continuée de l'Église tout entière leur procure les secours qui servent tout d'abord au développement de l'église locale et à la maturité de la vie chrétienne. Cette action missionnaire doit aussi apporter son aide à ces églises, fondées de longue datez, qui se trouvent dans un état de régression et de faiblesse.
Cependant ces églises doivent renouveler leur zèle pastoral commun et les œuvres adaptées au moyen desquels les vocations pour le clergé diocésain et les instituts religieux s'accroissent en nombre, sont discernées avec plus de sûreté et cultivées avec un soin plus efficace [02], en sorte que peu à peu ces églises puissent pourvoir à leurs propres besoins et apporter de l'aide aux autres.
L'activité missionnaire des églises particulières
AG 20
L'Église particulière étant tenue de représenter le plus parfaitement possible l'Église universelle, elle doit savoir nettement qu'elle a été envoyée aussi à ceux, qui ne croyant pas au Christ, demeurent avec elle sur le même territoire, afin d'être, par le témoignage de la vie de chacun des fidèles et de toute la communauté, un signe qui leur montre le Christ.
De plus, le ministère de la parole est indispensable pour que l'Évangile parvienne à tous. Il faut donc qu'avant tout l'évêque soit un prédicateur de la foi, qui amène au Christ de nouveaux disciples [03]. Pour s'acquitter comme il faut de cette noble tâche, il doit connaître à fond la situation de son troupeau, les opinions intimes sur Dieu de ses concitoyens, en tenant soigneusement compte des changements introduits par l'urbanisation, les migrations et l'indifférentisme religieux.
Dans les jeunes églises, les prêtres locaux doivent entreprendre avec ardeur l'œuvre de l'évangélisation, organisant une action commune avec les missionnaires étrangers avec lesquels ils forment un seul presbyterium parfaitement uni sous l'autorité de l'évêque, non seulement pour paître les fidèles et célébrer le culte divin, mais aussi pour prêcher l'évangile à ceux qui sont dehors. Ils doivent se montrer prêts, et à l'occasion s'offrir d'un cœur ardent à l'évêque pour entreprendre le travail missionnaire dans les régions éloignées et délaissées de leur propre diocèse ou en d'autres diocèses.
Du même zèle doivent brûler les religieux et les religieuses, et de même les laïcs à l'égard de leurs concitoyens, de ceux surtout qui sont plus pauvres.
Les conférences épiscopales doivent veiller à ce que, à des époques fixes, soient organisés des cours de renouvellement biblique, théologique, spirituel et pastoral dans l'intention suivante : que parmi les bouleversements et les changements, le clergé acquière une connaissance plus pleine de la science théologique et des méthodes pastorales.
Au reste, que soit observé religieusement ce que le Concile a décidé spécialement dans le décret sur le ministère et la vie des prêtres.
Pour que cette œuvre missionnaire d'une église particulière puisse être menée à bien, il faut avoir des ministres capables, qu'on préparera à temps de la manière qui convient à la situation de chaque église. Les hommes se réunissant de plus en plus en groupes, il convient tout à fait que les conférences épiscopales aient des échanges sur le dialogue à instituer avec ces groupes. Si en certaines régions il se rencontre des groupes d'hommes qui sont détournés d'embrasser la foi catholique, du fait qu'ils ne peuvent s'adapter à la forme particulière que l'Église y a revêtue, il est désirable qu'on pourvoie de façon spéciale [04] à une telle situation, jusqu'à ce que tous les chrétiens puissent être rassemblés en une seule communauté. Les évêques doivent appeler dans leur diocèse ou recevoir volontiers les missionnaires dont le Siège apostolique pourrait disposer dans ce but, et favoriser efficacement leurs initiatives.
Pour que ce zèle missionnaire commence à fleurir chez les frères de la même patrie, il convient tout à fait que les jeunes églises participent effectivement à la mission universelle de l'Église en envoyant elles aussi des missionnaires qui pourront annoncer l'Évangile par toute la terre, bien qu'elles souffrent d'une pénurie de clergé. La communion avec l'Église universelle sera d'une certaine manière consommée lorsque, elles aussi, elles participeront activement à l'action missionnaire auprès d'autres nations.
Promouvoir l'apostolat des laïcs
AG 21
L'Église n'est pas fondée vraiment, elle ne vit pas pleinement, elle n'est pas le signe parfait du Christ parmi les hommes si un laïcat authentique n'existe pas et ne travaille pas avec la hiérarchie. L'Évangile ne peut s'enfoncer profondément dans les esprits, dans la vie, dans le travail d'un peuple, sans la présence activez des laïcs. Par conséquent, faut-il dans la fondation d'une église déjà, apporter une très grande attention à constituer un laïcat chrétien qui atteigne sa maturité.
Les laïcs qui sont fidèles, appartiennent à la fois au peuple de Dieu et à la société civile ; ils appartiennent à leur nation, ils y sont nés ; ils ont commencé à participer par l'éducation à ses trésors culturels, ils sont liés à sa vie par des liens sociaux de forme multiple ; ils sentent ses problèmes comme étant les leurs propres, et ils s'appliquent à les résoudre ; ils appartiennent( aussi au Christ, parce qu'ils ont été régénérés dans l'Église par la foi et le baptême afin d'être au Christ 1Co 15,23 par leur vie et leur action nouvelles, afin aussi que dans le Christ tout soit soumis à Dieu, et qu'enfin Dieu soit tout en tous 1Co 15,28.
Leur principal devoir à eux, hommes et femmes, c'est le témoignage du Christ, qu'ils doivent rendre par leur vie et leurs paroles dans leur famille, dans leur groupe social, dans leur milieu professionnel. Il faut donc qu'apparaisse en eux l'homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté véritable Ep 4,24. Ils doivent exprimer cette nouveauté de vie dans le milieu social et culturel de leur patrie, selon les traditions nationales. Ils doivent connaître cette culture, la purifier, la conserver, la développer selon les situations récentes, enfin lui donner sa perfection dans le Christ, afin que la foi du Christ et la vie de l'Église ne soient plus étrangères à la société dans laquelle ils vivent, mais commencent à la pénétrer et à la transformer. Ils doivent se joindre à leurs concitoyens avec une charité sincère, afin que dans leur comportement apparaisse un nouveau lien d'unité et de solidarité universelle, puisée dans le mystère du Christ. Ils doivent aussi répandre la foi du Christ parmi ceux auxquels ils sont liés par la vie et la profession ; cette obligation s'impose d'autant plus que le plus grand nombre des hommes ne peuvent entendre l'Évangile et connaître le Christ que par les laïcs proches d'eux. Bien plus, là ou c'est possible, les laïcs doivent être prêts, en une collaboration plus immédiate avec la hiérarchie, à remplir une mission spéciale pour annoncer l'Évangile et communiquer la doctrine chrétienne, afin de rendre plus vigoureuse l'Église naissante.
Les ministres de l'Église doivent estimer à haut prix l'apostolat difficile des laïcs ; ils doivent former les laïcs pour que, comme membres du Christ, ils prennent conscience de leur responsabilité à l'égard de tous les hommes ; ils doivent les instruire profondément dans le mystère du Christ, les introduire aux méthodes pratiques, être avec eux dans les difficultés, selon la pensée de la Constitution Lumen Gentium et du Décret Apostolicam Actuositatem.
Diversité dans l'unité
AG 22
La semence, qui est la parole de Dieu, venant à germer dans une bonne terre arrosée de la rosée divine, puise la sève, la transforme et l'assimile pour porter enfin un fruit abondant. Certes à l'instar de l'économie de l'Incarnation, les jeunes églises enracinées dans le Christ et construites sur le fondement des apôtres, assument pour une merveilleux échange toutes les richesses des nations qui ont été données au Christ en héritage Ps 2,8. Elles empruntent aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, à leur sagesse, à leur science, à leurs arts, à leurs disciplines, tout ce qui peut contribuer à confesser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du Sauveur, et ordonner comme il le faut la vie chrétienne [05].
Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire que dans chaque grand territoire socio-culturel, comme on dit, une réflexion théologique de cette sorte soit encouragée, par laquelle, à la lumière de la Tradition de l'Église universelle, les faits et les paroles révélés par Dieu, consignés dans les Saintes Lettres, expliqués par les Pères de l'Église et le magistère, seront soumis à un nouvel examen. Ainsi on saisira plus nettement par quelles voies la "foi", compte tenu de la philosophie et de la sagesse des peuples, peut "chercher l'intelligence", et de quelles manières les coutumes, le sens de la vie, l'ordre social peuvent s'accorder avec les mœurs que fait connaître la révélation divine. Ainsi apparaîtront les voies vers une plus profonde adaptation dans toute l'étendue de la vie chrétienne. De cette manière, toute apparence de syncrétisme et de faux particularisme sera repoussée, la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture [06], les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées par la lumière de l'Évangile, de chaque famille des nations, seront assumées dans l'unité catholique. Enfin les nouvelles églises particulières, enrichies de leurs traditions, auront leur place dans la communion ecclésiastique, la primauté de la Chaire de Pierre, qui préside à tout le rassemblement de la charité [07], demeurant intacte.
Il faut donc souhaiter, - bien plus, il convient tout à fait -, que les conférences épiscopales, dans les limites de chaque grand territoire socio-culturel, s'unissent de telle manière qu'elles puissent, en plein accord et en mettant en commun leur avis, poursuivre ce propos d'adaptation.
CHAPITRE IV LES MISSIONNAIRES
La vocation missionnaire
AG 23
Bien qu'à tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi [01], le Christ Seigneur appelle toujours parmi ses disciples ceux qu'il veut pour qu'ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher aux peuples païens Mc 3,13. Aussi par l'Esprit-Saint, qui partage comme il lui plaît les charismes pour le bien de l'Église 1Co 12,11, inspire-t-il la vocation missionnaire dans le cœur d'individus et suscite-t-il en même temps dans l'Église des instituts [02], qui se chargent comme d'un office propre de la mission d'évangélisation qui appartient à toute l'Église.
Ils sont en effet marqués d'une vocation spéciale, ceux qui, doués d'un caractère naturel adapté, qui étant capables par leurs qualités et leur intelligence, sont prêts à assumer [03] l'œuvre missionnaire, qu'ils soient autochtones ou étrangers : prêtres, religieux, laïcs. Envoyés par l'autorité légitime, ils partent dans la foi et l'obéissance vers ceux qui sont loin du Christ, mis à part pour l'œuvre en vue de laquelle ils ont été choisis Ac 13,2, comme ministres de l'Évangile "pour que l'offrande des païens soit agréée, étant sanctifiée par l'Esprit-Saint" Rm 15,16.
La spiritualité missionnaire
AG 24
Mais au vrai Dieu qui l'appelle, l'homme doit répondre d'une manière telle que, sans consulter la chair ni le sang Ga 1,16, il s'attache tout entier à l'œuvre de l'Évangile. Mais cette réponse ne peut être donnée qu'à l'invitation et avec la force de l'Esprit-Saint. L'envoyé entre, en effet, dans la vie et la mission de celui qui "s'est anéanti en prenant la forme d'esclave" Ph 2,7. Il doit donc être prêt à se maintenir pour la vie dans sa vocation, à renoncer à lui-même et à tout ce qu'il a possédé jusque-là, et à "se faire tout à tous" 1Co 9,22.
Annonçant l'Évangile parmi les peuples païens, il doit faire connaître avec confiance le mystère du Christ, dont il est l'ambassadeur, de telle manière qu'en lui il ait l'audace de parler comme il le faut Ep 6,19 Ac 4,31 sans rougir du scandale de la croix. Suivant les traces de son Maître qui est doux et humble de cœur, il doit montrer que son joug est suave et son fardeau léger Mt 11,29. Par une vie véritablement évangélique [04], par une grande constance, par la longanimité, par la douceur, par une charité sans feinte 2Co 6,4, il doit rendre témoignage à son Seigneur et même, si c'est nécessaire, jusqu'à l'effusion du sang. Il obtiendra de Dieu courage et force pour reconnaître que, dans les multiples tribulations et la très profonde pauvreté qu'il expérimente, se trouve une abondance de joie 2Co 8,2. Il doit être persuadé que l'obéissance est la vertu particulière du ministre du Christ, qui a racheté le genre humain par son obéissance.
Les prédicateurs de l'Évangile doivent se garder de négliger la grâce qui est en eux ; ils doivent se renouveler de jour en jour par une transformation spirituelle 1Tm 4,14 Ep 4,23 2Co 4,16. Les Ordinaires et les supérieurs devront à époques fixes réunir les missionnaires pour qu'ils soient fortifiés dans l'espérance de leur vocation et renouvelés dans leur ministère apostolique ; des maisons adaptées pourront même être organisées dans ce but.
Formation spirituelle et morale
AG 25
Le futur missionnaire doit être préparé à une si noble tâche par une formation spirituelle et morale spéciale [05]. Il doit être prompt à prendre des initiatives, avoir de la constance pour mener à bout ses œuvres, être persévérant dans les difficultés ; il doit supporter patiemment, courageusement, la solitude, la fatigue, le travail stérile. Il ira au-devant des hommes franchement, le cœur largement ouvert ; il entreprendra de bon cœur les tâches qui lui auront été confiées ; il s'adaptera généreusement aux mœurs étrangères des peuples, aux situations changeantes ; en plein accord avec eux, avec une charité réciproque, il apportera son travail et son aide à ses frères et à tous ceux qui se consacrent à la même besogne, en sorte qu'ils soient, à l'imitation de la communauté apostolique, un seul cœur et une seule âme Ac 2,42 Ac 4,32.
Déjà pendant le temps de la formation, ces dispositions d'âme doivent être mises en œuvre, cultivées, élevées et nourries par la vie spirituelle. Pénétré d'une foi vive et d'une espérance inébranlable, le missionnaire doit être un homme de prière ; il doit être enflammé d'un esprit de force, d'amour, de maîtrise de soi 2Tm 1,7 ; il doit apprendre à se suffire en toute occasion Ph 4,11 ; par l'esprit de sacrifice, il doit porter en lui l'état de mort de Jésus, afin que la vie de Jésus opère en ceux à qui il est envoyé 2Co 4,10 ; par zèle des âmes, il doit de tout cœur dépenser et en outre se dépenser lui-même pour les âmes 2Co 12,15, au point que "par l'exercice quotidien de sa tâche, il grandisse dans l'amour de Dieu et du prochain"[06]. C'est ainsi que, obéissant à la volonté du Père avec le Christ, il continuera la mission du Christ sous l'autorité hiérarchique de l'Église, et collaborera au mystère du salut.
Formation doctrinale et apostolique
AG 26
Ceux qui seront envoyés vers les divers peuples païens, doivent être comme de bons ministres du Christ nourris "des enseignements de la foi et de la bonne doctrine" 1Tm 4,6, qu'ils puiseront avant tout dans les Saintes Écritures, approfondissant le mystère du Christ dont ils seront les hérauts et les témoins.
C'est pourquoi tous les missionnaires - prêtres, frères, sœurs, laïcs - doivent être préparés et formés chacun selon sa situation, afin de n'être pas trouvés inférieurs aux exigences de leur future tâche [07]. Dès le début déjà, leur formation doctrinale doit être organisée de telle manière qu'elle embrasse l'universalité de l'Église et la diversité des nations. Cela vaut pour toutes les disciplines par lesquelles ils sont préparés à s'acquitter de leur ministère, et des autres sciences dont ils seront utilement instruits, afin qu'ils aient une connaissance générale des peuples, des cultures, des religions, tournée non seulement vers le passé, mais aussi vers le présent. Quiconque en effet doit aborder un autre peuple, doit faire beaucoup de cas de son patrimoine, de ses langues, de ses mœurs. Il est donc absolument nécessaire au futur missionnaire de s'adonner aux études missiologiques, c'est-à-dire de connaître la doctrine et les règles de l'Église sur l'activité missionnaire, de savoir quels chemins les messagers de l'Évangile ont parcourus au cœurs des siècles, ainsi que la situation actuelle des missions, en même temps que les méthodes jugées actuellement plus efficaces [08].
Bien que cette formation complète doive être pénétrée de sollicitude pastorale, une formation apostolique particulière, bien ordonnée, doit être proposée, tant par des cours que par des exercices pratiques [09].
Le plus grand nombre possible de frères et de sœurs doivent être instruits convenablement de l'art de la catéchèse, y être préparés, afin de pouvoir collaborer davantage encore à l'apostolat.
Même ceux qui assument pour une période seulement un rôle dans l'activité missionnaire, il est nécessaire qu'ils acquièrent une formation en rapport avec leur situation.
Ces diverses sortes de préparation. doivent être complétées dans les pays auxquels ils sont envoyés, de sorte que les missionnaires connaissent de manière plus étendue l'histoire, les structures sociales, les coutumes des peuples, qu'ils approfondissent l'ordre moral, les préceptes religieux ainsi que les idées intimes qu'ils ont conçues selon leurs traditions sacrées sur Dieu, le monde et l'homme [10]. Ils doivent apprendre les langues jusqu'à pouvoir les utiliser aisément et correctement, et trouver ainsi un accès plus facile à l'esprit et au cœur des hommes [11]. En outre ils doivent être initiés aux besoins pastoraux particuliers du pays.
Quelques-uns des missionnaires devront être préparés d'une manière plus approfondie auprès des instituts missiologiques, ou d'autres facultés ou universités, afin de pouvoir s'acquitter plus efficacement de fonctions spéciales [12] et rendre service par leur science aux autres missionnaires dans l'exercice de leur activité missionnaire qui de nos jours surtout présente tant de difficultés et qui est si nécessaire. Il est en outre tout à fait souhaitable que les conférences épiscopales régionales aient à leur disposition un bon nombre de compétence de ce genre, et qu'elles usent avec fruit de leur science et de leur expérience dans les difficultés que rencontre leur tâche. On ne doit pas non plus manquer d'hommes qui sachent utiliser les instruments techniques et les moyens de communication sociale, dont tous doivent apprécier hautement l'importance.
Les instituts qui travaillent dans les missions
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Tout cela, nécessaire pourtant de façon absolue à quiconque est envoyé aux païens, peut à peine être vraiment réalisé par des individus. L'œuvre missionnaire elle-même, au témoignage de l'expérience, ne pouvant non plus être accomplie par des isolés, une vocation commune a rassemblé des personnes en des instituts dans lesquels en mettant en commun leurs forces, elles pourront recevoir une formation adaptée et s'acquitter de cette œuvre au nom de l'Église et selon la volonté de l'autorité hiérarchique. Depuis des siècles nombreux, ces instituts ont porté le poids du jour et de la chaleur, soit qu'ils se dévouent totalement au labeur missionnaire, soit que cette activité absorbe une partie seulement de leurs efforts. Souvent d'immenses territoires leur ont été confiés par le St Siège pour être évangélisés ; ils y ont rassemblé pour Dieu un nouveau peuple, une église locale qui adhère à ses propres pasteurs. Les églises qu'ils ont fondées par leurs sueurs, bien plus encore par leur sang, ils seront à leur service par leur zèle et leur expériences en une collaboration fraternelle, ou en prenant la charge des âmes, ou en s'acquittant de fonctions spéciales en vue du bien commun. Parfois, pour toute l'étendue d'une région, ils assumeront certaines tâches plus urgentes, par exemple l'évangélisation de groupes humains ou de peuples qui n'auraient pas encore, pour diverses raisons, reçu le message évangélique, ou qui jusqu'ici lui ont résisté [13].
Si besoin est, ils doivent être prêts à former et à aider de leur expérience ceux qui se consacrent pour un temps à l'activité missionnaire.
Pour ces raisons, et du fait qu'il existe encore des peuples nombreux qu'il faut amener au Christ, les instituts demeurent absolument nécessaires.
CHAP V L'ORGANISATION DE L'ACTIVITÉ MISSIONNAIRE
Introduction
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Les chrétiens, puisqu'ils ont des chrismes différents Rm 12,6, doivent collaborer à l'Évangile, chacun selon ses possibilités, ses moyens, son charisme et son ministère 1Co 3,10 ; tous par conséquent, ceux qui sèment et ceux qui moissonnent Jn 4,37, ceux qui plantent et ceux qui arrosent, il faut qu'ils soient un 1Co 3,8, afin que, tendant tous librement et de manière ordonnée à la même fin [01]", ils dépensent leurs forces d'un même cœur pour la construction de l'Église.
C'est pourquoi les travaux des prédicateurs de l'Évangile et l'aide des autres chrétiens doivent être dirigés et liés les uns aux autres de telle manière que "tout se fasse selon l'ordre" 1Co 14,40 dans tous les domaines de l'activité et de la coopération missionnaires.
Organisation générale
AG 29
La charge d'annoncer l'Évangile par toute la terre étant en premier lieu l'affaire du corps épiscopal [02], le synode des évêques ou "conseil stable d'évêques pour l'Église universelle" [03] doit avoir parmi les affaires d'importance générale [04] un souci spécial de l'activité missionnaire, qui est une charge très importante et très sacrée de l'Église [05].
Pour toutes les missions et pour toute l'activité missionnaire, il faut qu'il n'y ait qu'un seul dicastère compétent, celui de la "Propagande", par qui doivent être dirigées et coordonnées par toute la terre l'œuvre missionnaire et la coopération missionnaire ; cependant le droit des églises orientales demeure sauf [06].
Bien que l'Esprit-Saint suscite de diverses manières l'esprit missionnaire dans l'Église de Dieu ; bien qu'il ne soit pas rare que l'action de l'Esprit prévienne l'action de ceux à qui il appartient de gouverner la vie de l'Église, ce dicastère doit cependant pour sa part promouvoir la vocation et la spiritualité missionnaires, le zèle et la prière pour les missions, et publier à leur sujet des messages authentiques et valables. C'est par lui que doivent être suscités et répartis selon les besoins plus urgents des régions, les missionnaires. C'est par lui que doit être établi un plan rationnel d'action ; de lui que doivent provenir les normes directrices et les principes adaptés en vue de l'évangélisation ; par lui que doivent être données les impulsions. C'est par lui que doit être lancée et coordonnée une collecte efficace de ressources qui seront distribuées en tenant compte de la nécessité ou de l'utilité et de l'étendue des territoires, du nombre des fidèles et des infidèles, des œuvres et des instituts, des ministres et des missionnaires.
En union avec le Secrétariat pour favoriser l'unité des chrétiens, il doit chercher les moyens de procurer et d'organiser la collaboration fraternelle ainsi que la bonne entente avec les initiatives missionnaires d'autres communautés chrétiennes, afin que le scandale de la division soit supprimé dans la mesure du possible.
Aussi est-il nécessaire que ce dicastère soit autant un instrument d'administration qu'un organe de direction dynamiques, qui use de méthodes scientifiques et de moyens adaptés aux conditions de notre temps, c'est-à-dire en tenant compte de la recherche actuelle en théologie, en méthodologie et en pastorale missionnaire.
Dans la direction de ce dicastère doivent avoir une part active, avec voix délibérative, des représentants choisis de tous ceux qui collaborent à l'œuvre missionnaire ; des évêques du monde entier, les conférences épiscopales entendues ; des directeurs des instituts et des œuvres pontificales, selon des modes et des méthodes à établir par le Pontife romain. Tous ces représentants, qui seront convoqués à dates fixes, doivent mener sous l'autorité du Souverain Pontife, l'organisation suprême de toute l'œuvre missionnaire.
Un groupe permanent d'experts consulteurs, de science ou d'expérience éprouvée, à qui il appartiendra entre autres choses de recueillir des nouvelles opportunes sur la situation locale des diverses régions et la mentalité des divers groupes d'hommes, sur les méthodes d'évangélisation à employer, - et de proposer des conclusions scientifiquement fondées pour l'œuvre et la coopération missionnaires - doit être à la disposition de ce dicastère.
Les instituts de religieuses, les œuvres régionales pour les missions, les organisations de laïcs, particulièrement les organisations internationales, doivent être représentées de la manière qui conviendra.
Organisation locale dans les missions
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Pour que dans l'exercice de l'œuvre missionnaire elle-même les buts soient atteints et les résultats obtenus, tous ceux qui travaillent à la mission doivent avoir "un seul cœur et une seule âme" Ac 4,32.
C'est le rôle de l'évêque, comme chef et centre de l'unité dans l'apostolat diocésain, de promouvoir l'activité missionnaire, de la diriger, de la coordonner, de telle manière pourtant que soit sauvegardée et encouragée la spontanéité de ceux qui ont une part dans cette œuvre. Tous les missionnaires, même les religieux exempts, sont soumis à son pouvoir dans les diverses œuvres qui regardent l'exercice de l'apostolat sacré [07]. En vue d'une meilleure coordination l'évêque doit constituer, dans la mesure du possible, un conseil pastoral, dans lequel les clercs, les religieux et les laïcs auront leur part au moyen de délégués choisis. L'évêque doit veiller en outre à ce que l'activité apostolique ne soit pas limitée aux seuls convertis, mais à ce qu'une part égale d'ouvriers et de subsides soit destinée à l'évangélisation des non-chrétiens.
Coordination régionale
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Les conférences épiscopales doivent traiter en plein accord des questions graves et des problèmes plus urgents, sans négliger cependant les différences locales [08]. Pour qu'on ne dissipe pas une quantité insuffisante de personnes et de ressources ; pour qu'on ne multiplie pas sans nécessité les initiatives, il est recommandé de fonder, en mettant en commun les forces, des œuvres qui serviront au bien de tous, comme sont les séminaires, les écoles supérieures et techniques, les centres pastoraux, catéchétiques, liturgiques ainsi que des centres de moyens de communication sociale.
Une coopération de ce genre doit être établie selon l'opportunité, même entre diverses conférences épiscopales.
Organisation de l'activité des instituts
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Il est utile aussi de coordonner les activités menées par les instituts ou les associations ecclésiastiques. Tous de quelque genre qu'ils soient, en tout ce qui regarde l'activité missionnaire elle-même, doivent obéir à l'Ordinaire du lieu. Aussi sera-t-il très utile de conclure des conventions particulières, qui régleront les rapports entre l'Ordinaire du lieu et le supérieur de l'institut.
Quand un territoire a été confié à un institut, le supérieure ecclésiastique et l'institut auront à cœur de tout diriger vers ce but : que la nouvelle communauté chrétienne grandisse et devienne une église locale qui en temps opportun sera gouvernée par son propre pasteur avec son clergé.
Quand cesse le mandat sur un territoire, naît une nouvelle situation. Alors les conférences épiscopales et les instituts doivent établir par délibération commune les règles qui doivent diriger les rapports entre les Ordinaires des lieux et les instituts [09]. Il appartient au Saint-Siège d'esquisser les principes généraux selon lesquels les conventions régionales ou même particulières doivent être conclues.
Bien que les instituts soient prêts à continuer l'œuvre commencée, en collaborant au ministère ordinaire du soin des âmes, cependant, à mesure que croîtra le clergé local, il faudra pourvoir à ce que les instituts, dans la mesure compatible avec leur but, demeurent fidèles au diocèse lui-même, en y assumant généreusement des œuvres spéciales ou quelque région.
Coordination entre les instituts
AG 33
Il faut que les instituts, qui dans le même territoire s'appliquent à l'activité missionnaire, trouvent les voies et les modes selon lesquels leurs œuvres seront coordonnées. C'est pourquoi sont de très grande utilité les conférences de religieux et les unions de religieuses, dans lesquelles tous les instituts d'une même nation ou d'une même région ont leur part. Ces conférences doivent rechercher ce qui peut être fait en mettant en commun les efforts ; elles doivent entretenir d'étroites relations avec les conférences épiscopales.
Tout cela, il convient de l'étendre pour une raison semblable à la collaboration des instituts missionnaires dans les pays dont ils sont originaires, en sorte que les questions et les initiatives communes puissent être résolues plus facilement et à moindre frais, comme la formation doctrinale des futurs missionnaires, les cours pour les missionnaires, les rapports à envoyer aux autorités publiques ou aux organes internationaux et supranationaux.
Coordination entre les instituts scientifiques
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L'exercice régulier et ordonné de l'activité missionnaire exigeant que les ouvriers évangéliques soient préparés scientifiquement à leur mission, particulièrement au dialogue avec les religions et les cultures non chrétiennes, - et que dans l'exécution elle-même ils soient aidés efficacement, on désire que, en faveur des missions collaborent fraternellement et généreusement entre eux les divers instituts qui cultivent la missiologie et d'autres disciplines ou arts utiles aux missions, comme l'ethnologie et la linguistique, l'histoire et la science des religions, la sociologie, les arts pastoraux, et autres choses semblables.
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